Title: Guide du visiteur au Musee de Boulaq [Electronic Edition]

Author: Maspero, Gaston
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Publisher: Rice University
Place of publication: Houston, Tx
Publication date: 2006
Identifier: TIMEA, MusBo1884
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Notes:
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Source(s):

Title: Guide Du Visiteur Au MuséE De Boulaq

Author: Gaston Maspero
File size or extent: 438 p. pl., plan.
Publisher: Musee d'Antiquities
Place of publication: Boulaq
Publication date: 1883
Identifier: From the collection of Dr. Paula Sanders, Rice University.
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  • Greek (gre)
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  • Cairo (Egypt)
  • Cairo (Egypt). Musee d'Antiquities.
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Guide du visiteur au Musee de Boulaq [Electronic Edition]


Contents










GUIDE DU VISITEUR
AU
MUSÉE DE BOULAQ

PAR
GASTON MASPERO

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE. DIRECTEUR GENÉRAL
DES MUSÉES D'ÉGYPTE
BOULAQ AU MUSÉE 1883.



VIENNE. — TYP ADOLPHE HOLZHAUSEN.

AVIS.

Ce petit livre a été écrit pour l'usage des visiteurs
ordinaires et non pour la commodité des Egyptologues:
on y verra donc avant tout la description ou
l'explication des monuments qui peuvent donner aux
voyageurs la meilleure idée de l'art et de la civilisation
égyptienne. Les gens du métier trouveront dans
le cabinet du Directeur un catalogue sur fiches et une
copie du Livre des fouilles qui leur permettront de
découvrir la provenance et l'emplacement exacts de
tous les objets conservés, soit dans les salles, soit dans
les magasins du Musée.
La forme de Guide que j'ai adoptée m'a permis
d'insérer, chemin faisant, beaucoup de renseignements
que je n'aurais pu mettre dans un Avant-Propos.
Chaque fois qu'un objet se présente appartenant
à une classe nouvelle, j'ai saisi l'occasion qui s'offrait
de rappeler l'usage auquel il servait, et les idées mystiques
ou religieuses qu'on y attachait dans l'antiquité:

ces notions une fois données, je ne les ai plus
répétées pour les autres objets de même espèce qui
sont dispersés dans les différentes galeries du Musée.
J'invite donc ceux des visiteurs qui désireront, non
pas seulement regarder en passant, mais comprendre
le sens et la valeur de ce qu'ils regardent, à suivre
dans leur examen l'ordre que j'ai suivi moi-même
dans ces pages: ils s'épargneront de la sorte des recherches
un peu longues et une perte de temps.
Si grand soin que j'aie mis à rédiger ce Guide, on
ne décrit pas plusieurs milliers d'objets sans laisser
échapper bien des fautes, et je n'ai pas la prétention
d'être moins sujet à l'erreur que les autres. J'invite
donc les visiteurs qui reléveraient quelque méprise, de
quelque nature qu'elle soit, à vouloir bien me la signaler:
ce sera autant de corrigé pour la prochaine
édition.
Boulaq, le Ier Mai 1883.
G. MASPERO.



I. — Le Musée est ouvert, pendant la saison
d'hiver, tous les jours de la semaine, le Vendredi
excepté, de 8 heures 1/2 du matin à midi, et de
2 h. à 5 h.
II. — L'entrée du Musée est gratuite. MM. les
visiteurs sont priés de vouloir bien laisser dans
le Petit Vestibule leurs cannes, ombrelles et parapluies,
qui leur seront rendus à la sortie.
III. — II est strictement interdit de fumer dans
l'intérieur des Salles.
IV. — Il n'y a besoin d'aucune permission pour
copier les monuments exposés dans le Musée: il
est défendu de prendre des estampages ou des
copies au frotis, sans autorisation du Directeur.
V. — Les visiteurs qui voudront étudier quelque
monument de plus près, sont prevenus qu'une
salle d'étude sera mise à leur disposition, s'ils
en adressent la demande au Directeur, ou à l'un
des Conservateurs.
Boulaq, le Ier Mai 1883.
G. Maspero.


CHAPITRE PREMIER.
LA COUR ET LE JARDIN.

La partie de la cour dans laquelle on pénètre, après
avoir passé la grande porte d'entrée, sert de magasin
provisoire á certaines pièces incomplètes ou nouvellement
achetées, qui n'ont pas encore leur place marquée
dans les galeries. Ainsi les nos 6000 et 6004 sont les
morceaux d'une chapelle monolithe, élevée par le roi
Nectanébo de la XXXe dynastie, à Bubaste, et détruite,
il y a quelques années, par un haut fonctionnaire égyptien:
j'espère en retrouver les autres débris et la reconstruire.
6002. — Marbre blanc. — H. Im 90.
Aigle gigantesque de beau travail grec.L'île de Thasos,
d'où il provient, forme, avec le bourg de Kavala,
un fief héréditaire dans la famille de Mohammed Ali,
et dépend du souverain régnant de l'Égypte. L'aigle,
envoyé en cadeau à Ismaïl-Pacha, il y a quelques années,
a été donné par ce prince au musée de Boulaq.
— Ep. ptolémaïque.
Thasos.

8

6006. — Basalte noir. — H. Im 75.
Déesse Sokhit à tête de lionne. La déesse Sokhit est la
grande amie du dieu Phtah
; elle compose avec Phtah
et son fils Imhotpou la trinité adorée à Memphis. Elle
a un rôle violent, celui de destructrice des ennemis du
Soleil: il est souvent question, dans les textes, de sa
flamme dévorante qui anéantit les méchants. Le roi
Amenhotpou III, de la XVIIIe dynastie, lui avait consacré,
dans le temple de Mout à Thèbes, une salle spéciale,
qu'il avait remplie de statues semblables à celle
qui est inscrite sous le no 6006. Il en restait encore
cent cinquante vers le milieu du siècle dernier; mais,
depuis cette époque, tous les musées de l'Europe en
ont fait enlever des spécimens, et on n'en voit plus
aujourd'hui qu'une soixantaine en assez mauvais état.
Le no 6006 porte le cartouche d'Amenhotpou III. —
XVIIIe dyn.
Karnak.
6007. — Granit gris. — H. Im 60; larg.
0m 61.
Le dieu Ammon et une reine d'Ethiopie. Ce monument,
le seul de ce genre qu'il y ait jusqu'à présent
dans les musées d'antiquité égyptienne, m'avait été
signalé, en 1882, par M. Berghoff, qui fut, quelques
mois plus tard, pris et décapité par le Mahdi: il a été
expédié au Caire, sur ma demande, par Gigler-Pacha,
et nous est parvenu dans les premiers jours de 1883. Il
appartient aux derniers temps de la civilisation égyptienne
en Ethiopie, comme le prouvent la grossièreté
du travail et la barbarie du style. — Ep. romaine.
Naga.

9

Deux grands sphinx séparent l'Avant-cour de la
cour réelle et du jardin du Musée. Celui de gauche
(no 6008) est seul authentique: l'autre n'est qu'un
moulage en plâtre du précédent. Le sphinx n'était pas
pour les Égyptiens la combinaison arbitraire d'un corps
de lion et d'une tête humaine: c'était, même pour les
savants de l'époque romaine, la reproduction d'un
animal d'espèce rare, qui vivait dans le désert. La réunion
dans un même être de la force du lion et de l'intelligence
humaine le rendait particulièrement redoutable:
aussi en fit-on un dieu, Harmakhouti, Harmakhis,
le soleil levant et couchant, auquel est consacré
le grand sphinx de Gizéh. Le roi, étant fils du soleil et
identifié souvent avec Harmakhis, la forme du sphinx
servit à représenter les rois dans certaines circonstances.
On n'a trouvé jusqu'à présent de sphinx isolé
que le grand sphinx de Gizéh: les sphinx vont toujours
par couples et forment en avant des temples de longues
avenues. Le sphinx femelle est fort rare dans l'Égypte
pharaonique: je ne l'ai vu encore que sur quelques
basreliefs, où il représente une reine. Certains
sphinx royaux ont non-seulement la tête mais les bras
de l'homme: ils sont généralement en bronze et de petites
dimensions. Le sphinx no 6008 porte le cartouche
de Ramsès II.
Passés les sphinx, on se trouve dans une sorte d'avenue
bordée à droite et à gauche de grands sarcophages.
Les trois de gauche sont grecs et proviennent des catacombes
d'Alexandrie: l'ornementation en est assez légèrement ébauchée, et rappelle le style de l'époque romaine.
Les trois de droite sont égyptiens d'époque ptolémaïque et ont été découverts à Saqqarah.

10

6015. — Granit gris taché de rose. —
H. Im 20; larg. Im 10; long. 2m 40.
Sarcophage d'Onkhhapi, fils de Tafnakht et de la
dame Tatet: le petit cercueil en forme de momie qu'il
renferme contenait jadis le corps du dernier possesseur.
L'habitude a toujours été, à Memphis, de déposer
les morts de distinction dans de grands sarcophages
rectangulaires à chevet plus ou moins arrondi. Aux
anciennes époques, ces sarcophages, qui étaient la
maison éternelle du mort, sont quelquefois décorés en
forme de maison (cf. Salle de l'Ancien Empire no 964),
et presque toujours en granit rose. A l'époque saïte et
ptolémaïque, on les taillait de préférence dans le granit
gris ou dans le basalte et ils portent d'innombrables
tableaux sculptés avec une finesse remarquable. Le sujet
en est emprunté à l'un des livres les plus curieux de
la mythologie égyptienne, le Livre de savoir ce qu'il
y a dans l'enfer.
Les Égyptiens se figuraient le monde
souterrain, le monde de la nuit, comme une série de
couloirs et de grandes chambres voûtées, remplies
d'être fantastiques bons ou méchants. Il était partagé
en douze régions, dont chacune répondait à l'une des
douze heures de la nuit. La barque du soleil, sur laquelle
le défunt était censé s'embarquer après de la
mort, entrait chaque soir dans ces contrées ténébreuses
et n'en sortait que le lendemain matin, à l'aube;
pour que le mort pût accomplir sans danger dans ce
voyage, il devait connaître à fond toute la population
infernale. C'est à lui donner les renseignements nécessaires
qu'était consacré le livre en question. Chaque
heure était décrite minutieusement, avec le nom et

l'étendue du territoire qu'elle occupait, le nom et la
fonction de chacun de ses habitants, leur voix, leurs
discours, les dimensions des serpents qui gardaient
les portes de communication d'une heure à l'autre. Les
figures représentent d'abord la barque solaire avec son
équipage et les génies qui la traînent à la cordelle, puis
les êtres décrits dans chaque section du texte. Le mort
savait donc ce qu'il allait voir, dès avant de commencer
le voyage; il était assez familiarisé avec la forme
des divinités infernales, pour distinguer celles qui lui
étaient favorables de celles qui lui étaient hostiles. Ce
grand livre à images était trop étendu pour qu'il fût
aisé de le représenter en entier sur un sarcophage;
aussi se bornait-on le plus souvent à en reproduire
une partie, trois ou quatre heures entières, le plus souvent
celles du milieu de la nuit, et des extraits des autres
heures. — Ep. grecque.
Saqqarah.
6013. — Granit gris. — H. 1m 35.
6014. — Granit gris. — H. 1m 30.
Sarcophages du même type que le précédent, trouvés
au fond du même puits, à Saqqarah, et ayant
appartenus à deux frères du nom de Zeho, en grec
Téos ou Takhos, tous les deux fils de la même mère
Betiti, tous les deux généraux dans l'armée égyptienne
sous l'un des premiers Ptolémées. Le couvercle du
no 6014 n'a pas été fait pour la cuve et en diffère
par la pierre et par les dimensions; il avait appartenu
à un autre personnage, dont le nom et les titres ont
été grattés pour faire place au nom et aux titres de
Zeho. — Ep. grecque.
Saqqarah.

12

Au bout de cette petite allée, sur la gauche, s'élève
le tombeau de Mariette-Pacha, le fondateur du Musée
de Boulaq. Il est précédé d'une plateforme en ciment,
sur laquelle sont placés quatre petits sphinx en calcaire
blanc d'un travail assez grossier. Aussi bien les
a-t-on choisis, non à cause de leur mérite artistique,
mais à cause de leur provenance: ils faisaient partie
de la grande avenue de sphinx, qui conduit du Sérapéum
Grec au tombeau des Apis, et rappellent la première
découverte de Mariette sur le sol d'Égypte. Derrière
les sphinx, et monté sur un socle quadrangulaire,
se dresse le sarcophage qui renferme le corps: il est
en marbre de Montreux, et taillé à l'imitation des sarcophages
égyptiens de l'Ancien Empire. A la tête, sur
un haut piédestal à moitié caché par des plantes grimpantes,
s'élève une statue colossale de Ramsès II, découverte
à Tanis en 1860. Le monument a été dessiné
et construit par un des plus fidèles amis de Mariette,
l'architecte Ambroise Baudry: les frais en ont été couverts
par une souscription publique.
Mariette (Auguste Ferdinand) naquit à Boulognesur-mer
le 11 février 1821. Il appartenait à une famille
de marins et de lettrés. Son grand-père a laissé
en manuscrit une de ces collections d'oeuvres mêlées,
vaudevilles, comédies de moeurs, poésies fugitives,
où se plaisaient les littérateurs provinciaux du siècle
passé. Son père était simple employé à la mairie de
sa ville natale.
Élevé au collège de Boulogne, il y devint professeur
dès vingt ans, et y demeura attaché à divers titres jusqu'à
la fin de 1848. Il essaya d'abord de la peinture,
puis du journalisme, devint rédacteur en chef d'un

journal d'intérêt local, composa des nouvelles, des romans,
des feuilletons humoristiques, et, entre temps,
trouva moyen d'étudier des questions d'archéologie
provinciale. Le seul de ces premiers essais qui vaille
la peine d'être conservé est une brochure, publiée en
1846 sous forme de Lettre adressée à M. Bouillet, auteur
d'un Dictionnaire historique et biographique, sur
la position de Portus Itius:
la donnée en était fausse,
mais le jeune auteur y marquait déjà la plupart des
qualités qui l'ont rendu célèbre plus tard, une grande
habileté de discussion, la clarté et la vigueur du style,
beaucoup de pénétration. Nul doute que, s'il eût suivi
la voie dans laquelle il venait de s'engager, il ne fût
parvenu à tenir un rang élevé dans le domaine de l'archéologie
classique: le hasard le rejeta du côté de
l'Orient.
Le graveur Vivant Denon, qui avait fait partie des
artistes attachés à l'expédition française en Ègypte,
avait laissé en mourant une petite collection d'antiquités
rapportée de ses voyages. Une caisse de momie, qui
provenait de cette collection, fut exposée à la mairie
de Boulogne, et le jeune Mariette rédigea, à cette occasion,
une petite notice de quelques pages, dans laquelle
il conseillait à ses concitoyens de l'acquérir pour le
Musée. Son conseil fut suivi; Mariette se procura pour
étudier les textes qui couvraient le cercueil quelques
livres traitant de l'Égypte, et ce qui n'avait d'abord été
qu'un amusement devint une passion sérieuse. Il fut
bientôt assez fort pour se hasarder à aborder la discussion
des textes; manquant d'appui dans sa ville
natale, il s'adressa à Charles Lenormant, le seul des
élèves directs de Champollion qui continuât alors en

France la tradition du maître. Le mémoire qu'il soumit
au jugement du savant parisien portait sur l'interprétation
et le classement des cartouches qui recouvrent
la Chambre des Ancêtres, enlevée au temple de
Karnak et déposée à la Bibliothèque Nationale par
Prisse d'Avennes. Il est resté inédit, mais je l'ai retrouvé
dans les papiers de Mariette, et en le lisant, on
comprend l'admiration qu'il inspira aux personnes qui
eurent communication du manuscrit. Encouragé nonseulement
par C. Lenormant, mais par Alfred Maury,
par Ferdinand de Saulcy, par Adrien de Longpérier,
Mariette se décida à venir chercher fortune à Paris.
Après quelques mois d'attente, l'amitié du peintre Janron
lui procura une petite place d'adjoint au Louvre:
renonçant au professorat, il se livra tout entier à l'archéologie
égyptienne.
C'était dans les premiers jours de 1848. Le traitement
du nouvel employé fut des plus modestes. Au
bout de quelques mois, il s'aperçut que la place, pour
honorable qu'elle fût, ne suffisait pas à lui assurer les
moyens de soutenir sa famille. Les chances d'avancement
étaient nulles, car le vicomte Emmanuel de Rougé,
son supérieur immédiat, était jeune et ne songeait pas
à se retirer devant lui. Il se mit en tête d'aller chercher
fortune en Égypte et demanda au gouvernement
français les ressoures nécessaires au voyage. Tattam
venait d'attirer l'attention des savants sur les richesses
renfermées dans les couvents jacobites de l'Égypte:
Mariette composa rapidement un long essai de bibliographie
copte, qui est demeuré inédit, et sollicita une
mission, à l'effet d'aller étudier et acquérir ce qui pouvait
rester dans les cloîtres de manuscrits coptes et

syriaques. Il obtint sans peine ce qu'il demandait et
débarqua à Alexandrie, le 12 octobre 1850.
La mission qu'il s'était imposée était des plus délicates
à remplir: le patriarche copte, justement irrité
des procédés bizarres employés par Tattam pour former
sa collection, avait fait mettre les manuscrits en
sûreté. Les négociations traînèrent et retinrent Mariette
au Caire pendant plusieurs semaines. Il profita
de ces loisirs forcés pour visiter les environs de la
ville, Gizéh, Dahshour et surtout Saqqarah. Il avait
remarqué partout, à Alexandrie comme au Caire, des
sphinx en calcaire d'assez mauvais style, mais chargés
de graffiti où le nom d'Osiris était associé sans cesse
à ceux d'Apis et de Sérapis. Le hasard lui fit trouver
un jour, dans la région nord du plateau de Saqqarah,
un sphinx qui présentait les mêmes caractères. Cette
rencontre fortuite éveilla au fond de sa mémoire le
souvenir d'un passage de Strabon, où le voyageur grec
raconte que le Sérapéum de Memphis est dans un lieu
trés sablonneux, et qu'on y voit des sphinx enfouis,
les uns jusqu'aux épaules, les autres jusqu'à mi-corps.
L'idée que le Sérapéum, si longtemps cherché en vain,
était là, s'empara de lui avec une telle force qu'il en
oublia les manuscrits et le patriarche copte. Il assembla
quelques ouvriers, et commença des fouilles en
règle le 1 novembre 1850. Jusqu'au cent trente quatrième
sphinx de l'avenue, tout marcha régulièrement,
puis l'allée tourna brusquement à gauche et, pendant
quelques jours, il ne découvrit plus rien. Il finit pourtant
par se remettre sur la bonne piste et déboucha,
après le cent quarante et unième sphinx, sur un dromos
spacieux, dallé de belles pierres: deux mois de

fouilles mirent au jour l'ensemble de monuments qui
s'y trouvaient, un hémicycle décoré de statues grecques,
deux chapelles, une procession de génies montés
sur des animaux, et conduisirent les travailleurs jusqu'à
la porte du Sérapéum. Là, un obstacle imprévu
les arrêta: des marchands d'antiquités, pour la plupart
agents consulaires de diverses nations européennes,
jaloux du succès de Mariette, réussirent à obtenir
d'Abbas-Pacha la suspension des fouilles. L'appui du
gouvernement français aplanit en partie les difficultés,
une somme de 30.000 frs., votée le 16 août 1851 par
l'Assemblée Nationale, permit de reprendre avec plus
d'activité, et, dans la nuit du 12 au 13 novembre, Mariette
pénétra dans les souterrains du Sérapéum. Ce
qu'il y trouva, le monde savant le connaît: soixante
quatre Apis, dont les plus anciens remontent à la
XVIIIe dynastie, et dont le plus moderne est presque
contemporain de Cléopâtre, des milliers de stèles votives,
de figurines funéraires, d'amulettes, de bijoux,
qui font aujourd'hui l'ornement du Musée du Louvre.
La chronologie des taureaux, suffisamment établie par
les dates d'inhumation, apporta de nouvelles informations
pour le rétablissement de la chronologie des rois
égyptiens du Nouvel-Empire. Toute l'année 1852 se
passa à déblayer et à dépouiller le Sérapéum: dans les
premiers jours de 1853, Mariette se transporta avec
ses ouvriers au pied des Pyramides de Gizéh.
Cette fois, il travaillait aux frais d'un particulier: le
duc de Luynes l'avait chargé de dégager la partie antérieure
du grand Sphinx. Il découvrit, à une centaine
de mètres vers le Sud-Est, un temple de l'Ancien Empire,
construit en blocs énormes de granit et d'albâtre,

mais ce fut le seul résultat sérieux de sa campagne. Il
était du reste pressé de revenir en France. Nommé
conservateur-adjoint au Musée Égyptien du Louvre,
il s'occupa de classer l'immense collection qu'il avait
rapportée du Sérapéum, et d'en préparer la publication.
Il débuta par donner dans le Bulletin Archéologique
de l'Athénoeum Français
(1855—1856) des Renseignements
sur les soixante-quatre Apis trouvés dans
les souterrains du Sérapéum:
cette étude a été arrêtée
à la XXVIe dynastie par la disparition du Bulletin
et n'a jamais été terminée. En même temps, et comme
complément de ce premier travail, il publiait un Choix
de monuments et de dessins découverts ou exécutés
pendant le déblaiement du Sérapéum
(Paris 1856, A.
Bertrand, in-4°) et un Mémoire sur la mère d'Apis
(Paris 1856, A. Bertrand, in-4°), oú il ébauchait une
théorie alors nouvelle de la religion égyptienne. Ajoutons,
pour en finir avec ce premier épisode, le plus
glorieux de sa vie, que les monuments du Sérapéum
et la relation de la découverte ont été poursuivis longtemps
par une véritable fatalité. La publication, commencée
une première fois en 1861, reprise en 1864 et
poussée jusqu'à la XXVIe dynastie, recommencée en
1876 de concert avec moi, n'est pas encore terminée:
seul, le premier volume, qui renferme le journal des
fouilles et le récit de la découverte, a pu être livré au
public en 1882.
Les mêmes difficultés de vie qui avaient une première
fois décidé Mariette à quitter Paris, se représentérent
plus fortes à son retour. Il n'était pas depuis un
an sur le sol natal, qu'il aspirait déjà à le quitter pour
reprendre sa carrière aventureuse aux bords du Nil.

Les circonstances politiques favorisèrent son dessein.
Abbas-Pacha, qui avait tant contrarié les fouilles du Sérapéum,
était mort en 1854, laissant le pouvoir à son
oncle Saïd-Pacha, ami de la France. Encouragé par
M. de Lesseps, le nouveau prince pria le gouvernement
français de lui prêter Mariette pendant un hiver,
celui de 1857—1858: il s'agissait de préparer des fouilles
pour un voyage que le prince Napoléon projetait
en Égypte. Le voyage n'eut pas lieu, mais le Pacha,
gagné par la bonne humeur de Mariette, lui donna le
titre de Bey, l'autorisa à multiplier les chantiers de
fouilles, à lever des ouvriers par la corvée, et à fonder
un musée, qui fut établi provisoirement à Boulaq. La
création, l'agrandissement et le maintien de ce musée
devinrent désormais la grande préoccupation de Mariette.
On ne saurait imaginer les trésors de diplomatie
qu'il dut dépenser, pour arracher aux divers souverains
de l'Égypte le terrain et l'argent nécessaires à
son oeuvre. Une crue du Nil, qui menaça de tout détruire
en 1878, lui permit enfin de disposer le local selon
ses intentions, mais le classement définitif, sans
cesse retardé par le manque de fonds, dura des années
et n'était pas encore achevé quand il mourut.
Seul maître du sol antique de l'Égypte, Mariette voulut
l'exploiter sur un plan grandiose: il l'attaqua sur
trente-sept points à la fois, de l'embouchure du Nil à
la première cataracte. Un petit nombre seulement de
ces ateliers réussit à souhait. Les fouilles du Delta ne
donnèrent de résultats sérieux qu'à Sân, sur les ruines
de l'antique Tanis: on y mit au jour, outre des monuments
importants de la XIIIe, de la XIVe, de la XIXe
et de la XXIe dynasties, des statues et des sphinx d'un

type particulier que Mariette attribua aux Hyksos.
Saïs, Thmuis, Bubaste, ne produisirent presque rien,
mais les succès obtenus sur l'emplacement de l'antique
Memphis compensèrent largement cet échec. La
ville même est difficile à explorer, à cause du bois
de palmier et des villages qui la recouvrent; mais
les nécropoles, de Gizéh à Meïdoum, sont inépuisables.
Mariette s'attaqua d'abord aux Pyramides et
ouvrit, en 1858, le Mastabat el-Faraoun, qu'il crut
être le tombeau d'Ounas de la Ve dynastie. L'ayant
trouvé vide et nu, il se confirma dans l'idée que les
Pyramides ne renfermaient jamais d'inscriptions, et
qu'à les explorer, il perdrait son temps et son argent.
Il reporta tous ses efforts sur les tombes privées,
dont la mission de Lepsius avaient révélé l'importance,
et les examina avec ordre et méthode. Les
fouilles, menées activement de 1858 à 1863, puis reprises
en 1877, après avoir traîné pendant des anneés,
ont fait connaître plus de trois cents tombes
nouvelles, à Gizéh, à Saqqarah, à Méïdoum. Il fit
connaître quelques-uns des résultats obtenus jusqu'en
1867 dans son mémoire: Sur les tombes de l'Ancien
Empire qu'on trouve à Saqqarah (Revue Archéologique,

1867, t. I), et se préparait à tout publier
quand la mort vint le surprendre. J'ai retrouvé dans
ses papiers des morceaux d'introduction et des notices
plus ou moins détaillées de cent cinquante tombes,
matériaux à peine dégrossis de ce mémoire Sur
les Mastabas
: le gouvernement français les a publiés
tels quels (1882—1884).
Abydos, Dendérah, Edfou et Thèbes profitèrent le
plus de son activité. On peut dire qu'avant lui Abydos

