Notices générales.
Les deux collections dues aux grandes découvertes de
Deïr-el-Bahari n'en forment en
réalité qu'une seule,
dont la valeur
est immense pour les études historiques.
La trouvaille des prètres d'Ammon, accomplie
à
Deïr-el-Bahari en février 1891, sous
la direction de
M. Grébaut, peut en effet être
à bon droit considérée
comme le
complément de la trouvaille des
momies
royales faite presque à la même place, dix
ans auparavant,
sous la direction de M. Maspero. Parmi les
personnages ensevelis dans la premiére cachette, il en
est
qui, selon toutes les apparences, sont parents au
premier
degré de personnages ensevelis dans la seconde;
d'où nous pouvons supposer aussi l'etroite
parenté des
deux collections elles-mêmes.
L'une et l'autre proviennent
de deux cachettes
absolument contemporaines, et
l'une et l'autre
sont dues aux prêtres d'Ammon. Celle de
M.
Grébaut contient les membres du sacerdoce thébain,

qui,
jusqu'au commencement de la XXII
e dynastie,
prirent
part à l'action de la
confrérie d'Ammon sans
exercer personnellement le
pouvoir suprême; celle de
M. Maspero, les grands
prètres de la mème confrérie
qui
obtinrcent les honneurs royaux, et les rois thébains
qui
avaient été les bienfaiteurs de la
confrérie, quelquefois
mème ses instruments.
Ainsi Amenophis I et Thoutmès III (N
os 1117 et
1179
des
momies royales)
s'étaient acquis la reconnaissance
des
prêtres d'Ammon en accroissant leur influence et
leurs richesses; quant à Ahmès, quant à
Soqnounri
(N
os 1174 et 1175 des
momies royales), qui avaient
usé leur vie
à chasser les Hycsos de la terre d'
Egypte,
ils
n'avaient pas eu de richesse à donner aux
temples;
toutes leurs ressources avaient été
employées à soutenir
cette guerre
décisive. Mais c'est pour Ammon que
Soqnounri
était mort sur le champ de bataille, pour
Ammon
qu'Ahmès, le libérateur, avait
remporté la
dernière victoire. Quel avait
été le prétexte de la
guerre? Le
papyrus Sallier I nous l'apprend: un conflit
de
prééminence entre Ammon, le dieu thébain,
et
Soutekh, le dieu des conquérants du nord,
c'est-à-dire
un conffit entre leurs
prêtres; une lutte de science et
d'habileté entre les savants de Thèbes et
d'Avaris,
c'est-à-dire entre les deux
sacerdoces; ainsi dans l'histoire
des Hébreux, la
Bible nous raconte la lutte entre
les prophètes de
Jéhovah, triomphants avec les rois
nationaux, et les
prètres de Baal, triomphants avec les
rois
étrangers.
Cette lutte des deux sacerdoces nous fait comprendre
la prodigieuse
durée de cette guerre de 150 ans. La continuité

d'un tel
effort qui usa les forces et la vie de tant
de rois
thébains, exigeait une ténacité et un
esprit de
suite qu'on ne pouvait guère trouver
sans interruption
dans une si longue série de princes
féodaux, mais qu'on
admettra facilement chez la
corporation d'Ammon,
société qui ne
mourait pas et dont l'esprit restait
toujours le
même. Elle avait inspiré la guerre et sut la
soutenir; elle fit venir aux rois theébains des alliés
de
l'Ethiopie, où le culte d'Ammon
était en honneur depuis
la XII
e
dynastie; ses émissaires soulevèrent les petits
Etats féodaux situés au nord de la
principauté de
Thèbes. Les Soqnounri et les
Ahmés ne furent que le
bras; le conseil et la direction
venaient d'Ammon,
c'est-à-dire de la
confrérie de ses prêtres.
L'union étroite qui avait existé pendant la
guerre
entre les rois et les prêtres persista encore
après le succès
pour le plus grand profit des uns
et des autres. Les
princes thébains
n'ébains que les premiers entre les
chefs
féodaux qu'ils avaient conduits à la
victoire; il
s'agissait maintenant pour eux de devenir les
maitres
absolus; la confrérie d'Ammon les y aida
encore, et en
développant sa propre inffuence obtint pour un
temps
l'unité de l'Ègypte
sous les plus glorieux de ses pharaons.
Leur dieu Ammon, ce nouveau venu qui, dans la
principauté
même de Thèbes, n'était
arrivé qu'après
Mentou, presque comme
un intrus, a pris le titre
d'
Ammon Ra, roi
des dieux. Ce titre indique le caractère
envahissant de ses prêtres, et leur pretention de
dominer ou
d'absorber les autres collèges sacerdotaux,
mème les illustres sacerdoces d'Héliopolis
et de
Memphis.

Thèbes
était au sud et non au centre du pays; pour la
mettre au
centre et en faire sans conteste la capitale, on
étend le
pays vers le sud. Ahmès a suffisamment refoulé
les Hycsos en Asie; Aménophis I fait de la Nubie une
province tout égyptienne et toute dévouée
à Ammon;
un jour mème ce sera le royaume de ses
prêtres chassés
de Thèbes. En
même temps le roi répare les ruines
causées par la guerre et organise l'
Egypte
reconquise.
Nous n'avons guère de
témoignages directs sur la manière
dont il
régla le gouvernement des provinces du
nord, et
régla les privilèges du sacerdoce thébain.
Mais
des documents des règues suivants nous apprennent
que,
peu d'années après, les princes
féodaux de Thini, près
Abydos, étaient
tenus de résider à Thèbes,
c'est-à-dire
que l'Ègypte
était devenue un Ètat centralisé; et,
d'autre
part, que les prètres d'Ammon
eurent lieu d'être reconnaissants
envers
Amenophis I, puisqu'ils le divinisèrent
sous le
nom de Pahatiouinamen,
le double cveur
d'Ammon,
et qu'un haut fonctionnaire du
sacerdoce thébain
(le troisième
prophète d'Ammon) fut chargé du
service
de sa chapelle funéraire. Sa mère
Ahmès Nofritari et
sa femme Ahhotpon obtinrent
également les honneurs
divins, dus sans doute à
leur active intervention en
faveur de la confrérie
Peut-être est-ce alors qu'à
l'abri
des mystères et des initiations
d'hommes et de femmes.
s'organisa cette sorte de
franc-maçonnerie où dut entrer
quiconque voulait
exercer quelque influence sur la
marche des affaires publiques. Ainsi
Rekhmara, qui
administra en mème temps les affaires
d'Ammon et les
affaires publiques en qualité de
vice-roi, pendant les
guerres de Thoutmès III en pays
étranger, descendait

du prètre
d'Ammon Noferouben, et était lui-même
initié aux mysères. Sa tombe nous fournit une
partie
des documents à l'aide desquels
j'ai tenté de reconstituer
un mystère
égyptien; elle nous apprend aussi que les
revenus du pays,
le butin de l'Asie, les produits de
l'Afrique
orientale s'emmagasinaient dans les dépendances
du temple d'Ammon, en qualité de trésor
du
dieu. La fortune publique se confondait ainsi avec la
fortune
d'Ammon. En même temps, le vice-roi donnait
les
ordres aux prophètes et la direction aux prètres
en
qualité de président du conseil des Six,
c'est-à-dire
réglait le
ròle que l'influence sacerdotale devait exercer
dans la politique intérieure.
Cette confusion de la fortune d'Ammon avec la fortune
nationale, du sacerdoce avec les pouvoirs publics,
nous explique les
largesses vraiment prodigieuses dont
Thoutmès III et
quelques autres rois comblèrent le
clergé
thébain. Aussi les temples ornés de leurs
cartouches
furent construits non par eux, mais avec leurs
richesses. Ammon d'ailleurs leur en savait gré, et
ses
prètres, qui écrivaient l'histoire
sur les murailles des
temples, leur rendaient en gloire ce
qu'ils recevaient
d'eux en largesses.
Cette union étroite du sacerdoce et de la royauté
avait, en quelques règnes, fait de la féodale
Ègypte un
Ètat fortement centralisé
dans la main du Pharaon.
Cependant déjà Thoutmès IV et
Aménophis III, impatients
sans doute de la direction des
prêtres d'Ammon,
s'étaient
remis à favoriser les cultes et les sacerdoces
du Nord.
C'est alors qu'un roi politique, Aménophis
IV
ou Khounaten, s'avisa d'étendre son
action et de nouer

des relations
diplomatiques avec les princes de l'Asie
jusqu'au
roi de Babylone. Dès lors une partie des
secrets de
l'État allait échapper aux
prêtres et leur
influence diminuer d'autant.
Aménophis IV dut être
jugé comme le
fut plus tard Salomon pour avoir recherché
des alliances
étrangères. Mais la royauté
était
devenue trop puissante pour succomber
d'abord sous
le mécontentement même
d'une puissante confrérie.
Toutefois, comme
Thèbes était sous la dépendance du
sacerdoce d'Ammon et, d'ailleurs, loin des
nouveaux
alliés asiatiques, le roi changea de capitale;
c'était
porter un second coup plus rude encore
que le premier
à l'influence de ses anciens
alliés. Leur colère n'aboutit
qu'à faire proscrire leur culte, et, dans
Thèbes même, le
nom d'Ammon fut
effacé sur les monuments. Mais la
persécution et
les mesures de police n'abolirent qu'en
apparence
une société si bien préparée
à se transformer
à l'occasion en
société secrète. L'organisation
n'en
devint que plus forte; le roi jusque-là
avait été reconnu
le chef suprême de
l'association en qualité de
représentant
de la Divinité sur la terre; au
sortir de cette
crise, lorsque le culte d'Ammon reprit avec
la XIX
e dynastie sa suprématie, le premier
prophète ou premier
hiérodule d'Ammon,
pris dans les rangs de la caste
sacerdotale, en était le
vrai chef suprême. L'union
semble se
rétablir comme précédemment entre le
sacerdoce
et les pouvoirs publics; du moins les prêtres
d'Ammon recommencent à en recueillir le profit;
mais
ils ont prévu que la politique reportera de
nouveau
vers le nord la capitale de l'
Egypte, et se sont
réservé
leur part. Sous la XVIII
e dynastie, ils ont fait la centralisation

