Title: Notice des principaux monuments exposés dans les galeries provisoires du Musée d'antiquités égyptiennes de S.A. le vice-roi à Boulaq [Electronic Edition]

Author: Mariette, Auguste, 1821-1881
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Publisher: Rice University
Place of publication: Houston, Tx
Publication date: 2006
Identifier: TIMEA, MusBo1869
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Notes:
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Source(s):

Title: NOTICE DES PRINCIPAUX MONUMENTS EXPOSÉS DANS LES GALERIES PROVISOIRES DU MUSÉE D'ANTIQUITÉS ÉGYPTIENNES

Author: Auguste Mariette-Bey
TROISIÈME ÉDITION
File size or extent: 303 p. ; 23 cm.
Publisher: LIBRAIRIE A. FRANCK
Place of publication: PARIS
Publication date: 1869
Identifier: From the collection of Dr. Paula Sanders, Rice University.
Description of the project: This electronic text is part of the Travelers in the Middle East Archive (TIMEA), developed by Rice University.
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Origin/composition of the text: 1869
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  • French (fre)
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  • Egypt -- Antiquities.
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Notice des principaux monuments exposés dans les galeries provisoires du Musée d'antiquités égyptiennes de S.A. le vice-roi à Boulaq [Electronic Edition]


Contents







HARVARD UNIVERSITY

LIBRARY
OF THE
PEABODY MUSEUM OF AMERICAN
ARCHAEOLOGY AND ETHNOLOGY
GIFT OF
S.K. Scudder
Received December, 1881






NOTICE
DES
PRINCIPAUX MONUMENTS
EXPOSÉS
DANS LES GALERIES PROVISOIRES
DU
MUSÉE D'ANTIQUITÉS ÉGYPTIENNES

DE S. A. LE VICE-ROI
A BOULAQ
PAR
Aug. MARIETTE-BEY

DIRECTEUR DU SERVICE DE CONSERVATION DES ANTIQUITÉS DE L'ÉGYPTE
TROISIÈME ÉDITION

PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, propriétaire
67, RUE RICHELIEU, 67 1869




AVERTISSEMENT

DE LA TROISIÈME ÉDITION.

La deuxième édition de la Notice se trouve épuisée
juste au moment où les fêtes de l'inauguration du
canal de Suez amènent au Musée un nombre toujours
plus considérable de visiteurs.
D'un autre côté, c'est à ce même moment que nous
terminons, sans pouvoir les ouvrir encore, deux nouvelles
salles garnies principalement avec des monuments
tirés de l'un de nos magasins, décrit dans les
éditions précédentes de la Notice sous le nom de
Magasin n° 5.
Ces explications font comprendre la nécessité où
nous nous trouvons de faire paraître cette troisième

édition sans attendre que les deux nouvelles salles
soient définitivement prêtes à être livrées au public;
elles font comprendre aussi les différences qui existent
entre cette édition et celles qui la précèdent ou
qui pourront la suivre. La description des salles en
préparation ne s'y trouve pas encore; la description
du Magasin n° 5 ne s'y trouve plus.

AVANT-PROPOS

Le Musée de Boulaq emprunte aux circonstances qui l'ont
fait naître un caractère tout particulier. A part une bonne
collection de petits objets achetés de M. Huber, ancien consul
général d'Autriche, il est tout entier le produit de nos
fouilles. Tandis qu'en Europe on ignore presque toujours la
provenance de morceaux très-importants, ici nous savons où
le plus insignifiant fragment a été trouvé. La valeur de ce
fait n'échappera à personne. La présence au Louvre du colosse
de Sebekhotep III ne nous avait rien appris surla
période historique (XIIIe dynastie) à laquelle ce monument
remonte; la découverte d'une statue d'un autre roi de la
même famille dans les ruines de Sân (Basse-Égypte, voyez
Appendice, Tanis, 7) nous a fait voir par là seul que, sous le
règne de ce prince, les Pasteurs, contrairement à un système
fort en vogue en Allemagne, n'avaient pas encore envahi
l'Égypte. La limite géographique que le cours des événements
imposa à l'irruption de ces mêmes Pasteurs avait jusqu'ici

échappé à l'historien; mais, en étudiant au Musée
(Cour, 2) le fragment de statue trouvé au Fayoum et représentant
l'un de ses conquérants, on saura que, tout au moins,
les Pasteurs se sont avancés jusque-là, et par conséquent ont
occupé Memphis. Il est un autre point qu'il est bon de signaler
aussi. Tout le monde sait qu'à de très-rares exceptions
près les Musées d'Europe ont été formés par l'achat de collections
ramassées en vue du lucre, jamais en vue des progrès
véritables de la science. La physionomie propre de ces
collections est empreinte par là d'une sorte de tache originelle
qu'il est impossible de méconnaître. On n'a pas, en
effet, une idée juste de la valeur des fouilles exécutées en
Égypte, si l'on pense que ces fouilles ont pour unique résultat
la mise au jour des monuments conservés dans les Musées
d'Europe. Pour une stèle, pour une statue, pour un monument
quelconque que les collectionneurs dont je viens de
parler ont admis dans leurs séries, il en est vingt autres qu'ils
ont abandonnés sur le terrain parce qu'ils les ont trouvés
soit en débris, soit dans un état de conservation qu'ils ont
jugé insuffisant. Or il est impossible que parmi ces fragments
il n'en soit pas qui aient quelque valeur scientifique,
et il s'ensuit qu'à la rigueur les Musées d'Europe ont reçu de
la main de ceux qui les leur ont vendues des collections qui,
précisément par le travail d'épuration qu'on leur a fait subir,
ont perdu de leur importance. Je me crois autorisé à dire
que notre Musée a évité cet écueil. Tous les fragments recueillis
pendant les fouilles ont été étudiés, puis admis dans
nos catalogues, toutes les fois qu'ils nous ont paru toucher
par un côté quelconque aux intérêts de la science. Le Musée
de Boulaq satisfait ainsi aux intentions de son fondateur:
c'est un Musée organisé pour servir pratiquement l'égyptologie,
et si les indifférents trouvaient à y blâmer l'introduction
de quelques débris en apparence trop mutilés, je répondrais
qu'il n'est pas un archéologue qui, avec moi, ne
désirerait lui en voir encore davantage.

9

Comme le titre de cette Notice l'indique, les galeries où
sont conservées nos collections ne sont que provisoires. La
construction d'un Musée monumental qui s'élèvera au Caire,
sur la place de l'Esbekyeh, a été décrétée par S. A. Ismaïl-Pacha.
Mais un édifice comme celui dont le projet est à
l'étude n'est pas l'oeuvre d'un jour, et, en attendant qu'il
soit achevé, nous avons dû utiliser d'anciens bâtiments qui
ont été transformés en Musée avec des frais relativement
considérables.
Après ces explications, on s'étonnera moins d'apprendre
que tous les monuments dont nos fouilles nous laissent la disposition
ne sont pas réunis dans le Musée de Boulaq. Comme
le visiteur s'en convaincra, le Vice-Roi n'a voulu rien négliger
pour la bonne installation des collections; mais nous
avons dû ne pas oublier que donner à des salles provisoires,
par un remaniement complet, l'ampleur et l'étendue exigées,
c'était bâtir un Musée définitif là où, dans les projets d'embellissement
conçus par Ismaïl-Pacha en faveur de la capitale
de l'Égypte, il ne devait pas être placé. Il n'y a done pas lieu
de s'étonner que, si bien appropriées qu'elles soient, nos
galeries ne répondent pas encore aux richesses archéologiques
qu'elles doivent contenir. En effet, les petits monuments
au complet et une partie seulement des grands y ont trouvé
place. Quant aux autres, j'ai dû tantôt les conserver dans des
magasins, tantôt les laisser jusqu'au moment où ils pourront
être transportés au Caire, à la place antique où ils ont été
découverts. Je publie un catalogue des principaux de ces
derniers, qu'on trouvera, sous le titre d'Appendice, à la fin
de ce volume.
En parcourant les galeries du Musée, le visiteur s'apercevra
facilement que les monuments n'y sont pas toujours
classés dans un ordre rigoureux. A Berlin, la collection a été
divisée par M. Lepsius en trois séries, auxquelles correspondent
trois salles principlales: la Salle historique, la Salle civile,
la Salle mythologique.
Le Louvre, qui n'a pas été bâti pour être

un Musée, expose au rez-de-chaussée, sans aucune classification
scientifique, ses grands monuments; mais au premier
étage, les quatre salles du Musée Charles X ont été divisées
par M. de Rougé en Salle historique, Salle civile, Salle funéraire
et Salle religieuse. J'aurais voulu imiter ces exemples en
arrangeant les monuments de notre collection dans un ordre
invariablement méthodique, et les personnes qui étudieront
cette Notice se convaincront que je suis allé aussi loin que
j'ai pu dans cette voie; mais la disposition des lieux a été un
insurmontable obstacle à la réalisation complète du plan que
je m'étais tracé.
C'est de parti pris et après mûre réflexion que, dans l'emménagement
intérieur des vitrines et des armoires, j'ai
sacrifié au goût et cherché une certaine mise en scène
qu'exclut ordinairement la froide régularité de nos Musées
d'Europe. Les motifs qui m'ont guidé sont faciles à comprendre.
Le Musée du Caire n'est pas seulement destiné aux
voyageurs européens; dans l'intention du Vice-Roi, il doit
être surtout accessible aux indigènes qu'il est chargé d'instruire
dans l'histoire de leur pays. Or je ne médis pas de
la civilisation introduite sur les bords du Nil par la dynastie
de Mehemet-Ali en prétendant que l'Égypte est encore trop
jeune à la vie nouvelle qu'elle vient de recevoir pour posséder
un public facilement impressionnable aux choses de
l'archéologie et de l'art. Il y a quelque temps, l'Égypte détruisait
ses monuments; elle les respecte aujourd'hui; il faut
que demain elle les aime. Mais, pour en arriver là, il est nécessaire,
à mon avis, d'éviter l'aridité à laquelle nous condamnerait
l'appropriation trop systématique des objets dans
les meubles destinés à les contenir. Je sais par expérience
que le même monument, devant lequel notre public égyptien
passe toujours distrait et indifférent, attire ses yeux et provoque
ses remarques dès que, par un artifice de mise en
place, on a su le forcer à y fixer son attention. Il est certain
que, comme archéologue, je serais assez disposé à blâmer

ces inutiles étalages qui ne profitent en rien à la science;
mais si le Musée ainsi arrangé plaît à ceux auxquels il est
destiné, s'ils y reviennent souvent et en y revenant s'inoculent,
sans le savoir, le goût de l'étude et j'allais presque
dire l'amour des antiquités de l'Égypte, mon but sera
atteint.
La science des antiquités égyptiennes est aujourd'hui
assez sûre d'elle-même pour ne plus craindre de se tromper
dans l'appréciation des époques auxquelles appartiennent
les plus intéressants des objets soumis à son examen. Je
n'aurai garde de négliger ce puissant moyen de fixer l'attention,
et, après la description de chacun des grands monuments
compris dans cette Notice, on trouvera la mention
de la dynastie qui donne sa place à ce monument dans l'histoire
d'Égypte. De la fondation de la monarchie à Alexandre,
les monuments du Musée seront donc répartis sur les trenteune
dynasties de Manéthon. Les Macédoniens et les Ptolémées
formeront la XXXIIe et la XXXIIIe; enfin les Romains,
égyptiens au même titre que les Perses, compteront
pour la XXXIVe.
Quant à la date absolue à assigner à chacune de ces
familles royales et par suite aux monuments contemporains,
je dois avertir que, pour toutes les dates antérieures à l'avénement
de Psammétichus Ier (665 avant J.-C., XXXIVe dynastie),
il est impossible de donner autre chose que des
approximations qui deviennent de plus en plus incertaines
à mesure qu'on remonte le cours des âges. La chronologie
égyptienne présente, en effet, des difficultés que personne
jusqu'ici n'a réussi à vaincre. (1)
L'habitude de compter par
les années du roi régnant a toujours été un obstacle à l'établissement
d'un calendrier fixe, et rien ne prouve que les
Égyptiens aient jamais fait usage d'une ère proprement

dite. (1)
(1) Ceci était écrit avant que M. Brugsch ait fait paraître son excellent
travail intitulé: Malériaux pour servir à la reconstruction du
Calendrier des anciens Egyptiens.
Leipzig, 1864.
Au milieu de ces ténèbres, c'est encore Manéthon
qui est notre meilleur guide. Malheureusement, dès qu'on
jette les yeux sur ce que certains écrivains chrétiens nous
ont conservé de son oeuvre, on aperçoit des traces manifestes
d'altération. Les noms propres sont souvent défigurés, quelquefois
transposés. Les chiffres surtout manquent de précision,
et varient selon que l'extrait consulté nous est fourni
par Eusèbe ou par l'Africain. Bien plus, les totaux enregistrés
à la fin de chaque dynastie ne représentent que bien
rarement l'addition des règnes compris dans cette dynastie.
Dans l'état où les listes de Manéthon nous sont parvenues,
nous ne trouvons donc pas un moyen de fixer sûrement les
dates dont nous avons besoin. Je sais qu'on a cherché
à rendre aux listes de Manéthon le crédit qu'elles ont perdu
comme instrument de chronologie, en y rattachant quelque
synchronisme incontesté. Le moyen, en effet, serait infaillible.
Étant donné un phénomène céleste, le lever héliaque de
Sirius, par exemple, rapporté à une date de l'année d'un
règne mentionné dans Manéthon, il est évident que, par un
calcul rétrograde facile aux astronomes, on peut déterminer
en année julienne la date du phénomène, et par conséquent
celle du règne qui le vit s'accomplir. En ce point, les efforts
de la science ont été aussi loin que possible, et les beaux mémoires
de M. Biot et de M. de Rougé resteront comme des
monuments de sagacité et de pénétration. Mais, pour que ce
résultat ne puisse être contesté, il faudrait, en premier lieu,
qu'en mentionnant un lever d'étoile célébré comme une fête
dans un temple, les Égyptiens aient voulu parler d'un lever
effectivement observé; en second lieu, que, le fait de l'observation
une fois reconnu, ils aient pu, à cette époque, se débarrasser
de toutes les causes d'incertitude qui s'attachent à

une opération faite avec les yeux et sans le secours d'instruments.
Or, sur cette dernière question, on lira les remarques
que suggère à M. Biot lui-même ce qu'il appelle son puritanisme
scientifique.
Les synchronismes assyriens et bibliques,
au moyen desquels on avait aussi espéré consolider les listes
de Manéthon, ne sont pas mieux prêtés à l'oeuvre dont
nous parlons. Que Moïse ait vécu sous Ramsès II et que Ménéphtah
soit le Pharaon de l'Exode, c'est là un fait désormais
acquis à la science, mais qui ne nous est d'aucun secours
quant à la chronologie de la XIXe dynastie, puisque la Bible
ne nous donne que des renseignements contradictoires sur
la durée de la période des juges et par suite sur l'époque qui
vit Moïse se mettre à la tête du peuple hébreu. Des difficultés
presque aussi insurmontables nous arrêtent dès que nous
essayons d'assigner une date au synchronisme de la prise de
Jésusalem par Sésac, premier roi de la XXIIe dynastie. La
chronologie des Rois n'est pas plus précise que l'année du
règne de Sésac, qui fut celle de l'envahissement de la Judée,
et il nous faut descendre jusqu'au commencement de la
XXVIe dynastie pour rencontrer la limite des chiffres exacts
(665 avant J.-C.). Restituer aux listes de Manéthon l'élément
chronologique que les altérations des copistes leur ont enlevé
est donc une oeuvre impossible, et on voit par là qu'autant
la science se sent aujourd'hui assez forte pour affirmer
qu'un monument appartient à telle ou telle dynastie, autant
elle fait acte de conscience en refusant de se prononcer sur
la date absolue à laquelle ce monument remonte. Le doute,
en pareille matière, augmente à mesure que l'on s'éloigne
des temps voisins de notre ère, au point que, selon les systèmes,
il peut y avoir jusqu'à deux mille ans de différence
dans la manière de compter l'âge de la fondation de la monarchie
égyptienne.
Après ces explications, le lecteur comprend avec quelle
réserve je présente le tableau suivant des dynasties. Ce tableau
a pour point de départ la division des rois égyptiens

en familles ou dynasties, d'après l'historien Manéthon. Mais
pour plus de clarté, je partage les dynasties elles-mêmes en
groupes. C'est ainsi que nous aurons, à l'origine de la monarchie,
l'Ancien-Empire, célèbre par les Pyramides (IVe dynastie),
et les tombeaux qu'on admire dans les diverses
nécropoles de Memphis. Après l'Ancien-Empire vient le
Moyen-Empire. C'est l'époque des Ousertasen, des Amenemha,
des Sébekhotep. La monarchie égyptienne, qui
jusqu'alors avait plutôt son siége dans le nord, descend vers
le sud. Vers le milieu du Moyen-Empire prend place la terrible
et sanglante invasion des Pasteurs. Aux Pasteurs succède
le Nouvel-Empire. L'Égypte renaît. Les Toutmès, les
Aménophis, les Ramsès règnent. Puis vient l'époque de
Sésac, le vainqueur de Jérusalem, où l'histoire égyptienne
(XXIIe dyn.) commence à côtoyer l'histoire biblique. Un événement
considérable marque la fin du Nouvel-Empire: c'est
la conquête de l'Égypte par Alexandre. L'Égypte depuis lors
ne s'appartient plus. Sa religion, ses moeurs, sa langue, ses
écritures, en un mot sa civilisation, se maintiennent encore
cependant à travers la Période grecque et la Période romaine.
Mais sous Théodose (381 après J.-C.), l'Égypte devient
chrétienne. L'antique monarchie de Ménès a cessé
d'exister.

Tableau des Dynasties Égyptiennes.

ANCIEN-EMPIRE.
Capitales. Capitales.
—– —– Durée Avant
Nom grec. Nom arabe. J.- C.
Ire Thinis. Harabat-el-Madfouneh. 253 ans. 5004
IIe Thinis. Idem. 302 — 4751
IIIe Memphis. Myt-Rahyneh. 214 — 4449
IVe Memphis. Idem. 284 — 4235
Ve Memphis. Idem. 248 — 3951
VIe Eléphantine. Gezyret-A souan. 203 — 3703
VIIe Memphis. Myt-Rahyneh. 70 j. 3500
VIIIe Memphis. Idem. 142 ans. 3500
IXe Héracléopolis. Ahnas-el-Medyneh. 109 — 3358
Xe Héracléopolis. Idem. 185 — 3249
MOYEN-EMPIRE.
XIe Thèbes. Medynet-Abou. 213 ans. 3061
XIIe Thèbes. Idem.
XIIIe Thèbes. Idem. 453 — 2851
XIVe Xoïs. Sakha. 184 — 2398
XVe (Pasteurs.) Sân.
XVIe (Pasteurs.) Idem. 511 — 2214
XVIIe (Pasteurs.) Idem.
NOUVEL-EMPIRE.
XVIIIe Thèbes. Medynet-Abou. 241 ans. 1703
XIXe Thèbes. Idem. 174 — 1462
XXe Thèbes. Idem. 178 — 1288
XXIe Tanis. Sân. 130 — 1110
XXIIe Bubastis. Tell-Basta. 170 — 980
XXIIIe Tanis. Sân. 89 — 810
XXIVe Saïs. Sâ-el-Hagar. 6 — 721
XXVe (Ethiopiens.) » 50 — 715
XXVIe Saïs. Sâ-el-Hagar. 138 — 665
XXVIIe (Perses.) » 121 — 527
XXVIIIe Saïs. Sâ-el-Hagar. 7 — 406
XXIXe Mendès. Aschmoun-er-Rouman. 21 — 399
XXXe Sébennytès. Samanhoud. 38 — 378
XXXIe (Perses.) » 8 — 340
Fin des Listes, selon Manéthon.
ÉPOQUE GRECQUE.
XXXIIe (Macédoniens.) » 27 ans. 332
XXXIIIe (Grecs.) » 275 — 305
ÉPOQUE ROMAINE.
XXXIVe (Romains.) » 411 — 30 Après J.-C.
Édit de héodose. 381
L'inventaire général des monuments découverts depuis le
commencement de nos fouilles se divise en quatre séries: les
monuments religieux, les monuments funéraires, les monuments
civils
, les monuments historiques, auxquelles on pourrait encore
ajouter une cinquième classe comprenant les monuments grecs
et romains.
Tous les objets décrits dans la présente Notice appartenant
à l'une de ces catégories, je crois nécessaire de
donner sur chacune d'elles quelques renseignements généraux.
Aidé de ces renseignements, le visiteur aura une plus
complète appréciation des objets qui lui passeront sous les
yeux; il saura à quels usages ces objets servaient dans l'antiquité,
en quels lieux ils étaient placés, et par conséquent
en quels lieux on les retrouve quand les bouleversements
dont les ruines égyptiennes sont depuis longtemps l'objet ne
les ont pas trop éloignés de leur centre primitif.

I. Monuments Religieux.

Les monuments religieux se trouvent dans les habitations
privées, dans les tombeaux, dans les temples.
A. Ceux qu'on trouve dans les habitations privées sont extrêmement
rares. Ils consistent en statuettes de divinités qui
paraissent avoir servi d'amulettes, et en symboles qui faisaient
probablement partie de la parure des femmes. Les
Égyptiens n'ont pas eu d'autre culte domestique que celui des
ancêtres. Croyant à la bienfaisante influence des âmes admises
à jouir des félicités suprêmes, ils gardaient au milieu
d'eux les statues de leurs parents et leur faisaient jouer le
rôle des pénates chez les Romains (voy. Grand Vestibule, 35
et 36). Les cellules où elles étaient enfermées constituaient
une sorte de tablinum.
B. Les mythes relatifs à la vie future ont tellement pénétré
les monuments religieux qu'on trouve dans les tombes
que ces monuments appartiennent plutôt à la série des objets
funéraires. Telles sont les stèles, sur lesquelles on lit tantôt

un proscynème aux divinités infernales, tantôt des hymnes
au Soleil considéré comme symbole de la vie éternelle promise
aux défunts; telles sont encore les coiffures divines,
les amulettes sacrées par lesquelles on croyait procurer à
celui qui en était revêtu la protection de certains dieux ou
l'éloignement de certains génies malfaisants. Quant aux monuments
qui, malgré leur présence dans les tombes, restent
exclusivement religieux, ils sont en très-petit nombre. Les
seuls que l'on puisse citer sont les statuettes divines de toutes
matières qu'on recueille dans la cavité de la poitrine des
momies (voy. ci-après Avant-propos, Monuments Funéraires,
et Salle du Centre, Cage A).
C. Les temples égyptiens ont péri par l'excès même du
luxe que les anciens y déployaient. Les premiers, en effet,
ils ont dû subir l'atteinte des révolutions, et on conçoit aisément
qu'au moment de la chute définitive de l'antique religion,
on n'y ait pas laissé un objet intact. Le déblaiement
des temples n'a donc pour résultat que la mise au jour de
monuments plus ou moins mutilés. Parmi ceux-ci, on distinguera:
1° Les barques sacrées qu'on promenait à certains anniversaires
(voy. Vestibule de la Salle des Bijoux, 809). Chaque
temple avait plusieurs de ces barques, qui étaient le plus
souvent en bois précieux, et parfois même en argent ou en
or. Au centre s'élevait une petite chapelle ou naos dans laquelle
était enfermée une image de divinité qu'on recouvrait
d'un voile. A la proue et à la poupe étaient disposés des emblèmes
richement travaillés. Dans les processions publiques,
le plancher qui supportait ces barques était porté sur les
épaules des prêtres.
2° Les naos ou châsses. On y renfermait tantôt un animal
sacré, tantôt un emblème devant lequel, aux jours prévus
par les lois religieuses, on récitait des prières. Les temples
possédaient de ces naos de toutes dimensions et de toutes
matières. Au fond du sanctuaire s'élevait cependant le naos

par excellence. Celui-ci est de granit ou de basalte, et de
proportions colossales. Si l'on étudie le plan du temple qui
le contient, on voit que ce temple a été bâti pour lui et qu'il
en est comme une sorte de résumé.
3° Les bas-reliefs et les inscriptions nous apprennent que
les rois, et même les particuliers (voy. Grand Vestibule, 64),
tenaient à honneur d'enrichir de vases d'or et d'argent, de
tables en bois précieux, d'ouvrages divers finement travaillés,
les trésors des temples. J'ai à peine besoin de dire que
ces monuments ont dû disparaître les premiers dans le naufrage
de la civilisation égyptienne. Aussi en trouve-t-on rarement
dans les collections. Notre Musée possède cependant
cinq magnifiques vases d'argent (voy. Salle du Centre, 482)
qui peuvent passer pour de bons spécimens des ustensiles
sacrés conservés dans les temples (voy. aussi le n° 540).
4° Les tables d'offrandes sont les monuments commémoratifs
d'une fondation pieuse faite par les personnages dont
elles portent le nom. On en trouve d'assez nombreux exemplaires
dans les temples (voy. Grand Vestibule, 95, 96, 97, 98).
Elles portent le plus souvent, sculptés sur leur face supérieure,
les dons que le dédicateur s'engageait à fournir en
nature. Quelquefois elles n'ont que la forme du caractère
hiéroglyphique (hotep) qui sert à écrire leur nom. Karnak
possède encore quelques-unes de ces dernières, qui sont d'énormes
blocs d'albâtre ou de granit pesant près de huit
mille kilogrammes.
5° Les ruines des temples nous ont conservé quelques
stèles, où la religion est à chaque pas coudoyée par l'histoire,
comme le lieu lui-même auquel ces stèles sont destinées.
Tel est, par exemple, le poème historico-religieux gravé
sur une des plus précieuses stèles de notre Musée, en l'honneur
des victoires de Thoutmès III (voy. Grand Vestibule, 63).
Plus souvent, la stèle n'est qu'un acte d'invocation à l'une des
divinités du temple. D'autres fois, elle a été gravée en souvenir
d'une visite pieuse faite à un édifice sacré. Les stèles du Sérapéum

(voy. Salle du Centre, 210 et suiv.) sont des modèles
parfaits de ce genre de monuments commémoratifs.
6° Il reste à parler des statues. Les temples nous offrent
à peine une statue de dieu qui ne porte la trace d'une consécration,
c'est-à-dire qui n'ait été érigée pour attirer la bénédiction
divine sur le personnage dont elle porte le nom. Tantôt
ces statues, grandes et petites, sont répandues par tas
irrégulièrement disséminés dans les fondations des temples
(voy. Salle du Centre, 196) ou dans le sable qui leur sert de
sol (voy. Salle de l'Ouest, 699); tantôt elles prennent des proportions
plus grandioses et représentent soit des divinités,
soit des rois revêtus des attributs sacrés (voy. Appendice, Tanis,
passim, Abydos, 3). Quant aux statues de dieux proprement
dites, je n'ose pas dire qu'il y ait eu dans chaque temple une
statue qui ait été appelée plus spécialement la statue de ce
temple. Les édifices du culte ne manquaient certes pas
d'images divines; mais chacune avait un service particulier,
et aux prières qu'elle entendait était toujours mêlé le nom
du personnage qui l'avait consacrée. Une statue représentant
le dieu absolu du temple, abstraction faite du dédicateur,
n'existait peut-être pas; le naos paraît en avoir tenu lieu et
cachait au vulgaire la vue du symbole vivant ou inanimé qu' on
regardait comme le représentant le plus direct de la divinité.
La variété presque infinie des types que présente le panthéon
égyptien est un fait que tout le monde a remarqué.
Il ne faudrait pas cependant tirer de ce fait la conclusion
que la religion égyptienne ne fut jamais qu'un tissu de fables
grossières et ridicules. Aussi loin que nous puissions remonter
par les monuments dans son histoire, nous la trouvons
déjà constituée, déjà entourée de son cortége de divinités
et d'animaux sacrés, et par conséquent animée déjà de ce
souffle puissant qui devait la faire vivre pendant cinquante
siècles. Si la religion égyptienne n'avait pas eu d'autre base
que les étranges superstitions qu'on l'accuse si souvent d'avoir
pratiquées, elle n'eût pas fourni cette incomparable carrière.

Dans la partie de leurs mystères qu'elles réservent au peuple,
les religions peuvent sans danger quitter les hauteurs des
conceptions abstraites et laisser voir au commun des fidèles
le dieu qu'il adore; mais elles ne durent point si elles ne
conservent pas au moins dans le sanctuaire la pure notion
d'e l'idée de Dieu. Un paganisme éhonté, comme celui qu'on
accuse l'Égypte d'avoir mis en honneur, aurait donc plutôt
contenu un germe de mort que cet actif principe de vie qui
donna une si grande place dans l'histoire du monde à l'antique
civilisation égyptienne.
Les découvertes récentes de la science du déchiffrement
des hiéroglyphes ont confirmé ces vues. Au sommet du
panthéon égyptien plane un Dieu unique, immortel, incréé,
invisible et eaché dans les profondeurs inaccessibles de son
essence; il est le créateur du ciel et de la terre; il a fait tout
ce qui existe, et rien n'a été fait sans lui; c'est le Dieu réservé
à l'initié du sanctuaire. Mais l'Égypte n'a pas su, ou
n'a pas voulu s'arrêter à cette hauteur sublime. Elle a considéré
le monde, sa formation, les principes qui le gouvernent,
l'homme et sa destinée sur la terre, comme un drame
immense. L'Être par excellence en est l'unique acteur. Tout
vient de lui, et tout retourne à lui. Il a pourtant des agents
qui sont ses propres attributs personnifiés, et qui deviennent
autant de dieux sous des formes visibles, dieux inférieurs,
limités dans leur rôle quoique participant à toutes ses propriétés
caractéristiques. Ammon par exemple, sera ce ressort
caché dans la nature qui la pousse à se renouveler sans
cesse; la raison divine sera personnifiée en Thoth; Khéper
(à tête de scarabée) sera le dieu qui se donne la vie à luimême,
et qui par là est sans commencement; antérieur à
tout ce qui existe sera Nou.t, l'Abyssus biblique; au-dessous
de Nou.t prendra place Chnouphis, le souffle divin, celui
qui fabrique lui-mème la mère génératrice des dieux; Seb
sera
la matière avec les germes de vie qu'elle cache en son sein;
dans les espaces célestes, des flanes de Nou.t, l'épouse de

Seb, sortira le dieu Ra, le dieu Soleil, et avec lui commencera
la lumière, c'est-à-dire la vie de l'homme; Osiris enfin,
plus ancien que Ra lui-même, sera le Soleil nocturne; c'est
lui qui symbolisera la lutte des ténèbres contre le jour et du
bien contre le mal; it sera le principe qui, dans ces combats
chaque jour renouvelés, fait triompher le bien. Mais, si chacun
de ces dieux prend ainsi une part des attributs du Dieu
invisible, à tous appartient cependant la plus caractéristique
des qualités essentielles de l'Être. Ainsi Ammon est le
mari de sa mère, c'est-à-dire son propre père à lui-même; Thoth
se forme lui-même sans avoir été engendré; Osiris est le fils
d'Isis sa propre épouse
; Ra est enfanté, non engendré: tous, par
conséquent, sont proclamés sans commencement et existant
de toute éternité. C'est même cette grande doctrine qui est
le point de départ commun de toutes le fameuses triades
adorées dans les temples égyptiens. Là règne un dieu qui
personnifie comme tous les autres une des puissances divinisées
de l'Être suprême. Mais dans aucun temple ce dieu
ne figure seul sur les autels où son image est adorée, et les
Egyptiens ont toujours voulu qu'il se décomposât en une
sorte de triade formée de lui-même, d'une déesse qui revêt
le plus souvent les symboles de la maternité, et d'un troisième
dieu que sa coiffure et son costume font reconnaître
pour un dieu enfant, quoique jamais il ne soit nommé le fils
des dux premiers. L'esprit philosophique qui a présidé à la
formation de ce singulier système mérite d'être remarqué.
A la vérité, les Egyptiens n'ont accordé au principe passif,
représenté, par la déesse mère, qu'une importance secondaire,
«le père, selon une croyance commune, étant l'unique
auteur de la naissance de l'enfant, auquel la mère ne
fait que donner la nourriture et la demeure» (Diodore de
Sicile). Mais le principe actif a été mis par eux dans un relief
particulier, et, en toute occasion, les textes nous montrent
le dieu principal des temples s'engendrant lui-même dans le
sein de sa mère. L'essence de ce dieu est ainsi d'être à la fois

son propre père et son propre fils; il est le dieu un tout en
restant double, et le dieu enfant associé à son culte n'apparaît
derrière lui que comme une personnification de cette
perpétuelle renaissance, sans commencement ni fin. Tel est
le dieu dont l'Egyptien voyait l'image à chaque pas répétée
sur les murs des édifices sacrés. Selon les lieux, les attributs
dont on entourait le personnage divin se modifiaient; mais
dans chaque temple la triade apparaissait comme un symbole
destiné à affirmer l'éternité de l'Être. — En somme, un
Dieu invisible escorté de ses puissances divinisées, tel était
pour le prêtre nourri dans le sanctuaire le suprême mystère
caché dans les profondeurs de la religion égyptienne. Sous
ce rapport, deux chapitres de Jamblique doivent rester classiques.
Si l'on s'en rapporte à Jamblique, l'Egypte aurait
cru à un Dieu unique, antérieur au premier dieu, etc. (1)
(1) Comparez ce passage de Lactance: «Thoth a écrit un grand
nombre de livres, dans lesquels il proclame la majesté d'un Dieu souverain
et unique, qu'il appelle comme nous Deus et Pater

Autre part, Jamblique dit: «Le Dieu égyptien, quand il est
considéré comme cette force cachée qui amène les choses
à la lumière, s'appelle Ammon; quand il est l'esprit intelligent
qui résume toutes les intelligences, il est Emeth;
quand il est celui qui accomplit toutes choses avec art et
vérité, il s'appelle Phtah, et enfin, quand il est le dieu
bon et bienfaisant, on le nomme Osiris.» Derrière ces
autels chargés des images de tant de divinités en apparence
étranges, l'
Egypte cachait donc des dogmes sérieux, et on
voit par là que, tout au moins, si la religion égyptienne a
duré, c'est qu'elle s'appuyait sur une théologie qui n'était
pas indigne de ce nom.

II. Monuments Funéraires.

Les monuments funéraires entrent pour une part toujours
considérable dans les collections d'antiquités égyptiennes.
Les auteurs de la tradition classique nous ont appris que les
Égyptiens faisaient peu de cas des demeures qu'ils habitaient

pendant la vie, et qu'au contraire ils entouraient de tous
leurs soins les maisons éternelles où ils devaient reposer après
leur mort. L'étude des monuments est d'accord avec le témoignage
des écrivains grecs et latins. Les maisons des
villes étaient petites, étroites, bâties en bois ou en briques
crues; les tombeaux ont bravé les siècles. Le mobilier funéraire
répondait au luxe des tombes: meubles, statues, stèles,
amulettes, on entassait autour du mort tant d'object divers
que le fouilleur en est quelquefois étonné. Au contraire, ce
que nous connaissons des villes égyptiennes nous autorise à
penser qu'il en était de ces villes comme de toutes les cités
modernes de l'Orient, où la vie en plein air dispense la grande
masse des habitants de cette recherche du luxe qui est un
des besoins de notre civilisation.
On comprendrait mal la destination de la plupart des
objects qui appartiennent à la série des monuments funéraires,
si préalablement je ne donnais quelques détails sur l'ensemble
des sépultures égyptiennes.
Mettre les morts à l'abri de toute atteinte de l'inondation
a été le principe qui a toujours guidé les Égyptiens dans le
choix de l'emplacement réservé aux nécropoles. Dans le
Delta, les morts ont été ensevelis soit dans l'épaisseur des
murs des villes et des temples quand ces murs étaient en
briques crues, soit dans des tumuli élevés au milieu des
plaines. La Moyenne et la Haute-Égypte ont profité des
avantages que leur offraient les chaînes Libyque et Arabique,
qui des deux côtés confinent aux plaines cultivées, et les
habitants ont pratiqué, dans le rocher qui forme ces deux
montagnes, les grottes destinées à recevoir leurs morts. Rarement
les morts ont été confiés à la terre nue. Aux basses
époques, les buttes qui marquent le site des villes détruites
ont été quelquefois employées comme lieu de sépulture; on
se servait aussi pour le même usage des décombres qui s'élèvent,
en les cachant, au-dessus des tombes plus anciennes.
Les tombes égyptiennes ne forment jamais un tout bien

coordonné, et l'on ne peut pas dire qu'elles aient été invariablement
construites sur un type uniforme. Cependant, à
quelque époque qu'il appartienne, un monument funéraire
complet est divisé en trois parties: la chapelle extérieure, le
puits, les caveaux souterrains, ce que montre la figure cijointe:

A. Les Chapelles extérieures se composaient d'une ou de
Plusieurs chambres accessibles en tout temps au moyen de
portes qu'on ouvrait à volonté; c'est dans ces chapelles que
les parents, ou peut-être les prêtres d'une certaine classe,
venaient, à diverses époques de l'année, accomplir des cérémonies
funèbres en l'honneur des morts. Tantôt les chapelles
s'annoncent comme une sorte de petit temple qui s'élève au
milieu de la plaine où est située la nécropole; tantôt on
substitue à ce petit temple le même ensemble de chambres
creusées sur une déclivité de la montagne, et, dans ce
dernier cas, les chambres accessibles constituent un véritable
spéos.
Sous l'Ancien-Empire (Ire à XIe dyn.), le monument extérieur
est un mastaba, construction quadrangulaire à faces
symétriquement inclinées et le plus souvent unies. Cette
construction est toujours faite en blocs énormes; de loin, on
la croirait massive et pleine, comme une pyramide tronquée.
Une porte s'ouvre cependant sur l'un des côtés, presque
toujours celui qui regarde l'Est. Cette porte est quelquefois
une simple entrée couronnée par une sorte de tambour cylindrique.
Plus souvent la porte s'agrandit; elle a pour montants
des bas-reliefs représentant l'image en pied du défunt,
et pour linteau une large dalle couverte d'une inscription en
lignes horizontales. En de rares exceptions, quand la tombe
est celle d'un personnage élevé, la façade prend des proportions
plus monumentales, et elle est précédée de gros
piliers carrés sans abaque et sans base, supportant de massives
architraves monolithes. L'inscription en caractères horizontaux,
qui couvre le linteau des portes et qui sert comme
d'enseigne au tombeau, mérite toujours d'être étudiée. Elle
débute par une invariable formule de prière, suivie de la
mention des dons funéraires à présenter au mort, à certains
anniversaires, jusque dans l'éternité. La liste de ces anniversaires
n'est pas à cette époque aussi complète qu'elle le
sera plus tard. A côté de quelques fêtes non définies, comme

la fête de Sat' ou du mois de Sat', on en rencontre qui ont
un caractère astronomique bien tranché: je citerai les 12 fêtes
de chaque 1er jour du mois, les 12 fêtes de chaque 16e jour
du mois, les fêtes du commencement des saisons, probablement
les tétraménies, et surtout les deux fêtes à célébrer au
premier jour de l'année sacrée et au premier jour de l'année
civile, précieuse mention qui nous prouve qu'alors l'Égypte
avait déjà constaté la vraie longueur de l'année de 365 jours
et un quart. — Les représentations qu'on trouve dans l'intérieur
des mastaba n'ont pas moins d'intérêt. Là, la personnalité du défunt
du défunt est presque seule en jeu. On le voit entouré de
sa famille, assistant à des scènes diverses: il chasse dans les
roseaux; il préside aux travaux des champs; des serviteurs
lui apportent des produits de ses fermes, d'autres immolent
à ses pieds les boeufs de sacrifices. Le mobilier des chambres
où ces représentations de la vie privée sont figurées est
toujours aussi simple que possible; on n'y trouve jamais que
des tables d'offrandes (voy. Grand Vestibule, 92) et des stèles
(voy. Grand Vestibule, Salle de l'Ouest). Les premières sont votives.
Les offrandes en pains sacrés, en vins, en fruits, en victuailles,
qui devaient être apportées en nature aux anniversaires
dont nous avons déjà parlé, y apparaissent sculptées
sur la pierre. Quant aux stèles, véritables épitaphes servant
comme de résumé au tombeau tout entier, elles occupent la
place d'honneur au fond de la chambre principale. Sous
l'Ancien-Empire, les stèles ont un caractère auquel il est impossible
de se méprendre. Elles sont quadrangulaires, et le
plus souvent colossales. Le style des ornements qui les décorent
est celui de la façade des édifices du temps, comme si la
stèle était elle-même un naos dont le défunt serait la divinité.
Les hiéroglyphes y sont grands, clairs, espacés. On y
trouve peu de déterminatifs, même pour les noms propres.
Sur les plus anciennes, on devine une langue et une écriture
qui se forment. Les plus récentes (celles de la VIe dynastie,
par exemple) ne sont pas exemptes elles-mêmes d'un certain

cachet d'archaïsme. Autant, sous les dynasties qui suivent
l'Ancien-Empire, les personnages à la mémoire desquels les
stèles sont consacrées prennent soin de nous faire connaître
leur généalogie ascendante, autant ici ils négligent, de parti
pris, ce renseignement. Anubis, en sa qualité de gardien
spécial des chapelles funéraires et des sarcophages, est le
dieu qui est le plus souvent invoqué. Le nom d'Osiris est
très-rare, surtout avant la VIe dynastie, ce qui entraîne la
suppression des mots le justifé qui plus tard seront l'inévitable
accompagnement du nom du défunt. Dans l'arrangement
général des textes, l'énumération des titres prend une
place toujours importante. Ces titres sont plutôt religieux que
civils. On ne peut parler des chapelles accessibles de l'Ancien-Empire
sans rappeler que les Pyramides possédaient
elles-mêmes des monuments de ce genre construits en avant
de leurs faces orientales; des prêtres (neterhen) étaient attachés
à ces chapelles et venaient, aux époques prévues par les
lois religieuses, faire des offrandes funèbres aux rois dont la
Pyramide gardait la dépouille mortelle (voy. Grand Vestibule,
37, 38, 42). — Dans cette énumération du mobilier
funéraire que l'on trouve dans les chambres ouvertes des
chapelles de l'Ancien-Empire, j'ai omis à dessein les statues
représentant le défunt, statues cependant presque aussi communes
que les stèles et les tables à libations. C'est que les
statues des mastaba ne se trouvent pas, comme sous les dynasties
postérieures, dans les salles ouvertes des chapelles.
Aux environs, et à une petite distance de la chambre principale,
les architectes ont ménagé dans la masse du monument
une sorte de réduit que nous avons nommé serdab (un corridor)
et qui était muré de toutes parts pendant la construction;
c'est dans ce corridor qu'étaient enfermées les statues
du défunt (voy. Grand Vestibule, Salle de l'Ouest, Salle de
l'Est, passim
). L'usage le plus général était de cacher ces
monuments pour l'éternité, en prenant le serdab dans la
masse du tombeau et en l'isolant de toute communication

avec l'air extérieur. Quelquefois, cependant, une petite ouverture
rectangulaire que l'on découvre dans l'une des parois
de la chambre principale avertit qu'un étroit conduit mène
de cette ouverture aux statues cachées, et qu'on pouvait, en
certains cas, soit y prononcer des paroles que les statues
étaient censées entendre, soit plus probablement y faire
passer la fumée d'un encens (1)
(1) Des personnages, probablement des parents du défunt, sont représentés,
à chaque ouverture du serdab du tombeau de Ti, à
Saqqarah,
brûlant de l'encens dans une sorte de cassolette, sous la forme que rappelle
le thymialérion des monuments grecs.
; il n'est pas impossible que
les trous rectangulaires de la chambre du roi dans la pyramide
de Chéops aient eu cette destination. — Je ne terminerai
pas cette notice des chapelles de l'Ancien-Empire
sans faire remarquer que les monuments funéraires de ce
temps sont aussi sobres de représentations de divinités que
les monuments du Nouvel-Empire en sont prodigues; l'absence
complète de figures de dieux au milieu des innombrables
scènes que nous ont restituées les mastaba de l'Ancien-Empire,
est en effet une anomalie qui constitue un caractère
d'époque très-tranché. Du reste, excepté sous la XIIe dynastie,
le luxe des monuments extérieurs n'a jamais été plus
loin que sous l'Ancien-Empire; un certain air de solidité, de
grandeur et de simplicité que l'architecture égyptienne ne
retrouvera plus est répandu sur toutes les constructions de
cette brillante période.
Je n'ai que des données assez vagues sur la disposition
de la partie accessible des tombes pendant le Moyen-Empire,
c'est-à-dire après la Xe dynastie et avant la XVIIIe. Rien ne
laisse supposer qu'à cette époque l'usage des mastaba fût
encore en vigueur; mais rien non plus ne donne à croire que
la XIIe dynastie et les dynasties environnantes n'aient pas
suivi le mode de construction si généralement adopté sous
l'Ancien-Empire. Les seules chambres accessibles de ce
temps qui soient venues jusqu'à nous sont des spéos, et je

n'ai qu'à nommer les hypogées de Beni-Hassan pour montrer
que les tombes élevées aux fonctionnaires des Ousertasen
dépassaient encore en magnificence les tombes qui remontent
jusqu'à l'àge des Pyramides. Alors tout est grand,
soigné, éclatant, et la belle époque des chapelles extérieures
est évidemment celle qui fut contemporaine de ces magnifiques
monuments. — L'ornementation des chapelles funéraires
du Moyen-Empire est du reste à peu près celle dont
j'ai essayé de donner une idée en décrivant les mastaba. Le
défunt, sa famille, la pêche, la chasse, l'agriculture, quelques
épidodes de sa vie, en font tous les frais. La fête de
l'apparition de Sothis, la fète des épagomènes s'ajoutent à
celles que j'ai déjà mentionnées et dont l'usage était maintenu.
Pas de représentations divines, peu de noms divins
employés dans les formules de prières, au moins quant aux
légendes qui couvrent les murs. A première vue, les chapelles
du Moyen-Empire sont ainsi une continuation régulière
de celles des dynasties précédentes. Il est cependant
quelques différences dont l'archéologue doit tenir compte.
Les dates, les cartouches employés pour désigner la personne
royale se montrent; au contraire, les titres donnés aux
prêtres attachés aux monuments funéraires des rois de l'Ancien-Empire
ont disparu. La clarté des textes est augmentée
par l'emploi plus régulier des déterminatifs et l'arrangement
plus fréquent des éléments phonétiques autour des caractères-symboles.
En même temps, après la formule le justifié
auprès d'Osiris,
qui désormais est fixe, apparaît la mention de
la mère du défunt, plus fréquente que celle du père. Les
parents du Roi (Suten rekh)
deviennent aussi de plus en plus
rares, à mesure que s'élèvent les nobles chefs (erpa ha). En
général, les titres sont plutôt civils que religieux. Autrefois,
l'usage du serdab multipliait les statues du mort; sous la
XIe dynastie, au contraire, ces images deviennent extrêmement
rares. Il est une autre particularité propre à la plupart
des tombes de cette époque qu'il importe de signaler. Jusqu'ici,

la partie accessible des monuments funéraires que
j'ai décrits est distincte du caveau proprement dit où les
momies reposent. Très-souvent, au contraire, sous les rois
du Moyen-Empire, la chambre ouverte où, à certains jours,
se réunissaient les parents, était aussi celle où le cercueil
était conservé. Les exemples de cet arrangement sont fréquents
à Drah-abou'l-neggah (XIe dynastie) et à Abydos
(XIIIe dynastie), soit que la chapelle funéraire ait été taillée
en spéos, soit que le monument prenne la forme d'une pyramide
et s'élève au milieu de la plaine, soit enfin que ces
mêmes pyramides se retrouvent surmontant, comme une
sorte de couronnement, une massive construction carrée
qui donne à l'édifice tout entier l'apparence de ces profils
d'hypogée qu'on voit représentés sur certains bas-reliefs
funéraires. — Les monuments les plus intéressants que le
Moyen-Empire, et en particulier les tombes de Drah-abou'l-neggah
et d'Abydos, nous aient rendus, sont les stèles.
Quand, après le vide monumental qui sépare la VIe dynastie
de la XIe, surgissent tout à coup les Entef dans la
nécropole de Thèbes, on s'aperçoit que, durant cette période,
il s'est opéré un travail qui a donné aux stèles un
tout autre caractère que celui qu'elles avaient auparavant.
Les stèles de la XIe dynastie sont rudes (voy. Vestibule de
la Salle des bijoux,
804, 805); elles ont conseré la forme
quadrangulaire, dépouillée cependant des ornements à rainures
prismatiques qui caractérisent l'Ancien-Empire; mais
elles semblent avoir un point de départ inconnu et ne présentent
avec les stèles de la VIe dynastie aucune de ces ressemblances
qui accusent un lien de parenté. Sous la XIIe dynastie,
la transformation est déjà sensible (voyez Grand
Vestibule, Salle de l'Ouest, Vestibule de la Salle des bijoux,
passim
).
Les stèles arrondies par le haut paraissent. Des dates
royales se montrent. La formule des proscynèmes n'est plus,
comme autrefois, une brève invocation à Anubis suivie tout
aussitôt des titres du dèfunt. On sent que cette formule se

fixe. Les titres des dieux y prennent plus de place; Osiris y
est en pleine possession du séjour des morts. Autrefois la
stèle n'était qu'un texte gravé sur une façade d'édifice; elle
tend maintenant à devenir un tableau où le défunt est représenté
entouré des siens et assistant aux offrandes par lesquelles
ses mànes sont honorés. Malgré quelques points
de contact communs, malgré les exemples où les stèles de
la XIIe dynastie nous montrent l'Egypte renouant avec la
VIe les traditions interrompues, on découvre donc entre les
deux périodes des différences marquées. Sous la XIIIe dynastie,
la séparation est complète. A ce moment, les stèles
deviennent confuses, chargées, hérissées de noms propres.
La famille envahit de plus en plus le champ du monument,
et, en général, ses divers membres sont représentés, à droite
et à gauche de la stèle, à genoux et alignés sur deux lignes
verticales. Du reste, ici, comme sur tous les monuments
funéraires de l'Ancien et du Moyen-Empire, se remarque
l'absence intentionnelle de toute représentation de divinités:
il est évident que l'usage de ces représentations ne s'est
pas encore introduit, ou plutôt n'a pas encore été appliqué
aux tombeaux.
Le Nouvel-Empire commence à la XVIIIe dynastie et finit
à la conquête de l'Egypte par Alexandre. Quand les Pasteurs
sont expulsés, quand, avec Amosis, l'Egypte reprend
possession d'elle-même, les bords du Nil semblent recevoir
une vie nouvelle et l'histoire constate que ce moment fut le
signal d'un développement considérable de la civilisation. Il
est naturel de penser que les tombes eurent leur part de ce
progrès, et que tout au moins la partie visible et accessible
de ces tombes fut mise en rapport avec le luxe des palais et
des temples. L'exploration des lieux n'a donné qu'imparfaitement
raison à cette conjecture. Les sépultures du Nouvel-Empire,
qui bordent les rues des nécropoles comme autant
de petits temples, prennent à la vérité la forme extérieure
d'élégants naos; des colonnes ornent les façades, et j'en ai

même trouvé qui étaient précédées d'une courte avenue de
sphinx. Mais le grand art qui distingue la XIIe dynastie est
décidément éteint, et si soignées qu'elles soient, les tombes
du Nouvel-Empire ne suffisent plus à nous prouver que l'ère
nouvelle dans laquelle entrait l'Egypte lui ait jamais rendu
son ancienne vigueur. Quant aux chambres, elles sont
vastes, nombreuses, quelquefois tracées sur un plan qui
rappelle celui des temples (hypogées de Tell-Amarna). L'ornementation
en est plutôt riche que soignée. Les couleurs
brillent au plafond et sur tous les murs (hypogées d'Adb-el-Qournah).
Au lieu des massifs, piliers de l'Ancien-Empire,
on trouve des colonnes cannelées à chapiteaux épanouis
(tombes de Saqqarah). Des statues du défunt sont déposées
dans des niches, ou occupent les entrecolonnements. Sur des
socles de granit ou d'albâtre sont placées des tables d'offrandes
votives. (1)
(1) Ceei est l'exception. Les tables d'offrandes sont aussi rares sous
le Nouvel-Empire qu'elles sont communes sous l'Ancien.
Des morceaux choisis de la littérature,
le plus souvent des hymnes poétiques au Soleil (voy. Grand
Vestibule
, 72) sont gravés sur des stèles adossées aux murs.
Sans aucun doute, la personnalité du défunt est ici moins
qu'autrefois mise en avant. Mais, si les travaux des champs
et l'intérieur de la famille ne sont plus aussi souvent représentés,
on trouve à étudier en de plus fréquentes occasions
les peintures qui nous montrent diverses scènes dans
lesquelles le défunt joua un rôle: processions religieuses,
hommages rendus aux rois, missions à l'étranger, épisodes
de batailles, etc. La vie civile, avec une nuance plus historique,
prend ainsi sa part de l'ornementation des chapelles
accessibles du Nouvel-Empire. Je me hâte d'ajouter que cette
part fut toujours relativement petite, et qu'en général les
représentations sous les dynasties qui suivirent les Pasteurs
furent plutôt religieuses. Autant, en effet, les anciens tombeaux
se défendent contre l'envahissement du Rituel, autant

ici le Rituel trouve un accès facile, et des parois entières,
surtout à partir de la XXVIe dynastie, sont couvertes
des principaux de ces chapitres. On voit que désormais ce
livre célèbre a pris possession des tombeaux, et avec lui
arrivent les représentations jusqu'alors si rares de toutes
les divinités du panthéon égyptien. Les statues de dieux proprement
dites font cependant encore défaut, et c'est tout au
plus si, au fond de la chambre principale, apparaissent des
figures de ronde-bosse représentant soit le défunt assis entre
deux divinités, soit la déesse Amenti, qui, sous la forme d'une
vache dont la partie postérieure reste engagée dans la montagne,
vient au-devant du mort. Ces rapides détails suffisent,
je crois, pour donner une idée de l'ensemble des parties
accessibles des tombes du Nouvel-Empire. Autrefois la religion
n'était pas autant qu'elle le devint plus tard la vie
même de la société égyptienne, et, dans les tombes de
l'Ancien-Empire et du Moyen-Empire, l'élément civil l'emporte
sur l'élément religieux: c'est le contraire qui se voit,
dès que l'Egypte, après l'expulsion des Pasteurs, marche de
nouveau dans les voies de la civilisation. — Il me reste un
dernier mot à dire des stèles. Les stèles que le Nouvel-Empire
nous a laissées sont aussi nombreuses que différentes de
style, et chercher à montrer par quelles minutieuses observations
la science est parvenue à distinguer les règles qui
servent à les classer entre elles serait sortir de notre cadre.
La loi la plus générale qui, sous le Nouvel-Empire, préside
à l'arrangement des textes sur le champ des stèles est celleci:
le premier registre est tout entier religieux. Certains
dieux, particulièrement Osiris, en occupent la partie principale.
Devant eux, le défunt debout, suivi de sa femme et de
quelques personnes choisies de sa famille, est dans une des
postures de l'adoration. A ses pieds est une table chargée
des offrandes habituelles qu'il présente au roi de l'enfer
égyptien. Le second registre nous fait retourner aux représentations
du Moyen-Empire. C'est le défunt qui maintenant