était inconnue: en vingt ans, il y fit sortir de dessous
terre le temple de Séti Ier, deux temples de Ramsès II,
les restes du grand temple d'Osiris, plus de deux cents
tombes, et quinze mille monuments de différente nature,
dont la plupart sont aujourd'hui au Musée de
Boulaq. A Dendérah, déblaiement du grand temple
d'Hathor et d'une partie des édifices environnants.
A Thèbes, grandes fouilles au temple d'Ammon à
Karnak, à Méinét-Thabou, à Déïr el-Baharî, dans
la plupart de villages qui couvrent aujourd'hui l'emplacement
de la grande métropole égyptienne. A Edfou,
une ville entière s'était établie sur les toits du
temple et rendait l'étude impossible: elle fut transportée
dans la plaine, et le temple sortit intact de son
linceul de décombres. Et je ne fais que mentionner
en passant les recherches fructueuses qu'il exécuta
lui-même, ou fit exécuter tout le long de la vallée par
son fidèle auxiliaire, le peintre italien Louis Vassali,
qu'il avait connu en 1858, et qui est resté jusqu'en
1883 Conservateur du musée de Boulaq.
Saïd-Pacha, qui l'avait si bien soutenu, mourut en
janvier 1863, et Ismaïl-Pacha monta sur le trône. Le
nouveau souverain, tout occupé de grands desseins
politiques, n'attachait que peu d'importance à l'archéologie:
il continua cependant les traditions de Saïd
et ne suspendit point les travaux. Mariette, nommé
commissaire égyptien à l'Exposition Universelle de
1867, transporta à Paris les plus belles pièces du
Musée de Boulaq, et fit connaître à l'Europe émerveillée
les richesses et le beautés inconnues de la
civilisation égyptienne. II profita de son succés pour
commencer à publier le résultat de ses fouilles. Il

avait dressé à ce sujet un plan grandiose: son oeuvre
devait être comme un livre immense, dont chaque
chapitre renfermerait tout ce qu'une localité déterminée
aurait produit; l'ensemble s'appellerait Fouilles
exécutées en Égypte.
La première partie formait
deux volumes in-folio, renfermant les monuments
trouvés au Gebel-Barkal en Nubie, et les principaux
textes des temples de Séti Ier et de Ramsés II, à Abydos.
Ces deux volumes, à peine mis en vente (1867),
furent retirés du commerce et dépecés: les planches
de Gebel-Barkal furent insérées plus tard dans les
Monuments Divers, les autres dans les deux volumes
d'Abydos, et, de l'ouvrage primitif, il ne reste plus à
ma connaissance que trois exemplaires. Aussi bien,
Mariette, de retour en Égypte au lendemain de l'exposition,
avait reconnu que son plan était trop vaste,
et s'était résigné à publier isolément les matériaux
de l'oeuvre, au fur et à mesure qu'ils seraient assemblés
en quantité suffisante. Le tome premier
d'Abydos, paru en 1869, ne renfermait plus que les
planches et le texte relatifs au temple construit par
Séti Ier.
Les malheurs de la France en 1870, les embarras
politiques et financiers de l'Égypte, la maladie, les
chagrins domestiques, interrompirent brusquement
l'activité de Mariette. Mariette était resté veuf en
1864, avec sept enfants vivants de onze qu'il avait
eus: la mort soudaine de sa fille aînée, puis celle d'une
autre fille et d'un fils qu'il aimait tendrement, l'assombrirent
d'année en année. Les infirmités vinrent avec
les chagrins. A la force morale il joignait une force
physique prodigieuse et une vigueur de tempérament,

dont il avait parfois abusé dans l'ardeur de la
recherche scientifique. Dès 1861, les analyses médicales
signalaient en lui les germes de la maladie terrible,
le diabète sucré, dont il devait mourir vingt
ans plus tard: le rude hiver de 1870, qu'il passa
tout entier à Paris, fit de l'athlète d'autrefois un valétudinaire
confirmé. Il n'en continua pas moins ses
travaux: Dendérah fut publié en six volumes de 1870
à 1876, Karnak et Déïr el-Baharî livrés au public,
les Monuments Divers commencés. En 1877, le diabète
se déclara avec une violence telle, qu'au mois
de Juin, Mariette, condamné par les médecins, passa
pour n'avoir plus que quelques jours à vivre. Il se
rétablit pourtant, et cette reprise de santé fut marquée
par un redoublement d'activité: le deuxième
volume d'Abydos et le Catalogue général des monuments
trouvés dans cette ville sont de cette époque.
Mais la maladie était trop avancée déjà pour
qu'on pût aire autre chose qu'en retarder les progrès.
Mariette songeait à rédiger enfin les Mastabas
et projetait, dans une lecture faite à l'Institut en 1879,
une longue série de travaux, sans paraître soupçonner
que ses jours étaient comptés. Un dernier voyage
en France, qu'il fit en 1880, acheva de l'épuiser:
menacé de mort s'il retournait en Égypte, il prit la
mer contre l'avis des médecins, gagna Alexandrie,
puis le Caire à grand peine. Un moment, on crut
avoir conjuré le mal, mais ce fut une illusion qui
ne dura que quelques heures: il mourut le 17 Janvier
au soir, après une agonie terrible de huit jours,
et fut enterré le lendemain. Les derniers travaux
qu'il ait commandés venaient d'amener l'ouverture,

à Saqqarah, de deux pyramides royales remplies d'inscriptions.
On pourra juger diversement certaines parties de
son oeuvre: de toute manière, il faudra reconnaître
qu'il eut le génie de la découverte. Homme de cabinet
au début de sa carrière, les aventures de sa
vie errante l'empêchèrent de pousser bien loin ses
études de philologie: elles développèrent les qualités
archéologiques qu'il portait en lui. Il avait l'esprit
logique et systématique: avant de rien entreprendre,
il se traçait à lui - même un plan d'action d'où il ne
s'écartait plus par la suite. Aussi la plupart de ses
découvertes ne sont-elles pas dues au hasard: quand
il trouvait le Sérapéum, il savait d'avance oú il fallait
chercher pour bien trouver, ses grands travaux
d'Abydos n'ont été entrepris qu'après de longues méditations,
et son exploration de Dendérah n'est que
la démonstration matérielle d'une théorie conçue à
priori. Cette méthode, si elle a des avantages, a aussi
des inconvénients, et Mariette en a souffert: il a vécu
trente ans au pied des pyramides de Saqqarah, sans
les ouvrir, et cela, parce qu'une théorie à priori lui
enseignait que nulle pyramide ne peut renfermer
d'inscriptions. La logique, qui l'avait si bien servi
ailleurs, le desservit ici.
Mariette était décoré de la plupart des ordres de
I'Europe: il était membre de l'Académie des Inscriptions
et Belles - Lettres depuis 1878, et pacha. Il a
laissé de nombreux papiers que le gouvernement français
a achetés et publiés en parties.
De l'autre côté du tombeau de Mariette, l'allée

aboutit à un ensemble formé d'un colosse, d'une
table d'offrandes et de deux sphinx.
6030 et 6032.— Granit rose. — H. Im 40;
larg., 0m 84; long. 2m 50.
Les deux sphinx ont été légèrement restaurés: ils
représentent le Pharaon Thoutmos III dont ils portent
les cartouches. — XVIIIe dyn.
Karnak.
6031. — Granit rose. — H. 3m 30.
Ramsès II, debout, tient deux enseignes surmontées,
celle de droite d'une tête de Mout, celle de
gauche d'une tête d'Hathor. Il est coiffé d'une grosse
perruque, sur laquelle est posé le disque solaire et
vêtu d'un pagne à tablier, chargé de six uraeus lovées.
Contre la jambe gauche est représenté le treizième
fils de Ramsès II, qui fut régent pendant les
dix-sept dernières années du règne de son père, et
lui succéda sous le nom de Ménephtah. — XIXe dyn.
Tanis.
6033. — Granit rose. — Larg. 0m 74;
long. 0m 50.
Les Égyptiens déposaient au pied des statues ou
des stèles qu'ils plaçaient dans les tombeaux et dans
les temples, des blocs de pierre, ordinairement rectangulaires,
et munis, au milieu de l'un des côtés, d'une
saillie creusée en forme de gouttière. La face supérieure
en est évidée plus ou moins profondément,
et porte souvent, en relief, des ronds qui représentent
les pains d'offrande, des vases à libation couchés
à plat, et d'autres objets qu'on avait l'habitude

d'offrir aux morts ou aux dieux. C'étaient de véritables
autels, sur lesquels au moment du sacrifice,
on déposait successivement les portions de la victime,
les gâteaux, les fruits, les légumes, et sur laquelle
on versait les liquides, l'eau, le vin, l'huile, la
bière etc., qui faisaient partie du sacrifice: de là le
nom de tables d'offrandes ou de tables à libations
qu'on leur donne communément.
La table d'offrandes no 6033 a été consacrée par
Thoutmos III à son père Ammon Râ, lors de la
construction d'une des salles du temple de Karnak.
— XVIIIe dyn.
Karnak.
Dans l'espèce de petite cour qui s'étend derrière
le colosse de Ramsès II, entre le Musée et le Nil,
on remarque, contre le mur le plus rapproché du
sphinx de Thoutmos III:
6025. — Calcaire blanc. — H. 2m 49;
larg. 1m 84.
Stèle de Ptahhotpou. — Ve dyn.
Saqqarah.
6027. — Calcaire blanc. — H. 2m 57;
larg. 1m 82.
Stèle de Papinas. — VIe dyn.
Saqqarah.
6028. — Granit noir. — H. 1m 20.
Statue de la princesse Nofirt, femme d'Ousirtasen Ier. — XIIe dyn.
Tanis.
6029. — Granit gris. — L. 1m 75; Iarg.
0m 78, h. 0m 75.

26

Sarcophage du roi Psamitik II de la XXVIe dyn.
Ce sarcophage se trouvait à Damanhour, dans la
maison d'un des notables du pays. Son existence
m'ayant été signalée par M. Emile Brugsch-Bey,
Conservateur du Musée, je l'ai fait transporter à
Boulaq en juin 1883. Il est de travail grossier et
inachevé: I'intérieur en a été évidé juste assez pour
recevoir la momie. La cavité n'a que 1m 40 de longueur,
ce qui nous permettrait de penser que Psamitik
II, dont le règne fut fort court et très insignifiant,
mourut avant d'atteindre à I'âge d'homme.
Il est peu probable que notre sarcophage provienne
de Damanhour même ou des environs: il a dû être
porté dans cette ville de Sâ. el-Haggar, l'antique Saïs,
où était, au témoignage d'Hérodote, la sépulture de
famille des Psamitik. — XXVIe dyn.
Damanhour.
La façade du Musée n'est pas encore complétement
garnie de monuments: on y voit pour le moment,
une grande stèle de l'an 1er d'Amasis (XXVIe dyn.),
une table d'offrandes d'Ousirtasen Ier (XIIe dyn.),
un gros scarabée sculpté en relief sur un large
bloc de granit, et une patte de sphinx gigantesque.
Des deux cõtés de la porte siègent deux colosses
légèrement restaurés:
6020. — Granit gris. — H. 2m 35.
Roi, assis, sans barbe, probablement un des rois
de la XIIIe ou de la XIVe dynasties. Ramsès II a
usurpé cette statue et y a fait graver son nom.
Tanis.

27

6021. — Granit gris. — H. 2m 60.
Roi, assis, coiffé du pschent. Comme la précédente,
elle représentait un roi de la XIIIe ou de la
XIVe dynastic, mais a été usurpée par Ramsès II.
Tanis.

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CHAPITRE DEUXIÈME.
LES DEUX VESTIBULES ET LA SALLE HISTORIQUE
DE L'OUEST.

§ I. — Petit vestibule.

Le petit vestibule ne renferme que peu de monuments
importants. D'abord, quelques sarcophages,
la plupart en forme de momies, appartenant tous à
l'époque grecque: le plus intéressant, en calcaire
blanc compact (long. 2m 28), est celui du prophète
d'Osiris, Ounnofri, fils de la dame Nephthys.
Sur la paroi de droite, deux grandes dalles détachées
d'un tombeau représentent des scènes des funérailles.
21. — Calcaire blanc. — H. Im 37; larg.
2m 80. — (Mariette, Mon. Div., pl. 60.)
Bas-reliefs du tombeau de Hormin. Les scènes se
passent les unes sur la terre, les autres dans l'enfer.

Le spectacle commence au second registre. Le convoi
de Hormin défile devant nous. Des esclaves passent
avec les coffres et les tables destinées au tombeau,
des pleureuses suivent, puis la momie couchée
dans son catafalque et portée par un groupe de prêtres:
le fils du mort et sa femme Mâï marchent à
côté en se lamentant, et les amis vêtus de leur plus
beau costume terminent la procession avec d'autres
pleureuses. Au-dessous, les serviteurs sont occupés
à préparer le repas funéraire, tout en poussant les
cris obligatoires: Que ta nuit soit bonne éternellement,
que ton double ait de l'encens, de l'eau, toutes
Choses bonnes!
Dans le haut, des registres à moitié
détruits nous font assister au dernier adieu de la
famille. D'abord le prêtre présente l'huile à la momie
debout devant lui. Plus loin, un prêtre exécute
la cérémonie de l'Ouverture de bouche, qui permettait
au mort de parler, de manger, de boire, comme
de son vivant: cependant, la veuve accroupie pleure
et embrasse les genoux de la momie. Par derrioère,
la famille consacre les statues du défunt et leur présente
la libation.
A gauche, et dans le haut du monument, Hormin
se bat contre les mauvais génies de l'enfer, contre le
serpent, contre l'âne, emblème de Typhon, et contre
les crocodiles.
20. — Calcaire blanc. — H. 0m 58; larg.
Im 08.
Ce bas-relief est comme le complément du précédent.
Il représente la scène de l'adieu au moment
où la momie, debout à l'entrée de son tombeau, reçoit

les dernières prières. Les femmes sautent en
s'arrachant les cheveux; les hommes courent en agitant
des roseaux et en criant, pour écarter les mauvais
esprits. — XIXe dyn.
Rangées le long des murs commence la série des
stèles qui font la richesse du Musée de Boulaq. Elles
sont pour la plupart, ou bien des épitaphes trouvées
dans les tombeaux, ou des stèles votives déposées
dans le grand temple d'Osiris, à Abydos.
1°. Chaque tombeau avait au moins une stèle qui
donnait le nom ou la filiation du mort. Quelquefois,
elle était exposée en plein air, dans la paroi de la
montagne; le plus souvent, elle était cachée dans la
chambre de réception. Quelquefois, elle est peinte
sur le mur ou gravée à même le rocher et ne fait
qu'un avec lui; le plus souvent, elle avait été taillée
dans un bloc détaché, puis dressée ou encastrée à
sa place. Presque toujours on la trouve au-dessus du
puits, ou à côté de la porte qui mène à la chambre
du sarcophage. Il y a aujourd'hui peu de tombeaux
qui n'aient perdu leur stèle.
2°. Les stèles votives sont de beaucoup les plus
nombreuses: elles proviennent toutes d'Abydos. La
petite ville d'Abydos jouait un grand rôle dans les
dogmes relatifs à l'autre vie. Les Égyptiens pensaient,
comme la plupart des peuples, que le passage
de cette terre-ci à l' autre terre ne peut pas se faire
indifféremment à tous les endroits. Le point exact d'où
leurs âmes partaient pour entrer dans le monde surnaturel,
se trouvait à l'Ouest d'Abydos, et c'était
une fente pratiquée dans la montagne. La barque
du soleil, arrivée à la fin de sa course diurne, se

glissait avec son cortège de dieux par la Bouche
de la fente
et pénétrait dans la nuit. Les âmes s'y
glissaient avec elle sous la protection d'Osiris. Il
fallait donc qu'elles se rendissent à Abydos de tous
les points de l'Égypte; on supposait qu'elles faisaient
le voyage par eau. Cette expédition est fréquemment
représentée sur les peintures des tombeaux. D'ordinaire,
le mort, habillé de ses vêtements de chaque
jour, commande la manoeuvre comme il aurait
fait pendant la vie. D'autres fois, il est enfermé
dans un catafalque entouré de pleureuses et de prêtres.
Des canots et des chalands chargés d'offrandes
escortent les barques principales. Les gens de l'équipage
poussent des cris de bon voyage: « En paix,
en paix, auprès d'Osiris! » ou causent et s'excitent
entre eux. On serait tenté de croire qu'il s'agit d'une
véritable expédition, et les anciens se sont laissés
prendre aux apparences. Ils racontaient que les plus
considérés et les plus riches des Égyptiens se font
enterrer dans Abydos, parce qu'ils estiment à honneur
de reposer auprès d'Osiris. En fait, les personnages
qui font la traversée dans les peintures ne
vont pas réellement à Abydos: ils sont enterrés à
Memphis, à Béni-Hassan, à Thèbes ou dans telle
autre ville. C'était leur âme qui partait en voyage
après la mort: tout au plus les parents envoyaientils
une stèle à Abydos. On la déposait auprès de
l'escalier du dieu grand
, où elle figurait le tombeau
tout entier, comme la représentation du voyage figurait
le voyage lui-même.
Entre deux des murailles qui formaient l'enceinte
des temples d'Abydos, s'étendait une sorte de couloir


Stèle de Sokarkhâbiou (IIIe dynastie).

profond, irrégulier, clos à ses deux extrémités
par des murs de briques crues. Sous la VIe dynastie,
quelques riches personnages y firent construire
leur tombeau: plus tard, les pèlerins ou les dévots
déposèrent, dans les espaces laissés vides, leurs exvoto
funèbres, leurs stèles, leurs statues, qui comblèrent
à la longue l'espace compris entre les murallies.
Il y a vingt ans encore, cette masse compacte,
isolée au milieu des ruines du temple, formait
une sorte de butte artificielle qu'on nommait Kom
es-soultân:
autrefois, c'était l'escalier du dieu grand.
Quatre-vingts sur cent des stèles qu'on trouve dans les
musées du monde entier ont été tirées de cet endroit.
Dans l'esprit des Égyptiens, la stèle n'était pas
seulement une épitaphe, un morceau de pierre chargé
de rappeler aux générations futures que tel ou telle
avaient existé jadis. Elle conservait le nom et la filiation
de chacun, et donnait au mort un état civil
sans lequel il n'aurait pas eu de personnalité: un
mort sans nom aurait été comme s'il n'existait pas.
Ce n'était là toutefois que la moindre vertu de la
stèle: grande ou petite, quadrangulaire ou arrondie
au sommet, avec ou sans figures, il suffisait qu'elle
eût été consacrée, pour assurer des moyens d'existence
à celui dont elle portait le nom, et pour le
mettre en possession de toutes les choses nécessaires
à la vie dans l'autre monde.
L'idée qu'on attachait à la stèle n'a jamais variée:
les formes matérielles que cette idée a revêtues se
sont modifiées beaucoup selon les époques. Prenez
deux des stèles les plus vieilles qu' on connaisse
jusqu'à présent, celles du Cousin royal Shiri, prêtre

du roi Pirsen (Salle de l'Ancien Empire, no 1027)
et celle de Sokarkhâbiou surnommé Hotés (Salle de
l'Ancien Empire
, no 993). L'aspect en est d'une porte
un peu étroite, un peu basse, dont la baie ne serait
pas ouverte. L'inscription gravée sur le linteau
nous apprend le nom du maître du tombeau. Les
figures taillées dans les montants sont ses, portraits
et ceux des personnes de sa famille. La petite scène
du fond le montre assis devant sa table, et même
on a pris soin de graver à côté de lui le menu de
son repas. La stèle était, à proprement parler, la façade
extérieure de la maison éternelle où chacun allait
reposer à son tour. Rien d'étonnant qu'on l'ait
faite à la semblance d'une porte; si la porte est fermée,
c'est que nul ne devait pénétrer dans la chambre
du sarcophage, passé le jour de l'enterrement. Avec
le temps, chacun des éléments qui la composaient,
perdit sa valeur architectonique. Même quand elle
a encore des propositions colossales, comme c'est le
cas pour celles de Papinas (Cour, no 6027) et de
Ptahhotpou (Cour, no 6025), les montants, le linteau,
la niche n'ont plus que quelques centimètres
de relief. Une fois transportées sur une surface à peu
près unie, toutes ces parties furent soumises aux
lois de la perspective égyptienne. Les dessinateurs
avaient l' habitude de décomposer leurs sujets en
plans verticaux qu'ils superposaient: le registre le
plus voisin du sol répondait au plan le plus rapproché
du spectateur, les registres suivants répondaient
à des plans de plus en plus éloignés. D'après
ce principe, la scène qui occupait le fond de la niche
fut reportée au-dessus du linteau, et occupa désormais

Stèle de Ptahhotpou (Ve dynastie).




Stèle de Sitou (IVe dynastie).

le haut de la stèle. Les bas côtés furent rabattus
sur le même plan que la face extérieure des
montants, et restèrent séparés l'un de l'autre par une
sorte de rainure longue et étroite, qui rappelait
la place remplie jadis par la paroi du fond. La
stèle ainsi constituée demeura la stèle - type pendant
les trois dernières dynasties de l'Ancien-Empire
(IVe—VIe), sans qu'on jugeât nécessaire d'en reproduire
toutes les parties. Quelquefois, on négligeait le
registre supérieur, et on se contentait de la partie
architectonique: c'est le cas pour les deux stèles de
Sitou que renferme le Musée (Salle de l'Ancien-Empire,
nos 883, 1043). Le plus souvent, on supprimait
la partie architectonique, et on ne gardait que
la scène située jadis au fond de la niche, et dont on
modifiait plus ou moins l'arrangement. En même
temps, les textes hiéroglyphiques prenaient plus de
développement. L'inscription se bornait d'abord à
énumérer le nom et les titres du défunt, sa filiation,
les provisions qu'on lui servait les jours de fête: on
y joignit une prière, où l'on adjurait les dieux des
morts de lui assurer une destinée heureuse dans le
monde infernal. Le dieu invoqué est presque toujours
le chacal Anubis ou le Dieu Grand, c'est-à-dire
Osiris: la formule est toujours brève. Les longues
prières et les éloges pompeux ne commencent
guères qu'après la VIe dynastie, à l'époque
encore mal définie où la puissance memphite déclina,
et où Thébes prit en mains les destinées de
I'Égypte.
Les stèles carrées d'origine thébaine procèdent
directement des stèles de la VIe dynastie, où l'on

n'avait conservé que la scène gravée primitivement
au fond de la niche. Une corniche, tantòt sculptée
en relief, tantôt simplement indiquée au pinceau,
deux baguettes rondes ou deux platebandes placées
à droite et à gauche, sont tout ce qui rappelle la
porte antique: encore disparaissent-elles souvent.
La scène elle-même se complique d'éléments nouveaux.
La stèle du prince héréditaire de Thèbes,
Entef
(Grand Vestibule, no 167), nous fournit un bon
exemple de ces modifications, et nous montre de
quelles conceptions elles provenaient. La porte de
l'hypogée est dessinée au milieu du registre inférieur:
à gauche, deux serviteurs amènent chacun
une gazelle d'espèce différente, à droite, deux bouchers
égorgent un boeuf sous la surveillance d'un
prêtre. Au-dessus de la porte, c'est-à-dire dans le
tombeau même, Entef est assis sous un dais supporté
de colonnettes peintes. Son chien favori est à
côté de lui sous son fauteuil: un peu derrière lui,
à gauche, un homme l'évente avec un grand chassemouche,
à droite, un autre domestique lui tient sa
canne et ses sandales, en attendant qu'il lui plaise
s'en servir. Trois serviteurs viennent en procession
lui offrir, l'un de la bière douce, l'autre une cuisse
de boeuf, le troisième un panier de pain, tandis que
des provisions diverses sont étalées à terre devant
lui. Jadis, tous ces détails, la boucherie, l'apport des
offrandes, les processions d'esclaves et de parents,
étaient gravés sur les parois du tombeau: les voilà
passés sur les stèles. La stèle était jadis la porte du
tombeau: elle tend de plus en plus à devenir le
résumé du tombeau lui-même. Et cette tendance se

Stèle d'Entef (XIe dynastie).



manifeste non-seulement dans le choix des sujets,
mais dans la forme extérieure de la pierre. La stèle
Memphite avait la forme carrée des Mastabas de Gizéh
ou de Saqqarah: la stèle Thébaine s'arrondit
au sommet, comme les chambres funéraires de la
Moyenne et de la Haute Égypte. La stèle carrée au
sommet est l'abrégé des tombeaux carrés: la stèle
cintrée, l'abrégé des tombeaux voûtés, creusés dans
le roc.
Ce changement dans le caractère des représentations
devait entraîner nécessairement des changements
importants dans le caractère des inscriptions.
La formule qui se maintiendra jusqu'aux derniers
jours de l'Égypte est dès à présent fixée dans ses
grandes lignes. La rédaction la plus simple en est
à peu près conçue en ces termes: « Présentation de
la table d'offrandes (Souten di hotpou) au dieu X
pour qu'il donne des provisions en pain, en eau,
boeufs, oies, en lait, en vin, en bière, en vêtements,
en parfums, en toutes les choses bonnes et
pures dont vit Dieu, au double de N. fils de N.»
La théorie du sacrifice funéraire et la destination
de la stéle nous sont révélées tout entières par ces
quelques mots. Comme les vivants ne sont pas en
communication directe avec les morts et ne peuvent
leur transmettre les offrandes de la main à la main,
ils prennent un dieu pour intermédiaire et lui dédient
le sacrifice, à la condition qu'il prélevera la
part du mort sur toutes les bonnes choses qu'on
lui présente et dont il vit. Le double des pains, des
boissons, de la viande passait de la sorte dans l'autre
monde et y nourissait le double de l'homme. Il n'y

avait même pas besoin que cette offrande fût réelle
pour être effective: le premier-venu, répétant en
l'honneur du mort la formule de l'offrande, procurait
par cela seul au double la possession de tous
les objets dont il récitait l'énumération. Aussi n'étaitil
pas rare que l'on ajoutât à la formule ordinaire
une adjuration, adressée à tous ceux que la fortune
amènerait devant la stèle. « O princes, chefs des prophètes,
ô grands-prêtres, ô prêtres célébrants et initiés,
ô multitude des prophètes, ô fonctionnaires,
ô citoyens vivants dans votre ville, vous tous qui
serez dans ce temple et qui passerez devant ce
monument, récitez cette stéle, soit que vous désiriez
qu' Osiris Khontamenti ne cesse de vous présenter
ses gâteaux de fête, soit que vous désiriez
qu'Ouopouatou votre Dieu, dont plaisant est l'amour,
rende votre coeur heureux comme celui d'un
roi, à toujours et à jamais, si vous aimez la vie, si
vous voulez ignorer la mort et assurer la force à
vos enfants, dites de votre bouche:» « Présentation
de la table d'offrandes, milliers de pains, d'eau, de
gâteaux, de boeufs, d'oies, de parfums, d'étoffes,
de toutes les choses agréables dont vit un dieu,
au double de S-hotphitrî, fils de la Dame Moutnibdidit.
»
(Salle historique de l'Ouest, no 125). Ces
deux formules sont la partie essentielle de la stèle,
le reste des inscriptions n'a qu'une importance secondaire.
Tantôt, il fallait justifier les titres du défunt
à la bienveillance des dieux: on racontait sa
vie, on disait les faveurs dont le roi l'avait comblé,
on célébrait ses vertus. On pense bien que le rédacteur
de l'inscription n'avait garde d'indiquer les

vices de son héros: le dicton moderne, menteur
comme une épitaphe
aurait été de mise en Égypte,
et qeut-être le découvrirons-nous un jour au coin
de quelque papyrus. Souvent, afin de mieux assurer
au mort la plénitude de son bonheur, on décrivait
les vicissitudes de sa vie d'outre-tombe, et l'idée
qu'on s'en faisait variait selon les époques. A la
XIIe dynastie, on l'embarquait sur la barque du Soleil,
on le faisait participer aux courses du dieu et
à ses triomphes. « Il a passé le bras chargé d'offrandes
dans les fêtes des morts avec les suivants
d'Osiris, et les chefs de Mendès l'exaltent, les grands
d'Abydos l'exaltent. — Il a mis les mains à la manoeuvre
dans la barque solaire, sur les voies d'Occident,
et les chefs d'Abydos lui ont dit: » « Va en
paix! » — « Il conduit, avec le dieu Grand, jusqu'à
la Bouche de la fente, la grande barque sacrée
d'Osiris, lors de ses courses pendant les fêtes des
morts, et Osiris, le taureau d'Occident, l'exalte. »
Sous la XVIIIe dynastie, on lui souhaite « la gloire
au ciel, la puissance sur terre, la voix juste dans
le monde souterrain, d'aller et de venir dans son
tombeau, de se rafraîchir à son ombre et d'y boire
chaque jour l'eau de sa citerne, de recevoir du
Nil tous les aliments, toutes les herbes annuelles
chacune en sa saison, de poser son âme sur les
arbres de son jardin, d'être au frais sous ses sycomores
et de manger les fruits de leurs branches, »
et mille autres prospérités matérielles ou morales.
Souvent encore, l'invocation traditionnelle au dieu se
compliquait d'un hymne, où le défunt tâchait de se
rendre le dieu favorable en l'accablant de compliments:

l'hymne finissait alors par occuper tout et
ne laissait plus de place pour le reste des formules
(Grand Vestibule, no 292).
Les peintures ou les sculptures qui couvrent parfois
le champ de la stèle sont comme la traduction
des légendes en images. Prenons pour exemple
la stèle no 253 de notre Musée (Grand Vestibule).
Au registre le plus bas, des parents et des domestiques
apportent des offrandes. Au registre qui vient
ensuite, le défunt Ahmôs, chef comptable des boeufs,
et sa femme Pouhou, assis à gauche, reçoivent l'encens
et l'eau de leur fils Ah; une petite fille Moutnofrit
est assise à côte de ses parents. En face, à droite,
le père et la mère d'Ahmos sont assis également.
Au dernier registre, Ahmos, Pouhou, la petite Moutnofrit,
et un autre fils d'Ahmôs nommé Mâhou, adorent
Osiris, assis dans son naos. On voit à première
vue ce dont il s'agit. Dans les deux registres du bas,
la scène est sur terre, et les survivants de la famille
accomplissent l'action indiquée au début de
la formule: ils présentent la table d'offrandes au
mort et au dieu Osiris. Dans le registre du haut,
la scène est en enfer: les morts de la famille adorent
le dieu, pour recevoir de lui les portions qui
leur reviennent de l'offrande faite sur terre. C'est
la mise en action de la seconde partie de la formule,
d'après laquelle le dieu doit donner des milliers
de pains, de boeufs, etc., au double en faveur
de qui on accomplit le sacrifice. Toutes les scènes
représentées sur les stèles ne sont que des variantes
des scènes figurées sur la stèle d'Ahmôs. Sous
la XIIe dynastie, où l'on n'aimait pas beaucoup

Stéle d'Ahmos (XVIIIe dynastie).