politique de
l'
Egypte au profit de Pharaon,
croyant la faire au profit de
Thèbes; sous la XIX
e ils
font
à leur propre profit la centralisation religieuse.
Leur
premier prophète d'Ammon, devenu pontife
souverain
du roi des dieux, est proclamé le chef
suprême
des illustres collèges sacerdotaux du
nord; pour les
absorber encore mieux, le troisième
prophète d'Ammon
prend les mêmes
titres que le grand prêtre
d'Héliopolis,
chef du premier sacerdoce de
l'
Egypte. Celui-ci n'est
plus même
ainsi reconnu l'inférieur immédiat du
grand
prêtre de Thèbes. Cependant on ne peut
faire disparaitre
ces collèges du nord, puissants et
organisés, attachés
au culte de dieux anciens et
vénérés; mais on
s'attribuera
leur autorité. Lorsque Sheshonq fera
sa capitale à
Bubaste, les principales prètresses
d'Ammon et de Maut
seront prètresses de Maut,
dame d'
Ashrou, sanctuaire
vénéré du nome bubastite;
d'autres prêtres seront dignitaires
du culte
d'Anhour, dans le nome thinite; en un
mot, Ammon, le dieu
unique, aura absorbé tous les
dieux reconnus avant lui. Son
culte se complique de
tous les systèmes religieux ainsi
annexés au système
thébain;
l'adjonction des idées hermétiques et
des
théories héliopolitaines enrichit ou
plutôt surcharge la
théologie relativement simple
et claire de la XVIII
e dynastie.
La notion
philosophique reste, au fond, toujours
la même, mais se
couvre de détails de plus en
plus touffus. Que
l'on compare une tombe du règne de
Thoutmès III aux tombes des dynasties suivantes: on
a peine
à croire qu'il s'agisse de la
même religion.
La suite des événements prouva que les
prêtres
d'Ammon avaient bien fait de se
prémunir contre un

nouveau deplacement de
la capitale. Les Ramessides
demeurèrent en apparence
fidèles à Thèbes, qui resta
leur
capitale nominalement, mais les exigences de la
politique les
attirèrent bien souvent à des
résidences
situées au Nord. Enèin la
XXI
e dynastie s'etablit franchement
à
Tanis et abandonna la Thébaïde
C'est alors
que les grands prètres
d'Ammon se déclarèrent souverains
à Thébes, et l'
Egypte fut
partagée entre un chef
religieux et un chef politique, comme
le Japon l'etait encore
il y a quelques années
entre le mikado et le taïcoun.
Mais, plus tard, une famille
d'origine syrienne fonda à
Bubaste la XXII
e dynastie et devint une menace pour la
capitale
religieuse. Les prètres d'Ammon
cherchèrent
d'abord à se la concilier.
Ils admirent à leur initiation
des Syriens qui devaient
étre leurs alliés et leurs protecteurs;
parmi les
prêtres dont les momies ont été
découvertes l'année dernière, il
en est un dont le nom
et le surnom sont à cet
égard également remarquables;
Pakhali (le
Syrien), et Khanoferamen ou Khalnofer
Amen, le brave
défenseur d'Ammon. En même temps
les
faveurs dont Ammon pretendait honorer le Pharaon
nouveau, Sheshonq, et
les exploits de ce Pharaon,
étaient inscrits sur les
murailles de
Karnak, auprès des
noms de Ramsès et
de Séti; la dignité souveraine,
celle de premier
prophète d'Ammon, était
conférée au
fils de Sheshonq, Aoupout; rien
n'était négligé pour
gagner
les nouveaux rois bubastites et obtenir d'eux
le maintien du
régime théocratique dans la HauteEgypte.
Mais le
Syrien Sheshonq et ses successeurs
n'etaient pas
disposés à laisser subsister deux royaumes
et
deux capitales. C'était comme une revanche des

Hycsos; le
règne des prêtres d'Ammon était
fini. A la
déchéance ils
préférèrent l'exil et
s'en allèrent au sud
de la 2
e
cataracte, jusqu'à Napata (Gebel-Barkal)
rétablir
leur royaume théocratique. Ce fut le
royaume
d'Ethiopie Ils n'avaient pas perdu
l'espérance de revoir
Thèbes, que
leurs successeurs reconquirent en effet, et
tinrent de nouveau avec les
Piankhi, les Tahraka,
les Shabak et la reine Améniritis.
Aussi y laissèrentils
les restes de leurs
ancétres, dérobes à la vue de leurs
persécuteurs, et peut-étre cet exode fut
l'occasion du
transport secret des momies
récemment retrouvées dans
les cachettes de
Deïr-el-Bahari. Elles n'en sortiret
plus; car si
Ammon rentra plus tard en vainqueur à
Thèbes, sa
domination n'y fut désormais que
précaire,
et jusqu'à la fin, Napata
demeura constamment la nouvelle
capitale.
Je n'ai pas à m'occuper ici de ce que
devinrent en
Ethiopie les descendants de nos prêtres
d'Ammon, pas
plus que je ne prétends refaire
l'histoire de leurs ancètres,
antérieurement à l'epoque de la plus
ancienne de
nos momies, Soqnounri, et de la guerre contre les
Hycsos. Il reste simplement à dire quelques mots du
culte
d'Ammon et de l'organisation de son sacerdoce.
De la théologie égyptienne à cette
époque je ne veux
rappeler que le principe philosophique, la
doctrine panthéiste
du monde gouverné par un
esprit mystérieux
qui se cache dans le soleil. Cet esprit
mystérieux, Ammon,
entretient la vie dans la
création en renouvelant
perpétuellement les
existences. Les principes vitaux
forment nne chaine sans fin allant du
soleil à la terre et
de la terre au soleil. Chacune des
parcelles de la vie

universelle,
appelée àme, se rend suivant la chaine
descendante
du soleil a la terre où elle anime une
existence;
et quand cette existence se dissout, va, toujours
vivante,
par la chaine ascendante rejoindre le soleil,
d'où la divinité
la renverra ensuite
sur terre pour animer un
corps nouveau, C'est la doctrine
empruntée plus tard à
l'Égypte par Pythagore dans son système de
la métempsycose.
Osiris vivant, c'est
l'épi de blé sur sa tige
uni
à la terre ou Isis; l'épi est
coupé, ses grains séparés
de lui sont
consommés par les hommes, à part ce qui
reste
pour la semence. Celle-ci rendue à la terre se
dissout dans
l'humidité. C'est la mort et la
mutilation
d'Osiris coupé en morceaux.
Après la dissolution de la
semence dans
l'humidité, la terre chauffée par le
soleil
porte une tige nouvelle, un épi nouveau.
C'est le principe
feminin, Isis, reproduisant le principe
mâle sous le
nom d'Horus, réparateur
de son père. Dans cette reproduction
des plantes ou des
ètres animés, il y a un mystère
explicable seulement par une action providentielle.
Le principe de
cette action est la divinité même, et le
mot
égyptien
nouter, qui signifie dieu, veut
dire aussi
renouvellement et floraison perpétuelle. AMMON-RA,
roi des dieux, est donc l'esprit
vivificateur qui préside
a ce mystère;
auprès de lui on plaça
Maut,
qui dirige
l'action féminine, épouse
du principe mâle avant la
transformation, mère du
principe mâle transformé; et
enfin
Khousou l'enfant, chez qui
s'accomplit l'oeuvre
de reproduction.
Je ne reviendrai pas ici sur les développements que
j'ai consacrés dans d'autres publications a
l'etude de cette
doctrine; je ne suivrai pas davantage le
dédale des

mythes qui
compliquèrent de plus en plus cette conception
si simple,
comme le principe conservateur de la
création devenant le
dieu Thot ou Hermès, le principe de
la transformation
devenant le dieu Kheper ou Protée.
Toutes les divinites de
l'Égypte furent admises à quelque
titre à concourir à l'action du dieu Ammon;
et il
en résulte une confusion de détails
où je m'égarerais
avec le lecteur.
Cette confusion, due en partie aux subtilités
de
l'esprit théologique, s'accrut encore par
le
soin que prirent les prétres d'Ammon de faire
entrer
dans leur système les dieux de toutes les
provinces,
pour en absorber la direction religieuse.
Le nom d'Ammon signifiait “cach”; on peut de
là
s'imaginer le caractère du culte
qu'on lui rendit. Ce
fut surtout un culte de
mystère, exprimant par des
symboles les
phénomènes de la reproduction de la vie
dans la
nature; l'intelligence de ces symboles était
réservée aux initiés. Il semble
qu'il y eût parmi ceux-ci
divers grades; un
certain nombre, admis à la connaissance
complète
des mystères, s'appelaient alors”
supérieurs
des secrets du ciel, de la
terre et de l'autre
monde.”
C'était en raison du degré
d'initiation qu'on
pénétrait plus ou moins avant dans le temple.
L'accès
de la première salle
était assez facile. Dans la seconde
salle ou salle
usekht, on laissait encore
pénétrer les
porteurs d'offrandes;
mais on avait soin de les tenir à
distance
lorsqu'on prononçait les formules de la
consécration,
que les initiés devaient seuls
entendre. Quant
aux portes suivantes, qui donnaient accès
dans le ciel,
salle dont les parois revêtues
d'électrum resplendissaient
comme le ciel
mème à la lueur des flambeaux, elles ne