est assis devant la table d'offrandes et qui reçoit l'hommage
de ses parents debout ou agenouillés devant lui. Un dernier
registre continent la formule de prières.
Après le Nouvel-Empire viennent les Ptolémées et les
Empereurs. Ici la mode des chapelles extérieures s'oublie
peu à peu, les tables d'offrandes disparaissent, la composition
des stèles s'altère. Tout le luxe des sépultures se réfugie
à ce moment dans les chambres souterraines, où se rencontrent
ces sarcophages de granit et de basalte dont les Musées
possèdent de si magnifiques échantillons.
Telles sont, dans leurs dispositions les plus générales, les
chapelles funéraires. Celles-ci constituaient, dans l'ensemble
d'une tombe égyptienne, la partie en quelque sorte monumentale
de cette tombe. Les parents s'y réunissaient pour
honorer le mort; des cérémonies funèbres y étaient accomplies.
Suivant le rang et la richesse du défunt, un luxe plus
ou moins grand présidait à l'arrangement des chambers dont
ces chapelles étaient composées. Ces pieux usages ont fourni
aux Musées d'Europe, et particulièrement à notre Musée de
Boulac, des monuments dont le visiteur connaît maintenant
la provenance: ce sont les stèles funéraires, les tables d'offrandes,
les statues de particuliers, et en général tous les basreliefs,
les linteaux de porte, les inscriptions qu'on retrouve
dans les décombres sous lesquels la plupart des chapelles
funéraires gisent aujourd'hui ensevelies.
B. Au milieu de l'une des chambres que je viens de décrire,
ou bien encore en un coin caché du monument extérieur,
se trouve la bouche d'un puits vertical, toujours carré
ou rectangulaire (voy. la vignette, p. 24). C'est la seconde des
trois parties qui composent une sépulture égyptienne. Jusqu'à
ce qu'il atteigne le roc qui s'étend en dessous de la couche
de sable dont le désert de la nécropole est formé, le puits
est bâti en belles pierres Memphis), ou bien en briques crues
(Abydos, Thèbes, etc.). J'en connais qui ont jusqu'à trente
mètres de profondeur; le plus souvent, après dix ou douze

mètres, on en atteint le fond. Quand le puits est vierge, il est
rempli jusqu'à la bouche d'éclats de pierres mêlés de sable
et de terre, le tout formant, avec l'eau qu'on y a jetée, une
sorte de ciment compact qu'on ne parvient aujourd'hui à percer
qu'avec les plus grands efforts. Au fond du puits, sur
une des quatre parois, le rocher s'interrompt tout à coup et
l'on rencontre un mur: c'est le mur qui ferme l'entrée des
chambers mortuaries proprement dites.
C. Dans les chambres mortuaires reposaient les momies.
Après ce qui précède, je n'ai pas besoin de faire remarquer
que ces chambres sont creusées dans la masse du rocher, et
que, les puits une fois pleins de décombres, elles étaient à
l'abri de toute violation facile. Les légendes tracées sur les
murs de la partie souterraine des tombes forment une exception
dont j'ai à peine trouvé deux ou trois exemples.
La simplicité, la grandeur sont les traits distinctifs des
caveaux funéraires de l'Ancien-Empire. Au centre d'une
chamber vaste, régulière, s'élève le sarcophage. Il est rectangulaire
et sans chevet arrondi. Le couvercle est plat
comme une dalle, ou voûté par-dessus avec quatre oreillettes
carrées aux angles. Ce sarcophage est taillé dans une sorte
de basalte noir, dans le granit rose ou dans le calcaire. Il
est en général dépourvu d'ornements. S'il en possède, le
motif est emprunté au style d'architecture de l'époque. Les
inscriptions ne sont que le nom et les titres du défunt; par
exception, on gravait sur le couvercle la formule des cérémonies
à accomplir à certains anniversaires. Autour du sarcophage,
on trouve des ossements de boeufs et de grands
vases en terre rouge contenant des cendres. Un cercueil de
bois, à face humaine, composé de plusieurs pièces assemblées
à l'aide de chevilles aussi en bois, est placé dans l'intérieur
du sarcophage. Ces cercueils n'ont pas de peintures.
Sur le devant de la poitrine on lit cependant quelquefois la
formule: O toi, N …, enfant du Ciel, né de la déesse Nou.t, etc.
A l'ouverture, le corps est un squelette, et c'est tout au plus

s'il a été recouvert d'une sorte de drap en forme de linceul.
Quand ils ne tombent pas en poussière au contact de l'air,
les os laissent échapper une faible odeur de bitume. Aucun
objet n'accompagne d'ailleurs la momie.
On ne trouve de monuments funéraires de la XIe dynastie
que dans la partie de Thèbes appelée Drah-abou'l-neggah.
L'étude des caveaux de ce temps ne dément pas les conclusions
que l'examen des stèles de la même époque nous a déjà
révélées. Pas de régularité, pas de grandeur, rien qui rappelle
l'Ancien-Empire. Quelques traits d'une commune parenté
se laissent cependant apercevoir, et je ne sais quelle
gaucherie dans l'art de ce temps avertit que certaines traditions
rompues se renouent, comme si l'Egypte se réveillait
d'une invasion. Dans ces caveaux d'une si détestable exécution,
sont pourtant déposés des objets dignes de l'attention
des fouilleurs. Çà et là, contre les murs, contre les cercueils
qui s'empilent jusqu'aux voûtes, sont rangés des chaises, des
tables, des tabourets, de grands coffres, des vases pleins de
cendres, des paniers qui ont conservé jusqu'à nous le blé,
les raisins, les grenades, les doum, que la piété des parents y
avait enfermés (voy. Salle de l'Est, Armoire N). Sous la
XIe dynastie, le mode des cercueils de bois a prévalu. Les plus
communs sont rectangulaires et à couvercle plat. Les peintures
qui les couvrent sont vives et discordantes; les grandes
rainures prismatiques à fleurs de lotus épanouies en sont toujours
l'ornement principal; on y mêle des dessins de sandales,
de vases, d'armes, d'objets d'offrandes; des imitations de
bois assez habilement exécutées s'y font remarquer. Le plus
souvent, les sarcophages rectangulaires de la XIe dynastie
sont d'une rudesse dont on s'étonne. A Saqqarah, les fouilles
du Vice-Roi nous ont donné des boîtes de momies appartenant
à la basse époque romaine, mais tellement semblables à
celles de Drah-abou'l-neggah qu'à première vue il semble
difficile que les unes ne soient pas du même temps que les
autres. Des deux côtés, même inexpérience, même agencement

maladroit des ornements; des deux eôtés aussi, on
trouve des légendes hiéroglyphiques tracées par des mains
si ignorantes que ces légendes ne se lisent même pas. Si
j'insiste sur cette ressemblance, c'est qu'à bon droit elle a
frappé mon attention. La vieillesse de l'art égyptien semble
ainsi toucher à cette période de résurrection qui, sous la
XIe dynastie, fut pour l'Eypte comme une seconde enfance.
A la XIe dynastie appartiennent encore des cercueils à visage
humain qui occupent, comme les sarcophages, une
place à part dans l'archéologie égyptienne. Nous avons vu
que sous l'Ancien-Empire les momies sont enfermées dans
des cercueils de bois mince formés de planches assemblées
avec des chevilles de bois; ici, nous avons affaire à de
véritables troncs d'arbres évidés pour recevoir le dépôt
funèbre qu'ils sont chargés de conserver. Le style primitif
de la XIe dynastie s'y retrouve: les couleurs sont éclatantes,
les contours des visages sont rudes; ces visages sont peints
en jaune, en blanc et quelquefois en noir. Le mode de
décoration usité pour les cercueils de ce temps est caractéristique.
Sur la poitrine, au-dessous d'un large collier
qui descend des épaules, sont figurés l'uroeus et le vautour,
symboles de la souveraineté sur la Haute et la Basse-Egypte.
Sous les pieds, Isis et Nephthys sont représentés à genoux,
dans l'attitude du deuil. De longues ailes, vivement accusées,
semblent se rabattre sur le cercueil, qu'elles couvrent
tout entier (1)
(1) D'où les Arabes les appellent richi, c'est-à-dire à plumes.
, et rappellent le souvenir d'Isis ressuscitant
son frère Osiris, auquel le défunt est assimilé. Quant aux
momies de la XIe dynastie, elles ne sont remarquables
que par la quantité d'objects de toute sorte: paniers, outils
de bronze, miroirs, arcs, flèches, poignards, sabres, vases
à poudre d'antimoine, qu'on trouve avec elles en ouvrant
le cercueil dans lequel elles sont enfermées. L'état des
corps atteste des procédés d'embaumement toujours imparfaits:

les momies sont jaunes, desséchées, cassantes;
une fois sur trois, elles sont réduites à l'état de squelette.
L'emmaillotage des membres par des bandelettes étroites
n'est appliqué qu'aux plus riches d'entre elles. Le plus
souvent, le défunt est enveloppé comme au hasard dans
plusieurs draps pliés, sur lesquels un dernier drap est
étendu tout au long. Du reste, jamais une amulette, jamais
une figurine de dieu; le seul emblème vraiment funéraire
est le scarabée qu'on recueille presque à coup sûr
au petit doigt de la main gauche des momies de cette
époque.
Sous la XIIe et la XIIIe dynastie, les caveaux funéraires
sont, comme sous la XIe, étroits, bas, et irrégulièrement
percés. Des têtes de boeufs, des poteries rouges s'y rencontrent.
Quelques figures de bois, représentant soit Osiris,
soit Isis et Nephthys, accompagnent le sarcophage. En plusieurs
occasions, j'ai ramassé sur le sol des statuettes funéraires
de pierre sur la poitrine desquelles est gravée une
légende qui débute par la formule d'invocation «Suten ta
hotep
,» inusitée sur les monuments de ce genre (voy. Salle
du Centre
, 390). Les cercueils richi ont disparu; mais la
mode des beaux sarcophages ornés de rainures prismatiques
s'est maintenue. Les momies sont noires; la peau, quoique
flexible encore, est desséchée. L'emmaillotage proprement
dit ne se rencontre qu'en de rares occasions. Des draps à
peine noués enveloppent les membres, et le corps semble
ainsi flotter dans ses langes. Des scarabées, des amulettes
diverses, quelques figurines de divinités (surtout de Pascht)
commencent à se montrer dans la partie de la nécropole
d'Abydos, consacrée aux sépultures de la XIIIe dynastie. Les
caveaux funéraires de la XIIe et de la XIIIe dynastie que j'ai
rencontrés intacts sont d'ailleurs d'une rareté si grande
qu'il serait peut-être téméraire de pousser au-delà de ces
renseignements généraux la description du mode de sépulture
usité sous les rois qui ont suivi les Entef.
Je ne saurais dire quel fut le mode d'arrangement des
chambres mortuaires après la XIVe dynastie, c'est-à-dire
sous les Pasteurs. Mais la nécropole de Thèbes nous a mis
entre les mains assez de sépulures de la XVIIe pour que nous
schions qu'à cette époque l'Egypte avait adopté les usages
funéraires en vogue sous la XIe (voy. Salle des bijoux, cercueil
d'Aah-hotep). A ce moment, Drah-abou'l-neggah devient en
effet de nouveau le cimetière de Thèbes, les cercueils richi
et les mauvaises momies reparaissent. Les mêmes vases, les
mêmes meubles se retrouvent dans les tombeaux. Quelques
cercueils de princes et de personnages élevés, sans négliger
l'ornement traditional des ailes, sont dorés des pieds à la
tête, autre manière de rappeler, par le chatoiement de l'or
dans les parties saillantes, l'un des titres d'Isis protégeant
Osiris: elle a fait de la lumière avec ses plumes. En outre, les
morts s'appellent encore comme autrefois Entef, Améni,
Ahmès, Aah-hotep
, si bien qu' aujourd'hui l'oeil le plus exercé a
peine à distinguer entre eux des monuments que plusieurs
dynasties et une longue invasion séparent.
Nous arrivons à la XVIIIe dynastie. Quelque brillante que
soient les destinées de l'Egypte, la partie souterraine des
tombes ne retrouve jamais cete grandeur qui est le trait
distinctif des caveaux funéraires de l'Ancien-Empire. Ici
tout est mesquin, étroit, sans profondeur. Un seul puits
aboutit à un nombre infini de chambres qui se croisent et se
superposent, après avoir donné asile à plusieurs générations
de momies. Les exemples d'usurpation de sépultures, autrefois
si rares, deviennent de plus en plus fréquents. Quand
une bonne fortune a conduit la pioche des travailleurs à
l'entrée d'un caveau mortuaire que des fouilles antérieures
n'ont pas bouleversé, on s'aperçoit bien vite en y pénétrant
qu'on a affaire à d'autres temps. Tout devient exclusivement
religieux. Les premiers règnes de la XVIIIe dynastie se souviennent
bien encore de ces anciens usages qui faisaient
déposer avec les momies des meubles, des armes, des provisions;

mais après eux, l'arrangement des objects divers dans
les tombes est gouverné par un ordre d'idées tout différent.
Les plus communs de ces objects sont les stauettes funéraires:
tantôt on les enfermait dans des boîtes scellées qu'on
plaçait à côté du cercueil (voy. Salle du Centre, 381); tantôt
elles étaient répandues sur le sol de la chambre. Jusqu'à la
XXVIe dynastie, les matières le plus souvent employées
pour la fabrication de ces petits monuments sont l'albâtre,
le calcaire, le granit, la serpentine, le bois; les statuettes de
porcelaine émaillée sont rares: avec les Saïtes (XXVIe dynastie),
celles-ci apparaissent au contraire de plus en plus nombreuses.
Les vases funéraires, improprement appelés canopes,
se montrent aussi avec le Nouvel-Empire. Aucune règle
bien fixe ne préside au dépôt de ees vases parmi les objects
dont la partie cachée des tombeaux est ornée. On les trouve
dans un ordre indifféent, soit aux angles des sarcophages,
soit dans des niches établies sur la paroi de la chambre, soit
dans des caisses divisées en compartiments (voy. Salle du
Centre
, 398). Le mobilier funéraire des caveaux du Nouvel-Empire
est complété, selon les temps et les lieux, par divers
autres monuments dont le Musée conserve des échantillons.
Les vases d'albàtre remplis de baume, les sceaux de bronze
destinés à contenir l'eau de purification (voy. Salle de l'Est,
Armoire O), les jolies stèles de bois peint (voy. Salle du
Centre
, Armoire R); les statuettes de bois à visages dorés représentant
Osiris et ses deux soeurs, Isis et Nephthys, dans
l'attitude des pleureuses, proviennent des caveaux situés à
l'extrémité des puits funéraires.
Les monuments les plus intéressants que ces demeures
souterraines offrent à l'étude des archéologues sont les momies
et leurs enveloppes. Sous le Nouvel-Empire, c'est là
que s'est portée toute l'attention des ordonnateurs des tombes.
Jamais, en effet, on n'a entouré de plus de soin tout ce
qui touche immédiatement à la personne du mort. Mais ici la
voie qui s'ouvre devant nous s'élargit. Non-seulement les

momies et leurs enveloppes varient d'une dynastie à une
autre; mais, pour une même époque, elles se modifient
selon les lieux. Thébes et Memphis, par exemple, sont, sous
ce rapport, dans un perpétuel antagonisme. J'indiquerai,
aussi clairement que le sujet le comporte, les lois principales
qui régissent ces monuments.
L'étude comparée des momis découvertes dans les souterrains
de Thèbes, de Memphis, permet d'établir entre elles
trois divisions chronologiques, qui sont les suivantes: 1° Les
plus anciennes appartiennent à la période qui s'étend de la
XVIIIe à la XXIe dynastie. Pendant cette période, Memphis
a presque exclusivement employé des sarcophages de granit.
Ceux de la XVIIIe dynastie sont de forme massive et taillés
en eaisse de momie; les mains, engagées dans les langes, ne
sont même pas indiquées par un renflement de la pierre. En
général, ces monolithes sont sobres d'ornements. Une légende
verticale court de la poitrine aux pieds, et six autres
lignes, qui se prolongent jusque sur la cuve, coupent la première
à angle droit. Sous la XIXe et la XXe dynastie, les
sarcophages de Memphis, quoique encore en pierre dure,
prennent des proportions moins grandioses. Le défunt est
maintenant couché sur sa tombe. Son menton est orné
d'une barbe épaisse et carrée. Cette fois ses mains sont libres
et tiennent divers emblèmes (tat, croix ansée et noeud de
ceinture). Un tablier couvre le devant du corps et laisse
paraître les pieds, qui sont nus. Sur la cuve se montrent,
dans des tableaux symétriquement disposés, les images des
quatre génies des morts et de quelques divinités funèbres.
— Pendant cette même période, Thèbes suit d'autres chemins,
et les monolithes de Memphis y sont représentés par
des cercueils de bois. Aux massifs sarcophages de Saqqarah
correspondent en effet, à l'Assassif et à Abd-el-Qournah, des
cercueils de bois peints intérieurement et extérieurement en
noir. Le masque de ces caisses est rouge vif ou bien doré;
les yeux, dont l'enveloppe est en pâte bleue plutôt qu'en

bronze, sont rapportés,; sur la poitrine est un grand vautour,
les ailes étendues; les légendes, disposées comme à Memphis
en lignes qui se coupent, sont tracées, en jaune. A ces cercueils
peints en noir (XVIIIe dynastie) succèdent ces belles
caisses couvertes d'un vernis jaunàtre (XIXe dynastie) sur
lesquelles sont peintes des représentations en toutes couleurs.
La profusion des ornements sur les caisses de ce genre est
extrême. Aucun texte un peu long n'y est cependant encore
écrit, et si les allusions au Rituel sont fréquentes, on y trouve
plus de vignettes que de légendes. Bien souvent l'aspect
extérieur du monument est celui d'une momie en gaîne;
mais quelquefois Thèbes s'entend en ce point avec Memphis,
et le mort est représenté couché sur sa tombe. Les mains
sont alors croisées sur la poitrine et sortent des langes; des
boucles ornent les oreilles des femmes; le même tablier,
arrangé en plis serrés, couvre les jambes. L'intérieur du cercueil
n'est pas moins riche d'ornement; de grandes figures
de divinités et de génies peintes en couleurs vives sur fond
mat en forment le sujet principal. C'est du reste avec ces
derniers monuments que s'introduit l'usage d'enfermer les
momies dans de doubles, de triples et même de quadruples
cercueils qui s'emboîtent les uns dans les autres et font au
mort un rempart qu'il n'est pas toujours facile d'abattre.
Quant aux momies qui appartiennent à la péiode comprise
entre la XVIIIe dynastie et la XXIe, il existe entre les procédés
d'embaumement usités dans les deux capitales des
différences dignes d'être remarquées. A Memphis, les momies
sont noires et si desséchées qu'elles se rompent sous
le moindre effort; mais la cavité de la poitrine est remplie
de ces mille amulettes qui sont la richesse de nos vitrines.
Alors les amandes en cornaline, les grenouilles en feldspath
vert ou en porphyre, les colonnettes vertes, quelques grands
tat de porcelaine se montrent. On commence aussi à rencontrer
les gros scarabées de pierre dure sur le plat desquels
se lit la formule extraite du chapitre XXX du Rituel.

A Thèbes, au contraire, ces objets sont pour ainsi dire inconnus;
mais l'art de l'embaumement y a atteint la dernière
perfection. Les momies sont étroitement et minutieusement
enveloppées dans leurs bandelettes; les corps sont jaunes et
un peu luisants; les ongles des pieds et des mains sont teints
en henné; les membres ont conservé une flexibilité remarquable
et se ploient sans se briser; sur les meilleures d'entre
elles, le doigt s'enfonce encore dans la chaire. Selon l'habitude
de tous les temps, la main gauche est ornée de quelques
bagues et scarabées. En de trop rares occasions, on
recueille sur les momies des Rituels sur papyrus déposés
dans l'itérieur de la caisse, ou bien déroulés en partie et
étendus de la tête aux pieds du cadavre par-dessus les bandelettes.
—2° Le second âge des momies du Nouvel-Empire
commence à la XXIIe dynastie et se termine vers la fin de la
XXVIe. Ici la scission entre Thèbes et Memphis devient complète.
Thèbes n'offre alors aux visiteurs que des cercueils
soignés, éclatants de peintures. Ce sont d'abord les cercueils
à fond noir ou à fond de couleur de bois, au masque rouge,
à la coiffure surchargée d'ornements bariolés, aux momies
ornées d'une sorte de bretelles marquées aux cartouches du
roi. A ces monuments succèdent les caisses à fond blance.
Autour de celles-ci court une légende en hiéroglyphes de
toutes couleurs. Le devant du couvercle est divisé horizon-talement
en tableaux où alternent les représentations et les
textes tracés en hiéroglyphes verdàtres. La momie elle-même
est hermétiquement enfermée dans un cartonnage cousu par
derrière et peint de couleurs tranchantes. Enfin, sur la fin de
la XXVe dynastie, arrivent les momies placées, comme sous
la XIXe, dans de triples et quadruples enveloppes. La première
de ces enveloppes est encore un cartonnage; la dernièe,
c'est-à-dire l'enveloppe générale, est un grand sarcophage
à oreillettes carrées, dont le fond est blane ou couleur
de bois, et où de grandes figures ont pour texte explicatif
des hiéroglyphes peints en vert sombre (voy. Salle de l'Est;

Salle de l'Ouest, passim). Quant aux caisses intermédiaires,
les visages sont rouges, roses ou bien dorés; le bois y conserve
le plus souvent sa couleur naturelle et n'est rehaussé
que par des légendes sobrement tracées au pinceau. De la
XXIIe dynastie jusqu'aux Saïtes, Thèbes conserve ainsi le
privilége des riches sépultures. — A Memphis, au contraire,
une obscurité profonde enveloppe cette période. Comme les
caveaux contemporains de la tombe d'Apis, les sépultures
sont pauvres, négligées. Il est clair qu'aueune de ces grandes
familles qui s'illustrent par des monuments funéraires sompteux
n'habite en ce moment la plus ancienne capitale
d'Egypte. — 3° C'est l'inverse qui a lieu pendant le troisième
âge des momies du Nouvel-Empire, c'est-à-dire des Saïtes à
Alexandre. En effet, la XXVIe dynastie paraît à peine qu'à
Memphis un changement s'opère. De beaux et grands sarcophages
de granit, tantôt rectangularies et à chevet arrondi,
tantôt taillés en forme de gaîne de momie, comme le monument
d'Aschmounazar, sont descendus dans les caveaux
funéraires. Des cercueils de granit et de basalte, travaillés
avec ce soin minutieux qui est comme la marque du bel art
de ce temps, y sont déposés. Les procédés de l'embaumement
sont à la vérité en pleine décadence; mais les momies
sont de plus en plus chargées d'amulettes, de scarabées, de
figurines en toutes matières. Sous les derniers rois des dynasties
pharaoniques, le luxe des sarcophages et des cercueils
de pierre dure usités à Memphis, loin de s'affaiblir, va en
augmentant. Quant à Thèbes, elle a jeté tout son éclat pendant
la période précédente, et les momies contemporaines
des monolithes de Memphis qu'on trouve à l'Assassif attestent
la décadence qui a frappé cette ville vers le temps de la
conquête de l'Egypte par les Perses. — Ainsi, pendant la
durée du Nouvel-Empire, les trois seules premières dynasties
s'accordent pour nous donner, à Thèbes et à Memphis,
des momies à peu près égales en valeur. Mais, plus tard,
l'observation des monuments funéraires nous prouve que la

puissance a passé alternativement de l'une à l'autre des
deux capitales. A près les Ramsès, Thèbes a la suprématie et
ne commence à décroître que quand les Saïtes transportent
au nord de l'Egypte le siége officiel du gouvernement; après
les mêmes rois, Memphis, travaillée par les germes de discorde
qui éclatent vers la XXIIIe dynastie, est en pleine décadence,
et ne se relève qu'avec les Psammétichus. — Même
contraste sous les Grees et sous les Romains. A Thèbes, les
caveaux funéraires sont plus bas, plus étroits, plus irréguliers
que jamais. Souvent même on ensevelit les morts
dans le sol; plus souvent encoure on les confie à d'anciens
souterrains déjà violés. Les cercueils sont faits de bois mince,
et presque toujours quadrangulaires; il est très-rare qu'on y
trouve, comme autrefois, de longs extraist du Rituel; les
peintures sont presque toujours soit des ornements renouvelés
de la XIe dynastie, soit des imitations de bois. Quelques
caisses plus soignées sont pourtant enrichies de représentations
compliquées, parmi Iesquelles se rencontrent des zodiaques;
des sandales de bois, des chevets, quelques poteries
rougeâtres, des papyrus contenant des textes funéraires ou
des documents de la vie privée, sont ensevelis avec le mort.
Pendant ce temps, Memphis continue les traditions des derniers
rois de sang national. Les grands sarcophages rectangulaires
à chevet arrondi (voy. Cour, 6, 7, 8), les cercueils
de pierre couverts de milliers de figures finement gravées
deviennent plus nombreux qu'ils ne l'ont jamais été. Les
momies qui y sont contenues sont d'ailleurs remarquables
par la richesse de leur décoration extérieure (voy. Salle de
l'Est
, 740, etc.). Un masque doré, la chevelure peinte en
bleu, couvre la tête par-dessus les bandelettes; sur le devant
du corps sont symétriquement disposés d'élégants cartonnages
peints; les pieds sont enfermés dans une gaîne. A l'ouverture,
la cavité de la poitrine laisse voir les mille statuettes
dont j'ai parlé. — Mais le temps n'est pas loin où de communs
malheurs vont rapprocher Thèbes et Memphis, et où

ces deux villes ne seront plus que des ruines. Peu à peu les
sépultures perdent alors de leur grandeur, les momies deviennent
noires, pesantes, et ne forment avec leurs bandelettes
qu'une masse compacte qu'on ne briserait pas sans le secours
d'un instrument. Les cercueils eux-mêmes arrivent,
par d'insensibles transitions, à n'être plus que d'informes
ébauches. Ils sont rudes, désagrébles à voir, et, dans leurs
parties sculptées, ils semblent l'oeuvre d'un peuple enfant. Un
dernier symptôme achève de marquer la complète décadence
de cette époque: les hiéroglyphes qui couvrent quelques-uns
de ces cercueils ne sont plus que des ornements sans signification;
pour la main qui les traçait, le secret de cette mystérieuse
écriture était déjà perdu. C'est qu'en ce moment
l'Egypte elle-même, succombant sous les coups du christianisme
triomphant, avait cessé de compter au nombre des
nations.
Telles sont, dans leurs détails principaux, les trois parties
qui composent une sépulture égyptienne. Les chapelles extérieures
sont des oratoires ouverts à certains anniversaires:
on y trouve des bas-reliefs, des inscriptions, des stéles, des
statues, des tables d'offrandes. Les caveaux, fermés pour l'éternité,
abritent les momies, avec lesquelles sont déposés les
Rituels, les scarabées, les figurines, les amulettes, les statuettes
funéraires
, les canopes, les vases, les armes, les meubles. Les
puits servent de passage des chapelles aux souterrains, et ne
sont qu'un obstacle de plus à la violation facile des morts.
On n'y trouve jamais rien.
Après ces détails, le but essentiel que les Egyptiens se proposaient
d'atteindre en donnant à leurs sépultures ces grandioses
proportions est facile à distinguer: tout y est combiné
pour assurer la conservation du corps et sa durée. C'est qu'en
effect, là réside le pivot de toutes les croyances égyptiennes sur
la destinée de l'homme après sa mort. Pour l'Egypte, la vie
humaine ne finit pas au moment aù l'âme se sépare du corps;
elle se continue dans l'autre monde. Après des combats plus

ou moins terribles, qui toutefois ne mettent à l'épreuve que
la piété et la morale du défunt, l'âme proclamée juste est
enfin admise dans le séjour éternel; mais l'heure des félicités
sans bornes ne viendra que quand le corps aura été réuni
au principe éthéré qui l'a déjà une fois animé. Alors commencera
cette seconde vie que la mort ne pourra plus atteindre.
L'homme alors, identifié à Osiris, sera éternellement
juste et éternellement bon. Il sera celui qui cherche à faire
le bien et qui l'aime. Quant aux réprouvés, à ceux qui,
par leur conduite sur la terre, n'ont pas mérité d'entrer
dans la demeure des bienheureux, ils subiront toutes les
tortures de l'enfer; ils deviendront des êtres malfaisants:
ils aimeront à faire le mal. Chose singulière, ils seront des
esprits ayant pour nuire à l'homme tout le pouvoir qu'ont
les autres pour lui être utiles. A ceux-là une seconde mort,
c'est-à-dire l'anéantissement définitif, est réservée. Le secret
de la grandeur des sépultures égyptiennes est dans ces
croyances. Il faut qu'à un jour dit le corps soit prêt à recevoir
l'âme qui viendra l'animer de nouveau. Ces momies
que nous poursuivons d'une si indiscréte curiosité attendent
une seconde vie qui ne sera pas, comme la première, sujette
à la douleur, et qui ne finira pas. Les belles tombes que l'on
admire dans les plaines de Thèbes et de Saqqarah ne sont
donc pas dues à l'orgueil de ceux qui les ont érigées. Une
pensée plus large a préside à leur construction. Plus les
matériaux sont énormes, plus on est sûr que les promesses
faites par la religion recevront leur exécutin. En ce sens,
les Pyramides ne sont pas des monuments «de la vaine ostentation
des rois;» clles sont des obstacles impossibles à renverser
et les preuves gigantesques d'un dogme consolant.

III. Monuments Civils.

Les sépultures égyptiennes sont situées dans le désert:
l'inondation ne les atteint jamais. Au contraire, les villes

s'élèvent au milieu des terres cultivées, et tous les ans elles
ont à se défendre contre le Nil. D'un autre côté, les populations
qui les entourent, et qui souvent même habitent leurs
ruines, sont pour elles un danger permanent. A priori, les
villes égyptiennes sont done moins conservées que les nécropoles.
Notons en outre que, les trouvât-on intactes, elles fourniraient
à l'antiquaire moins de ressources que les tombeaux.
J'en ai déjà indiqué la cause. Les Egyptiens réservaient pour
leurs demeures éternelles la richesse qu'ils dédaignaient pour
les abris provisoires où ils passaient leur vie terrestre. A la
question de religion se joignait une question de climat et de
race. Sous le ciel toujours pur de l'Egypte, les habitations
solides et bien closes sont, moins qu'autre part, un besoin,
et ce que nous appelons le foyer domestique est toujours ici
fort délaissé. D'ailleurs ce goût, en quelque sorte instinctif,
qui pousse d'autres peuples à faire servir l'art à la grâce et
à l'ornement de tout ce qui les entoure, est encore à naître
parmi les indigènes du Nil. La recherche désintéressée du
beau n'a jamais été l'idéal de l'Egypte et reste le privilége de
quelques races mieux douées. Ce n'est pas à dire que l'Egypte
ait montré pour la culture des arts l'inaptitude qui est un
des traits les plus saillants de la physionomie de presque
tous les peuples dits sémitiques; mais elle est loin d'avoir
atteint cette inimitable perfection qui sera l'éternelle gloire
de la Grèce. Il ne faut donc pas s'attendre à rencontrer
dans les collections les monuments civils aussi nombreux
que le sont les monuments funéraires. Quelques peintures
d'hypogées nous laissent deviner ce que pouvait être autrefois
une maison égyptienne: de l'eau, des arbres, des
champs fermés de murs, des jardins, quelques pavillons de
bois ouverts à tous les vents, les meubles les plus indispensables,
telle en était la disposition générale; mais un demisiècle
d'abandon qui passe sur ces fragiles constructions
les efface si complétement que d'avance on peut prédire

l'insuccès des tentatives faites pour en fouiller les ruines.
Le Musée de Boulaq n'échappe pas à cette loi. Nos recherches
dans les buttes qui marquent le site des villes antiques
n'ont, en effet, presque rien produit. Si cependant quelques
vitrines offrent à la curiosité du visiteur un certain nombre
d'objets qui témoignent de la civilisation sous les anciens
Egyptiens, ces objets proviennent des tombes. Telle est la
belle collection de statues de l'Ancien-Empire; tels sont les
vases, les armes, les meubles, les outils, et tous les monuments
de la vie privée, qu'on recueille surtout dans les tombes
contemporaines des Entef (XIe dynastie) et des Ptolémées.
En somme, les monuments civils, ici comme dans tous les
Musées, appartiendraient plutôt à la catégorie des monuments
funéraires, et n'entrent dans la série où nous les classons
que par une porte dérobée.

IV. Monuments Historiques.

Ce que j'ai dit du soin que les Égyptiens prenaient de tout
ce qui touche à la conservation des corps peut se répéter
des monuments qui ont l'histoire en vue. Aucun peuple n'a
eu plus de souci de la postérité, aucun peuple n'a plus travaillé
pour transmettre à l'avenir d'ineffaçables traces de
son passé. Les temples ne sont pas seulement des édifices
religieux; les tableaux de batailles, les poëmes composés
en l'honneur de certains héros, les récits de campagnes y
prennent place, et ils deviennent ainsi des monuments que
l'histoire réclame. Dans les tombes elles-mêmes, à côté des
formules d'invocation aux divinités funèbres, apparaissent
tout à coup des récits plus ou moins longs où le mort prend
la parole et fait son autobiographie. A ces usages, nous
devons une multitude de monuments qu'il serait trop long
d'énumérer. Les obélisques, les colosses, les stèles monumentales,
des parois entières de certains temples, sont des

monuments historiques. Quoi de plus connu que les grands
bas-reliefs de Medinet-Abou, le mur numérique de Karnak,
les longues scènes de combats qui couvrent les parois des
souterrains d'Ibsamboul, de Derr et de Beit-Oually? Qui n'a
présent à la mémoire le tombeau d'El-Kab et le beau mémoire
que M. de Rougé a consacré à l'analyse des inscriptions
où Ahmès, chef des nautonniers, raconte les expéditions
auxquelles il prit part et qui eurent pour résultat l'expulsion
des Hycsos?
Les monuments historiques les plus nombreux, sinon les
plus précieux pour la science, sont les statues de rois qu'on
trouve dans les temples. Il est naturel de penser que les rois
les y consacraient eux-mêmes pour embellir le lieu saint et
s'attirer ainsi la protection des dieux. Il résulterait cependant
d'un passage de l'inscription de Rosette que les statues
royales dont les édifices religieux conservent tant de restes
ont pu y être déposées en vertu d'un décret de consécration
promulgué par les prêtres. Comme je l'ai dit plus haut et
comme en témoigne la pierre de Rosette, chaque statue
devait avoir ainsi son service particulier et ses jours d'offrandes.
Ces grandes scènes historico-religieuses, qui nous
montrent les Pharaons immolant devant les dieux les captifs
ennemis, peuvent elles-mêmes, comme les statues, n'être
que le résultat de l'admiration et de la reconnaissance plus
ou moins spontanées des prêtres.
Le Musée de Boulaq, inférieur au Musée Britannique pour
les papyrus historiques, rivalise avec tous les autres, y compris
le Musée de Turin, pour les monuments royaux de
grandes dimensions. C'est lui, en effet, qui possède ces
stèles de reines et ces beaux sarcophages de granit des
princes de l'Ancien-Empire; c'est lui surtout qui peut montrer,
comme un admirable spécimen de l'art à ces époques
si prodigieusement reculées, la statue de Chéphren, chefd'oeuvre
qu'aucun autre temps n'a surpassé (voy. Salle du
Centre
, 578). La XIIe et la XIIIe dynastie y sont aussi représentées

par des statues colossales dignes de la grandeur
de ces illustres familles royales (voy. Grand Vestibule, 19,
Appendice, Tanis et Abydos). Les Hycsos eux-mèmes se révèlent
pour la première fois au Musée de Boulaq par des
monuments qui nous font connaître la race et la civilisation
de ces Asiatiques (voy. Cour, 1, 2, et Appendice, Tanis, 11,
12, 13). Sous la XVIIIe dynastie se montrent les sphinx et les
bustes de Thoutmès III (voy. Cour, 3, 4). Au même roi appartient
aussi la stèle déjà célèbre sur laquelle est gravé tout
un chant poétique composé en l'honneur des victoires de ce
conquérant (voy. Grand Vestibule, 63). Viennent ensuite les
grandes stèles de granit rose, officiellement déposées dans
le temple de Sân en souvenir d'événements dont le règne
de Ramsès II fut le témoin, et parmi ces stèles on notera
comme un monument unique celle qui est datée de l'an 400
d'un roi Pasteur encore inconnu (voy. Appendice, Tanis, 16).
Enfin, parmi les morceaux remarquables du Musée qui se
classent dans la division des monuments historiques, n'oublions
pas la statue d'albâtre oriental qui représente la reine
Améniritis, épouse de l'un des rois éthiopiens de la XXVe dynastie
(voy. Salle des bijoux, 866).
A côté de ces monuments, que leur origine nous force à
regarder comme des monuments essentiellement historiques,
prennent place d'autres objets qui appartiennent à l'histoire
par les détails qu'on y trouve consignés. Ceux-ci, comme
les monuments civils, proviennent presque toujours des
tombes: si précieux qu'ils puissent être, les renseignements
historiques qu'on y puise n'y ont été déposés qu'accidentellement.
Notre Musée en possède une collection choisie. Tels
sont certains scarabées, quelques armes portant des cartouches,
des vases ornés de noms royaux, des stèles relatant,
à propos de la mort d'un personnage, la date d'un règne. Les
bijoux dont le roi Amosis couvrit la momie de la reine Aahhotep
sont le type de ces monuments, qui, originairement
funéraires, deviennent pour nous des monuments historiques.
Du reste, à ces quatre divisions principales de notre catalogue,
correspondent dans le Musée quatre grandes cages
occupant les quatre angles de la Salle du Centre, et contenant
un choix de monuments religieux, de monuments funéraires,
de monuments civils et enfin de monuments historiques. J'y renvoie
le visiteur qui voudra avoir de plus amples détails sur
toutes les questions que je viens d'effleurer.

V. Monuments Grecs et Romains, Monuments Chrétiens.

Je n'ai jamais fait de fouilles dans le but de chercher des
monuments grecs et romains. De là le petit nombre d'objets
de cette catégorie qu'offre à l'étude la collection du Musée.
Il en est de même des monuments d'origine chrétienne.
On remarquera cependant les beaux candélabres d'église
trouvés au Fayoum, et une suite précieuse de papyrus
coptes.
Cette section du Musée pourra d'ailleurs être augmentée,
surtout au point de vue de l'épigraphie grecque. Je n'ignore
pas non plus les services que quelques papyrus écrits en
cette dernière langue pourraient rendre à la littérature
ancienne. C'est dire que notre attention est éveillée sur ce
point.
Ici se terminent les explications que j'ai cru nécessaires
pour préparer le visiteur à mieux saisir la valeur et la signification
des monuments que nos galeries renferment. Nous
n'avons plus maintenant qu'à pénétrer dans le Musée.

Le Musée est ouvert au public tous les jours de la semaine, le
vendredi excepté, de
8 heures et demie du matin à 5 heures du
soir.
Il n'est besoin d'aucune permission pour copier les monuments
exposés dans le Musée. Les visiteurs qui voudront étudier ces monuments
de plus près sont prévenus qu'une salle d'étude sera mise
à leur disposition, en s'adressant à M. le Conservateur.


EXPLICATION
DES
PRINCIPAUX MONUMENTS.
I.
COUR.

Quelques moulages de morceaux appartenant à
notre collection ont été employés pour orner la
cour.
Au centre, sur un socle élevé, est le plâtre de la
statue du roi Chéphren (Salle du Centre, 578).
Sur les huit massifs qui forment les quatre portes
sont placés huit autres moulages obtenus de l'un des
sphinx provenant de l'allée de Sérapéum de Memphis.
Faute de place, des monuments divers, dont voici le catalogue, attendent dans la cour la construction
du Musée définitif.

56

1. — Tanis.-Sân. Granit gris.
  • Hauteur, 1 60.
Groupe de deux personnages debout sur un socle commun.
D'énormes perruques disposées en tresses épaisses leur couvrent
la tête. Leurs traits sont durs, accusés, et offrent une
grande ressemblance avec ceux des sphinx à crinière de lion.
La lèvre supérieure est rasée, mais les joues et le menton
sont ornés d'une longue barbe ondulée. Chacun d'eux soutient
sur les mains étendues des groupes ingénieusement
arrangés d'oiseaux aquatiques et de poissons mêlés à des
fleurs de baschnin.
Il n'y a pas de monuments qui appartiennent plus incontestablement
à l'époque agitée qui vit les Pasteurs maîtres de
l'Egypte. Il est assez difficile cependant d'en déterminer avec
précision le sens. Malgré la mutilation du sommet de la tête,
qui ne permet plus de reconnaître si les deux personnages
portaient sur le front l'uroeus, symbole de la royauté, nul
doute que notre groupe ne représente deux rois. A une
époque postérieure, Psousennès orna, en effet, le monument
de ses cartouches, ce qu'il n'eût certes pas fait s'il n'y eût vu
que l'image de deux particuliers. Mais quels sont ces deux
rois associés dans le même acte et nécessairement contemporains?
2. — Crocodilopolis.-Mit-Farès (Fayoum). Granit gris.
  • Hauteur, 1 ».
  • Largeur aux épaules, 0 90.
Partie supérieure d'une statue ecolossale brisée, qui représentait
un roi debout. Pas d'inscription.
On remarquera la forme générale de la tête, les pommettes
saillantes et osseuses, les lèvres épaisses, la barbe ondulée
qui couvre le bas des joues, tout cet ensemble qui donne à la
physionomie du monument un caractère d'individualité si
tranché.
Les ornements inusités qui sont disposés sur la poitrine
méritent aussi de fixer l'attention. Le roi était vêtu de peaux
de panthères: deux têtes de ces animaux paraissent sur les
épaules.
L'attribution de la statue trouvée à Mit-Farès ne peut être
l'objet d'un doute. Les rois qui ont embelli le temple de Tanis
des beaux sphynx et des groupes de pêcheurs (voy. le numéro
précédent) que j'y ai retrouvés sont auusi ceux qui ont envoyé

au Fayoum le fragment vigoureux que nous avons sous
les yeux.
J'ai fait ressortir autre part (voy. plus haut, p. 7) les conséquences
historiques qu'on peut tirer de la découverte de
cette statue dans les ruines de Crocodilopolis.
3-4. — Thèbes.-Karnak. Granit rose.
  • Hauteur, 1 40.
  • Largeur, 0 84.
  • Longueur, 2 50.
Ces deux sphynx ont été trouvés avec un beau fragment de
statue dans une petite salle située à l'orient du Grand Temple
de Karnak. Ils sont gravés au nom deThoutmès III (XVIIIe dynastie)
et sont d'incontestables portraits de ce pharaon:
figure maigre, allongée, nullement semblable à celle des
statues, d'ailleurs admirables, qui appartiennent au Musée
de Turin, et qui portent aussi le nom de Thoutmès III,
quoique probablement elles n'aient été qu'usurpées par lui.
On remarquera le style large et nerveux qui caractérise ces
monuments.
L'inscription dédicatoire est gravée à la place ordinaire,
c'est-à-dire sur la poitrine et entre les pattes de devant. On
y lit: Le roi, etc., aimé de l'Ammon de Khou-mennou. Khou-mennou
est le nom égyptien de Karnak, ou plutôt de la partie
de ce temple qui existait déjà sous Thoutmès III.
5. — Tanis.-Sân. Granit noir.
  • Hauteur, 0 80.
Partie supérieure d'une statue représentant un roi, le bras
gauche étendu, la main droite tenant sur la poitrine le
sceptre hyk. Le roi est sans barbe; sa tête est couverte de la
grosses perruque autour de laquelle s'enroule une bandelette
terminée par des uroeus. La finesse des traits de ce personnage
est à remarquer. On voit sur le dos du siége un
commencement de légende qui ne nous dit malheureusement
pas de quel roi ce joli monument nous conserve les
traits.
6. — Memphis.-Grandes Pyramides. Beau granit rose.
  • Longueur, 2 30.
  • Largeur, 1 49.
  • Hauteur, 1 45.
Sarcophage rectangulaire. Le couvercle est arrondi en

voûte extérieurement; aux quatre angles, oreillettes carrées.
Sur le sommet de ce couvercle, prière à Anubis en faveur du
défunt, le prince Her-baï-f. La cuve n'a pas été gravée à
l'intérieur. A l'extérieur, gravure fine; ornements prismatiques
rappelant la façade des édifices du temps, dans le modéle
du beau sarcophape de Khoufou-ankh. Le nom du défunt
avec la mention du titre de prince occupe le milieu des
quatre faces. Les hiéroglyphes ont toutes la grandeur des
légendes de ce temps. Par la place que le puits occupe dans
la nécropole, il n'est pas douteux que le prince Her-baï-f ne
soit un descendant de Chéops.
7. — Memphis.-Grandes Pyramides. Beau granit rose.
  • Longueur, 2 22.
  • Largeur, 0 99.
  • Hauteur, 1 16.
Sarcophage rectangulaire arrondi sur tous les angles
comme celui de Chéops encore en place dans la chambre
principale de la Grande Pyramide. Travail soigné. Il n'a pas
d'autre ornement que le nom du prince royal Ka-em-Sekhem,
gravé au centre des quatre faces de la cuve et sur le couvercle.
Hiéroglyphes du plus large style. Le tombeau de ce
prince appartient à la nécropole située à l'Est de la Grande-Pyramide;
mais il n'en occupe qu'une extrémité. Ka-em-Sekhem
serait donce postérieur au prince Her-baï-f.
8-9. — Memphis.-Saqqarah. Granit gris taché de rose.
  • Hauteur, 1 20.
  • Largeur, 1 10.
  • Longueur, 2 40.
Sarcophage rectangulaire, à chevet arrondi, couvert de
légendes gravées à l'extérieur de la cuve et du couvercle.
Dans l'état de nos connaissances sur la mythologie égyptienne,
il est difficile de rendre un compte exact et quelque
peu détaillé des innombrables représentations qui ornent ce
monument; le voyage de l'âme dans l'autre monde, les
épreuves que celle-ci doit subir avant d'être admise en présence
du juge suprême, en forment le sens général. Quand
on l'a trouvé, le sarcophage dont nous nous occupons contenait
un autre cercueil plus petit (n° 9) qui enfermait la momie
et que nous avons fait remettre dans sa position antique. Ce
cercueil est de basalte et dépourvu d'inscriptions. Le personnage

dont il contenait les restes était un prêtre nommé
Ankh-Hapi, fils de son père Tef-Nakht et de sa mère Tat-et.
Ce fonetionnaire vivait probablement sous l'un des premiers
Ptolémées.
A vec le sarcophage d'Ankh-Hapi on a trouvé divers autres
monuments funéraires exposés dans le Musée sous les
numéros suivants:
10. — Memphis.-Saqqarah. Basalte gris.
  • Longueur, 1 82.
Cercueil en forme de momie trouvé avec le numéro précédent.
Sur le devant, légende qui court de la poitrine aux pieds.
On y lit une formule de prière pour la dame Per-het-Beset.
C'est la mère du personnage nommé Ounnofré, dont le cercueil
est conservé dans le Grand Vestibule (n° 82). Elle était
fille de la dame Hes-ari……ès.
11. — Memphis.-Saqqarah. Basalte vert.
  • Longueur, 1 94.
Autre cercueil de même forme et de même provenance.
Pas de légende.
12-13. — Memphis.-Saqqarah. Granit gris.
  • Hauteur totale du n° 12, 1 35.
  • — du n° 13, 1 30.
Deux sarcophages rectangulaires couverts de légendes à
l'intérieur et à l'extérieur. Ils proviennent du même puits.
Le n° 12 a servi à la sépulture d'un personnage qui s'appelait
T'aho ou T'aher, nom bien connu sous sa forme grecque
Teos ou T'achos. Ce personnage avait le titre de noble
chef;
il était en même temps prêtre et général en chef des
troupes du roi. Le n° 13 abrita la momie d'un autre Tachos
qui se dit également le noble chef; celui-ci a le grade de
général et était revêtu de la dignité de prêtre d'Osiris
Tous deux sont fils d'une dame Beteïta. (voy. Grand Vestibule,
80).

60

Il semblerait donc que nous sommes ici en présence de
deux frères portant le même nom, l'un qui fut général dans
l'armée égyptienne, l'autre qui commanda en chef cette
armée.
Mais le fait de deux frères du même nom constitue une
exception si notable que je n'en connais pas un autre exemple.
Il faut donc y voir une nouvelle preuve de l'usage si
fréquent dans l'ancienne Egypte de donner aux petits-fils
le nom des grands-pères. L'un des deux Tachos aura eu
une fille qu'il aura appelée Beteïta comme sa mère, et à son
tour cette seconde Beteïta aura donné à son fils le nom de
son père Tachos. Nous aurions ainsi quatre générations où
les deux noms Beteïta et Tachos alternent régulièrement
deux à deux.
Le puits qui a servi de tombeau à nos deux Tachos est
immédiatement voisin de celui où a été découverte la momie
d'Ankh-Hapi (voy. plus haut, 8-9), et tout fait présumer
que ces monuments remontent à la même époque. Nos deux
généraux avaient donc exercé des commandements dans
l'armée égyptienne sous l'un des premiers Ptolémées.
On remarquera que le couvercle du n° 13 n'est pas de la
même pierre et n'a pas les mêmes dimensions que la cuve.
En outre, les noms et les titres du défunt y sont en surcharge
sur de plus anciennes légendes effacées. Ces remarques
nous prouvent que, quand le général T'aho mourut, on
s'empara, pour terminer son monument funéraire, du couvercle
d'un sarcophage dont on se contenta d'effacer les
titres et le nom propre.
Les momies du grand - père et du petit-fils avaient été
ornées avec beaucoup de soin. C'est en effet de nos sarcophages
que proviennent les remarquables amulettes de pâte
de verre conservées dans les collections du Musée (voy. Salle du Centre, virtrine H).
14. — Cynopolis (?).-Tell-Mokdem. Marbre blanc.
  • Hauteur totale, 1 88.
Cette statue représente une femme debout, vêtue du
peplum. La main droite est relevée vers l'épaule gauche, la
main gauche se montre à travers une ouverture du vêtement
dont le corps entier est enveloppé. La physionomie,
quoique un peu commune, est empreinte d'un caractère de
personnalité qui nous force à voir dans la statue de Tell-Mokdem
le portrait de quelque dame romaine du temps.

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61

II.
PETIT VESTIBULE.

Nous avons utilisé cette petite chambre pour y
exposer quelques monuments grecs et romains que
nous aurions difficilement placés ailleurs. En voici la
nomenclature:
15. — Crocodilopolis.-Mit-Farès. Marbre blanc.
  • Hauteur totale, 0 95.
On peut regarder cette tête comme un des morceaux de
sculpture grecque les plus précieux que l'on ait encore
trouvés en Egypte. Elle représente un dieu barbu, dans
une attitude calme et impostante. L'état de la chevelure et
les mèches qui tombent du front jusque sur les sourcils
indiquent que le monument était l'mage de quelque fleuve,
probablement le Nil. Dans l'antiquité même, on a abattu
ces mèches de manière à dénuder le front, et, dans l'état où
elle est aujourd'hui, notre tête ferait croire qu'on a sous
les yeux une copie du Jupiter Olympien de Phidias.
16. — Athribis.-Benha-el-assal. Porphyre rouge.
  • Hauteur totale, 0 65.
Buste réprésentant un empereur romain, probablement
Maximien Hercule (304-310 après J.-C.). Le monument a
tous les caractères de l'époque et ne se recommande que
par sa parfaite conservation.

62

17. — Athribis.-Benha-el-assal. Grès statuaire.
  • Hauteur totale, 1 40.
  • Largeur, 0 65.
  • Epaisseur moyenne, 0 33.
Don de M. R. Sabatier, ministre plénipotentiaire, ancien consul général
de France en Egypte.
Inscription chrétienne en langue grecque. Douze lignes
de texte gravé. Elle appartient au règne simultané des empereurs
Valentinien, Valens et Gratien, et nous apprend que
sous leur gouvernement un portique à quatre entrées, ou
tétrapylon, fut érigé en l'honneur de l'un d'eux, Valens.
D'après notre inscription, le préfet qui administrait alors
l'Egypte s'appelait Aetius Palladius, et l'architecte qui exécuta
les travaux, Flavius Cyrus.
La pierre sur laquelle ce texte s'est conservé a été enlevée
sans aucun doute par les auteurs de la dédicace grecque à
l'un des petits temples d'Athribis. On y voit encore, en effet,
une corniche égyptienne ornée de deux cartouches alternés.
L'un de ces cartoches est celui de Psammétichus I
(XXVIe dynastie); on retrouve dans l'autre, malgré le martelage,
la légende de Sabacon (XXVe dynastie).
18. — Tanis.-Sân. Granit noir.
  • Hauteur, 0 33.
Tête romaine provenant d'une statue dont nous n'avons
pas retrouvé le corps. Cette tête est celle d'un homme dans
l'âge mûr: le visage est sans barbe, le front est découvert,
les cheveux, un peu frisés, sont taillés court: tout y indique
un portrait. A l'époque grecque et romaine, des particuliers
ont enrichi le temple de Sân de leurs statutes; nul doute que
le fragment dont nous faisons la description n'appartienne à
un de ces monuments dédicatoires. Le style général en est
d'ailleurs assez franc, et, malgré quelques traits heurtés
qu'explique et qu'excuse l'extrême dureté de la matière, rien
ne nous autorise à penser que la tête de Sân ne soit pas des
premiers temps de l'occupation romaine.