Stèle no 165 (XXe dynastie).

reproduire l'image des dieux, la scène qui se passe
devant Osiris est presque toujours remplacée par la
formule; en revanche, la présentation de l'offrande,
le sacrifice, le défilé de la famille et des vassaux
occupent une grande place. Sous la XIIIe et la
XIVe dynasties, on remplace fréquemment les registres
de personnages par des listes, où sont énumérées toutes les personnes qui avaient assisté ou
auraient dû assister à l'enterrement. Sous le Nouvel
Empire, on joint quelquefois aux scènes d'offrandes
la représentation de l'enterrement, le transport de
la momie, les lamentations des femmes, l'arriveée à
l'hypogée (Grand Vestibule, no 165). Quand on supprimait
quelques détails, ce n'était pas, comme sous
la XIIe dynastie, ceux qui avaient trait à l'adoration
du dieu par le mort, mais ceux qui se rapportaient
à l'enterrement ou au sacrifice. Quand il n'y a qu'un
seul tableau, le dieu y figure, et alors la formule est
gravée au bas de la stèle, à la place qu'occupaient
les scènes supprimées.
Tels sont les faits principaux qu'il importe de
connaître pour comprendre le sens que les Égyptiens
attachaient à la stèle. Il ne me reste plus qu'è signaler
les plus curieux parmi les monuments de ce genre
que renferme le Petit vestibule.
3. — Calcaire blanc. — H. 0m 24.—
(Mariette, Mon. Div., pl. 47 c.)
Stèle funéraire en l'honneur d'Ounnofri, fils de
Ziba, mort à l'âge de 51 ans, I mois, 27 jours.—
Epoque Saïte.
Louxor.
19. — Calcaire blanc. — H. 0m 23. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 47 d.)
Stèle funéraire en l'honneur de Panofrihaf, fils de
la dame Tetosiri, mort à l'âge de 57 ans, 10 mois,
4 jours. — Epoque Saïte.
Louxor.
50. — Calcaire blanc. — H. 0m 30; larg.
0m 19. — (Marietta, Abydos, III, p. 355, no 993.)
La chanteuse Sitathor est représentée accroupie,
et jouant de la harpe devant sa fille Anoukitnofirhotpit. — XIIIe dyn.

§ 2. — Grand vestibule.

Il est presque entièrement rempli des stèles trouvées
dans les fouilles d'Abydos. On y remarque, en
commençant par le mur à gauche de la porte d'entrée:
143. — Calcaire blanc. — H. 0m 40; larg.
0m 29. — (Mariette, Abydos, III, p. 178—179,
no 663.)
Stèle funéraire d'Apenônkh, fils de la dame Aki.
La cavité ménagée au centre de la pierre était destinée
à recevoir une statuette, celle d'un dieu ou
celle du défunt: cette particularité n'est pas rare dans
notre musée, et je la signale ici une fois pour toutes.
165. — Calcaire blanc. — H. I m 65; larg.
0m 58.
Au premier registre, deux personnages sans légende
sont devant Osiris. Au second est la scène des

funérailles. La momie de Phrâmhabi est debout devant
la porte de son tombeau; sa soeur Aati lui
embrasse les genoux en se lamentant. Au registre
suivant, le Chef des fondeurs Amenemhabi, assis
avec sa soeur Aati, reçoit l'offrande de deux parents.
L'inscription ne renferme que la formule ordinaire
de dédicace au nom d'Amenemhabi. — XXe dyn.
166. — Calcaire blanc. — H. 0m 30.
Les dieux Osorhapi, Ammon-Râ, Mout et Khonsou,
de la localité de Bokhnou, reçoivent l'offrande d'un
roi dont le cartouche est vide. Ce cartouche, rempli
vers 1856 par une main moderne, a été martelé
soigneusement lors de l'entrée au Musée, pour éviter
toute erreur.
167. — Calcaire blanc. — H. 0m 95; larg.
0m 73. — (Mariette, Mon. Div., pl. 50 b.)
Stèle d'Entef (cfr. p. 34). — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
168. — Calcaire blanc. — H. 0m 39; larg.
0m 26.
Stèle d'un travail très fin: les figures ont été martelées,
et les inscriptions, simplement tracées à l'encre
noire, ont été effacées à l'éponge dès l'antiquité. —
XIIe dyn.
169. — Calcaire blanc. — H. 0m 90; larg.
0m 59. — (Mariette, Mon. Div., pl. 56, 2.)
Sous la corniche, deux séries de personnages sont
agenouillées en face d'un amas de provisions. Au

premier registre, le Chef des marchands du temple
d'Aton, Houi, accompagné de sa femme Notmmannofri
et de son fils, fait le sacrifice à son père et
à sa mère. Au second, il est arrosé d'eau parfumée
par son propre fils Iri. Cette stèle doit dater de la
fin du règne d'Aménophis III ou du commencement
de celui d'Aménophis IV: elle prouve en tout cas
l'existence à Memphis d'un temple du dieu Aton.
171. — Calcaire blanc. — H. 0m 34; larg.
0m 24. — (Mariette, Abydos, III, p. 499,
no 1314.)
Les dieux Osiris, Isis, Horus, et la barque sacrée
d'Osiris à Abydos, reçoivent l'hommage d'une famille
de huit membres, dont les chefs sont Sônkhihor et
sa soeur Rânofrit. — Ep. Saïte.
176. — Calcaire blanc. — H. 0m 55; larg.
0m 34. — (Mariette, Abydos, III, p. 427,
no 1141.)
Stèle funéraire au nom de Phtahmâkouï et de la
dame Skhamnofrit. Au dernier registre, on remarque
une déesse qui, sortant à mi-corps du feuillage
d'un sycomore, verse de l'eau sur deux femmes
et sur un épervier à tête et à bras d'homme: c'est
la déesse Isis qui donne l'eau de jeunesse à l'âme
du mort, à sa femme et à sa fille. — XXe dyn.
190. — Calcaire blanc. — H. 0m 31; larg.
0m 34. — (Mariette, Abydos, III, p. 450, no 1195.)
L'enseigne d'Osiris est debout au milieu de la
stèle, supportée de chaque côté par une figure de roi,
et flanquée à droite et à gauche de deux autres enseignes
surmontées du bélier: un Hor et une Isis
complètent la triade d'Abydos. La formule porte le
nom de la Chanteuse d'Ammon, Tamout, et de sa
fille Moutemapit. — XXe dyn.
205. — Calcaire blanc. — H. 0m 26; larg.
0m 38. — (Mariette, Abydos, III, p. 195, no 694.)
La partie supérieure du monument a disparu: ce
qui reste offre les traces de deux époques différentes.
Le registre du haut appartient à une famille de la
XIIe dynastie. Vers la XVIIIe dynastie, un Comptable
du blé et chef des Greniers d'Osiris, Tounna, a fait
briser la stèle et a gravé son nom sur les parties qui
n'avaient pas été remplies autrefois.
244. — Calcaire blanc. — H. 0m 37; larg.
0m 33. — (Mariette, Abydos, III, p. 435,
no 1161.)
Stèle funéraire, en l'honneur du prêtre d'Hor,
Houho, de sa première femme Khaïtbasti, de sa seconde
femme Hathor, de sa troisième femme Tontapit
et de la fille de cette dernière Moutnofrit. Il résulte
des termes du texte que ces trois femmes ne
vivaient pas simultanément dans le harem de Houho,
mais furent épousées l'une après l'autre, et que les
deux premières étaient mortes avant le mariage de
la troisième. — XIXe dyn.
254. — Calcaire blanc. — H. 0m 88; larg.

0m 48. — (Mariette, Abydos, III, p. 320—321,
no 905.)
Le prince héréditaire Amoni est assis en grand
pompe devant la porte de son tombeau, la canne et
le sceptre à la main. Devant lui sont assis par terre,
sa femme Gouaït, fille de Tiounhâaou (pain des petits
enfants) et deux autres personnes de la famille: les
personnages figurés aux registres suivants sont des
amis ou des parents venus pour prendre part au
repas funéraire. — XIIe dyn.
261. — Calcaire blanc. — H. I m 06. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 94.)
Table d'offrandes du Docteur, scribe en chef, Sitou.
Des offrandes diverses, volaille, raisin, pain, etc. sont
figurées sur la partie postérieure. Le bassin où coulait
la libation est divisé en étages, qui montrent la
hauteur de l'eau dans les réservoirs aux saisons:
vingt-deux coudées en hiver et au printemps, vingttrois
en automne et au commencement de l'hiver,
vingt-cinq pendant l'été. — VIe dyn.
Dahshour.
285. — Calcaire. blanc. — H. I m 17.
Cette statue et la suivante ont été tirées du tombeau
de Khâï, gardien du Trésor de la chapelle funéraire
de Ramsès II. Le mort, assis, tient devant lui
une petite chapelle portative, qui renferme une image
d'Osiris. Deux classes assez différentes avaient le
droit de porter ces petites chapelles: des prêtres de
haut rang, qui ne paraissaient en public avec leur
fardeau que dans les processions solennelles; des religieux
ambulants, qui s'en allaient à travers le pays,

comme certains moines italiens font encore aujourd'hui,
exhibant leur dieu à la vénération des fidèles.
Il va de soi que Khâï appartenait à la première classe.
Le pilier auquel il est adossé porte une prière à Phtah,
à Osiris, à Sokari, à Nofritoum: elle parle de la consécration
des deux statues que possède notre Musée.
— XIXe dyn.
286. — Calcaire blanc. — H. Im 10.
Autre statue du même personnage, dans la même
pose. Le naos renferme une statuette du dieu Râ.
291. — Calcaire blanc. — H. 0m 93; larg.
0m 55. — (Mariette, Abydos, III, p. 218—219,
no 741.)
Par une exception remarquable, le cintre de la
stèle est rempli d'un tableau qui représente l'abattage
des victimes. L'offrande est faite au nom de
Nakhti, fils de la dame Sitkhontkhiti. — XIIe Dyn.
292. — Calcaire blanc. — H. 0m 31; larg.
0m 22. — (Mariette, Mon. Div., pl. 57 a.)
Au premier registre, le scribe Anaoua, majordome
de Memphis, est en adoration devant Toum à droite,
devant Harmakhis à tête d'épervier, à gauche.
L'inscription est de celles dont j'ai parlé (p.37—38),
où la formule est remplacée par un hymne. Ici,
l'hymne est adressé au Soleil qui se lève à l'horizon
pour aller se coucher au pays de vie. « Salut à toi,
qui te lèves à ton horizon sous la forme de Râ

reposant sur la Vérité, toi que tous les êtres voient
quand tu traverses le ciel et vers qui ils viennent
en cachant leurs faces! Donne - moi qu'au matin
de chaque jour, je sois florissant et que je parcoure
le ciel avec ta majesté; car lorsque tes rayons
tombent sur leur face, on ne peut te discerner, et
l'or lui-même n'a pas ton éclat.» — XIXe dyn.
293. — Calcaire blanc. — H. 0m 31; larg.
0m 22. — (Mariette, Abydos, III, p. 451,
no 1200.)
Pamihou est en adoration devant une déesse assise,
qui porte sur la tête une petite barque. C'est la
déesse Noshemit, personnification de la barque sacrée
d'Osiris à Abydos.
297. — Calcaire blanc. — H. 0m 77; larg.
0m 48. — (Mariette, Abydos, III, p. 319, no 904.)
Le chancelier Amoni, fils de la dame Qomtit, est
assis sous un naos richement décoré. — XIIe dyn.
328. — Calcaire blanc, — H. 0m 35; larg.
0m 40.
Fragment de muraille représentant des troupeaux
de chèvres et de boeuf. — Ve—VIe dyn.
329. — Calcaire blanc. — H. 0m 97; larg.
0m 66. — (Mariette, Abydos, III, p. 454,
no 1206.)
Au premier registre, deux processions de dieux
qui vont à la rencontre l'une de l'autre: à droite
Osiris d'Abydos, Isis et la déesse de l'Amenti, représentée
par son embléme, à gauche Ammon générateur,
seigneur de Khemmis, Hor et Anubis. Au
second registre, Rouï et sa femme Sokhit reçoivent
les offrandes de leur fils Ramsès; en face d'eux, à
gauche, le général du roi, Khâï, et sa femme reçoivent
l'hommage de leur fils. Au troisième registre,
c'est Ramsès et sa femme Ataï qui reçoivent à leur
tour l'hommage de leur fils Khâï et des personnes
de leur famille. — XIXe dyn.
330.— Calcaire blanc. — H. 0m 48; larg.
0m 27. — (Mariette, Abydos, III, p. 382,
no 1057.)
Stèle du Grand-prêtre d'Ammon, vice-roi d'Ethiopie,
Piônkh, fils du roi Hrihor, le seul monument
connu de ce prince. — XXe dynastie.
Cette stèle appartient à une série de monuments,
mal étudiés jusqu'à présent, où l'offrande est faite pour
une partie de l'âme humaine différente du double,
à qui on adresse d'ordinaire les prières. La partie
ignée de l'âme, le Khou ou Lumineux, devait être
instruit des formules nécessaires à sa gloire dans
l'autre vie, muni des amulettes et du viatique indispensables
à tous les habitants de l'autre monde:
de là, les expressions de Khou instruit et de Khou
muni
fréquentes dans les textes. C'est au Khou instruit que s'adresse le proscynème, des stèles, et
cette qualification de Khou avait amené les théologiens
à mettre, devant le nom du défunt, le titre de

Râ ou Soleil. Le défunt est identifié ici au Soleil
comme il l'est ailleurs à Osiris: l'idée de lumière
contenue dans le terme de Khou, le lumineux, se
continue dans le titre de Râ. C'est au défunt glorieux
et instruit, resplendissant et omniscient comme
le soleil, que s'adresse le proscynème de nos stèles.
L'identification avec Râ, qu'on croit avoir été exclusivement
réservée aux rois, était donc accordée
aux simples particuliers sous la XIXe et sous la
XXe dynasties, sinon plus tôt.
378. — Calcaire blanc. — H. I m 60; larg.
0m 90. — (Mariette, Mon. Div., pl. 61.)
La corniche est mutilée: on y voyait, au centre,
la barque solaire, devant laquelle se tenaient, à droite
et à gauche, un cynocéphale en adoration et une
figure agenouillée du défunt.
Sous la corniche, deux petits tableaux nous montrent
le Scribe en chef d'Ammon, Phrâhiouïnamf, et
sa femme, la Chanteuse d'Ammon, Niouhaï, agenouillés
devant le chacal d'Anubis. Le tableau suivant
est l'arrivée du couple défunt devant Osiris et Isis.
Osiris est appelé successivement « le roi de l'Eternité,
le dieu grand, sorti de l'eau primordiale, l'épervier
fort, le roi des dieux, maître des âmes,
chef des épouvantements, maître des diadèmes, celui
qui est grand dans Hnès, qui paraît comme bélier
dans Mendès, le suzerain dans le cycle des dieux,
seigneur des couronnes dans Héliopolis, celui qui
porte haut les deux plumes de sa coiffure, le roi
du ciel, le souverain de l'Amenti, celui qu'ont révéré
les dieux et les hommes, qui fait ce qui est

juste et tourne le dos au péché: quiconque connaît
l'humilité et compte ses actions justes, le connaît
par là-même.» Sous ce tableau, vient, comme on
doit s'y attendre, l'offrande au défunt et à sa femme,
puis la formule: « Offrande à Osiris et à Isis, … pour
qu'ils m'accordent de recevoir l'offrande au tombeau,
la libation qui sort de l'eau courante, pour
que mon âme sorte où il lui plaira et qu'elle voie
Hor comme le voit l'horizon.» — XXe dyn.
379. — Albâtre. — Diamètre, 0m 49.
Table d'offrandes en forme de disque plat semé
de godets et portant en relief le signe hotpou, qui
sert à écrire le nom des tables d'offrandes. — Vedyn.
420. — Calcaire blanc. — H. Im 14; larg.
0m 80. — (Mariette, Abydos, II, pl. 63 et t. III,
p. 413 — 414, no 1122.)
Au premier registre, le Maître des essences et parfums
du trésor royal, chef des coiffures royales du
Pharaon, Româ, sa femme Soukhâ, sa fille Tapou,
et son petit-fils Nihiaï, présentent leur hommage à
la triade d'Osiris, Isis et Hor. Au second registre,
Româ et sa femme reçoivent l'offrande de leur fils
Apii, chef des domestiques, et de plusieurs autres
membres de la famille. Le troisième registre est
rempli tout entier par un bel hymne à Osiris: « Salut
à toi, Osiris, fils aîné de Sib, le plus grand des six
dieux issus de la déesse Nout, le grand favori de
son père Râ, le père des pères, celui qui est le plus

avant dans son coeur; roi du temps, maître de l'éternité,
un en ses manifestations, terrible, dès qu'il
sortit du sein de sa mère, il réunit le couronnes,
il attacha l'uraeus sur sa tête; multiforme, dieu
dont le nom est inconnu, et qui a beaucoup de
noms dans les villes et dans les provinces; si Râ
se lève au ciel, c'est au gré d'Osiris, et s'il se
couche, c'est à la vue de ses splendeurs! » —
XIXe dyn.
442. — Calcaire blanc. — H. 0m 70.
Zaï, vêtu d'une longue robe bouffante ramenée en
tablier sur les jambes, est assis à côté de sa femme
Naï, qui lui passe le bras sur l'épaule. Au dossier,
un petit bas-relief nous montre les deux époux recevant
l'offrande de la Chanteuse d'Ammon Tinro.
XIXe dyn.
443. — Grès rouge. — H. Im 05; long.
0m 50; larg. 0m 65.
Fragment de pilier quadrangulaire, gravé sur les
quatre faces. Ramsès II, agenouillé, présente le vin
à Ammon et à la déesse Mout. — XIXe dyn.
445. — Granit rose. — H. Im 10; diam.
0m 75.— (Maspero, Zeitschrift, 1881, p. 118.)
Tambour de colonne représentant le Pharaon Ménephtah,
en adoration devant un dieu dont le nom
est détruit. On savait que Ménephtah triompha d'une
coalition formée par les Libyens et les Peuples de
la mer
, mais on ne se savait pas jusqu'à présent
à quel moment il convenait de placer sa victoire:

l'inscription de cette colonne nous apprend qu'elle
fut remportée en l'an V. — XIXe dyn.
446. — Granit rose. — H. Im 50. —
(Mariette, Abydos, II, pl. 26, t. III, p. 30,
no 347.)
Le roi Sovkemsaouf, de la XIIIe dynastie, est debout,
marchant: sur la pierre qui unit ses deux
jambes est représenté son fils, le prince Sovkemsaouf.
La figure du Pharaon est mutilée, ce qui nous empêche
d'en saisir complétement l'expression. Cet accident
est d'autant plus à regretter, que le morceau
est d'une très belle facture et donne la meilleure
idée de ce qu'était l'art égyptien un peu avant l'invasion
des Pasteurs. — XIIIe dyn.
465. — Bronze. — H. 0m 27; long. 0m 64.
— (Mariette, Mon. Div., pl. 41.)
Ce lion fut trouvé dans le sebakh, avec deux autres
lions plus petits et une plaque mince de bronze. Il
porte les cartouches d'Apriès (XXVIe dynastie), et
faisait partie des pièces qui composaient l'ornementation
d'une porte de naos. La partie postérieure était
appliquée contre un mur, ou appliquée sur une traverse
de bois qui maintenait l'objet en place: la
chaîne, dont quelques anneaux pendent encore entre
les pattes de devant, servait à rattacher ce lion à
d'autres lions, disposés sur les degrés de l'escalier
qui menait soit au naos soit à une petite salle d'un
temple.
Comme fabrication, ce monument ne laisse rien
à désirer: il a été coulé d'un seul morceau, sauf
l'anneau de la chaîne, par le procédé dit de fonte
au carton. Comme oeuvre d'art, il nous donne un
bon exemple de l'habileté avec laquelle les Egyptiens
savaient reproduire les formes animales. Le lion
est représenté couché dans une sorte de cage oblongue,
d'où ne sortent que sa tête et ses pattes de devant:
la face et les membres ont une expression de
force calme fort bien rendue. — XXVIe dyn.
Horbaït.
466. — Granit gris. — H. 0m 70.
Statue d'Osiris debout, dédiée par une Chanteuse
d'Ammon, Tashib. — XXVIe dyn.
Médinet-Habou.
467. — Granit gris. — H. 0m 67.
Autre statue d'Osiris, dédiée par la Chanteuse d'Ammon
Moutiritis, dame de compagnie de la reine Ameniritis.
— XXVIe dyn.
Médinet-Habou.
468. — Albâtre. — H. Im 67.
Cette jolie statue, un peu trop vantée au moment
de la découverte, représente la reine Ameniritis, fille
du roi Kashta et soeur de Sabacon. Les formes un
peu longues et grêles sont chastes et délicates: la
tête, surchargee de la grande perruque des déesses,
est d'une expression un peu morne. Malgré ses défauts,
cette statue n'en est pas moins un des morceaux
les plus précieux du Musée.
Le socle sur lequel elle repose est de granit gris:
l'inscription donne le nom et les titres de la reine.

Les deux noms martelés sont ceux de Sabacon et
de Kashta, que les monarques de la XXVIe dynastie
considéraient comme des usurpateurs. — XXVe dyn.
469. — Granit noir. — H. 0m 80.
Groupe d'Ammon et de Mout, consacré par le
roi Séti Ier: le sculpteur a donné aux deux divinités
les traits du roi. — XIXe dyn.
471. — Calcaire blanc. — H. 0m 50; larg.
0m 45. — (Mariette, Abydos, III, p. 113 — 115,
no 655.)
La dame Tanii demande à Osiris et à Anubis de
lui accorder des milliers de pains, des milliers de
cruches de bière, des milliers de boeufs et d'oies,
« des milliers de pastilles d'encens et des parfums
divins qui naissent sur le grand champ d'Héliopolis.»
Pour justifier cette faveur des dieux, elle raconte les faveurs que lui ont accordées les rois:
« J'ai été une merveille parmi les êtres doués de connaissance,
une femme rendue heureuse par tous
les éloges qui sortent de la bouche auguste du roi,
en vérité, car le roi m'a récompensée par des repas
de chaque jour; quand j'entrais, on me louait,
quand je sortais, ce n'était que marques d'affection
accordées à ma parole et à ma sagesse, que récits
des choses que j'avais faites.» Aussi bien, Tanii
doit-elle jouir des bonheurs réservés aux servants
d'Osiris: « elle accourt à Abydos, en ce jour dont on
ne parle point (le jour de la mort), elle entre dans
le sanctuaire et en voit les secrets; elle entre dans

la barque d'Osiris et parcourt le fleuve sur la barque
du dieu; elle se manifeste comme Râ, des guirlandes
de fleurs de vie pour ses yeux, son nez et
ses oreilles, des fleurs célestes pour ses membres;
Taït, la déesse des étoffes, lui donne un vêtement,
car elle a donné ses vêtements à Aroîri, ce jour
où il a pris le diadème royal, et ton nez est à toi,
tes deux yeux voient, ô Tanii.» — XIIe dynastie.

§ 3. — Salle historique de l'ouest.