s'ouvraient
qu'aux privilégiés; plusieurs de nos
prêtres
d'Ammon se glorifient du droit
d'ouvrir les portes du
ciel de
Karnak. Enfin les plus hauts dignitaires du
pontificat
étaient seuls admis dans les sanctuaires où.
l'on voyait la Divinité face à face.
J'ai dit qu'à la faveur de
l'initiation et du secret dont
elle était
entourée, la confrérie d'Ammon
était devenue
une sorte de franc-maçonnerie, au
caractère politique
presque autant que religieux, et dont
l'influence durant
les epoques de
prospérité avait été toute
puissante sur
la direction des affaires publiques. Aussi le
bénéfice de
l'initiation devait-il
être recherché par des personnages
étrangers au sacerdoce proprement dit, mais
désireux
de jouir des privileges de la confrérie.
De là cette multitude
de “nuter atefu”
ou divins pères dont on s'explique
assez
difficilement les attributions dans le culte,
peut-être par
ce que leur titre n'en comportait pas de
bien
définies. Presque tout le monde est divin père,
mais, presque toujours, un divin père est en même
temps
soit prêtre à quelque autre titre, soit
fonctionnaire civil,
administrateur ou chef d'industrie. Il
arrive même qu'on
trouve parmi ces personnages de
petits enfants. Ceux-ci
n'ont pu dans les
cérémonies étre employés que
comme
enfants de choeur, avec le titre de Ouâb (pur pour
entrer au lieu saint); preuve que
le titre indiquait l'affiliation
à la
confrérie et l'admission à ses
cérémonies
plutôt qu'un
degré dans la hiérarchie sacerdotale.
De même le titre de
kemâl-n-Amen,
chanteuse
d'Ammon, appliqué
indistinctement a toutes les femmes
et même a une petite
fille, correspondait dans l'assemblée
des femmes
au titre de
divin père dans celle des

hommes et ne
désignait expressément ni un grade ni
une
fonction. “Les chanteuses d'Ammon” qui
sont
vraiment des musiciennes portent le titre de
hosit. Au
sommet de la hiérarchie
féminine on remarque principalement
les
prophétesses ou
hiérodules de Maut, et les
supérieures des
khenrit, ou
recluses (?)
d'Ammon-Râ,
roi des dieux. Ces
khenrit, à la difference des
kemât-n-Amen,
formaient un corps
organisé de prètresses, dont
le rôle
n'est pas encore très bien défini, mais en
qui l'on
a voulu voir une sorte de harem du dieu, un
collège de
courtisanes sacrées comme on en trouve
dans certains
cultes de l'Asie. Un des principaux
dignitaires de la
confrérie avaitle soin des livres de leur
supérieure. Peutètre
etait-ce des
khenrit qui composaient
l'assemblée
des femmes dans le mystère
(représenté au tombeau de
Rekhmarâ
à Thèbes), où l'on figurait
symboliquement la
préparation des renaissances. La
qualification “
la
vénérable”,
qui
précéde le nom de quelques femmes,
n'était
qu'un titre honorifique. Les
titres sacerdotaux seraient
plus nombreux parmi les hommes que parmi
femmes;
mais beaucoup des titres que nous rencontrons indiquent
moins des rangs dans le sacerdoce que des degrés
d'initiation
ou des fonctions supplémentaires. En
regard des
khenrit on peut placer les
neferou ou
jeunes garçons,
à qui, par comparison encore avec les cultes de
l'Asie,
on fait jouer un ròle en rapport avec
celui des courtisanes
sacrées. De même en regard
des
musiciennes,
hosit, nous avons les
chantres, hosi, qui occupaient
dans la
hiérarchie un rang assez élevé et se
succédaient
de père en fils. Il y avait encore
les prêtres (ouêb) et les
officients (kher-heb)
des divers degrés; depuis le simple

prêtre
jusqu'au prêtre en chef (
êbmhat) ou au premier
officiant (
kher heb tep); enfin les prophètes ou
hiérodules. Notre collection nous indique quatre
classes hiérarchisees
de prophètes
d'Ammon, depuis le
nuter hon
tep
“premier prophète” jusqu'au
quatrième (N. 1151,
sarcophage de
Nesestapenhirtahàt). Il y a aussi
d'autres prophètes sans autre indication de
classement
que le simple trait. Ceux-ci étant
généralement d'assez
hauts
dignitaires, j'aurais été porté
à leur donner le
titre de premiers prophètes, et
a qualifier de “prophète
prince” le
nuter hon
tep qui dominait toute la hiérarchie
et se
considérait comme l'egal du roi
d'âgypte. Je
préfère
toutefois, d'après l'avis de M. Maspero,
les
considérer comme prophètes
honoraires, et par cela
même non
classés.
Quant aux titres de “maitre des offrandes” dans la
salle d'Anubis ou
salle usekht, de
desservant de la
chapelle d'Aménophis I, de
prophètes de Khnoum,
Khonsou, Mentou, Anubis, etc., de grand
voyant de
Râ et Toum de Thèbes,
d'ouvreur des portes du ciel
dans
Karnak, de
prâtre en possession d'aller ou
d'âtre
admis chez Ammon-Râ, de
supérieur des secrets du ciel,
de la terre et de
l'autre monde, de supérieur des secrets
d'Ammon et de Khonsou, ils s'ajoutaient a
l'un des titres
précédemment
énoncés, et n'indiquaient qu'un
degré
dans l'initiation, comme je l'ai
remarqué plus haut, ou
une fonction
supplémentaire. A plus forte raison les
titres
administratifs et les indications d'emplois civils
comme
intendant des troupeaux du domaine de Râ,
chef de
l'enceinte de la maison d'Ammon, scribe du
domaine d'Ammon, scribe attaché aux revenus sacrés,

écrivain
des ordres du registre d'Ammon, chef des
métallurgistes
dans la demeure
d'Ammon-Râ, scribe de la
double maison blanche
(préfecture), régulateur de la
justice de la
ville de Thèbes, surveillant de la maison
du prince
d'Ethiopie, etc. Quelques-uns de ces titres
devront
être expliqués; ils le seront dans le catalogue,
à mesure qu'ils se présenteront.
A l'extrémité des galeries 75, le visiteur
tourne
à droite et arrive à
l'entrée de la salle 77; la salle
76 est alors
à sa droite et la salle 78 à sa gauche.
Salle 83 (Suite des prêtres d'Ammon).
Les sarcophages que nous venons de voir ont été
surtout tirés des deux galeries qui conduisent au
fond de la
cachette des prêtres d'Ammon. Ceux que
nous
verrons à présent proviennent plutôt de
la
chambre même située au fond de la cachette,
et
appartiennent donc probablement aux possesseurs
principaux de
cette tombe commune. T'anefer
(N.
1166) et sa famille.
Les cercueils de ces personnages, exposés dans
la salle 83,
étaient tous primitivement d'une grande
riche-se.
Cette richesse même avait provoqué les
détériorations qu'on remarque sur la
plupart
d'entre eux; on en a arraché les mains et
les visages,
pour prendre la dorure qui les couvrait.
Cependant
les décorations qui subsistent permettent
encore de ranger
ces sarcophages parmi les
pièces les plus
précieuses de la collection.
Saes parler de l'intérèt que
présentent pour
les études religieuses les
scènes et les textes qui
couvrent toutes leurs parois, on
peut noter les détails
de leur ornementation, le travail
d'un des
cartonnages finement découpé
à jour, et surtout
le relief d'une partie des
ornements, considérés
comme caractère
du style de la XXIe dynastie.
Parmi ces ornements
en relief, je signalerai les
cœurs et les
scarabées dont la tête est tournée
de
profil, de manière à figurer la tête de
bélier
d'Ammon.
1166.
Sarcophage de
T'anefer
(considéré par M. Grébaut
comme le
chef de la famille qui possédait primitivement
le tombeau).
T'anefer était: 1
0
troisième prophète ou
hiérodule
d'Ammon-Rà, roi des dieux; 2
0
prophète de
Mentou ou Month, seigneur de la
Théaïde (le die
Mentou, adoré en
Thébaïde antérieurement à
Ammon,
avait son temple à
Hermonthis); S
0
iniendant des troupeax
du domaine du solelil;
4
0 chef de l'enceinte
de la maison
d'Ammon; 5
0 prophète du dieu Khnoum,

seigneur
d'Eléphantine; 6
0 divin
père aimé de Dieu;
7
0 grand
voyant de Rà et Toum dans Thèbes (Cfr.
N. 1160;
8
0 desservant de la chappelle funéraire
d'Aménophis
I (Cfr. N. 1160); 9
0 ouvreur des portes du ciel
dans
Karnak (Cfr. N. 1160; 10
0 supérieur des secrets
(initié aux plus profonds mystères) qu'il y
a dans le
ciel, la terre et l'autre monde.
Sous la XXIe dynastie, lorsque le premier
prophète
d'Ammon s'attribuait les
honneurs royaux, le troisième
prophète
était lui-même un fort grand personnage. Son
titre de “grand voyant de Rà et Toum dans
Thèbes”
(70 titre, Cfr. N.
1160), nous indique qu'il marchait
l'égal du grand prêtre
l'Héliopolis.
Les boeufs du soleil nous étaient déjà
connus par
l'Odyssée
d'Homère, où l'on trouve bien
des traces de
l'influence des idées
égyptiennes. Notre texte nous
apprend que ces troupeaux
étaient confiés à la garde
d'un haut dignitaire sacerdotal; ils étaient
gardés aussi
par le respect religieux et la menace des
châtiments
réservés aux
sacrilèges.
Le chef de l'enceinte de la maison d'Ammon (3
e titre)
était probablement le
dignitaire gouverneur de
Karnak.
1167 et 1167
bis.
Sarcophage et cartonnage de la vénérable Makeri,
dame chanteuse d'Ammon.
Ce sarcophage, comme le suivant, appartenant à
Hori, a
conservé sa dorure, tandis que tous les autres
ont
été mutilés. Le cartonnage
présente un aspect saisissant,
dù à la
pàleur de la figure et des mains.
L'enduit blanc qui produit cet effet était sans doute