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63

III.
GRAND VESTIBULE.

Les monuments exposés dans le Grand Vestibule
sont divisés ainsi qu'il suit:

A. STATUTES.

19. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Granit rose.
  • Hauteur, 1 51.
Il existe à Abydos une butte de décombres très-élevée, à
laquelle les indigènes donnent le nom de Kom-es-Sultân.
Certains indices nous feraient croire que Kom-es-Sultân
est le lieu si vénéré des Egyptiens où était enterré Osiris, et
que c'est là en même temps où reposeraient les momies des
rois des plus anciennes dynasties.
En attendant qu'elles soient achevées, les fouilles qui se
poursuivent en ce moment à Kom-es-Sultân ont fourni au

Musée la précieuse statue que nous avons sous les yeux.
Un roi de la XIIIe dynastie est debout. Son nom est écrit
deux fois, sur le socle et sur le pilier qui sert d'appui au monument:
il s'appelait Sebek-em-sa-f. Sur la plinthe placée
entre les jambes, un petit bas-relief nous montre un fils du
roi qui s'appelait Sebek-em-sa-f, comme son père. Il a le titre
de prêtre.
20. — …… (Provient d'un achat fait à Louqsor). Granit gris.
  • Hauteur, 0 31.
La perte du nez défigure singulièrement cette tête royale,
et l'on en distingue mal le type. Cet accident est d'autant plus
regrettable qu'à en juger par la vigueur particulière de la
face, nous avons sous les yeux le portrait de Tahraka, conquérant
éthiopien, qui, pendant un quart de siècle, a imposé
son joug à l'Egypte.
21. — Thèbes.-Medinet-Abou. Granit gris verdâtre.
  • Hauteur, 0 49.
Autre tête royale. Cette fois le monument est traité d'un
ton rude et large qu'il est impossible de ne pas remarquer.
La légende a disparu avec le reste de la statue, et nous laisse
dans l'incertitude sur le nom du roi qu'elle représente. J'ai
autrefois vu à Myt-Rahyneh des fragments d'une statue
d'Acoris (XXIXe dynastie) dont le style est celui du morceau
que nous décrivons.
22. — Thèbes.-Karnak. Granit noir.
  • Hauteur, 0 77.
En faisant abstraction de l'énorme coiffure qui charge
plutôt qu'elle n'orne cette tête royale, et en étudiant de près
les traits qui composent la face, on a peine à croire que le
monument que nous inscrivons sous le n° 22 du Grand Vestibule
ait été taillé dans une matière aussi dure, aussi rebelle,
aussi ingrate que le granit. Les yeux sont francs, le nez fin
et délicat, les lèvres surtout sont vivantes. Evidemment nous
possédons encore ici un portrait.
Le pharaon est coiffé de la double couronne. Il était debout,
et tenait de la main gauche un bâton d'enseigne terminé
par une tête de bélier, symbole de Chnouphis.
La légende, interrompue par une cassure de la pierre, ne
nous donne pas le nom du roi que ce beau fragment représente.
Je serais tenté pourtant d'y reconnaître Menéphtah,
le fils de Ramsès II et le pharaon qui périt dans la mer Rouge.
(XIXe dynastie.)
23. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 1 95.
Comme le n° 582 de la Salle de l'Ouest, cette statue représente
le prêtre Ra-nefer (Ancien-Empire). Cette fois Ra-nefer
a la tête rasée; il est vêtu de la chemise ramenée par devant
en forme de tablier. La face est étudiée avec soin; les pectoraux,
les bras sont traités avec la vigueur particulière aux
monuments de l'Ancien-Empire. Comme oeuvre d'art, la
statue que nous décrivons est cependant inférieure à celle de
la Salle de l'Ouest.
24. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 2 00.
Tous les voyageurs qui ont visité Saqqarah connaissent le
magnifique tombeau d'où cette statue a été tirée.
Ti, fonctionnaire de l'Ancien-Empire, est représenté debout,
les reins couverts d'une chemise flottante ramenée par
devant en tablier triangulaire.
Le serdab du tombeau de Ti conservait une vingtaine de
statues de ce personnage, toutes détruites. Une seule (la
statue médiocre que nous avons sous les yeux) a été trouvée
intacte.
25. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 0 95.
Jolie statue d'un personnage debout, dans la pose hiératique.
Il s'appelait Ra-our, et n'a pas d'autre titre que celui de
chef de maison. On peut sans hésitation faire de Ra-our un
contemporain de l'Ancien-Empire. Je n'ai pas besoin de rappeler
que cette statue, comme toutes les autres du même
temps, provient de ces réduits cachés qu'offrent les tombes
des diverses nécropoles de Memphis et que nous avons
nommés des serdab. (Voy. Avant-Propos, p. 28)
26. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 0 90.
Très-jolie statue dans le style de l'Ancien-Empire. Le
personnage est debout; il se nommait Noum-Hotep. Ce nom
a été porté par un fonctionnaire de la XIIe dynastie dont le
tombeau est a Béni-Hassan; il a été cependant en usage dès
l'Ancien-Empire. Quoique notre statue n'ait pas moins de
cinquante siècles, elle possède encore une fraîcheur de couleurs
remarquable. Ces phénomènes de conservation ne sont
pas rares en Egypte. En 1851, j'eus la bonne fortune de découvrir
la tombe inviolée d'un Apis. Elle datait du règne de
Ramsès II et donna au Musée du Louvre ces beaux bijoux
que tout le monde connaît. Quand j'y entrai pour la première
fois, je trouvai, marquée sur la couche mince de sable dont le
sol était convert, l'empreinte des pieds des ouvriers qui,
3700 ans avant, avaient couché le dieu dans sa tombe.
27. — Memphis.-Grandes Pyramides. Calcaire.
  • Hauteur totale, 0 79.
Statue d'un personnage debout dans la pose hiératique.
Il était prêtre du soleil et s'appelait Our-ari-en.
28. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 0 83.
Ra-hotep est debout; sa tête est couverte de la grosse perruque
évasée; il est vêtu de la chemise ramenée par devant
en tablier triangulaire. Les monuments de l'Ancien-Empire
ne nous habituent pas au style trapu qui caractérise la statue
de ce Ra-hotep.
29. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 85.
Groupe de deux personnages debout, le mari et la femme.
Le mari s'appelait Beb-het et la femme Beba. Style médiocre.
Ancien-Empire.
30.— Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 0 93.
Statue peinte repré entant un personnage debout, les bras
collés au corps, les jambes, par exception, ramenées sur la
même ligne. A voir ce monument lourd et disgracieux, on
ne croirait pas qu'il représente le même personnage que la
belle statue exposée dans la Salle du Centre (n° 494). Contre
toutes les habitudes, cette statue porte deux noms propres,
Ateta et Ankh-ari-es. Peut-être I'un des deux eut-il un surnom.
Ancien-Empire. (VIe dynastie?)
31. — Thèbes.-Karnak. Grès statuaire.
  • Hauteur totale, 0 57.
Les particuliers, comme les rois, avaient un droit dont les
limites ne sont pas encore bien définies: celui de consacrer
leurs propres statues dans les temples. En ce cas, bien qu'ils
fussent vivants, leur nom propre est presque toujours suivi
des mots le justifié, qui habituellement ne s'appliquent qu'aux
morts. Le plus souvent encore, on trouve gravée sur l'une
des parties de la statue la formule Fait pour les louanges du
roi
, que nous avons discutée autre part. (Voy. Grand Vestibule, 164.).
Le fragment que nous décrivons ici provient d'une statue
qui a eu cette destination. La tête, heureusement, est d'une
parfaite conservation. Elle appartient à la XIIIe dynastie, et
déjà I'on peut voir, par la comparaison de cette tête avec
celle des statues voisines, la différence qui distingue les deux
arts et la supériorité, du plus ancien sur le plus nouveau.
Un reste de la légende, gravée sur le dossier, montre que
le personnage dont nous avons l'image sous les yeux était
un noble chef. Un commencement de prière à Ammon-Ra
se lit sur le devant; le nom du dieu a été martelé, puis
gravé de nouveau après la ehute des usurpateurs de la
XVIIIe dynastie.
32. — Thèbes.-Karnak. Granit gris.
  • Hauteur totale, 0 61.
Un personnage agenouillé. Il tient devant lui une sorte de
table d'offrandes formée d'une colonnette à tête d'Hathor et
d'une fleur de lotus épanouie. Pas de légende. (XVIIIe dynastie.)

Ce monument est un exemple des statues consacrées
dans les temples pour attirer la faveur divine sur celui qu'elle
représente.
33. — Thèbes.-Karnak. Granit gris.
  • Hauteur totale, 0 48.
Statue représentant un homme assis à l'orientale et enveloppé
dans sa longue robe. Il a devant lui un naos au
eentre duquel apparaît une tête de Chnouphis, sous la forme
d'un bélier coiffé du disque. Les inscriptions sont du plus
mauvais style. On y voit que notre personnage était un
deuxième prophète d'Ammon, nommé Hor-nekht (XIXe dynastie).
Le monument d'Hor-nekht est un autre exemple
de la consécration d'une statue de particulier dans les
temples.

B. BAS-RELIEFS.

34. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 43.
Ce joli bas-relief a été trouvé à Abydos dans la même
tombe que la stèle du Grand Vestibule qui porte le n° 64 Il
est gravé comme elle au nom de Neb-oua.
Thoutmès Ill, deux fois représenté, dresse au milieu de
la scène un mât surmonté d'une tête d'Hathor et d'emblèmes
divers. Au pourtour, prière à Osiris en faveur du
défunt.
Neb-oua possède ici des titres un peu différents de ceux
qui lui sont attribués sur la stèle. On remarquera d'un autre
côté que, de la présence simultanée du cartouche de Thoutmès
et de la qualification de justifié donnée à Neb-oua, il semblerait
résulter que celui-ci mourut sous Thoutmès, bien que
la stèle nous donne le règne d'Aménophis II pour la date de
cet événement. On conciliera ces divergences si l'on admet
que le bas-relief fut exécuté du vivant de Neb-oua et sous
Thoutmès, et que Neb-oua s'y donne les titres qu'il possédait
à ce moment.
35. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 30.
  • Largeur, 1 30.
L'art de la XXVIe dynastie est dignement représenté au
Musée par le joli bas-relief que l'on a sous les yeux. A
gauche un personnage est assis, le long bâton de commandement
dans la main gauche, la bandelette senb dans la
droite; son nom et son titre sont écrits devant lui: il était hiérogrammate
et s'appelait Psammetik-nefer-sam. Cinq femmes
lui apportent des colliers et des ornements de formes diverses.
Un scribe les reçoit, un autre les enregistre.
Ce bas-relief et le suivant (n° 36) ont été trouvés dans une
maison antique de Myt-Rahyneh (Memphis). L'une des chambres
de cette maison était irrégulièrement percée de niches
de près d'un mètre de profondeur. Chaque niche avait sa
porte bâtie en pierres: nos deux bas-reliefs sont tout ce
qui reste de deux de ces portes, dont ils formaient les linteaux.
Ces explications rendent diffcile à préciser la destination
de nos deux monuments. Malgré l'absence des formules habituelles,
je n'hésiterais pas à les regarder comme funéraires
s'ils avaient été trouvés dans une nécropole: on sait que sous
la XXVIe dynastie il y eut un retour de l'art vers les formes
de l'Ancien-Empire, et rien n'est plus ordinaire que les scènes
tirées de la vie privée sur les murs des vieux tombeaux de
Saqqarah. Peut-être les parents de Psammétichus-nefer-sam
conservaient-ils près d'eux les statues de leurs ancêtres, devant
lesquelles, en certains jours, ils venaient accomplir des
cérémonies funèbres.
36. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 30.
  • Largeur, 1 08.
Autre bas-relif de la même origine. A gauche, mêmes
figures et mêmes inscriptions. Un scribe amène à Psammétichus-nefer-sam
des personnages, hommes, femmes et enfants,
qui apportent toutes sortes d'objects. Il y a de la vie
dans cette petite scène, qui est traitée avec une délicatesse de
ciseau très-remarquable. L'intention funéraire y paraît plus
marquée que dans l'autre.

C. STÈLES ET INSCRIPTIONS.

Quatre-vingt-sept stèles et inscriptions garnissent
les murs du Grand Vestibule. Parmi elles, nous noterons
particulièrement les quarante-trois suivantes:
37. — Memphis.-Grandes Pyramides. Calcaire.
  • Hauteur, 0 16.
  • Largeur, 0 74.
Inscription horizontale tirée du tombeau d'un prêtre
attaché au culte de la pyramide du roi Assa et nommé
Snefrou-nefer. Le défunt est lui-même représenté à droite,
tenant en main le grand bâton de commandement. (Ve dynastie.)
38. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 1 50.
  • Largeur, 0 92.
Grande stèle funéraire de l'Ancien-Empire. Le défunt est
prètre de la pyramide du roi Teta (VIe dynastie), chargé de
toutes les constructions du roi;
il s'appelle Hapi. Par une exception
assez rare pour l'époque, le nom du défunt est suivi
de la formule le justifié. On remarquera aussi que le nom de
la mère d'Hapi, Schata, est mentionné.
J'ai fait observer autre part le vide soudain qui se manifeste
dans la série des monuments après la VIe dynastie et
jusqu'à la XIe. Peut-être doit-on attribuer ce vide aux circonstances
qui jusqu'ici ont éloigné les fouilleurs des pyramides
de Licht et de Meydoun et des buttes d'Ahnas-el-Medineh;
mais peut-être aussi n'avons-nous rien à attribuer
à ce temps, parce qu'on n'a pu encore distinguer les monuments
quo lui appartiennent. Si l'on compare la stèle d'Hapi
aux autres textes de la VIe dynastie que possède le Musée, on
sera autorisé à croire que cette stèle est un de ces monuments
qui prennent leur place dans le vide que je viens de
signaler.
39. — Memphis.-Grandes Pyramides. Calcaire.
  • Hauteur, 1 68.
  • Largeur, 1 05.
Stèle funéraire sur le modèle d'une façade d'édifice de
l'Ancien-Empire. Le titre princopal et le nom du défunt sont,
selon l'usage, gravés sur le tambour cylindrique disposé
au-dessus du creux qui figure la porte. Kat'aï était parent du
roi.
Il est représenté assis devant une table d'offrandes. Les
images de ses enfants sont reproduites en d'autres parties de
la stèle. On remarquera, comme un fait assez rare, que le
nom de la femme a été martelé. Les inscriptions qui ornent
le monument sont les prières ordinaires que les défunts de
l'Ancien-Empire adressent à Anubis. (Ve dynastie.)
40. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 70.
  • Largeur, 0 46.
Stèle funéraire en forme de façade de l'Ancien-Empire.
Prière à Osiris et à Anubis dans le style du temps en faveur
du défunt Senb. (VIe dynastie.)
41. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 88.
Stèle funéraire; forme de l'Ancien-Empire. Style trèsnégligé.
Prière à Osiris pour Schour. Il était parent du roi.
Sa femme, Hathor-nefer, et un autre personnage, Nefer-her,
lui adressent leurs offrandes. (VIe dynastie.)
42. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 83.
  • Largeur, 0 53.
Stèle funéraire quadrangulaire. Style négligé de la VIe dynastie.
Le défunt s'appelle Ouna Aux titres nombreux dont il
est revêtu, il joint celui du prêtre attaché au monument funéraire
du roi Meri-en-Ra.
43. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 77.
  • Largeur, 0 65.
Stèle funéraire quadrangulaire au nom du prêtre Nekht,
fils de sa mère Nefer. Le défunt est nommé dans l'inscription
qui occupe le premier regostre; sur les autres parties de
la stèle sont rangés les membres de la famille. Epoque difficile
à préciser. Malgré l'absence de noms propres significatifs,
on serait cependant tenté de rapporter cette stèle à la
XIe dynastie. Les légendes y ont bien cette gaucherie particulière
aux monuments contemporains des Entef dont j'ai
parlé autre part.
44. — Abydos-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 86.
  • Largeur, 0 55.
Belle stèle funéraire, couverte de figures et d'inscriptions.
Ce monument a été gravé pour perpétuer la mémoire
d'Entef, personnage qui vivait au commencement de la
XIIe dynastie. Les lois religieuses de l'Egypte obligeaient les
familles à venir, à certains jours de l'année, présenter des
offrandes aux parents morts. Notre stèle n'est que la représentation
de l'une de ces fêtes funèbres. Entef siége à côté
de sa femme; ses fils, ses filles se présentent devant lui. Les
uns prononcent les prières consacrées; les autres apportent
des victuailles, des parfums. Au dernier registre, la scène est
curieuse à étudier par la variété des tableaux. Outre les parties
d'animaux déjà sacrifiés, des serviteurs amènent des
animaux vivants. La plupart des membres de la famille
d'Entef ont des noms qui sont comme autant de dates: ils
s'appellent Entef comme leur père, Ameni, Mentou-hotep.
Tous ces noms appartiennent à des rois de la XIe dynastie;
la stèle remonte en effet aux deux premiers règnes de
la XIIe.
Cette mention est d'ailleurs clairement exprimée dans le
cintre du monument, où on lit: l'an 30 du roi Amenemha Ier,
vivant à toujours (1er roi de la XIIe dynastie), et l'an 10 du roi
Ousertasen Ier, vivant à toujours (2e roi). On savait déjà, par une
inscription conservée au Musée du Louvre, qu'à une certaine
époque le premier de ces rois avait associé le second au
trône; mais la date précise de cet événement était encore
enveloppée de mystère; notre stèle se charge de lever le
voile. Par elle, nous apprenons que l'an 30 d'Amenemha est

égal à l'an 10 de son fils Ousertasen. C'est donc vers l'an 21
du règne de son père que celui-ci commença à prendre une
part officielle aux affaires de l'Egypte, et par conséquent le
commencement de l'ère royale qui porte sur les monuments
le nom d'Ousertasen Ier se compte de l'an 21 d'Amenemha.
Quant aux inscriptions (celle du Louvre, par exemple, ainsi
qu'une autre du même Musée) qui sont datées de l'an 8
et de l'an 9 du seul règne d'Ousertasen, elles s'expliquent
par la vieillesse d'Amenemha et par le plus grand rôle que
jouait à cette époque celui qui était déjà de fait son successeur.
45. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 1 02.
  • Largeur, 0 49.
Stèle funéraire du style large et ample de la XIIe dynastie.
Elle est datée de l'an 10 d'Ousertasen Ier. Le texte est un acte
d'adoration au dieu Ap-herou en faveur du défunt Sebek-tata-ou,
royal parent de son maître
, qui est représenté luimême,
au bas de la stèle, assis devant une table d'offrandes
richement garnie. Parmi les noms propres de ses enfants, on
remarque celui de Sebek-hotep qui doit être porté plus tard
par plusieurs rois de la XIIIe dynastie.
46. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire et grès fin.
  • Hauteur, 0 66.
  • Largeur, 0 55.
Stèle funéraire. Le champ est évidé et a reçu une stèle
plus petite de grès fin, encastrée dans le creux.
Sur le sommet du pourtour, légende (nom et prénom) du
roi Amenemha II, vivant à toujours; aux côtés, prières pour
le noble chef, l'intendant de toutes les constructions du roi, etc.,
Ra-Kheper-Ké. Notre personnage avait ainsi pris pour nom
le prénom d'Ousertasen Ier, prédécesseur d'Amenemha II,
sous lequel il était probablement né.
Au centre, Ra-Kheper-Ké est assis. Il a derrière lui son
père, T'aï, et devant lui Ameni, sa mère. Deux frères, Entef
et Sar, une soeur, Set-Hathor, sont agenouillés au bas de la
stèle. Le nu des femmes est peint en jaune, selon l'usage du
temps.
47. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 55.
Belle et large gravure de la XIIe dynastie. Grand tableau
de famille. Tous les personnages cités, au nombre de vingt-deux,
sont invariablement proclamés justes, ce qui prouve
que cette appellation n'est pas seulement donnée aux morts.
Parmi eux est un Sebekhotep. Ce nom est propre à la XIIIe dynastie,
et l'on peut s'étonner de le trouver ici. J'ai déjà noté
ce point, et je crois nécessaire d'y revenir. Il est à remarquer,
en effet, que, tandis que les stèles de la XIIe dynastie
nous laissent lire des noms propres comme Sebekhotep, Sebekemsaf
et autres noms principalement usités sur les monuments
de la XIIIe, ceux-ci, au contraire, ne nous livrent
aucun des noms (Amenemha, Ousertasen) qui, comme des
médailles, trahissent la XIIe. Il faudrait en conclure, ce me
semble, ou que les monuments de cette époque sont à revoir
quant à l'ordre de succession de ces deux familles royales,
ou plutôt que la plus récente de ces familles fut l'ennemie
de la plus ancienne, dont elle proscrivit jusqu'au souvenir.
48. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 60.
Le défunt s'avance suivi de sa mère, de sa soeur, de ses
deux frères, de son fils, de sa grand mère maternelle, de son
père et de deux personnages dont les liens de parenté ne
sont pas clairement indiqués. Ceux-ci ont la poitrine grasse
et tombante, symbole d'opulence. (XIIe dynastie.)
49. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Granit gris.
  • Hauteur, 0 88.
  • Largeur, 0 52.
Stèle funéraire de la XIIe dynastie. Une prière à Osiris et
à d'autres dieux est suivie de la représentation du défunt,
auquel sa famille présente des offrandes funéraires. Le défunt
s'appelait Mont-si, fils de sa mère Set-Apet. On notera,
comme signe d'époque, qu'un des fils se nomme Ousertasen
et un autre Amenemha.
50. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 1 12.
  • Largeur, 0 77.
Belle stèle funéraire. A première vue, le style ample de la
gravure, la disposition des personnages dans le champ du
monument, l'absence de toute représentation divine, font remonter
cette stèle jusqu'aux temps antérieurs à la XVIIIe dynastie.
Cette conjecture est vérifiée par le nom du défunt, qui
s'appelait Ameni. Ameni est un nom qui fut porté par un roi
de la XIe dynastie, et qui est commun sous la XIIe.
Notre Ameni a quelques titres assez singuliers: non-seulement
il est noble chef, gardien du sceau, etc., mais il est
aussi le grand des grands, le sahou ou docteur, le chef (sar) antérieur
aux chefs
(rekhi-ou). Comme à l'ordinaire, la vraie
fonction du defunt est celle qui précède immédiatement son
nom; nous apprenons par là qu'Ameni était général dans
l'armée égyptienne.
51. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 77.
  • Largeur, 0 51.
Stèle funéraire carrée. Gravure soignée. Prière de huit
lignes pour le défunt Ouser. Le bas de la stèle est à remarquer
pour le fini des détails. Le défunt, assisté de sa femme
Hapoui, reçoit les offrandes que lui apportent ses enfants. Le
nu des femmes est peint en jaune; les genoux des personnages
sont étudiés comme sur les statues de l'Ancien-Empire;
le sarcophage qui contenait la momie est figuré au milieu
des offrandes. Il est orné dans le style des monuments du
temps, et rappelle à la fois le sarcophage de Mentouhotep à
Berlin et le sarcophage de Khoufou-Ankh au Musée de
Boulaq. (XIIe dynastie.)
52. — Abydos.-Harabat-el-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 91.
  • Largeur, 0 53.
Stèle funéraire. Bon échantillon de la gravure de la XIIe dynastie.
Les hiéroglyphes sont en creux, les figures en relief.
L'inscription se lit: Oblation faite à Osiris, seigneur de Tattou,
dieu grand, qui réside dans Abydos
(pour qu'il accorde) des

dons funéraires, etc., au chef de maison Hotep, fils
(de sa mère)
Khent-Khoti-hotep, la dame de l'offrande. Paroles: O vivants!
ô anciens de la terre! ô tous les grammates de l'Egypte, dites:
oblation faite
(en faveur) du chef de maison Hotep!
Au second registre, le défunt est amené par sa mère en présence
de la table d'offrandes. On sait déjà que cette préférence
accordée à la mère sur les monuments de l'Ancien et du
Nouvel-Empire n'est point sans exception: les droits de la
mère paraissent avoir été prédominants dans la famille, à
l'exclusion de ceux du père.
53. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 67.
Stèle de la XIIe dynastie. La finesse de la gravure rappelle
les plus beaux monuments de ce temps. Le défunt est assis
avec sa femme devant une table d'offrandes; il s'appelle
Mentou-nasou. Son père, Sebek-en-ta, et d'autres personnes de
sa famille, sont représentés au second registre.
54. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 55.
Jolie gravure de la XIIe dynastie. Stèle provenant du
tombeau d'Hor-em-ha. La famille pénètre dans le tombeau
pour rendre au défunt les honneurs funèbres.
55. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 45.
Stèle funéraire ayant servi d'épitaphe dans le tombeau
d'Ousertasen, fonctionnaire de la XIIe dynastie. Contre l'habitude
du temps, le style de la gravure est assez négligé.
56. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 64.
  • Largeur, 0 45.
Stèle funéraire peinte. Couleurs assez bien conservées en
certaines parties. Le défunt s'appelait Ra-meri (nom commun
sous la VIe dynastie). Au sommet, deux femmes lui présentent
deux vases pleins d'onguent et d'une autre substance inconnue.
L'une de ces femmes est nommée Ta-Sebek-em-saf.

Sebek-em-saf est le nom d'un roi de la XIIIe dynastie. Au bas,
représentation du défunt et de sa famille. On y remarque son
beau-père Anoub-hotep et son frère Anoub-em-saf. (XIIIe dynastie.)
57. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 50.
  • Largeur, 0 43.
Stèle funéraire carrée. Style de la XIIIe dynastie. Harti-em-meri
et sa famille.
58. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 50.
Stèle ayant servi d'épitaphe dans le tombeau de Hebkamoui,
personnage qui vivait à Abydos sous la XIIIe dynastie.
Le texte qui couvre le registre principal s'écarte des formules
habituelles. On y lit une longue invocation en style poétique
au dieu générateur.
59. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 60.
Stèle. Epitaphe de…… Neb-pou. Le défunt reçoit la table
d'offrandes funèbres que sa famille vient de déposer dans la
chambre principale de la tombe. Style négligé. (XIIIe dynastie.)
60. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh.
  • Hauteur, 0 45.
Stèle de Sebek-hotep. Invocation à Osiris en faveur du
défunt. Quelques membres de la famille assistent à la cérémonie.
61. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 57.
Stèle. Prière à Osiris en faveur de Tata. Sa femme est la
dame Ut'-nub. (XIIIe dynastie.)
62. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 56.
Pierre tumulaire d'un personnage de la XIIIe dynastie qui
vivait à Abydos. Le premier registre nous montre le défunt
et sa femme assis de chaque côté d'une table sur laquelle
des offrandes funèbres ont été déposées. La salle principale
du tombeau est occupée par des personnages qui sont
représentés au second registre. Le défunt s'appelle Aa-ari-en-teta.
63. — Thèbes.-Karnak. Granit noir.
  • Hauteur, 1 80.
  • Largeur, 0 75.
Ce monument est célèbre dans la science. C'est une stèle
érigée sous Thoutmès III et destinée à être placée dans le
temple de Karnak, où effectivement nous l'avons retrouvée;
elle appartient par conséquent à la division des monuments
historiques.
Le premier registre a été martelé en même temps que le
commencement de la première ligne, où se lisaient le nom et
les titres d'Ammon. Ces circonstances donnent à penser que
la flétrissure imprimée à notre monument remonte au temps
de Khou-en-Aten, dont le fanatisme a laissé tant de traces
sur les temples de Thèbes. A une époque postérieure, peutêtre
sous Ramsès II, si l'on en juge d'après la maigreur des
figures, le tableau effacé a été gravé de nouveau en abattant
de quelques millimètres le plan de cette partie de la stèle.
Ce premier registre représente, en deux scènes presque
identiques, Ammon recevant les hommages de Thoutmès.
Le dieu est appelé Ammon-Ra, roi des dieux, seigneur du ciel;
Thoutmès (nom et prénom) a pour titres le dieu bon, seigneur
des deux pays, seigneur des diadèmes.
Derrière lui apparaît une
déesse debout, portant en main l'arc, les flèches et la hache
d'armes. A l'hiéroglyphe symbolique qui forme sa coiffure,
on reconnaît la Thébaïde, et peut-être, par extension, l'Egypte
personnifiée.
Le second registre est occupé par un long texte de vingt-cinq
lignes horizontales, gravé avec cette largeur de style qui
caractérise le règne de Thoutmès. C'est un poème composé
en souvenir des victoires de ce roi. Ammon-Ra, seigneur des
trônes du monde, prend la parole:
«Viens à moi et sois réjoui en contemplant ma grâce, ô mon

vengeur, Ra-men-Kheper, vivant à toujours! Je resplendis par
tes voeux; mon coeur se dilate à ta bienvenue dans mon temple.
J'enveloppe tes membres de mes bras pour
(leur communiquer)
le salut et la vie. Aimables sont tes faveurs par l'image que tu
m'as établie dans mon sanctuaire. C'est moi qui te récompense;
c'est moi qui te donne la force et la victoire sur toutes les nations;
c'est moi qui fais que tes esprits et ta crainte sont sur tous
les pays, et que ta terreur s'étend jusqu'aux quatre supports du
ciel. L'épouvante que tu inspires à tout le monde, je l'agrandis;
j'accorde que tes cris de guerre pénètrent au milieu des barbares
et que les rois de toutes les nations soient réunis sous ta main;
moi-même j'étends mes bras. Pour toi je rassemble et ramasse les
Nubiens par dix mille et par mille, les peuples du nord par millions…
J'accorde que tu renverses tes ennemis sous tes sandales,
et que, selon ce que je t'ai ordonné, tu frappes les chefs des impurs.
Le monde, dans sa longueur et sa largeur, à l'occident et à
l'orient, est sous tes ordres Tu p nètres chez tous les peuples le
coeur en joie, aucun
(d'entre eux) ne foule aux pieds le territoire
de ta majesté; mais moi je te guide pour que tu arrives jusqu'à
eux. Tu as traversé le grand fleuve de la Mésopotamie en vainqueur
et en puissant, comme je t'avais ordonné
(de le faire); tes
cris de guerre, ils les entendent retentir jusque dans leurs cavernes;
leurs narines, je les prive du souffle de la vie…»
Les douze premières lignes sont consacrées à ces développements
poétiques; puis, tout à coup, le dieu entonne
une sorte de chant cadencé où, selon l'usage des littératures
orientales, les idées se pondèrent de la manière suivante:
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper les princes de T'ahi;
je les précipite sous tes pieds quand tu traverses leurs contrées. Je
leur ai fait voir ta majesté tel qu'un seigneur de lumière; tu resplendis
sur eux comme mon image.»
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper les habitants de l' Asie,
de réduire en captivité les chefs du pays des
Rotennu. Je leur ai
fait voir ta majesté revêtue de la ceinture, saisissant ses armes et
combaltant sur son char.»
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper le pays de l'est, de
pénétrer jusqu'aux villes de la
terre sacrée. Je leur ai fait voir
ta majesté tel que l'étoile
Seschet (Canope?), qui projette sa
flamme et donne la rosée. »
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper le pays de l'ouest:
Kefa et Asi sont sous ta terreur. Je leur ai fait voir ta majesté

tel qu'un taureau jeune et courageux; il est orné de cornes, et rien
ne lui résiste. »
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper les habitants de tous
les districts; les pays de
Maten tremblent de terreur devant toi.
Je leur ai fait voir ta majesté tel qu'un crocodile
(?); il est le
maître terrible des eaux: personne ne peut l'approcher. »
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper ceux qui sont dans
les îles; les habitants de la mer sont sous
(la terreur) de tes cris
de guerre. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu'un vengeur qui
s'élève sur le dos de sa victime. »
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper les Tahennu; les îles
de
Tana, tes esprits s'en sont emparés. Je leur ai fait voir ta majesté
tel qu'un lion terrible à voir, qui se couche sur leurs cadavres
à travers leurs vallées. »
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper les districts des eaux:
que ceux qui entourent la grande mer soient liés par ta main. Je
leur ai fait voir ta majesté comme le roi de l'aile
(qui plane) et
saisit de sa vue tout ce qui lui plaît. »
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper ceux qui sont dans
leurs…; que les
Heruscha (les Bicharis actuels) soient réduits
par toi en captivité. Je leur ai fait voir ta majesté comme le
chacal du midi, celui qui, dans sa marche cachée, parcourt le
pays. »
«Je suis venu, et je t'accorde de frapper les Anu de Nubie;
que les
Remenem soient sous ta main. Je leur ai fait voir ta majesté
comme ceux qui sont tes deux frères; leurs bras se rassemblent
sur toi pour te donner……»
Après cette poétique parenthèse, le dieu reprend son discours:
«C'est moi qui te protége, ô mon fils chéri! Horus, taureau
valeureux, régnant dans la Thébaïde……
, etc. »
Comme on le voit par ces détails, la stèle de Thoutmès III
est la copie sur granit d'une véritable oeuvre d'imagination,
composée pour glorifier les victoires de ce prince. Le parfum
de poésie orientale qui est répandu sur ce bel échantillon de
la littérature égyptienne au XVIIe siècle avant notre ère n'échappera
à personne.
64. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 84.
  • Largeur, 0 49.
Stèle funéraire. Au sommet l'anneau, symbole des périodes
du temps, entre les yeux du Soleil et de la Lune; plus

bas, vingt lignes horizontales d'un texte qui, au premier
coup d'oeil, indique une des bonnes époques de l'art égyptien.
Jusqu'à la fin de la 13e ligne, le texte est une sorte de notice
biographique du défunt. Celui-ci s'appelait Neb-oua, et
exerça à Abydos, sous le règne de Thoutmès III, les fonctions
de premier prophète d'Osiris, fonctions dont il fut également
revêtu sous Aménophis II.
La première ligne est la répétition d'une phrase assez
fréquente, que l'on traduit habituellement: donné par les
ordres du roi
, ou en récompense du roi. Je croirais plutôt que
la phrase est une formule laudative, une sorte d'exclamation
en l'honneur et pour la louange d'un roi. On la trouve dans des
tombeaux où elle ne peut avoir que cette signification. Dans
le cas présent, donné en récompense n'aurait qu'un sens forcé:
une pierre tumulaire ne serait, en effet, qu'un assez triste
don. D'ailleurs, malgré le vivant à toujours qui suit le nom de
Thoutmès, ce roi était mort à l'époque où la stèle fut érigée,
vivant à toujours, selon les cas, s'appliquant aux personnages
morts, comme le proclamé juste, en certaines circonstances,
se place après les noms des personnages vivants. Par conséquent
Thoutmès n'a pu donner la stèle. C'est la stèle au contraire
qui, par ces mots: fait pour la louange du roi, évoque
le souvenir du pharaon déjà défunt sous lequel Neb-oua
avait passé la plus grande partie de sa vie. Remarquons au
surplus que l'un des sarcophages des Entef mentionne le fait
de la consécration du sarcophage par un frère à son frère, et
que la formule employée n'est nullement celle qui nous
occupe.
Quoi qu'il en soit, voici le texte entier gravé sur la jolie
stèle de Neb-oua:
«Fait pour la louange du roi, le roi Ra-men-Kheper
(Thoutmès III), vivant à toujours, par le premier prophète
d'Osiris
, Neb-oua. Il dit: J'ai consacré des dons nombreux dans
le temple de
(mon) père Osiris, en argent, en or, en lapis-lazuli,
en cuivre et en toutes sortes de pierres précieuses, et ils étaient
entièrement sous ma dépendance. Celui qui m'a connu, j'ai été
bienfaisant envers lui. J'ai rendu tous les devoirs à mon seigneur
divin, en gardant le temple de mon père; j'ai atteint les honneurs
d'un vieillard, et j'ai obtenu les louanges du roi, et j'ai été
nommé son trésorier, et une place m'a été faite
(par le roi) parmi
les grands fnctionnaires, et j'ai atteint jusqu'à un rang distingué……
Des couronnes de fleurs
(furent mises) à mon cou,

comme le fait le roi pour
(manifester) sa louange. Et son fils,
Ra-aa-Kheper-ou (Aménophis II), renouvela pour moi ses
louanges. Il me donna une statue de son père, le roi
Ra-men-Kheper,
vivant, (statue nommée) Khent-ef-en…emter-ou dans
le temple du
(divin) père Osiris. Que les offrandes en onguents,
en huiles, en champs, en prairies…, soient maintenues dans son
temple pour la vie sainte et forte
(?) du fils du Soleil, qui l'aime,
Amenhotep, l'aimé d'Osiris qui réside dans l'Amenti, seigneur
d'Abydos, le vivant aujourd'hui comme toujours.»
—– Les sept
dernières lignes sont consacrées aux formules habituelles:
«Oblation faite à Osiris, roi éternel, à Anubis…, à Hap-hérou,
seigneur de Toser. Qu'ils accordent les dons funéraires: vins,
lait, boeufs, oies, pains sacrés, vêtements, encens, miel en quantité,
toutes les choses bonnes et pures en quantité, toutes les
choses exquises que donne le ciel, que crée la terre, qu'apporte le
Nil de sa source, à la personne du premier prophète d'Osiris
Neb-oua, ledit juste. »
La stèle se termine par une invocation
qu'adresse le défunt lui-même «aux vivants, aux anciens
de la terre, aux prêtres, aux panégyristes, aux divins pères…,
à tous ceux qui verront la stèle. Faites
, dit - il, pour lui
(c'est-à-dire pour moi) vos chants qu'aime Osiris, roi éternel,
et dites aussi: Que le souffle délicieux du nord soit à la face
du premier prophète d'Osiris, Neb-oua, le proclamé juste auprès
d'Osiris. »
65.— Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 1 07.
  • Largeur, 0 75.
Stèle funéraire. La face des personnages a été partout
martelée. Un gardien des canaux d'Ammon, nommé Nefer-heb,
est assis à côté de sa soeur, l'attachée au culte d'Ammon, Haaï.
Devant Nefer-heb sont rangés ses enfants, au nombre de
douze. L'aîné, Min-mès, avait, à la mort de son père, la dignité
de premier prophète d'Osiris.
Les dix lignes d'inscription qui terminent la stèle ne sont
que la répétition du texte bien connu par lequel les faveurs
du ciel sont demandées pour le défunt.
Cette stèle a été trouvée dans le même tombeau que le
n° 66 (Grand Vestibule) et se rapporte aux mêmes personnages.
(XVIIIe dynastie.)
66. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 71.
  • Largeur, 0 50.
Stèle funéraire. Elle a été trouvée dans le même tombeau
que le numéro précédent et se rapporte aux mêmes personnages.
Il existe cependant entre les deux monuments quelques
différences à noter. Tandis que la stèle n° 65 compte
jusqu'à douze enfants du défunt, la stèle n° 66 n'en nomme
que six, bien que les deux stèles aient été exécutées dans le
même temps et pour le même but; en outre, elle ne les
range pas dans le même ordre. Quelques autres monuments
d'un intérêt historique bien plus élevé nous ont habitués à ces
divergences, et l'on voit par là qu'il n'est pas toujours prudent
d'accepter sans examen les renseignements généalogiques
concernant certaines familles royales qui nous sont
accidentellement fournis La différence la plus notable est
celle qui nous montre le nom d'Ammon partout respecté sur
une stèle (n° 65) et partout martelé sur l'autre (n° 66). La présence
du nom d'Ammon ne prouve donc pas absolument que
le texte dans lequel on le rencontre soit postérieur à la fin de
la XVIIIe dynastie.
67. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Longueur, 1 40.
  • Largeur, 0 61.
Stèle en forme de façade de naos. Elle a été exécutée pour
servir de pierre tumulaire au tombeau d'Ahmès, écrivain des
troupeaux.
Osiris, avec les titres d'Osiris Oun-nefer, dieu grand,
roi éternel
, reçoit au premier registre l'adoration d'Ahmès,
qui se présente devant le dieu, suivi de sa soeur Pouhaï, de sa
nièce Maut-nefer et de son fils Mahaï, à la fois écrivain des
troupeaux
et écrivain des soldats. Aux autres registres, les membres
de la famille, au milieu desquels se trouve la mère
d'Ahmès, paraissent devant le défunt. Un des fils, encore coiffé
de la tresse de l'enfance, s'appelait Amen-em-an. Dans ce nom
propre, Amen (Ammon) a été martelé; la stèle est par conséquent
antérieure à la fin de la XVIIIe dynastie.
Les légendes qui encadrent ces représentations ne sont
que les répétitions, sans variantes notables, des prières par
lesquelles on demande aux dieux d'accorder au défunt les
biens dont il doit jouir dans l'autre monde.
68. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 80.
  • Largeur, 0 52.
Stèle funéraire. Le martelage du nom d'Ammon et le style
général du monument indiquent la XVIIIe dynastie. Le défunt
était intendant des pays du sud; il s'appelait Noëmi. Son
père était bibliothécaire de la reine et se nommait Amen-meri.
Au premier registre, Noëmi et son fils sont en prière devant
Osiris. Plus bas, hommages ordinaires rendus au défunt par
les membres de sa famille.
69. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 94.
  • Largeur, 0 64.
Stèle funéraire. Au sommet le théorbe, symbole de bonté,
entre les deux yeux du Soleil et de la Lune, symboles de plénitude;
au-dessous, les deux chacals du nord et du midi.
Osiris, coiffé de la couronne blanche, est assis sur son trône.
Il tient en main le crochet et le fouet; une table d'offrandes
richement garnie est devant lui. Un flabellifère du roi nommé
Tiou et sa femme Roï lui rendent leurs hommages.
Plus bas, prière en faveur du défunt, qui a ici les titres de
serviteur de son maître dans ses expéditions au nord et au midi.
Aux autres registres, Tiou et sa femme reçoivent les offrandes
de leurs enfants. (XVIIIe dynastie.)
70. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 90.
  • Largeur, 0 60.
Stèle funéraire intéressante pour l'époque à laquelle elle
remonte. Elle a été gravée en souvenir d'un employé du
temple d'Aten (à Memphis) nommé Haï. et par conséquent
elle appartient au règne du fanatique Khou-en-Aten
(XVIIIe dynastie). Les légendes sont des prières à Aten, dieu
un, vivant en vérité.
On remarquera le type de la figure des
personnages: Aten a été assimilé par quelques auteurs à
l'Adonaï des religions sémitiques.
71. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 85.
  • Largeur, 0 56.
Stèle funéraire en forme de naos.
1er registre. Osiris et Isis reçoivent les hommages de Nefer-her,
odiste d'Osiris
et de sa soeur Hent-to-neb.
2e registre. Anubis, sous la forme d'un chacal accroupi sur
un autel, est adoré par trois fils et une fille du défunt.
3e registre. Le défunt, assisté de sa soeur, est assis en présence
de six autres de ses enfants. Le premier fait l'offrande
du feu, les cinq autres se frappent la tête en prononçant la
formule ordinaire de la prière des morts.
Epoque difficile à déterminer. Peut-être le monument
est-il du règne de Khou-en-Aten. (Voy. Grand Vestibule, 70.)
72. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 1 98.
  • Largeur, 0 97.
Le long texte qui couvre le registre principal de cette
grande stèle appartient à la littérature sacrée de l'ancienne
Egypte. On y trouve en effet, rédigé en style poétique, un
hymne au Soleil. Le défunt est le basilicogrammate Anaoua.
Au premier registre, il adore Toum et Phré; au second, il
prononce l'invocation au Soleil. Le style élevé de cette composition
littéraire en rend la traduction très-difficile.
Voici l'Osiris, le véritable écrivain du roi qu'il aime, le grand
chef de maison
, Anaoua, le proclamé juste. Paroles dites en adorant
le Soleil, qui se lève pour la création dans la montagne solaire
et qui se couche dans la vie divine, par l'Osiris, le royal
scribe, le chef de maison
, Anaoua, le proclamé juste. Il dit:
Salut à toi, quand tu te lèves dans la montagne solaire sous la
forme de Ra, et que tu te couches sous la forme de Ma! Tu circules
autour du ciel, et tous les hommes te regardent et se tournent
vers toi en se cachant la face! Que je puisse accompagner
ta majesté quand tu te montres le matin tous les jours! Tes
rayons sur leurs visages, on ne peut les décrire! L'or n'est rien
comparé à tes rayons! Les terres divines, on les voit dans les
peintures; les contrées de l'Arabie, on les a énumérées; mais toi
seul tu es caché!… Tes transformations sont égales à celles de
l'Océaa céleste. Il marche comme tu marches… Accorde que
j'arrive au pays de l'éternité et à la région de ceux qui sont approuvés;

(accorde) que je me réunisse aux beaux et sages esprits
de Ker-neter, et que j'apparaisse avec eux pour contempler tes
beautés le matin de chaque jour!…
73. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 1 18.
  • Largeur, 0 66.
Stèle funéraire dans le modèle simple des façades de chapelles
usité dans le Nouvel-Empire. Elle ornait la sépulture
de Maï, personnage qui exerçait quelque fonction, encore
mal définie, en rapport avee les travaux de l'agriculture.
La partie principale offre les représentations qui couvrent
ordinairement les stèles du Nouvel-empire. Au premier registre,
le défunt, assisté de quelques-uns des siens, adore
Osiris assis au centre de son naos. Aux autres registres, c'est
le défunt lui-même qui, à son tour, reçoit les hommages de
sa famille. Ces diverses scènes sont suivies d'une prière au
dieu de l'enfer égyptien.
Un des fils de Maï s'appelait Men-nefer (Memphis). Pour
quelque motif inconnu, il a été rayé de la liste des membres
de la famille, et en effet son image tout entière est martelée.
Un autre fils avait également mérité cette marque d'infamie,
qui n'a atteint que le nom propre du personnage.
Sur le listel qui surmonte la corniche dont la stèle est couronnée,
Maï prend le titre d'odiste d'Ammon. Les phrases qui
suivent méritent d'être remarquées; elles sont extraites du
chapitre 125 du Rituel. Le mort, admis en présence du juge
suprême, s'écrie: «Je me suis attaché Dieu par mon amour;
j'ai donné du pain à celui qui avait faim, de l'eau à celui
qui avait soif, des vêtements à celui qui était nu; j'ai
donné un lieu d'asile à l'abandonné…» Ce n'est point par
hasard que ces touchantes paroles, où se font jour les aspirations
d'une morale tout évangélique, se rencontrent ici. Les
monuments égyptiens en font un si fréquent emploi que nous
sommes presque autorisés à y voir une sorte de prière d'un
usage pour ainsi dire quotidien.
74. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 74.
  • Largeur, 0 50.
Stèle funéraire.
1er registre. Osiris, la reine Nofre-ari et un personnage
mort nommé Ahmès, qui apparaît souvent derrière elle,

reçoivent les adorations du basilicogrammate Anaï, de son
père Neb-bi et de sa femme An-na.
2e et 3e registres. Personnages divers parmi lesquels se
montrent de nouveau le défunt, son père et sa femme.
4e registre. Prière qui s'écarte un peu de la formule ordinaire
en faveur d'Anaï.
(XIXe dynastie.)
75. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 98.
  • Largeur, 0 66.
Stèle funéraire trouvée dans le tombeau de Nefer-ter, chef
des odistes de tous les dieux et chef des odistes du roi
, fils de Hat
et sa mère Ta-ouser, de Thèbes.
Le tableau qui décore la partie supérieure de ce monument
représente l'adoration d'Osiris et d'Isis par le défunt,
assisté de son frère, qui rend ses hommages à Harsiésis et à
Anubis.
Onze lignes d'un beau texte disposé en lignes horizontales
occupent le second registre. La première ligne est une adoration
à Osiris par Nefer-ter. Le défunt prend ensuite la
parole et prononce l'invocation suivante: «Je suis venu vers
toi, ô grand dieu, ô Osiris, qui réside dans l'Occident, ö Ounnefer,
seigneur de Toser! Je me suis réjoui en contemplant tes
beautés, mes bras se sont étendus vers toi pour adorer ta majesté!…
Accorde la splendeur, la puissance, la justification
,
(accorde) de respirer le souffle délicieux de l'air, et d'être manifesté
dans Ker-neter en toutes les transformations que j'aime! »

A la 8e ligne commence une autre prière qui est récitée par
le même personnage: «Oblation faite à Osiris-Onnophris, etc.,
à Isis, la grande mère divine, à Horus, vengeur de son père, fils
d'Isis, etc., pour qu'ils accordent toute offrande sur la table des
dieux: huile, miel, bestiaux, volailles, etc, et toutes les bonnes
choses pures dont vit un dieu, à la personne…… de Nefer-ter, à
son père, à son frère le premier prophète de Our-Hekou, Amen-ouah-sou,
de la part du chef des odistes du pharaon à la vie saine
et forte, Nefer-ter.
» Après ces paroles, le texte de notre stèle
met dans la bouche du défunt une troisième invocation:
«O anciens! ô prophètes! ô purificateurs! ô panégyristes! ô
toutes les races des hommes qui venez derrière moi de millions
d'années en millions d'années!……
» La traduction, du reste,
de cette invocation offre quelques difficultés: je n'essaierai
pas de les résoudre.
76. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 76.
  • Largeur, 0 52.
Stèle funéraire. Khonsou fait l'offrande du feu et du vin à
Osiris, qu'accompagnent Horus, Isis et Anubis. Plus bas, un
personnage, qui est probablement le défunt, reçoit les hommages
de neuf de ses enfants. Le bas de la stèle représente
cinq autres personnages, parmi lesquels est Ramès ou Ramsès.
(XIXe dynastie.)
77. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 88.
  • Largeur, 0 53.
Stèle funéraire en forme de façade de naos.
Sur le linteau, deux cynocéphales adorent le soleil levant;
ils sont suivis de chaque côté de l'un des chacals, guides des
chemins du nord et du midi, et de l'oiseau, symbole de l'âme.
Le monument a été érigé à la mémoire de Souti. Le premier
registre est divisé en deux parties: d'un côté Osiris et de
l'autre Phtah reçoivent les adorations de Souti et de la dame
Ta-our-hotep-ta. Au bas, la prière ordinaire à Osiris.
Cette stèle a été trouvée avec le n° 79, Grand Vestibule.
(XIXe dynastie.)
78. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 95.
  • Largeur, 0 58.
Stèle funéraire. Le relief des figures est très-fin. Le texte
ne contient que la prière ordinaire pour le défunt, qui s'appelait
Pe-sar. Sa femme, assise à côté de lui, porte sur le
front la fleur de lotus, symbole de renaissance. Epoque difficile
à déterminer.
79. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 75.
  • Largeur, 0 56.
Stèle funéraire sans intérêt (XIXe dynastie). Un personnage
offre l'encens et l'eau à Osiris. Plus loin, il reçoit lui-même
les offrandes de la famille.
Trouvée avec la stèle exposée Grand Vestibule, 77.

D. CERCUEILS DE MOMIES.

80. — Memphis.-Saqqarah. Basalte vert.
  • Hauteur, 1 98.
Ce cercueil a contenu les restes de la dame Beteïta qui
donna le jour au général T'aho dont le sarcophage de granit
orne la cour du Musée (voy. Cour, 12). Beteïta était fille
elle-même de la dame Tent-Kemi.
On ne peut passer devant ce monument sans remarquer la
finesse extrême des gravures qui le décorent. Vu l'incomparable
dureté de la matière, chaque hiéroglyphe devient un
sujet qui a dû être traité à part selon les procédés de la glyptique,
c'est-à-dire de la gravure sur pierre fine. Que les
Egyptiens aient réussi une fois à accomplir un tel travail, on
ne doit pas en être surpris; mais ce qui est étonnant, c'est
que pour eux cet ingrat travail était si facile qu'ils en ont
multiplié les produits pour ainsi dire à l'infini.
81. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 1 94.
Ce cercueil a contenu la momie de la dame Sati (?), mère
de la dame Ankh, dont nous possédons également le cercueil
(Grand Vestibule, 91), et fille de la dame Sam-ès. Si, comme il
est probable (puisque ces monuments ont été trouvés dans le
même puits), le prêtre Oun-nefer qui épousa notre dame Sati
est le même que celui dont nous conservons le monument
funéraire (Grand Vestibule, 82), nous aurions ici affaire aux
membres d'une famille qui se composait ainsi qu'il suit:

82-83. — Memphis.-Saqqarah. Granit noir.
  • Hauteur totale, 2 18.
Couvercle et cuve d'un cercueil trouvé dans le puits
d'Ankh-Api (Cour, n° 8). Sous le ciel, figuré par une bande

couverte d'étoiles, paraîtune déesse agenouillée, coiffée d'une
plume d'autruche et du disque solaire. Ses bras étendus
sont armés d'ailes; elle tient dans chaque main une antre
plume d'autruche, symbole de justice et de vérité: c'est la
déesse Khou. Au-dessous de cette représentation, les trois
divinités du chapitre 16 du Rituel, Ra, Toum et Kheper, sont
accroupies. Vient ensuite l'âme du défunt (oiseau à tête humaine);
elle a au cou le tat, symbole de stabilité. De chaque
côté se remarquent diverses divinités: à droite, un épervier
debout, coiffé du symbole de Nephthys, les deux génies proteceurs
des entrailles, Hapi et Kebehsennouf, Nephthys,
Selk, etc.; à gauche le même épervier avec le symbole d'Isis,
les deux génies Amset et Tiaumautef, Isis, Neith, etc. Quant
aux inscriptions, on y lit, à côté des noms de ces diverses
divinités, des prières en faveur du défunt dont le cercueil
contenait la momie; il s'appelait Oun-nefer, fils de sa mère
Perhet-Beset (Cour, n° 10).
84. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 1 93.
Cercueil du prophète d'Osiris, Meneï, surnommé Benoutehtef,
et fils de sa mère Mauteïta. Sur la poitrine, on voit la représentation
du défunt couché sur le lit funèbre, entre les deux
enseignes, emblèmes d'Osiris. L'âme se rapproche du corps,
sur lequel elle plane les ailes déployées. Au-dessus de la scène,
le soleil, soutenu par Isis et Nephthys, se lève à l'horizon.
C'est le grand acte final des pérégrinations auxquelles le
défunt vient d'être soumis. Meneï a sacrifié à toutes les divinités
funèbres; il a subi toutes les épreuves; il a comparu
devant le juge suprême et a été proclamé juste; par sa vertu
il a mérité de commencer cette seconde vie qui n'aura pas
de mort. L'âme va maintenant se réunir au corps, et au
centre du disque solaire apparaît le scarabée comme symbole
de cette résurrection. Les figures qui accompagnent
cette scène sont celles des divinités inférieures, gardiennes
des espaces célestes.
La cuve de ce cercueil n'a pas été trouvée dans le puits.
85-86. — Memphis.-Saqqarah. Basalte vert.
  • Hauteur totale, 1 88.
Couvercle et cuve d'un cercueil de momie gravés au nom
de Hor-em-heb, fils de sa mère Terou. Quoique d'une gravure

très-soignée, ce joli monument n'est déjà plus du beau temps
de l'art des Saïtes; il doit en effet appartenir à la période historique
qui le vit éclore comme une renaissance de la nationalité
égyptienne sous les pharaons prédécesseurs d'Alexandre.
Du reste, ce n'est pas seulement la grâce et le fini des légendes
qui recommandent ce monument à l'attention; on remarquera
aussi que les patients artistes auxquels l'exécution en
fut confiée semblent s'être imposé la tâche de ne laisser
aucune partie de l'intérieur et de l'extérieur du cercuil sans
y marquer la trace de leur burin.
Selon l'habitude, toutes les légendes sont relatives à l'immortalité
promise à l'âme du défunt dans le monde nouveau
où elle pénètre sous la conduite des divinités protectrices
des morts. Sur la poitrine, l'âme de Hor-em-heb est figurée
par un épervier à tête humaine tenant dans ses serres les
deux anneaux de l'éternité. Au-dessus d'elle, comme une
image de la nouvelle vie qui attend le défunt, se lève le
soleil rayonnant du matin, assisté dans son cours par Isis
et Nephthys. La scène est couronnée par une figure du scarabée
de la résurrection. Le même anneau de l'éternité et
les deux longues plumes, signes mystérieux de la victoire
que l'âme a dû remporter sur les génies du mal avant d'être
admise à jouir de la lumière éternelle, sont près de lui. Enfin,
des pattes de devant de l'insecte régénérateur s'échappent
les trois emblèmes de la pureté, de la stabilité et de la vie
divine.
Le dessous de la cuve est orné de longues prières en faveur
de Hor-em-heb, et, au milieu des représentations qui
décorent cette partie du monument, on aperçoit les images
des quinze pylônes que gardent des génies armés de glaives,
et dont le défunt doit successivement franchir les portes en
justifiant de ses bonnes actions sur la terre.
Les deux faces intérieures du couvercle et de la cuve
n'ont pas été oubliées dans l'ornementation du monument
funéraire de Hor-em-heb. Sur la partie supérieure (voy. le
dedans du n° 85) est l'image du ciel sous la forme d'une
femme, les bras étendus au-dessus de la tête, nageant dans
les espaces célestes. La partie inférieure (n° 86) est au contraire
occupée par ce que nous appelons l'enfer, représenté
par une femme les bras pendants, le signe hiéroglyphique
de l'Amenti sur la tête. Quand la dépouille mortelle de
Hor-em-heb était encore enfermée dans son cercueil, le
défunt était ainsi comme suspendu entre le ciel supérieur
qui représente la course radieuse du soleil, et le ciel inférieur

que l'astre parcourt pendant la nuit. Toutes les
croyances égyptiennes sont là. La vie est semblable au soleil,
qui accomplit au-dessus de nos têtes sa resplendissante
carrière; le soleil nocturne, qui lutte silencieusement sous
nos pieds contre les ténèbres, est l'image de la mort. Ces
épreuves accomplies, l'âme déclarée pure reparaît brillante
à l'horizon oriental, et commence pour l'éternité une seconde
vie qui n'aura pas de mort.
Les sarcophages comme ceux de Hor-em-heb et d'Ankh-Hapi
sont aussi communs à Memphis qu'ils sont rares à
Thèbes et à Abydos. L'humidité du climat de la Basse-Egypte,
et particulièrement la constitution géologique de la
montagne voisine de Memphis, qui a forcé les habitants de
cette ville à creuser les tombes dans un schiste argileux
très-friable, suffisent à expliquer ce fait. Thèbes, dont le
ciel est toujours si admirablement serein, n'a eu besoin que
de sarcophages en bois.
87-88. — Memphis.-Saqqarah. Basalte gris.
  • Hauteur totale, 1 80.
Couvercle et cuve d'un cercueil trouvé dans le puits
d'Ankh-Hapi (Cour, n° 8). Le défunt s'appelait Kem-Hapi,
fils de Ter-nefer, sa mère.
89-90. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 1 94.
Cercueil de la dame Heken, fille de sa mère Ter-nefer. La
représentation principale n'est que la reproduction de la
scène de la résurrection déjà décrite. Au centre du disque
solaire apparaît ici, au lieu du scarabée, un dieu panthée,
à corps d'homme, aux pattes d'oiseau et de bélier, ithyphallique
comme Ammon Générateur, dont il a le geste, les
épaules surmontées de quatre têtes de bélier, symbole de
puissance.
On sait déjà que le cercueil de la dame Heken, fille de
Ter-nefer, a été trouvé dans le puits d'Ankh-Hapi avec le
cercueil de Kem-Hapi, fils de Ter-nefer. Il résulte de là que,
selon toute probabilité, Kem-Hapi et Heken sont le frère et
la soeur. Tous ces monuments appartiennent à l'époque
ptolémaïque.
91. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 2 11.
Cercueil de momie d'un style fin et soigné. Scène déjà
décrite de l'âme venant de nouveau animer le corps. Les
quatre têtes placées sous le lit sont celles des quatre génies
des morts. Ce sont ces mêmes têtes qui forment les couvercles
des vases funéraires (canopes) où certaines parties du
corps du défunt étaient déposées. Au-dessus, représentations
inusitées. Au milieu apparaît le tat, symbole de stabilité.
Il est entouré d'animaux monstrueux. Ces animaux accompagnent
quelquefois certaines figurines représentant un
homme ithyphallique, tantôt la tête nue, tantôt coiffé de la
tresse de l'enfance. Il ne faut voir dans ces images, qui symbolisent
d'une façon trop naïve la force créatrice de la
nature, aucune intention obscène. C'est une autre manière
d'exprimer la génération céleste qui doit faire entrer le
défunt dans une autre vie. Peut-être les animaux monstrueux
de notre sarcophage n'ont-ils pas d'autre signification.
La lecture des inscriptions nous apprend que ce monument
funéraire était consacré à une femme nommée Ankh, fille de
son père, le prophète Oun-nefer, et de sa mère Sati (?). (Voy. la
description du n° 81) (Grand Vestibule).
Ce cercueil est le dernier de ceux qui ont été trouvés dans:
le puits d'Ankh-Hapi (Cour, n° 8). Trois familles y étaient représentées
celle d'Ankh-Hapi, celle d'Oun-nefer, celle de
Kem-Hapi. Rien n'indique que ces trois familles aient été
contemporaines, et par conséquent il est impossible de tirer
aucun argument de la comparaison des monuments qui leur
appartiennent. Mais les sarcophages d'Oun-nefer et de sa fille
Ankh présentent entre eux des différences de style et de
composition si tranchées qu'on peut s'étonner de voir une
même époque produire des oeuvres aussi dissemblables. Les
figures du cercueil d'Oun-nefer sont rudes, quoique largement
traitées; les hiéroglyphes sont sans finesse et témoignent
par quelques bizarreries de forme de la maladresse de
la main qui les traçait. Au contraire, rien dans le beau monument
de la dame Ankh ne trahit la décadence. On voit
par là que les mêmes époques n'ont pas toujours eu un même
type d'art, et que classer les monuments sur la seule indication
de leur style peut quelquefois conduire à de graves
méprises.