La plupart des monuments conservés dans cette
salle donnent des renseignements précieux pour l'histoire;
presque tous ne sont historiques qu'accidentellement.
Il peut arriver, en effet, que les biographies
de particuliers, racontées sur les stèles votives, fassent
des allusions plus ou moins claires aux événements
de la vie publique: un général parle de ses
campagnes, un ministre des actes de son administration,
ou, sans prendre d'aussi hauts personnages, un
scribe, un domestique, peut citer, à propos d'un des
faits de sa vie, une date et un nom de roi. C'est avec
de pareils éléments que nous parvenons à reconstituer
tant bien que mal de longues périodes d'histoire. II y
avait pourtant à côté de ces documents inconscients,
des pierres que l'on avait fait graver, avec l'intention
expresse de conserver la mémoire de tel ou tel événement
à la postérité. Après une guerre heureuse,
un roi dédiait dans un temple une stèle où il vantait
ses exploits, énumérait les hommes et les villes

prises, donnait le texte des traités conclus avec l'ennemi.
La plupart de monuments de ce genre que
renfermaient les temples ont péri, et le nombre de
ceux qui subsistent est si restreint, que peu de Musées
seraient en état d'en remplir une salle, même
aussi petite que l'est notre Salle historique de l'ouest.
87. — Calcaire blanc. — H. Im 23; larg.
0m 60. — (Mariette, Abydos, II, pl. 51; t. III,
p. 415 — 416, no 1124.)
Au premier registre, le roi Séti Ier, debout, fait l'offrande
à Osiris et à Isis la grande, dame du ciel.
Au second, le défunt est agenouillé devant Anubis:
c'est Hori, attaché au temple de Séti Ier, et gouverneur
de la Villa de Ramsès Ier. — XIXe dyn.
89. — Granit noir. — H. Im 85; larg.
Im 16. — (Mariette, Mon. Div., pl. 14.)
Cette stèle a été découverte en 1870, dans les fondations
d'une petite chambre de la mosquée Shéïkhoun,
au Caire, par Mohammed Effendi Kourshîd,
surveillant en chef du Musée.
Elle date de l'an VII d'Alexandre II, fils d'Alexandre
le Grand, et a été dédiée par Ptolémée fils
de Lagos, qui ne prend encore que le titre de Satrape
d'Egypte. Ptolémée était déjà fort puissant:
« il avait fait sa résidence de la Forteresse du roi
Alexandre premier sur les bords de la mer Ionienne,
dont le nom primitif était Rakôti, et où
il avait établi beaucoup de Grecs avec leurs chevaux,

et beaucoup de galères avec leurs soldats.
S'étant rendu avec son armée au pays des Syriens,
pendant qu'ils lui livraient bataille, il se jeta au milieu
d'eux d'un coeur hardi, comme un vautour au
milieu des moineaux, il les prit en une seule fois,
et emmena en Égypte leurs chefs, leurs chevaux,
leurs vaisseaux, toutes leurs richesses.» Au retour
d'une campagne heureuse en Marmarique, comme
il fêtait sa victoire et cherchait ce qui pouvait être
agréable aux dieux d'Égypte, un de ses conseillers
lui suggéra de restituer au temple de Bouto les
biens que le roi Khabbash avait donné aux dieux
de cette ville, lors de sa révolte contre Xerxès Ier,
roi de Perse, et que les Persans leur avait enlevés
après la victoire. Ptolémée y consentit: la stèle se
termine par des imprécations contre quiconque essaiera
de renouveler la spoliation. — Ep. grecque.
97. — Basalte gris. — H. 2m 33; larg.
0m 30. — (Mariette, Abydos, t. I, Pl. 2; t. III,
p. 84—85, no 523.)
Montant de porte, utilisé dans la construction de
la margelle d'un puits, au village arabe d'Harabat el
Madfounah. Il donne le nom et les titres de Zaou,
frère de la reine Mirirî-Onkhnas, femme du roi
Pepi Ier et mère des rois Sokaremsaf Ier et Pepi II.
— VIe dyn.
98. — Granit rose. — H. Im 80; long.
Im 84; ép. 0m 43. — (Mariette, Mon. Div.,
pl. I — 6.)
Les descendants des rois-prêtres d'Ammon-Râ, exilés
en Nubie par les Pharaons de la XXIIe dynastie,
y avaient fondé, avec les provinces conquises vingt
siècles plus tôt par les rois de la XIIe dynastie, un
royaume indépendant dont la capitale était Napata
(Gebel-Barkal). Bâtie au pied d'une colline, à laquelle
la piété des habitants avait donné le nom de Montagne
Sainte
, et longtemps considérée comme un des
chefs-lieux de la province égyptienne d'Ethiopie, Napata,
aux mains de ses nouveaux maîtres, devint
une sorte de Thèbes éthiopienne, modelée autant que
possible à l'image de Thèbes d'Égypte. Ammon-Râ,
roi des dieux, y trônait en souverain avec Mout et
Khons; le temple était construit à l'imitation du sanctuaire
de Karnak. C'est dans ses ruines qu'un officier
égyptien de passage découvrit par hasard en 1862
cinq stèles dont il remit des estampages et des dessins
à M. Mariette. L'année d'après, le gouverneur
de la province expédia les cinq monuments au Musée
de Boulaq, sur l'ordre du vice-roi.
Notre stèle no 98 est de beaucoup la plus ancienne.
Elle nous reporte vers l'an 740 avant notre
ère, et nous fait connaître l'état de misère et de division
où était l'Égypte. Le Sud et Thèbes appartenaient
déjà aux Ethiopiens: au delà, le pays était
réparti entre vingt princes, dont quatre au moins
s'attribuaient le cartouche et les insignes de la royauté.
Au milieu de ces roitelets turbulents et pillards, parut
un chef militaire d'origine obscure, Tafnekht,
seigneur de Noutir près Canope. Il s'empara successivement
de tous les nomes situés à l'Occident
de la branche principale du fleuve, le Saïte, l'Athribite,

le Libyque, le Memphite. Respectant les régions
situées à l'Orient du Delta, où la XXIIIe dynastie
tanite continuait à régner, il remonta le cours du Nil:
Méïdoum, le Fayoum, Hnès et son roi Pefàabasti,
Khmoun et son roi Osorkon, le reconnurent pour
maître. Il poursuivait le cours de ses succès et venait
de mettre à contribution le nome d'Ouab, quand
les chefs encore indépendants du Delta et de la Haute
Égypte s'adressèrent au seul prince qui fût capable
de lui tenir tête, à Piônkhi Miamoun, roi d'Ethiopie.
Piônkhi donna aux troupes qu'il avait en Thébaïde
l'ordre de se porter en avant sans retard, tandis que
lui-même rassemblait à Napata le gros de ses forces
et se préparait à entrer en campagne. La flotte éthiopienne
rencontra, au Nord d'Abydos, la flotte de Tafnekht
qui cinglait vers Thèbes, en détruisit une partie
et força l'autre à la retraite. Une seconde flotte,
montée par les contingents de trois rois et de tous
les vassaux de Tafnekht, fut battue, après un combat
de trois jours, et les Ethiopiens vinrent aborder
au nome d'Oun. La lenteur de leurs mouvements
permit au roi Nimrod de se jeter dans Khmoun et
de la mettre en état: une partie des troupes d'invasion
demeura en observation devant la place, tandis que
le reste continuait de marcher vers le Nord. Nimrod,
cerné de tous côtés, ne pouvait plus espérer le secours
de ses alliés ou de son suzerain: il n'en continua
pas moins la résistance et tint les envahisseurs
en échec. Il fallut, pour le réduire, l'arrivée de Piônkhi
lui-même, avec de nombreux renforts. Piônkhi
changea l'attaque de Khmoun en siège régulier: il
fit élever des chemins d'assaut contre la muraille et

dresser des tours chargées d'archers et de frondeurs.
En trois jours, la place battue de tous les côtés
ne fut plus tenable et son commandant fit demander
grâce par sa femme, la reine Nsitentnsi, et par les
dames du harem. Piònkhi le reçut à merci, entra
dans la ville au bruit des acclamations, alla prier
au temple de Thot et prit solennellement possession
du butin au nom d'Ammon Thèbain. La chute de
Khmoun entraîna la soumission de toute la moyenne
Égypte: Piônkhi parvint aux portes de Memphis
presque sans coup férir.
A peine arrivé, il envoya sommer la ville. «Ne
fermez point vos portes; ne combattez point contre
la Haute-Égypte. Shou, le dieu de Ja création, où
j'entre, il entre, d'où je sors, il sort, aussi ne peuton
résister à mes attaques. Je ne veux qu'offrir
des offrandes à Phtah et aux dieux du nome Memphite;
je veux honorer Sokari dans sa chapelle, voir
le dieu Phtah, et puis je retournerai en paix. Si
vous me livrez Memphis, elle sera épargnée, et on
n'y fera pas même un petit enfant pleurer. Voyez
les nomes du Midi, on n'y a massacré personne,
excepté les impies qui blasphémaient Dieu; ces obstinés
là, on les a exécutés.» Piônkhi avait fait appuyer
ses paroles d'un détachement d'archers, de
matelots et de soldats du génie, qui devaient s'emparer
du port de la ville. La garnison était sur ses
gardes: elle repoussa ces troupes et leur infligea des
pertes sérieuses. Bientôt après, Tafnekht profita d'une
nuit obscure pour se jeter dans la place, avec un
grand convoi d'armes et un corps de huit mille hommes,
fortifia les points faibles de l'enceinte et partit

vers le Nord, afin de rassembler une nouvelle armée.
Il comptait sur une longue résistance, mais la
flotte éthiopienne, trompant la vigilance des assiégés,
pénétra par surprise dans le port et y captura tous
les navires qu'elle trouva, tandis qu'une partie de
l'armée se glissait le long de la rivière et s'introduisait
dans la ville par les quais. Apràs deux jours de
bataille dans les rues, la garnison mit bas les armes
et Piônkhi put reprendre sa marche en avant. Il
s'empara des forteresses avoisinantes et ne s'arrêta
qu'un instant à Héliopolis, pour y célébrer le sacrifice
royal. « Il monta l'escalier qui conduit au grand
sanctuaire pour y voir le dieu d'Héliopolis, lui, luimême.
Tout seul, il tira le verrou, ouvrit les battants,
contempla son père Râ, mit en ordre ses
deux barques sacrées; puis il ferma les battants,
plaça la terre sigillaire et y imprima le sceau royal.»
C'était en quelque sorte prendre possession du pouvoir
suprême. Osorkon de Bubaste reconnut le nouveau Pharaon; un mouvement des Ethiopiens décida
les autres princes du Delta à suivre son exemple.
Tafnekht, abandonné de ses vassaux, demanda la paix,
et Piônkhi la lui accorda sans conditions. Après avoir
reçu, non loin d'Athribis, au coeur même de la Basse
Égypte, l'hommage de ses sujets, il reprit le chemin
de son royaume, et rentra dans Napata, chargé de
gloire et de butin, «d'or, d'argent, de bronze et d'étoffes
précieuses, de tous les bons produits des pays
du Nord, de toutes les denrées de la Syrie et de
l'Arabie.» Pour la première fois, depuis deux cents
ans, le royaume des Pharaons était reconstitué des
sources du Nil bleu aux bouches du fleuve, mais

non plus au profit de l'Égypte. L'Éthiopie, si longtemps
vassale, devenait maîtresse è son tour; Napata
régnait à la place de Thèbes et de Memphis. —
XXIIIe dyn.
Gebel-Barkal.
99. — Granit gris. — H. 2m 15; larg.
0m 70; ép. 0m 34. — (Mariette, Mon. Div.,
pl. 11—13.)
C'est la plus moderne des cinq stéles du Gebel-Barkal;
on ne saurait la placer plus haut que la fin
de l'époque persane ou le commencement de l'époque
grecque. Le royaume de Napata avait rompu toutes
relations avec l'Égypte. Les contrées de la Nubie
inférieure, entre la première et la seconde cataracte,
étaient devenues presque désertes: les villes fondées
par les princes de la XVIIIe et de la XIXe dynastie
étaient en ruines, et leurs temples commençaient à
disparaître sous les sables. Le royaume de Napata
avait sa frontière aux environs de la seconde cataracte.
Il était divisé en deux régions, comme l'Égypte:
dans le To-Qonous se trouvaient, en remontant
le fleuve, Pnoubs, Dongoul (Dongolah), Napata,
Astamouras, au confluent du Nil et de l'Astamouras
(Astaboras), Béroua enfin, la Méroé des géographes
Alexandrins; au-delà de Béroua, on entrait dans le
pays d'Alo, qui s'étendait le long du Nil blanc et du
Nil bleu, jusque dans la grande plaine de Sennaar.
Sur la frontière méridionale du pays d'Alo, résidaient
les Asmakh, descendants des soldats égyptiens, émigrés
en Ethiopie au temps de Psamitik Ier. A l'Est,
au Sud et à l'Ouest, entre le Darfour, le massif d'Abyssinie

et la Mer Rouge, vivaient une foule de tribus
à moitié sauvages, les unes noires, les autres blanches
de race africaine, d'autres de race sémitique,
les Rehrehsa (Rhausi, Rhapsii), au sud de Béroua,
entre le Nil bleu et le Tacazzé, les Madi ou Maditi
(Mataïa, Matitae) entre le Tacazzé et la chaîne de
montagnes qui bordent la Mer Rouge. C'est parmi
ces pleuplades que le roi Horsiatef de notre stèle
no 99 trouva matière à victoires faciles. Neuf campagnes,
dirigées contre elles en l'an II, III, V, VI, XI,
XVI, XVIII, XXIII et XXXIV de son règne, sont racontées
successivement sans grands détails. «L'an VI,
le 4 du mois de Shomou, moi, le fils du soleil, Horsiatef,
vivant à jamais, je fis convoquer une multitude
de soldats contre les Madidi. Je les frappai
dans leurs villes, et je fis un grand carnage parmi
eux dans Labi, je pris leurs boeufs, leurs vaches,
leurs ânes, leurs moutons, leurs chèvres, leurs serviteurs,
leurs servantes, et c'est ta crainte excellente, ô
Ammon, qui obligea le prince des Madidi à m'envoyer
dire: Tu es mon Dieu, et je suis ton esclave,
je ne suis qu'une femme. Puis, venant vers moi, il
me fit apporter la rançon par les mains d'un homme.
Jerevins, j'allai pour honorer Ammon de Napata, mon
excellent père, et je lui donnai nombre de boeufs.»
Le butin passait presque entier aux prêtres. Sans
parler des dons qu'il leur fit à son avènement, il
restaura et enrichit les temples des villes principales
de son royaume, à Napata, a Béroua, à Galal, à Sahrosa,
à Sakalga, à Karti (Korté), à Mahat, à Artinaï,
à Nahana, à Pkimaton, à Pnoubs.
Gebel-Barkal.
101. — Granit noir. — H. 0m 31.
Tête mutilée du conquérant éthiopien Taharqou,
le Tahrakah de l'Ecriture — XXVe dyn.
Acheté à Louxor.
102. — Calcaire blanc. — H. 1m 22; larg.
0m 58. — (Mariette, Abydos, t. II, pl. 50; t. III,
p. 122—123, no 1136.)
Au premier registre, le prêtre de Pharaon, porteéventail
à la droite du roi, le premier héraut de sa Majesté,
Ramsès-emparî, surnommé Mion, est agenouillé
devant Osiris et Isis d'Abydos: les deux cartouches
de Ménephtah sont gravés dans le cintre et donnent
la date de la stèle. Dans le second registre, il présente
le vin et l'eau à son père loupa-âa, l'étranger,
et à sa mère. La formule n'a rien de curieux qu'une
variante du nom: au lieu du sobriquet de Mion,
Ramsès - emparî, porte une qualification sémitique,
Ben-Mizana du pays de Zor-Bisana. On ne doit pas
oublier que le nombre des Syriens amenés en Égypte
par le commerce et par la conquête était fort considérable:
beaucoup entraient au service du Pharaon
et obtenaient des charges considérables. Leur
influence s'accrut tellement dans les années qui suivirent
le règne de Ménephtah, que l'un deux osa se
soulever contre le roi d'alors et resta maître du pays
pendant quelque temps. — XIXe dyn.
104. — Granit noir. — H. 0m 80; larg.
0m 34. — (Mariette, Abydos, t. II, pl. 32; t. III,
p. 544, no 1427.)
Phtahmôs est debout dans une petite chapelle: il
était grand-prêtre de Phtah à Memphis et vivait sous
Thoutmos III, dont il porte les cartouches au cou et
sur l'épaule droite. — XVIIIe dyn.
105. — Calcaire blanc. — H. 1m oo; larg.
0m 70. — (Mariette, Abydos, t. II, pl. 27 b;
t. III, pl. 236 — 237, no 771.)
Le roi Menkhâourî Nâhît est en adoration devant
le dieu Min de Coptos. C'est un monument presque
unique de la XIVe dynastie.
106. — Granit noir. — H. 1m.
Les fouilles de Sân ont rendu au jour un certain
nombre de monuments que M. Mariette a cru pouvoir
attribuer à la période des Pasteurs. Ils se distinguent
en effet des autres monuments égyptiens par
des caractéres bien tranchés, comme on le reconnaîtra
sans peine, si l'on compare la tête des sphinx
no 106 et 107, à celle des sphinx de Thoutmos III
et de Ramsés II, déposés dans la cour du Musée. La
face est ronde, les yeux petits, le nez écrasé, les pommettes
saillantes; la lèvre inférieure avance légèrement,
les oreilles sont celles du taureau, et une criniére
de lion encadre le visage.
107. — Granit noir. — H. 1m 30.
Tous ces caractères sont marqués au plus haut
degré dans le sphinx no 107, qu'on est parvenu à reconstituer
presque entier; mais il porte, de plus, des
inscriptions, qui nous permettent de refaire en partie
son histoire. Il porte sur l'épaule droite une légende

martelée, dans laquelle on a réussi à déchiffrer le
nom du roi pasteur Apopi. Plus tard, Ménephtah fit
gratter le nom du roi pasteur et y substitua ses cartouches,
qu'il répéta encore dans l'inscription de la
base. Plus tard encore, un roi tanite de la XXIe dynastie,
Psioukhânou, grava ses cartouches sur la poitrine.
Un examen attentif m'a fait reconnaître que
la surface de la poitrine a été rabaissée pour recevoir
les cartouches de Psioukhânou, et par conséquent
qu'il y avait là auparavant, à la place d'honneur,
les cartouches d'un roi, celui probablement pour qui
on fit le monument. Ce roi antérieur à Apopi, était-il
un Pasteur ou un roi des dynasties indigénes? On
n'a jusqu'à présent aucun élément certain pour résoudre
la question: aussi convient-il d'attendre de
nouvelles découvertes, avant d'affirmer que les sphinx
no 106 et 107, et les monuments de style analogue
que possède le Musée de Boulaq, sont l'oeuvre des
Pasteurs, ou représentent des princes appartenant à
cette race conquérante.
108. — Granit noir. — H. 0m 48; larg.
0m 67; ép. 0m 34. — (Mariette, Mon. Div.,
pl. 38.)
Table d'offrandes consacrée par le roi Pasteur
Aaknonrî Apopi. — XVIIe dyn.
109. — Granit grisa — H. 1m oo; larg.
0m 90. — (Mariette, Mon. Div., pl. 39.)
Partie supérieure d'une statue colossale qui représentait
un roi debout. Aucune inscription n'indique

le nom du personnage, mais la ressemblance est
frappante entre ce fragment et les monuments de Tanis:
aussi M. Mariette l'a-t-il attribué à un roi Pasteur.
De toute maniére, la présence de ce morceau
dans les ruines de la capitale antique du Fayoum
prouve, que les princes qui régnaient à Tanis en ce
temps-là étendaient leur autorité au moins sur la
partie septentrionale de la Moyenne Égypte.
Mit-Farès.
112. — Granit rose. — H. 1m 24; larg.
0m 69. — (Mariette, Mon. Div., pl. 10.)
Une des cinq stéles éthiopiennes du Gebel-Barkal,
celle qu'on appelle d'ordinaire la stéle de l'excommunication.
Un roi, dont le nom a été martelé avec soin, raconte,
qu'en «l'an II de son avènement, Sa Majesté
se rendit dans le temple de son père Ammon de
Napata, qui est sur la Montagne Sainte, pour en
chasser cette secte odieuse à Dieu qui s'appelle les
Toumposiou Pirdoutkhaï ». Ces gens paraissent avoir
eu pour principe de ne point cuire la viande du sacrifice,
mais de la manger crue, comme les Abyssins
font aujourd'hui encore le brindé. «Ils avaient conjuré
en leurs coeurs de tuer tout individu qui ne
partagerait pas leur doctrine criminelle, mais Dieu
ne permit pas que leur parole s'accomplît.» Le roi
les fit passer par le feu», et défendit à leurs descendants,
sous les peines les plus sévères, de jamais
entrer dans le temple d'Ammon de Napata. — Epoque
persane.
Gebel-Barkal.
Calcaire blanc compact. — H. 0m 80;
larg. 1m 30. — (Mariette, Mon. Div., pl. 49.)
En 1860, M. Mariette découvrit cette stéle à Drah
abou 'l neggah, dans une petite pyramide en briques,
située à la lisière des terres cultivées. La partie supérieure
manquait déjà. En 1882, un fellah du voisinage
brisa ce qui restait pour construire une sakiéh:
je n'ai pu retrouver tous les morceaux.
Les sept lignes d'inscription racontaient la construction
du tombeau, et disaient que la stèle avait
été mise en place l'an L du règne d'Entef IV. Derrière
l'inscription était le roi lui-même, entouré de
ses quatre chiens favoris, dont les noms berbères
sont traduits en Égyptien: Bohoukaï, c'est-à-dire, la
gazelle
, Abaïqour (le lévrier), P'hotes c'est-à-dire Le
noir
, etc.
Le Papyrus Abbott raconte que, sous le roi Ramsés
IX, une bande de voleurs exploitait la nécropole
de Thèbes et ne respectait même pas les tombes
royales. Une commission d'enquête, chargée de vérifier
l'étendue des dégâts, visita, entre autres, la tombe
du Pharaon Entef, et décrivit la stéle qui figure au
Musée, mais en ne donnant que le nom du premier
chien Bohoukaï. — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
113. — Calcaire blanc. — H. 0m 58; larg.
0m 44. — (Mariette, Abydos, III, p. 460,
no 1221.)
Au milieu de la stèle se dresse un obélisque dont
le sommet, arrondi comme celui de l'obélisque de

Bégig, est surmonté d'un gros épervier. A droite, Osiris,
maître de Khenmerout, et Isis, sont debout; à
gauche, deux Horus coiffés de la double couronne.
Sous ce registre de dieux, on trouve deux personnages
adorant, le prêtre Pameroupaqon, et Pnibmos,
prêtre de Hor de Khenmerou. — XXe dyn.
114. — Granit gris. — H. 1m 62; larg.
0m 71. — (Mariette, Mon. Div., pl. 9.)
Le royaume d'Éthiopie, fondé par les descendants
des grands-prêtres d'Ammon, était une théocratie
absolue. Le dieu choisissait le roi à sa guise,
et la stèle 114, qui est le procès verbal de l'élection
d'Aspalout, nous montre comment les choses se passaient.
L'armée, réunie près de la Montagne Sainte
à Napata, choisit six officiers qui, réunis à d'autres
délégués des grands corps de l'état, proposent qu'on
élise un roi. «Allons, donnons-nous un maître qui
soit comme un jeune taureau irrésistible!» Et cette
armée se prit à se lamenter beaucoup, beaucoup,
disant: «Notre maître est avec nous, sans que nous le
connaissions encore! Comment pourrons-nousle connaître!»
Et chacun d'eux dit à l'autre: «Personne
ne le connaît, sauf Râ lui-même; puisse le Dieu
détourner de lui tout mal qui le menace en quelque
lieu qu'il soit!» … Lors, l'armée de Sa Majesté
dit tout entière d'une seule voix: «Mais, il y a
ce dieu Ammon-Râ de la Montagne Sainte, qui est
le dieu d'Éthiopie! Allons, marchons vers lui, ne
parlons pas en ignorance de lui, car elle n'est pas
bonne la parole qu'on prononce en ignorance de

lui! Posons le cas à ce dieu, qui est le dieu du
royaume d'Éthiopie, depuis le temps de Râ. Il nous
guidera, car les rois d'Éthiopie sont de ses mains,
et il donne le pays à son fils qui l'aime … » Voici
que dit cette armée tout entière: « C'est une excellente
parole, en vérité,» un million de fois.
On se rend donc au temple; les délégués, dûment
purifiés, vont se prosterner devant la statue d'Ammon-Râ
et lui présentent leur requête. Les prêtres
éthiopiens savaient fabriquer des images miraculeuses,
capables de mouvement et de parole: c'était un
art qu'ils tenaient de leurs ancêtres égyptiens. Tous
les membres de la famille royale défilent devant la
statue, qui reste impassible. Aspalout arrive à son
tour, aussitôt la statue le saisit et parle: «C'est lui
votre roi! c'est lui votre maître qui vous fait vivre!»
et les chefs de l'armée acclament le nouveau Pharaon.
Celui-ci entre dans le sanctuaire, se fait couronner
par le dieu lui-mêtme, puis se rend au milieu
des soldats. La fête finit, comme finissent les fêtes
de ce genre, par des distributions de pain et de bière.
— Ep. persane.
Gebel-Barkal.
122. — Granit gris. — H. 1m 32; larg.
0m 72. — (Mariette, Mon. Div., pl. 7—8.)
Quelques années après la conquête de l'Égypte
par Assour-ban-habal, roi d'Assyrie, un des successeurs
de Taharqou, Tonouatamoun, décidé par un
songe qui lui promettait la royauté du Midi et du
Nord, avait, dès les premiers jours de son règne, envahi
la Thébaïde. La stèle no 122 raconte son expédition
en Égypte.
A Thèbes même et dans les environs, où les descendants
éthiopiens des grands - prêtres d'Ammon
avaient toujours conservé un parti puissant, Tonouatamoun
n'avait rencontré aucune résistance. Sur son
passage, les riverains de l'Ouest et de l'Est se réjouirent
en grande joie, disant: «Va en paix! Parais
en paix! Rends la vie à l'Égypte, relève les
temples qui tombent en ruine, redresse les statues
et les images des divinités! Rétablis les fondations
pieuses faites aux dieux et aux déesses, les offrandes
pour les mânes! Remets le prêtre à sa place
pour satisfaire à toutes les cérémonies du culte.»
Il battit les troupes des petits rois confédérés du
Delta sous les murs de Memphis, enleva la ville et
poursuivit les vaincus. Ils n'osèrent plus l'attendre
en rase campagne, s'enfermèrent dans leurs places
fortes et le réduisirent à commencer une guerre de
sièges interminable. Impatienté de cette résistance, il
rentra à Memphis et ne savait comment sortir à son
honneur de cette difficile entreprise, quand les chefs
égyptiens le tirèrent d'embarras par leur soumission.
Le plus puissant d'entre eux, Pakrour de Pasoupti,
les amena rendre hommage au conquérant: «Accordenous
les souffles de la vie, car il ne peut plus vivre
celui qui te méconnaît! Nous serons comme des
sujets, ainsi que tu l'as déclaré dès le début, le jour
même ou tu devins roi!» Le coeur de Sa Majesté fut
rempli de joie, quand elle entendit ce discours: elle
leur fit donner des pains, de la bière, toutes sortes
des bonnes choses. Après avoir passé quelques
jours à Memphis auprès de leur nouveau suzerain,
ils dirent: «Pourquoi restons - nous ici, ô prince

notre maître!» Sa Majesté leur répondit: «Pourquoi?»
Ils dirent: «Laisse-nous aller dans nos villes,
que nous donnions des ordres à nos gens et
que nous t'apportions nos tributs!» Ils revinrent
quelques semaines après et Tonouatamoun rentra
dans son royaume chargé de butin. Son autorité sur
le Nord ne dura probablement que le temps de son
séjour à Memphis: une inscription, aujourd'hui déposée
au Musée de Berlin, prouve qu'elle continua
de s'exercer trois années au moins en Thébaïde. —
XXVIe dyn.
Gebel-Barkal.
123. — Granit gris. — H. 1m 60.
Deux porteurs d'offrandes debout sur un même
socle. La tête, surchargée d'énormes perruques, présente
le type que nous avons déjà vu sur les nos 106,
107 et 109 du Musée. Mariette attribue ces monuments
au temps des Pasteurs: ils furent ornés plus
tard à la XXIe dynastie des cartouches du roi Psioukhânou.
— XVIIe dyn.
127. — Calcaire blanc. — H. 1m 90; larg.
0m 46. — (Mariette, Abydos, II, pl. 24—26;
t. III, p. 183—184, no 670.)
La stèle est couverte d'inscriptions sur les deux
faces et sur les tranches. Elle a été dédiée à S'hotpitrî,
qui vivait sous Ousirtasen III et Amenemhâït III.
«Je me suis fait, dit ce personnage, ce tombeau selon
les règles; en le bâtissant, j'ai fait des donations
en échange aux prophètes d'Abydos.» Toute
la stèle affecte une forme littéraire assez rare à pareille

époque, et renferme un panégyrique du roi régnant
déguisé en recommendations du mort à sesenfants.
«Commencement de l'instruction qu'il a faite
à ses enfants. — Je dis bien haut: Je vais vous faire
entendre, je vais vous faire savoir des choses qui
donnent l'éternité, des choses qui donnent une vie
nouvelle et une existence longue et paisible. Adorez
le roi Amenemhâït III en vos seins, ayez toujours
Sa Majesté présente en vos coeurs, car le roi est
le dieu Omniscient, qui vit dans les coeurs et dont
les yeux pénètrent tous les seins; c'est le dieu soleil
dont on voit les rayons, qui éclaire les deux
Égyptes mieux que le disque du soleil, qui fait fleurir
le pays mieux que le Nil à l'inondation, qui
remplit les deux Égyptes de force, de vie, qui donne
la fraîcheur aux nez, qui donne des provisions à
ceux qui le suivent, des vivres à ceux qui marchent
dans ses voies. C'est la vie que le roi; c'est l'abondance
que sa parole, c'est une création perpétuelle
que son existence. C'est un dieu Khnoum
qui modèle tous les membres, un générateur qui
produit les êtres intelligents. C'est une déesse Bast
qui protège les deux Égyptes, quand on adore le
geste de sa main, mais il est une déesse Sokhit contre
qui viole son ordre.» — XIIe dyn.
127. — Granit noir. — H. 1m 80; larg.
0m 75. — (Mariette, Karnak, pl. 11.)
Cette stèle, célèbre dans l'histoire littéraire de l'Égypte,
renferme un poème composé pour célébrer
les victoires de Thoutmos III. Le roi y est représenté
adorant le dieu, qui lui répond par un long

panégyrique. C'est d'abord une sorte de chant en
prose poétique, où bientôt viennent s'intercaler des
vers rythmés: «Je suis venu, je t'accorde d'écraser
les princes de la Phénicie du Nord, je les jette sous
tes pieds à travers leurs contrées; — je leur fais
voir ta Majesté, telle qu'un seigneur de lumière,
lorsque tu brilles sur leur tête comme mon image.»
«Je suis venu, je t'accorde d'écraser les barbares
d'Asie, d'emmener en captivité les chefs de la Syrie
Creuse; — je leur fais voir ta Majesté couverte de
ta parure de guerre, quand tu saisis tes armes, sur
le char.
«Je suis venu, je t'accorde d'écraser la terre d'Orient;
la Phénicie et Chypre sont sous ta terreur;
— je leur fais voir ta Majesté comme un taureau
jeune, ferme de coeur, muni de ses cornes et à qui
on ne peut résister.»
«Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples
qui résident dans leurs ports, et les côtes de la Cilicie
tremblent sous ta terreur; — je leur fais voir
ta Majesté comme l'hippopotame, seigneur de l'épouvante
sur les eaux, et qu'on n'a pu approcher.»
«Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples
qui résident dans leurs îles: ceux qui vivent au
sein de la mer sont sous tes rugissements; — je
leur fais voir ta Majesté comme un vengeur qui se
redresse sur le dos de sa victime.»
«Je suis venu, je t'accorde d'écraser les Libyens:
les îles des Danaens sont au pouvoir de ta volonté;
— je leur fais voir ta Majesté telle qu'un
lion furieux, qui se couche sur leurs cadavres à
travers leurs vallées.»
«Je suis venu, je t'accorde d'écraser les contrées
maritimes, tout le pourtour de la grande zone des
eaux est lié à ton poing; — je leur fais voir ta
Majesté telle que le maître de l'aile (l'épervier), qui
embrasse d'un clin d'oeil ce qui lui plaît.»
«Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples
qui résident dans leurs lagunes, de lier les Bédouins,
maîtres des sables, en captivité; — je leur fais voir ta
Majesté semblable au Chacal du Midi, seigneur de
vitesse, coureur qui rôde à travers les deux régions.»
«Je suis venu, je t'accorde d'écraser les barbares
de Nubie: jusqu'aux peuples de Pit, tout est dans
ta main; — je leur fais voir ta Majesté semblable
à tes deux frères Hor et Sit, dont j'ai réuni les
bras pour assurer ta puissance.»
Cette partie du poème était devenue si célèbre qu'on
la copia sur d'autres monuments, pour célébrer les
exploits de Séti Ier et de Ramsès III. — XIXe dyn.