préparé pour recevoir une dorure qui n'a
pas été appliquée.
Makeri porte seulement le titre de chanteuse d'Ammon;
mais sa
qualité de vénérable
et la richesse de son
cercueil font supposer quelle tenait un rang
considé
rable. La ressemblance de son cercueil avec le
suivant
fait supposer qu'elle était
peut-être la femme de Hori.
1168.
Sarcophage (triple cercueil) de Hori, prophète
d'Ammon-Rà,
roi des dieux, d'Hathor,
de Khonsou, de Honhen
(nom d'Osiris aux deux crocodiles) et
d'Anubis.
Le cercueil intérieur a été
laissé dans le premier,
ainsi qu'un
troisième cercueil à face dorée qui
s'emboitait
dans le deuxième. Il n'y a
pas de cartonnage; le
troisième cercueil en tient lieu.
1169.
Sarcophage de Katseshni, supérieure en
troisième
ordre du harem ou des recluses
d'Ammon-Râ, roi des
dieux, et fille de premier
prophète d'Ammon.
Le papyrus funéraire de Katseshni nous apprend de
quel
premier prophète d'Ammon elle était la
fille.
C'était Ramenkheper, le père de Heroub, et
le mari
d'Isitm-kheb, des momies
royales.
1170.
Sarcophage de
Ramenkheper, fils de
T'anefer (voir
N. 1166). Ramenkheper
succéda à son père comme
troisième prophète ou hiérodule
d'Ammon. Il était de
plus divin père
d'Ammon, grand voyant de Râ et Toum

de Thèbes
(voir N. 1160), desservant de la chapelle
funéraire
d'Aménophis I (voir N. 1160), et
deuxième
prophète de Khonsou (voir N. 1165).
1171.
Sarcophage de Heroub (Cfr. le papyrus N. 587),
deuxième prophétesse ou hiérodule de Maut dans
Ashrou, hiérodule de Maut dans Pamès (demeure de
l'enfantement).
Un sanctuaire vénéré près de
Bubaste portait le nom
d'Ashrou, que
les Thébains empruntèrent pour leur
temple de
Maut. C'est probablement de ce sanctuaire que
Heroub était nominalement
prophétesse, malgré la distance
qui
sépare Thèbes de Bubaste. Nous avons vu tout
à l'heure que les prêtres
d'Ammon s'étaient attribué
les
titres du grand prètre
d'Héliopolis (voir N. 1160), afin
de
développer et de maintenir leur influence sur les
provinces
du nord, dont I'influence politique augmentait
chaque jour.
Bubaste, qui devint la capitale sous la
XXIIe
dynastie, était déjà une des plus grandes
villes sous
la XXIe. La confrérie
d'Ammon devait donc chercher à
s'emparer au profit de ses prêtresses d'un
titre vénéré
dans cette ville.
Heroub était la fille de Ramenkheper et d'Isitmkheb,
divine mère et première grande
supérieure du
harem ou des recluses d'
Ammon-Rà, roi des dieux.
La collection des
prêtres d'Ammon possède deux Isitmkheb
entre lesquelles on penserait d'abord à
reconnaître
la mère de Heroub; le père pourrait être alors Ramenhheper
(N. 1172), fils de T'anefer. Mais les titres ne
concordent pas, et il
nous faut renoncer à cette généalogie.
Je ne connais encore qu'une seule Isitm-kheb
femme d'un Ramenkheper, qui, en mème temps, ait été
première grande supérieure du harem
d'AmmonRà,
roi des dieux. C'est
I'Isitm-kheb des momies
royales, fille du roi
prêtre Masahirti (des momies
royales), femme du grand prêtre Ramenkheper, qui
prit à son tour le cartouche, et
mère Pinot'm II, dont
notre Heroub serait ainsi la soeur. Ce rapprochement
établit
d'une manière intéressante
l'étroite parenté qui
existe entre les
deux collections des prétres d'Ammon
et des
momies royales, puisque nous trouvons la
momie de la fille dans
l'une, et celle de la mère dans
l'autre.
Nous arrivons maintenant à cette merveilleuse
collection des
momies royales; nous empruntons
à M. Maspero le
récit de la découverte à laquelle
son
nom demeure attaché.
Les momies royales (Récit de la découverte).
“Depuis plusieurs années déjà, le
savais que les
Arabes avaient désensablé une ou
deux tombes royales
dont ils refusaient d'indiquer
l'emplacement. Au printemps
de 1876, un offiier
général anglais du nom de
Campbell
m'avait montré le rituel hiératique du
grand
prétre Pinot'm III, acheté
à Thèbes pour la somme de
quatre cents livres. En
1877, M. de Saulcy me remettait,
de la part d'un de ses amis
de Syrie, les photographies

d'un long
papyrus ayant appartenu à la reine
Not'mit,
mère de Hrihor, et dont la fin est aujourd'hui
au
Louvre, le commencement en Angleterre; Mariette
avait
lui-même acheté à
Suez deux autres
papyrus,
écrits au nom d'une raine Tiouhator
Honttoouï. Vers
le même temps, les statuettes
funéraires du roi Pinot'm
apparaissaient sur le
marché, les unes fines, les autres
grossières.
Bref, le fait d'une découverte devint tellement
évident, que dès 1879 je pouvais affirmer
d'une
tablette appartenant alors à Rogers bey,
acquise plus
tard par le musée du Louvre, qu'elle
provenait d'un
tombeau avoisinant le groupe encore inconnu
des tombes
de la famille de Hrihor; en réalité
elle provient
de la cachette de Deïr-el-Bahari,
où j'ai retrouvé la
momie à
laquelle elle appartenait.
“Rechercher l'emplacement de ces hypogées
royaux
était donc l'un des principaux objets du
voyage que
j'entrepris dans la Haute-
Egypte aux mois de mars
et
d'avril 1881. Un seul point m'étais
acquis, le nom des
personnages qui avaient vendu les objets
déjà connus,
Abd-er-Rassoul Ahmed, de Sheikh
Abd-el-Gournah, et
Moustapha
aga Ayad, vice-consul
d'Angleterre et de
Belgique à Louxor. Ce dernier,
couvert qu'il était de
l'immunité diplomatique, échappait aux
poursuites.
Le 4 avril, j'envoyai au chef de la police de
Louxor
l'ordre d'arrêter
Abd-er-Rassoul Ahmed, et je demandai
par
télégramme. à S. E. Daoud pacha, moudir
de
Qéneh, ainsi qu'au Ministre des Travaux
publics, l'autorisation
d'ouvrir une
enquète immédiate contre ces
personnages.
Interrogé par moi, par M. Emile Brugsch,
par M. de
Rochemonteix, il nia tous les faits que le

témoignage
des voyageurs européens mettait à sa
charge.
Douceur, menaces, rien ne put le décider à
parler; le 6 avril, je l'expédiai à
Qéneh, où le moudir
le réclamait, lui
et un de ses frères, pour instruire
leur procès.
L'affaire fut menée rondement, mais en
somme
n'aboutit point. Les interrogations et les
débats,
conduits par les magistrats de la moudirieh en
présence
de l'officier inspecteur de
Dendérah, Aly effendi Habib,
eurent pour unique
résultat de provoquer de nombreux
témoignages
favorables à l'accusé. Les notables et
les
maires de Gournah déclarèrent à
plusieurs reprises,
sous la foi du serment,
qu'Abd-er-Rassoul Ahmed était
l'homme
le plus loyal et le plus désintéressé du
pays,
qu'il n'avait jamais fouillé et
ne fouillerait jamais, qu'il
était incapable de
détourner le moindre objet
d'antiquité.
à plus forte raison de
violer une tombe royale. La suite
montra la foi qu'on devait
ajouter à ces dépositions. Pour
le moment je
n'avais rien à opposer que le
témoignage
d'étrangers absents:
Abd-er-Rassoul Ahmed fut mis en
liberté provisoire, sous la
garantie de deux de ses complices,
et rentra chez lui avec le brevet
d'honnèteté immaculée
que
lui avaient décerné les notables de Gournah.
Mais
son arrestation, les deux mois d'emprisonuement
qu'il avait subis, la vigueur avec laquelle
l'enquête avait été conduite par
S. E. Daoud pacha, la
conviction où l'on
était que je reprendrais l'affaire dès
mon retour, avaient donné fort à
réfléchir. La discorde
se mit entre
Abd-er-Rassoul et ses quatre frères; les
uns croyaient le
danger passé sans retour et l'administration
du
musée battue; les autres estimaient qu'il
serait
plus prudent de s'entendre avec moi et de me

livrer le secret.
Après un mois de discussions et de querelles,
l'ainé d'entre eux, Mohammed Ahmed
Abd-er-Rassoul,
se résolut brusquement à tout
révéler. Il se
rendit secrètement
à Qéneh et fit sa déclaration au
moudir. Celui-ci en référa aussitôt au
Ministre de l'Interieur
qui transmit la
dépêche à S A. le Khédive.
Son
Altesse, à qui j'avais parlé de
l'affaire, reconnut sans
peine l'importance de
cette dénonciation et décida d'envoyer
un des employés du musée à
Thèbes. Je venais
de partir pour l'Europe, mais
j'avais laissé à M. Emile
Brugsch,
conservateur-adjoint, les pouvoirs nécessaires
pour agir en
mon lieu et place L'ordre à peine
reçu,
il partit pour Thèbes, le samedi l
er juillet, accompagné
de MM. Ahmed
effendi Kamal, secrétaire interprète du
musée, et Tadros Moutafian, actuellement inspecteur
de la
circonscription des Pyramides.
“Le mercredi 5, ils furent conduits par Mohammed
Ahmed
Abd-er-Rassoul au caveau funéraire.
L'ingénieur
égyptien qui
l'a creusé jadis avait pris ses dispositions
de
la façon la plus habile: jamais cachette ne fut mieux
dissimulée. La chaêne de collines qui
sépare le Bab-el-Molouk
de la plaine thébaine
forme entre l'Assassif et
la vallée des Reines
une série de cirques naturels dont
le plus connu
était jusqu'à présent celui
où s'éléve le
monument de
Deïr-el-Bahari. Dans la muraille de rochers
qui
sépare Deïr-el-Bahari du cirque suivant, juste
derrère la butte de Sheikh Abd-el-Gournah, à
soixante
mètres environ au-dessous du niveau des terres
cultivées,
on creusa un puits de 11
m, 50
de profondeur
sur 2
m de largeur. Au fond du puits,
dans la paroi
ouest, on pratiqua l'entrée
d'un couloir qui mesure