E. TABLES D'OFFRANDES.

92. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Longueur, 0 32.
  • Largeur, 0 56.
Table d'offrandes qui se recommande par la gravure fine
des légendes. Au centre, le caractère hotep en plein relief,
entouré d'un pain sacré et de trois godets pour les dons
liquides. Le monument porte le nom de Snefrou-nefer, prêtre
de la pyramide Assa-nefer. Le tombeau de Snefrou-nefer a
déjà donné au Musée l'inscription horizontale exposée dans
le Grand Vestibule (37).
Un autre personnage de même nom, prêtre de la pyramide
Ra-tet-ké-nefer, eut son tombeau immédiatement à côté de
celui où nous avons trouvé notre belle table d'offrandes, et
les deux édifices funéraires sont du même temps.
93. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 27.
  • Largeur, 0 39.
  • Profondeur, 0 87.
Monument qui devait servir aux libations funèbres dans le
tombeau où il a été trouvé. Deux lions sont debout, côte à
côte et regardent en face. Les queues sont pendantes et ramenées
de manière à enserrer un vase placé à la partie postérieure
des deux quadrupèdes. Sur leur dos est posée une
table inclinée. Une rigole y est tracée et devait conduire
jusqu'au vase le liquide qu'on y versait.
Ce magnifique morceau a été trouvé au fond d'un souterrain
situé dans l'enceinte de la grande pyramide de Saqqarah.
Il est malheureusement dépourvu d'inscriptions. Nul
doute cependant qu'il n'appartienne à l'Ancien-Empire.
94. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 27.
  • Largeur, 0 38.
  • Profondeur, 0 83.
Autre table à libations de même forme et de même provenance.
On remarquera quelques différences avec le numéro
précédent dans le travail des jambes.
95. — Thèbes.-Karnak. Grès statuaire.
  • Hauteur, 0 45.
  • Largeur, 1 17.
  • Profondeur, 1 33.
Monument en forme de table sur laquelle sont disposés
vingt godets symétriquement rangés. Les légendes rappellent
une fondation d'offrandes à faire dans le temple de
Karnak au nom d'un roi Ra-s-ankh-het Ameni-Entef-Amenemha;
ces offrandes consistaient en pains sacrés, en liquides,
etc. On n'a pas encore résolu la question de savoir
si les tables de ce genre ne sont que des monuments commémoratifs,
ou bien si elles étaient destinées à recevoir en
nature les dons présentés aux dieux. Ici la disposition du
monument donne évidemment quelque poids à cette dernière
conjecture.
Le roi Ra-s-ankh-het Ameni-Entef-Amenemha est encore
inconnu. Son prénom se trouve au Papyrus Royal de Turin
et au côté droit de la Salle des Ancêtres parmi ceux des rois
qui suivirent de près la XIIe dynastie; son nom, qui paraît
ici pour la première fois, est formé des noms de deux pharaons
de la XIe dynastie (Ameni et Entef) et d'un roi de
la XIIe. Sur ces indications, on serait porté à ranger le roi
nouveau de Karnak au milieu des Nefer-hotep et des Sebek-hotep
(XIIIe dynastie). Je suis loin cependant de donner
cette attribution comme définitive; Ameni-Entef-Amenemha
est un nom de décadence trop complexe pour prendre place
sans contestation au milieu des pharaons que je viens de
nommer. Comme élément de discussion, on notera cependant
le style admirable des légendes qui couvrent le monument.
Les martelages dont la table porte de trop nombreuses
traces remontent au temps de Khou-en-Aten (Aménophis IV,
XVIIIe dynastie). C'est le nom du dieu Ammon qui, ici
comme partout ailleurs, a été effacé. Je fais cètte remarque
pour montrer que, quand Khou-en-Aten décréta l'abolition
du culte d'Ammon, notre table était debout dans le
temple de Karnak. A l'époque des Pasteurs, la table fut peutêtre
renversée et déplacée; mais, à coup sûr, les barbares
envahisseurs (en supposant qu'ils soient venusjusqu'à Thèbes)
ne la brisèrent point, puisqu'elle est encore entière aujourd'hui.
96. — Thèbes.-Karnak. Grès statuaire.
  • Hauteur, 0 17.
  • Largeur, 1 16.
  • Profondeur, 1 35.
Autre table d'offrandes du même modèle, mais dans un
moins bon état de conservation. L'époque de sa destruction
ne remonte pas bien haut, puisque nous en avons retrouvé
les débris au pied même du socle qui la supportait.
97. — Thèbes.-Karnak. Granit rose.
  • Largeur, 0 74.
  • Profondeur, 0 50.
L'inscription gravée sur cette belle table d'offrandes constate
que Thoutmès III a fait exécuter ce monument en
l'honneur de son père Ammon-Ra, lorsqu'il eut bâti, comme
un hommage au dieu, le temple Ra-men-Kheper Khoumennou.
Ce dernier nom est celui du temple de Karnak luimême,
tel du moins qu'il existait sous Thoutmès III.
98. — Thèbes.-Karnak. Albâtre.
  • Largeur, 0 44.
  • Profondeur, 0 27.
Deuxième table d'offrandes gravée au nom du même pharaon
et constatant les mêmes faits.

F. MONUMENTS DIVERS.

99. — Memphis.-Grandes Pyramides. Calcaire.
  • Hauteur, 0 53.
  • Largeur, 0 34.
  • Profondeur, 0 17.
Naos, ou plutôt stèle épaisse avec la figure du défunt en
haut-relief. Celui-ci est représenté à genoux, les mains
levées. Il s'appelait Nekht, et avait le titre assez singulier de
premier royal fils d'Ammon. Des deux prières gravées sur le
pourtour du monument, l'une, celle de gauche, est une invocation

au soleil lorsqu'il brille à l'horizon oriental; l'autre,
celle de droite, lorsqu'il se couche pour la vie divine. Par là les
Egyptiens marquaient les deux termes des pérégrinations de
l'àme dans l'autre monde. Le soleil qui se couche symbolise
la mort; le soleil qui se lève est l'image de la résurrection
de l'âme et de l'immortalité promise aux justes.
Le frère de Nekht était un deuxième prêtre de Khons,
nommé Schaï. (XVIIIe dynastie.)
100. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 57.
  • Largeur, 0 27.
  • Profondeur, 0 26.
Édicule appelé naos. Deux personnages sont assis au fond
de cette sorte de petite châsse, que l'on fermait par une
porte à double battant: les trous des gonds dans lesquels
cette porte tournait sont encore visibles. L'un de ces personnages
est un premier prophète d'Osiris nommé Hak-nefer;
l'autre est sa femme qui l'aime, la dame Maut-nefer.
Le sens de ces sortes d'édicules est assez difficle à déterminer.
Le défunt est assimilé à Osiris, et comme tel reçoit-il les
hommages des parents?
C'est ce que ne laisseraient pas supposer les textes dont
les diverses parties du monument sont couvertes. Ici les
prières ne s'adressent pas au défunt, mais elles sont récitées
pour lui. Sur le pourtour de la façade sont, en effect, gravées
deux prières, l'une à Isis, l'autre à Harsiésis, pour que
les deux époux soient brillants dans le ciel, puissants sur la terre
et proclamés justes dans l'enfer
. Sur les tranches, Hak-nefer
et Maut-nefer apparaissent de nouveau, assis devant une
table d'offrandes sur laquelle Neb-nefer, leur fils aîné (celui
qui fait vivre leur nom
), fait, des libations. Quelques parents
du défunt assistent à la cérémonie. (XIXe dynastie.)
101 à 104.— Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur moyenne, 0 97.
  • Profondeur, 0 42.
  • Largeur, 0 42.
Quatre piliers extraits de l'une des chambres du tombeau
d'un nommé Schaï qui exerçait à Thèbes les fonctions de
gardien du trésor du temple des milliers d'années du roi Ramsès II

(c'est le nom de l'un des temples de Thèbes). Le défunt est
représenté sur chacun des monuments, debout et dans l'une
des postures de l'adoration. A côté de lui sont les titres accordés
à certains dieux en présence desquels Schaï est censé
admis. Le nom et la fonction du personnage thébain qui, par
des raisons inconnues, eut son tombeau à Memphis, nous
sont donnés par deux statues trouvées avec les quatre piliers.

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99

IV.
SALLE DU CENTRE.

La Salle du Centre conduit, à gauche, à la Salle de
l'Ouest
; à droite, à la Salle de l'Est.
Aux quatre angles s'élèvent les quatre Cages qui
sont comme un résumé des richesses que possède le
Musée (voy. plus haut, p. 51). Chacune d'elles correspond
à une des quatre divisions principales de
notre catalogue (monuments religieux, monuments
funéraires, monuments civils, monuments historiques),
et renferme un choix fait avec soin parmi les plus
parfaits de ces monuments.
La Cage A et les six armoires disposées sous la
travée de gauche contiennent la collection des monuments
religiux, qui se continue dans la vitrine octogone
du centre.
La Cage P et les six armoires disposées sous la
travée de droite renferment les objets funéraires de
petites dimensions.
La Cage X commence la série des monuments
civils.

100

La Cage Y commence la série des monuments
historiques.
Enfin, en diverses parties de la salle, les vides ont
été remplis par des statues, des vases et des caisses
de momies.
Vu leur nombre considérable, tous les monuments
de la Salle du Centre ne portent pas de
numéros apparents. Nous n'en avons donné qu'à
ceux d'entre eux qui sont décrits dans la présente
Notice.
Cage A. — On y a réuni, aussi complète que possible,
une collection de toutes les divinités qui forment
le panthéon égyptien. De ces divinités, les unes
ont été choisies pour leur rareté, les autres pour le fini
de leur exécution.
Après les explications que j'ai données dans
l'Avant-propos (p. 20), je ne reviens pas sur les traits
généraux de la religion égyptienne. Je ne puis ici
que compléter ce qui précède par quelques détails
propres à faire connaìtre le ròle particulier que
charque divinité a joué dans le ciel égyptien.
105. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 16.
Un très-joli groupe représentant Osiris assisté de ses deux
soeurs, Isis et Nephthys.
Originairement Osiris est le soleil nocturne; il est la nuit
primordiale; il précède la lumière; il est par conséquent
antérieur à Ra, le soleil diurne.
De ce rôle principal découlent une multitude d'allégories
qui se groupent autour d'Osiris, et font de ce personnage un
des types divins les plus curieux à étudier.
La vie de l'homme a été assimilée par les Egyptiens à la
course du soleil au-dessus de nos têtes; le soleil qui se
couche et disparaît à l'horizon occidental est l'image de

sa mort. A peine le moment suprême est-il arrivé, qu'Osiris
s'empare de l'àme qu'il est chargé de conduire à la lumière
éternelle. Osiris, dit-on, était autrefois descendu sur la terre.
Être bon par excellence, il avait adouci les moeurs des
hommes par la persuasion et la bienfaisance. Mais il avait
succombé sous les embûches de Typhon, son frère, le génie
du mal, et pendant que ses deux soeurs, Isis et Nephthys, recueillaient
son corps qui avait été jeté dans le fleuve, le dieu
ressuscitait d'entre les morts et apparaissait à son fils Horus,
qu'il instituait son vengeur. C'est ce sacrifice qu'il avait autrefois
accompli en faveur des hommes qu'Osiris renouvelle
ici en faveur de l'âme dégagée de ses liens terrestres. Non-seulement
il devient son guide, mais il s'identifie à elle, il
l'absorbe en son propre sein. C'est lui alors qui, devenu le
défunt lui-même, se soumet à toutes les épreuves que celui-ci
doit subir avant d'être proclamé juste; c'est lui qui, à chaque
âme qu'il doit sauver, fléchit les gardiens des demeures infernales
et combat les monstres compagnons de la nuit et de
la mort; c'est lui enfin qui, vainqueur des ténèbres avec
l'assistance d'Horus, s'assied au tribunal de la suprême justice
et ouvre à l'âme déclarée pure les portes du séjour éternel.
L'image de la mort aura été empruntée au soleil qui disparaît
à l'horizon du soir; le soleil resplendissant du matin
sera le symbole de cette seconde naissance à une vie qui,
cette fois, ne connaîtra pas la mort.
Osiris est done le principe du bien. «Osiris, dit Plutarque,
aime à faire du bien, et son nom, entre plusieurs acceptions,
exprime, dit-on, une qualité active et bienfaisante.
Le second nom qu'on donne à ce dieu est celui d'Omphis
(Oun-nefer), qui signifie bienfaisant…… Isis, dit encore
Plutarque, a un amour inné pour le bon principe; elle le
désire; elle s'offre à lui pour qu'il la féconde.» Osiris, roi
des enfers, n'est done pas le vengeur des fautes; au contraire,
chargé de sauver les âmes de la mort définitive, il est l'intermédiaire
entre l'homme et Dieu, il est le type et le sauveur
de l'homme.
La division de l'Egypte en nomes ou provinces a pour
base sa division antérieure en districts religieux. Chaque
nome reconnaissait en effet un dieu qui n'était pas le protecteur
des nomes voisins, tandis que chaque ville accueillait
à son tour une divinité à laquelle elle rendait plus
particulièrement ses hommages. C'est ainsi qu'Osiris est,
dés la plus haute antiquité, le dieu local d'Abydos. Osiris
dut pourtant à son caractère propre de ne pas rester cantonné
dans le district qui, à une époque inconnue, lui

avait été assigné. «Tous les Egyptiens, dit Hérodote, n'adorent
pas les mêmes dieux; ils ne rendent tous le même
culte qu'à Osiris et à Isis.» Ce passage est à remarquer
pour sa netteté. Thèbes, Memphis, Eléphantine, reconnaîtront
séparément Ammon, Phtah, Chnouphis, pour les représentants
de l'être invisible, et de nomes en nomes les
dieux égyptiens se succéderont dans une perpétuelle révolution.
Mais Osiris protecteur des âmes sera de la Méditerranée
aux cataractes le dieu de tous les Egyptiens.
106. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 11.
Deuxième groupe de divinités. Cette fois Osiris est assisté
d'Horus et d'Isis. Derrière le dieu est une colonnette surmontée
d'une vipère coiffée de la mitre des régions inférieures.
Une inscription grossière tracée sur le socle nous apprend
que ce petit monument a été consacré par les soins de
Péténet, fils de Pètisis.
107. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 30.
Statuette d'Osiris. Le dieu est coiffé de la mitre des régions
inférieures, flanquée des deux plumes de la Justice et de la
Vérité. Il tient de chaque main le fléau et le crochet, symboles
du gouvernement. Le grand collier dont chaque défunt
devait être revêtu, selon les prescriptions du Rituel, orne son
cou. On remarquera le travail de ce collier, qui est fait de fils
d'or aplatis et enchâssés dans le bronze.
108.— Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 27.
Statuette d'Osiris, du même travail que la précédente, et
ornée comme elle d'un grand collier d'or. Sur le socle est
gravé le nom du dieu. Ces deux monuments se recommendent
par la finesse de leur exécution.

103

109.— Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 17.
L'inscription nomme ce dieu Osiris-Aah (Aah signifie Lune).
Ce nom propre est déterminé par l'ibis, emblème de Thoth.
Notre statuette représente, en effet, un dieu qui participe
à la fois de la nature d'Osiris et de la nature de Thoth.
Thoth, dans son rôle le plus général, est l'écrivain des divines
paroles
, il est le secrétaire des dieux; il personnifie la
sagesse et la raison divines
. Mais Thoth a aussi sa place dans le
mythe d'Osiris. C'est lui alors qui devient le conseiller du
dieu de l'enfer égyptien; c'est lui qui assiste Horus dans son
combat contre Set ou Typhon. Dans ces fonctions, Thoth
porte sur la tête l'image du disque lunaire.
Osiris-Aah est done une forme d'Osiris considéré à la
fois comme le souverainement Bon et le souverainement
Juste.
Ici le dieu est représenté assis sur un siége découpé à jour.
Il a en main le fouet et le crochet. Au centre du disque lunaire
est l'out'a, un des deux yeux mystiques, symboles du
soleil et de la lune.
L'inscription gravée sur le socle rappelle les noms du dieu
et celui du personnage qui fit déposer dans le sable du Sérapéum
le joli monument que nous avons sous les yeux. Ce personnage
s'appelait Pé-té-Beset, fils de Chonsiritis. Il demande
à Osiris une vie saine, forte et durable, une vieillesse heureuse
et longue.
110.— Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 22.
Groupe de trois divinités. Au centre est assis Osiris-Aah
coiffé du disque lunaire, vêtu de la schenti. A ses côtés sont
debout Harpocrate et Nefer-Toum. Une chatte, dans la posture
de l'allaitement (symbole de croissance), est couchée à ses
pieds. Un petit personnage adore le groupe divin.
Les monuments de bronze dont nous nous occupons proviennent
du Sérapéum. Les plus anciens ne remontent pas
au-delà de la XXVIe dynastie.

104

111.— Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 06.
Cette jolie statuette, au modelé si fin, représente Apis sous
sa forme ordinaire.
Apis est le même qu'Osiris: c'est le dieu souverainement
bon, descendant au milieu des hommes, et s'exposant aux
douleurs de cette vie terrestre sous la forme du plus vulgaire
des quadrupèdes.
La mère d'Apis passait pour vierge, même après l'enfantement.
Apis, en effet, n'était pas conçu dans le sein de sa
mère par le contact du mâle. Phtah, la sagesse divine personnifiée,
prenait la forme d'un feu céleste et fécondait la
vache. Apis était ainsi une incarnation d'Osiris par la vertu
de Phtah.
On reconnaissait qu'Osiris s'était manifesté quand, après
une vacance de l'étable de Memphis, il naissait un jeune
veau pourvu de certaines marques sacrées qui devaient être
au nombre de 28. A peine la nouvelle de la manifestation
divine s'était-elle répandue, que de toutes parts on se livrait
à la joie, comme si Osiris lui-même était descendu sur la terre.
Apis était dès lors regardé comme une preuve vivante de la
protection divine.
Quand Apis mourait de sa mort naturelle, il était enseveli
dans les souterrains du temple (le Sérapéum), dont nous
avons retrouvé les ruines à Saqqarah; mais quand la
vieillesse le conduisait jusqu' à l'àge de 28 ans (nombre
d'années qu'avait vécu Osiris), il devait mourir d'une mort
violente.
Selon Manéthon, e'est un roi de la IIe dynastie, Céchoüs,
qui aurait introduit cette curieuse doctrine dans la religion
égyptienne. Nous trouvons, en effet, le nom d'Apis assez
fréquemment cité sur les monuments contemporains des Pyramides.
112 — Memphis.-Saqqarah. Bronze.
  • Hauteur, 0 09.
Apis marchant, soutenu de chaque côté par Isis et Nephthys.
L'identité d'Osiris et d'Apis donne à ce groupe la même
significantion qu'à celui que nous avons déjà décrit (plus haut,
n° 105. Osiris, mis à mort par Typhon, ressuscite par la
vertu des chants de ses deux soeurs, Isis et Nephthys.

105

113. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 17.
Belle image d'Apis. Sur le pourtour du socle est une inscription
en caractères inconnus. Notre statuette a été trouvée
avec l'égide à tête de roi portant les deux cartouches
d'Amasis (voy. Cage Y, 558); nous en connaissons par conséquent
la date (571. — 528 av. J.-C.).
114. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 11.
Autre Apis de beau style. Une grande housse avec dessin
en losanges est étendue sur son dos.
115. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 27.
Belle figure d'Isis dans son rôle de mère. Elle tient sur ses
genoux son fils Horus, nu et coiffé de la tresse de l'enfance.
C'est encore un symbole de la renaissance éternelle promise
aux défunts. Le dieu du mal a été terrassé; Osiris triomphe:
Horus, le dieu qui illumine l'horizon oriental, vient de
naître. L'instant où l'âme va entrer en possession des félicités
suprêmes n'est pas loin. Notre joli groupe, si fréquent
dans les tombeaux, n'est qu'une promesse d'immortalité faite
à l'âme du juste.
116. — Memphis.-Abousyr. Bronze.
  • Hauteur, 0 20.
Autre statuette d'Isis, peut-être plus ancienne que la précédente.
Elle se distingue par l'épaisse chevelure qui couvre
les épaules de la déesse.
117. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine émaillée.
  • Hauteur, 0 11.
Statuette d'Isis couverte d'un bel émail bleu. La déesse
porte pour coiffure l'hiéroglyphe qui sert à écrire son
nom.

106

118. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Marbre gris.
  • Hauteur, 0 18.
Isis est agenouillée. Une petite image d'Osiris est déposée
sur ses genoux. Conformément à la tradition, elle va par
ses chants rendre la vie à son divin époux. A cette résurrection
préside quelquefois la déesse Selk. Aussi le scorpion,
emblème de cette divinité, est-il figuré au milieu de la coiffure
d'Isis.
119. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 16.
Isis, coiffée du disque aux longues cornes de vache, est
debout; sa main droite est relevée vers son sein gauche;
elle s'apprête à allaiter un roi enfant qui se tient devant elle.
Les pharaons se disaient fils du Soleil; celui qui est ici représenté
s'assimile à Horus.
120. — Memphis.-Grandes Pyramides. Porcelaine grise.
  • Hauteur, 0 07.
Un dieu debout. Il a une tête d'épervier; il est coiffé du
psehent complet.
Sous ce type, les Égyptiens ont désigné trois dieux dont
les rôles sont souvent confondus. Le premier est Horus, le
dieu d'Edfou; selon une tradition conservée par Plutarque,
il préside aux révolutions du soleil. Le second est frère
d'Osiris, Horus l'aîné, Haroëris, le même peut-être que le
précédent. Le troisième est l'Horus des monuments funéraires;
il est fils d'Isis et d'Osiris; il assiste celui-ci dans le
jugement; il combat Set, et venge son père. On voit que
l'Horus qui chasse les ténèbres, représentées par Set, peut
à son tour n'être qu'une des faces de l'Horus resplendissant
d'Edfou.
121. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 06.
Autre statuette d'Horus orné des mêmes attributs et dans
la même position que le précédent. Ces deux monuments sont
d'un travail très-fin. Quoique haut à peine de quelques centimètres,
le second, par la justesse de ses proportions, a toute
l'ampleur d'un colosse.

107

122. — Memphis.-Saqqarah. Faïence émaillée.
  • Hauteur, 0 05.
Statuette très-fine représentant Nephthys. Elle porte pour
coiffure le groupe hiéroglyphique qui sert à écrire son nom.
Nephthys était la soeur d'Isis, qu'elle aida à retrouver le corps
de leur frère commun Dans son rôle le plus habituel, elle
accompagne la momie divine, que ses chants ont le pouvoir
de ressusciter.
123. — Memphys.-Myt-Rahyneh. Porcelaine.
  • Hauteur, 0 08.
Ce monument, pour ainsi dire unique, puisqu'on n'en
connaît qu'un semblable au Musée de Leyde, représente le
dieu Set ou Typhon. Set fut le frère et l'adversaire constant
d'Osiris. Il vint au monde non à terme et par la voie ordinaire,
mais en s'élançant par le flanc de sa mère, qu'il déchira.
Dans la mythologie égyptienne, Set est le principe du
mal. Vaincu successivement par Osiris et par Horus, le vengeur
de son père
, il ne succomba pas entièrement, et il continue
à exercer son influence sur le monde.
124. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Serpentine.
  • Hauteur, 0 24.
Déesse monstrueuse. Elle a la tête et le corps de l'hippopotame,
les pattes et les griffes de la lionne. Elle s'appuie de
chaque côté sur un symbole formé d'une sorte de noeud. On
croit y voir le principe de vie, celui qui va pénétrer de nouveau
le défunt quand l'àme viendra rejoindre le corps. Les
hiéroglyphes nomment cette déesse Ap, Ta-Ap-oër (la grande
Ap), ou simplement Ta-oër (la grande), d'où les Grecs
ont fait Thouëris. D'après un renseignement fourni par Plutarque,
Thouëris aurait été la concubine de Typhon. La
fréquence de ses statuettes dans les tombeaux et auprès des
momies laisse supposer qu'elle jouait un rôle plus relevé, en
rapport avec le symbole dont elle est souvent accompagnée.
125. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Terre cuite bleue.
  • Hauteur, 0 09.
Déesse Thouëris. Elle a le corps de l'hippopotame, la tête

et les pattes de la lionne. Elle tient devant elle le noeud
symbolique. On peut recommander ce morceau comme
un excellent échantillon de la sculpture égyptienne.
126. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine émaillée.
  • Hauteur, 0 08.
Déesse Thouëris à tête de lionne, sur le modèle de la précédente.
Elle est remarquable par l'émail de deux couleurs
qui la recouvre.
127. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 22.
L'inscription gravée sur le socle nous apprend que ce monument
a été consacré par un Égyptien nommé Pétosiris.
D'après la même inscripton, le dieu représenté est Horpekhroti
(Horus enfant
), type de l'Harpocrate des Grecs.
Le dieu est nu; il a tous les symboles de l'enfance: la
tresse sur l'oreille droite et le doigt à la bouche, signe qu'on
a pris à tort pour celui du silence. Sa coiffure est compliquée:
elle est formée de trois touffes naissantes de papyrus, surmontées
de trois disques solaires.
Harpocrate est le soleil jeune, c'est-à-dire à l'horizon
oriental. Le symbolisme de cette figure se laisse facilement
pénétrer: les ténèbres sont vaincues; le défunt a satisfait à
toutes les prescriptions du Rituel; il entre dans la vie éternelle.
C'est un nouvel exemple qui s'ajoute à ceux que nous
avons énumérés, et qui prouve que l'immortalité de l'âme
est au fond de toutes les doctrines égyptiennes, immortalité
en quelque sorte facultative, puisque l'homme, par sa conduite
sur la terre, pouvait la gagner ou la perdre. On
sait, en effet, que l'anéantissement définitif, au milieu des
tourments d'un véritable enfer, était la peine réservée aux
réprouvés.
128. — …… (provient d'achat.) Porcelaine émaillée bleue.
  • Hauteur, 0 03.
Jolie figurine d'Harpocrate. L'émail est à fond bleu avec
ornements jaunes.

109

129. — Tanis.-Sân. Porcelaine émaillée verte.
  • Hauteur, 0 03.
Jolie figurine d'Harpocrate. Travail très-fin.
130. — Memphis.-Grandes Pyramides. Porcel. émaillée grise.
  • Hauteur, 0 05.
Joli groupe de trois divinités. Isis et Nephthys conduisent
par la main le jeune Horus ou Harpocrate. Les explications
que je viens de donner sur notre bel Harpocrate de bronze me
dispensent de tout détail sur la signification de ce groupe.
(Voy. plus haut, n° 127.)
131. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 17.
Anubis. Ce dieu est le gardien des tombeaux; il a le chacal
pour emblème. Il avait assisté Isis dans la recherche du corps
d'Osiris, et c'est encore lui que nous retrouvons, dans le
Rituel, veillant sur les momies; aussi voit-on son image fréquemment
répétée sur les monuments funéraires.
Les ornements d'or pâle qui couvrent cette jolie statuette
méritent d'être étudiés. Les lignes droites qui enrichissent la
coiffure et la schenti ont été sans doute obtenues par le procédé
dont j'ai déjà donné une idée à propos de la statuette
d'Osiris (plus haut, n° 107): des fils d'or aplatis au marteau,
puis polis, ont été introduits dans des sillons correspondants,
préalablement tracés dans le bronze au moyen d'un burin
très-vif. Mais les hiéroglyphes de la base semblent dénoter
un véritable damasquinage. Le dédicateur du monument
s'appelle Out'a-Hor.
132. — Memphis.-Grandes Pyramides. Bronze.
  • Hauteur, 0 13.
Têle d'Anubis. Elle a dû servir de couvercle à un vase;
peut-être encore surmontait-elle une statue dont le corps
était fait d'une autre matière. OEuvre d'art remarquable.

110

133. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Faïence grise.
  • Hauteur, 0 12.
Statuette du dieu Thoth, à corps d'homme, à tête d'ibis.
Dans son rôle général, Thoth est le secrétaire des dieux, le
révélateur des sciences; il est la raison divine, celle qui coordonne
et non pas celle qui erée.
Comme Horus, Thoth a une part dans le mythe osiriaque
Dans le grand combat contre Set, il saisit le dieu du mal et
aide à son émasculation. C'est lui aussi qui est présent à la
scène du jugement de l'àme. Horus pèse dans une grande
balance les bonnes et les mauvaises actions du défunt; Thoth
les enregistre. On voit par là qu'il conserve auprès d'Osiris
une partie de son rôle de dieu des régions supérieures. Il
calcule, il compte, il pondère; aussi lui donne-t-on pour symbole
le cynocéphale, qui lui-même est un des symboles de
l'équinoxe. Quelquefois encore il tient entre les mains l'out'a
(oeil mystique d'Horus), emblème qui se rapporte au même
ordre d'idées.
134. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 07.
Cynocéphale accroupi, coiffé du disque lunaire; c'est l'emblème
vivant de Thoth. Comme lui il est le seigneur de
l'écriture, de la musique, de la science. On le prend plus
ordinairement pour un symbole de station. Par rapport au
soleil, il sera l'équinoxe; par rapport à la lune, il sera cet
astre dans son plein.
135. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 19.
Autre figure de Thoth. Celle-ci est à face humaine; le dieu
porte sur la tête la couronne lunaire, formée du disque plein
et du croissant. Cette couronne est surmontée du diadème
nommé Atef.
136. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 16.
Autre figure de Thoth. Même coiffure; seulement, au-des-sus
du disque lunaire, le dieu porte une tête d'ibis, animal
qui lui était consacré.

111

Le nom propre est heureusement écrit sur le socle. Il se lit
cetté fois Pi-enti-nefer nehem (celui qui est le bon sauveur).
137. — Memphis.-Saqqarah. (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 22.
Dieu debout. Il a la tresse et le corps d'Harpocrate; mais
il est coiffé de la haute couronne qu'on pose habituellement
sur la tête de Thoth. Le bronze que l'on a sous les yeux re-présente
une de ces divinités hybrides dont il est difficile
d'indiquer le rôle.
138. — Memphis.-Saqqarah. (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 20.
Autre dieu, d'un travail beaucoup plus fin. Le corps est
nu, les poignets et les chevilles sont ornés de bracelets; une
amulette est suspendue au cou par un fil, l'index de la main
droite est relevé vers la bouche. La tresse couvre l'oreille.
La perruque ronde à courts tuyaux supporte le diadème Atef.
Il a deux uroeus sur le front.
Le nom propre de ce dieu est gravé sur le socle. Il se lit
Pi-nefer-nehem (Le bon sauveur). La fin de la légende indique
que le dédicateur du monument fut Psammétichus-Senb, fils
d'Ankh-Ouaphrés. Nous sommes par là transportés vers le
milieu de la XXVIe dynastie.
139. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 16.
Un dieu est assis, tenant un sceptre recourbé. Il a la longue
barbe, la perruque ronde, le diadème Atef. Deux beaux
lions, symboles de lumière, forment les bras de son trône.
Le dossier est composé des deux déesses Isis et Nephthys,
étendant les ailes en signe d'incubation. Pour compléter tous
ces emblèmes de rajeunissement, on a disposé à la partie
postérieure du trône trois tiges de lotus épanouies.
140. — Memphis.-Saqqarah. Schiste émaillé vert.
  • Hauteur moyenne, 0 05.
Cinq découpures, destinées à être attachées à des bandelettes
de momie. Elles sont de même travail et représentent
les dieux Anubis, Osiris, Phtah-Sokaris, Horus et la déesse
Isis.

112

141. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur moyenne, 0 06.
Les quatre génies des morts. La résurrection de la chair
est un des dogmes admis par la religion égyptienne. L'homme
juste redeviendra lui-même dans l'autre monde; son âme
habitera de nouveau son corps.
Pendant l'embaumement, quelques parties de l'intérieur
du corps étaient miscs à part. Quartre génies veillaient à
leur conservation. Ce sont les quatre figures dont nous nous
occupons. Le premier est Amset: il est à tête humaine;
le second est Hapi, à tête de cynoeéphale; le troisième
Tiau-maut-ef, à tête d'épervier; le quatrième Kebeh-sennouf,
à tête de chacal. Avec les vases dits Canopes nous retrouvons
ces quatre gardiens du germe vital. (Voyez Salle du Centre,
383.)
142. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 31.
Belle statuette d'Ammon. Ammon est le dieu principal de
Thèbes; avec Maut et Chons il forme la trinité adorée dans
cette capitale de l'Egypte.
Ammon veut dire le caché. J'ai expliqué plus haut son rôle
dans la cosmogonie égyptienne (voyez Avant-Propos, p. 21).
Il symbolise cette force d'expansion qui est une des propriétés
de la nature.
Associé à Ra, il désigne plus spécialement l'épanouissement
de toutes choses sous l'influence de le chaleur solaire.
Les Egyptiens ont énergiquement résumé son rôle en le représentant
ithyphallique.
143. — Thèbes.-Medinet-Abou. Bronze.
  • Hauteur, 0 18.
Autre statuette d'Ammon, remarquable par la finesse de
ses formes.
144. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 14.
Déesse Maut, c'est-à-dire mère. C'est la seconde personne
de la triade de Thèbes. Elle joue, par rapport à Ammon,
le rôle de récipient. Ammon s'engendre lui-même dans son
sein. Ce détour mystique pour exprimer l'éternité est résumé
dans le titre célèbre: Ammon-Ra, mari de sa mère.

113

145. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 07.
Déesse Maut. Une épaisse perruque couvre la tête et descend
presque sur les seins.
146. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 09.
Autre figurine de Maut. Elle a en tête le pschent complet,
sa coiffure habituelle; mais elle est dans la posture d'Isis
allaitant Houus. Isis et Maut sont d'ailleurs toutes deux des
mères divines, et leurs rôles peuvent être confondus.
147. — Eléphantine.-Geziret-Assouan. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 04.
Statuette du dieu Chons. Dans toutes les triades, le dieu
principal s'y donne la naissance à lui-même. Considéré
comme père, il reste le grand dieu adoré dans le temple;
considéré comme fils, il devient, par une sorte de dédoublement,
le troisième personnage de la triade. Mais le père et le
fils n'en sont pas moins le dieu un, tout en étant double.
Le premier est le dieu éternel; le second n'est qu'un symbole
vivant destiné à affirmer l'éternité de l'autre (voyez Avant-Propos,
p. 22). De la réunion de ces dieux incréés, le prêtre,
habitué à planer de haut sur tous les cultes locaux, faisait le
dieu un, se manifestant par ses puissances.
148. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine grise.
  • Hauteur, 0 05.
Dieu Chnouphis (Noum), le dieu de la cataracte. Son
nom est analogue à l'hébreu nouf, couler, au copte et à
l'arabe nef, souffle, esprit; son symbole est le bélier, dont la
signification, révélée par Horapollon, est celle d'esprit ou
d'âme.
Dans la cosmogonie égyptienne, Chnouphis est le premier
des démiurges. A Philae, il est appelé celui qui fait tout ce
qu'il y a, le créateur des êtres, le premier existant, celui qui fait
exister tout ce qui existe, le père des pères, la mère des mères.

Quelques papyrus nous le montrent naviguant sur le liquide
primordial. L'Esprit égyptien ainsi porté sur les eaux et an-térieur

à toute création rappelle l'Esprit de la Genèse: «La
terre était informe et toute nue; les ténèbres couvraient
la face de l'abîme, et l'Esprit de Dieu était porté sur les
eaux. »
149. — …… (Provient d'achat). Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 07.
Jolie statuette du dieu Phtah.
Les Grecs ont assimilé Phtah à leur Vulcain. Phtah est, en
effet, la seconde des intelligences démiurgiques. Il est le Seigneur
de la Sagesse,
celui, comme dit Jamblique, qui accomplit
toutes choses avec art et vérité
. Mais en même temps il est
Le père des commencements, le créateur de l'oeuf du Soleil et de la
Lune, celui qui a suspendu la voûte du ciel.
Phtah est donc la
sagesse divine distribuant les astres dans l'immensité.
Les traditions hébraïques ont fait de même la sagesse de
Dieu contemporaine de la création des astres. «Le Seigneur,
dit la Sagesse, m'a possédée au commencement de ses
voies; avant qu'il créât aucune chose, j'étais dès lors……
Lorsque le Seigneur préparait les cieux, j'étais présente……
Lorsqu'il environnait les abîmes de leurs bornes…, j'étais
avec lui et je réglais toutes choses.» (Prov., VIII.)
150.Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcel. émaillée verte.
  • Hauteur, 0 03.
Statuette représentant un nain difforme, nu, les jambes
torses, le ventre gonflé. Il est debout sur deux crocodiles; un
scarabée est posé sur sa tête. C'est Phtah embryon.
Phtah est le créateur des astres. Par lui a été déposé dans
le sein de la matière, inerte jusqu'alors, le germe qui l'oblige
à se renouveler sans cesse. Plus spécialement considéré dans
cette fonction active, Phtah est le dieu que les numéros précédents
nous ont montré. Mais ici Phtah revêt la forme embryonnaire,
et son rôle est devenu passif. Cause et effet tout
à la fois, il est le rudiment du monde visible, comme il en est
l'auteur. La force créatrice a été tirée de son propre sein, où
elle reposait à l'état de germe latent. C'est ce germe, d'où
vont sortir le soleil et les étoiles, qui est ici représenté.
Le scarabée que le dieu porte sur la tête indique la création,

les crocodiles sous ses pieds sont les symboles des ténèbres
vaincues.
Hérodote compare Phtah embryon à la fois à un pygmée
et à certaines figures, nommées Patèques, que l'on mettait à
la proue des vaisseaux phéniciens. De là le nom de Phtah-Patèque
sous lequel nos statuettes sont ordinairement distinguées.
151. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcel. émaillée verte.
  • Hauteur, 0 05.
Une autre semblable.
152. — …… (Provient d'achat). Porcelaine émaillée brune.
  • Hauteur, 0 06.
Une autre statuette de Phtah embryon. Le dieu a tonjours
le scarahée sur la tête et les crocodiles sous les pieds; mais
la déesse Pascht, la grande amante de Phtah, est debout derrière
lui et le couvre de ses ailes étendues Cette posture symbolise
la mystérieuse incubation qui va faire éclore le divin
produit.
153-154. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine bleue.
  • Hauteur, 0 03.
Deux statuettes de Phtath embyon. Derrière le dieu est
debout Nefer-Toum; à ses côtés se tiennent Pascht et
Neith. Le sens de ces allégories n'a pas encore été bien précisé.
155. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine bleue.
  • Hauteur, 0 07.
Quelquefois les figures de Phtah-Patèque se compliquent
singulièrement. Le dieu a toujours le scarabée sur la tête et
les crocodiles sous les pieds; mais deux éperviers, symboles
de lumière, sont perchés sur ses épaules. Isis est derrière lui,
étendant ses ailes dans la posture de l'incubation. Deux autres
déesses, soit Pascht et Neith, soit Isis ou Nephthys et Selk,
sont debout à ses flancs. Evidemment Phtah s'est ici transformé;
le divin embryon est devenu l'Osiris purifié, prêt à
paraître à la vie nouvelle promise aux justes. La face de

Phtah, nommée Phtah-Sokar-Osiris, ne doit pas être étrangère
à cette nouvelle allégorie. Les petits monuments du genre de
celui dont nous nous occupons sont donc funéraires; aussi les
trouve-t-on en nombre considérable dans les tombeaux.
156.— Memphis.-Grandes Pyramides. Porcelaine brune.
  • Hauteur, 0 03.
Figurines du dieu Phtah-Patèque. Comme Harpocrate, le
dieu a la tresse sur l'oreille droite et le doigt à la bouche. Ce
sont toujours des symboles non de jeunesse, mais de rajeunissement.
157. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 21.
Beau bronze représentant Pascht debout, les bras collés
au corps. Elle est coiffée du disque solaire.
Les fonctions de Pascht, comme déesse des régions supérieures,
sont assez difficiles à préciser. Tantôt lionne, tantôt
chatte, elle semble, sous les deux noms de Pascht et Beset,
personnifier deux natures: comme Pascht, elle est semblable
à Set, elle détruit; comme Beset, elle rapproche, elle réunit.
Il est assez curieux que, sous sous nom de Pascht, elle soit
constamment appelée la grande amante de Phtah. La force
dissolvante de la nature se rapproche ainsi de la force créatrice;
de leur contact naìt l'embryon, d'où est sorti le
monde visible. Cette constante dualité, dont la religion égyptienne
est, an quelque sorte, tout imprégnée, se révèle là une
fois de plus.
Pascht est aussi une des divinités qui marchent à la suite
d'Osiris. Comme telle, elle cache l'impureté, elle efface les
souillures; elle est aussi chargée du châtiment des coupables.
Ses statues de granit décorent très-souvent les portes
principales des temples. Cette disposition se relie sans aucun
doute aux idées qui s'attachent au rôle de Pascht et à
la pureté légale requise de ceux qui pénètrent dans le lieu
saint.
158. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 18.
Autre statuette de Pascht. La déesse est assise; elle tient
le sceptre de la main gauche.

117

159-160.— Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcelaine verte et bronze.
  • Hauteur, 0 12.
Deux statuettes de Pascht. La déesse porte sur la tête
l'uroeus dressé; elle tient dans la main l'oeil mystique d'Horus,
qui peut être pris ici comme symbole du renouvellement
de l'être.
161. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcel. verte.
  • Hauteur, 0 12.
Pascht debout. Elle écrase deux petits personnages êtendus
sous ses pieds: c'est la Pascht qui détruit. Les figurines qui
portent l'ut'a représentent au contraire Beset, la Pascht qui
rassemble.
162. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 18.
Statuette représentant une déesse debout, à tête de chatte.
L'agencement des lignes qui forment l'ornement dont sa
robe collante est couverte semble accuser un type d'origine
étrangère. La déesse tient dans la main gauche le demibouclier
surmonté de la tête de Pascht qu'on appelle égide.
Notre statuette n'a pas d'inscription; mais les légendes gradvées
sur d'autres monuments du même modéle nous apprennent
qu'elle représente Beset. Beset est, comme on sait, la
déesse éponyme de Bubastis.
163. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 18.
Dieu I-m-hotep, appelé Imouthès par les Grecs. On remarquera
la beauté de ce bronze.
Le dieu a la tête nue; il est vêtu de la longue chemise,
il a des sandales aux pieds. Un papyrus, qui porte son nom
et celui du dédicateur du monument, est déroulé sur ses genoux.
Avec Phtah et Pascht, Imouthès complète la triade de
Memphis. Les inscriptions l'appellent le fils aîné de Phtah.
Le rouleau qu'il lit semblerait le rapprocher de Thoth et
faire de lui le dieu des sciences. Le papyrus, emblème des
lois qui règlent la marche du monde, peut cependant n'être

pas sans rapport avec la Sagesse créatrice, représentée par
Phtah.
M. de Rougé a remarqué le premier que, dans les triades,
le dieu fils joue toujours un rôle qui le rapproche de l'humanité.
Chons, à Thèbes, pratique l'exorcisme, il chasse les
démons; à Memphis, Imouthès est assimilé par les Grecs à
leur Esculape.
164. — Memphis.-Grandes Pyramides. Porcelaine grise.
  • Heuteur, 0 06.
Ra, ou quelquefois Horus. C'est le dieu solaire par excellence.
Il est coiffé du disque.
Ra est une autre des intelligences démiurgiques. Phtah
avait créé le soleil; le soleil à son tour est le créateur des
êtres, animaux et hommes
. Il est à l'hémisphère supérieur
ce qu'Osiris est à l'hémisphère inférieur. A Memphis, Osiris
s'incarne dans Apis; Ra s'incarne, à Héliopolis, dans Mnévis.
L'Egypte a eu un vrai culte pour ses rois; elle les appelait
dieux bien faisants et les regardait comme fils du Soleil.
165. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine grise.
  • Hauteur, 0 06.
Une autre figurine de Ra.
166. — …… (Provient d'achat). Bois.
  • Hauteur, 0 07.
Une autre figurine de Ra, remarquable par la largeur du
travail.
167. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 29.
Belle statuette représentant la déesse Hathor. Son nom signifiait
l'habitation d'Horus. Les Grecs l'ont assimilée à
Vénus. Dans l'état actuel de nos connaissances, on ne saurait
dire avec une suffisante précision quelles étaient ses fonctions
dans le ciel égyptien. Peut-être était-elle à Ra ce que Maut
est à Ammon, le récipient où le dieu s'engendre lui-même
pour l'éternité.
Hathor, principalement sous sa forme de vache ou de

femme à tête de vache, avait un certain rôle à remplir dans
le mythe d'Osiris. C'est elle qui est particulièrement chargée
d'accueillir lamomie à son arrivée dans la montagne de
l'Occident (l'Amenti).
168. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine grise.
  • Hauteur, 0 08.
Figurine d'Hathor. Saête de femme est surmontée du
disque et des cornes de vache, attribus ordinaries d'Isis.
Hathor et Isis sont, en effet, très-souvent confondues.
169. — Tanis.-Sân. Bois doré.
  • Hauteur, 0 08.
Figurine représentant le dieu Nefer-Toum. Il est debout,
coiffé de la fleur de lotus épanouie, du milieu de laquelle
s'élancent deux longues tiges droites. Quelquefois le dieu
pose les pieds sur le dos d'un lion couché, et il tient le glaive
(khopesch) de la main droit.
Nefer-Toum est fils de Beset. Debout sur le lion, symbole
de lumière, peut-être personnifie-t-il l'irradiation solaire.
Dans son rôle infernal, il est un de ceux qui écartent les ennemis
d'Osiris.
170 à 173. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine.
  • Hauteur moyenne, 0 03.
Les inscriptions hiéroglyphiques nomment ce dieu Schou.
C'est lui qui supporte la voûte des cieux; il est le fils du
Soleil. Les monuments le représentent un genou en terre,
soutenant de ses deux bras levés le disque solaire posé sur sa
tête. Quelques-unes de ces statuettes sont des chefs-d'oeuvre
qu'on ne saurait trop admirer.
174. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 22.
Month, ou plutôt Mentou, Mentou-Ra (d'où les Grecs ont
fait Mandoulis), est un dieu qui, probablement, personnifie le
soleil au zénith, c'est-à-dire au moment de sa plus grande
irradiation. Il est presque toujours représenté hiéracocé-phale;

deux longues plumes, comme celles d'Ammon, s'élèvent
sur sa tête.
Mentou est assimilé à Mars. En effet, c'est à lui que les
récits de batailles comparent les rois s'élançant au milieu des
ennemis. Alors Sa Majesté à la vie saine et forte, dit l'auteur
du poème composé en l'honneur des victories de Ramsès II,
se levant comme le dieu Month, prit la parure des combats.
Par exception, le dieu tient ici de la main droite un glaive
recourbé, curieusement travaillé; deux petites cornes arment
sont fornt; sa coiffure compliquée; formée de trois bouquets
de papyrus, est celle qu'on pose le plus souvent sur la tête
des dieux enfants.
Cette statuette est aussi rare que parfaite d'exécution. Il est
étonnant qu'appelés à modeler des figures composées d'éléments
si hétéroclites, les artistes égyptiens soient parvenus
à faire un ensemble qui, avec toutes les chances de tomber
dans le grotesque, est, au contraire, empreint d'une véritable
grandeur.
175. — …… (Provient d'achat). Pâte bleu foncé.
  • Hauteur, 0 06.
Ma, déesse de la justice. Par une filiation d'idées tout à
l'avantage de la philosophie égyptienne, Ma signifie à la fois
justice et vérité. La plume symbolique que la déesse porte sur
la tête est ajoutée.
176. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). (Bronze).
  • Hauteur, 0 18.
Un personage debout, la tête rasée. Le bras droit est
étendu; le bras gauche soutient une petite figurine d'Osiris.
L'inscription fruste du socle ne laisse pas lire le nom de ce
dévot au dieu de l'hémisphère inférieur.
177. — Memphis.-Saqqarah Lapis-Lazuli.
  • Hauteur, 0 04.
Déesse Neith. Les Grecs l'ont assimilée à Minerve; son
culte principal était à Saïs. Dans les inscriptions hiérogly-phiques,
elle est nommée la grande mère, celle qui a enfanté le
Soleil
. «Je suis ce qui est, ce quisera et ce qui a été, dit l'inscription

» de Neith à Saïs rapportée par Plutarque; personne
n'a relevé ma tunique, et le fruit que j'ai enfanté est
le soleil.» L'attribut essentiel des mères divines dans la
théogonie égyptienne ressort ici avec évidence. Le soleil
s'enfante lui-même dans le sein de Neith. Il est enfanté, non
engendré; par conséquent il n'y a pas de contact du màle, et
Neith reste vierge.
Dans son rôle funéraire, Neith est une des quatre déesses
protectrices des ontrailles, qu'on enfermait dans les vases
dits canopes.
178. — …… (Provient d'achat). Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 08.
Neith. Elle allaite deux petits crocodiles. Il s'agit peutêtre
ici des ténèbres d'où la mère a fait sortir son divin fils,
le Soleil.
179. — Memphis.-Saqqarah. Lapis-Lazuli.
  • Hauteur, 0 02.
Un vautour. Les Egyptiens croyaient que tous les vautours
sont femelles, et ils ont fait de cet animal le symbole de la
maternité. La virginité de la mère est implicitement continue
dans cette allégorie. Le fils qu'elle produit est enfanté et non
engendré
, selon l'expression des textes.
180. — Memphis.-Saqqarah. (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur. 0 15.
Statuette très-rare. Elle représente une déesse à tête de
vautour, coiffée de la couronne Atef; c'est la déesse Souvan.
Souvan est la mère par excellence; aussi les Grecs l'ontils
assimilée à Lucine, déesse des accouchements.
Dans les bas-reliefs, elle figure constamment comme
déesse du Midi, en opposition avec Ouat'i, déesse du Nord.
M. De Rougé fait de cette dernière le solstice d'hiver. Si cette
conjecture se vérifie, Souvan repésenterait le solstice d'été,
c'est-à-dire l'endroit du ciel oú le soleil a pris naissance et
oú l'année a commencé.
Sous sa forme de vautour Souvan tient souvent entre ses
serres les deux grandes palmes de victoire. On la voit également
planer sur les scènes de batailles et accompagner les

rois victorieux. Le solstice d'été est, en effet, le jour du plus
grand triomphe du Soleil contre ses ennemis; à partir de cet,
instant il va toujours décroître.
181. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 16.
Dieu inconnu, à deux faces, l'une antérieure à tête d'épervier,
l'autre postérieure à tê de bélier: par devant Phré,
par derrière Chnouphis. Il est coiffé du diadème Atef. Pas
de légende qui explique cette singulière forme.
182. — …… (Provient d'achat). Bronze.
  • Hauteur, 0 15.
Déesse inconnue. Elle est assise et coiffée de la couronne
d'Isis surmontée du lépidote (le benni du Nil). Un personnage,
nommé Améniritis, fils de Harsiésis, est à genoux
devant elle.
Son nom est gravé sur le socle; il se lit Meh ou Mehet.
Une autre déesse, coiffée du silure (le poisson bayad du Nil)
s'appelle Hat-mehit. Je ne sais si ces deux divinités doivent
être confondues.
183. — …… (Provient d'achat). Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 08.
Déesse debout, coiffée de la grande perruque comme Maut.
Sur sa tête est le poisson silure. Les inscriptions hiéroglyphiques
l'appellent Hat-mehit, dame de Tattou. (Voy. le numéro
précédent.)
184. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 14.
Bout de sceptre. Au sommet une déesse est assise sur un
toône. Elle porte pour coiffure le poisson oxyrhynchus, qui
paraît monté sur un bâton d'enseigne. Notre déesse serait
alors la personnification du nome oxyrhynchite.