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CHAPITRE TROISIÉME.
SALLE DU CENTRE.

La porte de granit rose, par laquelle on passe pour
pénétrer du Grand Vestibule dans la Salle du Centre,
provient du temple d'Osiris, à Abydos. Elle en avait
été enlevée, il y a plus de trente ans, par un pacha

qui la fit transporter à Bellianéh et l'abandonna sur
la berge sans plus s'en occuper: elle a été installée
au Musée au mois d'Avril 1882. Au milieu du linteau
sont les deux cartouches du Pharaon Séti Ier
de la XIXe dynastie. Sur les deux parois latérales le
Pharaon, debout, fait offrande à l'emblème d'Abydos.
Au fond de la salle, juste en face de la porte, on
aperçoit la statue du Pharaon Khafrî de la IVe dynastie,
celui qui construisit la seconde des grandes
pyramides de Gizéh.
3961. — Diorite. — H. 1m 68.
Elle a été trouvée dans le temple du sphinx, avec
les débris de huit autres statues du même prince (cfr.
Salle de l'Ancien Empire, no 974). Khafrî est assis,
les mains allongées sur les genoux: un épervier debout
sur le dossier du siège, enveloppe la tête de
ses ailes, image du dieu Râ qui protège son fils Pharaon.
On se demande comment les artistes égyptiens
ont réussi à modeler avec tant de souplesse une matière
aussi rebelle au ciseau que le diorite: tout le
détail des genoux et de la poitrine est rendu avec
une fidélité et une vigueur merveilleuses. Une grande
expression de calme et de force est répandue sur
l'ensemble. — IVe dynastie.
Grandes-Pyramides.
Deux statues de mérite fort différent se font visà-vis
dans les deux bras du transept. A gauche, est
le fameux Sheïkh el-beled.
3962. — Bois. — H. 1m 10.
II est debout, le bâton à la main. Les jambes manquaient:
il a fallu lui en rajouter, auxquelles on a

laissé la couleur du bois nouveau. Les yeux sont
rapportés, comme c'est le cas pour beaucoup de statues
égyptiennes. Ils sont formés d'un morceau de
quartz blanc opaque, enchassé de bronze pour simuler
la paupière: un morceau de cristal transparent
sert de prunelle, et un petit clou d'argent, fixé sous
le cristal, produit la paillette lumineuse de l'oeil vivant.
Par un hasard singulier, la statue de ce vieil
Épyptien est le portrait exact d'un des Sheîkh el-beled
ou maires du village de Saqqarah: nos ouvriers arabes,
toujours prompts à saisir les ressemblances, l'ont
appelée aussitòt le Sheïkh el-beled et le nom lui en
est resté. Le Khâfri et le Sheïkh el-beled sont peutêtre
ce que l'art le plus ancien a légué de meilleur
au musée de Boulaq: seul, le scribe accroupi du Louvre
mérite de leur être comparé. — IVe dyn.
Saqqarah.
3963. — Serpentine verte. H. 0m 96. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 90.)
Le monstre qui est juste en face du Sheïkh el-beled,
n'est pas en bronze, comme le disent la plupart des
drogmans et comme le croient la plupart des visiteurs:
il est en serpentine verte polie. Ce disgracieux
hippopotame au ventre arrondi et aux flasques mamelles
de femme, est un des personnages importants
du Panthéon Égyptien, Apit, Toïrapit, Toiri, ou
plus souvent, avec la désinence grecque, Thouéris.
Appuyée de la patte gauche sur un noeud de corde
mystique, elle avait protégé, contre son propre mari
Set-Typhon, Isis enceinte d'Horus: elle passait depuis
pour veiller sur l'âme des justes dans l'autre

monde, et, le couteau à la patte, elle luttait contre
les mauvais esprits. Les Thébains de l'époque Saïte
et Ptolémaïque paraissent avoir eu pour elle une vénération
particulière: son temple est encore debout
aujourd'hui, à l'Est du temple de Khons à Karnak.
La statue a été découverte à Thèbes, au milieu de
la Ville antique, par des fellahs en quête de sebakh.
Elle était debout dans une petite chapelle en calcaire
blanc sculpté, que lui avait dédié le prêtre Pibisi,
au nom de la reine Nitocris, fille de Psamitik Ier.
Les Arabes mirent la chapelle en pièces au moment
de la découverte: peut-être aurons-nous un jour assez
d'argent pour en rapprocher les morceaux subsistants
et pour la reconstruire dans un des coins du Musée.
— XXVIe dyn.
Karnak.

Vitrine H.

Cette vitrine qui est à gauche de la statue de Khafrî
renferme la plupart des bijoux que possède le Musée.
Le plus grand nombre était dans le cercueil de la
reine Ahhotpou que nous retrouverons Salle des Momies
Royales.
La momie de la reine Ahhotpou fut découverte
par les fouilleurs arabes, en 1860, et confisquée par
le moudir de Qénéh, qui la fit ouvrìr et s'empara de
ce qu'elle contenait. Le bruit de la trouvaille s'étant
répandu, M. Mariette mit la main sur le cercueil et
sur les bijoux qui sont exposés dans la vitrine H,
mais pas assez à temps pour empêcher que beaucoup
d'objets précieux eussent été volés.
La reine Ahhotpou était la femme de Kamos, roi
de la XVIIe dynastie, et peut-être la mère d'Ahmos Ier

ou de sa femme Nofirtari. Son cercueil était couché
à même dans le sable, à Drah abou 'l neggah, et cette
particularité inusitée a été l'occasion de beaucoup
de conjectures. Il est certain que jamais momie royale
n'a été enterrée de la sorte, sans tombeau dés longtemps
préparé à l'avance: c'est donc par un accident,
déjà fort ancien, qu'elle a été déposée dans l'endroit
où les Arabes l'ont découverte. Je pense, quant
à moi, que vers la fin de la XXe dynastie, elle aura
été enlevée par une des bandes de voleurs dont le
papyrus Abbott nous a révélé les exploits: cachée
par eux, en attendant qu'ils eussent le loisir de la
dépouiller en sûreté, il est probable qu'ils furent pris
et mis à mort, avant d'avoir pu exécuter ce beau
dessein. Le secret de leur cachette périt avec eux et
n'a été révélé que de nos jours.
Il était d'usage à cette époque de placer, entre les
linges qui enveloppaient la momie, tout ce qu'on pouvait
rassembler de bijoux ayant appartenu au vivant.
Les objets précieux que possédait la reine Ahhotpou
et qui sont exposés dans cette vitrine, sont:
3448. — Or, pierres précieuses et pâtes de verre.
Un bracelet, s'ouvrant à charnières, et formé de
deux bandeaux parallèles ornés de turquoises. Sur
le devant, un vautour déploie ses ailes, dont les plumes
sont formées de pâtes de verre vert, de lapis-lazuli
et de cornaline, enchâssées dans des cloisons d'or.
3449. — Or et perles d'or, de lapislazuli,
de cornaline et de feldspath vert.
Bracelet. Les perles passées sur des fils d'or forment
des carrés, dont chaque moitié est d'une couleur différente.
La fermeture se compose de deux lames d'or
réunies au moyen d'une aiguillette également en or.
Elle porte le cartouche prénom Nibpehtirî d'Ahmos Ier.
3450. — Or et perles d'or, de lapislazuli
de cornaline et de feldspath vert.
Autre bracelet de même travail: sur la fermeture
le cartouche nom d'Ahmos Ier.
3474. — Or.
Tête de lion d'un travail très fin. La tête de lion
a la valeur poh, peh, et signifie la vaillance. Elle
entre comme élément syllabique dans le prénom
Nibpehtirî d'Ahmos Ier: c'est pour cela sans doute
qu'on en avait déposé un exemplaire en or sur la
momie de la reine Ahhotpou.
3475. — Or, pierres précieuses, et bois
de cèdre.
Hache d'apparat, dont le manche, en bois de cèdre
est recouvert d'une feuille d'or: la légende du roi
Ahmos Ier y est tracée en incrustations de lapis-lazuli,
de cornaline, de turquoise et de feldspath vert.
Le tranchant est emmanché sur une simple entaille
du bois, et maintenu en place par un treillis de fils.
d'or. Il est en bronze noir, où il entre peut-être de
l'argent et de l'or, et a été doré. L'une des faces porte
des lotus sur un fond d'or; l'autre nous montre Ahmos
menaçant de sa hache un barbare à moitié renversé,
qu'il tient par les cheveux. Au - dessous de

cette scène est représenté le dieu de la guerre, Montou
Thébain, sous la forme d'un griffon à tête d'aigle.
3476. — Or, pierres précieuses et bois.
Poignard enfermé jadis dans une gaîne en or (cfr.
Vitrine H, no 3614). Le manche est en bois et décoré
de triangles en cornaline, en lapis-lazuli, en feldspath
et en or formant damier. Pour pommeau, quatre
têtes de femme en or repoussé; une tête de taureau
renversée, en or, dissimule la soudure de la lame
au manche. Le corps de la lame est en bronze noir,
serti d'or massif, et damasquiné. Sur la face supérieure,
au-dessous du prénom Nibpehtirî, un lion
poursuit un taureau, devant lequel marchent tranquillement
deux grosses sauterelles. La face inférieure
porte le nom d'Ahmos Ier et quinze fleurs épanouies,
qui sortent l'une de l'autre et vont se perdant vers
la pointe.
3477. — Or et pâte de verre bleu.
Long. de la chaîne 0m 90.
Grosse chaîne flexible terminée par deux têtes d'oie
recourbées qu'on liait au moyen d'une ficelle, quand
on voulait fermer le collier. Le scarabée, qui lui sert
de pendeloque, a le corselet et les élytres en pâte de
verre bleu, rayée d'or: les pattes et le corps sont
en or massif.
3508. — Or et pierres précieuses.
Sorte de diadème, qui a été trouvé engagé dans
les cheveux de la momie. Sur le devant, le cartouche
d'Ahmos Ier (or et pâte bleue imitant le lapis-lazuli):

de chaque côté deux petits sphinx en or ont l'air de
garder le cartouche.
3509. — Or et perles en pierres précieuses.
Les perles sont passées sur des fils d'or et forment
un treillis à jour. Sur le fermoir, qui est en
or, le prénom Nibpehtirî (cfr. no 3449 et 3450).
3510. — Or et pâte bleue imitant le lapis-lazuli.
Le bracelet s'ouvre à charniàre maintenue au moyen
d'une aiguillette en or. Sur le fond bleu, Ahmos est
à genoux entre le dieu Sib et ses acolytes.
3564. — Or.
Un des chapitres du Livre des Morts ordonnait de
déposer sur la poitrine de la momie un large collier
d'une forme particulière (ouoskh). Toutes les
pièces réunies sous le numéro 3564 faisaient partie
d'un collier de ce genre que portait la reine Ahhotpou.
Les deux agrafes sont formées chacune d'une
tête d'épervier; les rangs sont composés de cordes
enroulées, de fleurs à quatre pétales en croix, d'antilopes
poursuivies par des lions, de chacals accroupis,
d'éperviers, de vautours et d'uraeus ailées. Toutes
les piàces sont en or repoussé. Elles étaient
cousues sur le maillot de la momie au moyen d'un
petit anneau soudé par derriére.
3565. — Or et pierres précieuses.
Pectoral attaché, au-dessous du collier, sur la poitrine

du mort. La forme générale est celle d'un naos:
Ahmos, debout dans une barque, entre Ammon et Râ,
reçoit sur la tête et sur le corps l'eau qui doit le purifier.
Le contour des figures est dessiné par des cloisons
d'or: le corps se composait de petites plaques
de pierres précieuses dont beaucoup ont disparu.
3582. — Or, argent, bois et bronze.
Sur un petit chariot en bois, à roues de bronze,
est montée une barque d'or massif. Douze rameurs
en or massif voguent, sous les ordres du timonnier
et du pilote d'avant. Au centre, un petit personnage
est assis, qui tient la hache et le bâton de commandement.
Un cartouche, gravé derrière le timonnier,
nous apprend que le mort à qui était destinée primitivement
cette barque était le roi Kamòs.
J'ai dit plus haut que le mort devait se rendre à
Abydos, par eau, afin de passer dans l'autre monde
(cfr. p. 30): la barque 3582 servait à l'accomplissement
de la traversée.
3595. — Or.
Chaîne à laquelle sont suspendues trois mouches
d'or massif. On a pensé que ces mouches étaient
une sorte de décoration officielle: rien n'est venu
jusqu'à présent confirmer cette hypothèse.
3597—3598. — Or et argent.
Neuf petites hachettes, trois en or et six en argent.
3605. — Bois noir et or.
Bâton de commandement recourbé à l'extrémité.
3606. — Argent, or et bois.
Hache. Le manche en corne garni d'or, le tranchant
en argent.
3607. — Bois et or.
Manche d'éventail en bois lamé d'or. Sur la tranche,
on voit encore les trous où s'emboîtaient les
plumes d'autruche. Sur les plaques d'or, le roi Kamôs
fait une offrande au dieu Khonsou.
3608. — Or et bronze.
Poignard: le manche en or, la lame en bronze.
3614. — Or.
Fourreau du poignard no 3476 (Vitrine H, p. 80).
3615. — Bronze et argent.
Poignard composé d'une lame en bronze très lourd,
et d'un disque d'argent servant de poignée. Pour s'en
servir, appuyer le disque sur la paume de la main,
et passer la lame entre l'index et le médium.
3617. — Or et argent.
Deux petites mouches (cfr. no 3595, p. 82).
3628. — Ebène, or et bronze doré.
Miroir de la reine Ahhotpou.
Il faut joindre à cette énumération un assez grand
nombre de bracelets et d'anneaux de jambe, en or
massif ou creux (no 3629, 3630 etc.), des débris de
bracelet (no 3632), et plusieurs piàces de moindre intérêt,
enfin une barque en argent (no 2966) et une tête
de lion en bronze (no 2955) qui sont exposées dans
l'armoire X. Les seules collections de bijoux qu'on

puisse comparer à celle-là sont au Louvre et à Berlin:
encore ces deux musées sont-ils loin de posséder des
objets aussi soignés d'exécution que le poignard d'Ahmos
ou la Chaîne no 3477.
3447. — Or. — (Mariette, Abydos, t. II,
pl. 40 a, b, et t. III, p. 527 — 529, no 1370.)
Au mois de Juin 1859, on découvrit à Abydos un
sarcophage en calcaire grossièrement taillé et sans
inscription. Le cercueil en bois qu'il renfermait et
la momie étaient tellement gâtés par l'humidité,
qu'ils tombèrent en poussière dès qu'on y toucha.
De chaque côté de la tête étaient disposées deux
boucles d'oreille, formées d'un gros disque garni à
la circonférence d'une gorge de poulie. D'un côté
du disque, on voit cinq uraeus, de l'autre, le nom
et le prénom de Ramsès XIII. Cinq uraeus coiffées
du soleil sont suspendues au-dessous et soutiennent
sept autres uraeus pareilles au bout de sept chaînettes
en or.
Des boucles de cette taille ne se portaient pas aux
oreilles: on les attachait à la perruque, de chaque
côté de la figure. — XXe dyn.
3624. — Or. — (Mariette, Abydos, t. III,
p. 527, no 1370.)
Sur la poitrine de la même momie était un collier,
cousu aux linges du maillot. Il consistait en
cinquante-huit petites égides d'or, dont il ne subsiste
plus que les quarante et une réunies sous le no 3624.
Elles sont d'un travail fort délicat et surmontées,

sept d'une tête de lionne représentant la déesse Sokhit,
trois d'une tête d'Hor enfant, deux d'une tête
de bélier, deux d'une tête d'épervier, le reste de la
tête d'Isis. — XXe dyn.
3479. — Emeraude et or.
Une émeraude brute, enfermée dans un réseau d'or
dont les mailles ont dû être soudées successivement
l'une après l'autre, sans que la pierre ait souffert
en rien. — XXe dyn.
3538. — Or.
Vingt plaques travaillées au repoussé et ayant fait
probablement partie d'une ceinture de cérémonie. Sur
chacune d'elles, l'image d'Ormuzd ailé. Ces objets
auront appartenu à quelque fonctionnaire perse de
séjour en Égypte. — Epoque persane.
Tméi el-Amdid.
3580. — Or. — Long. 0m 20.
Diadème de travail grec. Au milieu, une tête de Méduse
au repoussé, dont les cheveux se répandent en
ondes et couvrent la surface du bandeau. Une chaînette d'or relie les deux extrémités: elle passait sous
le chignon et maintenait le diadème en place.
3566—3572. — Or et pierres précieuses.
Dans ces dernières années, les fellahs ont trouvé,
en cherchant du sebakh dans les ruines de l'ancienne
Bubaste, un grand nombre de bijoux d'époque romaine
et byzantine. Les bracelets inscrits sous les
no 3566—3572 proviennent de cette localité.
La plupart des bijoux non décrits que renferme
la vitrine H, bagues, anneaux, bracelets, boucles

d'oreilles, chaînes, petits amulettes, sont de basseépoque
et n'ont aucun mérite artistique. Les procédés
de soudure et de ciselure sont assez perfectionnés
et donnent une idée satisfaisante du savoir-faire
des orfèvres égyptiens.

Vitrine P.

M. Mariette avait rassemblé dans la vitrine P, de
petits objets historiques et des scarabées, qui y formaient
comme une petite chronologie par les monuments.
Presque toute la collection des scarabées a
été volée après l'inondation de 1878: j'en ai racheté
une quarantaine à la fin de 1882, mais je n'ai pas
encore réussi à combler les lacunes que cet accident
a produites dans la série des noms royaux.
3885. — Calcaire blanc. — H. 0m 41;
large. 0m 30. — (Mariette, Abydos, II, pl. 52 a;
t. III, p. 439.)
Au centre de la vitrine est une stèle, où un prêtre
du roi Nakht-Set de la XXe dynastie, s'est fait représenter
en adoration devant ce Pharaon et sa femme
Tii Miisit. Dans le registre supérieur, le roi Ramsès
III, fils de Nakht-Set, fait l'offrande de l'eau et
du feu à la triade d'Abydos, Osiris, Hor et Isis. —
XXe dyn.
3884. — Etoffe de lin.
La pièce d'étoffe roulée qui est au pied de la stèle,
est, comme l'indique une inscription tracée à l'encre,
« la toile vénérable, faite pour le roi Pépi vivant à

jamais »: elle a donc aujourd'hui plus de cinq mille
ans. Nous avons trouvé, dans la pyramide du roi
Ounas, des morceaux d'étoffe aussi bien conservés
et plus vieux que celui-ci de quelques années. —
VIe dyn.
La série des scarabées et cartouches royaux commence
à droite de la stèle, au premier étage. Elle
s'étend des temps mythiques à la conquête macédonienne.
3639. — Email vert. — H. 0m 014, et
3682. — Email blanc. — H. 0m 013. — (Mariette, Abydos, t. III, p. 535, no 1379.)
Scarabée au nom du dieu Shou, fils de Râ, l'un
des rois-dieux de l'Égypte.
3640. — Jaspe noir. — H. 0m 02.
Scarabée au cartouche d'Osiris, roi-dieu de l'Égypte.
3641. — Email vert. — H. 0m 058.
Petit couvercle de vase au nom du roi Snofrou.
— IIIe dyn.
3642. — Email bleu. — H. 0m 011.
Scarabée au nom de Menkoourî (Mycerinus). Cfr.
no 3643, 3647 — 3649. — IVe dyn.
Sân.
3644. — Email vert. — H. 0m 057. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 32.)
Amulette en forme de cartouche, au nom de Tatkerî
Assi. — Ve dyn.
3645. — Email vert. — H. 0m 015. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 32.)
Scarabée au nom d'Ounas, dernier roi de la Ve dynastie.
Mit-Rahinéh.
3646. — Schiste émaillé vert. — H. 0m
022. — (Mariette, Abydos, t. II, pl. 40f t. III,
p. 536, no 1382.)
Scarabée au nom de Pépi, vivant à toujours. —
VIe dyn.
3650. — Email bleu. — H. 0m 019.
Scarabée au prénom Nibtoouïrî, du roi Monthotpou
III. — XIe dyn.
Drah abou 'l Neggah.
3651. — Email vert. — H. 0m 02. — (Mariette,
Abydos, t. III, p. 549, no 1419.)
Cylindre au cartouche Amenemhâït. — XIIe dyn.
3652. — Schiste émaillé vert. — H.
0m O17.
Amulette en forme de double cartouche. D'un
côté, les prénoms d'Ousirtasen II et III; de l'autre,
le cartouche d'Ahmos Ier de la XVIIIe dynastie. Il
n'est pas nécessaire de supposer qu'un roi de la
XIe dynastie s'est appelé Ahmos: la popularité des
rois de la XIIe dynastie était grande à Thèbes, pendant
toute la durée du' Nouvel-Empire, et explique
le rapprochement de leurs noms avec le nom d'Ahmos.
— XVIIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
3653. — Schiste. — H. 0m 015.
Scarabée au cartouche Ousirtasen. — XIIe dyn.
3654. — Email vert. — H. 0m 034.
Scarabée au prénom Khâkhopirrî d'Ousirtasen II
(cfr. no 3655 — 3656, 3658).
3657. — Email vert. — H. 0m 021. —
(Mariette, Abydos, t. III, p. 549, no 1419.)
Cylindre au cartouche Noubkoourî d'Amenemhâït II.
3659. — Email vert. — H. 0m 019. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 32.)
Scarabée au cartouche Khâkerî d'Ousirtasen III
(cfr. no 3660, 3661).
Kom Abou-Khanzîr.
3662. — Email vert. — H. 0m 012.
Cartouche d'Amenemhâït III.
3663. — Email vert. — H. 0m 022.
Cylindre au cartouche de Skhemrâkhoutoouï, Sobkhotpou
III. — XIIIe dyn.
3664. — Email vert. — H. 0m 022. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 48 j.)
Scarabée au nom de Souazrâskhemtoouï, Sobkhotpou
II, fils de la reine Wouap … — XIIIe dyn.
3665. — Email vert. — H. 0m 026. —
(Mariette, Abydos, t. III, p. 536 — 537, no 1383.)
Scarabée au cartouche de Skhemâsouaztoouï,