1
m, 40 de large sur 1
m, 80 de haut.
Aprés un parcours
de 7
m, 40, il tourne
brusquement vers le nord et se prolonge
sur une étendue
d'environ 60 mètres, sans garder
partout les
mêmes dimensions: en certains endroits. il
atteint 2
mètres de large, en d'autres il n'a plus
que
1
m, 30; vers le milieu, cinq à six
marches grossièrement
taillées accusent un
changement de niveau assez sensible,
et sur le
côté droit une sorte de niche
inachevée
montre qu'on a songé
à changer une fois de plus la
direction de la galerie.
Celle-ci débouche enfin dans
une sorte de chambre oblongue,
irrégulièe, d'environ
8
mètres de longueur. Le premier objet qui frappa les
yeux de
M. Emile Brugsch, quand il arriva au fond du
puits, fut un cercueil
blanc et jaune au nom de Nibsonou.
Il était dans le couloir
à 0
m, 60 environ de
l'entrée; un
peu plus loin, un cercueil dont la
forme rappelait le
style de la XVII
e dynastie, puis
la reine Tiouhathor
Hoottoui, puis Séti I. A
côté des cercueils et jonchant
le sol, des
boîtes à statuettes funéraires, des
canopes,
des vases à libations en bronze, et, tout au fond,
dans
l'angle que forme le couloir en se redressant vers
le
nord, la tente funèbre de la reine Isitm-kheb,
pliée et
chiffonnée, comme un objet sans valeur,
qu'un prètre
trop pressé de sortir
aurait jeté négligemment dans un
coin. Le long du
grand couloir, même encombrement et
même
désordre; il fallait s'avancer en rampant, sans
savoir où l'on mettant les mains et les pieds. Les
cercueils
et les momies, entrevus rapaidment à la lueur
d'une bougie, portaient des noms historiques,
Aménophis
I, Thoutmès II; dans la niche
près de l'escalier,
Ahmès I et son
fils Siamoun, Soqnounri, la reine

Ahhotpou,
Ahmès Nofritari et d'autres. Dansla chambre
du
fond, le pêle-mèle était au comble, mais on
reconnaissait
à première vue la
prédominance du style propre
à la xx
e dynastie: les Arabes avaient
déterré un plein
hypogée de Pharaons.
Et quels Pharaons? les plus
illustres peut-être de
l'histoire d'Égypte, Thoutmès
III
et Séti I, Ahmés le libérateur et
Ramsès II le conquérant.
Deux heures suffirent au
premier examen, puis
le travail d'enlèvement
commençait; trois cents ouvriers
se mirent à
l'oeuvre. Le bateau du musée, mandé en
hâte, n'était pas encore là;
mais on avait sous la main
l'un des pilotes, réis
Mohammed, sur lequel on pouvait
computer. Ils descendit au fond du
puits et se chargea
d'en extraire le contenu: MM. Emile
Brugsch, Ahmed
effendi Kamal et Tadros Moutafian recevaient les
objets
au fur et à measure qu'ils sortaient de
terre, les transportaient
au pied de la colline, et les rangeaient
còte à còte,
sans ralentir un instant
leur surveillance. Quarante-huit
heures d'un labeur
énergique suffirent à tout exhumer.
Mais la
tàche n'était qu'à
moitié terminée; il fallait
mener le convoi
à travers la plaine de Thèbes et au
delà
de la rivière jusqu'à
Louxor; plusieurs des cercueils,
soulevés à
grand'peine par douze ou seize hommes,
mirent de sept
à huit heures pour aller de la montagne
à la
rive, et l'on se figurera aisément ce que dut
être ce
voyage, par la poussière et la chaleur de
juillet.
“Enfin, le 11 au soir, momies et cercueils étaient
tous
à Louxor, dûment enveloppés de
nattes et de toiles.
Trois jours après, le vapeur du
musée arrivait; le
temps de charger, et aussitòt
il repartait pour Boulaq
avec son fret de rois. Chose curieuse! de
Louxor à

Qouft, sur les deux
rives du
Nil, les femmes fellahs
échevelées
suivirent le bateau en poussant des hurlements,
et les hommes
tirèrent des coups de fusil, comme
ils font aux
funérailles.” (M
ASPERO).
La réunion de ces momies dans une cachette commune
peut
s'expliquer de plusieurs manières. On a vu
dans
la précipitation évidente avec laquelle le
transport
s'était effectué, les
marques de la crainte inspirée par
l'approche
d'un ennemi. J'ai moi-même, tout
à l'heure,
rappelé que les
prêtres d'Ammon, adversaires de toute
influence
étrangère, furent chassés de
Thèbes par la dynastie
syrienne et forcés de
s'exiler en Ethiopie; ne
pouvant alors emporter avec eux les
restes de leurs
ancêtres et des rois qui les avaient
protégés, ils auraient
au moins voulu, avant de
fuir, les dérober à la vue de
leurs
persécuteurs. Mais ce ne sont encore là que des
hypothèses. M. Maspero a pensé qu'on avait
plutôt
voulu, en rassemblant ces momies dans une
même
cachette, facile à surveiller, les mettre
à l'abri, des
voleurs qui violaient les tombes
royales et s'emparaient
des objets précieux
laissés avec les momies. Ce qui donne
beaucoup de force
à son opinion, c'est qu'il nous est
parvenu,
dans le papyrus Abbot, la relation d'un
enquète
indiciaire dirigée vers cette
époque contre une association
de malfaiteurs au sujet
d'un crime de ce genre.
Cependant la découverte
de l'autre cachette des prêtres
d'Ammon me paraît donner aussi une valeur
sérieuse à
la première
hypothèse.
Salle 84 (Les momies royales).
Les notices consacrées à la salle 84 seront
empruntées
presque textuellement au catalogue de
M.
Maspero, complété par endroits à
l'aide des
mémoires qu'il a
lui-même publiés depuis l'ouverture
des momies, et de quelques indications fournies
par la collection des
prêtres d'Ammon.
A droite et à gauche de l'escalier deux cercueils
gigantesques.
1172 — Bois, toile et stue — Haut.
3m, 20 sans les
plumes. — XXe dynastie.
Cercueil g'gantesque, formé par des
épaisseurs d'étoffe
superposées, tendues sur un chassis en bois léger
et
fortement imprégné de stuc. Il est peint en
jaune et
porte sur une bande verticale le proscynème
habituel
en l'honneur de la reine Aah-hotpou II, femme du
roi
Aménophis ou Amen-hotpou I (Cfr. N. 1177). Il
reproduit
l'aspect extérieur des piliers osiriens
qui décorent la
cour de Médinet-Habou,
à la coiffure près. La perruque,
les traits du
visage et les colliers sont releves de bleu.
La momie,
revêtue d'un joli linceul orange, était
enfermée
directement dans le cercueil, et s'est
trouvée être
celle de Pinot'm I.
1173 — Haut. 3m, 17,
larg. aux coudes 0m, 87, épais, de
la
poitrine 0m, 55.
Cercueil gigantesque de la reine Nofertari, identique
d'aspect et de travail à celui d'Aah-hotpou
II (N. 1172).

[La reine Nofertari
était femme d'Ahmès le
libérateur
(N. 1175) et mére
d'Amenophis I (N. 1177); nous
avons vu (N
os 1147 et 1149) que cette reine et Aah-hotpou
II
s'attirèrent la reconnaissance des prêtres
d'Ammon
et obtinrent les honneurs divins.]
Au centre de la salle sont rangés en cercle par
ordre
chronologique les cercueils des plus illustres
Pharaons. Le plus
ancien, celui de Soqnounri
(XVIIe dynastie), se
trouve du côté sud-est.
1174 — Long. de la momie 1m, 85. — XVIIe dynastie.
Le roi Soqnounri ou Râ-squenen Tauaàken, de la
XVII
me dynastie. Le cercueil est trapu, lourd,
recouvert
d'une couche de stuc blanc, jadis doré;
la tête et la
coiffure sont peintes en jaune,
l'urœus est au front.
Une bande verticale
d'hiéroglyphes descend de la poitrine
aux pieds
et se termine sous le talon. Les caractères,
d'abord tracés hardiment a Tencre, ont eté
maladroitement
retouchés à la pointe,
après la dorure, et sont déformés
dans
plus d'un endroit, si bien qu'on serait
tenté
de lire Sotnounri ou
Rà-stenen-Tauââten, si l'on
ne
connaissait point, d'autre part, la forme
réelle du nom.
La momie était
enveloppé d'une étoffe grossiére
et ne
portait aucune inscription apparente. Elle a éte
ouverte
le 9 juin 1886 Soqnounri a trouvé la mort dans
une
bataille au cours de la guerre contre les Pasteurs Un
coup de
hache lui a enlevé la joue droite et brisé la
machoire inférieure, mettant les dents à
découvert; un
autre coup de hache a entamé le
crâne et fait une longue
fente par laquelle une partie de la
cervelle a dû