123

185. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 18.
Beau bronze représentant un dieu assis, coiffé du diadème
Atef. Il a pour tête la couleuvre. L'inscription le nomme Ka.
C'est le dieu de la matière.
186. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 05.
Jolie statuette représentant une déesse debout. Elle a pour
coiffure le petit naos qui surmonte les chapiteaux de colonnes
dans les temples dédiés à Hathor. Les inscriptions
l'appellent Nehem-aou, dame d'Hermopolis Quelquefois une
touffe de lotus épanouie s'échappe de sa coiffure. La déesse
est alors plus particulièrement considérée comme une forme
d'Hathor, dont elle prend le nom.
187. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 22.
Dieu debout, à corps humain, à tête d'Apis, coiffé comme
lui du disque lunaire, portant comme lui sur le front le triangle
sacré. Ses bras sont levés pour manoeuvrer la perche ou
la lance qu'il tenait des deux mains. Ce geste et les attributs
dont ce dieu est revêtu feraient prendre au premier abord
notre statuette pour une image de la planète Saturne. Mais
l'inscription du socle nous apprend qu'on a aussi représenté
une divinité encore inconnue qui s'appelle Tet-ka-em-tat.
(Thoth, taureau dans le tat).
188. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Porcelaine bleue.
  • Hauteur, 0 05.
Figure monstrueuse qui représente le dieu nommé Bes.
Le culte de Bes parait être une importation asiatique.
Quelquefois le dieu est armé d'une épée qu'il brandit audessus
de sa tête; à son bras gauche est attaché un bouclier
ovale; dans ce rôle, il semble le dieu des combats. Plus
souvent, c'est le dieu de la danse, de la musique, des plaisirs.
On le trouve alors représenté sur la plupart des objets
à l'usage des femmes, sur les chevets, sur les manches de
miroirs, etc.

124

189. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Porcelaine bleue.
  • Hauteur, 0 03.
Figurine de Bes. Le dieu est accroupi.
190. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine bleue.
  • Hauteur, 0 05.
Figurine de Bes. Le dieu joue avec un animal qui semble
être un chien.
191. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 28.
Un ichneumon debout, les bras levés. Les doctrines égyptiennes
sur le dieu qui s'engendre lui-même se font encore
ici jour. «L'ichneumon, dit Elien, est mâle et femelle; par
un don de la nature, il est à la fois mère et père.» Synésius,
parlant de l'Esprit infini, dira presque dans les mêmes
termes: Tu es le père et tu es la mère, tu es le mâle et tu es la
femelle
. On voit par ces seules citations à quel ordre d'idées
appartiennent les croyances qui ont fait ranger l'ichneumon
parmi les animaux sacrés.
192. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 30.
Beau bronze représentant un des esprits de la terre dans la
pose de l'adorationnommée Hen. La main gauche est appuyée
sur la poitrine, le bras droit est levé au-dessus de la
tête. L'adoration s'adresse au soleil.
193. — Abydos-Harabat-el-Madfouneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 06.
Dieu à tète de lion. Il se nomme Hobs. Son rôle est inconnu.
194. — Memphis.-Abousyr. Bois.
  • Hauteur, 0 03.
Petite boîte en forme d'obélisque. A l'ouverture, on y a
trouvé une figurine délicatement découpée, représentant un
singe cynocéphale debout, tirant de l'are.

125

195. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine grise.
  • Hauteur, 0 11.
Dieu panthée. Ces figures empruntent les éléments qui les
composent à la plupart des divinités du ciel égyptien,
quoique le plus souvent elles paraissent vouloir désigner la
force créatrice.
Armoire B. — Cette armoire et les trois suivantes
contiennent les dieux en rapport avec le
myth d'Osiris.
196-197. — Thèbes.-Medinet-Abou. Bronze.
  • Hauteur, 0 30 et 0 42.
Deux magnifiques bronzes représentant Osiris. Une grosse
pierre, évidemment scellée après coup dans le dallage de
l'une des chambres de Medinet-Abou, nous laissa supposer
que cette pierre pouvait bien, selon un usage assez fréquent,
couvrir quelque cavité destinée à servir soit de sépulture à
un mort, soit de lieu de dépôt à des statuettes divines. Cette
dernière conjecture fut trouvée juste. En effet, la pierre levée
laissa voir un amas d'environ un millier de bronzes; tous
représentaient Osiris, tous étaient sans pieds. L'oxydation
avait ruiné la plupart d'entre eux. Nous parvînmes cependant
à en sauver quelques-uns au profit du Musée. Les
s 196 et 197 sont de ce nombre. Les figures sont du reste
d'une finesse remarquable et accusent une bonne époque,
peut-être la XXe dynastie. Les couleurs qui rehaussent la
barbe et le front sont obtenues par des plaquettes de lapis et
de pâte rouge vif enchâssées dans le bronze. (Voy., pour le
dogme d'Osiris, Salle du Centre, n° 105.)
198-199. — Memphis-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Serpentine
grise
  • Hauteur, 0 45 et 0 34.
Deux autres statues d'Osiris appartenant, comme tous
les bronzes du Sérapéum, à la période qui s'étend de Pasammétichus
Ier aux Ptolémées. Le n° 198 porte sur l'obélisque

qui lui sert de dossier cette inscription: Hor…ap teti (nom
d'enseigne), le chef de la grande demeure, le roi Osiris; son
véritable nom est Oun-nefer; son père est Seb; sa mère est Nout;
son pays est T'am
(la Thébaïde, et peut-être par extension
l'Egypte). (Voy. Salle du Centre, 105.)
200 à 206. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
Sept Apis. (Voy. Salle du Centre, 111)
207. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 19.
Bel Apis sous sa forme d'homme à tête de taureau. (Voyez
Salle du Centre, 111.)
208-209. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Serpentine
grise.
  • Hauteur, 0 11 et 0 14.
Deux Apis. Le n° 208 a devant lui une table d'offrandes
sur laquelle sont déposées des victuailles. Nous avons dit
plus haut (Salle du Centre, 111) qu'Apis était reconnu à certaines
marques réputées sacrées. Les unes provenaient de la
couleur de la robe. Le taureau devait porter sur le front une
marque triangulaire blanchâtre (voy. le bronze de la même
armoire, n° 200); un grand croissant devait se dessiner sur
le flane (voy. les stèles de la même armoire). Les autres
étaient des épis. Dans la réunion d'un certain nombre de ces
épis, les prêtres initiés savaient démêler les contours d'un
aigle, d'un scarabée, etc., à peu près comme les astronomes
tracent autour des átoiles des lignes imaginaires qui créent
dans les cieux une ourse, une lyre, une balance. Nos deux
Apis sont un bon exemple de la disposition de ces emblèmes
sacrés. Sur le dos est un grand scarabée ailé. Sur la nuque
et la croupe sont deux vautours, les ailes éployées. Ces marques
sont celles que les monuments offrent le plus souvent.
Comme je l'ai dit, elles devaient être au nombre de 28.
Quand, après la mort d'un Apis, le hasard faisait naître un
veau pourvu de ces 28 signes, on disait qu'Osiris était descendu
sur la terre. (Voy. Salle du Centre, 111.)

127

210 à 218. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Calcaire.
  • Hauteur moyenne, 0 18.
Neuf petites stèles. Deux d'entre elles sont en écriture
hiératique.
Pausanias s'exprime ainsi: «Le plus ancien des temples
de Sérapis est à Memphis. Pour celui-ci, il n'est pas permis
aux étrangers d'y entrer, et ses propres prêtres n'ont ce
droit qu'après avoir inhumé Apis. »
Ce renseignement est l'écho, légèrement altéré, de la tradition
égyptienne. Ce n'est pas le Sérapéum qui était fermé
aux étrangers, mais seulement les souterrains de ce temple,
c'est-à-dire la tombe d'Apis; d'un autre côté, tout le monde
y pénérait, non pas après avoir inhumé Apis, mais pendant
les 70 jours que duraient les funérailles.
A ce moment, la tombe divine était ouverte à la piété des
adorateurs du dieu. Ceux-ci avaient alors l'habitude de consacrer
le souvenir de leur visite par une stèle qui était encastrée
dans l'une des parois des souterrains. C'est à cet
usage que nous devons les neuf petits monuments dont nous
nous occupons. Le visiteur y inscrit son nom, celui de son
père, de sa mère, précédés d'une courte formule d'invocation
à Apis.
219 à 221. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 25.
Trois statuettes. Elles représentent Osiris sous la forme du
Nefer-hotep, nom propre signifiant le bon repos. Le dieu
marche; il est svelte et élancé; la perruque ronde, surmontée
du pschent complet, couvre sa tête. (Voy. Salle du
Centre
, 105.)
222. — Tanis.-Sân. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 02.
Lièvre à grandes oreilles. On ne trouve cet emblème que
dans les tombes. C'est un hiéroglyphe qui exprime le mot
oun, être; peut-être aussi n'est-il que la première partie de
nom si connu d'Osiris, Oun-nefer, l'ètre bon, le bienfaisant.

128

Armoire C. — Cette armoire contient la suite des
dieux osiriaques.
223. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 42.
Petite chapelle en forme de stèle. Au fond de la niche,
qui se fermait par un double volet, image d'Osiris debout.
Dans le cintre de la façade, deux cynocéphales adorent le
soleil levant, représenté par un disque rouge sur lequel se
détache le scarabée, symbole de résurrection. De chanque
eôté, prière à Osiris pour le personnage dans le tombeau
duquel ce joli monument a été trouvé.
224. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Calcaire.
  • Hauteur, 0 38.
Statue d'Osiris. Le dieu est assis. A ses pieds sont deux
petites tables d'offrandes. Devant chacune d'elles un personnage
(mutilé) est agenouillé. Les inscriptions nous apprennent
que les dédicateurs de ce monument sont Ahmès et
sa soeur. Sur le dos du siége, formules des stèles funéraires
commençant par: Adoration à Osiris, qui réside dans l'Amenti,
etc. (XIXe dynastie.)
225. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 40.
Osiris-Aah. Le corps est en gaîne La tête est surmontée
du disque lunaire compliqué de la tête d'ibis et de la couronne
à triple touffe de papyrus. (Voy. Salle du Centre, 109.)
226. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 40.
Osiris-Aah. Le dieu est vêtu de la schenti. Il a le disque lunaire
pour coiffure. (Voy. Salle du Centre, 109.)
227. — …… (Provient d'achat). Bronze.
  • Hauteur, 0 23.
Osiris-Aah. Il est coiffé du disque lunaire, au milieu duquel

apparaît l'ut'a. Il tient un autre ut'a dans la main gauche.
(Voy. Salle du Centre, 109.)
228. — Thèbes.-Medinet-Abou. Bronze.
  • Hauteur, 0 26.
Phtah dans son rôle infernal. Il s'appelle alors Phtah-Sokar-Osiris.
La coiffure, composée de deux plumes affrontées,
manque.
229 à 231. — Memphis.-Grandes Pyramides. Bronze.
  • Hauteur, 0 25.
Le dieu Horas, à tête d'épervier surmontée du pschent.
(Voy. Salle du Centre, 120.)
232. — Memphis.-Saqqarah. Bronze.
  • Hauteur, 0 34.
Beau bronze représentant un Harpocrate nu, les bras étendus,
coiffé de la couronne à triple touffe de papyrus. (Voyez
Salle du Centre, 127.)
233 à 237. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze et
serpentine.
  • Hauteur moyenne, 0 18.
Cinq statuettes représentant le même Harpocrate dans des
positions diverses. (Voy. Salle du Centre, 127).
238. — …… (Provient d'achat). Bronze.
  • Hauteur, 0 18.
Plutarque nous apprend que les Egyptiens représentaient
le soleil levant sous la forme d'un enfant sortant du calice
d'une fleur de lotus épanouie. Nulle description n'est plus
exacte. Notre bronze représente, en effet, Harpocrate accroupi
au milieu de la fleur qui lui sert de berceau. (Voy. Salle du
Centre
, 127.)
239. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 48.
Statue d'Harpocrate. Il a la tête rasée; sa tresse, au lieu

d'être recourbée, se termine carrément. Le monument avait
été doré. Il a été trouvé dans une tombe de la XXVIe dynastie.
(Voy. Salle du Centre, 127.)
240 à 244. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 18.
Cinq Harpocrate coiffés du pschent. (Voy. Salle du Centre,
127)
245. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 13.
Un beau fauteuil. Les bras sont formés de deux lions regardant
en face. Ce siége monumental était réservé à Harpocrate.
246-247. — Thèbes.-Qournah. Bois.
  • Hauteur, 0 17.
Deux panneaux provenant d'une boîte funéraire. On y
voit un personnage nommé Nekht-Amen en adoration devant
Osiris.
248. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine.
  • Hauteur, 0 04.
Harpocrate conduit par Isis et Nephthys. (Voy. Salle du
Centre
, 130.)
249. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Bitume.
  • Hauteur, 0 10.
Les quatre génies des morts. (Voy. Salle du Centre, 141.)

131

Armoire D. — C'est la troisième des quatre armoires
où est conservée la série des dieux osiriaques.
250. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Serpentine.
  • Hauteur, 0 70.
Magnifique statue d'Osiris debout. (Voy. Salle du Centre,
105.)
251-252. — Memphis.-Grandes Pyramides. Serpentine.
  • Hauteur, 0 38.
Deux statues représentant Osiris assis.
253. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Serpentine.
  • Hauteur, 0 27.
Statue représentant Osiris assis.
254 à 256. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 22, 0 42, 0 43.
Trois Osiris debout. Le n° 254 a conservé la plus grande
partie de sa dorure.
Il ne semble pas que l'industrie de la dorure ait fait de
grands progrès dans l'ancienne Egypte. Pierres. bois, métaux,
tout recevait un stuc blance sur lequel l'or en feuille était
appliqué au moyen d'un mordant. Si léger qu'il fût, ce stuc
faisait toujours disparaître quelque finesse de l'objet qu'il
recouvrait.
257. — Thèbes.-Qournah. Bois.
  • Hauteur, 0 12.
Tête d'Anubis. Excellent travail. L'art égyptien s'y trouve
avec toutes ses qualités et tous ses défauts: contours secs,
détails supprimés, la nature toujours un peu négligée au profit
de certaines conventions, mais en revanche une adresse
extrême à choisir les lignes principales qui concourent à former
l'ensemble. (Voy. Salle du Centre, 131.)

132

258. — Memphis.-Grandes Pyramides. Bronze.
  • Hauteur, 0 20.
Anubis debout. Morceau de la bonne époque. Le torse et
les jambes sont traités avec un art remarquable.
259 à 263. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 18.
Cinq Anubis.
264. — …… (Provient d'achat). Bronze.
  • Hauteur 0 03.
Un chacal couché sur le flanc et allaitant ses petits. Le
symbolisme de cette figure est diffieile à préciser.
265-266. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine.
  • Hauteur, 0 13.
Deux beaux Thoth. (Voy. Salle du Centre, 133.)
267 à 270. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Pierre et porcelaine.
  • Hauteur moyenne, 0 14.
Quatre cynocéphales, emblèmes de Thoth. (Voy. Salle du
Centre
, 134.)
271. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 10.
Un ibis. L'ibis était l'oiseau sacré de Thoth.
272. — Memphis.-Saqqarah. Procelaine.
  • Hauteur, 0 02.
Un porc. Un passage de Plutarque laisserait croire que cet
animal, comme le cynocéphale, est un emblème de la pleine
lune. Si l'on en croit Hérodote, les Egyptiens immolaient un
porc à la fête d'Osiris et d'lsis.

133

273. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 20.
Une stèle. Un personnage est en adoration devant Osiris.
274. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 29.
Une stèle peinte à larges traits. Une femme tient le menat
de la main gauche; de la main droite, elle joue du siste devant
Osiris, ainsi que le constate l'inscription placée audessus
de sa tête. Le dieu a ici la forme du grand emblème
qu'on promenait dans la barque sacrée à certains jours de
fêtes, et qui sert à éerire le nom de la province d'Abydos.
275. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 18.
Stèle gravée. Un personnage devant Osiris. Pas de légende.
Armoire E. — Continuation du mythe d'Osiris.
276. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 51.
Une statue d'Osiris. Le dieu est debout sur un autel auquel
on montait par un escalier disposé en avant. Sur le pourtour
du socle, images de divinités en bas-relief. (Voy. Salle du
Centre
, 105.)
277. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Serpentine.
  • Hauteur, 0 36.
Isis debout, les bras collés au corps. Elle est coiffée de
l'hiéroglyphe qui sert à écrire son nom. (Voy. Salle du Centre,
115 et suiv.)
278 à 283. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 25.
Six figures d'Isis dans son rôle de mère d'Horus. (Voyez
Salle du Centre, 115.)

134

284. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 41.
Une belle figure d'Isis ptérophore. C'est la pose de la déesse
réchauffant de ses ailes l'Osiris qui va renaître à la vie de
l'éternité. (Voy. Salle du Centre, 115 et suiv.)
285. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Serpentine.
  • Hauteur, 0 18.
Même figure. Isis étend ses ailes sur une petite image
d'Osiris placée devant elle. (Voy. Salle du Centre, 118.)
286. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 11.
Deux statuettes de Nephthys. Elle est la soeur d'Isis; elle
prononce avec elle les lamentations funèbres qui vont donner
à Osiris une seconde vie. (Voy. Salle du Centre, 122.)
287-288.—Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bois.
  • Hauteur, 0 14.
Deux statuettes peintes, encore enveloppées de légères
bandes de toile. Elles représentent Isis et Nephthys dans
l'attitude des pleureuses.
289 à 291. — Memphis et Tanis.-Saqqarah et Sân.
Procelaine.
  • Hauteur, 0 12.
Trois déesses Thouëris. Le n° 290 est à tête de íemme.
(Voy. Salle du Centre, 124.)
292-293. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
Les dieux et déesses du mythe d'Osiris rappelés par leurs
coiffures et les emblèmes divers qui servent à les distinguer.
294. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 25.
Stèle. Horus, vengeur de son père, est debout, tenant en
main le grand sceptre. Derrière lui, Isis, la grande mère, la

dame du ciel, la rectrice des deux mondes, étend ses ailes qui
couvrent le dieu. Deux personnages, le père et le fils, sont
en adoration.
Le nom du personnage principal est difficile à lire. Le fils
porte un nom célèbre. Il s'apelle Pen-ta-our, comme le poëte
à qui nous devons le beau chant composé en souvenir du fait
d'armes accompli par Ramsès II pendant sa campagne contre
les Khétas.
Armoire F. — Suite du panthéon.
295. — Thèbes.-Assassif. Bronze.
  • Hauteur, 0 47.
Dieu Ammon. (Voy. Salle du Centre, 142.)
296-297. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 24.
Deux dieux Ammon. (Voy. Salle du Centre, 142.)
298. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 20.
Horammon. Il a les deux grandes plumes du dieu de
Thèbes, la tresse et le corps nu des dieux enfants. C'est le
commencement et la fin, l'alpha et l'oméga de toutes les
doctrines égyptiennes. Le dieu père s'engendre lui-même
et devvient son propre fils. Il est par conséquent incréé et
éternel. Horammon est un dieu complexe qui symbolise cette
propriété de l'être.
299. — Provenances diverses. Porcelaine.
  • Hauteur moyenne, 0 05.
Socle supportant plusieurs figurines d'Ammon ithyphallique.
Dans ce rôle, Ammon est appelé Min ou Khem. (Voyez
Salle du Centre, 142.)

136

300. — Thèbes.-Medinet-Abou. Bronze.
  • Hauteur, 0 20.
Déesse Maut, neuvième personnage de la triade thébaine.
(Voy. Salle du Centre, 144 et suiv.)
301. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 09.
Déesse Maut, assise dans la posture d'Isis tenant Horus sur
ses genoux. (Voy. Salle du Centre, 146.)
302. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 21.
Dieu Chons. Il est coiffé du disque lunaire; il a la tresse;
le fouet et le crochet sont dans ses mains. Un grand seeptre,
terminé par un tat, est devant lui. (Voy. Salle du Centre, 148.)
303. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 05.
Découpure. Dieu Chons à tête d'épervier. (Voy. Salle du
Centre
, 148.)
304. — …… (Provient d'achat). Bronze.
  • Hauteur, 0 07.
Beau bronze. Il représente le dieu Chons à tête d'épervier,
coiffé du disque lunaire. (Voy. Salle du Centre, 148.)
305. — Provenances diverses. Porcelaine.
  • Hauteur moyenne, 0 04.
Socle supportant plusieurs statuettes de Chons. (Voy. Salle
du Centre
, 148.)
306. — Tanis.-Sân. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 03.
Jolie statuette représentant le dieu Chnouphis. (Voy. Salle
du Centre
, 149.)

137

307. — Provenances diverses. Porcelaine.
  • Hauteur moyenne, 0 04.
Socle supportant plusieurs figurines de Chnouphis.
308-309. — Tanis.-Sân. Porcelaine.
  • Hauteur, 0 10 et 0 04.
Deux divinités panthées: corps d'homme, tête de bélier,
diadème formé de trios touffes de papyrus, dos et queue
d'oiseau. (Voy. Salle du Centre, 195.)
310. — Thèbes.-Deir-el-Medineh.
  • Hauteur, 0 14.
Fragment de bas-relief. Amen-hotep est en prière devant
Ammon, seigneur des trônes du monde.
311. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 30.
Une magnifique statuette représentant le dieu Phtah.
(Voy. Salle du Centre, 150.)
312 à 315. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 15.
Quatre statuettes représentant le dieu Phtah.
316. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Serpentine.
  • Hauteur, 0 23.
Une statuette représentant le dieu Phtah.
317. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 13.
Statuette représentant Phtah ithyphallique. Il a la tête
rasée; le bras droit fait le geste qui caractérise Ammon Générateur.
Les idées symboliques qui s'attachent aux personnages
de ee genere sont toujours difficiles à préciser. En
général, les bonnes époques de la religion égyptienne ne
connaissent pas ces figures composées, oú l'imagination joue
un plus grand rôle que le dogme.

138

318-319. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine.
  • Hauteur, 0 08.
Deux Phtah embryons de bon style. (Voy. Salle du Centre,
150 et suiv.)
320-321. — Provenances diverses. Porcelaine.
  • Hauteur moyenne, 0 06.
Deux socles supportant des statuettes diverses de Phtah
embryon.
322 à 329. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 22.
Huit statuettes représentant la déesse Pascht. Les n°s 322
et 323 sont remarquables par la beauté de l'exécution.
Sur le socle du n° 323 est gravé un nom qui semble présenter
Pascht comme un Horus femelle en rapport avec le gouvernement
des deux hémisphères. (Voy. Salle du Centre, 157.)
330. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 15.
Déesse Pascht, sous la forme d'une femme à tête de chatte.
(Voy. Salle du Centre, 162.)
331-332. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 12.
Deux chattes, emblèmes vivants de la déesse Pascht.
Dans le Rituel, le chat apparaît comme le destrueteur des
animaux nuisibles. Il est employé symboliquement pour désigner
celui qui cache l'impureté et efface les souillures.
333-334. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcel.
  • Hauteur, 0 06 et 0 06.
Deux formes rares de Pascht. L'une est coiffée du pschent
complet; l'autre a la tête armée de cornes par-dessus lesquelles
s'élèvent deux grandes plumes.

139

335. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 18.
Une égide à tête de Pascht. Le Rituel ordonne de suspendre
au cou des défunts un grand collier nommé ousekh. L'égide
n'est que l'ousekh surmonté d'une tête de divinité. Quand
cet ornement est complet, il est accompagné d'une sorte de
contre-poids nommé menat. Le menat joue également un rôle
dans les tableaux funéraires. A l'avant et à l'arrière des
barques sacrées, qu'à certains anniversaires on sortait des
temples, sont disposées de grandes égides qui pendent en
dehors comme des demi-boucliers. La signification de ce
symbole n'est pas bien connne.
Armoire G. — Cette armoire est la dernière de
celles qui renferment la série du panthéon égyptien.
On y remarque les monuments suivants:
336. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 24.
Figure très-rare. Un dieu est debout; il a sur la tête deux
petites pousses surmontées d'une grosse étoile. Malheureusement
les jambes manquent.
Il est probable que le dieu ainsi représenté est Seb. Seb
paraît désigner le temps, et Plutarque l'assimile à Saturne.
Il est pris aussi pour la matière chaotique, et alors il est l'époux
de Nu.t, l'abyssus biblique. Enfin, comme dieu de la
matière, il personnifie quelquefois la Terre elle-même.
Sous cette dernière face, il prend pour coiffure l'étoile, soit
que par là la cosmologie égyptienne, faisant de la Terre le
centre du monde, ait nommé la terre l'astre par excellence,
soit que l'étoile ne figure ici que comme l'hiéroglyphe du nom
de ce dieu. L'étoile signifie astre; une de ses prononciations
est Seb.
L'emblème le plus fréquent du dieu Seb est d'ailleurs l'oie,
smen.

140

337 à 339. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 20.
Trois statuettes représentant la déesse Neith debout. (Voyez
Salle du Centre, 177.)
340. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 14.
Ustensile à usage inconnu. Il est terminé par une tête du
dieu Month. (Voy. Salle du Centre, 174.)
341. — …… (Provient d'achat.) Bronze.
  • Hauteur, 0 11.
Bout de sceptre. Un épervier est perché au sommet. L'animal
divin porte la coiffure de Month.
342. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 10.
Découpure destinée à servir de frise à quelque meuble d'un
temple. Deux dieux à tête d'épervier, coiffés du disque, alternent
avec trois uroeus.
343. — …… (Provient d'achat.) Bronze.
  • Hauteur, 0 14.
Bout de sceptre. Le dieu Horus est debout sur un crocodile
qu'il frappe de sa lance: c'est le soleil sortant chaque jour
vainqueur de son combat avec les ténèbres.
344. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 29.
Beau bronze représentant le dieu Anhour, l'Onouris des
Grees. Il a pour coiffure quatre longues plumes droites
réunies en faisceau. Son geste indique qu'originairement il
tenait dans les mains une perche on une pique. Les fonctions
de ce dieu ne sont pas bien définies.

141

345. — …… (Provient d'achat.) Bronze.
  • Hauteur, 0 13.
Pectoral découpé à jour. Au centre, une égide à tête d'Hathor,
supportant de chaque côté une figurine de divinité;
aux extrémités, deux uroeus dressés, coiffés de cornes.
346. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 38.
Nefer-Toum. (Voy. Salle du Centre, 169.)
347. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 12.
Déesse Hathor. (Voy. Salle du Centre, 167.)
348. — …… (Provient d'achat). Bronze.
  • Hauteur, 0 12.
Déesse Selk. Elle a pour coiffure le scorpion (voy. Salle
du Centre
, 118). Dans son rôle funéraire, Selk est une des
quatre déesses protectrices des entrailles qu'on enfermait
dans les vases dits Canopes.
349. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 16.
Déesse Ma, debout, coiffée de la plume symbolique. (Voyez
Salle du Centre, 175.)
350. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 15.
Un dieu Nil, malheureusement mutilé. Ses représentations
ne sont pas rares dans les temples. Il porte alors sur la tête
un bouquet de fleurs de lotus épanouies; ses membres sont
amollis par l'embonpoint. En signe de richesse et de fécondité,
il a les seins gonflés et pendants. On a voulu par là
indiquer le fleuve qu'à bon droit on regarde comme le père
nourricier de l'Egypte.
Sous les Romains, les prêtres du Nil essayaient, à l'exemple
de leur dieu, de se donner des formes efféminées, et

Constantin, au rapport d'Eusèbe Pamphyle, «porta une loi
qui obligeait cette race d'androgynes à sortir des villes
qu'ils souillaient par leurs excès.» Cette recherche d'imitation
et toutes les conséquences qu'elle amena sont la
marque d'une époque de décadence, et l'on en demanderait
en vain la trace aux monuments de l'ancienne Egypte.
351 à 354. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 20.
Quatre dieux Ka (voy. Salle du Centre, 185). Ils sont coiffés
du diadème Atef. Le premier est remarquable par ses dimensions
et la vigueur de son style.
355. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 16.
Dieu Bes. Il paraît nourrir un petit enfant qu'il tient de la
main gauche. (Voy. Salle du Centre, 188.)
356. — Thèbes.-Qournah. Bronze.
  • Hauteur, 0 13.
Dieu Bes. Par la position des bras et des mains, on juge
qu'il supportait quelque vase à poudre d'antimoine (kohol).
(Voy. Salle du Centre, 188.)
357. — Tanis.-Sân. Terre cuite rouge.
  • Hauteur, 0 08.
Dieu Bes dansant. (Voy. Salle du Centre, 188.)
358. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 06.
Un uroeus dressé sur sa queue. L'uroeus orne le front de
tous les rois; on le trouve aussi en avant de la coiffure de
quelques dieux. «L'aspic ne vieillit pas, dit Plutarque, et,
quoique privé des organes du mouvement, il se meut avec
la plus grande facilité.» Les Egyptiens ont trouvé là un
emblème naturel de l'éternelle jeunesse du soleil et de sa
marche dans les cieux. On sait déjà que les pharaons sont
appelés les fils du soleil et, en maintes circonstances, sont
assimilés à cet astre lui-même.

143

359. — …… (Provient d'achat.) Bronze.
  • Hauteur, 0 51.
Une boîte longue qui a servi à enfermer quelque serpent
momifié. Sur le couvercle est un serpent à face humaine, la
tête surmontée du pschent.
360-361. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 13 et 0 03.
Deux ichneumons. L'un est debout, l'autre dans sa pose
naturelle. (Voy. Salle du Centre, 191.)
362 à 364. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 10.
Trois musaraignes. D'après les écrivains de la tradition
classique, la musaraigne aurait été consacrée à la déesse
Bouto; d'après les monuments égyptiens et les médailles
des nomes, elle représentait Hor-Min (Horus ithyphallique).
On voit par les bronzes conservés dans les diverses collections
que la musaraigne, comme Apis, devait porter certaines
marques sacrées.
365 à 367. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, moyenne, 0 10.
Trois poissons oxyrhynchus. Le poisson oxyrhynchus
paraît avoir été dédié à Hathor.
368. — Memphys.-Myt-Rahyneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 08.
Les rois sont souvent représentés dans les temples, offrant
cet emblème aux dieux. Il se compose d'un cynocéphale accroupi
sur une corbeille, symbole des panégyries, et adossé
à cette sorte de gerbe nouée transversalement qui se prononce
hen et signifie une période. L'emblème tout entier se
nomme ouscheb.
Peut-être l'ouscheb, comme le cynocéphale lui-même, désigne-t-il
l'équinoxe. Entre les mains des rois, il peut n'être
pas sans rapport avec les grandes panégyries trentenaires,
sorte de jubilé que les rois célébraient au trentième anniversaire

de leur règne, L'ouscheb ne serait ainsi symboliquement
qu'un voeu de longévité, comme le titre de seigneur des
triacontaétérides
de l'inscription de Rosette.
369-370. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 18.
Autre emblème qui figure parmi les objets sacrés que les
lois religieuses mettaient entre les mains des rois pendant
l'accomplissement de certaines cérémonies. Il se compose
d'un manche surmonté d'une tête d'Hathor à face humaine
et à oreille de vache. Le petit naos que les bas-reliefs donnent
pour coiffure à la déesse Nehem-aou en forme la partie
principale. Tantôt ce petit naos est plein; tantôt il est évidé
par le milieu pour recevoir trois ou quatre tiges métalliques
qui font ressembler cet emblème à un sistre.
Le sistre est l'instrument de la joie. Tous les exemplaires
qu'on trouve dans les tombeaux (et ils sont nombreux) sont
invariablement brisés. Il y a là une allégorie facile à saisir.
371 à 375. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 19.
Le Menat est un autre des emblèmes qui figurent entre les
mains d'un personnage accomplissant des actes religieux. Le
symbolisme n'en a pas encore été bien éclairci.
La partie postérieure des égides (voy. Salle du Centre, 335)
est toujours armée d'une sorte de contre-poids en forme de
Menat. Le Musée en possède divers échantillons. Au sommet,
Pascht est au centre d'un naos richement orné. Plus loin est
figurée la bari sacrée de la déesse posée sur ses supports et
ornée d'égides et de flabellum.
Plus souvent le Menat est un symbole isolé. Plusieurs de
ceux que nous possédons sont surmontés des têtes de Pascht
et d'Anhour. Au bas un poisson s'avance parmi les lotus.
376. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 09.
Les bas-reliefs nous montrent souvent les rois offrant aux

dieux cet emblème. Un personnage est agenouillé sur le caractèere
heb (panégyrie). Il porte le soleil sur sa tête. De ses
bras levés il soutient deux sceptres de panégyrie, terminés
à leur extrémité inférieure par la grenouille, signe de eentaines
de mille.
Ce que les rois demandent aux dieux par cette offrande,
c'est un nombre infini d'années dans la vie éternelle.
377. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 10.
Trois statuettes sur un socle commun. Au centre un personnage
est agenouillé. A ses côtés, Horus et Thoth, les assistants
d'Osiris dans la grande scène du jugement, lui versent
sur la tête l'eau de purification.
378. — …… (Provient d'achat.) Bronze.
  • Longueur, 1 14.
Une vache accroupie. C'est l'emblème d'Hathor. L'animal
porte sur le front la marque blanche, figurée par un triangle
d'or pâle.
379. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 13.
Un petit naos. La façade a pour couronnement une frise
d'uroeus dressée. Sur le sommet un épervier mitré, symbole
d'Horus, est debout.
380. — Tanis.-Sân. Schiste gris.
  • Hauteur, 0 10.
Petite stèle couverte de représentations et de légendes sur
les deux faces et sur les tranches.
Le sens général en est facile à saisir. Le soleil naissant,
symbolisé par le jeune Horus, est debout sur les crocodiles,
emblèmes des ténèbres: c'est le triomphe du jour sur la nuit,
de la vie sur la mort; c'estle signe de l'immortalité promise
à l'âme du juste après qu'elle aura vaincu les monstres,
compagnons des ténèbres et du péché.

146

On ne saurait expliquer aussi facilement la présence des
deux gazelles, du lion, du scorpion et des autres animaux
qui figurent dans cette scène. Les stèles du genre de celles
que nous avons sous les yeux sont d'ailleurs de basse époque,
et l'on ne saurait y méconnaître une certaine influence
asiatique.
381. — Tanis.-Sân. Bois.
  • Hauteur, 0 08.
Autre petite stèle de même composition. D'un côté est
l'épervier mitré, symbole de lumière; de l'autre, Horus debout,
la tête ornée de la tresse de l'enfance, le corps nu
comme tous les dieux jeunes, tient de la main droite un are
et une gazelle, de la main gauche un scorpion.
382. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 25.
Stèle gravée. Une déesse coiffée comme Anoukis est assise.
Devant elle est un autel surmonté de la fleur de lotus
épanouie, symbole de renaissance; au-dessus de sa tête,
son nom propre et son titre qui se lisent: Hat, dame de
l'Amenti.
383. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 31.
Stèle peinte, malheureusement très-endommagée. Un personnage
est en adoration devant une déesse inconnue. Elle
porte sur la tête une barque surmontée d'une sorte d'édifice
à faces inclinées. Derrière elle se dresse un uroeus coiffé de
cornes et de deux longues plumes.
384. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 20.
Petite dalle carrée. Au centre, croix ansée découpée à jour;
de chaque côté, acte d'adoration à Osiris par un personnage
nommé Sebekhotep, fils de sa mère Taa. (XIIIe dynastie.)

147

La série des monuments religieux se continue
dans le meuble octogone, à vitrines plates, disposé
au milieu de la salle.
Vitrine H.
La vitrine H renferme une précieuse collection de divinités
et d'emblèmes religieux en pâte de verre. Ces figurines
ont été fabriquées pour être posées à plat; presque toutes
ont été trouvées avee les sarcophages des deux T'aho (voyez
Cour, 12 et 13). Parmi elles, on remarquera particulièrement
celles qui sont faites en pâtes de deux ou trois couleurs.
Vitrine I.
Autre vitrine contenant des divinités et des emblèmes
religieux.
Aux endroits les plus apparents sont exposées diverses
figurines représentant la déesse Ma accroupie (voy. Salle du
Centre
, 175), la tête ornée de la plume symbolique. Chaque
figurine est en pâte de verre et formée de plusieurs morceaux
juxtaposés. Le collier est une sorte de mosaïque de
longs fils de verre agglutinés par la cuisson.
Des têtes de vautour (Salle du Centre, 179 et 180), en pâte
de verre vert, sont du même temps et du même travail. L'oeil
rouge de l'une d'entre elles est curieusement étudié.
Tous ces morceaux sont le produit d'une industrie particulière
dont notre vitrine l offre les plus rares échantillons. Ils
proviennent des ruines de l'édifice que la commission française
a supposé, peut-être à tort, être celles du labyrinthe
(Fayoum). Les momies que nous y avons trouvées en grand
nombre sont enveloppées extérieurement d'un cartonnage
recouvert lui-même d'une couche épaisse de ciment fin.
C'est sur ce ciment encore liquide, où elles formaient des dessins
aussi riches que variés, qu'étaient appliquées les figures
dont nous venons de faire la description.

148

Vitrine J.
Une troisième vitrine de divinités et d'emblèmes divers.
On y trouve deux plaques de bronze portant l'image du
dieu Chnouphis en relief (Salle du Centre, 148), deux plaquettes
d'ivoire ornées de la figure de Bes gravée à la pointe
(Salle du Centre, 188), des génies des morts (Salle du Centre,
141), etc., etc.
Le morceau le plus saillant est la grande plaque de bronze
qui occupe le centre de la vitrine. Elle représente une déesse
debout, vue de profil; ses bras sont étendus; sa main droite
est fermée et tenait quelque emblème qui a disparu, peut-être
la plume de justice; sur sa tête devait être posé le disque
solaire. Les inscriptions des temples nomment cette déesse
Khou-t (la directrice). C'est une forme d'Isis.
Ce beau monument n'est pas seulement incomplet par les
emblèmes qu'il a perdus: on remarquera qu'en certaines
parties le bronze est évidé et a dû recevoir des ornements
travaillés en pierres dures de couleurs variées, appliquées
à la manière des mosaïques. L'effet de la plaque ainsi restaurée
se devine.
Il est d'ailleurs probable que la plaque elle-même devait
faire partie d'un ensemble plus grand, et qu'à son tour elle
était encastrée soit dans un mur couvert d'ornements de pièces
rapportées, comme on en trouve encore quelques restes
dans les temples, soit dans la paroi de l'un de ces beaux
meubles en usage dans les cérémonies religieuses.
Vitrine K.
Cette vitrine contient une collection d'animaux sacrés. Le
symbolisme de la plupart d'entre eux a déjà été expliqué à
propos des monuments conservés dans la Cage A. (Voir plus
haut.)
Au sommet de la planche est une curieuse collection de
singes.
Dans le bas sont rangés divers animaux précieux soit par
leur variété, soit par le fini de leur exécution. On citera une
vache de jaspe rouge, emblème d'Hathor, un chien en agate,
un hippopotame en lapis-lazuli, etc., etc.

149

Vitrine L.
Collection d'emblèmes. On ne trouve ces monuments que
sur les momies.
D'après le chapitre 159 du Rituel, une colonnette de feldspath
vert devait être placée au cou de chaque défunt,
comme un symbole de rajeunissement de son âme. Pour les
pauvres, ces amulettes étaient simplement en porcelaine.
Les sceaux de lapis-lazuli et de feld-spath vert sont d'autres
amulettes qui accompagnent les momies comme une promesse
d'éternité. Le sceau est, en effet, le symbole des périodes
du temps.
Les disques de pâte rouge placés sur le caractère montagne
symbolisent le soleil levant, c'est-à-dire l'arrivée de l'âme au
séjour des bienheureux.
Les boeufs couchés et liés par les quatre jambes rappellent
les sacrifices par lesquels, à certains anniversaires, on devait
honorer les mânes des défunts. On sait déjà que ces sacrifices
s'accomplissaient dans la partie extérieure des tombes.
(Voy. Avant-propos, page 27)
Vitrine M.
Suite de la collection des emblèmes. On remarque dans
celle-ci les angles, symbole de mystère et d'adoration, les
triangles, symbole d'équilibre, les chevets destinés à marquer
la quiétude éternelle qui attend l'homme juste dans la
sphère des âmes.
L'out'a, ou oeil mystique, est un emblème qui est répandu à
profusion dans toutes les tombes, particulièrement depuis la
XXVIe dynastie. On l'appelle tantôt l'oeil d'Horus, tantôt
l'oeil du soleil et de la lune. Dans le grand combat d'Horus
et de Typhon, celui-ci arrache l'oeil de son ennemi, l'avale,
puis le rend au soleil. C'est l'éclipse passagère de l'âme succombant
sous le péché; mais l'âme ne sort que plus brillante
des ténèbres qui l'ont un instant enveloppée: ses épreuves
sont maintenant accomplies; elle va jouir de la plénitude des
biens célestes L'out'a semble ainsi signifier le terme resplendissant
de la période de justification que l'on doit traverser
avant d'être admis dans le sein du dieu suprême.

150

Vitrine N.
Continuation de la série des emblèmes religieux. Ici se
trouvent les tat, les croix ansées (improprement appelées
clefs du Nil), les boucles de ceinture. D'après le Rituel, ces
objets devaient, comme les colonnettes de feld-spath, être
suspendus au cou des momies.
La croix ansée est l'emblème de la vie éternelle. Le symbolisme
de la boucle de ceinture n'a pas encore été bien expliqué.
Il en est de même du tat, qu'on regarde, peut-être à tort,
comme un emblème de stabilité.
Au bas de la planche sont rangés des coeurs de toutes dimensions
et de toutes matières: or, améthyste, cornaline,
hématite, feld-spath vert, etc. Dans les idées égyptiennes, le
coeur était le siége de la vie. Quand, après la grande scène
du jugement, l'âme déclarée pure vient chercher le corps
pour s'unir de nouveau â lui, c'est au coeur qu'elle donne
le premier souffle d'existence. Aussi quelques-uns de nos
coeurs portent-ils, gravée sur un de leurs côtés, l'image du
scarabée, symbole de la génération céleste, et, par suite, de
la résurrection. La présence de l'oiseau Bennou sur plusieurs
autres a pour origine le même symbolisme. L'oiseau Bennou
est le phénix de la tradition classique. Selon la remarque de
M. Chabas, il se crée lui-même pour l'éternité, ce que les
Grecs ont exprimé en disant qu'il renaît de ses cendres.
Comme le scarabée, il devient un excellent symbole de la
nouvelle vie promise aux défunts.
Vitrine O.
Choix de coiffures divines.
Au sommet de la planche, rangées sur deux lignes parallèles,
sont les coiffures de la Haute et de la Basse-Egypte en
porcelaine. De leur réunion est formé le pschent, grand diadème
que les rois portaient, selon l'inscription de Rosette,
«quand ils entraient dans le temple de Memphis pour accomplir
les cérémonies du couronnement. »
On reconnaîtra parmi les autres la coiffure formée du diadème
Atef et du disque lunaire, plus spécialement réservée
à Thoth; la coiffure formée de deux longues plumes droites
sur lesquelles est posé le disque flanqué des deux cornes de

vache, emblème de la déesse Thoueris; la gerbe épanouie
que les monuments placent sur la tête d'Anoukis, déesse
d'Eléphantine, etc. La tresse roulée appartient, comme on le
sait déjà, à Harpocrate. La barbe caractérise Osiris. (Voy. cidessus
la notice de ces divinités, Cage A, 405 et suiv.)
Enfin nous terminons la série des monuments
religieux exposés dans la Salle du Centre par la description
des quatre statues suivantes, que leurs dimensions
nous ont permis de placer sur des socles à
part.
385. — Memphis.-Saqqarah. Serpentine.
  • Hauteur, 0 97.
Il y a quelques mois, nous avons trouvé dans une des nécropoles
de Memphis un puits profond qui nous a conduits à
plusieurs caveaux où des momies en assez grand nombre
étaient déposées. Une de ces momies était celle d'une reine
que nous avons crue d'abord de la XXVIe ou de la XXVIIe dynastie,
et que la découverte toute récente dans la tombe
d'une statuette royale au nom de Nectanébo Ier nous prouve
être de la XXXe (voy. plus bas, n° 560). A côté d'elle, un
haut fonctionnaire de la cour, nommé Psammétichus, avait
été enseveli.
C'est à ce haut fonctionnaire que se rapporte le magnifique
monument que nous avons sous les yeux.
Psammétichus est représenté lui-même vêtu de la longue
robe. Au-dessus de sa tête, et comme le protègeant, est
Hathor sous sa forme de vache. Dans ce rôle, Hathor est la
déesse de l'Amenti, c'est-à-dire du séjour des morts. Quand
le mort est apporté à sa dernière demeure, c'est Hathor qui
le reçoit à la porte de l'hypogée, c'est Hathor qui le mène à
Osiris, sous la conduite duquel il va commencer cette série
d'épreuves qui se terminera par sa manifestation à la lumière
éternelle.
Rien d'élégant comme ce joli monument; la sculpture a
tout le fini de l'époque des Saïtes. On admirera surtout le
modelé de la figure du personnage auquel le groupe est
dédié. On ne peut trouver plus de franchise d'exécution dans
une matière plus rebelle et plus ingrate.

152

386. — Memphis.-Saqqarah. Basalte.
  • Hauteur, 0 90.
Autre monument trouvé à côté du précédent et se rapportant
au même personnage. Celui-ci représente Osiris assis.
Le dieu a la figure jeune; il tient le fouet et le crochet. Sans
avoir la même finesse d'exécution, la tête divine possède la
grâce particulière qui donne tant de charme aux oeuvres d'art
exécutées à l'époque de cette sorte de renaissance qui marqua
l'avénement de Psammétichus et se continua quelque
temps encore après Alexandre.
387. — Memphis.-Saqqarah. Serpentine.
  • Hauteur, 0 89.
Statue d'Isis trouvée avec la précédente. Elle est due, sans
contredit, à la même main qu'elle.
Outre les statues d'Hathor, d'Osiris et d'Isis, la tombe de
Psammétichus a encore fourni au Musée les quatre vases
funéraires de la Salle de l'Ouest (n° 711), la table d'offrandes
de la Salle du Centre (n° 446), et enfin la statuette royale que
nous décrivons sous le n° 560 de cette même salle.
388. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 40.
Ce magnifique bronze représente le dieu Nefer-Toum debout,
la main droite armée d'une sorte de cimeterre recourbé,
la tête surmontée de la grande coiffure formée de la
fleur de lotus épanouie. Des plaquettes de pierres dures
enchâssées dans les creux de cette fleur lui donnaient sa
couleur naturelle et tenaient lieu de nos émaux. (Voy. Salle
du Centre
, 169.)
Le Côté droit de la Salle du Centre est occupé par
la collection de petits objets qui commence la série
des monuments funéraires. En voici la nomenclature:

153

Cage P. — Elle est aux monuments funéraires,
dont elle contient un choix fait avec soin, ce que la
Cage A est aux monuments religieux. On y distinguera:
389. Thèbes.-Assassif.Papyrus.
  • Hauteur, 0 25.
  • Longueur, 0 60.
Le Livre de la manifestation au jour est un des livres de la
littérature sacrée des Egyptiens. Champollion l'a appelé le
Rituel funéraire, nom qui lui est resté; M. Lepsius a proposé
celui de Livre des morts.
Le Rituel prend l'âme à sa séparation du corps et l'accompagne
jusqu'au moment où, purifiée de toutes les souillures
qu'elle a contractées sur la terre, elle entre dans la zone lumineuse
des âmes désormais immortelles.
Pendant ce temps, elle parcourt successivement les stations
célestes; elle combat des animaux méchants, qu'elle
apaise en récitant des prières; elle chante des hymnes devant
certains dieux, elle se justifie de ses péchés devant certains
autres; elle prend la forme tantôt des divinités bienfaisantes,
tantôt des génies qui président au mal; elle les invoque, elle
place chacun de ses membres, en attendant sa résurrection
éternelle, sous leur protection; elle revêt les emblèmes destinés
à écarter les mauvaises influences; elle cultive les
champs sacrés où ses bonnes actions, déposées comme une
semence, vont symboliquement faire germer pour elle la vie
divine; elle écoute les mystérieuses incantations d'Isis, qui
ont le pouvoir de ramener les premiers souffles de cette vie.
Osiris l'assiste dans toutes ses pérégrinations; bien plus, il
s'identifie avec elle, il s'offre en expiation pour ses péchés,
il devient son guide et son sauveur. (Voy. Salle du Centre,
105.)
Le Rituel est divisé en plusieurs livres, subdivisés euxmêmes
en un grand nombre de chapitres. Nous n'en possédons
pas un exemplaire complet; l'exemplaire type est, jusqu'à
présent, le grand papyrus du Musée de Turin, publié
par M. Lepsius. Il comprend plus de 165 chapitres.
On trouve des parties plus ou moins longues du Rituel sur
des stèles, sur des sarcophages et, en général, sur presque
tous les monuments funéraires. Il va sans dire que le papyrus

est la matière sur laquelle le Rituel a été le plus souvent
écrit. C'est aussi sur les papyrus que se rencontrent les extraits
les plus étendus de ce livre sacré.
Les papyrus funéraires viennent toujours de l'intérieur des
caisses de momie: tantôt ils sont disposés sur la momie
elle-même et par-dessus les bandelettes, tantôt on les enfermait
avec elle dans le cercueil, en les plaçant sous sa tête,
à ses pieds, ou en étendant le rouleau développé sur son
corps.
Le n° 389 est un de ces papyrus qui comprennent des
parties plus ou moins complètes du Rituel. Il était destiné à
accompagner la momie d'un fonctionnaire de Thèbes nommé
Mapouï. Les légendes du tableau placé à droite (le défunt
comparaissant devant Ra) sont en écriture hiéroglyphique de
bon style; les chapitres proprement dits sont en écriture
hiératique. Malheureusement tout l'intérêt du monument est
enlevé par la double circonstance de sa mutilation (nous
n'en avons que le commencement) et de l'inhabileté du scribe
chargé de la transcription des textes. A près la vignette, on
distingue encore cependant les chapitres 23, 24, 25, 26, 27,
28. Ce papyrus est opisthographe.
390. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 0 28.
Jolie stèle peinte. Un stuc léger appliqué sur le bois a reçu
une peinture en couleurs gommées qui donnent au tableau
l'aspect éclatant d'une gouache.
Une femme nommée T'at-Amen-aouf-ankh, fille de son père
Tet-aouf-ankh, fait une adoration au dieu Ra.
Le bas du monument est occupé par une petite composition
digne d'être remarquée. A droite, entre les acacias et
les dattiers qui bordent la lisière des terres cultivées, une
table d'offrandes chargée de dons funéraires a été placée; à
gauche, la tombe de la dame T'at-Amen-aouf-ankh s'élève au
bord du désert. Un pylône, surmonté de deux pyramidions,
la précède; un peu plus loin est l'édicule qui recouvre la sépulture
proprement dite. Au centre, une parente de la défunte
est agenouillée, tête nue, dans la posture des pleureuses.
Cette composition est un des très-rares exemples que nous
possédions de la peinture pittoresque des Egyptiens. Quoique
les lois hiératiques, qui, même dans les scènes les plus animées

de certains tombeaux, conservent leur empire, y soient
à peu près oubliées, je suis bien loin de la donner comme un
chef-d'oeuvre.
La stèle de la dame T'at-Amen-aouf-ankh appartient à la
XXVIe dynastie.
391. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 0 27.
Autre stèle peinte. Une dame Nehem-en-Beset, fille de son
père Parsa (nom étranger), adore Ra-Hor-em-Khou. (XXVIe dynastie.)
392. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Albâtre.
  • Hauteur, 0 22.
Jolie stèle d'albâtre fin, gravée avec une adresse remarquable
de ciseau. Une table d'offrandes occupe le milieu de
la scène; à gauche est un personnage assis, gouverneur du
pays
, nommé Scheta; à droite, une femme debout respire le
parfum de la fleur de lotus épanouie, symbole du rajeunissement.
Elle s'appelle Hotepou. (XIIIe dynastie.)
393. — …… (Provient d'achat.) Calcaire et granit noir.
  • Hauteur, 0 22.
Monument votif en deux parties, destiné à orner la sépulture
d'un fonctionnaire de haut rang qui, au milieu des didignités
sans nombre dont il a été revêtu, prend le titre principal
de premier lieutenant du roi. Il s'appelait Ra.
La partie essentielle du monument est de granit noir. Le
mort, enveloppé de ses bandelettes, est couché sur le lit funèbre.
Près de lui l'àme, sous la forme d'épervier à tête
humaine, veille sur le cadavre, attendant le jour promis de
la résurrection. Tous deux, en effet, vont bientôt s'unir de
nouveau et commencer cette seconde vie qui ne sera plus
sujette à la mort.
L'enveloppe de ce curieux groupe est de beau calcaire
jaunâtre. On lui a donné la forme d'un sarcophage. Sur le
couvercle se lit une invocation à Osiris et à Anubis pour
qu'ils accordent au défunt tous les biens célestes parmi lesquels
est comptée une vieillesse heureuse et longue. A la

tête de la cuve, Isis, les bras levés, est accroupie sur le signe
de l'or; Nephthys occupe les pieds; sur les flancs, Anubis
et Aperou, assistés des quatre génies des morts, écoutent les
prières qui leur sont adressées en faveur du personnage auquel
le monument est dédié.
La gravure du granit, indéeise et confuse, forme un contraste
frappant avec celle de l'enveloppe extérieure, qui se fait
remarquer par sa netteté et sa largeur.
Le style des hiéroglyphes se rapproche de celui de quelques
stèles du Sérapéum qui remontent jusqu'à la XXIIe dynastie.
394-395. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 0 21.
Deux boîtes de même dimension, toutes deux en forme de
sarcophage voûté avec oreillettes carrées aux angles. Les
légendes ne nous donnent rien autre chose que le nom d'une
dame employée au service du culte dans le temple d'Ammon,
à Thèbes. Elle se nommait Ameniritès, fille de son père NesaMin.
(Voy. Salle de l'Est, 733, et Salle de l'Ouest, 599, etc.)
Les monuments de ce genre sont destinés à contenir les statuettes
funéraires dont nous allons bientôt parler.
396. — …… (Provient d'achat.) Albâtre.
  • Hauteur, 0 41.
Quatre vases funéraires, dits canopes, au nom d'un personnage
nommé Pi-kem-ma et surnommé Ra-ouah-het (avec le
cartouche) Amen-meri. Ils ont été repolis de nos jours; e'est
aussi une main moderne qui a empli de cire verte le creux
des hiéroglyphes.
On connaît déjà le rôle tout spécial des quatre génies des
morts (voy. Salle du Centre, 141). Il est nécessaire qu'au jour
de la résurrection toutes Ies parties du corps se retrouvent
intactes; mais les procédés ordinaires de l'embaumement
n'atteignent ni les entrailles ni les viscères. De là la loi religieuse
qui obligeait les embaumeurs à mettre ces parties à
part; de là les quatre génies chargés de veiller à leur conservation,
sous la protection des quatre déesses Isis, Nephthys,
Neith et Selk.
Mais les parties conservées n'étaient pas toujours, comme
on le voit ici, enfermées dans des vases; quelquefois on en

faisait quatre paquets enveloppés de linge qu'on replaçait
dans la cavité de la poitrine, après avoir attaché à chacun de
ces paquets une figurine de l'un des quatre génies.
Quant aux canopes, on peut croire qu'ils représentent
eux-mêmes les génies dont ils portent le nom; aussi sont-ils
presque toujours surmontés de couvercles taillés dans la
forme des quatre animaux qui symbolisent ces divinités protectrices.
C'est par exception qu'on leur donne des têtes
humaines.
397. — Eléphantine.-Geziret-Assouan. Albâtre.
  • Hauteur, 0 19.
Un chevet. Nous en avons déjà parlé comme du symbole
de la quiétude éternelle qui attend dans l'autre monde les
mânes admises dans la zone lumineuse des bienheureux. Les
chevets taillés en cette forme sont encore employés aujourd'hui
parmi les Abyssins et quelques tribus de la Nubie.
398.— Memphis.-Grandes Pyramides. Porphyre vert.
  • Hauteur, 0 07.
Magnifique scarabée funéraire. Les monuments de ce
genre se trouvent toujours, dans l'intérieur des momies,
mêlés au bitume. Sous les Pharaons, l'emploi n'en est pas
très-fréquent; au contraire, sous les Ptolémées, les momies
les plus pauvres en sont pourvues, à l'exclusion de tout autre
monument.
Par le texte qui est gravé sur le plat (ch. 30 du Rituel),
les scarabées de ce genre se rapportent au coeur du défunt,
dont ils tiennent la place; par leur nature même, ils sont le
symbole de la résurrection. Osiris, revivifié par les chants de
sa divine épouse, renaît à la vie éternelle; dans son coeur
est déposé le germe vital; c'est aussi son coeur qui le premier
va s'animer au souffle de la déesse.
On voit par là que les scarabées, dits funéraires, jouent
dans la série des amulettes le même rôle que les vases cordiformes.
(Voy. Salle du Centre, Vitrine N.)
399. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 14.
Statuette funéraire. Les statuettes funéraires sont appelées

schabti ou schaouabti en égyptien. Elles accompagnent
(quelquefois au nombre de plusieurs centaines) la momie
dont, en principe, elles sont la représentation. Le texte qu'on
y lit précise d'une manière plus étroite la fonction spéciale
qu'elles ont à remplir (voy. plus bas, 401). La Cage P et les
armoires qui suivent en montrent de tous les modèles; nous
les passerons successivement en revue.
Le n° 399 paraìt appartenir à l'Ancien-Empire et à la
VIe dynastie. La légende se traduit: Oblation faite à Osiris
pour la personne de la dame de maison Ama, proclamée
juste.
La dame Ama tient serré sous ses deux bras croisés un
vase de purification. Cet ancien modèle des statuettes funéraires
est à remarquer par la rudesse de son style et la forme
particulière de la grande perruque dont la tête est chargée.
400. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Granit noir.
  • Hauteur, 0 11.
Autre statuette funéraire. Le corps est étroitement serré
dans ses bandelettes; les mains ne sont pas apparentes; la
formule débute, comme la précédente, par les mots: Oblation
faite à Osiris pour la personne
…, suivis d'un nom d'homme
difficile à lire. Le père du défunt s'appelait Mentouhotep. Nous
sommes par là autorisés à faire remonter notre monument
jusqu'à la XIIIe, et peut-être même jusqu'à la XIe dynastie.
401. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 22.
Statuette funéraire du plus bel albâtre. Les mains sont apparentes,
quoique vides. Les légendes sont gravées en lignes
horizontales; les hiéroglyphes, finement tracés, sont rehaussés
de bleu. Un caractère incertain rend le nom propre du
défunt difficile à lire. (XVIIIe dynastie.)
Dans le Ker-neter, nom mystique de l'enfer égyptien, existent
de vastes champs, entrecoupés de fleuves et de canaux,
que le défunt doit cultiver: c'est une nouvelle épreuve imposée
à l'âme avant son entrée définitive dans le séjour éternel.
Le chapitre 110 du Rituel lui est consacré.
Le chapitre 6 porte pour titre: Chapitre pour faire les schabti
pour les travaux dans le Ker-neter. Ces schabti sont, comme

on le sait déjà, les statuettes funéraires elles-mêmes; quoique
représentant le défunt dont elles portent invariablement le
nom, elles semblent des aides qu'on lui aurait données pour
le seconder dans le difficile travail de la culture des champs
célestes. Aussi sont-elles toujours extrêmement nombreuses,
soit qu'on en ait parsemé le sol de la chambre mortuaire,
soit qu'on les ait disposées dans des boîtes spécialement affectées
à cet usage.
On voit par le texte (chap. 6) gravé sur notre statuette
n° 401 que cette doctrine avait déjà son plein effet sous la
XVIIIe dynastie.
402. — … … (Provient d'achat.) Calcaire fin.
  • Hauteur, 0 24.
Belle statuette funéraire au nom d'Amen-Ken. (XVIIIe dynastie.)
Le chapitre 6 du Rituel, réservé aux monuments de ce
genre, occupe la partie postérieure. Sur le devant est la formule:
Fait pour la louange du roi par le gardien des troupeaux
Amen-Ken, le justifié auprès du grand dieu
, que nous avons
discutée autre part. (Voy. Grand Vestibule, 64.)
403. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 21.
Statuette funéraire d'un autre type. Le nom propre n'a
pas été gravé dans le texte du chapitre 6. L'âme, sous la
forme d'épervier à tête humaine, est placée sur la poitrine
du défunt, attendant la résurrection.
404. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 18.
Autre statuette funéraire au nom de la dame Naï. Cette
fois la défunte tient dans les mains les deux hoyaux, instruments
de culture; à ses poignets sont passés les deux sacs qui
contiennent les grains qu'elle va confier à la terre des champs
sacrés. Le grand collier ousekh, où dominent comme motifs
d'ornement tous les symboles de renaissance, couvre sa poitrine.
Ce joli monument appartient à l'époque des Ramsès.