Sobkhotpou IV, fils du prêtre Monthotpou. — XIIIe dynastie.
3666. — Email vert. — H. 0m 023. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 48 p.)
Scarabée au nom de Khâhotpourî Sobkhotpou VII.
— XIIIe dyn.
3667. — Email vert. — H. 0m 024. —
(Mariette, Abydos, t. III, p. 536 — 537, no 1383.)
Scarabée au nom de Khasosshourî Nofirhotpou II,
fils du prêtre Hâonkhf. — XIIIe dyn.
3668. — Email vert. — H. 0m 023. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 48 0.)
Scarabée aux noms de Mirinofirrî Aï. — XIVe dyn.
3669. — Email vert. — H. 0m 026. —
(Mariette, Abydos, t. III, p. 538, no 1391.)
Scarabée au nom d'un roi de la XIVe dynastie
Mâabrî (cfr. 3670—3672).
3675. — Email vert. — H. 0m 021. —
(Mariette, Abydos, t. III, p. 538, no 1391.)
Scarabée au nom d'un roi de la XIVe dynastie Khânofriti.
3684. — Email vert. — H. 0m 014. —
(Mariette, Abydos, t. III, p. 537, no 1384.)
Scarabée au prénom de Nibpehtirî d'Ahmos Ier.
— XVIIIe dyn.
3685. — Email vert. — H. 0m 017.
Scarabée au nom Ahmos Nofirtari de la femme
d'Ahmos Ier (cfr. no 3694). — XVIIIe dyn.
3686. — Email vert. — H. 0m 017.
Scarabée d'Amenhotpou I (cfr. no 3689—3692.) —
XVIIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
3695. — Email vert. — H. 0m 019.
Scarabée au prénom Aakhopirkerî de Thoutmos Ier
(cfr. no 3696). — XVIIIe dyn.
3697. — Email bleu. — H. 0m 018.
Amande au prénom Akhoprinrî de Thoutmos II.
— XVIIIe dyn.
3698. — Email bleu clair. — H. 0m 03.
Sceau du Temple d'Ammon dans Bouto, au cartouche
de la reine Hatshopsitou (cfr. no 3699—3702).
— XVIIIe dyn.
3703. — Email bleu sombre. — H. 0m 02.
Sceau en forme de cartouche au prénom Menkhopirrî
de Thoutmos III (cfr. 3704—3733). — XVIIIe dyn.
3734. — Email bleu. — H. 0m 02.
Scarabée au prénom Aakhopirourî d'Amenhotpou II
(cfr. no 3735). — XVIIIe dyn.
3736. — Email bleu. — H. 0m 018.
Scarabée au prénom Mânibrî d'Amenhotpou III
(cfr. no 3737—3742, 3744—3749). — XVIIIe dyn.
3743. — Email vert. — H. 0m 051.
Scarabée. Sur le plat, la légende Mânibrî, qui se
lève comme le disque solaire
, où l'on sent déjà l'influence
du culte d'Aten, qui devint prédominant sous
le roi suivant Amenhotpou IV. — XVIIIe dyn.
3753. — Email vert. — H. 0m 048. —
(Don de M. Insinger.)
Scarabée au nom de l'épouse principale Tii, femme
d'Amenhotpou III. — XVIIIe dyn.
Ile de Saï en Nubie.
3751. — Email bleu. — H. 0m 029. —
(Mariette, Abydos, t. III, p. 549, no 1422.)
Scarabée au nom du roi Toutonkhamon. — XVIIIe
dynastie.
3752. — Email bleu. — H. 0m 021.
Scarabée au prénom Sorkhopriourî-sotpenrî d'Harmhabi
(Armaïs), appelé improprement Horus. — XVIIIe
dynastie.
3754. — Schiste. — H. 0m 019. — (Mariette, Mon. Div., pl. 32.)
Cartouche-prénom Menpehtirî de Ramsès Ier. —
XIXe dyn.
Kom Abou-Khanzîr.
3755. — Email vert. — H. 0m 014.
Cartouche-prénom Menmarî de Séti Ier Minephtah
(cfr. no 3756—3759). — XIXe dyn.
3760. — Email blanc. — H. 0m 011.
Cartouche-prénom Ousirmarî de Ramsès II, pendant
les premières années de son règne. — XIXe dyn.
3761. — Email vert. — H. 0m 017.
Scarabée au prénom Ousirmarî-sotpenrî de Ramsès
II (cfr. no 3762—3772). — XIXe dyn.
3773. — Email bleu. — H. 0m 015. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 32.)
Scarabée au prénom Ousirkhopirrî - sotpenrî de
Séti II (cfr. no 3774). — XIXe dyn.
Kom Abou-Khanzîr.
3778. — Or. — H. 0m 032.
Petite feuille en or, sur laquelle est gravé à la pointe
le cartouche de Siamoun-Miamoun Hrihor (cfr. no 3779,
3780, 3840, 3841 etc.). — XXIe dyn.
3783. — Lapis-lazuli cerclé d'argent. —
H.
0m 029. — (Mariette, Abydos, III, p. 539,
no 1392.)
Scarabée aux cartouches de Shishonq Ier, le Shishak
de la Bible (cfr. no 3784). — XXIIe dyn.
3785. — Email vert. — H. 0m 017. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 32.)
Scarabée d'Osorkon II. — XXIIe dyn.
3783. — Email vert. — H. 0m 013. —
(Mariette, Abydos, t. III, p. 548, no 1415.)
Petite plaque au cartouche Aakhopirrî de Sheshonq
IV. — XXIIe dyn.
3786. — Email vert. — H. 0m 053. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 29 d.)
Scarabée aux noms de Sabacon (cfr. no 3781—3782).
— XXVe dyn.
Mit-Rahinéh.
3787. — Email blanc. — H. 0m 022. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 48 s.)
Scarabée de la reine Ameniritis, fille du roi éthiopien
Kashti et soeur de Sabacon (cfr. no 3778). —
XXVe dyn.
Déir el-Médinéh.
3789. — Email vert. — H. 0m 012. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 32.)
Scarabée au nom de Psamitik. — XXVIe dyn.
Kom Abou-Khanzîr.
3790. — Email vert. — H. 0m 05.
Petite plaque au prénom d'Apriès. — XXVIe dyn.
3791. — Email bleu. — H. 0m 052.
Cartouche de Nectonabo Ier. — XXXe dyn.
3844. — Bois. — Long. 0m 26.
On a trouvé, depuis le commencement du siècle,
un grand nombre d'instruments votifs en bois ou en
bronze, qui avaient servi au roi Thoutmos III et à
la reine Hatshopsitou, lors de la fondation d'une des
chapelles du temple de Déir el-Baharî. L'instrument
coté no 3884 est un modèle d'herminette : il
est au cartouche de Thoutmos III (cfr. no 3851). —
XVIIIe dyn.
Déïr el-Baharî.
3845. — Bronze. — Long. 0m 175.
Modèle de lame de ciseau en bronze, au cartouche
d'Hatshopsitou, provenant du même fonds que l'objet
qui précède (cfr. no 3931—3934).
3850. — Calcaire. — H. 0m 13.
Petit modèle de buste royal (cfr. Armoires R et Q).
3852—3860, 3874—3678. — Bronze. —
H.
moyenne 0m 03 et 0m 05. — (Mariette, Mon.
Div.
, pl. 103.)
Ces petits cubes proviennent du temple de Tanis.
Ils semblent avoir servi de pieds à des coffrets en
ivoire et en bois précieux, analogues au coffret du roi
Ramsès IX, qui est dans la Salle des momies royales.
Chacun d'eux porte, gravés au trait, puis relevés d'argent,
des noms de divinités, le cartouche du dieu
Thébain Khonsou, une bannière royale Sonkhtaouï
que je ne sais à quel roi donner, le nom d'une princesse
Nibhoteptiou, etc. Le style des inscriptions nous
ramène à la XXIe dynastie, plutôt même à l'époque
saïto-persane.
Sân.
3867. — Bois. — Long. 0m 14.
Etui à poudre d'antimoine. Il porte le prénom d'Amenhotpou
III et celui de sa femme Tii. — XVIIIe dyn.
3870. — Terre émaillée. — H. 0m 14;
diam. 0m 18.
Ce beau vase provient de la collection Huber. Il
a malheureusement perdu le goulot. Les deux cartouches

qu'il porte sont ceux d'Amenhotpou III et
de sa femme Tii. — XVIIIe dyn.
3871. — Schiste. — H. 0m 07. — (Mariette,
Abydos, III, p. 537, no 1387.)
Ce scarabée, dont chaque Musée de l'Europe possède
au moins un exemplaire, a été gravé à l'occasion
du mariage d'Amenhotpou III avec la reine Tii,
fille d'Iouaa et de la dame Touaa: il nous apprend
que l'Égypte s'étendait alors du pays de Gari, en
Éthiopie, jusqu'au Naharina.
Il y a peu de personnages sur lesquels on ait émis
autant de conjectures que sur la reine Tii. On a affirmé
qu'elle était étrangère: 10 à cause du nom de
son père et de sa mère; 20 parce que son tombeau,
dans la Vallée des Reines, à Thèbes, la représente
avec les yeux bleus et les joues roses. La réponse à
ces raisons a déjà été faite. 10 Les noms Iouaa, Touaa,
Tii, loin d'être étrangers, sont du plus vieux fond
égyptien et se trouvent sur les monuments de l'Ancien
Empire. 20 Le tombeau de la Vallée des Reines
n'est pas celui de la reine Tii, femme d'Amenhotpou
III, mais d'une reine Diti de la XXe dynastie:
c'est donc cette reine, et non Tii, qui a les joues
roses et les yeux bleus, où l'on a voulu reconnaître
des marques d'origine étrangère. — XVIIIe dyn.
3872. — Schiste émaillé. — H. 0m 065.
— (Mariette, Abydos, III, p. 538, no 1388.)
La longue inscription gravée sur ce scarabée raconte
que le roi Amenhotpou III avait tué cent deux

lions de l'an I à l'an X de son règne. — XVIIIe dynastie.
3873. — Schiste. — H. 0m 05.
Gros scarabée brisé de Ramsès III. — XXe dyn.
3882. — Email bleu. — H. 0m 131.
Cette tablette porte le cartouche de Psioukhânou
Miamoun, roi de la XXIe dynastie. Elle a été trouvée,
ainsi que beaucoup d'autres au nom du même
roi, sous le dallage d'une des salles du grand temple
de Tanis (cfr. nos 3899, 3906). — XXIe dyn.
Sân.
3898. — Porcelaine verte. — H. 0m 047.
Petit épervier de travail fort délicat, perché sur un
socle, entre deux tables d'offrandes. Le socle porte
le cartouche-prénom du roi Neko II. — XXVIe dyn.
Sérapéum.
3901 — 3902. — Albâtre. — H. 0m 156. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 54 g.)
Vase. Il porte, sur la panse, le nom de Mirenrî,
et, sur le couvercle, celui de Nofrikerî Pepi II, frère
et successeur de Mirenrî. — VIe dyn.
Éléphantine.
3903. — Terre émaillée bleue. — H.
0m 14.
Statuette funéraire du roi-prêtre Pinotm II (Don
de M. Letourneux, 1881). — XXe dyn.
Louxor.
3904. — Terre émaillée verte. — H.
0m 16. — (Mariette, Abydos, t. III, p. 64,
no 412.)
Statuette funéraire de la reine Isis. — XXe dyn.
3910. — Terre émaillée bleue. — H.
0m 30. — (Mariette, Abydos, t. II, pl. 60; t. III,
p. 63, no 409.)
Statuette funéraire du roi Ramsès IV. — XXe dynastie.
3914. — Terre émaillée bleue. — H.
0m 148.
Scarabée aux deux cartouches d'Apriès. — XXVIe
dynastie.
3921. — Albâtre. — H. 0m 14.
Fragment de vase sur lequel on lit la légende d'un
roi Menkhopirrî, dont le nom, martelé avec soin, devait
se lire probablement Séti, comme celui du roi
qui a consacré la stèle C 100 du Louvre. Ce roi,
qui ne régna que sur la Thébaïde, vivait à la fin de
la XXVe ou au commencement de la XXVIe dynastie.
3925. — Schiste émaillé violet. — H.
0m 07. — Don de M. Henri Pereire. — (Mariette,
Mon. Div., pl. 48 a.)
Petit coeur, sur lequel est gravé le chapitre du
Livre des Morts relatif au coeur. La formule est consacrée
au roi Séti Ier. — XIXe dyn.
Assassif.
3927. — Email vert. — H. 0m II.
Statuette funéraire du Pharaon Niforit. — XXIXe
dynastie.
Tell-et-Tmaï.
3928. — Feldspath vert. — H. 0m 07;
long. 0m 12; larg. 0m 048.
Petit sphinx brisé aux cartouches d'Apriès. —
XXVIe dyn.
3937—3939. — Cire.
Vers la XXVIe dynastie, l'habitude s'établit de sceller
les lettres et les actes publiques, non plus avec
de la terre glaise comme auparavant, mais avec de
la cire. Les sceaux ont survécu aux papiers qu'ils
fermaient, et j'ai acquis récemment les trois qui sont
au Musée sous les nos 3937—3939. Le no 3937 porte
l'empreinte du cartouche d'Amasis (H. 0m 03); le
no 3938, le nom de Psamitik (H. 0m 022); le no 3939
le nom Menkhopirrî, avec la figure d'un singe marchant
à quatre pattes (H. 0m 023). — XXVIe dyn.
3944—3948. — Parchemin et cuir rouge.
Vers la fin de la grande époque thébaine, les momies
portaient sur leur maillot des bretelles en toile,
terminées par des bouts en parchemin bordés de
cuir rouge. Ces bouts en parchemin, fabriqués par
les prêtres, portaient ordinairement, comme marque
d'origine, une scène d'adoration à Ammon-Râ par
le grand-prêtre ou par le roi régnant. Les nos 3944
(H. 0m 008), 3946 (H. 0m 07), 3947 (H. 0m 072), 3948
(H. 0m 086) portent les cartouches d'Osorkon Ier, le

no 3945 (H. 0m 067) est illisible, mais vient du même
fond que les numéros précédents. — XXIIe dyn.
Assassif.
3952. — Albâtre. — H. 0m 097.
Petit vase au cartouche du roi Teti. — VIe dyn.
3960. — Basalte vert. — H. 0m 15; larg.
0m 12. — (Mariette, Karnak, pl. 45 a.)
La statue représentait le roi Taharqou. Il n'en
reste plus que les pieds et la base. Sur la tranche,
une série de vingt-huit captifs enchaînés (quatorze
nègres et quatorze Asiatiques) donne l'énumération
des peuples soumis par le roi. Au premier rang, figurent
la Palestine et l'Assyrie. — XXVe dyn.

Armoires R et Q.

Sauf l'étage du bas qui est occupé par des statuettes
funéraires d'époque gréco-romaine, les deux
armoires R et Q sont remplies par des modèles de
sculpteur, trouvés en différents endroits. Cette collection,
unique en son genre, nous montre comment
on s'y prenait en Égypte, pour former les artistes
et les ouvriers employés à la décoration des temples
et des tombeaux.
Armoire R. Les modèles de tête royale que possède
le Musée sont au nombre de vingt-neuf, dont
quinze proviennent de Saqqarah, onze de Sân, et
trois de Crocodilopolis (Mit-Farès), dans le Fayoum.
La série de Saqqarah, la plus complète de toutes,

est aussi la plus instructive: c'est une véritable suite
d'exercices gradués, destinée aux élèves sculpteurs.
Le no 3358 (H. 0m 23) nous fournit le point de départ,
avec une tête à peine ébauchée. En regardant
sur la face plane de derrière, on y distingue encore,
tracées à la pointe, les traits de proportion qui indiquaient
la place des yeux, du nez, de la bouche
et de toutes les parties du visage. La figure employée
comme modèle était évidemment celle du roi
régnant. C'était celle que les sculpteurs avaient le plus
souvent à reproduire, aussi l'étudiaient-ils avec soin,
de face et de profil, jusque dans ses moindres détails.
Le no 3359 (H. 0m 21) nous montre en effet, vu de profil,
le même personnage que tous les autres modèles
nous montrent de face. Deux modèles de pied, découverts
à Sàn, no 3373 et no 3374 (long. 0m 125),
nous prouvent qu'on appliquait aux autres membres
le procédé qui réussissait si bien pour la tête. Le
no 3366 (H. 0m 12; long. 0m 346; larg. 0m 115) est
un modèle d'architecture: il représente un petit autel,
auquel on arrive, d'un côté par deux petits escaliers,
de l'autre par deux rampes assez raides, où l'on se
proposait probablement de tailler des marches.
Armoire Q. — Les petites dalles no 3382—3413,
découvertes à Tanis, sont, pour le graveur d'hiéroglyphes
et de bas-reliefs, ce que les bustes royaux étaient
pour le statuaire. Quelques - unes d'entre elles ont
été travaillées sur les deux faces (no 3405, 3412,3413);
quelques autres indiquent le procédé à suivre pour
ébaucher la figure. Les nos 3401 et 3407, par exemple,
sont de véritables modèles de lettres. Les plus remarquables
de ces pièces, celles au moins qui ont

pour nous le plus de valeur artistique, sont les deux
profils de Bast à tête de lionne (no 3386, H. 0m 18;
no 3387, H. 0m 16), le fragment de bélier no 3393
(H. 0m 13), et la tête de cynocéphale no 3395 (H. 0m 12).
Le tout paraît se rapprocher du faire saïte et ptolémaîque.
Les six autres armoires appliquées aux piliers contiennent
une foule de menus objets qui servaient à
l'ordinaire de la vie. Quelques-uns ont été trouvés
dans les ruines des villes, la plupart proviennent des
tombeaux. La même conception qui avait déterminé
les égyptiens à déposer avec les morts des vivres
et des boissons, les engageait à mettre, soit sur la
momie même, soit dans le voisinage immédiat, tous
les ustensiles, toutes les étoffes, tous les jouets dont
on se servait en ce monde. La vie d'outre-tombe
était identique à la vie terrestre et en reproduisait
les moindres détails. L'Égyptien vivant aimait passionnément
le jeu de dames; l'Égyptien défunt devait
l'aimer de même, et on lui faisait cadeau d'un damier
pour qu'il pût satisfaire sa passion. L'Égyptien
vivant se fardait, se noircissait les yeux, portait perruque:
on mettait avec l'Égyptien défunt les fards
et les perruques nécessaires. Quelquefois, les objets
même que le vivant avait aimés, on les laissait au
cadavre. Souvent, on en fabriquait de semblables,
qu'on décorait de légendes funéraires. Le plus souvent,
on se contentait de reproductions plus ou moins
soignées, plus ou moins réduites, des objets usuels,
et on donnait au mort un véritable mobilier de poupée.
Il ne faut donc pas croire que tous les ustensiles
employés à l'ordinaire de la vie avaient l'aspect

et les dimensions des ustensiles exposés dans les
vitrines: si quelques-uns auraient pu servir indifféremment
en ce monde et dans l'autre, la plupart
n'étaient que des trompe-l'oeil, et n'auraient été pour
le vivant que des joujoux inutiles ou incommodes.

Armoire Y.

3240. — Faïence bleu. — H. 0m 13; long. 0m 21.
Hippopotame debout marchant dans un marais. Le
dessinateur a tracé à l'encre noire, sur le corps de la
bête, des roseaux, des lotus, au milieu desquels volent
des oiseaux et des papillons: c'est une manière
naïve de montrer l'hippotame dans son milieu habituel.
Ce curieux morceau a été découvert dans une
tombe de la XIe dynastie, avec l'hippopotame no 3340
(même armoire, rayon du bas) et un troisième hippopotame
aujourd'hui perdu.
Drah abou 'l neggah.
Le rayon situé immédiatement au-dessous de l'hippopotame,
contient de magnifiques spécimens de verres
transparents ou colorés. L'art de la verrerie était déjà
prospère au temps où l'on construisait les pyramides:
les tombeaux de Saqqarah nous ont fourni plus
d'un exemple du verrier soufflant dans sa canne, et
les peintures des tombeaux postérieurs prouvent, qu'à
la XIIe et à la XVIIIe dynastie, les Égyptiens savaient
fabriquer des vases en verre coloré, d'une élégance
et d'une richesse étonnantes. Il est malheureusement
fort difficile de déterminer l'âge des verreries que

nous possédons: la plupart doivent être d'époque
ptolématïque. On a pris l'habitude de les attribuer
aux Phéniciens ou aux Chypriotes; mais, sans parler
des figures reproduites dans les tombeaux, les
objets que renferment les musées ont des formes
qu'on ne trouve qu'en Égypte. C'est en Égypte seulement
qu'on a pu fabriquer les coeurs, les colonnettes
et les amulettes que contiennent les vitrines de la Salle
funéraire. Loin donc de retirer à l'industrie égyptienne
la plupart des verres trouvés en Égypte, je
serais assez porté à croire qu'une partie des verreries
dites phéniciennes et chypriotes ont été fabriquées
en égypte et envoyées à l'étranger, comme
objets de commerce courant. Il me suffira de signaler
les nos 3252 (H. 0m 076), 3253 (H. 0m 115), 3254
(H. 0m 105), 3257 (H. 0m 07), 3258 (H. 0m 092), 3261
(H. 0m 08), 3266 (H. 0m 065), 3268 (H. 0m 07): une
description ne pourrait jamais rendre la grâce des
formes, la richesse et l'harmonie des couleurs, la
finesse de la pâte. Les fioles à long goulot, no 3251
(H. 0m 23), 3265 (H. 0m 065) etc. étaient des fioles
à parfums: l'usage s'en est continué après la conquête
musulmane, et je ne serais pas étonné si plusieurs
de celles que nous possédons étaient de fabrication
arabe.
3255. — Email vert. — H. 0m 076.
Tête rase, probablement du dieu Imhotpou, fils
de Phtah. La finesse des traits et la perfection du
modelé justifient le surnom que lui donnaient les
Égyptiens de Dieu à la belle face. — Ep. Saïte.
Mit-Rahinéh.
3262. — Email blanc, bleu, jaune et violet.
— H. 0m 195. — (Mariette, Abydos, III,
p. 61 — 68.)
Cette statuette est la plus belle de toutes les statuettes
funéraires connues jusqu'à présent. Sur un
fond blanc, les hiéroglyphes et les détails de sculpture
ont été gravés en relief, puis remplis de pâtes
vitrifiées à la cuisson. Le visage et les mains sont
bleu-turquois; la coiffure est jaune à raies violettes,
violets également sont les hiéroglyphes et le vautour
qui déploie ses ailes sur la poitrine. Le tout est harmonieux
et fondu, sans que la moindre bavure d'un
émail émousse la netteté du trait. Ce résultat est
d'autant plus remarquable que, les verres employés
pour obtenir les couleurs, sont fusibles à des températures
assez différentes, et que la statuette a dû
être passée au feu un certain nombre de fois avant
d'être achevée.
Cette statuette unique en son genre, appartenait
à un nomarque, premier prophète d'Ammon, du nom
de Phtahmos. — XXe dyn.
3267. — Bois. — H. 0m 06; long. 0m 12.
Veau couché, d'un travail fort délicat, creusé pour
servir de boîte: la tête et le dos de l'animal s'enlèvent
et font couvercle. — XXe dyn.
3270. — Bois. — H. 0m 065.
Les Égyptiens des deux sexes aimaient à s'agrandir
l'oeil, en le cernant d'un trait noir qui finissait
sur la tempe; ils mettaient aussi, à certaines époques,
des fards de diverses couleurs, verts ou bleuâtres,

sous la paupière infèrieure. L'opération destinée à
donner à l'oeil une teinte noirâtre, se faisait au moyen
d'un poinçon ou d'une aiguille mousse, qu'on passait
autour du globe pour y introduire la poudre d'antimoine.
Ces aiguilles et les vases destinés aux poudres
et aux fards ont cent formes diverses. Le nO 3270
est en bois et taillé de manière à figurer quatre étuis
longs, collés deux à deux l'un contre l'autre. Une
petite femme nue est debout contre le devant de la
boîte. Les quatre étuis contiennent encore des restes
de fards desséchés. La longueur de l'aiguille est de
0m 069. — XXe dyn.
3273. — Bronze. — H. 0m 078.
Petit prêtre agenouillé: il tient de la main droite
un vase à libations, dont il verse le contenu sur une
table d'offrandes qu'il a dans la main gauche. —
Ep. saïte.
3274—3276. — Bois. — H. 0m 208, 0m 185,
0m 175.
Sous les dynasties thébaines, on avait pris l'habitude
de remplacer les statues en pierre ou en bois
de grandes dimensions, qu'on déposait jadis dans les
tombeaux, par des statuettes en bois de plus en plus
petites. Beaucoup d'entre elles étaient fort soignées,
et le Musée de Turin en posséde une vingtaine, dont
quelques-unes sont comparables aux plus beaux ouvrages
de l'Ancien Empire. Le no 3274 et les deux
suivants de notre Musée, sans être des chefs-d'oeuvre,
sont d'un art très fin et très délicat. Ce sont trois personnages,
revêtus du costume d'apparat de la XXe dynastie:

ils marchent droit devanl eux, d'un mouvement
mesuré, le buste bien effacé, la tête haute. L'expression
de la physionomie, calme et rusée, montre
qu'on a voulu faire des portraits: les traits de la
face rappellent le type japonais plutôt que le type
égyptien ordinaire. Le plus grand des trois personnages
était un favori du roi, premier prophète de la
désse Oirthikoou, Hori, surnommé Râ. Aucune inscription
ne nous apprend quel nom portaient les individus,
au double desquels les deux autres statuettes
devaient servir de support. — XXe dyn.
3277. — Bois. — Long. 0m 226.
Une jeune fille nue, sauf une ceinture étroite qui
lui serre les hanches, nage, tenant la tête bien hors
de l'eau. Ses deux bras allongés soutenaient un canard
creusé en boîte, et dont les deux ailes, s'écartant,
formaient le couvercle. C'est un des motifs que
les dames égyptiennes préféraient pour leurs boîtes
à parfums: la jeune fille servait de manche, et le
canard recevait la pâte odorante. Tous les musées
d'Europe, et plus particulièrement le Louvre, possèdent
de jolis spécimens bien complets de cet ustensile;
nous n'avons jamais pu nous en procurer qui
fussent intacts. Pour se figurer ce qu'il devait être
au sortir des mains du fabricant, il faut mettre le canard
no 3283 (Long. 0m 226), mais en le rapetissant,
sur les bras de la jeune fille. — XXe dyn.
Drah abou 'l neggah.
3278. — Porcelaine bleue. — H. 0m 054.
Tête de statuette royale, peut-être Neko II ou

Apriès. Le salpêtre s'est mis dans ce petit monument
et le menace d'une destruction prochaine. —
XXVIe dyn.
Mit-Rahinéh.
3279. — Bois. — H. 0m I I I.
Cette petite statue est du même type et de la
même provenance que les nos 3274 — 3276. On remarquera
le petit oeil mystique qu'elle a au poignet:
c'est un exemple presque unique de la manière dont
les Égyptiens portaient fréquemment cet amulette.
— XXe dyn.
3285. — Bois. — Long. 0m 22.
Cuiller à parfums, représentant un chien qui se
sauve emportant un poisson dans sa gueule: le corps
du poisson est le bol de la cuiller. Le troisième rayon
de l'armoire renferme d'ailleurs une collection assez
heureuse d'objets de ce genre. Le no 3291 (H. 0m 202) est
un cartouche qui sort d'un lotus épanoui; 3292 (Long.
0m 164), une main qui tend un petit godet; 3295 (H.
0m 16), un fruit de lotus flanqué de deux boutons;
3296, une jeune fille qui, deboutsur une barque, cueille
des lotus: les fleurs et les fruits du lotus, réunis en
gerbe autour de sa tête, ont été creusés pour recevoir
le parfum. Le no 3312 (Long. 0m 28) est une
jeune fille comme le no 3277, etc. — XXe dyn.
3293. — Verre. — H. 0m 044.
Petit vase à Parfums. Les Pâtes bleues, jaunes et
blanches ont été disposées de manière à rendre l'effet
d'une couverture de paille fine qu'on aurait tressée
sur le verre.
3301. — Bois. — H. 0m 045.
Un singe debout tend un arc. L'obélisque dressé
en face de lui et qu'il semble viser, était la boîte qui
le renfermait. — Ep. Saïte.
3304. — Bois. — Long. 0m 11.
Bobine allongée, terminée à chaque extrémité par
une tête humaine: elle est encore chargée d'un fil
assez fin. — XXe dyn.
3289, 3305, 3306, 3314. — Emaux de diverses
couleurs.
Les fellahs découvrirent vers 1870, à Tell-Yahoudièh,
près de Shibîn el Kanatîr, les restes d'un temple
recouvert de briques et d'ornements en terre émaillés.
Les marchands d'antiquités et différents amateurs
du Caire réussirent à démolir en quelques mois
ce qui subsistait de ce monument unique en son
genre. Le British Museum et le Louvre ont acquis
plusieurs fragments provenant de Tell-Yahoudièh:
les débris réunis sous les trois nos 3289, 3305, 3306,
donnent l'idée de ce qu'était la décoration des murs.
Le no 3289 représente une tête de prisonnier nègre.
Le no 3306 est un fragment de bordure: le motif
principal en est une fleur de lotus flanquée de deux
boutons. Le no 3305 représente une variante assez
compliquée de l'oeil mystique. Le cartouche de Ramsès
III (no 3314) nous donne la date exacte de l'érection
du temple. — XXe dyn.
Tell-Yahoudièh.
3307. — Bois. — H. 0m 13.
Les éventails égyptiens se composaient d'un manche,

et d'une pièce centrale qui couronnait le manche
et dans laquelle venaient s'engager les plumes. Le
no 3307 est une pièce centrale: elle est formée de
deux planchettes minces entre lesquelles était logé
le ressort destiné à maintenir les plumes. Le ressort,
d'ordinaire en bois, a disparu; mais nous l'avons
trouvé encore intact dans la pièce no 2996 (Armoire
X
).
3315. — Bronze. — H. 0m 17.
Bast, à tête de chatte, est debout, vêtue d'une robe
rayée et brodée qui lui descend jusqu'au milieu du
mollet. Elle tient à la main gauche la tête de Sokhit,
avec le collier auquel on donne le nom d'égide. —
XXVIe dyn.
Sérapéum.
3317. — Bois. — H. 0m 185.
Un esclave chauve, à tête en pain de sucre, plie
sous le poids d'une grosse jarre. La jarre est le bol,
et l'esclave le manche d'une cuiller à parfums. La
plupart des musées de l'Europe possèdent des cuillers
de ce type. — XXe dyn.
3318. — Corne. — Long. 0m 143.
Epingle à cheveux terminée par un serpent lové.
— XXe dyn.
3326. — Bronze et bois. — H. 0m 26.
Miroir. La plaque en bronze: le manche en bois,
incrusté d'ivoire, représente une tête de Bes. Trouvé
dans une tombe de l'Ancien-Empire.
Sérapéum.
3327. — Bois. — H. 0m 21; larg. 0m 129.
Plaque en bois, où l'on a évidé avec sion les formes
d'un manche de miroir et de deux petits godets.
On y coulait de la cire sur laquelle on établissait
ensuite les moules qui servaient à la fonte des
objets en question.
3328 — 3331. — Email bleu. — H. moyenne
0m 20.
Quatre petits vases canopes sans inscription. —
XXe dyn.
3340. — Email bleu. — Long. 0m 18.
Hippopotame couchá dans les roseaux (cfr. no 3240).