s'échapper, enfin un trou produit par une lance ou
un
poignard est béant près de l'orbite
droite. Le corps
entier est en mauvais état de conservation,
ayant dû
étre embaumé à la
hâte.
1175 — Long. de la momie 1m, 67. — XVIIIe dynastie
Cercueil en bois, reproduisant les contours
généraux
du corps. Le fond est jaune, la
chevelure, les ornements
et les traits du visage sont
relevés de bleu. Sur la
poitrine, un pectoral montrant les
cartouches du roi
Nibpehtiri Aahmès I et la figure
d'Ammon-Rà. Le
maillot de la momie porte sur la
poitrine le nom du
roi tracé à l'encre
en hiératique. La momie a été ouverte
le 9 juin 1886.
1176 — Long. de la momie 0m, 90. — XXVIIIe dynastie.
Cercueil identique d'aspect à celui
d'Aahmès I
(N. 11 5). Aux pieds, le nom du fils
ainé d'Aahmés,
Siamen. La momie est
d'un enfant de 5 à 6 ans, elle
porte,
tracé en hiératique sur la poitrine, le nom de
Siamen.
1177 — Long. de la momie 1m, 69. — XVIIIe dynastic.
Cercueil à fond blanc (voir le couvercle, armoire L)
du roi Aménophis ou Amen-hotpou I,
fils d'Aahmès et
de Nofertari. La momie est
revêtue d'une toile orange
maintenue par des
bandes de toile ordinaire. Elle porte
un masque en bois et en carton
peint, identique au
masque du couvercle. Elle est
enveloppée, des pieds à
la tète, de
longues guirlandes.
Une guêpe, attirée par les fleurs, était
entrée dans

le cercueil au moment
de l'enterrement; elle s'y est
conservée intacte et nous a fourni un exemple probablemente
unique d'une momie de guèpe.
Nous avons vu qu'Aménophis I fut le bienfaiteur
des prètres d'Ammon, et obtint les honneurs divins;
le
troisième prophète d'Ammon
était chargé du culte du
sa chapelle
funéraire (Nos 1160 et 1166).
1178 — Long. de la momie 1m, 77. —
XVIIIe dynastie.
Cercueil à fond blanc, tète peinte en jaune,
figure
souriante (voir le couvercle sous le N. 1188 bis), perruque
noire, l'urœus a
disparu. L'inscription est au nom
du Aakhoprinri Thoutmos
Hiqoïs, c'est-à-dire de
Thoutmès
II, petit-fils du précédent.
La momie, recouverte de
toile blanche, porte, tracée sur la
poitrine, une inscription
où il est dit que
“l'an VI, le 7 du troisième mois
de
Pirit, le premier prophète d'Ammon-Râ,
Pinot'm,
fils du premier prophète
d'Ammon-Râ, Piankhi, envoya
restaurer
l'appareil funèbre du roi Aânri”
(sic),
par étourderie du scribe,
pour Aâkhoprinri.
1179 — Long. de la momie 1m, 60. — XVIIIe dynastie.
Cercueil jadis peint et doré, aujourd'hui
défiguré par
les voleurs,
l'intérieur est enduit d'une couche de
bitume
qui rend les lêgendes presque entièrement
illisibles.
La momie portait, attachées au corps, deux
petites
rames et une poignée de joncs qui avaient servi de
support
aux fleurs d'un grand bouquet monté. Elle
avait
été fouillée par les Arabes et
était en si manvais état
qu'il fallut
l'ouvrir à son arrivée au musée.
Le corps
avait été brisé en trois
endroits dès l'antiquité, et les

morceaux,
réunis tant bien que mal, étaient
enveloppés
d'une toile aussi fine que la plus
fine batiste.
Par-dessus se trouvait une sorte de suaire malheureusement
déchiré en plusieurs morceaux: il est
chargé
de long textes hiéroglyphiques
tracés à l'encre et
empruntés pour la plupart au
Livre des
morts. Une
sorte d'introduction nous apprend que cet
exemplaire
sacré a été
tracé par ordre spécial du roi Amenhotpou II
pour
son père et prédécesseur
Thoutmès III, fils de la
reine Isit, dont le nom apparait
ici pour la première fois.
Cette mention, à
laquelle le scribe égyptien attachait
probablement peu
d'importance, nous donne pourtant la
solution
d'un des problémes les plus obscurs de
l'histoire
d'
Egypte: en nous montrant que
Thoutmès III était né
d'une
concubine, elle nous explique pourquoi la reine
Hatshopsitou, fille de
Thoutmès I et delareine Ahhotpou,
avait pour elle le droit
héréditaire et par suite la
préséance
sur ses deux demi-frères
Thoutmés II et Thoutmès
III; ils ne durent de
régner: Thoutmès II,
qu'aprés
son mariage avec la princesse
héritiére, Thoutmés III
qu'après son mariage avec la fille
d'Hatshopsitou et de
Thoutmès II. (M. Bouriant,
directeur de la Mission archéologique
française
au Caire, a récemment signalé
qu'un
texte relevé par M. Boussac dans un des tombeaux
de
Thèbes, donne à Thoutmès III le titre de
fils
de Thoutmès II.)
1180 — Long. de la momie 1m, 75. — XIXe dynastie.
Grand cercueil blanc, dont les pieds ont été
brisés
anciennement; les traits sont relevés de
noir, les yeux
sont en email. Sur la poitrine, au-dessous des cartouches

Monmaïtri
Séti Ménéphtah de Séti I, trois
procèsverbaux
en hiératique de longueur
différente. D'aprés
le premier
“l'an vi, le 7 du deuxième mois de
Shaït,
le premier prophète d'Ammon,
Hrihor, envoya restaurer
l'appareil funéraire du
roi Séti I”; le second
déclare que
“l'an xvi, le 7 du quatrième mois de
Pirit, sous le roi Siamoun Hrihor, on retira le roi
Séti I
de son tombeau pour le déposer dans la tombe
de la princesse
Anhapu”. L'opération faite, le
prètre
chargé du culte de la momie
témoigna devant le roi de
la condition de la momie et dit
que le corps n'avait
souffert aucun dommage dans le
transfert. Enfin “en
l'an x, le 11 du
quatrième mois de Pirit, sous le
grand prêtre
Pinot'm I, le roi Séti I fut
transporté
dans le tombeau d'Amen-hotpou
I”; en foi de quoi
on écrivit le
troisième et dernier procès-verbal. La
momie
était en veloppée d'une forte toile
jaunâtre et
ne portait aucune inscription apparente.
1181 — Long. de la momie 1m, 80. — XIXe dynastie.
Cercueil en bois, bois non peint, en forme d'Oriris,
les yeux
et les traits sont rehaussés de noir, les mains
tiennent
encore un sceptre. Sur la poitrine sont tracés
à
l'encre les cartouches Ousirmari Sotpenri, Ramsès
II
Meriamen (le Sésostris des Grecs) et trois
inscriptions,
dont l'une, effacée à
l'éponge, a été
surchargée, mais
reste encore lisible en partie. Elle a pour
objet de
constater que l'an VI, le grand prêtre
Hrihor fit restaurer
la momie de Ramsés II. Des deux
inscriptions restantes,
l'une raconte que l'an
XVII, le 7 du quatrième mois de
Pirit, le grand
prètre fit retirer le corps de Ramsès II,

du tombeau de
Séti I où on l'avait
déposé; l'autre,
tracée
rapidement au sommet de la tête, nous apprend
que
l'an X du grand prêtre Pinot'm, on
transporta
Ramsès II dans le tombeau
d'Amen-hotpou I en même
temps que son
père Séti I.
Le style du monument et certains détails
d'orthographe
nous reportaient à la XXe dynastie plutôt
qu'à
la XIXe. Pour savoir si
la momie était bien celle de
Ramsès II, comme le
prétendent les inscriptions du
couvercle, M. Maspero fit
enlever une partie des bandages
qui paraissaient mal
attachés et il a trouvé sur la
poitrine du
maillot original une inscription à l'encre
en
hiératique, dont la teneur ne laisse subsister aucun
doute:
le grand prêtre Pinot'm I déclare
qu'il a fait
réparer l'appareil
funéraire de Ramsés II en l'an XVI.
Le
cercueil dans lequel le conquérant était
enfermé
primitivement avait été
détruit et dut être remplacé,
c'est là ce qui explique et l'aspect du
monument et les
particularités orthographiques des
cartouches. La momie
a été ouverte le 1er juin 1836, devant S. A. le
Khédive.
Derrière les momies de Ramsès II et de Séti
I,
dans la direction des fenêtres ouest, on trouvera:
1182 — Long. de la momie 1m, 69. — XXe dynastie.
Momie de Ramsès III, le cercueil, peint en rouge
brun et
formé par des épaisseurs de toile
superposées,
était enfermé dans le
grand cercueil (N. 1173) de
Nofertari. L'appareil de
bandelettes de ce roi avait été
refait en
l'an XIII du roi Pinot'm, comme en fait foi le