160

405.— Memphis.-Saqqarah. Serpentine.
  • Hauteur, 0 22.
Ce type est propre à la XIXe dynastie et rappelle par sa
orme les sarcophages de ce temps (voy. Avant-propos, p. 44).
Le défunt est représenté en costume civil. Il a la longue chemise
bouffante aux manches et relevée par devant en tablier
triangulaire. Ses pieds sont chaussés de larges sandales. Il
tient dans une main le tat, dans l'autre la boucle de ceinture.
Le défunt porte un nom célèbre: il s'appelle Tounar-i,
comme le fonctionnaire du règne de Ramsès II dans le tombeau
duquel a été découverte la fameuse Table de Saqqarah,
l'un des précieux monuments de notre Musée.
406.— Memphis.-Saqqarah. Bronze.
  • Hauteur, 0 19.
Les statuettes funéraires de bronze sont extrêmement
rares. Celle-ci est aussi remarquable par la matière dont elle
est formée que par le style des légendes, et surtout de la face.
Vue de profil, notre statuette rappelle les grandes figures de
Séti Ier et de son fils Ramsès II.
Le défunt était gardien des troupeaux, et s'appelait Amenmès.
Il tient de chaque main la houe et la pioche; derrière son
épaule gauche est suspendu le sac qui renferme les semences.
Notre Cage P contient encore un grand nombre de statuettes
funéraires de la XIXe dynastie et des suivantes dont le
visiteur peut étudier les variétés sur place. Vers la XXVe dynastie,
le mode des statuettes de porcelaine bleue ou verte devient
de plus en plus général à mesure qu'on se rapproche des
Ptolémées, époque à laquelle ces statuettes commencent à se
montrer de moins en moins fréquentes.
407. — Memphis.-Grandes Pyramides. Porcelaine bleue.
  • Hauteur, 0 20.
Excellent modèle des statuettes funéraires de la dernière
époque. On admirera la finesse de la figure. Le défunt tient
entre les mains les instruments de labour. Le sac de semences
est suspendu à son épaule gauche. Il s'appelait Ahmès,

comme le roi Amosis, dont il a pu être le contemporain.
Ces statuettes sont les plus nombreuses dans toutes les
collections. Notre Cage P et les six armoires suivantes en
offrent des spécimens de tous genres.
Armoire Q. — Monuments funéraires. Après les
explications qui précèdent, j'ai à peine besoin d'indiquer
les principaux d'entre ces monuments. Le
visiteur jugera seul maintenant de la signification et
de la valeur des autres.
408.— Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 0 44.
Coffret destiné à recevoir des vases. Les quatre génies
sont figurés sur les quatre faces (voy. ci-dessus, 396). Il
porte le nom de la dame Ta-maut-pi-ankh, dont la tombe a
fourni au Musée divers autres monuments.
409. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 39.
Quatre vases funéraires peints. Ils n'ont pas d'autres légendes
que le nom du génie écrit à l'encre noire sur la panse.
Ils sont tous les quatre à tête d'homme. Les faces sont vigoureusement
traitées. Trois d'entre elles sont rouges, la quatrième
jaune. Le type est celui qu'on rencontre encore aujourd'hui
parmi les habitants d'un grand nombre de villages
de l'Egypte moyenne. (XIXe dynastie.)
410. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 12.
Couvercle de vase canope. L'usage de donner aux statues
la tête du roi régnant est constant sous Séti Ier et Ramsès II.
On reconnaîtra facilement ici le profil si nettement accentué
du premier de ces rois. C'est en comparant ce type à celui
des monuments où la ressemblance individuelle des particuliers

a été cherchée qu'on commence à soupçonner que les
illustres conquérants de la XIXe dynastie pourraient bien
appartenir à une race étrangère à l'Egypte. La face maigre,
allongée de Thoutmès III semblerait aussi révéler une origine
étrangère. Au contraire, la physionomie ronde de l'Ousertasen
Ier d'Abydos (App. Abydos) et de Sân (App. Tanis)
appartient incontestablement à l'Egypte.
411.— Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 35.
Stèle carrée funéraire, d'une finesse de gravure tout à fait
remarquable. Les noms propres Ra-s-hotep-het, Entef, Mentouhotep,
Ameni, Ousertasen
, la font remonter jusqu'au commencement
de la XIIe dynastie.
412.— Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 41.
Autre stèle carrée où se trouvent encore les noms propres
Ra-s-hotep et Entef. Le monument appartient par conséquent
à la même époque que le précédent, et comme lui
nous offre un bon exemple du style de la gravure des hiéroglyphes
sous les premiers rois de la XIIe dynastie.
413-414. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 29.
Deux belles statuettes funéraires provenant de la tombe
d'un premier prophète d'Ammon Générateur. Il s'appelait Mentou,
et était surnommé Sen-ris. Sur le devant, reproduction
du chapitre 6 du Rituel. La finesse de la gravure mérite
d'être remarquée. (XVIIIe dynastie). (Voy. Salle du Centre,
399.)
415.— Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Terre cuite.
  • Hauteur, 0 18.
Nous comprenons sous ce numéro toute la collection des
cônes funéraires. Parmi eux on remarquera ceux du premier
prophète d'Ammon Générateur, auquel nous devons les deux
statuettes funéraires précédentes, et celles du fonctionnaire

Entef, dont la belle tombe, si malheureusement mutilée, appartient
au règne de Thoutmès III. Entef, Amenemha, Ameni
sont des noms propres de la XIe et de la XIIe dynastie qu'on
trouve quelquefois employés sous les premiers règnes de la
XVIIIe L'étude des monuments nous apprend que, quelque
temps avant et après l'expulsion des Pasteurs, Thèbes a été le
théàtre d'une sorte de renaissance pendant laquelle l'Egypte
semble s'être donné pour tâche de reproduire, jusque dans
ses moindres détails, la civilisation de la XIe dynastie. Le
nom propre que nous venons de lire sur un de nos cônes funéraires
apporte un élément nouveau à ce curieux problème,
qui intéresse de difficiles questions d'histoire dont jusqu'ici
nous pouvons à peine entrevoir la solution.
On ne trouve les cônes funéraires qu'à Thèbes, et particulièrement
dans la partie de Thèbes appelée Drah-abou'lneggah.
Jamais on n'en rencontre dans l'intérieur des tombes.
Avons-nous à chercher, dans l'immense nécropole que je
viens de nommer, quelque sépulture encore inconnue? nous
savons que nous approchons de la porte quand le sol retourné
nous fournit les cônes qu'on y a enfouis; plus ils sont nombreux,
moins l'entrée est loin.
Peut-être ces circonstances nous révèlent-elles la destination,
encore inconnue, des cônes funéraires. Thèbes, bornée à
l'ouest par des montagnes presque à pic, n'a pu, comme
Memphis et Abydos, étendre sa nécropole sur un espace pour
ainsi dire sans limites. D'un autre côté, Thèbes n'a pas eu,
comme d'autres villes populeuses de l'Egypte, la ressource
des puits profonds, dont les divers étages multiplient les caveaux
funéraires. Aussi Ies tombes de l'Assassif et de Drahabou'l-neggah
sont-elles si pressées qu'aujourd'hui il est impossible
d'en démêler le plan primitif.
On peut croire qu'il en a été de même dans l'antiquité. Les
cônes limitaient alors les tombes et le terrain qui leur appartenait;
ils avaient aussi l'avantage d'avertir du voisinage
d'une sépulture oubliée ceux qui, trouvant un terrain privé
de toute marque extérieure, et le croyant par conséquent
vierge, auraient voulu y établir une sépulture nouvelle. Il faut
avoir vu l'inextricable confusion de Drah-abou'l-neggah pour
se bien rendre compte de l'utilité pratique des cônes.
La forme qu'on leur a donnée n'a sans doute pas été choisie
sans intention: cette forme est celle qui sert à écrire l'offrande.
Le plus souvent les cônes sont enduits d'une sorte de
poussière blanchâtre, qui peut être de la farine, comme s'ils
figuraient un pain sacré. Si les cônes funéraires n'avaient

pas d'autre destination que celle d'être des offrandes votives,
on ne s'expliquerait pas qu'on ne les trouve absolument qu'à
Thèbes.
Très-fréquents depuis l'origine de Thèbes jusqu'à la fin de
la XVIIIe dynastie, ils deviennent de plus en plus rares à
partir des Ramsès, et l'usage en est à peu près perdu sous les
Saïtes. Peut-être les a-t-on abandonnés à cause des facilités
qu'ils procuraient à ces voleurs qui se donnaient pour tàche
la spoliation des momies.
416. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 0 19.
«Le mot âx'm (akhem) désigne l'épervier momifié, qui est
souvent figuré dans les barques divines; il symbolise ici un
état inerte ou quiescent de la divinité, la larve divine, qui
fait antithèse avec son principe actif, exprimée par l'idée
âme vivante. Sur les hypocéphales, qui étaient, comme on
le sait, destinés à développer la chaleur vitale dans la résurrection
des morts, l'àx'm est ordinairement figuré par
un épervier momifié avec les ailes déployées, pour symboliser
le réveil de l'état transitoire de la mort.» (Devéria,
Monument biographique de Bak-en-khonsou.)
Armoire R. — Suite des monuments funéraires.
417. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Cartonnage.
  • Hauteur, 0 48.
Fragment d'un cartonnage de momie richement décoré.
La tête est coiffée de la dépouille du vautour, symbole de la
maternité. Notre cartonnage a, par conséquent, servi d'enveloppe
à une momie de femme. (Voy. Salle de l'Est, 740.)
418-419.— Memphis.-Saqqarah. Bois.
  • Hauteur, 0 47.
Deux boîtes couvertes de couleurs qui ont conservé

d'une manière étonnante leur fraîcheur primitive. Epoque
greeque.
Ces boîtes, taillées en forme d'édicule, sont destinées à
contenir les statuettes funéraires.
420. — Memphis.-Saqqarah. Cartonnage.
Cartonnages divers découpés à jour et ornés de couleurs
brillantes. Quelques-uns sont dorés. Ces cartonnages servent
d'ornements extérieurs à certaines momies d'époque grecque
qu'on trouve à Saqqarah. La Salle de l'Est (740 et suiv.)
conserve quatre de ces momies, que nous avons laissées intactes.
421. — Thèbes.-Abd-el-Qournah. Bois.
  • Hauteur, 0 19.
Un chevet. (Voy. Salle du Centre, 397.)
422. — Thèbes.-Abd-el-Qournah. Cartonnage.
  • Longueur, 0 22.
Modèles de sandales. Cet emblème répond à l'expression si
connue des textes égyptiens: Que tes ennemis soient sous tes
sandales.
C'est un voeu adressé au mort pour qu'il triomphe
des puissances amies des ténèbres.
423. — Memphis.-Saqqarah.
  • Longueur, 0 32.
Deux ibis embaumés. Sur l'enveloppe de l'un est une image
de l'animal sacré en toile découpée; l'enveloppe de l'autre a
été ornée d'un cynocéphale accroupi, emblème de Thoth.
(Voy. Salle du Centre, 134.)
424. — Memphis.-Saqqarah.
  • Longueur, 0 40.
Un épervier embaumé. La momie est ornée d'une image du
dieu Ra découpée en toile. (Voy. Salle du Centre, 120.)

166

425. — Thèbes.-Assassif.
  • Longueur, 0 30.
Momies de petits crocodiles, emblèmes du dieu Sebek. Osiris
est la nuit primordiale, antérieure à la création des astres;
Sebek représente l'obscurité de la nuit, celle qui tour à tour
domine le soleil et est dominée par lui. Le dualisme égyptien
a ainsi fait de Sebek le constant antagoniste d'Horus.
Ces deux divinités avaient un temple commun à Ombos; Set
et Ra se sont de même rencontrés sur des autels voisins à
Tanis. C'est ainsi que certaines figures panthées réunissent
en un même ensemble les attributs les plus opposés. Les
idées synthétiques auxquelles nous devons ces rapprochements,
qui peu à peu ont envahi la religion égyptienne et
altéré la pureté des dogmes primitifs, n'ont pas besoin d'être
expliquées.
426 à 431. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 0 25.
Six jolies stèles peintes. Comme toutes celles que Thèbes
et Abydos nous ont fournies et qui nous montrent des scènes
d'adoration à Horus, elles sont intentionnellement couvertes
des couleurs les plus vives. Il y a peut-être là une allusion à
l'éclat de l'astre lumineux dont Horus était la personnification
la plus brillante.
Armoire S. — Suite des monuments funéraires,
432. — Thèbes.-Abd-el-Qournah. Papyrus.
  • Longueur, 1 65.
Ce papyrus est en hiéroglyphes cursifs, déjà mêlés de
quelques signes hiératiques. Il a été écrit pour accompagner
la momie d'un prêtre d'Ammon nommé Amen-mès. L'époque
en est assez difficile à préciser. Il appartient cependant à
l'une des trois premières dynasties du Nouvel-Empire.
Bien qu'on ne le trouve pas au Rituel, le texte qui y est
transcrit est cependant funéraire; les exemplaires en sont
assez nombreux. Peut-être fait-il partie de quelque autre

livre dont les chapitres, plus ou moins complets, couvrent
les parois de plusieurs tombes, particulièrement celles des
syringes royales de Thèbes.
D'après les légendes qui lui servent de titre, l'ensemble de
la composition se rapporte à la course du soleil dans l'hémisphère
inférieur. Le dieu est figuré sous la forme d'un
homme à tête de bélier debout au milieu d'une barque. Il
vogue ainsi sur l'abyssus céleste. Des génies l'accompagnent,
remorquant la barque divine. D'autres personnages, revêtus
d'attributs trop souvent difficiles à expliquer, précèdent le
cortége. Le dieu arrive enfin à la montagne lumineuse du
Levant, à l'horizon de laquelle on voit surgir un homme les
bras étendus et portant sur la tête le scarabée noir, emblème
de la mystérieuse génération qui vient de redonner au soleil
une existence nouvelle. Près du scarabée, la momie ellemême
d'Amen-mès est couchée au bord de l'horizon, attendant
qu'à son tour elle s'élance dans les espaces qu'emplit la
lumière.
433. — Memphis.-Saqqarah. Cartonnage.
  • Hauteur, 0 30.
Grande découpure à jour, destinée à orner la poitrine d'une
momie. Epoque grecque.
La déesse Khou (la lumineuse), coiffée du disque solaire,
les mains armées de deux plumes d'autruche, symbole de
vérité, est accroupie au milieu de la scène. De grandes
ailes, peintes de couleurs variées, sont attachées à ses bras
étendus.
434. — Memphis.-Saqqarah. Cartonnage.
  • Hauteur, 0 19.
Autre découpure. Le cartonnage a été gaufré et uniformément
doré. La déesse Khou fait encore ici l'object principal
de la composition. Sur ses bras figurent les quatre génies des
morts.
435. — Memphis.-Saqqarah. Cartonnage.
  • Hauteur, 0 21.
Autre découpure. Celle-ci a pris la forme du collier ousekh.
Selon les prescriptions du Rituel, ce collier devait être suspendu,

avec quelques autres ornements symboliques, au cou
de chaque défunt. Il est ici richement orné: au sommet plane
le scarabée ailé; au-dessous est le grand tat à face humaine,
vu de face, symbole d'Osiris; un pectoral, au centre duquel
s'élève l'âme du défunt, les ailes éployées, y est attaché.
Comme le précédent, le collier que nous venons de décrire
est gaufré et doré.
C'est improprement que les monuments de ce genre sont
appelés des cartonnages, puisqu'ils se composent de bandes
de toile superposées et recouvertes d'un stuc blanc sur lequel
la peinture est appliquée.
436-437. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 23.
Deux petites stèles. Quoique à peu près de même époque
(Moyen-Empire), elles sont de style tout à fait différent.
Nous ne décrirons pas les autres objects contenus
dans l'Armoire S. On y trouve, en grand nombre,
des statuettes funéraires (voy. Salle du Centre, 399,
401), des boîtes destinées à les contenir, des éperviers
couchés (voy. Salle du Centre, 416), des sandales
(voy. Salle du Centre, 422).
Armoire T. — Suite des monuments funéraires.
Comme les précédentes, elle contient beaucoup d'objets
déjà décrits autre part et sur lesquels nous ne
reviendrons pas. Je mentionnerai cependant:
438. — Thèbes.-Assassif. Bois.
  • Longueur, 2 10.
Planche provenant d'un sacrophage de momie. Elle est
écrite à l'intérieur en encre noire. Le défunt s'appelait Besmaut,

fils de sa mère Ta-schap-en-Khons. Ces noms propres
nous reportent à la XXVIe dynastie.
Les légendes qui couvrent ce monument sont des extraits
du Rituel. On y voit les chapitres 2, 3, 4, 5, 7 et 17.
L'Armoire T contient encore:
Un chevet (voy. Salle du Centre, 397);
Des boîtes destinées à contenir les Schabti (voy. Salle du
Centre,
394);
Des cartonnages destinés à servir d'ornement extérieur
aux momies (voy. Salle du Centre, 420);
Des éperviers momifiés (voy. Salle du Centre, 420);
Des statuettes de toutes formes et de toutes dimensions. Les
plus remarquables sont celles qui sont revêtues de ce bel
émail bleu que l'Egypte prodiguait sur les monuments les
plus ordinaires, et dont notre industrie moderne réussit à
peine à imiter l'éclat. (Voy. Salle du Centre, 399.)
Armoire U. — Suite des monuments funéraires.
Pour l'explication des objets principaux qui y sont
conservés (statuettes funéraires, chevets, cartonnages,
etc.), le visiteur aura recours aux développements
dont l'inventaire des armoires précédentes est
accompagné. Je ne noterai particulièrement que la
stèle dont voici la description:
439. — Thèbes.-Assassif. Calcaire.
  • Hauteur, 0 52.
Stèle funéraire écrite et peinte.
Premier registre. A droite Bes-maut, prêtre du Soleil, adore
le dieu Toum; à gauche, le même personnage est en présence
de Ra.
Second registre. Deux inscriptions affrontées correspondent
à chacune des scènes que nous venons de décrire. Celle de
gauche est par conséquent une invocation au dieu Ra, celle de
droite une prière à Toum. Toutes deux, du reste, sont à peu

près remplies par la seule énumération des titres et des parents
du défunt.
La prière à Toum contient un renseignement assez curieux.
On y voit que Bes-maut naquit l'an 18 du règne d'un Psammétichus
qui ne peut être que Psammétichus Ier, et qu'il mourut
à l'âge de 99 ans. Bes-maut était né par conséquent l'an
648 avant notre ère, et sa mort eut lieu l'an 549, qui correspond
à la 23e année d'Amasis.
Armoire V. — Suite des monuments funéraires.
Ici encore le visiteur aura recours aux explications
fournies à propos des armoires précédentes. Les
seuls objets à noter spécialement sont:
440. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 45.
Stèle funéraire. Le beau style de la XIIe dynastie se reconnaît
à première vue. Les hiéroglyphes sont larges, bien espacés
et traités avec cette finesse de gravure propre à l'époque.
Les figures sont en relief léger qui n'exclut pas une certaine
vigueur. Le nu des femmes est peint en jaune. Ousertasen,
Sebek-nekht, Sebek-ta-ta-ou
sont des noms propres qui
nous reportent à la XIIe dynastie.
441. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 25.
Autre stèle funéraire du même temps. Un personnage assis
respire la fleur de lotus. Dans les canaux de la Basse-Egypte,
on voit encore aujourd'hui cette jolie fleur dont le pied
trempe dans l'eau et dont le calice d'un bleu céleste s'ouvre
chaque jour au soleil du matin. Les Egyptiens y ont trouvé
un symbole gracieux de la venue de l'âme à la lumière éternelle.
Devant ce personnage assis sont rangées des offrandes
funèbres qu'un second personnage apporte: c'est le fils du
défunt.
Au second registre, le fils, à son tour, accepte les dons
funéraires de ses enfants.

171

Parmi les noms propres usités dans cette famille on remarquera
celui de Snefrou. Snefrou est un roi de la IVe dynastie
dont l'Egypte a longtemps vénéré la mémoire.
442. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 28.
Troisième stèle funéraire. Elle a été trouvée dans le même
tombeau que la précédente. Malgré le nom propre Snefrou
que l'on y retrouve, elle n'appartient cependant pas à la
même famille. Le nom de Ra-scha-ké-ou (cartouche d'Ousertasen
III), porté par un des personnages qui y figurent, ne
laisse pas de doute sur sa date.
443. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Bois.
  • Hauteur, 0 20.
Un chevet orné de figures et de légendes. Sur le devant,
la déesse Thoueris armée d'un glaive; sur les côtés, le dieu
Bes (voy. Salle du Centre, 188); au bas, invocation à Ammon-Ra.
La série des monuments funéraires exposés dans
la Salle du Centre se termine par des papyrus, des
vases canopes, des stèles et d'autres objets que leurs
dimensions ne nous ont pas permis d'introduire dans
les armoires. En voici la nomenclature:
444. — Thèbes.-Abd-el-Qournah. Papyrus.
  • Hauteur, 0 35.
  • Longueur totale, 4 50.
Grand papyrus en hiéroglyphes cursifs écrits dans le
système rétrograde. Il a été trouvé déroulé en partie sur la
momie d'un fonctionnaire thébain nommé Sen-hotep. Le
cercueil qui contenait cette momie est noir avec légendes en
jaune vif. Le visage est rouge. Un grand vautour jaune, les
ailes éployées, couvre la poitrine. Il appartient par conséquent
à la XVIIIe dynastie.

172

Le papyrus est un Rituel (voy. Salle du Centre, 389); mais
il offre avec l'exemplaire de Turin des différences souvent
énormes.
Au commencement, un grand tableau qui prend toute la
hauteur du papyrus représente le défunt en prière devant
Osiris; une femme dont le nom n'a pas été écrit et dont le
nu est peint en jaune l'accompagne. Vient ensuite une série
de tableaux, confusément disposés, où les seize premiers chapitres
du Rituel sont résumés. Le corps de Sen-hotep est
amené dans une barque, des pleureuses précèdent le cortége,
le veau des sacrifices est immolé, etc. Les scènes qui suivent
sont difficiles à expliquer et ne se trouvent pas dans le Rituel.
Des différences un peu moins frappantes signalent ensuite le
papyrus de Sen-hotep, qui donne à peu près comme le texte
de Turin les chapitres de la transformation du défunt en
vanneau, en hirondelle, etc.; mais l'écart se manifeste de
nouveau jusqu'à la grande scène du jugement. Cette scène
elle-même n'a que des points de contact assez rares avec la
scène analogue que nous offrent les papyrus funéraires d'une
autre époque. Le Livre de l'arrivée dans la salle de la double
justice
paraît offrir ici une rédaction différente. Le bassin du
purgatoire, gardé par les quatre cynocéphales accroupis, y
est intercalé. Le papyrus se termine par le chapitre des
stations célestes (ch. 149) et la représentation des animaux
de toutes sortes en présence desquels le défunt va se trouver.
Ce chapitre est terminé lui-même par un second tableau qui,
comme le premier, prend toute la hauteur du papyrus, et
représente l'adoration d'Osiris par le défunt et la femme qui
l'accompagne.
445. — Thèbes.-Assassif. Papyrus.
  • Hauteur, 0 36.
  • Longueur, 4 40.
Autre Rituel d'une époque plus récente. Celui-ci est en
écriture hiératique. La place des vignettes est réservée, mais
a été laissée en blanc. Le papyrus est multilé vers la fin.
Le chapitre 43 ouvre la série des textes.
Il a été trouvé dans un de ces cercueils à fond blanc qui
prennent place entre les derniers Ramsès et les Saïtes.
Le Musée possède encore un grand nombre de papyrus
qui ne sont pas exposés faute de place.

173

446. — Memphis.-Saqqarah. Basalte vert.
  • Largeur, 0 70.
C'est intentionnellement que nous plaçons cette magnifique
table d'offrandes à côté de l'Hathor sous forme de vache
et des deux autres statues que nous avons décrites sous les
s 385 et suivants. Ces quatre monuments proviennent en
effet de la même tombe, celle de Psammétichus. L'Hathor
et les deux statues ont été trouvées au fond du puits, à
côté de la momie; c'est dans le sable et au milieu des ruines
de la chapelle extérieure que notre table d'offrandes a été
découverte. (Voyez encore Salle du centre, n° 560, et Salle de
l'Ouest, n
°s 711 à 714.)
447. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 39.
Une série de quatre beaux vases funéraires (voy. Salle
du Centre,
396). Un collier richement décoré couvre la poitrine.
Ils sont tous les quatre à tête humaine, et proviennent
du tombeau de la dame Naï. (Voyez Salle du Centre, 404.)
448. — Memphis.-Saqqarah. Bois.
  • Hauteur, 0 35.
Une tête de vache.
Quand un des animaux de l'espèce bovine mourait à
Memphis, on l'enterrait près du Sérapéum, soit dans le
sable pur, soit dans une immense catacombe aujourd'hui
comblée. L'embaumement ne paraît pas avoir été pratiqué
pour ces animaux, dont on ne conservait que le squelette.
Tantôt le squelette était maintenu par de fortes branches
d'arbre nouées le long de l'épine dorsale, tantôt les os
étaient réunis en paquet et enfermés dans des linges nombreux
auxquels on essayait de donner extérieurement la
posture d'un boeuf accroupi. Quelquefois enfin ce même
paquet était enfermé dans un coffre de bois, fendu par le
milieu, auquel on donnait la même forme. La tête de vache
inscrite sous le n° 448 s'adaptait à l'un de ces coffres.

174

449. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Grès slatuaire.
  • Hauteur, 0 60.
Stèle funéraire. Deux personnages sont assis de chaque
côté d'une table d'offrandes. Celui de gauche est Oer-senankh,
fils de Phtah-oer-biou, celui de droite Min-nefer, fils du
même Phtah-oer-biou; nous sommes par conséquent en
présence de deux frères. Il est à remarquer que Min-nefer
a le titre de parent du roi, et qu'Oer-sen-ankh n'est que
chef de maison. Peut-être le titre de parent du roi n'était-il
réservé qu'à l'aîné de la famille. Ce monument remonte à la
VIe dynastie.
450. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 80.
Grande stèle carrée de la XIIe dynastie. Une place relativement
petite a été faite cette fois aux membres de la famille.
Le champ de la stèle est en effet occupé presque tout
entier par un long texte de trente-six lignes verticales écrites
dans le système rétrograde.
Le défunt s'appelle Nehi. Il était membre ou président
d'une sorte de conseil de trente membres encore mal déterminé.
Un de ses parents avait pris pour nom le prénom
d'Ousertasen III, ce qui nous reporte effectivement à la
XIIe dynastie.
Trente-six lignes écrites dans le système rétrograde
forment le registre principal. Les premières reproduisent le
chapitre 148 du Rituel, avec des variantes importantes. Les
dernières donnent un nouveau texte que j'ai cherché en vain
dans l'exemplaire-type de Turin.
451. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 70.
Autre grande stèle carrée de la XIIe dynastie, au nom
de Tes-hotep-em-noub (?), fils d'Hapi. Couleurs assez bien conservées.
Au premier registre, prière aux dieux de l'enfer
égyptien, avec l'énumération de quelques-unes des fêtes à
l'anniversaire desquelles on devait venir dans le tombeau
accomplir les rites funèbres.

175

452 à 457. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
Six cercueils de momies. Ils appartiennent à la période
historique comprise entre la XXIe et la XXVIe dynastie.
La série des monuments funéraires exposés dans la
Salle du Centre est épuisée, la Cage X commence la
série des monuments civils.
Cage X. — Monuments de choix relatifs à la vie
privée, aux arts, etc.
458. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 37.
On a vu par l'inventaire des monuments exposés dans le
Grand Vestibule que l'art de l'Ancien-Empire est dignement
représenté au Musée. La petite statue que nous avons sous
les yeux prend une des premières places parmi celles qui
nous montrent quel degré de perfection les artistes de
Memphis avaient déjà atteint il y a soixante siècles.
Cette statue représente un architecte nommé Nefer. Si
petite qu'elle soit, l'harmonie de ses formes lui donne l'aspect
d'un colosse. La poitrine et les jambes sont traitées avec la
supériorité qui caractérise cette époque.
459. — Memphis.-Grandes Pyramides. Calcaire.
  • Hauteur, 0 10.
Tête de statue de l'Ancien-Empire. Je ne crois pas qu'à
aucune époque les Egyptiens aient réussi à modeler une
tête plus largement: les yeux sont bien ouverts, le nez fin
et légèrement retroussé, les lèvres épaisses, la bouche
grande, les joues pleines, l'ensemble du visage doux et bien-veillant.
La convention n'est apparente que dans l'arrangement
trop systématique de l'épaisse perruque qui couvre la
tête. Ce beau morceau de sculpture doit être étudié dans un
jour meilleur que celui que nous avons pu lui donner. Le
profil surtout est remarquable.

176

460. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 09.
Une autre tête provenant d'une statue brisée. Style un peu
mou. On y reconnaît cependant à première vue l'art des
anciennes dynasties.
461. — Eléphantine.-Geziret-Assouan. Serpentine.
  • Hauteur, 0 22.
Personnage assis, coiffé de la perruque ronde. Sur le
socle: le dévôt à Anoukis (déesse des cataractes) Ouser-a, fils
(de sa mère) Neketek (?). Le travail de la statue est dur; la
gravure des hiéroglyphes a été plus que négligée. Je crois
ce morceau de la VIe dynastie.
462. — Eléphantine.-Geziret-Assouan. Albâtre.
  • Hauteur, 0 18.
Statue de femme debout, les deux bras collés au corps,
coiffée de la grande perruque, qui tombe carrément sur les
seins. C'est la femme d'Ouser-a (voy. ci-dessus), qui est ici
appelé prophète d'Anoukis. Cette fois encore les hiéroglyphes
sont traités avec une extrême négligence. (VIe dynastie) (?).
463. — … Basalte vert.
  • Don de M. le comte Michel Tyszkiewicz.
  • Hauteur, 0 37.
Belle statue dont il est aussi très-difficile de déterminer
l'époque. La ressemblance doit avoir été cherchée. Le personnage
représenté était maigre, élancé, aussi étroit des
épaules que ses ancêtres de la IVe dynastie sont larges. La
tête surtout a une singulière expression, et la conformation
du crâne mérite d'être étudiée. Ce portrait en pied est certainement
antérieur à la XVIIIe dynastie; peut-être est-il
de la VIe.
464. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Granit gris.
  • Hauteur, 0 21.
Personnage assis à l'orientale. Il est enveloppé d'une robe
à franges. De la fente ménagée par devant sort sa main

gauche étendue; le pouce seul de la main droite est apparent.
Il s'appelait Khoti, fils de sa mère Hathor. Le style de
la sculpture est large; les hiéroglyphes sont nets et finement
tracés. (XIIe dynastie.)
465. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire noir.
  • Hauteur, 0 17.
Un autre personnage assis à l'orientale et enveloppé d'une
longue chemise; ses mains sont étendues sur ses jambes; il
s'appelle Kemhou, fils de sa mère Petou. Cette statue appartient
à un art dont on trouve d'assez fréquents échantillons à
Abydos; le style des hiéroglyphes est celui des stèles de la
XIIIe dynastie.
466. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Granit noir.
  • Hauteur, 0 10.
Un troisième personnage également assis à l'orientale et
enveloppé de la longue chemise nouée par devant. Ses mains
sont étendues sur ses cuisses; par exception, la paume en
est tournée en dehors vers le spectateur. Même style et
même époque que la statuette précédente.
467. — Thèbes.-Abd-el-Qournah. Bois.
  • Hauteur, 0 22.
Jolie statuette de femme. La tête est ornée d'une grande
perruque à tresses serrées qui couvre les épaules et le dos.
Elle tient un bouquet de la main droite. Son corps est enveloppé
jusqu'aux talons d'une chemise collante à franges.
(XVIIIe dynastie.)
468. — Thèbes.-Abd-el-Qournah. Bois.
  • Hauteur, 0 20.
Une femme nue, debout. Son remarquable embonpoint
n'est probablement qu'un symbole de fécondité ou d'opulence.
Cette statue a été trouvée dans une tombe de la
XVIIIe dynastie.

178

469. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 28.
Sur un socle épais couvert de quatre lignes horizontales
d'inscriptions très-fines, un homme est debout; il tient devant
lui un petit naos au fond duquel est une image de Phtah;
il est adossé à un pilier qui porte gravé, en beaux caractères
de la XXVIe dynastie, une prière au même dieu. Son nom
est Ra-nefer-het-nefer-a, fils de Ankh-Hor, et de sa mère
Toum-neter-a.
Ce personnage est noble chef; il se dit les yeux du roi de la
Basse-Egypte, les oreilles du roi de la Haute.
Une seule fois il
prend le titre de dévoué au roi Ra…het, vivant à toujours.
Malgré la mutilation intentionnelle du second caractère du
cartouche, on lit encore le mot nem. Le cartouche martelé
est par conséquent celui d'Amasis.
L'inscription qui est gravée sur ce socle est un long
discours prononcé par notre personnage en style cherché et
confus.
470. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Basalte gris.
  • Hauteur, 0 10.
Tête de statue. Elle peut passer pour un monument très-achevé
de la XXVIe dynastie. Le style en est fin, soigné,
mais un peu sec. Mise à côté de la belle tête décrite sous
le n° 459 (voy. ci-dessus), elle montre la différence qui sépare
les deux arts et les deux époques. Chose étonnante, les
sculptures les plus remarquables que nous possédions remontent
jusqu'à l'àge des Pyramides, si bien que l'art
égyptien semble n'avoir pas eu d'enfance. D'un autre côté,
en rapprochant ces deux têtes, on verra que l'immuabilité
de l'Egypte n'existe que pour ceux qui n'ont vu ce pays qu'à
la surface.
471. — … (Provient d'achat.) Bois.
  • Longueur, 0 33.
Ce joli ustensile est un manche de boîte à parfum ou de
cuiller. Il se terminait soit par une sorte de godet en forme
de cartouche ou de fleur, soit par un oiseau dont le corps
était creux et dont les ailes en s'ouvrant servaient de couvercle.
Ce manche représente une femme nue, nageant, les bras

étendus devant elle. Sa belle coiffure est relevée en tresses
artistement arrangées. Elle a sur l'oreille droite la grosse
tresse pendante qui caractérise les princesses.
472. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Faïence bleue.
  • Hauteur, 0 13.
Un hippopotame marchant au milieu des roseaux. Les
roseaux sont peints en traits noirs sur le corps du monstrueux
animal. Ce monument a été trouvé dans une tombe de la
XIe dynastie.
473.—Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 05.
Un personnage assis par terre enveloppé dans une longue
robe.
474. — Thèbes.-Assassif. Bois.
  • Longueur, 0 38.
On trouve assez souvent dans les tombes des boîtes à jeu
sur le modèle de celle que nous étudions ici. Un tiroir servait
à contenir les pions, qui sont de deux formes différentes. Sur
la partie supérieure, des divisions en lignes droites établissent
comme une sorte d'échiquier. Nous n'avons aucun renseignement
sur la manière dont les joueurs se servaient de
cet instrument.
Notre boîte à jeu, n'étant qu'un damier, a dû être classée
parmi les monuments civils. Si on interroge les légendes dont
elle est ornée, on s'aperçoit cependant que ces légendes
(peut-être d'ailleurs tracées après coup sur un meuble qui
fut cher au défunt) sont funéraires. On y lit en effet: Adoration
faite à Maut… pour qu'elle accorde de briller dans le ciel,
d'être puissant sur la terre
, (de jouir) d'un beau sarcophage après
une vieillesse heureuse à la personne de… Abibi le justifié.
Cette
formule se retrouve sur un grand nombre de stèles et de sarcophages,
et n'a pas besoin d'être discutée.
Quelques cases du damier en question avaient un nom
particulier, et ce nom paraît être astronomique. Peut-être
les damiers des tombes ne sont-ils, après tout, que des emblèmes
funéraires en rapport avec quelque idée mythologique du
genre de celle que nous trouvons dans Plutarque: «Rhéa, diton

ayant eu un commerce secret avec Saturne, le Soleil,
qui s'en aperçut, prononça contre elle cette imprécation,
qu'elle ne put accoucher dans aucun mois, ni dans aucune
année. Mercure, qui aimait cette déesse et qui en était bien
traité, joua aux dés avec la Lune et lui gagna la soixantedixième
partie de ses clartés, dont il forma cinq jours, qu'il
ajouta aux trois cent soixante de l'année; les Egyptiens
les appellent épagomènes, et ils les célèbrent comme l'anniversaire
de la naissance des dieux. On dit qu'Osiris naquit
le premier jour, etc. »
475. — Thèbes.-Assassif. Bronze.
  • Hauteur, 0 30.
Miroir. Le manche est terminé par une tête d'Hathor
(visage de femme, oreilles de vache). Le disque, très-pesant,
est d'une composition de bronze qui mériterait d'être analysée;
il était recouvert d'un vernis d'or qui a disparu.
Trouvé dans une tombe de la XIXe dynastie.
476. — Memphis.-Saqqarah. Bronze et bois.
  • Hauteur, 0 26.
Miroir. Le manche est à tête de Bes. Trouvé dans une
tombe de l'Ancien-Empire. (Voy. Salle du Centre, 188.)
477. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Bois.
  • Hauteur, 0 08.
Petite tortue. Les trous pratiqués sur son dos servaient à
ficher des épingles de toilette en bois, terminées par des
têtes de chien. Cet ustensile a été trouvé dans une tombe
de la XIe dynastie.
478. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Papyrus.
  • Diamètre, 0 07.
Une balle d'enfant en feuilles de papyrus ployées. (XIe dynastie.)

181

479. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Os.
  • Hauteur, 0 05.
Une fiole à poudre d'antimoine pour les yeux (Kohol).
Elle a la forme du dieu Bes. (Voy. Salle du Centre, 188.)
480. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcelaine.
  • Hauteur, 0 05.
Un petit flacon pour la poudre d'antimoine, destinée à
noircir le bord des paupières. La coiffure de Bes forme le
goulot. La face du dieu monstrueux occupe la panse. (Voyez
Salle du Centre, 188.)
481. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Bois.
  • Hauteur, 0 29.
Un joli petit modèle de coffret en bois de deux couleurs.
Trouvé dans une tombe de la XIe dynastie.
482 à 486. — Thmuïs.-Tell-el-Tmaï. Argent.
  • Diamètre moyen, 0 15.
Cinq très-beaux vases d'argent massif. Les bas-reliefs
sculptés sur les murs de certains édifices sacrés nous auto-risent
à penser que ces vases ont fait partie des trésors de
l'un des temples de la ville dans les ruines de laquelle ils ont
été trouvés. La fleur de lotus ouverte forme le motif général
de l'ornementation. L'un d'entre eux (n° 486) a reçu pour
décoration extérieure le bouton de la même fleur. L'époque
à laquelle ces monuments appartiennent est inconnue; on ne
doit pas cependant hésiter à les regarder comme contemporains
des dynasties nationales.
487. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Jonc.
  • Hauteur, 0 15.
Panier en jonc tressé teint de couleurs diverses, et trouvé
dans une tombe de la XIe dynastie. Dès cette époque, les
Egyptiens ont fait des travaux de sparterie remarquables.
Le Musée en possède de nombreux échantillons. Les paniers
qu'on fabrique encore aujourd'hui à Eléphantine ont les
mêmes couleurs, et quelques-uns affectent les mêmes formes.

Le commerce en apporte de Massaouah à Suez qui sont tout
à fait semblables à celui que nous décrivons sous le n° 487.
Sept statues appartenant à la série des monuments
civils
sont disposés sur des socles qui occupent diverses
parties de la Salle du Centre.
488. — Memphis.-Saqqarah. Granit.
  • Hauteur, 0 49.
Un personnage assis par terre, les jambes croisées; il a la
perruque évasée et la schenti. Sur ses genoux un papyrus
est à moitié déroulé. Les statues tenant devant elles un de ces
livres se trouvent fréquemment dans les tombeaux de l'Ancien-Empire.
Le livre ainsi mis entre les mains du défunt ne
peut être qu'un exemplaire du Livre des morts (voy. Salle
du Centre
, 389), ou plutôt de l'une de ses parties. La tête
de notre statue est modelée avec la vigueur et la franchise
propres aux artistes de ces époques reculées.
489. — Memphis.-Saqqarah. Granit.
  • Hauteur, 0 50.
Autre personnage dans la même posture et tenant, comme
le précédent, un rouleau de papyrus déployé sur ses genoux.
Pas de légendes.
490. — Memphis.-Saqqarah. Granit.
  • Hauteur, 0 51.
Troisième personnage assis comme les deux précédents.
Aucune inscription ne dit son nom.
491. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 48.
Personnage assis par terre, les jambes croisées. Le papyrus
déroulé est entre ses mains. On y lisait, écrites à l'encre noire,
des formules d'offrandes qui ne sont plus déchiffrables.

183

492. — Memphis.-Saqqarah. Bois.
  • Hauteur, 1 10.
Un personnage est debout, tenant en main le bâton du
commandement. Sa chevelure est courte; ses hanches sont
couvertes d'une sorte de jupe assez longue qui est ramenée
par devant en plis bouffants; tout le reste du corps est nu.
Rien de plus frappant que cette image, en quelque sorte vivante,
d'un personnage mort il y a six mille ans. La tête
surtout est saisissante de vérité. De son côté, le corps tout
entier a été traité avec un sentiment profond de la nature.
Nous ne possédons certes pas de portrait plus authentique
et plus parlant.
Dans son état primitif, la statue était recouverte d'un stuc
léger, peint en rouge et en blanc.
Les yeux sont rapportés. Une enveloppe de bronze, qui
tient lieu des paupières, enchâsse l'oeil proprement dit,
formé d'un morceau de quartz blanc opaque, au centre
duquel un autre morceau de cristal de roche sert de prunelle.
Au centre et au fond du cristal, un clou brillant est
fixé et donne à l'oeil ainsi fabriqué quelque chose du regard
de la vie.
Pour pouvoir poser la statue debout, nous nous sommes
risqués à lui ajouter des pieds, auxquels nous avons laissé la
couleur du bois nouveau.
493. — Memphis.-Saqqarah. Bois.
  • Hauteur, 0 60.
Dans l'édicule funéraire qui a fourni à notre Musée le
beau morceau que nous venons de décrire, il a été trouvé
une autre statue de bois, également remarquable comme
oeuvre d'art, et représentant une femme debout. Il n'en reste
malheureusement que la tête et le torse.
494. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 92.
Cette statue mérite, comme les deux précédentes, la place à
part que nous lui avons donnée. Peut-être, au point de vue
de la proportion relative des membres, n'est-elle point irréprochable;
mais tout le monde admirera la vigueur singulière
des genoux, et surtout le modelé franc du visage.
Cette fois encore, nous avons affaire à un portrait. L'homme

était grand, maigre, élancé; il avait les yeux bien ouverts,
le nez court et droit, la bouche épaisse. Il porte une grande
perruque qui tombe sur la poitrine et le dos, en laissant le
haut des épaules à découvert, et qui semblerait devoir mieux
convenir à une femme.
Les inscriptions répandues sur les diverses parties du bloc
cubique qui lui sert de siége lui donnent partout le même
titre: Mais à droite il s'appelle Ateta, tandis qu'à gauche il a
pour nom propre Ankh-ari-es. L'une de ces deux appellations
devait être un surnom. La première nous reporte à la
VIe dynastie. (Voy. Grand Vestibule, 30.)
495. — Memphis.-Saqqarah Calcaire.
  • Hauteur, 0 48.
Statue. Un personnage assis. L'image de son fils décore
le côté droit du siége. (Ancien-Empire.)
496. — Memphis.-Abousyr. Granit gris.
  • Hauteur, 0 37.
Statue. Personnage dans la pose de scribe accroupi. Pas
d'inscription.
497. — Memphis.-Saqqarah. Granit gris.
  • Hauteur, 0 60.
Un personnage est assis, vêtu de la schenti; il s'appelait
En-Khefet-Ké. La main droite tient le rouleau de papyrus,
l'autre est étendue; toutes deux sont ramenées sur les
genoux. Le style de ce monument ne manque pas d'une
certaine grandeur. Comme dans toutes les statues du temps,
les genoux sont étudiés avec soin et accusent une grande
habileté de ciseau. (Ancien-Empire.)
498. — Memphis.-Saqqarah. Granit gris.
  • Hauteur totale, 0 65.
Autre statue du même personnage dans la même pose.
La tête est un peu moins dégagée que dans le monument
précédent; mais on y trouve la mème perfection dans les

détails du corps, et surtout dans le travail des bras et des
genoux. Du reste, cette statue, comme la précédente, était
peinte. Ce fait prouve que les Egyptiens n'employèrente, pas
le granit comme matière précieuse, mais comme matière
durable. Les Egyptiens ont, en effet, tout sacrifié à la durée.
Les exemples abondent. Dans le poëme de Pen-ta-our,
Ramsès II, entouré d'ennemis, invoque les dieux; il énumère
les actes par lesquels il a honoré leur majesté; mais
en parlant des temples élevés par lui, il mentionne surtout les
pierres éternelles qu'il y entassa.
499. — Memphis.-Saqqarah. Granit gris.
  • Hauteur, 0 68.
Personnage assis. Il a la perruque évasée. Par exception
il porte au mention une petite barbe coupée carrément. Ce
monument a toutes les qualités de son époque. Il appartient
à l'Ancien-Empire, et provient d'un tombeau voisin de celui
qui a fourni au Musée les statues assez nombreuses revêtues
du nom de Phtah-Assès. (Voy. le numéro suivant.)
500. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 68.
Statue de Phtah-Assès. (Ancien-Empire.)
501. — Memphis.-Grandes Pyramides. Calcaire.
  • Hauteur, 0 62.
Une femme assise, les mains étendues sur ses genoux.
Elle était prêtresse d'Hathor et s'appelait…… en-Ki-ou.
(Ancien-Empire.)
502. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 65.
Un personnage assis. (Ancien-Empire.) Il est vêtu de la
schenti. Le noeud de la ceinture qui serre ce vêtement sur
les hanches est relevé vers la poitrine.

186

503. — Memphis.-Saqqarah. Granit rose.
  • Hauteur, 0 47.
Statue représentant un personnage assis par terre. Le
style en est grossier. Il s'appelait Phtah-Assès. (Ancien-Empire.)
504. — Memphis.-Saqqarah. Granit rose et calcaire.
  • Hauteur totale, 0 56.
Statue représentant un personnage assis à l'orientale, les
mains étendues sur les jambes. D'après l'inscription gravée
sur le socle du calcaire, il s'appelait Ape-em-ankh.
Cage Y. — Comme les trois autres cages de verre
de la Salle du Centre, la Cage Y contient des monuments
choisis dans l'une des quatre sections de notre
catalogue général. Cette fois il s'agit des monuments
historiques.
Il serait trop long de les énumérer tous.
La série seule des scarabées comprend une centaine
de noms royaux qui commencent à la IVe dynastie
pour finir à Cambyse. Nous choisissons dans la
Cage Y les monuments qui méritent plus particulièrement
d'être signalés à l'attention. Les voici dans
leur ordre chronologique:
505. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Jaspe noir.
… … …
Scarabée portant le cartouche d'Osiris. Le dieu est ici
considéré comme dynaste.