Armoire U.

3033. — Email vert. — H. 0m o5.
Un petit singe, assis, soutient de ses deux mains
un grand plat, qui repose sur un chapiteau à feuilles
de palmiers. Brûle-parfums. — Ep. saïte.
3035. — Terre émaillée. — H. 0m 051.
Petit pot, en forme de tête de Bes coiffée de ses
plumes. — Ep. grecque.
Mit-Rahinèh.
3141. — Schiste. — H. 0m 185; larg. 0m 12.
Deux statuettes funéraires sont taillées dans une
même pierre: celle de la femme tient enlacée celle
du mari. Le collier a été doré. L'homme s'appelait
Mini et la femme Hontonou. — XXe dyn.
3142. — Papyrus. — Diam. 0m 092.
Balle d'enfant, en feuilles de papyrus découpées
et tressées. — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
3143. — Bronze. — Long. 0m 055.
Petit hoyau votif.
3148. — Verre transparent blanc. —
H.
0m 042.
Petit vase à fond plat.
3149. — Verre transparent bleu. — H.
0m 027.
Petit vase à côtes, dont le goulot est cassé. Les
côtes sont de la même pâte que le reste du vase;
mais la plus grande épaisseur du verre aux endroits
oú il forme bourrelet, leur donne une teinte plus
foncée.
3153. — Verre peint. — Diam. 0m 004.
Petite soucoupe, sur laquelle on a peint deux gazelles
courant à travers les roseaux.
3156. — Bois. — H. 0m 155.
Femme nue debout, les bras collés aux hanches.
— XXe dyn.
3159. — Bois. — H. 0m 09.
Petite téte de jeune fille, cheveux ondés: une des
plus jolies oeuvres du ciseau égyptien. — Ve — VIe dyn.
Grandes-Pyramides.
3160. — Cristal de roche. — H. 0m 108.
Fiole votive. Le goulot a été seul creusé: le corps

du vase est resté plein, soit que l'on ait voulu représenter
un vase rempli d'eau, soit que l'ouvrier ait
craint de casser la matière précieuse qu'il travaillait.
3164. — Bois. — H. 0m 11.
Petite boîte en forme de gazelle, les pattes liées:
le couvercle manque.
3165. — Jade rosé. — H. 0m 05.
Petit vase, au fond duquel on trouve encore des
traces de poudre d'antimoine.
3166. — Ardoise fine. — H. 0m 027.
Petit vase jadis recouvert d'émail bleu.
3172. — Bois et ivoire. — H. 0m 07; larg.
0m 064; long. 0m 09. — (Mariette, Mon. Div.,
pl. 51, h.)
Petit modéle de coffret à linge, en bois, à deux couleurs
et en ivoire. — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
3173. — Bronze. — Long. 0m 40.
Pince en forme de mains allongées, pour prendre
l'encens ou les charbons allumés. — XXe dyn.
Louxor.
3179. — Email vert. — H. 0m 067; long.
0m 354; larg. 0m 176.
Brique émaillée verte, sur laquelle sont tracés à
l'encre les cartouches de Ramsés III: pièce unique
jusqu'à présent. — XXe dyn.
Basse-Égypte.
3180. — Bois. — H. 0m 22.
Statuette de femme, analogue aux statuettes nos 3274,
3275, 3276, 3279 (Armoire Y, p. 106 et 108). La dame
Honttoou est debout en costume d'apparat: elle a au
cou un collier d'or et serre un bouquet contre sa
poitrine. — XXe dyn.
3181. — Bois. — H. 0m 08.
Petite tortue, dont la carapace percée de trous servait
de pelotte. Les épingles à cheveux qu'on y voit
fichées sont en bois et ont pour tête un museau de chacal
ou de chien. — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
3182. — Bois et ivoire. — H. 0m 05;
long. 0m 265; larg. 0m 078. — (Mariette, Mon.
Div.
, pl. 51j.)
Boîte à jeu. Les cases et le tiroir sont incrustés
d'ivoire; les panneaux portaient des sculptures, également
en ivoire, dont il ne reste que peu de chose.
Sept pions de différentes formes et de différentes
matières sont encore dans le tiroir: ces pions se nommaient
les chiens, comme dans la Grèce antique.
Chacune des deux grandes faces de la boîte porte
un jeu différent. A la face supérieure, douze cases,
disposées en quinconce sur trois lignes de quatre:
de la rangée du milieu part une bande divisée en huit
cases. La face inférieure est partagée en trente-six
cases, rangées également par trois séries de douze.
On ne sait trop comment on disposait les pions sur
les cases, ni d'apreès quelles règles on les mouvait.
Un passage du Conte démotique de Satni-Khamoi's
nous apprend, qu'une des façons de jouer s'appelait

le cinquante-deux. Les Égyptiens modernes ont deux
jeux qui doivent ressembler singulièrement aux jeux
anciens, le tab et le mounkalah: le mounkalah se joue
en soixante points (Lane, Modern Egyptians, 1837,
t. II, p. 51 sqq.).
La plupart des damiers proviennent des tombes,
et portent une légende qui souhaite une existence
heureuse au défunt. Le Livres des Morts renfermait
en effet un chapitre destiné à permettre au mort de
jouer aux dames dans l'autre monde. Le no 3182 a
été trouvé avec la momie d'Ak-hor. — XVIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
3183. — Bois. — H. 0m 057; long. 0m 38;
larg. 0m 11. (Mariette, Mon. Div., pl. 52 a.)
Damier au nom du Serviteur du roi dans ses expéditions
au Nord et au Midi, chef des mercenaires,
prophéte de Sa Majesté, Abibi. — XVIIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
2791. — Bronze. — H. 0m 155.
Miroir en forme de feuille de lotus: la tige de la
feuille fait le manche du miroir.
3195. — Jonc. — H. 0m 07.
Panier en jonc tressé de diverses couleurs. Il est
semblable, pour la forme et la nuance, aux paniers
qu'on fabrique encore aujourd'hui à Esnèh et à Assouân,
mais plus fin de travail. — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
3198. — Bois. — Long., 0m 18.
Ce joli monument est un modèle de corne à boire,

du genre de celles que les Grecs appelaient rhyton.
Le corps est en écorce, le bouchon en bois fin. La
partie inférieure d'où jaillissait le liquide en filet
mince, est une tête de vache en bois surmontée d'un
disque solaire. Je ne crois pas qu'un autre musée
possède une pièce du même genre. — XXVIe dyn.

Armoire V.

3126. — Bois. — H. 0m 21.
Vase votif. Il est plein, et porte sur le haut du
goulot des dessins simulant l'empreinte d'un cachet.
Il est peint en imitation de granit noir et porte sur
la panse une légende au nom du Chef-forgeron, modeleur
d'Ammon, Notmouoten. C'était un de ces vases
bon marché qu'on fabriquait à I'usage des morts, dont
la famille n'était pas assez riche pour se procurer
des vases réels en albâtre ou en granit. — XXe dyn.
3138. — Terre noire relevée de jaune.
— H. 0m 075.
Un cynocéphale accroupi tient devant lui un panier,
sur la face extérieure duquel la déesse Apit est figurée
debout. C'est un vase à collyre, comme le numéro
suivant 3138 en terre émaillée bleue.
3045. — Calcaire. — H. 0m 098.
Tête de statue de l'Ancien-Empire. L'exécution en
est fort remarquable et fait regretter la perte du
corps. — Ve — VIe dyn.
Grandes-Pyramides.
3047—3048. — Bronze et ivoire.
C'est avec intention qu'on a rapproché l'un de
l'autre ces deux manches de poignard en forme de
lion. Le no 3047, en bronze (Long. 0m 12) est assyrien
ou persan et provient de Bagdad; le no 3048 en
ivoire (Long. 0m 11) est égyptien. La manière dont le
même motif a été traité fait ressortir toute la différence
qu'il y a entre l'art assyrien et l'art égyptien.
L'assyrien a exagéré le mouvement et la physionomie
de la bête, au risque d'être brutal et disgracieux:
l'égyptien, tout en pliant les formes animales à l'emploi
auquel il les destinait, a su leur conserver un
air de dignité et de grandeur.
3057. — Ivoire. — H. 0m 122.
Etui à collyre en forme de colonne avec chapiteau
bulbeux: manquent le couvercle et le fond.
3059. — Couleur bleue.
Les trois petits paquets enregistrés sous ce numéro
sont tout ce qui reste de trois sachets remplis
de couleur. La toile qui les renfermait est pourrie
depuis longtemps, mais la pâte en a conservé les plis
et l'empreinte. La couleur est fabriquée avec ce que
les Égyptiens appelaient le mafkat artificiel, c'est-à-dire,
avec un verre coloré en bleu au moyen d'un
oxyde de cuivre, puis reéduit en poudrè. Le mafkat
vrai
était notre bleu d'outremer, c'est-à-dire, du lapislazuli
pilé et agglutiné en pastilles ou en pains.
3063—3069.
On a réuni dans ce coin de l'armire quelques

spécimeus curieux de pots et d'étuis à collyre. Le
no 3063, en pâte rouge (H. 0m 079) découpée à jour,
est porté sur un petit tabouret à quatre pieds qui fait
corps avec le vase lui-même. 3077 (H. 0m 15) a dû
appartenir à quelque pauvre diable: il est formé
d'un roseau creusé et d'un morceau de bois travaillé,
assez soigneusement reliés par une bande d'étoffe et
du fil. Le no 3066 (H. 0m 07) est un Phtah debout
sur les crocodiles: la tête évidée recevait la poudre
d'antimoine. Le no 3068 est un hérisson (H. 0m 054),
et le no 3069 (H. 0m 105) une sorte de flûte, formée par
cinq tubes d'inégale longueur en porcelaine verte.
Quelques-uns de ces vases sont accompagnés de
l'aiguille en bois ou en bronze qui servait à étendre
autour de l'oeil la poudre d'antimoine.
3075—3076.
Tous les menus objets de couleur diverse réunis
sous ces deux numéros sont des pions avec lesquels
les Égyptiens jouaient aux dames (cfr. no 3182, Armoire
U
, p. 114).
3080. — Jaspe vert. — H. 0m 06.
Vase en forme de coeur. D'un côté est gravé un
scarabée, de l'autre le chapitre XXX du Livre des
morts.
— Ep. saïte.
3081. — Terre émaillée. — H. 0m 34.
Malgré ses dimensions exigues, cette lête mérite
d'attirer un moment l'attention du visiteur: les traits
caractéristiques de la physionomie du nègre y sont
rendus avec une vérité qui fait honneur à l'habileté
de l'artiste. — Ep. saïte.
3090. — Schiste. — Long. 0m 07; larg.
0m 104.
Sur cette pierre, le scribe égyptien broyait, puis
délayait, avec un petit pilon (nos 3094, 3102, 3115),
l'encre et les couleurs dont il avait besoin pour écrire
et enluminer les manuscrits.
3092. — Porcelaine verte. — Long.
0m 07.
Petit encrier à deux godets, pour les deux encres
noire et rouge.
3093.
Il est assez difficile de définir l'emploi des petits
anneaux brisés en matières diverses (cornaline, verre
jaune, blanc, vert, rouge etc.) qui sont réunis sous
ce numéro. On les trouve en assez grand nombre
près de la tête et de la poitrine des momies.
3098. — Email bleu. — H. 0m 14.
Superbe buste d'Isis destiné à être porté sur un
bâton d'enseigne: le haut de la coiffure est brisé.
Les cartouches de Ramsés III nous donnent la date
exacte de ce petit monument. — XXe dyn.
3106. — Bronze. — Long. 0m 057; larg.
0m 08.
Table d'offrandes d'un aspect particulier. Elle représente
une sorte de plateforme, sur les côtés de
laquelle sont assis deux chacals et deux cynocéphales
se faisant face: trois petits personnages, agenouillés

dans le fond, présentent l'offrande et versent une libation.
— Ep. grecque.
3107. — Bronze. — H. 0m 36.
C'était une de ces enseignes qu'on promenait au
bout d'un bâton en tête des processions religieuses.
Un crocodile, posé sur une fleur de lotus, porte la barque
sacrée de Râ. Un naos, ouvert et vide, surmonté
d'un épervier couronné, en occupe le milieu. A l'avant,
on voit le chacal d'Apmatonou, puis le prêtre
qui tient à deux mains le vase à parfums, Hor à tête
d'épervier levant la pique, et deux personnages brisés.
Derrière le naos, Isis est debout avec Anubis à
tête de chacal, et deux Hor à tête d'épervier manient
les deux gouvernails. — Ep. saïte.

Armoire X.

2929. — Bois. — Long. 0m 375; larg. 0m 05.
Palette de scribe. Tout en haut, le cartouche de
Thoutmos III, et au-dessous, six godets accouplés, qui
renferment des pastilles de couleur vermillon, jaune
d'ocre, terre brûlée, jaune de chrome (gomme gute?),
blanc, bleu. Au-dessous, la fente où on logeait les
plumes et les pinceaux, et, de chaque côté, une prière
pour le scribe Thoutii, secrétaire du roi. — XVIIIe dyn.
2942. — Bois peint. — H. 0m 17.
Vase fictif de même espèce que le vase no 3126.
(Armoire V, p. 116.)
2949. — Argent. — Diam. 0m 15.
Ce beau vase a été trouvé dans les ruines de

Mendès (Tell-Tmaï), avec les nos. 2950 (H. 0m 09), 2960
(Diam. 0m 22), 2961 (Diam. 0m 075), 2968 (Diam.
0m 165). Ils faisaient partie du mobilier sacré du temple
et avaient été déposé dans une cachette, où ils sont
restés oubliés jusqu'à nos jours. Ils sont ornés de
lotus épanouis et de boutons au repoussé. L'un d'eux,
le no 2961, est un couvercle, dont la poignée est formée
de deux fleurs réunies par la tige. Rien n'indique
l'âge de ces objets; mais, qu'ils soient de l'époque
grecque ou de l'époque thébaine, le travail en
est purement égyptien. Ils sont identiques de tout
point aux vases d'or et d'argent, qu'on voit si souvent
représentés entre les mains des prêtres et des
rois, sur les murs des temples, à la XVIIIe et à la
XXe dynasties.
Tell-Tmaï.
2953. — Bronze. — H. 0m 103. — Don
de M. Maunier. — (Mariette, Mon. Div., pl. 48,
no b.)
Le dieu Harpochrate couronné est debout, le doigt
à la bouche. Le socle est orné de quatre cartouches:
10 Binpou, sur le devant; 20 Le dieu bon Nofirkerî,
à droite; 30 Ahmos, par derrière; 40 Le dieu bon
Souzenrî, à gauche. Le style de ce petit monument
semble nous reporter vers la XXe dynastie; mais les
noms dont il est chargé, appartiennent à la XVIIe.
Louxor.
2954. — Bronze. — H. 0m 018.
Anneau trop étroit pour avoir servi de bague:
le châton représente une gazelle couchée d'un travail
trés délicat. — Ep. Saïte.
2955. — Bronze.— H. 0m 03.
Téte de lion venant de la momie de la reine Ahhotpou
(cfr. no 3474, Vitrine H, p. 79). — XVIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
2957. — Pâte verte. — H. 0m 065. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 48 c.)
Ce scarabée est le seul souvenir qui nous reste
des grandes guerres de Neko II. Le Pharaon y est
représenté, sur le plat, debout, entre Isis, qui lui remet
son arme, et Nith, qui lui donne une petite image du
dieu guerrier Mont: deux prisonniers renversés occupent
le registre inférieur. Neko II est le Pharaon
qui battit à Magiddo le roi Josiah de Juda, et fut
battu à Karkémish par Naboukoudouroussour. —
XXVIe dyn.
2958. — Email bleu. — (Mariette, Mon.
Div.,
pl. 52 d.)
Vase à poudre d'antimoine en forme d'épervier
couronné: la couronne servait de bouchon. Sous le
pied, des asiatiques enchaînés: sur le pourtour de la
couronne, la légende d'Ahmos Ier. — XVIIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
2960. — Argent. — Diam. 0m 22.
L'un des vases de Tell-Tmaï (cfr. no 2949, p. 120).
2961. — Argent. — Diam. 0m 075.
Couvercle de vase provenant de Tell-Tmaï (cfr.
no 2949, Armoire X, p. 120).
2962. — Faience verte. — H. 0m 078.
Petite bouteille dont le goulot, aujourd'hui cassé,
était flanqué de deux petits cynocéphales accroupis
servant d'anse (cfr. no 2956). Le milieu du disque
est à jour. Le cartouche d'Amasis donne la date de
ce petit monument. — XXVIe dyn.
2963. — Bois noirci par devant, doré
par derrière. — H.
0m 077.
Amulette en forme de boucle de ceinture, au nom
de Séti ler.
2965. — Jaspe rouge. — H. 0m 035.
Tête de lion (cfr. nos 3474, Vitrine H, p. 79 et 2955,
Armoire X, p. 122). Sur le front, entre les deux
oreilles, le cartouche Mâkerî. Un autre cartouche renferme
le nom de la reine Hatshopsitou et sert de collier.
— XVIIIe dyn.
2966. — Argent. — Long. 0m 38.
Barque à dix rameurs et à un pilote, venant de
la reine Ahhotpou, comme la barque d'or no 3582
(Vitrine H). Les quatre petits anneaux qu'on remarque
sous la carène servaient à fixer la barque sur
un petit charriot à quatre roues. — XVIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
2967. — Email gris violet. — H. 0m 045.
Petit vase à poudre d'antimoine, sur la panse duquel
sont gravés les deux cartouches du Pharaon Ai.— XVIIIe dyn.
2968. — Argent. — Diam. 0m 165.
Un des vases de Tell-Tmaï (cfr. no 2949, p. 120).
2970. — Argent. — H. 0m 08; Diam.
0m 147.
Un des vases de Tell-Tmaï (cfr. no 2949, p. 120).
2975. — Calcaire noirci (?).—Long. 0m 04.
Osselet sculpté.
2976. — Email bleu.
Collection de quatorze pions pour jeu de dames
(cfr. Armoire V, no 3075, p. 118 et Armoire U,
no 3182, p. 114).
2977—2978.
Collection de bagues et d'anneaux brisés (cfr. Armoire
V,
no 3093, p. 119).
2979. — Email vert. — Long. 0m 18.
Coupe en forme de poisson au cartouche de Thoutmos
III. — XVIIIe dyn.
2981. — Albâtre. — H. 0m 074; larg. 0m 041.
Plaque au cartouche Sonkhkarî, aimé de Montou,
maître de Thèbes, d'un roi dont l'autre nom paraît
avoir été Amoni. — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
2984. — Email vert. — H. 0m 30. — (Mariette,
Mon. Div., pl. 34, a.)
Un homme, debout, a les mains appuyées sur un
petit naos posé à terre, et qui renferme Osirismomie.

La statuette est posée sur un socle assez haut,
couvert d'inscription sur toutes ses faces. Le personage
était prince héréditaire, et l'un des principaux
officiers du roi: il s'appelait Nofirabrî. — XXVIe dyn.
Kom el Qalâa.
2985. — Matiéres diverses.
Collection de pions pour jouer aux dames (cfr.
Armoire U, no 3182, p. 114). Quelques-uns d'entre eux
sont surmontés d'une tête de chien, ce qui explique
le nom de Chiens qu'on donnait à toutes les pièces
du jeu, d'une tête d'homme ou de dieu Bes.
2986. — Matières diverses.
Collection de dés à jouer, semblables à ceux qu'on
emploie encore aujourd'hui.
2988. — Email vert. — Long. 0m 066.
Petit encrier à deux godets, en forme de cartouche.
2991. — Bronze. — H. 0m 12.
Sphinx persan, coiffé de la tiare surmontée d'une
étoile. — Ep. persane.
Sérapéum.
2993. — Ivoire. — Long. 0m 16.
Les encensoirs en usage dans les temples égyptiens
se composaient d'un manche que terminait une
main en ivoire, surmontée d'un petit godet en bronze
où brûlait l'encens. Le no 2993 est une main d'encensoir.
2994—2995. — Bois incrusté d'ivoire.—
H.
0m 22 et 0m 14.
Bees de canne formés de trois têtes d'oies.
2996. — Bois. — H. 0m 138; larg. 0m 067.
Pièce centrale d'éventail au nom du scribe du
temple de Râ, Khimnakht (cfr. Armoire Y, no 3307,
p. 109). Les deux ressorts en bois qui maintenaient les
plumes, sont encore intacts.
2997. — Bois. — Long. 0m 20; larg. 0m 065.
Palette de peintre avec ses couleurs.
3004. — Granit noir. — H. 0m 055. —
(Mariette, Mon. Div., pl. 48 d).
Petit vase à poudre d'antimoine: il a pour anse
un singe grimpant. Il a été consacré par la reine Hatshopsitou,
à sa mère, la reine Ahmos. — XVIIIe dyn.
El-Assassif.
3011. — Bronze. — H. 0m 22.
Bout de sceptre.

Armoires S et T.

Les deux armoires S et T renferment des vases
en terre et en bronze, ainsi que des objets de ménage.
Quelques - uns des vases renferment encore
des essences, des poudres, de la farine, des oeufs et
d'autres substances.
2819. — Bois. — Long. 0m 22; diam. 0m 09.
Corne à boire dont le fond est une tête de bélier.
2825. — Bronze. — H. 0m 105.
Bouillotte en bronze; le manche est une fleur de
lotus recourbée.
2829. — Email bleu. — H. 0m 08.
Vase à anse et à goulot, orné d'une bande de
dessins à l'encre, représentant des fleurs de lotus
entre des yeux mystiques.
2847. — Email vert. — H. 0m 14.
Vase en forme de fleur de lotus à moitié épanouie.
2848. — Bronze. — H. 0m 215.
On employait, pour les purifications des morts et
dans les cérémonies du culte ordinaire, de l'eau consacrée
avec certaines cérémonies. Les petits vases
en bronze du type no 2848 étaient destinés à contenir
cette eau bénite. Ils sont quelquefois garnis de
bas-reliefs, représentant le possesseur en adoration
devant ses dieux; souvent, ils ne portent ni bas-reliefs
ni inscriptions; souvent enfin, ils n'ont d'autre ornement
qu'une légende donnant le nom, les titres et
la filiation du possesseur. Le vase no 2848 appartenait
à un prêtre Psamitik, fils de Shishanq et de la dame
Miritiouri. — Epoque saïte.
2860. — Bronze.—Long. 0m 49.
Longue cuiller à pot: le manche est en cou d'oie
recourbé.
2862. — Terre cuite. — Long. 0m 40; diam.
0m 149.
Petit tonneau orné de dessins au pinceau. — Epoque
grecque.
Drah abou 'l neggah.
2891. — Bois. — Long. 0m 09.
Cadenas en forme d'oiseau, analogue aux cadenas
encore en usage dans quelques parties de l'Égypte.
2896. — Terre cuite. — H. 0m 20.
Vase grotesque. Sur la panse sont tracés grossièrement
deux yeux, un nez, une bouche et deux bras
fort courts allongès sur la panse.
2765. — Bronze émaillé. — Diam. 0m 16.
Collier en bronze fermé par une grande rosace flanquée
de deux rosaces trop petites: le travail ressemble
au travail des bijoux mérovingiens.
2783. — Email bleu. — H. 0m 12.
Vase en forme de fleur de lotus, comme le no 2847
(Armoire S, p. 127): le pied est cassé.

Vitrine O.