procès-verbal inscrit sur un des suaires et qu'on
verra
exposé plus loin. Deux pectoraux, l'un en
or, l'autre en
bois doré, étaient
encore attachés au cou du roi. [Nous
avons vu le pectoral
d'or dans la salle des bijoux (vitrine
K), sous le N. 970.]
1183. — XXe dynastie.
Cercueil du roi Pinot'm I; la momie était
renfermée
dans le cercueil monumental de la reine
Ahhotpou
(N. 1172).
1184 — Long. de la momie 1m, 62.
Cercueil intérieur de la reine Isitm-Kheb, fille de
Masahirti
(N. 1190), femme de Ramenkheper et mêre
de
Pinot'm II. La momie déposée dans ce
cercueil est
celle de la princesse Nesikhonsou, femme de
Pinot'm II.
1185 — Long. de la fausse momie 1m, 20. — XVIIIe dyn.
Petit cercueil blanc de la princesse Sitamon, fille
d'Ahmés I (N. 1185, et de Nofertari (1173).
Un paquet de djérids long de 1m, 20 et
surmonté d'un
crâne
d'enfant remplace le corps, brisé par les
malfaiteurs
qui violaient les sépultures. Cette restauration
a
été faite dans
l'antiquité par les gardiens de la
nécropole
dont la surveillance avait
été mise en défaut (voir
N. 1231).
1186.
Cercueil de la princesse Mashonttimihou; la momie,
décorée de guirlandes, est fausse comme celle de
la
princesse Sitamon (Cfr. N. 1185).
1187.
Couvercle du cercueil intérieur de Masahirti (Cfr.
N. 1190).
1188.
Couvercle du cercueil de Thoutmès III.
1188
bis. — XVIIIe
dynastie.
Couvercle du cercueil de Thoutmès II (Cfr. N. 1178).
1189 — Long. de la momie 1m, 77. — XXIIe dynastie.
Cercueil dans lequel a été trouvée la momie
du prêtre
d'Ammon, fils royal de
Ramsès T'odphtahêfonkh.
Les cercueils
ont été usurpés à divers
personnages, dont
le plus important était un
prophète d'Ammon du nom
de Nesishounopi. Le titre
de fils royal de Ramsès
appartient à plusieurs
personnages de la XXIe dynastie;
il ne suppose pas
l'existence d'un Ramsès qui aurait
régné vers cette époque. De même
que la famille des
Ramessides se perpétuait en des reines,
qui transmettaient
à leurs enfants des droits
héréditaires, elle se
perpétuait en
des princes qui avaient quelques-uns des
titres et des honneurs de la
royauté; un Ramsès de
cette famille
n'avait pas besoin d'être roi pour que
ses
fils eussent le titre de fils royaux.
T'odphtahêfonkh
se rattachait à la
famille de Pinot'm II par un lien qui
nous est encore
inconnu. Les bretelles que porte sa
momie sont estampées au
nom du grand prêtre d'Ammon,
Ouapout, fils du roi
Sheshonq I. Le couvercle
doré est dressé
derrière le cercueil.
1190 — Long. de la momie 1m, 70. — XXIe dynastie.
Cercueil du grand prêtre d'Ammon,
général en chef,
Masahirti, fils du roi
Pinot'm I (Cfr. N. 1183) et père
de la reine
Isimkheb (Cfr. 1238). Le couvercle est
dressé
derrière le cercueil.
1191. — XVIIIe dynastie.
Cercueil extérieur de la reine Isitm-kheb (Cfr.
N. 1238); il
contient provisoirement la momie de la
princesse Miritamen, soeur
d'Amen hotpou I, ou peutêtre
même une
momie plus ancienne substituée dans
l'antiquité à celle de Miritamen.
1192 — XXIe dynastie.
Cercueil extérieur de la reine Makeri (Cfr. 1198); il
contient provisoirement la momie de la reine Anhapou.
1193 — Long. de la momie 1m, 78. — XXe dynastie.
Cercueil à fond blanc, dessin en couleur, au nom du
prêtre-scribe Nibsoni, né de Phiri et de la dame
Tamosou
(voir le couvercle sous le N. 1193 bis).
La momie
a la face découverte; elle est dans un tel
état de conservation
qu'on dirait le cadavre
d'un homme mort depuis
quelques jours à peine.
Nord de la salle.
1194 — XXe dynastie.
Dessin exécuté par MM. Emile Brugsch bey et
Vassali bey.
En pénétrant dans le tombeau, M. Emile Brugch
bey ramassa, à l'entrée du long
couloir, un gros paquet

de cuir
grossièrement roulé qui paraissait avoir
été
jeté là par quelque
prêtre égyptien pressé de sortir.
En
le développant, on reconnut que
e'était une des pièces
principales
du catafalque sous lequel on plaçait le cercueil
pendant
la cérémonie des funérailles. La
partie
centrale, qui formait comme le toit du catafalque,
représente
le ciel étoilé, sur
lequel des vautours étendent
leurs ailes pour
protéger le mort; une bordure d'ornements
en
cuir découpé la relie à quatre
pièces formées
de carrés verts et
rouges disposés en damier, qui pendaient
de chaque
còté du cercueil et l'enfermaient
comme
une tente. Les inscriptions sont au nom de la reine
Isitm-kheb, fille de Masahirta et femme de son oncle
Ra-men-Kheper;
elles souhaitent un repos heureux à
celle qui repose
sous le dais funèbre.
On peut comparer au dessin de MM. Emile Brugsch
bey et Vassali bey
les quatre pièces originales exposées
sur les
murailles est et ouest sous les Nos 1194 a,
b, c, d.
1195 — Bois émaillé
— Long. de la momie 1m, 65.
— XXe dynastie.
Cercueil de beau travail. Une feuille d'or recouvrait
la
caisse entière; à l'exception de la
tête et de quelques
détails, les
hiéroglyphes et les parties principales de
l'ornementation sont formés de fragments de
pierres
précieuses et d'émaux
incrustés dans l'or. Le tout formait
un
ensemble d'une richesse et d'un éclat
à peine
concevables. Par malheur le cercueil a
été gratté et il
ne reste plus que
des lambeaux de la décoration primitive.
C'était le cercueil de la reine Notmit,
mère du

prêtre-roi Hrihor. La momie avait été
fouillée par les
Arabes et le papyrus enlevé.
Une partie en est déposée
au Louvre,
l'autre est au British Museum.
1196 — Long. de la momie 1m, 66.
Cercueil au nom de la princesse Nesi-Khonsou, fille de
la dame
Ta-hennou-Thot et probablement femme de
Pinot'm II. Les
cercueils de cette princesse n'avaient
pas
été fabriqués pour elle, mais pour
Isitm-kheb. Ils
ont été
cédés par Isitm-kheb ou par ses parents
à NesiKhonsou,
dont le nom a été
écrit en surchage sur celui
de sa compagne. La peinture
surajoutée est tombée et le
nom primitif a
reparu en plusieurs endroits. Cette première
usurpation
reconnue, on a dû bientòt en constater
une
seconde A leur arrivée au musée, les deux
eercueils
renfermaient chacun une momie, et M. Maspero crut
d'abord que ce dédoublement était le
fait des Arabes qui
avaient trouvé et
dévalisé la cachette de
Deïr-el-Bahari.
L'examen a prouvé
qu'il était le fait des Egyptiens
euxmêmes.
La momie 1196 porte écrit sur son
maillot extérieur
le nom de la supérieure des
femmes d'Ammon NesiKhonsou
avec la date en
l'an VI. Les premiers linges
enlevés, on a
trouvé une autre inscription:
“Expédition
faite au temple de
l'an VII pour emmaillotter le roi
RàKha-m-uas.”
La momie qui parait
être brisée, n'a pas
été dépouillée
entièrement de ses bandelettes: en continuant
l'opération, on trouverait, au lieu
d'une NesiKhonsou
ou d'une Isitm-kheb
annoncée par le cercueil,
le corps d'un roi,
probablement de l'un des derniers
Ramessides,
Ramsès XII, de la xxe dynastie.
1197 — Long. de la momie 1m, 85.
Cercueil de la dame Ràï, nourrice de la reine
Nofritari
(Cfr. N. 1173). Il est à fond vert, garni de
bandes
jaunes. Sur la face intérieure du couvercle est
tracée
une prière à la
déesse Nouit en l'honneur de
Ràï. D'autres
légendes,
inscrites à l'intérieur près
de la tête et
des pieds, à
l'extérieur sur les deux parois
latérales,
répètent le nom de la
nourrice Râï.
La momie de la dame Râï a disparu. Elle a
été remplacée
dès
l'antiquité par celle de la reine
Anhâpou.
1198 — Long. de la grande momie 1m, 50 de la
petite 0m, 42.
— XXe dynastie.
Cercueil renfermant les momies de la reine Mâkeri
et de
sa petite fille (Cfr. le cercueil extérieur sous le
N.
1192). La reine Mâkeri, épouse du grand
prêtre et
roi Pinot'm I, est morte en couches
et son enfant avec
elle (Cfr. le papyrus de Mâkeri,
salle 62, N. 687).
1199 — Long. de la momie 1m, 75. — XXIIe dynastie.
Cercueil d'abord peint et doré, puis noirci au
bitume.
C'est à grand'peine
qu'on peut y lire le nom de la prêtresse
d'Ammon Nesitanebashrou, fille de Nesikhonsou
(Cfr. N.
1196) et probablement de Pinot'm II.
1200 — Long. de la momie 1m, 75.
Cercueil en forme de momie, sans barbe et peint en
blanc de
manière à imiter le calcaire. La momie
était
emmaillottée à la facon des
momies de la XVIII
e dynastie,
et semblait
intacte: elle était cousue dans une peau de
mouton en
laine blanche et accompagnée de deux cannes