187

506. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Jaspe noir.
… … …
Scarabée portant le nom propre Neb-en-ké, probablement
le Neb-ké du Papyrus Royal de Turin, ou le Ra-neb-ké de la
Table de Saqqarah. Ra-neb-ké est un roi de la IIIe dynastie.
507. — Memphis.-Saqqarah. Schiste émaillé gris.
… … …
Scarabée portant le cartouche de Mycérinus (IVe dynastie).
Le nom propre est accompagné d'une sorte d'enroulement
qui n'appartient qu'aux monuments des anciennes époques.
Il pourrait être du temps de Mycérinus lui-même.
508. — Tanis.-Sân. Porcelaine bleue.
… … …
Autre scarabée portant le même nom propre. Il n'a aucun
des caractères de l'Ancien-Empire. Mycérinus a été un roi
vénéré dont toutes les époques ont glorifié la mémoire.
509. — Eléphantine.-Geziret-Assouan. Calcaire noir.
  • Hauteur, 0 04.
Cylindre. On y lit le cartouche du roi Ouser-kef (Ve dynastie)
et sa bannière Ari-Ma.
510. — Memphis.-Abousyr. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 05.
Amulette en forme de cartouche royal. Dans l'intérieur du
cartouche, le nom propre Ra-tet-ké, qui appartient à un roi
de la Ve dynastie.
511. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine verte.
… … …
Scarabée. Sur le plat, le nom propre Ounas, qui appartient
à un roi de la Ve dynastie, successeur de Ra-tet-ké.

188

512. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Schiste émaillé.
… … …
Scarabée portant l'inscription: Le fils du Soleil, Papi, vivant
à toujours.
(VIe dynastie.)
513. — Eléphantine.-Geziret-Assouan. Jaspe noir.
  • Hauteur, 0 05.
Cylindre portant le cartouche Ra-nefer-ké et la bannière
Neter-scha-ou. (VIe dynastie.)
514. — Héliopolis.-Matarieh. Albâtre.
  • Hauteur, 0 06.
Pied d'un vase brisé. On y lit encore: Le roi de la Haute et
de la Basse-Egypte,
Ra-nefer-ké, vivant comme le Soleil.
(VIe dynastie.)
515. — Eléphantine.-Geziret-Assouan. Albâtre.
  • Hauteur, 0 17.
Vase. Le ecouvercle a la forme d'un disque. On y lit le nom
et la bannière de Ra-nefer-ké. Sur le vase proprement dit
sont gravés le nom et la bannière de Meri-en-Ra. Nous savons
par la Table de Saqqarah que le premier de ces deux
rois est le successeur de l'autre. (VIe dynastie.)
516. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Diorite.
  • Hauteur, 0 20.
Fragment d'une statue de reine, coiffée de la dépouille
du vautour, symbole de la maternité. Ce fragment a été trouvé
dans les fondations d'un mur dans lequel étaient encastrées
des stèles de la VIe dynastie. Son style rude et en quelque
sorte primitif autoriserait à penser qu'il est plus ancien encore
que la famille royale dont nous venons de faire mention;
il remonterait même jusqu'à l'une des deux premières
dynasties, si effectivement la partie de ruines d'Abydos qui
nous l'a fournie correspond à la Thinis de Manéthon.

189

517. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Porcelaine bleue.
… … …
Scarabée. Sur le plat Ra-neb-teti, prénom de Mentouhotep
III. (XIe dynastie.)
518. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Schiste émaillé.
  • Hauteur, 0 02.
  • Longueur, 0 06.
Deux fragments d'une petite boîte formée de plaquettes
de schiste rapportées. On y voit un lion terrassant une antilope.
Ce suet est traité avec une liberté d'allures remarquable.
Le roi sous lequel le morceau que nous venons de
décrire a été exécuté s'appelait Ameni (prénom) Amen
(nom propre). Il appartient à la XIe dynastie.
519. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Schiste.
  • Hauteur, 0 02.
Amulette en forme de double cartouche, gravée sur les
deux faces. D'un côté on lit les prénoms d'Ousertasen II et
d'Ousertasen III; de l'autre, à côté d'un cartouche difficile
à transcrire, on voit le nom royal Ahmès. Nous avons quelques
motifs pour croire qu'un roi encore inconnu de la
XIe dynastie s'est appellé de ce nom, qui devait être porté
plus tard par le glorieux vainqueur des Hycsos.
520. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Schiste.
… … …
Scarabée. On y lit: Le dieu bienfaisant Ra-scha-hotep, le
fils du Soleil,
Sebekhotep. C'est la légende de Sebekhotep IV.
(XIIIe dynastie)
521. — …… (Provient d'achat.) Schiste.
… … …
Scarabée. On y lit:… Ra-khem-s-ouat'-teti, Sebekhotep,
vivant à toujours, fils de sa royale mère Aat-het-hetou. Ce roi
est Sebekhotep II.

190

522. — …… (Provient d'achat.) Schiste.
… … …
Scarabée. On y lit: Le dieu bienfaisant Ra-meri-nefer, le fils
du Soleil,
Aï, vivant à toujours. (XIIIe dynastie) (?).
523. — …… (Provient d'achat.) Schiste.
… … …
Scarabée. On y lit: Le dieu bienfaisant Ra-meri-nefer.
(XIIIe dynastie) (?).
524. — …… (provient d'achat.) Schiste.
… … …
Scarabée. La nécessité quia obligé le graveur à introduire
une assez longue légende dans un petit espace rend l'inscription
qui couvre le plat de ce scarabée un peu confuse. Un
Sebekhotep sans cartouche s'y dit le fils d'un Mentouhotep,
également sans cartouche.
525-526. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Schiste.
… … …
Deux scarabées portant l'inscription: Le dieu bienfaisant
Ra-Ma-het, vivificateur. Style de la XIIIe dynastie.
527. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Schiste.
… … …
Scarabée. Sur le caractère de l'or le cartouche Scha-nefer-ti,
surmonté du titre: roi de la Haute et de la Basse-Egypte.
Style de la XIIIe dynastie.
528. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Schiste.
… … …
Scarabée. Au milieu des ornements propres à la XIIIe dynastie,
un cartouche précédé du titre le fils du Soleil. L'incorrection
de la gravure rend la lecture de ce cartouche douteuse.
Peut-être faut-il lire Ani-bi-en ou Bi-en-ani. Même
style que le numéro précédent. Notre scarabée appartient
par conséquent à la XIIIe dynastie.

191

529. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Schiste.
  • Hauteur, 0 05.
Cylindre. Inscriptions finement gravées. On y retrouve le
nom propre que nous venons de transcrire, précédé du titre
le dieu bienfaisant. Il serait téméraire de vouloir reconnaître
un sens aux caractères qui servent comme d'encadrement à
ce nom royal. (XIIe dynastie.)
530-531. — Thèbes.-Abd-el-Qournah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 04.
Deux sceaux fabriqués par la même main. Sur l'un on lit
le seul cartouche: Raskenen; sur l'autre: Le fils du Soleil,
Si-Amen, ou Amen-si. Raskenen est le dernier roi de la
XVIIIe dynastie, et le prédécesseur d'Amosis; Amen-si n'est
pas encore connu comme roi.
532. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Argent.
  • Longueur, 0 39.
Barque d'argent massif avec ses rameurs. Elle fait partie
de la collection d'objects précieux trouvés avec la momie de
la reine Aah-hotep. (Voy. Salle des Bijoux.)
533. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah……
  • Longueur, 0 38.
Hachette trouvée avec la même collection. Le tranchant
est de bronze pesant; le manche est de corne translucide. On
lit encore sur le transchant une inscription mal gravée qui
nous donne les cartouches du mari de la reine Aah-hotep.
Ces cartouches se lisent: Le dieu bienfaisant Rat-ouat'-Khe-per,
le fils du Soleil, Kamès, vivant à toujours.
534. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Albâtre.
  • Hauteur moyenne, 0 25.
Quatre vases sans couvercles trouvés dans un même coffre
avec la momie de la reine Aah-hotep. Ils contenaient des
matières animales embaumées, et faisaient office de canopes.
Pas d'inscriptions.

192

535. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Porcelaine bleue.
  • Hauteur, 0 11.
Curieux flacon à poudre d'antimoine (pour noircir le bord
des paupières). Il a la forme extérieure d'un épervier mitré.
La mitre sert de bouchon. On y lit la légende du roi Ahmès-Ra-neb-pehti
(Amosis, premier roi de la XVIIIe dynastie).
Sous le socle on voit les captifs enchaînés. Ils paraissent
asiatiques.
536. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 15.
Vase. Sur la panse, le cartouche d'Amosis accompagné
par le troisième titre du protocole royal, celui qui commence
par l'Horus vainqueur. Un caractère inusité rend la lecture de
la fin de ce titre douteux; peut-être faut-il lire t'es teti (l'Horus
vainqueur), celui qui gouverne les deux pays.
537. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Schiste.
… … …
Scarabée. On y lit le prénom d'Aménophis Ier (XVIIIe dynastie).
Les scarabées qu'on classe dans la XIe dynastie et
dans la XIIIe ont avec celui-ci des traits communs de ressemblance
qu'il n'est pas inutile de noter. J'ai déjà eu occasion
(voy. Salle du Centre, 415) et j'aurai occasion encore
(voy. Salle des Bijoux, Introduction) d'appeler l'attention
sur le soin affecté qu'a pris l'Egypte de la XVIIe dynastie et
du commencement de la XVIIIe de ressusciter les formes de
la XIe et de la XIIIe. Peut-être y eut-il là plus qu'une imitation,
et, à certains égards, on serait tenté d'y reconnaître la
continuation à peine interrompue des mêmes traditions.
538. — …… (provient d'achat.) Granit noir.
  • Hauteur, 0 06.
Un petit vase de la forme de ceux qui servent à conserver
le Kohol. Il a pour anse un singe grimpant. L'inscription
qu'on y lit se traduit ainsi: La divine épouse, la royale épouse
principale
Hat-as; elle a fait (ce vase) à sa mère la royale épouse
principale
Ah-mès, la proclamée juste auprès d'Osiris. La reine

Hat-as (plus souvent Hat-asou), dont il est ici question, est la
régente fameuse qui, vers le milieu de la XVIIIe dynastie,
partagea le trône avec ses frères Thoutmès II et Thoutmès III
et parvint même à régner quelque temps seule.
539. — Thèbes.-Karnak. Jaspe rouge.
  • Hauteur, 0 03.
Tête de lion d'un beau travail. La tête de lion ainsi figurée
est un hiéroglyphe qui se prononce peh, et signifie la force,
la vaillance.
Le bel exemplaire que nous avons sous les yeux
porte au sommet de la tête, entre les oreilles, le seul cartouche
Ra-ma-ké: un cartouche allongé sur lequel on lit… Amennem
Hat-asou vivante,
sert de collier. Ces divers noms sont
ceux qu'avait pris la régente quand, après la mort de Thoutmès
II, elle occupa seule le trône.
540. — …… (Provient d'achat.) Porcelaine émaillée.
  • Diamètre, 0 18.
Le vase qui porte ce numéro n'est pas un des monuments les
moins remarquables de la collection conservée dans la Cage
historique. Il est à fond gris et porte, autour du goulot et sur
la panse, des ornements et des légendes en émaux de deux
couleurs. Ces légendes sont celles d'Aménophis III et de sa
femme, la reine Taïa (XVIIIe dynastie). Ce beau monument
frappe l'attention par l'ampleur de son exécution. Peut-être,
comme les vases de Thmuïs (Salle du Centre, 482), a-t-il fait
partie des trésors d'un temple.
541. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Schiste.
  • Hauteur, 0 06.
Des exemplaires de ce gros scarabée existent en grand
nombre dans les musées. Après le protocole royal d'Aménophis
III, on y trouve la mention du nom de la femme de ce
roi, la reine Taïa. Son père (le père de la reine), dit le texte,
est Iouaa, sa mère Touaa. Vient ensuite la détermination des
frontières de l'Egypte, qui s'étendaient au sud jusqu'à une
contrée nommé Kar-i, et au nord jusqu'à la Mésopotamie.

194

On voit par ce scarabée que la reine Taïa n'était pas de
sang royal. Ajoutons que probablement elle n'était pas non
plus de sang égyptien. En effet, la Vallée des Reines, à Thèbes,
nous la montre les chairs peintes en rose. Ces circonstances
nous feraient penser qu'Aménophis IV, qui proscrivit partout
le nom d'Aménophis III et au contraire entoura d'honneurs
inusités celui de sa mère, se souvint peut-être trop, en portant
atteinte à l'antique religion égyptienne, du sang étranger
qui coulait dans ses veines. Ce premier réveil de l'esprit
sémitique, après l'explusion des Hycsos, aurait peut-être eu
pour cause l'arrivée au trône d'une femme choisie par Aménophis
III parmi les tribus nombreuses d'origine asiatique
qui, à cette époque, peuplaient les provinces orientales du
Delta.
542. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Schiste.
  • Diamètre, 0 06.
Autre scarabée du même style que le précédent et servant
comme lui à conserver le souvenir d'un événement du règne
d'Aménophis III. Cette fois, il ne s'agit ni du mariage d'Aménophis
avec la reine Taïa ni des frontières de son empire,
mais de ses chasses au lion. De l'an 1 à l'an 10, selon l'inscription
gravée sur le scarabée, le roi aurait tué de ses mains
cent deux de ces animaux, que le texte ne manque pas de
nommer terribles.
543. — Thèbes.-Assassif. Schiste émaillé.
  • Hauteur, 0 07.
  • Don de M. Henry Pereire.
Un vase cordiforme (voy. Salle du Centre, vitrine N)
gravé avec une finesse de touche qui étonne. Le texte qui en
orne le pourtour ne se trouve pas dans le Rituel et ne se rapporte
à aucun des chapitres qu'on trouve habituellement sur
les monuments de ce genre. Ce qui ajoute au prix de l'objet
que nous décrivons, c'est que les légendes sont au nom de
Séti Ier, mort, comme si le vase avait été découvert non à
l'Assassif, dans une tombe de particulier, mais à Bab-el-Mo-louk,
dans l'hypogée du roi. C'est, en effet, dans une tombe
de particulier que ce joli monument a été recueilli, et peutêtre
le nom du défunt auquel il a appartenu doit-il se reconnaître
dans l'inscription indistinctement tracée qui couvre
l'anse supérieure (conf. les n°s 560, 561).

195

544. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 41.
Stèle. Au premier registre, le roi Ramsès III en personne
offre le feu et l'eau à Osiris, à Horus, vengeur de son père,
et à Isis; au second registre, un personnage nommé Meri-en-atef,
prêtre du roi Set-Nekht, est en posture de suppliant
devant ce même roi assis, suivi de la royale épouse principale,
la royale mère
Ta-meri-Hesi. Set-Nekht est, comme on le sait,
le prédécesseur immédiat de Ramsès. Si l'on s'en rapporte à
notre stèle, il aurait même été son père. La reine, sa femme,
n'eût point en effet reçu le titre de royale mère si le souverain
mentionné après elle n'avait été son fils. Ce fait important,
déjà soupçonné par M. de Rougé, semble désormais
acquis à la science. Je n'ai pas besoin de rappeler que
Ramsès III est classé habituellement comme le premier roi
de la XXe dynastie.
545-546. — Tanis.-Sân. Terre cuite émaillée.
  • Hauteur, 0 13.
Le grand temple de Tanis doit à la XXIe dynastie des remaniements
assez considérables. Le sanctuaire fut restauré,
le dallage renouvelé, et sous ce dallage, dans le sable qui lui
sert de base, les auteurs de ces travaux firent jeter çà et là
et au hasard les petites tablettes que nous avons sous les
yeux.
Ces petites tablettes sont aujourd'hui pour nous comme les
témoins de la piété des rois auxquels elles sont dues. On y
lit en effet la légende complète d'un Psousennès, ainsi
conçue: Le dieu bienfaisant, seigneur des deux pays, Raa-aa-kheper-sotep-en-Amen,
le fils du Soleil, seigneur des diadèmes,
Meri-Amen P-siou-en-scha. Le cartouche prénom est nouveau.
547-548. — Tanis.-Sân. Terre cuite émaillée.
  • Hauteur, 0 13.
Deux autres tablettes trouvées, commeles précédentes, en
nombre considérable sous le dallage du sanctuaire du grand
temple de Sân. Elles portent chacune un des deux cartouches
de Psousennès, sans préfixe.

196

549-550. — Tanis.-Sân. Terre cuite.
  • Hauteur, 0 08.
Deux autres tablettes plus petites, de même destination,
et portant les mêmes noms royaux. Cette fois seulement les
cartouches sont imprimés en relief. Sur les autres tablettes,
ils ont été tracés assez négligemment à l'encre noire.
551. — Tanis.-Sân. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 04.
Beaucoup de ces petites tablettes ont été recueillies,
comme celles dont nous venons de parler, dans le sable sur
lequel le sanctuaire du grand temple de Sân est bâti. Elles
sont marquées des cartouches d'un roi qui paraît ici pour la
première fois, et dont la légende se lit: Le Seigneur des deux
pays
, Ra-neter-Kheper Sotep-en-Amen, le seigneur des diadèmes,
Meri-Amen Si-Amen. Quelques tablettes d'or, de même
origine, laissent lire Meri-Amen-si-Mentou. Cette variante ne
fait que consolider l'identification que nous avons admise
depuis longtemps entre ce roi et le Smendès de Manéthon
(premier roi de la XXIe dynastie).
552. — Tanis.-Sân. Terre cuite émaillée.
  • Hauteur, 0 10.
Tablettes provenant du sanctuaire de Sân. On y lit, tracé
à l'encre noire, le cartouche prénom de Smendès. (Voy. le
numéro précédent.)
553. — Thèbes.-Karnak. Albâtre.
  • Longueur, 0 14.
Fragment de vase. On y lit: Le roi de la Haute et de la
Basse-Egypte
, Ra-men-Kheper, le fils du Soleil…i. Selon
l'usage constant des monuments égyptiens, la partie effacée
du second cartouche représente un nom de divinité. Si la
flétrissure du martelage avait dû être infligée au nom du roi,
on eût gratté le cartouche tout entier. Nous avons donc ici
affaire à un pharaon qui s'est appelé non pas (Pi-ankh)i,
comme on l'a supposé sur le témoignage d'une stèle du
Louvre, mais probablement (Set)i. Par les noms propres des
princesses de sa famille, le roi de la stèle de Paris se classe

aux environs de la XXVe dynastie. D'un autre côté, Manéthon
nous fait connaître, sous la forme Zêt, un souverain
que M. Lepsius semble avoir quelque raison de faire contemporain
de Sabacon, premier roi de cette même dynastie.
554. — Thèbes.-Karnak. Basalte vert.
  • Longueur, 0 15.
  • Largeur, 1 12.
Pieds et socle d'une statue qui représentait le roi Tahraka
(XXVe dynastie). Vingt-huit captifs enchaînés (14 asiatiques
et 14 nègres), représentant autant de peuples subjugués par
ce pharaon, servent d'ornement au socle sur lequel la statue
s'élève: Ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum. Parmi
les asiatiques, on remarque les habitants de la Mésopotamie,
les Schasous, les Khétas, les Assyriens, les Maschouasch, etc.
Tahraka suit ici l'exemple des Thoutmès, des Aménophis et
des Ramsès. Mais on peut croire que toutes les victoires qu'il
s'attribue n'ont point été gagnées par lui, et que dans l'érection
de cette petite statue la tradition entre pour une part
plus large que l'histoire.
555. — Thèbes.-Deir-el-Medineh. Schiste.
………
Scarabée. On y lit: La divine épouse Ameniritis, fille de
Kaschta. Ce dernier nom est renfermé dans un cartouche, et
désigne par conséquent un roi.
556. — …… (Provient d'achat.) Pâte verte.
  • Hauteur, 0 06.
Magnifique scarabée. Néchao (XXVIe dynastie) y est représenté
en roi guerrier. Debout entre Isis et Neith, il reçoit de
l'une la masse d'armes, de l'autre une petite image de
Mentou-Ra, le dieu des combats. Au registre principal se
retrouve la légende complète du pharaon: Neith lui accorde
la victoire sur toutes les contrées. Deux prisonniers enchaînés
sont prosternés au bas du monument. Néchao se signala en
effet par l'audace de quelques-unes de ses entreprises; mais
le succès ne récompensa pas toujours ses efforts. C'est lui
que la Bible nous montre battu à Karkémisch par Nabuchodonosor.

198

557. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 05.
Un épervier debout sur un socle. Sur le socle, cartouche
prénom de Néchao.
558. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 10.
Egide surmontée d'une tête finement sculptée du roi
Amasis (XXVIe dynastie). Les noms du pharaon sont gravés
sur le collier avec le titre d'aimé de Nu-t, la grande génératrice
des dieux.
559. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine bleue.
  • Hauteur, 0 30.
Un sistre complet. Sur le manche, légende confuse où l'on
distingue encore le cartouche de Darius. (XXVIIe dynastie.)
560. — Memphis.-Saqqarah. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 15.
Statuette funéraire. La légende est au nom de Nectanébo
Ier (XXXe dynastie). Cette statuette a été trouvée à côté
du sarcophage de la reine Khoteb-net-ari-het et dans le même
puits que l'Hathor, l'Isis et l'Osiris que nous avons décrits
plus haut (n°s 385 et suiv.)
561. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine verte.
  • Hauteur, 0 19.
Statuette funéraire. Les pieds manquent On y lit le nom
du roi Nectanébo II comme défunt (XXXe dynastie). La
découverte en un lieu donné de statuettes funéraires au nom
d'un roi ne prouve pas précisément que le roi ait été enterré
en ce lieu. On les y déposait à la fois pour rendre hommage
au défunt et rappeler le souvenir d'un souverain qu'on voulait
honorer.
La statuette que nous décrivons et celle qui précède n'ont,
ni l'une ni l'autre, l'uroeus sur le front. Ce fait suffirait seul à
prouver que les statuettes funéraires représentent des personnages
qui ne sont pas le défunt lui-même. Beaucoup

d'entre elles, qui portent des noms de femme, ont la barbe.
On expliquerait par là aussi la présence de la barbe au
menton de quelques cercueils qu'à l'ouverture on trouve
contenir des momies de femme.
562. — ………… Bronze.
  • Don de M. V. Maunier.
  • Hauteur, 0 07.
Statuette représentant le dieu Harpocrate, coiffé du pschent.
L'interprétation de ce joli monument présente des difficultés
qui ne sont pas résolues. Sur le devant du socle, on lit le
cartouche Bin-pa-oer (?), sans préfixe. Le côté droit de la
statuette est orné de la légende: Le dieu bienfaisant Ra-s-ouat'en,
le justifié. Le seul cartouche Ahmès occupe le derrière du
socle. Enfin, sur le côté gauche, on lit: Le dieu bienfaisant
Ra-nefer-ké, le justifié. On ne peut risquer que des conjectures
sur le lien, invisible pour nous, qui unit ces quatre
cartouches, connus d'ailleurs par d'autres monuments.
563. — Tanis.-Sân. Bronze.
  • Hauteur moyenne, 0 03.
Dans les ruines du grand temple de Sân, nous avons trouvé
une quinzaine de cubes de bronze qu'à première vue on
peut prendre pour des gonds de petites portes, mais qui
doivent n'être que des pièces d'armature de quelques-uns des
meubles sacrés en usage dans le temple.
Des inscriptions occupent tantôt les quatre faces, tantôt
deux faces seulement de chacun de ces cubes. Tracées
d'abord en creux dans le bronze, elles ont été rendues plus
apparentes par l'introduction dans ces creux de plaquettes
d'argent qui s'y adaptent. J'ai déjà eu occasion de décrire
cette sorte de damasquinage. (Voy. Salle du Centre, 131.)
L'ignorance où nous sommes de la disposition primitive
de ces ornements dans les meubles dont ils faisaient partie
rend assez peu intelligible pour nous le sens général des inscriptions.
La triade de Thèbes (Ammon, Maut et Khons) y
est seule nommée avec quelques noms de personnages qui
sont les suivants: 1° une bannière royale, S-ankh-teti, dont
la rédaction rappelle celle des bannières de la XIIIe dynastie;
2° un cartouche royal placé sur le caractère sam, symbole de

réunion entre deux Nils; à première vue ce cartouche se
lit Khons, comme le nom du dieu thébain; le kh initial n'est
cependant pas certain, et le signe, presque imperceptible à
l'oeil, qu'on lit ainsi, pourrait être un ra; 3° un troisième
nom, tantôt entouré du cartouche, tantôt dépourvu de ce
symbole de la royauté: c'est celui d'une reine nommée Neb-hotep-ta-aou;
4° enfin un quatrième nom, qui est celui d'une
princesse fille de la reine que nous venons de citer; ce quatrième
nom se lit Taouscheb. Peut-être ces personnages appartiennent-ils
à la XIIIe dynastie, supposition qu'autorise le
style élégant et fin des figures dont nos cubes de bronze
sont couverts.
564. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Porcelaine bleue.
………
Amulette en forme d'amande. On est toujours tenté de
reconnaître des noms propres de pharaons dans certaines
formules que la présence du disque solaire et le mode de leur
rédaction rapprochent du contenu habituel des cartouches
royaux. Telle est celle qui est inscrite sur notre amulette
n° 564, et qu'on lit Ra-noub-het. Avant d'admettre l'existence
d'un roi qui aurait eu Ra-noub-het pour prénom, il est nécessaire
d'attendre une preuve plus certaine.
565. — Tanis.-Sân. Porcelaine grise.
………
Même réflexion pour le scarabée où on lit: Ra-neb-Kheper,
sans préfixe et sans cartouche.
566. — Tanis.-Sân. Schiste.
………
Autre scarabée portant pour toute inscription la légende
Ra-men-ankh, qui semble, comme les deux précédentes, nous
révéler quelque prénom royal encore inconnu.
567. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Porcelaine verte.
………
Scarabée. On y lit: Ra-neb-nefer-ti. (Voy. les trois numéros
précédents.)

201

568. — Tanis.-Sân. Porcelaine grise.
………
Scarabée avec l'inscription Ra-men-eï. Voyez les quatre
numéros précédents. La collection du Musée offre un assez
grand nombre de ces noms propres, que je n'énumère pas à
cause des points de doute perpétuel dont il faut les accompagner.
569. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Porcelaine verte et bleue.
  • Hauteur, 0 06.
On admirera la vivacité des couleurs et le fini du modelé
de cette jolie tête, qui paraît représenter Néchao.
570. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 13.
Un très-beau bronze représentant un roi agenouillé, les
bras étendus devant lui dans l'une des attitudes de la prière.
571. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 12.
Une reine debout vêtue de la chemise collante. Elle a la
perruque ronde à courts tuyaux. Deux longues plumes lui
servent de coiffure symbolique.
572. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
  • Hauteur, 0 10.
Un sphinx de style assyrien. Il a pour coiffure la grande
tiare surmontée du disque, au centre duquel est une étoile
rayonnante. Ce monument a été trouvé, comme tous les
bronzes provenant du Sérapéum, dans le sable qui sert de
sol à ce temple. Les plus nombreux de ces bronzes sont de
l'époque des Saïtes (XXVIe dynastie); mais on en rencontre
aussi du temps de Darius. Rien n'autorise à penser que notre
petit sphinx ne soit pas de ce roi.

202

573. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 07.
Plaque rectangulaire ornée de la légende d'un roi appelé
par son prénom, Ra-s-ankh-ké. (XIe dynastie.)
574. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Vase.
  • Hauteur, 0 10.
Vase. Sur la panse, légende du roi Teta. (VIe dynastie.)
575-576. — Thèbes.-Assassif. Albâtre.
  • Hauteur, 011 et 0 10.
Deux vases contenant du bitume, autant que permet d'en
juger le couvercle, qui est encore adhérent. Ils ont été trouvés
à Thèbes sur le sol de la tombe d'un fonctionnaire nommé
Roma. On n'a aucune indication pour préciser l'époque
à laquelle vivait ce personnage. La tombe était violée et sans
inscription. Sur la panse des vases, on lit: Le roi Thoutmès III,
aimé d'Ammon, lorsque fut fondé Amenser.
Cette bizarre légende,
qu'on trouve souvent dans les tombes de l'Assassif,
sur des vases, sur des couteaux, sur des haches, sur des
objets de diverses sortes, est une énigme qu'on n'a pas encore
déchiffrée. (Voy. le numéro suivant.)
577. — Thèbes.-Assassif. Bois.
  • Longueur, 0 20.
En 1859 nous avons trouvé à l'Assassif une caisse de momie
à fond noir et à lignes jaunes (par conséquent de la
XVIIIe dynastie). Le défunt était scribe; il s'appelait Toti.
A l'ouverture, à côté de la momie, a été recueilli un vase
d'albâtre à poudre d'antimoine. La momie démaillotée nous
a mis entre les mains les objets suivants:
1° Au doigt médium de la main gauche était un scarabée;
légende sans signification;
2° Au petit doigt de la même main était une bague à chaton
carré; on lit d'un côté le nom du dieu Ammon-Ra, de
l'autre le nom propre Ahmès;
3° Sur la face de la momie, par-dessous les bandelettes,
était placé le monument que nous décrivons sous le n° 577.
Ce monument est une plaque de bois coupée dans la forme
du caractère sotep, lequel, quand il est complet, représente

une sorte de doloire. Sur l'un des côtés, on lit précisément la
légende que nous avons traduite plus haut: Leroi Thoutmès III,
aimé d'Ammon, lorsque fut fondé Amenser.
On voit que cette découverte n'éclaircit pas la question
que nous avons posée plus haut. Pour ne pas y revenir, j'ajouterai
que cette même légende, au nom de Thoutmès, est
gravée sur une demi-douzaine de haches, sur autant de
couteaux, sur le manche de trois ciseaux, sur quatre sotep,
sur un instrument de bois à usage inconnu (deux neb reliés
par des baguettes transversales), que possède le Musée
(voy. Salle de l'Est, vitrine U). Tous ces objets viennent,
sans exception, de l'Assassif et de quatre tombes diverses.
Malheureusement aucune de ces tombes n'était vierge.
Trois statues et une inscription royale terminent
la série des monuments historiques exposés dans la
Salle du Centre.
578. — Memphis.-Grandes Pyramides. Diorite.
  • Hauteur, 1 68.
Vers le côté sud-est du Grand Sphinx de Giseh, il existe
un édifice, tout entier de granit et d'albâtre, qui servait de
temple à la divinité (Hor-em-Khou, Armachis), adorée sous la
forme du Sphinx. C'est dans l'une des chambres de ce
temple que se trouve un puits à eau qui devait servir aux
ablutions sacrées, et c'est du fond de ce puits, où elle avait
été précipitée à une époque inconnue, que nous avons retiré
la statue de Chéphren.
Les inscriptions gravées sur le socle ne laissent, en effet,
aucun doute sur l'identification de ce monument, qui représente
Schafra, ou Chéphren, le fondateur de la deuxième
Pyramide.
Le roi est représenté assis, dans l'attitude des lois religieuses
de l'Egypte; derrière sa tête est debout un épervier,
les ailes ouvertes, en signe de protection; le roi a la main
gauche étendue sur la jambe; la main droite tient une bandelette
ployée. On remarquera les détails du siége. Les bras
se terminent par des têtes de lion. Sur les côtés sont figurées
en relief épais les tiges des deux plantes qui désignent la

Haute et la Basse-Egypte, enroulées autour du caractère sam,
symbole de réunion.
L'ensemble de cette statue est empreint d'une certaine
majesté tranquille qui charme et qui étonne. La tête, d'une
conservation incroyable, doit ètre le portrait du roi dans son
âge mûr. Les épaules, les pectoraux, les genoux surtout trahissent
un ciseau puissant que la difficulté de la matière n'a
pas rebuté. Plus qu'à aucune autre époque peut-être, la nature
a été observée et rendue. Au milieu de tant d'amirables
statues de l'Ancien-Empire que possède le Musée, notre Chéphren,
comme oeuvre d'art, n'occupe sans doute pas le premier
rang; mais que l'art égyptien ait déjà pu, il y a soixante
siècles, produire une statue qui, sans être absolument un chefd'oeuvre,
dépasse cependant le niveau ordinaire de la sculpture
égyptienne; que cette même statue, à travers tant de
siècles et tant de causes de destruction, soit venue jusqu à
nous à peu près intacte, c'est là un fait dont se réjouiront
tous les amis des études archéologiques. Je n'ai pas besoin
d'ajouter que la découverte de la statue de Chéphren sera
une révélation pour ceux qui, encore aujourd'hui, nient
obstinément les résultats de Champollion et accusent les
fondateurs des Pyramides de n'avoir pas même connu l'écriture.
Huit autres statues, toutes gravées au nom de Chéphren,
ont été trouvées avec la précédente dans le même temple du
Grand Sphinx. L'une d'entre elles, quoique déjà très-mutilée,
a pu être exposée dans la Salle de l'Est, où on la trouvera
(n° 792); les autres n'existent plus qu'en débris plus ou moins
méconnaissables.
L'époque de Chéphren correspondant au troisième règne
de la IVe dynastie de Manéthon, notre statue n'aurait pas
moins de six mille ans. Après les développements que j'ai
cru devoir consacrer à la chronologie égyptienne dans
l'Avant-propos, on voit avec quelle réserve je présente ce
chiffre.
579. — Thèbes.-Médinet-Abou. Granit gris.
  • Hauteur, 0 70.
Une statue d'Osiris debout. Au dos, invocation à ce dieu
pour qu'il accorde les dons funéraires à la dame Mautiritis,
pallacide d'Ammon, fille de son père Oër-ra-schou, qui avait
exercé à la cour d'une reine, dont le nom a été martelé avec
un soin scrupuleux, des fonctions dont l'énumération a également
disparu de la pierre.

205

Les souvenirs de la reine Améniritis sont fréquents dans
la partie de Médinet-Abou où cette statue a été découverte.
D'un autre côté, Mautiritis est un nom qui a été souvent
porté par des femmes vers le temps de la domination
éthiopienne. La statue appartient par conséquent à cette
époque.
580. — Thèbes.-Médinet-Abou. Granit gris.
  • Hauteur, 0 67.
Autre statue, qui fait également le pendant de la précédente.
Elle représente comme ele Osiris debout, orné des
sceptres divins et royaux. La généalogie comprise dans
l'inscription qui couvre le dossier présente des difficultés à
cause de l'extrême négligence de la gravure et de la rédaction.
L'invocation y est faite au nom d'une autre pallacide
d'Ammon, nommée Ta-es-heb. Son père est le monarque T'aïankh
(ou Ankh-Hor). Sa mère est la royale épouse…ret (nom
illisible), fille d'un commandant des Maschouasch, dont le
nom est également impossible à déchiffrer. On se demande
ce que peut être cette fille d'une reine dont le mari n'est pas
roi.
Les Maschouasch sont une peuplade libyque qui, après
avoir envahi l'Egypte septentrionale sous les premiers rois
de la XIXe dynastie, avaient fini par devenir les gardes du
corps des rois de la XXIIe. A partir de ce moment, ils disparaissent
peu à peu de la scène politique, et ne se montrent
plus guère que sous les Ethiopiens. Rien d'impossible à ce
que Psammétichus Ier ait été l'un d'entre eux.
581. — Memphis.-Grandes Pyramides.
  • Hauteur, 0 70.
A en juger par sa forme, cette pierre a fait partie de
quelque mur dans lequel elle a dû être primitivement encastrée.
Elle provient, en effet, d'un édifice dont nous avons
retrouvé les ruines au pied de la plus méridionale des trois
petites pyramides qui bordent la grande, du côté de l'est.
Le monument porte des inscriptions sur la face principale
et sur la partie supérieure du socle qui fait retour en avant.
La première de ses inscriptions est d'une excellente conservation,
quoique d'un style médiocre; l'autre ne laisse plus
voir que quelques signes auxquels il est impossible de donner
un sens.

206

La face principale ressemble à un naos qui aurait perdu sa
corniche. Sur la bande plate qui lui sert d'encadrement est
une inscription au nom de Chéops vivant (nom et bannière).
Le vivant Horus, le…, roi de la Haute et de la Basse-Egypte,
Khoufou, vivant, dit le texte gravé sur la tranche droite, a
déblayé le temple d'Isis, rectrice de la Pyramide
(située) à l'en-droit
où est le Sphinx, à la face nord-ouest du temple d'Osiris,
seigneur de Rosatou. Il a bâti sa Pyramide là où est le temple de
cette déesse, et il a
(aussi) bâti la Pyramide de la princesse Hentsen
là où est ce temple. On lit sur la tranche gauche: Le vivant
Horus, le…, le roi de la Haute-Eyypte et de la Basse-Egypte
,
Knoufou vivant, a fait (ceci) à sa mère Isis, la divine mère (qui
est) Hathor, rectrice des memnonia, ayant prescrit de le faire
(graver) sur une stèle. Et il leur a renouvelé (les foundations)
des divines offrandes, et leur a bâti son temple en pierre, et une
seconde fois il a aussi restauré les dieux
(de ce temple) dans son
sanctuaire.
Les statues de ces dieux sont, en effet, représentées au
registre principal. Elles sont en assez grand nombre; on y
remarque le dieu générateur, les deux chacals Horus, Thoth,
Isis sous plusieurs formes, Nephthys, Selk, Horus vengeur
de son père, Harpocrate, Phtah, Pascht, Osiris, Apis; près
de ces dieux, l'emblème de Nefer-Toum, qu'on portait dans
les grandes processions sacrées, est couché sur un autel, suivi
d'un uroeus à tête humaine.
Un court renseignement placé après le nom de chacune de
ces statues ajoute à l'intérêt de notre monument. On y voit,
par exemple, que la statue du dieu générateur avait une
coudée et une palme de hauteur, et que le socle en était
doré; que l'épervier d'Horus, l'ibis de Thoth étaient en bois
doré; que la barque trois fois belle d'Isis était aussi en bois
doré avec incrustations de pierres; que la statue de l'Isis
principale était d'or et d'argent; que la statue de Nephthys
était de bronze doré, et avait trois palmes de hauteur; que
celle d'Horus, vengeur de son père, était de bois avec des
yeux travaillés en pierre (tradition d'art conforme à ce que
nous observons sur quelques statues de l'Ancien-Empire);
que Pascht était en bronze, etc., etc. Un renseignement d'un
autre genre accompagne l'image du colossal monument,
connu sous le nom de Grand Sphinx de Giseh. Le lieu du
Sphinx de Hor-em-Khou
(Armachis), dit la légende, est au sud
du temple d'Isis, rectrice de la Pyramide
(ce même temple dont
il est parlé plus haut), et au nord (du temple) d'Osiris, seigneur
de Rosatou. Les peintures du dieu de Hor-em-Khou sont
conformes aux prescriptions.

207

J'ai à peine besoin de faire ressortir l'importance exceptionnelle
des faits que nous révèle le monument des Pyramides.
Que la pierre soit contemporaine de Chéops (ce dont
il est permis de douter), ou qu'elle appartienne à un âge
postérieur, il n'en est pas moins certain que Chéops restaura
un temple déjà existant, lui assura des revenus en offrandes
sacrées et renouvela le personnel des statues d'or, d'argent,
de bronze et de bois qui en ornaient le sanctuaire. Nous
voyons par là qu'à cette époque si prodigieusement reculée,
la civilisation égyptienne brillait déjà du plus vif éclat.
Il n'est pas inutile d'ajouter que le Grand Sphinx des
Pyramides, après avoir été attribué à Thoutmès IV, puis à
Chéphren, est ici cité comme antérieur à Chéops lui-même,
puisqu'il figure comme un des monuments que ce prince
aurait restaurés.

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208

V.
SALLE DE L'OUEST.

Nous avons formé cette salle avec des monuments
tirés pour la plupart des magasins, et pour la plupart
aussi découverts depuis 1864, c'est-à-dire depuis que
le Musée est installé comme il l'est aujourd'hui. Régulièrement,
nous aurions dû faire entrer ces monuments
dans leurs séries respectives. Mais on comprend
que nous ne puissions pas le faire sans
remanier de fond en comble le Musée, vider les
armoires pour les remplir de nouveau, etc. Nous
n'avons donc ici qu'une sorte de trop plein des autres
salles, et on ne doit pas s'attendre à y trouver une
classification bien régulière.
582.— Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 1 73.
Cette statue représente un personnage debout, dans l'attitude
hiératique, les mains tenant le rouleau de papyrus, les

bras collés au corps, la jambe gauche en avant; il a pour
tout vêtement la schenti qui lui couvre les hanches et la
grosse perruque qui lui charge la tête. D'après les inscriptions
qui ornent le socle, notre personnage s'appelait Ranefer
et exerçait les fonctions de prêtre de Phtah et de
Sokar. Il n'y a pas de doute que l'artiste chargé d'exécuter
ce monument n'ait, dans le modelé de la tête, cherché la ressemblance.
Quant au corps, il a bien tous les types de race
qui distinguent le fellah égyptien: épaules larges, pectoraux
développés, bras nerveux, peu de hanches, jambes sèches,
pieds aplatis à l'extrémité par l'habitude de marcher sans
chaussure. Comme exécution, notre statue est une des meilleures
que le Musée possède. Le style en est large, et les
détails anatomiques y sont souvent rendus avec une vérité
qui frappe.
L'ensemble de ces qualités et l'étude des légendes qui
couvrent la base du monument ne laissent aucun doute sur
l'époque à laquelle il remonte. Evidemment Ra-nefer vivait
sous l'Ancien-Empire. Ses titres le rapprochent de la Ve dynastie.
(Voy. Grand Vestibule, 23.)
583. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 90.
Autre statue représentant, comme la première, un personnage
de l'Ancien-Empire. Celui-ci est grand, svelte, élancé;
il a la tête petite; les yeux sont bien ouverts, le nez est
court et rond, la bouche un peu épaisse et bienveillante,
les joues pleines. Un éclat du socle a enlevé le nom de l'habitant
de Memphis dont les sables de Saqqarah nous ont rendu
l'image.
584. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 78.
Statue représentant un personnage nommé Ra-hotep.
Comme la précédente, elle appartient à l'Ancien-Empire.
L'incroyable conservation des couleurs de cette statue et
de celles de ce temps est un fait sur lequel je ne reviens
pas.
585. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 1 00.
A travers les mutilations que ce morceau a subies, on

découvre des qualités de style qui ne sont pas indignes
de la belle époque à laquelle il appartient. C'est toujours la
même vigueur de ciseau, si différente de la grâce des jolies
statues d'Hathor, d'Osiris et d'Isis que nous exposons dans la
Salle du Centre (n°s 385 à 387). Le personnage que cette statue
représente paraît s'être appelé Ra-en-ma, autre nom de la
XIIe dynastie que les fonctionnaires de l'Ancien-Empire ont
en quelque sorte porté par anticipation.
586. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 1 07.
Statue du même style et de même époque que celle que
nous venons de décrire. L'habitant de Memphis dont elle
conserve le souvenir s'appelait Ra-en-ankh. Ra-en-ankh a
près de lui son fils et une parente du roi qui, vraisemblablement,
est sa femme.
587. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 43.
Statue d'un personnage assis dans la position du scribe.
(Ancien-Empire.)
588.— Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 65.
Asa est assis. Il a près de lui sa femme, parente du roi,
nommée Hathor-en-Kéou. Son fils, Tat-as-as-pou-oer, se tient
debout a ses pieds.
L'exiguité de la taille de l'épouse, comparée à celle du
mari, n'est point un fait qui atteste l'infériorité sociale de la
femme chez les Egyptiens. La femme, au contraire, prenait
une large place dans la famille. Les droits qu'elle tenait de
sa naissance n'étaient pas absorbés dans ceux du mari, et
elle les transmettait intacts à ses enfants. A certaines époques,
les tableaux de famille nomment souvent la mère à
l'exclusion du père. Dans les inscriptions de l'Ancien-Empire,
l'amour entre époux est parfois exprimé d'une manière
délicate et touchante.
Les grosses perruques dont nous avons eu si souvent
occasion de parler faisaient, dans l'ancienne Egypte, l'office
du turban actuel, qui n'est qu'un préservatif contre l'ardeur
des rayons solaires. On en aura la preuve ici en voyant les

cheveux de la dame Hathor-en-Kéou se montrer par dessous
la perruque et couvrir le haut du front.
Notre joli groupe se reconnaît au premier coup d'oeil
pour une oeuvre de l'Ancien-Empire. L'imitation plus
étudiée de la nature, un type de physionomie en quelque
sorte plus égyptien qu'à aucune autre époque, la fraîcheur
même des couleurs dont le monument est peint, font qu'on
y sent plus la vie.
589. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 69.
Autre groupe. Un père de famille est accompagné de sa
femme et de son enfant. L'inscription, mal gravée, ne permet
pas de préciser les noms propres. (Ouasch-Ké) (?).
Ce second monument est bien loin du précédent comme
oeuvre d'art. C'est surtout dans le travail des genoux que
la différence est sensible. Les artistes de l'Ancien-Empire
avaient trouvé une manière un peu conventionnelle, mais
singulièrement hardie, de rendre cette partie du corps
que la XIIe dynastie a conservée, mais qu'on ne retrouve
plus après elle. La statue d'Asa en offre un excellent
exemple. Celle que nous étudions en ce moment forme au
contraire exception dans la masse des statues de l'Ancien-Empire.
590 à 594. — Memphis.-Saqqarah. Granit rose.
  • Hauteur moyenne, 0 50.
Le serdab inviolé du tombeau d'un nommé Ra-hotep,
habitant de Memphis sous l'Ancien-Empire, nous a mis entre
les mains un nombre assez grand de statues représentant ce
personnage (voy. Salle de l'Est, 772 à 776). Toutes ne sont pas
du même ciseau; quoique généralement mauvaises, il en
est cependant quelques-unes qui méritent d'être étudiées.
595. — Memphis.-Grandes Pyramides. Granit rose.
  • Hauteur, 0 47.
Ma-nefer, fonctionnaire de l'Ancien-Empire, assis par
terre, un rouleau de papyrus déployé sur ses genoux.

212

596. — Thèbes.-Deir-el-Bhari. Bois.
  • Hauteur, 1 20.
  • Longueur, 1 23.
  • Largeur, 0 83.
Grand sarcophage à couvercle évidé, avec oreillettes
carrées aux angles. Il est peint de couleurs vives sur fond
blanc. Il a servi d'enveloppe extérieure au cercueil de la
dame Anès, fille de Hotep-Amen, prêtre d'Ammon à Thèbes.
Le couvercle nous montre la dame Anès comparaissant
devant différentes divinités. Le théorbe, symbole de bonté,
entre les yeux du Soleil et de la Lune, orne le devant du
monument, avec une image en pied d'Osiris. Sur le pourtour
de la cuve, textes hiéroglyphiques de couleur verdâtre,
extraits du Rituel (chap 1). Comme tous les monuments de
ce style, le sarcophage d'Anès appartient probablement à la
XXVe dynastie ou au commencement de la XXVIe. (Voyez
Salle de l'Est, 735, et Salle de l'Ouest, 600.)
597. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 0 90.
  • Longueur, 2 20.
  • Hauteur, 0 75.
Autre sarcophage à fond blanc et à figures peintes en
couleurs vives; il contenait les cercueils exposés Salle de
l'Est
, 728, et Salle de l'Ouest, 598. Les hiéroglyphes, comme
ceux qui ornent le sarcophage précédent, sont verdàtres.
Le défunt s'appelait Kha-Hor, prêtre de Mentou, fils d'un
prêtre d'Ammon, écrivain des soldats, Nesa-Min, fils lui-même
de Kha-Hor. la mère du défunt est cette dame Anès
dont nous venons de décrire le sarcophage.
Le couvercle nous montre le défunt introduit par Thoth
et Isis devant le grand juge de l'enfer égyptien. Plus loin,
la barque du Soleil, conduite par le défunt lui-même,
navigue sur l'océan céleste. A chaque extrémité est l'épervier
couché et momifié, symbole de l'état transitoire de
l'âme qui bientôt va renaître à la lumière du soleil oriental.
Il est difficile de rendre compte du sens des autres
représentations peintes sur le couvercle. Nephthys est
debout devant Osiris; puis viennent quatre divinités inconnues.
La première, les chairs peintes en vert, tient des
disques rouges dans les mains. La tête de la seconde est
remplacée par un disque jaune; les bras de cette divinité
sont coupés à la naissance des épaules. Le troisième dieu

a une tête de quadrupède à courtes oreilles et tient également
deux disques rouges. Enfin le quatrième est vêtu de
la longue robe d'Osiris-Tattou; les sceptres divins et royaux
sont entre ses mains; la tête est remplacée par une des
deux ut'a.
Sur la cuve sont représentés différents génies. Les légendes
qui les accompagnent sont des passages extraits des chapitres
1 et 130 du Rituel.
Pour l'âge du monument, voyez ce que nous venons de
dire plus haut (n° 596) du sarcophage d'Anès.
598. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 08.
Cercueil de momie. Visage rouge; grand collier; chevelure
marquée de lignes jaunes et bleu sombre. Le fond général
du monument est nu. C'est encore un des cercueils de
Kha-Hor, fils de Nesa-Min. La momie de Kha-Hor possédait
ainsi une triple enveloppe, savoir:
  • Le grand sarcophage (Salle de l'Ouest, 597),
  • Le cercueil fond nu (Salle de l'Ouest, 598),
  • Le cercueil couvert de belles couleurs vives (Salle de l'Est,
    728).
599. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 32.
Cercueil de momie. Visage doré; grand collier; chevelure
jaune et verte; fond nu. Il a servi à la dame Ameniritis, fille
de Nesa-Min, et par conséquent soeur de Kha-Hor. Un second
cercueil plus petit (Salle de l'Est, 733) était enfermé dans
celui-ci. La généalogie de cette famille s'établit donc ainsi
qu'il suit:

600. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 05.
Cercueil de momie. Visage rouge; chevelure verte et jaune;
grand collier; fond nu. Nom propre: Anès, fill de Hotep-Amen.

214

Il était contenu dans le grand sarcophage (Salle de
l'Ouest
, 596), et contenait le cercueil plus petit (Salle de l'Est,
735), qui, lui-même, renfermait un beau cartonnage dont le
Musée ne possède que les débris.
601. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 00.
Cercueil de momie. Fond nu; visage rose; grand collier;
chevelure jaune et verte. Nom propre: Ta-bek-en-Khons.
(Voy. Vestibule de la Salle des Bijoux, 796.)
602. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 25.
Beau cercueil de momie. La dépouille du vautour, emblème
de la maternité, couvre la tête. Le visage est doré. La
chevelure est peinte en vert sombre. Le champ du cercueil
est nu.
Ce monument appartient à l'hypogée qui a déjà fourni à
notre collection le cercueil plus petit conservé dans la Salle
de l'Est
, 734. Le surnom de la dame à laquelle cette double
sépulture a été consacrée est constant: sur les deux cercueils
on lit Ta-meri-Amen. Mais son nom subit des variations
inexpliquées. Sur le petit cercueil, le couvercle la nomme
Ta-t-ankh, et la cuve Ta-maut-schap-en-ankh; le grand cercueil,
au contraire, l'appelle Maut-schap-en-ankh sur sa partie
antérieure, et Ta-maut-pa-ankh sur sa partie postérieure. Le
nom du père est ici Neb-neterou. (XXVe et XXVIe dynasties)
(?).
603. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 05.
Cercueil de momie. Dépouille du vautour sur la tête;
visage rose; fond nu. Nom propre: Mautiritis, fille de Pef
(Voy. Vestibule de la Salle des Bijoux, 799.)
604 à 621. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
Douze cercueils de momies. Ils sont tous à peu près du
même temps, e'est-à-dire qu'ils sont compris dans la période
historique qui s'étend des Scheschonk de la XXIIe dynastie

aux Psammétichus de la XXVIe. C'est surtout à ce moment
que le temple de Deir-el-Bahari, vraisemblablement déjà délaissé,
est devenu une sorte de nécropole à l'usage de quelques
familles de Thèbes appartenant à l'époque que nous
venons d'indiquer. Parmi les cercueils que nous cataloguons,
il en est d'énormes; il en est de proportions relativement
beaucoup plus modestes; c'est que ces monuments entraient
les uns dans les autres, et recouvraient successivement les
momies enfermées dans le plus petit d'entre eux.
Six sarcophages à oreillettes carrées appartiennent à cette
même collection. Faute de place, nous en avons dispersé les
parties sur les murailles de la Salle de l'Ouest.
622. — Memphis.-Grandes Pyramides. Bois.
  • Hauteur, 2 46.
  • Largeur, 0 40.
Fragment qui paraît provenir soit d'une stèle en bois, soit
d'une porte, soit même d'un revêtement de bois dont on aurait
orné le pourtour d'une chambre dans l'intérieur d'un
hypogée. La gravure est très-soignée, quoiqu'un peu sèche.
Il est incontestable que ce beau morceau appartient à l'Ancien-Empire.
Cage A. — A droite de la porte d'entrée de la Salle
de l'Ouest
est la Cage A. On y trouve les monuments
suivants:
623 à 637. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur maximum, 0 25.
Ces quinze têtes royales semblent être des exercices gradués
de sculpture. Du n° 623, qui est une ébauche à peine dégrossie,
on arrive, par des transitions plus ou moins ménagées,
au n° 637, qui nous offre une tête finie. Tout d'ailleurs est
sacrifié à la face proprement dite. L'un de ces modèles est
même coupé par le milieu afin de mieux accuser le profil.
Quelques-uns d'entre eux sont quadrillés pour établir des
échelles de proportion. Ce précieux ensemble a été découvert

dans les sables de la nécropole de Saqqarah, en un lieu
où rien n'indique le voisinage d'une tombe.
Nous avons trouvé des monuments de ce genre à peu près
sur tous les emplacements de villes que nous avons explorés.
Les dimensions en sont presque toujours les mêmes, et,
comme ici, le soin de l'artiste paraît s'être porté sur les seuls
traits du visage. L'usage de ces monuments paraît dès lors
assez difficile à déterminer. La classe des artistes sculpteurs
devait être extrêmement nombreuse. Peut-être s'essayaientils
sur des têtes auxquelles on donnait la ressemblance du
roi régnant; peut-être encore envoyait-on de la capitale des
portraits tout faits du roi qui devenaient le type officiel à suivre
dans tous les édifices en construction. Je ne livre ces conjectures
que sous toutes réserves.
638 à 648. — Tanis.-Sân. Calcaire.
  • Hauteur moyenne, 0 25.
Autre collection de onze faces royales destinées vraisemblablement
à servir de modèles de sculpture. On remarquera
le n° 638. La figure est grossièrement ébauchée; mais par
derrière des lignes tracées avec précision sur le plat indiquent
la proportion du nez, des yeux, de la bouche et des oreilles.
649 à 651. — Crocodilopolis.-Myt-Farès (FAYOUM).
Calcaire.
  • Hauteur, 0 25.
Trois autres têtes du même style et exécutées dans la même intention.
652 à 678. — Tanis.-Sân. Calcaire.
  • Hauteur moyenne, 0 30.
Voici vingt-sept dalles seulptées qui rentrent dans la catégorie
des modèles dont nous venons de faire la description.
Ce sont encore évidemment des études pour le sculpteur.
L'une n'est qu'une simple ébauche, à peine commencée; à
côté est l'étude du même sujet, cette fois tout à fait finie.
Quelques dalles ont été travaillées sur les deux faces; sur
d'autres on trouve en une seule fois le même motif traité
comme ébauche et comme modèle achevé. Les n°s 652 à 654,

qui représentent des têtes de cynocéphale, de lion et de
lionne, sont remarquables par la hardiesse et la franchise de
leur exécution.
Il serait important, pour l'étude du canon de proportion
adopté par les Egyptiens, de savoir l'époque de ces intéressants
monuments. Malheureusement elle est assez difficile
à préciser. Aucun d'entre eux ne remonte au-delà de la
XXVIe dynastie; mais il ne serait pas impossible que tout
cet ensemble appartint au règne de l'un des preiers Ptolémées.
Ce qu'on appelle l'art saïtique s'est en effet prolongé
tout au moins jusque sous Philadelphe.
679 à 681. — Tanis.-Sân. Calcaire.
  • Longueur moyenne, 0 30.
Trois autres modèles: une jambe, un pied, un bras
682. — … (Provient d'achat.) Calcaire.
  • Hauteur, 0 14.
  • Longueur, 0 19.
Petite dalle rectangulaire. Au centre est sculpté en basrelief
très-fin un bélier à quatre cornes marchant à droite.
On ne saurait trop admirer le modelé parfait de ce magnifique
morceau.
683. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 18.
Autres petites dalles rectangulaires, malheureusement
brisées par le milieu. La tête de bélier qu'on voit encore est
un chef-d'oeuvre de finesse et de précision.
684. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Ciment fin.
  • Hauteur, 0 18.
Modèle de bélier. Travail assez remarquable.
685. — Thèbes.-Deir-el-Medinet. Calcaire.
  • Hauteur, 0 18.
Modèle pour un sculpteur. Uroeus dressé, en bas-relief

218

686. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 08.
Modèle pour un sculpteur. Tête de lion en bas-relief, vue
de profil. Travail largement ébauché.
687. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 18.
Modèle pour un sculpteur. Tête de chacal en bas-relief,
vue de profil.
688. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Calcaire.
Modèle pour un sculpteur. Bas-relief représentant une
main fermée.
Cage B.
689. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Granit noir.
  • Hauteur, 0 40.
La butte de Kom-es-Sultan nous a mis entre les mains
cette jolie statue. Elle représente un prêtre à genoux. Il tient
devant lui un objet inconnu, surmonté d'une tête criocéphale
de Chnouphis. Il a la peau de panthère. Il s'appelait Anhour,
comme la divinité à laquelle la prière gravée sur le
socle est adressée. Le cartouche qu'on aperçoit sur l'épaule
est celui d'Aménophis II. (XVIIIe dynastie.)
690. — Memphis.-Saqqarah. Faïence bleue.
  • Hauteur, 0 16.
On trouve en Egypte des monuments couverts d'un émail
bleu intense que l'industrie moderne ne réussit pas toujours
à imiter. Nous avons réuni dans la Cage B quelques objets
sur lesquels cette magnifique couleur a été appliquée.
Parmi eux on remarque spécialement les quatre vases canopes
sans inscription que nous cataloguons ici.