à pomme
en roseaux tressés. Elle exhalait une odeur
infecte. Le
30 juin 1886, elle fut remise entre les mains
du D
r Fouquet. L'opération du
déroulement dura deux
jours entiers et fournit les
résultats les plus inattendus.
Un premier linceul, puis
un épais lacis de bandelettes,
puis une couche de natron
blanchàtre, chargé de graisse
humaine; un
second maillot, un second lit de natron,
et le cadavre. Il
n'avait pas été ouvert, et les
viscères
qu'on avait coutume
d'extraire de la poitrine et du
ventre (voir salle 59,
étagéres
H et
I) sont encore en
leur place. Les
matières préservatrices n'avaient
pas
été injectées ni introduites
dans le corps; on les avait
réparties à la
surface de la peau avec une habileté qui
trahit une
longue expérience de ce genre de travail.
La momie
était celle d'un jeune homme; tous ceux qui
l'ont vue ont supposé sur-le-champ que ce prince
avait
été empoisonné; tous les
indices relevés tendent à établir
la mort par un poison convulsant. (Aucun nom, aucune
inscription ne
nous renseigne sur le drame dont ce prince
fut la victime.)
1201.
Petit cercueil sans nom, contenant une momie d'enfant
non
développée.
1202 — Long. de la momie 1m, 55. — XXIe dynastie.
Cercueil de la reine Tiouhathor Honttoouï I, probablement
femme du grand prêtre Pinot'm I.
Trois vitrines contenant des cercueils de moindre
importance.
1203 — Long. de la momie 1m, 62. — XXIe dynastie.
Cercueil de la chanteuse d'Ammon-Rà, roi des
dieux
Taiouhrit. Le papyrus de cette femme, conservé
à
Leyde, nous apprend qu'elle
était fille du père divin
d'Ammon
Khonsoumos et de la chanteuse d'Ammon
Tantamon. La
tête et les mains de la caisse extérieure
ont
été détachées par les Arabes
et vendues à des
touristes.
Quest de la salle.
ARMOIRE. A.
Couvercle du cercueil du roi Séti I (Cfr. N. 1180).
1204.
Couvercle du cercueil de la reine Notmit (Cfr.
N. 1195).
ARMOIRE B.
1205.
Linceul de Masahirti (Cfr. 1190).
1206 — Roseaux blancs.
Boite renfermant une perruque de grande taille, en
poil de
mouton noir et en cheveux mèlés. Au
moment
de la découverte, elle était
encore maintenue par deux
sceaux en terre sigillaire, au nom du
grand prêtre
d'Ammon, Menkhopirri
(Ramenkheper); la perruque
était destinée
par conséquent à la reine Isitm-kheb,
femme de ce personnage.
1207 — Bronze.
Sellette portant quatre vases à libations.
1208 — Bois et ivoire.
Coffret au nom de Ramsès IV.
1209 — Ivoire incrusté.
Boite à miroir.
1210.
Toile au nom de Ramsès III.
1211 — Marqueterie.
Coffret aux cartouches de la reine Hatshopsitou. Ce
coffret a
servi de canope.
1212 — Bois.
Petites rames trouvées sur la momie de Thoutmès
III
(Cfr. N. 1179). Elles servaient à deux fins;
d'abord à
consolider le corps
brisé, quand on le reconstitua, puis
à
donner au roi défunt le moyen de monter comme ses
prédécesseurs sur la barque du soleil, et de
parcourir
le ciel avec le dieu.
1213.
Couvercle du cercueil de Pinot'm dressé sur la
muraille
sud-ouest, près de la
fenêtre.
VITRINE C.
1214 — Long. de la momie 1m, 72. — XXIe
dynastie.
Cercueil du grand prêtre d'Ammon,
général en chef,
Pinot'm II,
fils d'Isitm-kheb et du grand prêtre
Ramenkheper
(Cfr. N. 1171).
1215 — XXIe
dynastie.
Cercueil extérieur de Pinot'm (voir les
couvercles
Nos 1234 et 1234).
1216 — Long. de la momie 1m, 54. — XXIe
dynastie.
Cercueil portant les textes au nom du prêtre-roi
Pinot'm I (Cfr. le couvercle, armoire E). Le cercueil
est du même type que celui de
Not'mit (Cfr. le
N. 1195). Il appartenait
d'abord à Thoutmès I;
après
avoir été
enlevé à ses premiers possesseurs, il a
été
approprié à
l'usage de Pinot'm I; mais le nom de
Thoutmès reparait ca et lè sous la peinture
plus
récente. Il a été presque
entièrement dédoré et ne
présente
plus guère à
l'extérieur que l'aspect
d'une masse
de bois informe.
La momie a été
déshabillée par les Arabes, elle est
dans
un état admirable de conservation.
En comparant les traits de la momie contenue dans
ce cercueil
à ceux des Thoutmàs II et III, on
trouvera
les plus grandes ressemblances, tandis que le type
est
totalement différent de celui des membres de la
famille
du grand prêtre déjà
connu. II est done probable que
Thoutmés I a
été remis en possession de son cercueil,
que Pinot'm avait voulu s'approprier.
Thoutmès I est un vieillard aux traits fins et
rusés,
à la tète rase, au
corps maigre et petit. Les dents sont
usées
à la façon des dents du cheval, comme on le
voit
encore chez certaines peuplades africaines qui se
nourrissent
de graines mal broyées.
Sur le mur nord-ouest, près de la fenêtre.
1217.
Très beau couvercle doré du cercueil
extérieur de la
reine Isit-m-kheb (Cfr. Nos 1191 et 1238).
ARMOIRE D.
1218 — Terre
émaillée bleue.
Vases au nom de Nesikhonsou (Cfr. Nos 1184
et
1196); autres vases en verre de couleur.
1219.
Offrandes funéraires, cuissots de gazelles,
tête de
veau, oie, fruits du palmier doum, etc.
Ces provisions se trouvaient dans le panier N. 1220,
elles
étaient destinées à la reine
Isit-m-kheb.
1221.
Étoffe d'une merveilleuse finesse, provenant du
cercueil
de Thoutmès III.
ARMOIRE E.
Couvercle du cercueil de Thoutmès I (Cfr.
N.
1216).
ARMOIRE F.
Couvercle du cercueil de Masahirti (Cfr. N. 1190).
ARMOIRE G.
1222.
Linceul de Taiouhrit (Cfr. N. 1204).
1223.
Linceul de Taiouhrit (Cfr. N. 1204).
1224.
Linceul de la reine Not'mit (Cfr. N. 1195).
1225 — Bois.
Plaque couverte d'une belle écriture
hiératique;
copie de décrets rendus par
le dieu Ammon-Râ en l'honneur
de la dame
Nesikhonsou au moment de sa mort,
et destinés
à lui assurer son bonheur dans l'autre
monde
(Cfr. dans la salle 62 le papyrus N. 686).
1226.
Petit cercueil au nom de Soutimès, tenant lieu de
vase canope (Cfr. salle 59, vitrine O) et
renfermant
un foie.
1227.
Perruque de cérémonie (Cfr. N. 1206).
ARMOIRE H.
Couvercle du cercueil de la reine Màkeri (Cfr.
Nos 1192 et 1198).
ARMOIRE I.
Couvercle du cercueil de Nesikhonsou (Cfr.
(N. 1196).
ARMOIRE J.
1228.
Fragment de cercueil avec mention du roi Ramsès I.
1229.
Toile trouvée sur la momie de Ramsès III.
1230.
Boite de momie en forme de gazelle, renfermant une
momie de
gazelle soigneusement embaumée; cet animal
appartenait probablement à la reine Isit-m-kheb.
1231.
Fausse momie d'enfant (voir N. 1185).
1232 — Bois
évidé.
Statue d'Osiris, qui contenait le papyrus
funéraire
de la reine Honttoouï (Cfr. N.
1202).
1233.
Grande perruque de cérémonie (Cfr. Nos 1206 et
1227).
Figurines funéraires.
ARMOIRE K.
Couvercle du cercueil extérieur de Nesitanebashrou
(Cfr. N. 1199). Le couvercle du cercueil
inlérieur
est dressé centre le mur, près de l'armoire
K.
ARMOIRE L.
Couvercle du cercueil du roi Amenhotpou ou
Aménophis
I (Cfr. N. 1177). Les inscriptions à
l'encre, tracées sur la poitrine, nous ont
conservédeux
procés-verbaux de visites de
la momie par les
inspecteurs chargés d'en
vérifier l'état et d'en
assurer
l'entretien. La première raconte
que “l'an VI,
le 7 du
troisième mois de Pirit, le premier
prophète
d'Ammon-Râ, roi des
dieux, Pinot'm I, filsde
Pionkh, envoya restaurer
l'appareil funèbre
du roi Sorkeri
Amenhotpou I”. la seconde dit plus
solennellement
que “l'an XVI, le 22 du
quatrième
mois de Pirit, le premier
prophète d'Ammon-Rà,
roi des
dieux, Masahirti, fils du roi Pinot'm, envoya
renouveler l'appareil funéraire de ce dieu“,
c'est-à-dire Amenhotpou I, qui, en effet,
était adoré
et recevait un culte
régulier. (XVIIIe et XXIe dynasties.)
Des deux côtés de l'armoire L.
1234 et 1235.
Couvercle et cartonnage du cercueil de Pinot'm II,
revêtus, à la hauteur des genoux, de bandes de
métal
estampé (Cfr. 1215).
1236.
Couvercle du cercueil de la reine Honttoouï (Cfr.
N.
1202).
ARMOIRE M.
1237.
Cercueil de Ramsès II.
1238.
Momie d'Isit-m-kheb (Cfr. Nos 1184,
1191 et 1217);
c'est la plus belle et la mieux
arrangée de la collection
des momies royales.
Sur les armoires, coffrets à figurines
funéraires
(Cfr. salle 58, armoire G).
Sud-est de la salle.
1239.
Couvercle du cercueil intérieur d'Isit-m-kheb.
ARMOIRE N.
1240.
Canopes d'Isit-m-kheb.
1241.
Canopes de Nofertari (Cfr. N. 1273).
1242.
Coffret du roi Pinot'm.
1243.
Coffret de la reine Honttoouï, femme du roi
Pinot'm.
1244 et 1244
bis.
Couvercles des cercueils de la dame Taiouhrit (Cfr.
N.
1203).
ARMOIRE O.
Couvercle du cercueil de Ramsès II (voir N. 1181).
La série de vitrines qui se trouve au centre
du
cercle formé par les cercueils des Pharaons
contient
un choix de figurines funéraires (Cfr.
N. 638), en
terre émaillée bleue, au nom des derniers
membres de la famille des grands prêtres
d'Ammon, Pinot'm I (vitrine P), Nesi Khonsou
(vitrine Q),
Nesitanebashrou (vitrine R),
Màkeri
et Honttoouï (vitrine S), Zodphtahefonkh (vitrine
T), Isit-m-kheb (vitrine U), Màkeri et Isit-m-kheb
(vitrine V), Pinot'm II (vitrine W).
VITRINE X.
Objets trouvés sur les momies royales, amulettes,
pectoraux et scarabées en or, bronze doré et
terre
émaillée. Les doigts de gant en or
(N. 1245) ont
été trouvés aux
doigts de Masahirti (Cfr. N. 1190).
Enfin il nous reste à signaler le coffre à
canopes
de la reine Not'mit (N. 1246),
représentant selon
l'usage un naos
monté sur un traîneau; un chacal
en bois
noir de bon travail est accroupi sur le
couvercle; les coffrets
(N. 1247) de Sennot'em
(voir N. 449);
d'Eineferta, femme de Sennot'em

(N. 1248); et
de ses parentes, Isit (N. 1249) et
Tamàk (N.
1250).