219

691. — Memphis.-Saqqarah. Bois.
  • Hauteur, 0 19.
  • Largeur, 0 50.
  • Profondeur, 0 30.
Boîte en bois. Dans l'intérieur est une table d'offrandes,
également en bois, reconnaissable à la forme qu'on lui a
donnée, qui est celle du caractère Hotep. Au lieu des offrandes
ordinaires (pains, légumes, victuailles, etc.), on trouve
sur cette table tout un attirail de vases et d'outils en bronze,
en bois et en albâtre, le tout de si petites dimensions qu'on
croirait avoir sous les yeux des jouets d'enfant. Sur le couvercle
de la boîte est une prière à Anubis dans le style de
l'Ancien-Empire.
C'est en effet à l'Ancien-Empire qu'appartient le curieux
monument que nous décrivons. Il a été découvert dans une
tombe inviolée avec un modèle de maison, malheureusement
si pourri qu'il ne pourra que difficilement être conservé. La
tombe était bâtie de briques de terre jaune mélangée de
cailloux. Le corps, réduit à l'état de squelette, n'avait jamais
été momifié, il reposait dans le sable pur. A ces caractères
nous reconnaissons une de ces sépultures des plus anciennes
époques dont on parsemait le plateau de Saqqarah.
692. — Thèbes.-Assassif. Bois.
  • Longueur, 0 10.
Admirable petit modèle de cercueil. La statue qui y est
couchée représente un personnage qui s'appelait Tiroka. On
remarque la grâce du modelé de la tête et l'harmonieuse
finesse des hiéroglyphes.
693. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 30.
  • Largeur, 0 20.
Stèle bilingue en démotique et en grec. Le démotique a
dix lignes, le grec huit. Ce curieux monument est daté du
règne de Tibère.
694. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Bois et os.
  • Longueur, 0 25.
Boîte avec un tiroir. C'est un jeu de dame. Le tiroir renferme

encore quelques pions. Les ornements des côtés sont
en os. On y remarque un sphinx et une antilope broutant. Ce
monument a été trouvé dans la tombe du prince Touaou,
fils du roi Ta-aa. Il remonte par conséquent à la XVIIe dynastie.
695. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Bois.
  • Longueur, 1 30.
Sabre recourbé. Il porte sur un côté le cartouche d'un roi,
Ta-aa (XVIIe dynastie); de l'autre, les titres et le nom du
prince Touaou, le serviteur de son maître dans ses expéditions.
Comme les boîtes précédentes, cette arme peu redoutable
a été découverte avec la momie du prince à Drah-abou'lneggah.
696. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Bronze.
  • Longueur, 1 40.
Long serpent ondulé trouvé avec une momie enfermée dans
un de ces cercueils richis, qui appartiennent soit à la XIe soit à
la XVIIe dynastie.
697. — Memphis.-Saqqarah. Faïence bleue.
  • Hauteur, 0 20.
Vase. Sur le col et sur la panse courent des ornements [illeg.]
forme de feuillage. Epoque ptolémaïque.
698. — Thèbes.-Karnnak. Calcaire compact.
  • Hauteur, 0 23.
Quand elle était entière, cette jolie statue représentait un
habitant de Thèbes assis par terre, enveloppé dans sa robe.
Sur cette robe étaient gravées des représentations du travail
le plus fin. La tête, heureusement bien conservée, est remarquable
en ce qu'elle est un portrait frappant de Séti Ier
(XIXe dynastie). La mode de donner aux particuliers les
traits du roi régnant a en effet prévalu à diverses époques,
particulièrement sous Séti Ier et son fils Ramsès II.

221

699. — Memphis.-Saqqarah (SÉRAPÉUM). Bronze.
… …
Dans les idées égyptiennes, le sable était impur, à cause
de sa couleur fauve, qui est celle de Typhon. Pour le purifier,
on le parsemait de petites images de divinités, toutes les fois
qu'il devait servir de sol à un édifice sacré. Le Sérapéum de
Memphis, bâti en plein désert, devait moins que tout autre
échapper à cette loi. Les statuettes de divinités, en bois, en
pierre, en bronze, en porcelaine, y ont été en effet répandues
par milliers. Le plus souvent elles portent, inscrit sur leur
base, le nom de celui qui, pour se rendre Apis favorable,
déposait ainsi dans le sable ce témoignage de sa piété. —
Nous avons disposé sur le devant de l'armoire un groupe
d'une trentaine de ces statuettes, encore agglutinées par le
sable dans lequel elles ont été anciennement enterrées. J'ai
tenu à conserver ce groupe dans l'état où il a été découvert,
pour montrer le chemin qu'un bronze parcourt depuis le
moment où il sort des mains du fouilleur jusqu'à celui où
il apparaît dans les armoires du Musée, debout sur son socle
d'albâtre. (Voy. Salle du Centre; passim.)
Armoire C.
700. — Memphis.-Grandes Pyramides. Bois.
  • Hauteur, 1 00.
Statue de femme debout. Les pieds manquent. On remarque
que les bras sont détachés du corps. Le monument est traité
dans le style ferme de l'Ancien-Empire.
701. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 55.
Personnage. les qualités qui distinguent cette statue sont
communes à tous les monuments de cette époque.
702. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 65.
Personnage nommé Satemma. Même observation que pour
la statue précédente.

222

703-704. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 29.
Deux belles statuettes funéraires provenant de la tombe
d'un premier prophète d'Ammon Générateur. Il s'appelait Mentou
et était surnommé Sen-ris. Sur le devant, reproduction
du chapitre 6 du Rituel. La forme de la gravure mérite
d'être remarquée. (Voy. Salle du Centre, 399.)
705 à 710. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur moyenne, 0 50.
Six stèles peintes. On y remarque des prières aux dieux de
l'enfer égyptien et des adorations à Osiris et à Toum. Ces
stèles sont contemporaines des cercueils de momies (voyez
plus haut, 604 et suiv.) exposés dans la même salle.
Armoire D.
Trente-six vases funéraires, formant neuf séries
complètes, sont exposés dans l'armoire D. De ces
neuf séries nous ne noterons spécialement que la
suivante, à cause de l'intérêt historique qui s'y
attache.
711 à 714. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Hauteur moyenne, 0 40.
Nous connaissons déjà la tombe de Saqqarah où ont été
trouvés les trois admirables monuments de Psammétichus
(n°s 385 à 387) et la statuette funéraire gravée au nom du
roi Nectanébo Ier (n° 560). Les quatre vases funéraires que
nous avons sous les yeux ont été également découverts dans
cette tombe. Ils portent le nom d'une royale fille et royale
épouse
nommée Khoteb-net-ari-bet, nom déjà porté par une
autre reine dont la place est vraisemblablement marquée
dans la XXVIe dynastie. Nul doute que la royale fille et la
royale épouse dont l'existence nous est ici révélée pour la
première fois ne remonte à la XXXe.

223

Armoires E, F, G, H.
Nous réunissons ici une collection de quatre-vingt-deux
stèles, toutes d'Abydos, toutes de la XIIe et de la XIIIe dynasties.
L'étude de ce magnifique ensemble donne raison aux observations
que nous avons déjà présentées sur les stèles de
cette période (voy. Avant-Propos, p. 32). A ce moment, les
stèles sont des tableaux de famille; le défunt, assisté des
siens, en occupe toutes les parties. Les dieux y sont bien plus
souvent nommés que sous l'Ancien-Empire; mais dans les
quatre-vingt-deux stèles que nous étudions, on chercherait
en vain, sur plus de deux ou de trois d'entre elles, ces images
des dieux de l'enfer égyptien qui, sous les dynasties suivantes,
vont devenir d'un si fréquent emploi dans la composition des
tableaux funéraires.
Bien que marquées d'un cachet commun d'origine, nos
quatre-vingt-deux stèles présentent cependant quelques différences
qui permettent d'établir entre elles des catégories.
Les stèles de la XIIIe dynastie se distingueront, par exemple,
à certains signes des stèles de la XIIe. Les stèles elles-mêmes
de la XIIe se subdivisent aisément en plusieurs séries.
Les monuments dont nous nous occupons sont loin d'être
tous également remarquables. Je n'appellerai particulièrement
l'attention que sur les suivants, tous enfermés dans
l'Armoire E.
715. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 62.
La stèle est datée de l'an II du roi Amenemha Ier. Le
défunt s'appelle Amen-ha, sa mère Heken-ha, sa femme Rans-ankh.
Amen-ha et sa femme sont représentés au bas de la
stèle. Un de leur fils, Ousertasen, couvre de fruits, de membres
de victimes, de parfums, une table d'offrandes. Au bas sont
nommés tous les membres de la famille: cinq fils, trois filles,
deux frères, etc. Parmi eux, on trouve un Entef et un Sebeknekht.
Les hiéroglyphes sont tracés avec indécision et sans
rapport de proportion entre eux. Ils sont mêlés de quelques
signes hiératiques.

224

716. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 66.
Stèle datée de l'an 24 d'Ousertasen Ier. Prière à Osiris
et à diverses divinités en faveur d'Entef et de sa femme
Hathorset. Au bas de la stèle, les enfants et les serviteurs
des deux personnages apportent des offrandes.
717. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 24.
Stèle datée de l'an III d'Amenemha II. Ecriture à l'encre
noire. Prière en faveur d'Ameni et de sa famille.
718. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 36.
Stèle datée de l'an 9 d'Amenemha II. Prière à Osiris en
faveur d'un nommé Ousertasen.
719. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 80.
Stèle datée de l'an 20 d'Amenemha II. Prière à Osiris, à
Thoth, à Chnouphis, en faveur d'Apou-mes-ouat'. Le défunt
et sa famille sont représentés au bas de la stèle.
720. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 35.
Petite stèle en forme de naos, évidée par le milieu. Elle
est datée de l'an 15 d'Ousertasen III, cinquième roi de la
XIIe dynastie. Le défunt s'appelait Phtah-Snefrou.
721. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 27.
Stèle datée de l'an 31, sans nom de roi. Prière à Osiris.
Nom propre principal difficile à lire.

225

722. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 39.
Stèle datée de l'an 31, sans nom de roi; même style que
le précédent et même main. Le défunt s'appelait Aa. Quelques
autres stèles du Musée ont la même origine que les
deux dont nous venons de nous occuper, bien qu'elles ne
portent aucune date. Les noms propres qui y dominent prouvent
que cet ensemble de monuments remonte à la XIIe dynastie.
723. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 46.
Autre stèle remarquable par la beauté de la gravure des
personnages qui y sont représentés. Des légendes hiératiques
ont été ajoutées après coup. On y trouve une date
de l'an 24, malheureusement sans nom de roi. Nul doute
que ce magnifique monument ne remonte à la XIIe dynastie.
724. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 56.
Stèle de la XIIIe dynastie. Aou, fils d'Ameni, est assis à
gauche, en face de sa femme, la princesse Hatasou, fille de la
reine Nefer-t.
Au second registre, quatre de leurs enfants, deux fils et
deux filles, qui ont soin de rappeler leur origine royale, sont
assis par terre.
Au troisième registre, formule d'invocation aux vivants,
aux anciens de la terre
, etc.
Hatasou est un nom que plus tard la fameuse régente de la
XVIIIe dynastie rendra célèbre; Nefer-t a déjà été porté par
une princesse de la XIIe dynastie, fille d'Ousertasen II.
725. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Grès.
  • Hauteur, 0 50.
Stèle. Un roi Nofréhotep (rappelé par son seul cartouche
nom) en présence du dieu générateur. (XIIIe dynastie.)

226

726. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 41.
Stèle funéraire de la princesse Nofréhotep. Style de la
XIIIe dynastie. Douze personnages sont associés au souvenir
de la princesse. La gravure est si mauvaise qu'on ne peut
dire si, parmi eux, il n'est point d'autres membres de la famille
royale.

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227

VI.
SALLE DE L'EST.

On sait que le catalogue général des monuments
que possède le Musée comprend quatre grandes divisions
principales, qui sont les Monuments religieux,
les Monuments funéraires, les Monuments civils, les
Monuments historiques, auxquels une cinquième division,
celle des Monuments grecs et romains, est ajoutée.
Cette classification, déjà adoptée pour la Salle du
Centre
, le sera encore ici, autant que la nature des
objects exposés et des meubles destinés à les contenir
le permettra.
La série des Monuments religieux se continue dans
les vitrines A, B, C.
Vitrines A, B, C.
Ces trois vitrines contiennent une collection de scarabées
religieux, classés selon les différentes divinités auxquelles ils
se rapportent. Les scarabées de ce genre se trouvent le plus
souvent aux doigts des momies, liés comme une bague par le
fil de lin, de cuivre, d'argent ou d'or qui les traverse. Les
idées que les Egyptiens cachaient sous le symbole du scarabée

sont déjà connues (voy. Salle du Centre, passim). Selon
exu, cet insecte n'a pas de femelle; il choisit un peu de
limon, lui confie sa semence, roule ce limon jusqu'à ce qu'il
l'ait façonné en boule, et attend le reste du soleil. Pour les
Egyptiens, le scarabée est ainsi l'animal qui s'engendre luimême.
Il devient par là le symbole de cette éternelle renaissance
du soleil, qui, chaque matin, vainqueur des ténèbres
et du mal, apparaît toujours radieux à l'horizon oriental.
Placé au doigt des morts, il est le signe mystérieux de la vie
nouvelle qui attend l'homme juste et de l'immortalité promise
à son âme.
Vitrine D.
Elle contient des sceptres et des emblèmes divers de divinités.
On y remarque:
1° Une coiffure du dieu Bes (voy. Salle du Centre, 188)
au bas de laquelle est un lion couché sur le flanc, regardant
en face;
2° Un sceptre surmonté de la tête de l'animal inconnu
appelé coucoupha;
3° Un second sceptre très-délicatement travaillé, à tête
d'Anubis ou de chacal (voy. Salle du Centre, 131);
4° Un des emblèmes appelés Menat (voy. Salle du Centre,
371). Isis allaite son fils Horus; au bas, seconde figure d'Isis
accroupie sur le lotus épanoui, symbole du soleil levant,
entre les deux vipères qui désignent le Nord et le Sud.
Le série des Monuments funéraires exposée dans la
Salle de l'Est comprend des caisses de momies, des
vases canopes, un certain nombre de petits objets
enfermés dans des vitrines, etc. En voici la nomenclature:
727. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 55.
Pyramide votive trouvée dans le tombeau de Petisis, fils de
Ankh-Harsiésis. (Epoque grecque.)

229

Chacune des faces du monument est dédiée à l'un des
quatre points cardinaux: la face principale à l'Est, celle de
droite (en regardant l'Est) au Sud, celle de gauche au Nord,
la face postérieure à l'Ouest. L'orientation si exacte des Pyramides
n'a pas d'autre cause.
Sur chacune des faces, Petisis est représenté adorant: du
côté Est, Ra; du Côté Sud, Toum; du côté Ouest, Kheper;
du côté Nord, Noum-Ra.
Nous avons dit que la face Est est la face principale de la
Pyramide. C'est contre la face Est, en effet, que sont élevés
les temples des Pyramides royales; c'est à la face Est que
commence ici l'inscription circulaire qui fait le tour du monument.
On y lit le commencement du chapitre 15 du
Rituel: O soleil, Horus des deux zones, dieu grand, seigneur des
rayonnements, toi qui brilles avec éclat au sommet du ciel, rayonne
sur l'Osirien Petisis
, etc.
728. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 1 90.
Belle caisse de momie. Visage rouge; figures et couleurs
vives; vernis admirablement conservé. Elle a contenu le
corps de Kha-Hor, fils de Nesa-Min, et était contenue ellemême
dans un sarcophage carré et un second cercueil momiforme
(voy. Salle de l'Ouest, 597-598). Un bélier et un épervier,
ailés tous les deux, couvrent la poitrine. Dans de
courtes légendes qui ornent les côtés, le défunt donne ses
oreilles à Aperou, sa chevelure à Net, sa face à Ra, son oeil
à Hathor, etc. Il place ainsi tous ses membres sous la protection
d'une divinité, jusqu'au jour où l'âme viendra de
nouveau animer le corps qu'elle n'a que momentanément
quitté.
729. — Thèbes.-Assassif. Cartonnage.
  • Hauteur, 1 90.
Cartonnage cousu par derrière. Visage rouge; couleurs
éclatantes. Aucune légende n'indique le sexe et le nom de la
momie qui y a été enfermée.
730. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 05.
Autre boîte de momie du même style, de la même époque
et du même tombeau que le n° 728. Le défunt s'appelle T'at-Rhons-aouf-ankh,
fils de T'aï-en-Amen.

230

731. — …… (Provient d'achat.) Cartonnage.
  • Hauteur, 1 80.
Cartonnage de momie. Style très-fin. Légendes des côtés
tracées en noir d'une main ferme. La dégendes des côtés
tout à fait celle des autres monuments. On remarquera particulièrement
l'agencement hardi des quatre ailes des deux
figures de la déesse Khou et des éperviers sacrés. Le défunt
s'appelle Ha-hati, surnommé Nesa-pé-her-hati. Ce beau monument
appartient à la même époque que les précédents;
peut-être même remonte-t-il jusqu'à la XXIIe dynastie.
732. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 1 78.
Cercueil de momie. Fond jaunâtre; figures négligées;
hiéroglyphes tracés à l'encre noire en écriture presque cursive.
La dame dont il nous a conservé la momie s'appelait
T'estmaut-per; son père était Hor, son grand-père Harsiésis,
sa mère Ta-set-em-Beset.
733. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 15.
Cercueil de momie. Fond nu; visage autrefois doré, mais
gratté dès l'antiquité pour enlever les feuilles d'or; hiéroglyphes
en noir et de bon style. La défunte s'appelait Amémritis,
fille de son père Nesa-Min. C'est une soeur du Kha-Hor
dont le Musée possède les deux caisses et le grand
sarcophage à couvercle voûté (voy. 597, 598, 728). Tous ces
monuments ont, en effet, été trouvés dans la même chambre
souterraine. Ils appartiennent vraisemblablement au commencement
de la XXVIe dynastie. (Voy. Salle du Centre, 394.)
734. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 2 05.
Autre cercueil de momie de même provenance. Le visage
a été également doré, puis gratté par quelque violateur de
sépultures. Les hiéroglyphes sont du style élégant et délicat

qui caractérise la belle période des Saïtes. Sur le couvercle,
la défunte s'appelle Ta-t-ankh, surnommée Ta-meri-Amen,
fille de son père Neb-neterou, prophète de Mentou, et de sa
mère Beba. Sur la cuve, par une anomalie dont nous trouverons
d'autres exemples, elle se nomme Ta-mant-schap-en-Ankh,
et son père Nesa-neb-neterou.
On admirera l'incroyable conservation des grandes figures
qui ornent le pourtour de la cuve. A la gauche du visiteur
est reproduite la grande seène du jugement. Osiris est assis
à son tribunal. Devant lui est une table d'offrandes chargée
de pains sacrés, de victuailles et d'un beau bouquet de fleurs
de lotus épanouies. Vient ensuite, monté sur un socle élevé,
le monstre moitié hippopotame, moitié sur un socle élevé,
grande directrice de l'enfer. Plus loin, une grande balance est
dressée. Dans l'un des plateaux est le coeur de la défunte;
dans l'autre, une image de la déesse Justice. Horus et Anubis
assistent au pèsement des bonnes et des mauvaises actions.
Thoth enregistre le résultat. Ta-t-ankh elle-même, les chairs
peintes en vert, en signe des ténèbres dans lesquelles elle est
encore plongée, occupe le fond de la scène, et attend la décision
de son juge, les bras élevés en suppliant.
Une stèle de bois, couverte de stuc doré, a été trouvée
avec ce cercueil dans la chambre souterraine qui a fourni au
Musée un si riche ensemble de monuments funéraires. L'or
de cette stèle, comme celui qui couvrait le visage des cercueils
des momies, a été soigneusement gratté. Mais, chose
singulière, l'outil qui profanait sans scrupule la figure et les
titres de Ta-t-ankh s'est arrêté subitement devant l'image
d'Osiris, qu'il a laissée intacte. C'est ce respect craintif du
violateur de la tombe pour le dieu de l'enfer égyptien qui
nous autorise à penser que les profanations dont cette tombe
a été l'objet remontent à l'antiquité.
735. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
  • Hauteur, 1 90.
C'est le plus petit des trois cercueils dans lesquels la
momie de la dame Anès était enfermée (voy. Salle de l'Ouest,
596 et 600). Il contenait encore un cartonnage dont le Musée
ne possède que les fragments. Pour la généalogie de la dame
Anès, voy. Salle de l'Ouest, 600. Anès et sa famille vivaient
à Thèbes vers le VIIe siècle avant notre ère.

232

736. — Thèbes.-Assassif. Cartonnage.
  • Hauteur, 1 70.
Cartonnage de momie, Le défunt est Ankh-Oun-Nefer, fils
de A-hor.
737. — Thèbes.-Assassif. Cartonnage.
  • Hauteur, 1 70.
Cartonnage de momie. La défunte est la dame Aba.
738. — Thèbes.-Assassif. Cartonnage.
  • Hauteur, 1 70.
Cartonnage de momie. Pas de nom propre. On s'apercevra
facilement que ces divers monuments sont tous du même
style et du même temps. (Voy. plus haut, 731.)
739. — Thèbes.-Assassif. Bois.
  • Hauteur, 1 10.
Cercueil de momie d'enfant. Le défunt s'appelait Neter-Kafta,
fils de Tat-her.
740. — Memphis.-Saqqarah. Cartonnage.
  • Hauteur, 1 70.
Cartonnage ayant servi d'enveloppe extérieure à la momie
d'un Egyptien qui vivait à Memphis à l'époque de la domination
romaine, et s'appelait Pi-ti-har. Tout, dans ce monument,
révèle une période de profonde décadence. Les hiéroglyphes
y sont si gauchement tracés qu'ils se lisent à peine.
741. — Memphis.-Saqqarah.
  • Hauteur, 1 57.
Momie humaine encore enveloppée de ses bandelettes.
Elle est revêtue à l'extérieur de beaux ornements en cartonnage
découpé (voy. Salle du Centre, 420). Une sorte de masque
doré enveloppe toute la tête et couvre une partie des
épaules. Sur la poitrine est un coeur doré, emblème de résurrection
promise au corps du défunt. En dessous, un grand

scarabée également doré étend ses ailes et symbolise le
réveil de l'âme. Au centre d'un naos, Osiris est assis entre
Isis et Nephthys. Plus bas, le mort est couché sur son lit funèbre;
Anubis veille à l'embaumement; deux déesses lui
tendent les bandelettes. Sur ses pieds, peints en rose, Isis et
Nephthys sont dans la posture des pleureuses au-dessous
des images des deux chacals, gardiens des chemins célestes.
Les ongles sont dorés.
Les momies ornées par-dessus leurs bandelettes de cartonnages
ainsi découpés ne se trouvent qu'à Saqqarah et sont
toutes de l'époque gréco-égyptienne. Quand on les ouvre, on
est presque sûr d'y recueilhr soit le scarabée funéraire, les
deux doigts et le chevet dont je parlerai tout à l'heure, soit
une collection de statuettes de divinités en porcelaine ou en
pierre dure (voy. Salle du Centre, Cage A, passim). L'enveloppe
extérieure est toujours un gros cercueil de bois épais,
taillé lui-même en forme de momie. (Voy. Avant-propos,
p. 47.)
742. — Memphis.-Saqqarah.
  • Hauteur, 1 67.
Autre momie de même style et de même époque. Sur la
tête est un beau masque doré. Une image de la déesse
Khou, tenant dans les mains les deux plumes de Justice et
de Vérité, couvre la poitrine. Aux pieds nus du défunt sont
attachées des sandales. L'or sur les ongles a remplacé le
henneh traditionnel. Une bandelette passée par-dessus les
cartonnages cache le nom du défunt.
743. — Memphis.-Saqqarah.
  • Hauteur, 1 70.
Troisième momie recouverte par-dessus ses linges d'un
masque doré et de beaux ornements en cartonnage découpé.
Celle-ci est peut-être plus ancienne que les autres,
et peut remonter jusqu'aux premiers temps de la domination
grecque. Sur le tablier à jour qui couvre les jambes
du défunt est écrite, en caractères finement tracés, une invocation
à Osiris pour Ou-ari-s', fils de Out' a-sohou.
744. — Memphis.-Saqqarah.
  • Hauteur, 0 85.
Cartonnage de momie.

234

745 à 752. — Thèbes.-Deir-el-Bahari. Bois.
Huit cercueils de momies de styles divers. Conservation
médiocre. Ils complètent la série des monuments de la XXIIe
et de la XXVIe dynastie exposés dans la Salle du Centre (452 à
457) et la Salle de l'Ouest (604 à 621).
753. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Hauteur moyenne, 0 32.
Quatre canopes gravés le style de la XXVIe dynastie
au nom d'un divin père nommé Hor-ari-aa. (Sur les vases
funéraires, voy. Salle du Centre, 441 et 336.)
Deux armoires et cinq vitrines contiennent la suite
des Monuments funéraires.
Armoire E.
On y trouve seize canopes formant quatre séries complètes.
La première série provient de la tombe d'Amama, dame de
Thèbes, qui vécut probablement sous l'un des derniers
Ramsès. La formule qui décore les vases de cette série n'est
pas celle qu'on lit habituellement sur les monuments de ce
genre. La seconde et la quatrième proviennent de Saqqarah,
et remontent à la XXVIe dynastie. Toutes trois sont en albâtre.
La troisième est en calcaire et a été trouvée à Thèbes.
Au style des légendes, on peut la croire également du temps
des Saïtes. Le défunt était prophète d'Ammon et s'appelait
Hor-pi-nes-er-men.
Armoire F.
Quatre nouvelles séries de canopes, toutes les quatre
en albâtre, sont enfermées dans cette armoire. La première
et la seconde viennent de Saqqarah et du même quartier
de la nécropole qui a fourni au Musée les canopes dont
nous venons de faire la description. Les huit vases qui forment
ces deux séries appartiennent par conséquent à la
XXVIe dynastie. La troisième a été trouvée avec une momie

de femme sous le dallage de l'une des chambres de Medinet-Abou.
La quatrième enfin, composée seulement de trois
vases (le quatrième a été trouvé brisé), a été destinée à la
tombe d'un fonctionnaire de Memphis nommé Net'em. Le
défunt, par exception, y est représenté en adoration devant
diverses divinités.
Vitrine G.
Nous avons déjà expliqué le rôle des gros scarabées appelés
funéraires (voy. Salle du Centre, 398). La plupart de ceux
que conserve la Vitrine G portent pour légende le chapitre
30 du Rituel. Cette même vitrine contient encore quelques
pectoraux en forme de naos qui servent d'ornements
aux momies.
Vitrine H.
Les pectoraux en forme de naos qui y sont conservés
frappent d'abord l'attention. On remarque ensuite un beau
choix de scarabées funéraires. Il en est parmi eux qui sont
pourvus de grandes ailes ouvertes Ceux-ci n'ont jamais
d'inscriptions, et sont toujours trouvés cousus aux bande-lettes
des momies. Le scarabée qui l'enveloppe est l'emblème
du soleil levant: c'est l'âme pénétrant dans la lumière
éternelle.
La Vitrine H contient aussi plusieurs amulettes en jade
ou en pâte de verre noir, composées de deux doigts humains
rapprochés, l'un dépassant l'autre. A en croire les monuments,
certaines pratiques mystérieuses de consécration
devaient être opérées par le moyen d'un instrument ayant
la forme d'un doigt; mais les textes égyptiens ne nous ont
rien appris de celui dont la Vitrine H renferme des échantillons.
Les deux doigts ne se trouvent d'ailleurs que sur les
momies d'époque grecque, où ils accompagnent invariablement
le scarabée funéraire.
Vitrine I.
Autre choix de scarabées funéraires. Les élytres de plusieurs
d'entre eux sont enrichis de figures de divinités gravées
à la pointe.

236

Vitrine J.
Scarabées funéraires sans inscriptions, mais choisis soit
pour le fini de leur exécution, soit pour la rareté de la
matière dans laquelle ils sont taillés. Le plus gros de ces
scarabées est en lapis-lazuli. Au-dessous de celui-ci, on en
voit un autre en feld-spath vert. Près de là, un troisième
a reçu sur le plat l'image d'un coeur en bas-relief. Le scarabée
funéraire est en effet destiné à être placé à l'endroit
du coeur, dont il tiendra la place jusqu'au jour de la résurrection.
Vitrine K.
Collection de petits monuments funéraires de toute nature
et de toute provenance. Il en est peu que nous n'ayons déjà
décrits autre part. Les seuls que nous ayons à signaler comme
nouveaux sont les petites tables d'offrandes votives en serpentine
et en albâtre. Les tables d'albâtre viennent de
Saqqarah et remontent jusqu'à l'Ancien-Empire. Au registre
supérieur sont écrits les noms des diverses substances dont
on devait les couvrir; au registre inférieur sont ménagés
quelques petits godets où ces mêmes substances étaient censées
déposées.
La troisième division du catalogue nous amène
aux Monuments civils. Les objets de cette série que
conserve la Salle de l'Est sont les suivants:
754. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur totale, 0 90.
Joli groupe représentant un frère et une soeur assis sur
un siége commun. Le frère s'appelait T'aï, et la soeur Naïa.
Ils sont tous deux vêtus à la mode du beau temps des Ramsès.
T'aï a la longue robe, bouffant aux manches et se terminant
par devant en tablier; Naïa porte la grande chemise collante.
D'énormes perruques à longue tresse couvrent la tête
de nos personnages.
Deux petites scènes gravées ornent la partie antérieure

du siége. Une image d'Osiris assis devant un autel est le
sujet de la première. La seconde nous montre T'aï et Naïa
recevant les offrandes funèbres que la piété des parents a
déposées dans le tombeau où notre groupe a été trouvé.
Enfin, derrière les deux statues, a été gravée une représentation
des deux mêmes personnages assis, recevant
l'hommage d'une prêtresse attachée au culte d'Ammon, et
nommée Tanor.
Ce morceau appartient à la XIXe dynastie. Les profils
des personnages gravés sur le dos du siége rappellent le
temps de Séti Ier; les deux statues assises ont, au contraire,
tous les caractères de la physionomie douce et épanouie
qui est le cachet de la belle tête royale (Grand Vestibule, 22),
que je crois être celle de Ménephtah, petit-fils de ce même
Séti Ier.
755. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 65.
Un visage rond, une physionomie ouverte et souriante,
les détails anatomiques du genou vivement accusés, quelque
chose de vivant dans tout l'ensemble du personnage,
font reconnaître cette statue pour un monument de l'Ancien-Empire.
Malgré les cinquante ou soixante siècles qui
la séparent de nous, elle a conservé une fraîcheur de
couleurs vraiment étonnante. Aucune inscription ne nous
donne le nom de l'habitant de Memphis dont la tombe fut
enrichie de cette belle oeuvre d'art.
756. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 60.
Seconde statue trouvée dans le même tombeau, et représentant
le même personnage. L'exéecution en a été un peu
moins soignée, quoique la même fermeté de ciseau s'y fasse
reconnaître.
Armoire L.
On y a réuni une trentaine de statues de l'Ancien-Empire.

238

Sous l'Ancien-Empire, l'art avait une liberté d'allures
qui plus tard lui sera refusée. On en trouve la
preuve dans les pétrisseuses de pain, dans l'homme
drapé, dans le personnage pleurant et dans le curieux
ensemble des monuments que nous rapprochons
intentionnellement ici.
757 à 764. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur maximum, 0 42.
Curieuse collection de huit statues réprésentant des personnages,
hommes et femmes, dans l'action de pétrir du
pain. On rencontre encore aujourd'hui à Eléphantine et
en Nubie des femmes qui, la tête ornée de la même coiffure,
prennent la même pose et se servent des mêmes ustensiles
pour accomplir la même opération. Lei tout est funéraire, les
serviteurs du défunt préparent les pains qu'ils vont déposer
dans le tombeau.
765. — Memphis.-Grandes Pyramides. Calcaire.
  • Hauteur, 0 22.
Un homme est assis par terre. Entre ses jambes écartées
il tient un vase dans lequel il introduit sa main gauche.
766. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 40.
Un autre personnage dans la même pose.
767. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 26.
Une femme assise par terre, les genoux relevés. Sa main
droite semble tenir un fil par lequel elle conduit une opération
destinée à agir sur une pile de lingots d'un métal rouge

amoncelés devant elle. Pas de légende qui nous donne le sens
de cette représentation inusitée.
768. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 36.
Personnage assis par terre, les genoux relevés. Il porte la
main à la tête, en signe de deuil.
769. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 35.
Personnage à genoux. Ses mains sont croisées sur ses
jambes. Les yeux sont rapportés et formés de plusieurs
pièces curieusement assembleées. Ce travail, bien exécuté,
imite la nature vivante, et semble avoir été réservé aux
monuments de prix, comme en témoigne la pierre du temps
de Chéops. (Salle du Centre, 581.)
770. — Memphis.-Grandes Pyramides. Bois.
  • Hauteur, 0 31.
Statue malheureusement assez mal conservée. Elle représente
un homme debout, se drapant dans une ample couverture
qui l'enveloppe de la tête aux pieds. Le bras droit
est libre. La main droite se croise sur la main gauche,
qui sort à travers une ouverture du vêtement. Cette attitude
inusitée appartiendrait plus à une statue du temps
des Empereurs, dans le style égyptien, qu'à une oeuvre
antérieure de trente ou quarante siècles à l'occupation
romaine.
771. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 52.
Un jeune homme debout. Il est complétement nu. Il
porte sur l'épaule gauche un sac qui lui retombe sur le dos;
il tient de la main droite un bouquet de fleurs. Pas d'inscription.
772. — Memphis.-Grandes Pyramides. Calcaire.
  • Hauteur, 0 45.
Joli groupe. Une femme s'appuie sur son mari, qui la tient
par l'épaule et le bras (Voy. Salle de l'Ouest, 58.)

240

773 à 776. — Memphis.-Saqqarah. Granit rose.
  • Hauteur maximum, 0 35.
Quatre nouvelles statues du tombeau de Ra-hotep. (Voyez
Salle de l'Ouest, 590 à 594.)
777. — Memphis.-Saqqarah. Albâtre.
  • Hauteur, 0 31.
Quoique aussi fini d'exécution que les quatre statues précédentes
sont rudes, le monument que nous inscrivons
sous le n° 777 provient du même tombeau et représente le
même Ra-hotep. Ra-hotep est assis à l'orientale, les mains
appuyées sur les genoux. Ses nom et titres sont inscrits sur
le socle.
778. — Memphis.-Saqqarah. Granit gris.
  • Hauteur, 0 40.
Statue finement travaillée. Le personnage est assis. Les
hiéroglyphes mal tracés ne permettent pas de reconnaître
son nom.
779. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 50.
Phtah-nefer-her-hen est assis. Les qualitiés qui distinguent
cette statue sont communes à tous les monuments de cette
àpoque.
780. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 55.
Hapi debout. Rien ne distingue cette statue que la couleur
brune dont le nu est peint.
Armoire M. — Suite de la collection des Monuments
civils
. Statues, armes, etc, de toute époque et de
toute provenance.

241

781. — Memphis.-Saqqarah. Bois.
  • Hauteur, 1 00.
Le bois paraît avoir été la matière préférée des sculpteurs
de l'Ancien-Empire. La belle statue que nous avons sous les
yeux est une nouvelle preuve à l'appui de cette opinion (voyez
Salle du Centre, 492, 493; Salle de l'Ouest, 622, 700). Elle
représente un personnage debout, le bâton de commandement
à la main. La face est traitée dans le style large et vivant
de l'époque. Le modelé des bras et des jambes est superbe.
Le socle a malheureusement un peu souffert, et les
hiéroglyphes qui le décoraient sont à peine lisibles.
782-783. — Memphis.-Saqqarah Albâtre.
  • Hauteur, 0 50.
Deux statues de l'Ancien-Empire, un homme et une femme.
Pas d'inscription.
784. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 0 55.
Joli groupe de deux personnages debout. L'un s'appelle
Setenna (voy. Salle de l'Ouest, 702); le nom de l'autre est
difficile à lire. Travail élégrant. (Ancien-Empire.)
785. — Memphis.-Saqqarah. Granit gris.
  • Hauteur, 0 42.
Un personnage assis. Pas d'inscription. (Ancien-Empire.)
786. — Memphis.-Grandes Pyramides. Bois.
  • Hauteur, 0 37.
Un enfant nu, portant le doigt à la bouche. (Ancien-Empire.)
787. — Abydos.-Harabat-el-Madfouneh. Grès rouge.
  • Hauteur, 0 20.
Un personnage assis sur les talons. L'inscription le nomme
Sebek-oer (?). Sa grande chemise est nouée par devant, laissant

les épaules et les bras découverts. Nous avons déjà décrit
des statues de ce style et de ce temps. (XIIIe dynastie;
voy. Salle du Centre, 464.)
788. — Memphis.-Saqqarah. Bois.
  • Hauteur, 0 43 et 0 35.
Deux statues de femmes trouvées dans le même tombeau.
L'une de ces femmes est la dame Set-maut qui exerçait un
emploi dans le temple de l'Aten vivant, à Memphis. Ce titre
et l'orthographe particulière du mot maut dans le nom
propre de la femme nous prouvent que les deux statues dont
nous nous occupons appartiennent au règne de Khou-en-Aten
(Aménophis IV, XVIIIe dynastie).
789. — Memphis.-Myt-Rahyneh. Calcaire.
  • Hauteur, 0 35.
Un personnage assis par terre, les jambes ramassées devant
lui. Il a les bras croisés sur ses genoux. Ce monument
est vraisemblablement du temps des Saïtes. Il a été trouvé
dans les ruines du temple de Phtah.
790. — Thèbes.-Assassif. Calcaire.
  • Hauteur, 0 13.
Deux tablettes au centre desquelles apparaissent, gravées
en creux profond, deux figures d'oiseau Vennou symétriquement
renversées. Elles paraissent former un moule.
Les moules de ce genre sont très-nombreux, et je n'en ai
guère trouvé qui soient destinés à une autre fabrication que
celle des images de l'oiseau en question.
Notons en outre qu'à bien examiner ces moules, on a
peine à se faire une idée de la manière de les employer.
Les moules paraîtraient done des monuments votifs en rapport
avec le symbole caché sous la figure de l'oiseau Vennou.
On sait déjà (voy. Salle du Centre, Vitrine N) que l'oiseau
Vennou est le type du phénix renaissant, par périodes successives,
de ses propres cendres.

243

791. — Thèbes.-Drah-abou'l-neggah. Bois.
Nous comprenons sous un numéro unique les armes disposées
en trophées dans l'Armoire M. Toutes proviennent de
Drah-abou'l-neggah et des cercueils richis qu'on ne trouve
qu'en cette localité (voy. Avant-propos, p. 39). Elles remontent
par conséquent à la XIe dynastie, ou bien à la XVIIe.
On remarquera parmi elles les arcs et les flèches. Cellesci
n'ont pour pointe qu'un os aigu ou une arête de poisson.
Les sabres sont en bois, courts, petits, pour ainsi dire sans
poignée. La collection des armes offre encore des bâtons tordus,
longs et minces, excepté à l'extrémité, où ils sont façonnés
presque en boule. Ceux-ci ne sont pas des sarbres,
mais des instruments pour la chasse aux oiseaux aquatiques.
Lancés avec force, ils partent en tournoyant et portent aussi
juste que loin.
Armoire N. — Suite de la collection des Monuments
civils
. Meubles, ustensiles, vases, vêtements,
etc.
Le fond de l'Armoire N est garni d'étoffes diverses plus ou
moins fines. On y voit un balai, deux houes de bois, un niveau
de maçon, des cordes. Le marteau du tailleur de pierres
a été trouvé dans l'intérieur de la maçonnerie du Mastabat-el-Faraoun
(Saqqarah). Il serait par conséquent contemporain
du dernier roi de la Ve dynastie.
Sur le devant de l'armoire sont rangés des tabourets, des
chaises, des vases, des chaussures faites de feuilles de papyrus
(baxa). Les grains et les fruits, orge, blé, lin, raisin,
etc., de même que les pains, d'ailleurs assez grossièrement
fabriqués, proviennent des tombes de la XIe dynastie, à
Drah-abou'l-neggah. Les fouilles de Saqqarah ont fourni
les oeufs. Je me hâte de dire que malgré le soin apporté aux
expériences faites sur les semences du Musée confiées à la
terre, aucune de ces semences n'a germé.
Au bas du compartiment de droite est exposé un fémur
provenant d'une momie de la XIe dynastie. Les médecins
constateront que l'os brisé n'a point été réduit, et que les
deux parties, chevauchant l'une sur l'autre sur une longueur

de près de quatre centimètres, ont fini par se sounder. J'ai
trouvé d'assez nombreux exemples de ce fait, qui ne donne
pas une grande opinion de la chirurgie égyptienne.
Armoire O. — Vases de toutes formes, de toutes
matières et de toutes provenances; continuation de
la série des Monuments civils.
Armoire P. — On trouvera dans cette armoire,
comme dans les précédentes, des échantillons variés
de la céramique égyptienne.
Vitrine Q. — Suite des Monuments civils.
Autour d'une petite tortue de calcaire fin sont groupés
des monuments de toutes sortes. On remarquera un choix
d'animaux, hippopotames, poissons, grenouilles, oies, etc.
De chaque côté sont disposées des représentations en pâte de
verre de couleurs variées, singes marchant, faces humaines,
rosaces. L'une d'entre celles offre l'image d'Apis revêtur de
ses marques sacrées; une assez forte loupe est nécessaire
pour en bien distinguer les détails. Ces monuments ne sont
pas, comme on semblerait le croire au premier coup d'oeil,
des mosaïques. Chaque couleur y est un morceau, et chaque
morceau est juxtaposé à son voisin par une sorte d'agglutination.
L'effect général est dur, tranché, et effectivement
donne à l'objet ainsi travaillé l'aspect extérieur d'une mosaïque.
Un peu plus haut est un groupe formé d'une belle étoile
en lapis-lazuli, d'un disque rouge en pâte de verre, et de
plusieurs mains humaines de porcelaine bleue et verte. Ces
mains sont fermées, et l'extrémité du pouce passe entre l'index
et le médium. Peut-être ce singulier geste a-t-il pour
effet de conjurer la jettatura.
Les lentilles en verre transparent bleues, jaunes et vertes
ont été recueillies avec les figures dont nous avons déjà donné
la description (voy. Salle du Centre, vitrine I); elles étaient

adhérentes à la couche de stuc blanc qui servait d'enveloppe
générale à certaines momies trouvées sur l'emplacement supposé
du Labyrinthe (Fayoum). Quelques-unes sont remarquables
par leur éclat.
Vitrine R. — Suite des Monuments civils.
Au sommet de la planche sont des peignes de toutes dimensions.
Les plus gros ont dû servir pour les volumineuses
perruques par lesquelles les anciens Egyptiens remplaçaient
le turban.
La collection des bagues est assez riche. On en trouve en
argent, en cornaline, en porcelaine émaillée. Quelques-unes
d'entre elles portent, gravés sur le chaton, des souhaits de
nouvel an. Les bagues d'or sont conservées avec les bijoux.
L'oie qui retourne si gracieusement la tête en arrière est
une boîte à parfums. Les ailes en s'ouvrant laissent voir le
creux de la boîte. (XIe dynastie.)
Le manche de cuillère à parfums a été trouvé à Drahabou'l-neggah,
et, comme la boîte qui vient d'être décrite,
appartient à la XIe ou à la XVIIe dynastie. Ce manche est
travaillé à jour. Les deux emblèmes nommés le tat et la
boucle de ceinture en forment le motif principal.
Quelques fines aiguilles longues sont percées à leur extrémité
de trous imperceptibles. Comme on doit s'y attendre,
elles sont en cuivre ou en bronze, les Egyptiens n'ayant
jamais fait usage du fer.
Vitrine S. — Suite des Monuments civils.
Une jeune fille presque nue, ses longs cheveux tombant
en nattes serrées sur ses épaules, est debout sur une petite
barque, et navigue au milieu de fleurs de lotus à tiges flexibles.
Ce joli morceau, d'une exécution si fine, est le manche
d'une cuillère à parfums.
A côté est un beau miroir dont le manche de bronze est
également découpé à jour. Les deux personnages agenouillés,
tenant d'une main le sceptre divin, de l'autre une sorte de
masse d'armes appuyée sur l'épaule, forment un sujet qu'on
voit fréquemment représenté sur les monuments de Drahabou'l-neggah.
(XIe, XVIIe dynasties.)

246

Les anneaux fendus, en jaspe rouge ou blanc, en bronze
recouvert d'or, en pâte rouge, sont des monuments qu'on
trouve sur les momies, contre l'oreille desquelles ils sont
appliqués. Les hommes en sont pourvus aussi bien que les
femmes. Peut-être ces anneaux sont-ils non des boucles
d'oreilles proprement dites, mais des emblèmes funéraires
dont le sens ne nous est pas encore connu.
Vitrine T. — Suite des Monuments civils.
Cette vitrine est occupée par des palettes de scribe, des
poins pour le jeu de dames, un fléau et des plateaux de balance,
des poids. Les poids sont en granit, en bronze, en
albâtre, le plus souvent en hématite. Nous n'en possédons
aucun qui porte des marques. La palette du peintre, dont les
cinq godets ont conservé leurs couleurs, a été trouvée à Saqqarah
dans un tombeau de l'Ancien-Empire. Malgré les incertitudes
qui s'attachent à toutes les questions de chronologie
égyptienne, nous nous croyons autorisés à affirmer
que ce fragile monument est antérieur à Abraham.
Vitrine U. — Suite des Monuments civils.
Nous avons disposé dans cette vitrine des outils de toute
sorte, hachettes, couteaux, ciseaux de menuisier, etc. (voyez
Salle du Centre, 575, 577). Tous ces outils, sans exception,
sont en bronze. J'ai déjà fait remarquer, en effect, que les
Egyptiens n'ont pas fait usage du fer. Le fer, selon eux,
était un os de Typhon.
Au bas de la vitrine sont exposés quelques hameçons de
bronze. Leur forme est exactement celle que nous donnons
aujourd'hui à ces engins
La quatrième division de notre catalogue général
comprend les Monuments historiques. Ceux-ci ont
presque tous trouvé place dans la Salle du Centre. Il
en est cependant quelques-uns auxquels nous avons
été obligés de réserver une des vitrines de la Salle de
l'Est.

247

Vitrine V.Monuments historiques.
Presque tous les scarabées réunis dans cette vitrine portent
le nom de Thoutmès III. Les scarabées marqués du cartouche
de ce pharaon appartiennent à toutes les époques qui ont
suivi la XVIIIe dynastie, particulièrement à la XIXe, à la
XXVIe et aux Ptolémées.
Au centre de la planche est une plaque de bronze provenant
du Sérapéum et ornée du cartourche-nom de Sabacon
gravé en creux. (XXVe dynastie.)
La hache de bronze sans manche provient de la momie
de la reine Aah-hotep (voy. Salle des Bijoux). On y distingue
encore la légende du roi Kamès.
On trouve à Thèbes des momies de la XXIe et de la
XXIIe dynastie qui portent, entre les linges, des bandelettes
croisées sur la poitrine comme des bretelles et terminées à
chaque pointe par un ornement en cuir jaune repoussé. Ces
bretelles sont le plus souvent ornées de la figure d'un roi en
présence d'Ammon. Notre Vitrine V en montre quelques
exemplaires.
Les tablettes de porcelaine verte avec cartouches royaux
peints en grands traits noirs sont les mêmes que nous avons
déjà décrites (Salle du Centre, 545), et qui ont été trouvées
dans le sol du sanctuaire du Grand Temple de Tanis.
Au bas de la vitrine sont les débris d'une sorte de résille
qu'on avait employée pour l'ornementation extérieure de la
momie de Tounar-i (voy. Salle du Centre, 405). Les cartouches
de Ramsès II y alternent avec des emblèmes religieux.
A la division des Monuments historiques appartient
aussi cette statue:
792. — Memphis.-Grandes Pyramides. Basalte vert.
  • Hauteur, 1 20.
Statue représentant le roi Chephren, comme celle qui
occupe la place d'honneur dans la Salle de l'Ouest, et tirée
comme elle du puits situé dans l'une des chambres du
Temple d'Armachis, aux Grandes Pyramides. (Voy. Salle du
Centre
, 578.)

248

Le roi est assis sur un siége en forme de dé. Sa légende,
bannière et cartouche, occupe la partie antérieure de ce
siége, tandis que les deux plantes de la Haute et de la
Basse-Egypte réunies par le Sam en décorent les côtés.
Le roi est vieux, et sa tête doit avoir été modelée d'après
nature. Néanmoins le style général du monument est loin
d'être parfait.
Les Monuments grecs et romains, qui forment la
cinquième division de notre catalogue, ne sont pas
nombreux; j'en ai expliqué le motif (voyez Avantpropos,
p. 55). La série des grands monuments de cette
classe est exposée dans le premier Vestibule; l'Armoire
X contient la série des petits monuments.
Armoire X.
La statue de marbre blanc qui occupe le milieu de l'armoire
provient de Saqqarah. Elle représente une déesse debout,
vêtue de la tunique longue. A travers sa lourdeur et la
disproportion de quelques-unes de ses parties, on reconnaît
encore le grand art de la Grèce.
Dans le compartiment de gauche est une amphore qui
mérite de fixer l'attention. Elle appartient en effet au plus
ancien style des vases peints. On y voit d'un côté deux taureaux
combattant, de l'autre deux béliers broutant une
même plante. Une frise circulaire nous montre une course
d'antilopes. Tous ces animaux et les ornements qui les accompagnent
sont négligemment peints en rouge sombre sur le
fond nu du vase.
La collection des lampes est assez riche; presque toutes
viennent des ruines du Labyrinthe. Parmi celles qui ont été
trouvées à Saqqarah, on en voit une quinzaine qui ont conservé
l'espèce de lanterne en terre cuite dans laquelle on
les enfermait. Ces lanternes ont diverses formes: tantôt elles
représentent une divinité couchée sur un socle en forme de
temple (par la porte sort le bec de la lampe); tantôt elles
ont la forme extérieure d'édifices. Un trou percé au sommet
fait voir qu'elles étaient destinées à être suspendues.

249

Parmi les objets en bronze est un pied humain chaussé
d'une sorte de crepida dont tous les détails ont été curieusement
étudiés.
Les petits bas-reliefs sculptés sur des os taillés en rectangles
oblongs ont été recueillis dans une tombe de Saqqarah et
ont dû primitivement orner un coffret de bois aujourd'hui
détruit. L'un d'entre eux représente Vénus à demi couchée;
l'Amour apporte à sa mère un coffret richement travaillé.
On est surpris de trouver dans cette petite oeuvre d'art la
pose de la Diane de Fontainebleau. Trois autres de ces basreliefs
nous montrent des nymphes dansant et jouant du tympanon.
Rien qui rappelle mieux les fameuses Heures de
Raphaël au Vatican: même attitude, même jet des draperies.
On prétend, en effet, que Raphaël, dans la composition de
ses Heures, s'est inspiré des peintures d'un tombeau antique
qui venait d'être découvert aux environs de Rome.
Tous les objects que nous venons de décrire sont grecs ou
romains, sans aucune trace d'influence égyptienne. Ceux
dont il nous reste à parler sont au contraire égypto-grecs:
telles sont les figures de terre cuite coloriées en blanc, en
noir et en vert. Presque toutes sont des divinités égyptiennes,
en quelque sorte transformées au contact du génie grec.
De toutes ces divinités, Harpocrate est le plus souvent représenté.
Le compartiment de droite de l'Armoire X a été réservé à
des monuments de bronze, d'origine chrétienne, découverts
au Fayoum dans les ruines de Médinet-Farès (Crocodilopolis).
Ces monuments sont des lampes d'église en usage dans les
premiers siècles de notre ère. Une coquille, qui sert de réflecteur,
s'élève pour augmenter la clarté de la lampe allumée,
et lui sert de couvercle en s'abaissant quand elle est éteinte.
Les lampes sont en outre montées sur des pieds qui ont la
forme de candélabres. Une croix chrétienne sert de motif
principal à l'ornementation de l'un de ces pieds.

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250

VII.
VESTIBULE DE LA SALLE
DES BIJOUX.

Nous avons profité du couloir qui sert de vestibule
à la Salle des Bijoux pour déposer quelques monuments
que le manque de place n'a pas permis de
ranger dans les salles du Musée proprement dit. Ces
monuments, dont le classement est nécessairement
provisoire, sont les suivants:
793. — Memphis.-Saqqarah. Calcaire.
  • Hauteur, 1 20.
Groupe de deux personnages: un homme et une femme
debout. L'homme s'appelle Nefer-hotep, la femme Ten-tet