Le mobilier funéraire proprement dit est dans la Vitrine
O et dans les armoires N, M, J, K, L, qui remplissent
presque entièrement le côté droit de la salle
du centre.
Les quatre vases nos 1606—1607, 1648—1649,
sont les Canopes de Pkimi, surnommé Ouhabrî Miamoun
(XXVIe dyn.). Pendant les cérémonies de l'embaumement,
on retirait du corps le foie, le coeur,
les poumons et les autres parties internes, on les
préparait séparément, et on les répartissait entre
quatre vases. Quelquefois, on mettait ces quatre vases
aux quatre coins du cercueil, souvent on les plaçait
dans une caisse à quatre compartiments, sur le couvercle
de laquelle était accroupi un chacal.
Les parties séparées de la sorte étaient identifiées
chacune à l'un des quatre génies funéraires, Hâpi,
Amsit, Tioumoutf, Kobhsonnouf. On met donc d'ordinaire
sur les vases, en guise de couvercle, la tête
de ces divinités: une tête humaine pour Amsit, une
tête de cynocéphale pour Hâpi, une tête de chacal
pour Tioumoutf, une tête d'épervier pour Kobhsonnouf.
Chaque vase était lui-même identifié avec une
déesse, qui était censée veiller sur le dieu: Isis sur
Amsit, Nephthys sur Hâpi, Nit sur Tioumoutf et
Selk sur Kobhsonnouf. La formule gravée sur la
panse est un discours de ces déesses. «Je dompte
l'ennemi, dit Isis, j'exerce la protection sur cet Amsit
qui est en moi; le salut du défunt X est le salut
d'Amsit, car Amsit est le défunt X.» — «Moi,» dit
Nephthys, «je cache ce qui est secret, et je fais le
salut de cet Hâpi qui est en moi, car le salut du
défunt X est le salut de l'Hâpi qui est en moi.» Nit
dit: «Je suis matineuse et je veille le soir, chaque
jour, pour veiller sur ce Tioumoutf qui est en moi;
car le salut du défunt X est le salut du Tioumoutf
qui est en moi.» J'ajouterai que réellement les embaumeurs
s'inquiétaient assez peu de mettre chaque
partie du corps dans le vase correspondant: ils répartissaient
l'ensemble en quatre parties à peu prés
égales qu'ils enfermaient au hasard, si bien que le
vase du coeur recevait souvent le poumon, et celui
du foie les intestins. Parfois même on a trouvé de
simples paquets de linge sans trace de débris organiques.
Souvent on versait sur le tout du bitume
bouillant qui a débordé et rayé de noir la surface
extérieure du canope.
1591. — Albâtre oriental. — H. 0m 18;
larg. 0m 17.
Aujourd'hui encore, les Nubiens emploient des chevets
de forme analogue, pour reposer leur tête pendant
le sommeil. Ceux qu'on donnait aux morts
étaient destinés à leur procurer des nuits paisibles
dans l'autre monde: certains manuscrits du Livre
des Morts
ont même un chapitre du chevet, dont des
extraits sont gravés quelquefois sur les chevets funéraires.
Rarement, on les trouve sous la tête de la
momie: presque toujours, ils sont à terre, à côté du
cercueil.
1621. — Calcaire blanc et granit noir. —
H.
du sarcophage 0m 20; long. 0m 31; prof.
0m 15.
L'âme égyptienne était figurée par un épervier à
tête et à bras d'homme: il s'envolait à la mort, et
l'un des souhaits adressés au défunt était que «son
âme pût rejoindre son corps à son gré». Le petit
monument représente cette réunion de l'âme et du
corps. La momie, enveloppée de son maillot et couchée
sur le lit funéraire à pieds de lion, attend: l'épervier
est descendu dans le tombeau et, posé à côté
d'elle, place les deux mains sur l'endroit où était le
coeur, en regardant attentivement la face impassible.
Le mouvement du petit oiseau symbolique, l'expression
douce et presque suppliante de l'âme, le contraste
entre la vie qui anime ses traits et l'immobilité
de la momie font de ce groupe un véritable
chef-d'oeuvre en son genre. Il était enfermé dans un

sarcophage de calcaire blanc, couvert d'inscriptions
et de figures: Isis à la tête, Nephthys aux pieds, sur
les côtes Anubis et les génies des morts.
Le personnage étendu sur le lit funéraire était premier
héraut du roi et s'appelait Râ. — XXIIe dyn.
1622. — Bois peint. — 0m 28.
Le registre du bas est un exemple fort rare d'un
paysage égyptien: je ne connais que deux autres
stèles analogues, I'une au Musée de Boulaq (Armoire L),
I'autre au Musée de Turin. La montagne,
peinte en jaune rayé de rouge, couvre le champ de
gauche: deux petites portes surmontées de pyramidions
marquent la tombe de la dame Zodamen-Efônkh.
Une femme agenouillée se lamente et s'arrache
les cheveux en signe de deuil: des arbres, dessinés
derrière elle, figurent le jardin funéraire, où I'âme
viendra s'ébattre et se nourrir à la table qui I'attend
chargée d'offrandes. Au registre supérieur, la dame
Zodamen-Efônkh vient réclamer auprès d‘Harmakhis
sa part des sacrifices que lui font ses parents. —
XXIIe—XXVIe dyn.
Déir el-Baharî.
Presque tous les objets exposés dans la vitrine O
sont des statuettes funéraires. On les nommait Ouoshbiti
ou Shbiti, les Répondants, à cause de la fonction
qu'elles remplissaient dans I'autre monde: elles
devaient répondre à I'appel du nom du défunt et se
présenter à sa place, pour exécuter les corvées qu'Osiris
avait le droit d'exiger de lui. Les formules diverses
qu'on trouve écrites sur elles ne laissent subsister
aucun doute à cet égard: «Je suis X, le serviteur
de I'Enfer», ou « Je suis X, le serviteur d'Osiris ».
La plupart s'adressent aux statuettes elles-mêmes, et
les conjurent de venir fidèlement à I'aide du défunt:
« O Répondant d'Ahmos, si Ahmos est appelé pour
travailler dans l'enfer, crie: Me voici! Cette idée
développée avait fini par devenir une oraison assez
longue, qui est le chapitre VI du Livre des Morts,
et qu'on gravait fort souvent tout entière sur les statuettes.
« O ces Répondants, si l'on appelle, si l'on
dénombre le nomarque Phtahmos, pour qu'il fasse
tous les travaux qu'il y a à faire dans l'autre monde,
— lui qui y a combattu l'ennemi, — comme un
homme qui doit la corvée, pour ensemencer les
champs, pour remplir les canaux, pour transporter
les grains de l'Est à l'Ouest: «C'est moi, me voici!»
exclamez-vous, et puisses-tu être appelé à toute
heure, au cours de chaque jour.»
Pour rendre leur service plus efficace, on les déposait
en très grand nombre, par milliers même,
avec les momies. Tantôt, elles sont jetées au hasard
dans le sarcophage; tantôt, on les a rangées debout
contre le sarcophage ou répandues sur le sable de
la chambre. On les entassait souvent dans des boîtes
spéciales, grandes ou petites. Elles sont en toutes matières,
mais les plus vieilles, celles qui sont antérieures,
à la XVIIIe dynastie, sont plutôt en bois, en
granit, en calcaire ou en albâtre. Sous la XVIIIe dynastie,
la terre cuite recouverte d'un émail bleu commence
à paraître, et sous la XXVIe, la terre émaillée
verte l'emporte, presque à l'exclusion du reste. Au
début, les statuettes funéraires ne sont qu'une dégénérescence
des statues en calcaire qui servent de support
au double: aussi leur donne-t-on l'aspect et le

costume de l'homme vivant, plus rarement le costume
l'aspect de la momie. Plus tard, I'idée de leur
usage détermina de plus en plus la forme de leur
costume: on leur mit à la main la pioche pour travailler
la terre, ou le sac à grains pour ensemencer,
parfois un vase à libations ou une croix ansée, signe
de vie. Aux derniéres époques, leur identification
avec le mort est si complète qu'elles ne sont plus
que des momies de petites tailles.
La plupart n'ont aucune valeur artistique: il y en
a pourtant que les artistes ont soignées avec autant
d'amour que s'ils avaient eu à tailler une statue en
calcaire ou en granit. Je rappellerai le no 3262 (Armoire
Y
, p. 105), qui a été déjà décrit: les plus remarquables
de ceux que renferme la vitrine O sont:
1594. — Bronze. — H. 0m 19.
Je ne connais jusqu'à présent, en fait de statuettes
de bronze, que les deux qui sont conservées au Musée
de Boulaq, sous les nos 1594 et 1601. Le no 1594,
qui est de travail fort soignée, appartenait au domestique
privé du roi, Hor. — XXe dyn.
1595. — Calcaire. — H. 0m 16.
Les Répondants n'étaient pas toujours fabriqués
exprés pour une personne déterminée. Les marchands
d'objets funèbres en avaient de tout préparés:
les formules étaient gravées, la place du nom était
réservée, et on la remplissait au moment de l'achat.
Le no 1595 est un bon spécimen de cette classe de
répondants: le nom du mort a été écrit à l'encre,

dans l'espace laissé vide au milieu de la formule
gravée.
1601. — Bronze. — H. 0m 19.
Statuette funéraire du Scribe-intendant des boeufs
Amenmos. Beau style de l'époque des Ramessides.
— XXe dyn.
1603. — Pâte de verre noire et bleue. — H. 0m 08; larg. 0m 03.
Une statuette funéraire est collée contre une petite
stèle cintrée, au revers de laquelle est tracée la formule
ordinaire. Cette formule renferme une inadvertance
assez curieuse du scribe. L'original était
conçu en termes généraux: «Illumination d'un tel,
»fils d'un tel», et le scribe aurait dû remplacer la
locution vague un tel, fils d'un tel, par le nom et la
filiation du défunt. Il ne l'a point fait et a laissé subsister
le mot mon, un tel. C'est une étourderie qu'on
relève assez souvent sur les menus objets destinés
aux morts. — XXe dyn.
1604. — Bois peint et émail. — H. 0m 19.
La figurine avait un charmant visage et des mains
en faïence bleue, ce qui n'est pas très fréquent. Le
nom a disparu avec I'inscription. — XXe — XXIIe dyn.
1610. — Albâtre. — H. 0m 21.
Le nom a été laissé en blanc. J'ai déjà expliqué
plus haut que l'âme venait rejoindre le corps dans
la tombe, sous forme d'un épervier à tête humaine
(cfr. p. 130, no 1621). Ici, l'âme étend ses ailes sur

la poitrine de la statuette et l'embrasse pour lui
rendre la vie. — XVIIIe dyn.
1618. — Schiste. — H. 0m 19.
Le répondant serre son âme sur sa poitrine: le
nom a été laissé en blanc.
1623—1629. — Faïence verte. — H. 0m 21.
Statuette d'Ahmos fils de Khroudônkh. Le visage
est d'une finesse admirable, et tous les détails de l'équipement
ont été découpés avec le plus grand soin.
— Epoque Saïto-grecque.
Grandes-Pyramides.
1627. — Albâtre. — H. 0m 19.
La dame Naï tient dans ses mains les deux hoyaux
avec lesquelles son répondant doit remuer la terre;
elle a, passés aux bras, les deux sacs à semailles
avec lesquels il doit ensemencer les champs célestes.
Un grand collier lui couvre la poitrine: il est formé
de tous les amulettes qui peuvent protéger l'existence
du mort dans l'autre monde. — XXe dyn.
1628. — Calcaire blanc. — H. 0m 24.
Cette statuette avait été donnée à l'Intendant des
boeufs, Amenqon, par grâce spéciale du roi: c'était
une dernière faveur que le souverain avait voulu
accorder à un serviteur dont il appréciait les mérites.
— XIXe dyn.
1631. — Serpentine. — H. 0m 22.
Statuette du chef des portiers du roi, Tounro. Elle

est vêtue de la grande robe d'apparat en usage vers
la XXe dynastie: elle tient, dans une main, le tat, emblème
de la durée, dans l'autre, la boucle de ceinture,
qui permet au mort de voyager, partout à son
gré. — XXe dyn.
1633. — Email vert. — H. 0m 095.
Le boeuf Apis, en mourant, devenait un Osiris
comme les morts de l'espèce humaine; il était traité
à la façon des grands personnages de l'état et recevait
tous les honneurs funébres qu'on leur rendait.
Ses statuettes ne diffèrent des autres Répondants que
par la tête de boeuf qu'elles ont au lieu d'une tête
humaine. Le no 1633 est un spécimen assez grossier
des statuettes du boeuf Apis. — XIXe dyn.
Sérapéum.
1647. — Albâtre. — H. 0m 23; larg. 0m 18.
Le travail de cette stèle est fort délicat. Le gouverneur
Shiti est assis à gauche, devant une table
d'offrandes qui lui présente la dame Hotpoui. —
XIIIe dyn.
1651. — Bois. — H. 0m 25; larg. 0m 18;
long. 0m 28.
Petite boîte destinée à contenir les statuettes funéraires
d'une Chanteuse du Sanctuaire d'Ammon,
Ameniritis, fille de Nsimin. Elle est en forme de sarcophage,
avec un couvercle à dos d'âne flanqué de
quatre montants carrés. — XXVIe dyn.
Déir el-Baharî.
1633. — Faïence émaillée. — H. 0m 14.
— (Mariette, Abydos, t. III, p. 74, no 444.)
Statuette du majordome Notmou. Il est représenté
debout, enveloppé d'une robe collante: le fond est
blanc, la chevelure et les hiéroglyphes sont noirs,
les mains et le visage rouge vineux. Neuf autres statuettes
proviennent du même tombeau; les plus remarquables
sont le no 1663 et les deux numéros suivants
1664, 1665. XIXe dyn.
1677. — Bois. — H. 0m 25; long. 0m 27;
larg. 0m 18.
Boîte à statuettes ayant appartenu à la dame Ameniritis,
comme le no 1651. — XXVIe dyn.
Déir el-Baharî.

Armoire N.

La série des statuettes funéraires continue dans
l'armoire N.
1106—1107. — Calcaire. — H. 0m 29.
Statuette de Montou surnommé Sonrîs, premier
prophète d'Ammon générateur. — XVIIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
Les autres statuettes, grandes et petites, ne font
guères que reproduire les types déjà décrits. Nous
n'avons donc aucun intérêt à les énumérer; le visiteur
saura bien distinguer celle, qui ont quelque mérite
artistique de celles qui n'ont qu'une valeur archéologique.
Derrière la première rangée des statuettes funéraires,

immédiatement sur la planchette du fond de
l'armoire, sont disposés des objets en terre cuite
rouge, que l'on appelle d'après leur forme, cônes
funéraires.
On n'a jusqu'à présent découvert de cônes
funéraires qu'à Thèbes, principalement dans la
partie de la nécropole qui entoure l'Assassif, de Drah
abou 'l neggah à Sheîkh Abd el Gournah. On les
déposait d'ordinaire dans le sable, devant la tombe
du personnage auquel ils étaient consacrés, et cette
circonstance a fait croire à M. Mariette qu'ils servaient
à limiter les tombes et le terrain qui leur appartenait.
Je pense qu'il n'en est rien et qu'il faut
y reconnaître une offrande fictive. Ils sont en effet
revêtus d'une couleur blanche qui simule la farine,
et la forme en est exactement celle de ce mélange
de farine fine et de sel, qu'on présentait dans le
sacrifice, aux morts et aux dieux. De même qu'on
enterrait à Memphis, sous l'Ancien Empire, des oies
et des pains en pierre, destinés à servir éternellement
au mort d'oies et de pain, de même à Thèbes, on
donnait au mort un simulacre de mola plus durable
que n'était l'offrande réelle: comme c'est l'usage en
pareil cas, l'image de l'objet, offerte en ce monde,
procurait à l'âme la réalité de l'objet dans l'autre.
Si on ne trouve pas de cônes à Memphis, c'est pour
la même raison qu'on ne trouve pas d'oies en pierre
à Thèbes: chaque ville avait ses usages qu'on ne
doit pas s'attendre à rencontrer dans les autres villes
si ce n'est à l'état d'exception.
Les plus anciens des cônes que l'on possède jusqu'à
prèsent sont ceux de la XIe dynastie, les plus
modernes, ceux de la XXVIe.
1117. — Terre cuite.
Cône du Voyant d'Ammon, le scribe Nakht et sa
soeur. — XXe dyn.
Drah abou 'l neggah.
1118. — Terre cuite.
Cône de Montou dit Sonrîs (cfr. les statuettes
no 1106—1107). — XVIIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
1120. — Terre cuite.
Cône du Scribe Nibenhâaou, surnommé Akhi. —
XIIIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
1136. — Terre cuite.
Cône d'Entef. — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
1122. — Bois colorié.
Epervier accroupi, le corps et les pattes momifiées,
la tête libre. Cet emblème, qu'on appelait âkhôm,
l'aigle, en égyptien, servait à désigner quatre génies,
qui veillaient aux quatre angles du sarcophage, et
que l'on confondait souvent avec les quatre génies
des vases Canopes. Aussi trouve-t-on d'ordinaire
les éperviers de ce genre perchés sur les quatre
montants en bois qui ornent les cercueils, sous la
XXe—XXIIe dynasties, ou sur le couvercle des grandes
boîtes en bois qui renferment les statuettes funéraires.
Il y avait cependant, entre les génies de l'angle
(Kobkeb ou Kobtiou) et les génies funéraires, cette
différence que les premiers étaient des formes d'Hor,
tandis que les seconds étaient ses fils.
1127. — Bois noir. — H. 0m 29; long.
0m 44.
Ce chacal couché, emblème d'Anubis, se trouve
d'ordinaire sur le couvercle des boîtes à statuettes
funéraires, où il échange avec l'épervier âkhôm. Nous
verrons dans la Salle des momies royales, une boîte
à statuettes qui a encore le chacal noir posé sur le
couvercle. — XXe—XXIIe dyn.
Sheîkh Abd el Gournah.
1156. — Calcaire blanc. — H. 0m 50;
larg. 0m 30. — (Mariette, Abydos, t, III, p. 552
à 553, no 1425.)
Au fond de chaque temple, il y avait une chapelle
monolithe, semblable pour la forme, sinon pour les
dimensions, au petit monument no 1156: c'était là
qu'était censé résider le dieu du temple, et on y renfermait
soit l'emblème de ce dieu, soit l'animal vivant
qui lui était consacré.
L'usage voulait qu'on plaçât parfois des naos de
ce genre dans les tombeaux. Celui-ci avait une statue,
aujourd'hui perdue, du mort auquel il était
dédié, louf, fils de Sonit. Il est décoré à l'extérieur
de deux scènes d'adoration, dont l'une occupe deux
faces et l'autre une seule: la famille et les amis,
conduits par la dame Sazit, défilent devant louf et lui
font l'offrande. — XIIIe dyn.

Armoire M.

1200. — Poterie. — H. 0m 59. — (Mariette, Abydos, III, p. 580, no 1479.)
A l'Ouest d'Abydos, s'élève une forteresse assez
bien conservée, à laquelle les gens du voisinage donnent
le nom bizarre de Magasin aux raisins secs,
Chounét ez-zébîb.
Elle avait été abandonnée à partir
de la XXe dynastie, et le vent du désert avait entassé
dans l'intérieur, contre le mur nord, une butte de
sable de cinq à six mètres de hauteur. Sous la
XXVIe dynastie, on transforma cette butte en cimetière,
et on y déposa un nombre considérable d'ibis
momifiés, renfermés dans des vases en terre.
Le vase no 1200 appartient aux plus soignés de
cette catégorie. Sur un fond blanc, la déesse protectrice
Khouït étend ses ailes, tandis qu'Hor et Thot
présentent la bandelette et le vase à onguent. L'inscription
est une prière à Thot, le dieu Ibis, pour
qu'il soit favorable à la dame Bouâaou, qui avait
fait enterrer à ses frais l'oiseau renfermé dans le
vase. Les vases nos 1201, 1243, 1244, ont la même
origine: ils n'ont jamais été ouverts. — XXVIe dyn.
1202. — Momie. — H. 0m 37.
Le paquet si joliment enveloppé renferme une des
momies d'Ibis découvertes à Abydos. Les nos 1203,
1238, 1239, 1240, 1242, 1272, viennent en partie de
Saqqarah. Les animaux qu'on enterrait si soigneusement
étaient les ibis sacrés de la chapelle de Thot.
— XXVIe dyn.
1204. — Toile stuquée et peinte. — H.
0m 28; larg. 0m 40.
La momie, une fois revêtue de ses bandelettes, recevait

une certaine quantité d'ornements en toile stuquée
et peinte. C'était généralement la reproduction
des ornements réels qu'on devait déposer avec elle,
un collier, des figurines, des scarabées, des sandales.
Le collier en toile tenait lieu du collier réel et coûtait
moins cher.
L'objet no 1204 est un collier de l'espèce nommé
Ouôskh (large): il est surmonté du scarabée à ailes
éployées qui représente l'âme humaine. Le chapitre
CLVIII du Livre des Morts lui était consacré:
Mon père Osiris, y disait le défunt, et ma mère Isis
m'enveloppent, me regardent et je deviens un de
ceux là qu'a enveloppés et que voit Sib.» Il fallait
réciter cette phrase sur le collier, avant de le placer
au cou du mort le jour de l'enterrement: l'objet ainsi
consacré le mettait sous la protection du dieu Sib.
— Ep. grecque.
1215. — Bois peint et doré. — H. 0m 43;
larg. 0m 22.
Boîtes à statuettes funéraires en forme de naos
carré. Elle est couverte de peintures d'une fraîcheur
étonnante. La scène principale représente un roi qui
fait offrande à Hor et Osiris debout. Ce roi n'est pas
un pharaon réel, mais un particulier vêtu en roi. L'usage
admettait ces déguisements dans l'autre monde;
plusieurs chapitres du Livre des Morts étaient destinés
à permettre au défunt de prendre place parmi
les rois d'Égypte qui sont l'équipage de la barque
solaire. — Ep. grecque.
1220. — Bois peint. — H. 0m 40.
Un Osiris en forme de momie est debout sur un

socle. Il a sur la tête deux grandes plumes, un disque
solaire et une paire de cornes; devant lui, est un
petit épervier accroupi. L'épervier sert de couvercle
à une boîte ménagée dans le socle, et qui renfermait
soit un petit papyrus, soit quelque lambeau du
corps momifié. L'Osiris no 1220 appartenait à une
dame Zostpirou. — XXIIe dyn.
1246. — Toile stuquée et peinte. — H.
0m 210; larg. 0m 07.
Sandales qu'on mettait aux pieds de la momie.
Le mort en avait d'autant plus besoin, qu'à une certaine
époque on lui enlevait la peau de la plante des
pieds: c'était afin qu'en arrivant dans la salle de la
vérité, où les âmes passaient le jugement, il n'y apportât
aucune des souillures de la terre. « Ne marche
point sur moi, s'écrie le sol de cette salle, car je
suis pur, et si tu ne sais pas le nom de tes deux
pieds, tu ne marcheras point sur moi. — Le nom
de mon pied droit est Bandelette de Min, le nom
de mon pied gauche est Boucle de Nephthys. »
On peignait souvent sous les sandales des figures
d'ennemis liés et renversés, afin d'accomplir la parole
des Livres Saints égyptiens qui promettait au mort
de lui jeter ses ennemis sous les sandales. — Ep.
grecque.
1261. — Email verdâtre. — H. 0m 10.
Le nom égyptien de cet objet est Tat qui signifie
stabilité: on croit qu'il représente un autel à quatre
ou cinq tablettes. C'est un des amulettes qu'on trouve

le plus fréquemment sur les momies: il leur assurait
la durée, et sa forme, qui rappelle de loin celle
de l'épine dorsale, avait donné aux Égyptiens l'idée
de l'identifier avec cette partie du corps. Pour le
consacrer, on récitait cette formule: «Ton épine dorsale
est à toi, ô dieu dont le coeur est immobile
(Osiris)! Mets-toi sur le flanc, car je verse l'eau sous
toi, et voici que je t'ai apporté ce Tat, afin que tu
te réjouisses de lui.» Une fois cet amulette au cou
de la momie, le mort peut «franchir les portes du
ciel; il reçoit les gâteaux, les boissons, quantité des
chairs qu'on dépose sur l'autel d'Osiris, et sa voix
prévaut contre ses ennemis en vérité, à tout jamais.»
(Livre des Morts, ch. CLV.) — Ep. grecque.
1271. — Momie. — Long. 0m 32; larg.
0m 075.
Momie de petit crocodile. (Cfr. nos 1273, 1274,
1276.)
Assassif.
1275. — Momie. — Long. 0m 27; larg.
0m 07.
Momie de petit chacal: le maillot est surmonté
d'une tête de chacal en toile, assez grossièrement
imitée.
1279. — Terre cuite. — Long. 0m 21;
larg. 0m 09.
Une femme est couchée nue sur un lit: elle allaite
un petit enfant. Cette figure qu'on rencontre assez
souvent, même dans des tombeaux d'homme, me

paraît représenter Isis allaitant Horus: les Égyptiens
espéraient qu'Isis les nourrirait de son lait dans l'autre
monde, comme elle avait fait son propre fils. — Ep.
grecque.

Armoires J, K, L.

La série des objets funéraires continue sans grand
changement dans les armoires J, K, L. Je me contenterai
d'y signaler au passage quelques objets plus
intéressants que les autres.
1353. — Bois et serpentine.
Petit cercueil en bois noirci (H. 0m 13, long. 0m 32,
larg. 0m 13) renfermant une statuette en serpentine
(H. 0m 26), dont la légende est consacrée par inadvertance
à un tel, fils d'un tel (cfr. p. 134, no 1603).
Ici, l'identification de la statuette avec la momie est
telle, qu'on a donné à la statuette un petit cercueil,
image exacte du grand. — Ep. saïte.
1356 — 1364. — Email. — H. 0m 04.
Malgré leur petite taille, ces statuettes sont des
Répondants au même titre que les autres, et possèdent
toutes les vertus de leurs confrères. La mode paraît
avoir été pendant quelque temps aux Oushabti nains
et sans légende: on en a trouvé à Thèbes de pleines
boîtes. Rarement ils sont aussi fins d'exécution que
les nos 1356—1364: le plus souvent, ce ne sont que
de petits morceaux d'argile non cuite, un peu arrondis
en haut et en bas pour simuler la tête et les pieds.
1365. — Serpentine grise. — H. 0m 045;
long. 0m 16; larg. 0m 05. — (Mariette, Abydos,
III, p. 81, no 520.)
Lit funèbre du chef des scribes Miri: l'âme est
venue s'abattre à côté de lui et lui met les deux
mains sur la poitrine. La formule est celle qu'on
trouve sur les statuettes funéraires (cfr. p. 132). —
XXe dyn.
1420 — 1429. — Pâtes diverses. — H.
0m 010.
La grenouille est une déesse, Hiqit, dont le rôle
est encore obscur. Non seulement elle était l'une des
principales parmi les divinités cosmiques, et avait
contribué avec Khnoum à l'organisation du monde,
mais elle était liée au dogme de la résurrection. C'est
pour cela qu'on la trouve sur les momies. Les chrétiens
d'Égypte l'empruntèrent aux payens et fabriquèrent
des lampes en forme de grenouille, sur lesquelles
ils écrivaient: Je suis la résurrection, Ἐγὸ,
εἶμι Ἀυάστασις.
1445. — Bois. — H. 0m 48; long. 2m 10.
Panneau du cercueil de Bisinmout, fils de la dame
Shopenkhonsou. Les légendes, tracées à l'encre, sont
extraites du Livre des Morts. — Ep. saïte.
1483. — Calcaire. — H. 0m 37; larg. 0m 24;
prof. 0m 22.
Naos (cfr. p. 140, no 1156) de Nakht: la statue en
serpentine (H. 0m 17) représente le défunt dans sa
chapelle. — XIIIe dyn.
1508. — Calcaire blanc. — H. 0m 07;
larg. 0m 056; long. 0m 105.
Petite boîte carrée que surmonte une figure de
scarabée en relief: l'intérieur renferme une momie
de scarabée, enveloppée dans du linge très fin.
1530. — Calcaire blanc. — H. 0m 53;
larg. 0m 37. — (Mariette, Mon. Div., pl. 47 B.)
Stèle de Bismout qui, né l'an XXVIII de Psamitik
Ier, mourut à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans.
— XXVIe dyn.
Louxor.
1534. — Calcaire blanc. — H. 0m 078;
larg. 0m 034; long. 0m 14. (Mariette, Abydos,
III, p. 80, no 519.)
La momie de la dame Toupou est étendue sur
le lit funéraire. A la tête, une image de Nephthys
accroupie est sculptée en relief. Aux pieds, une petite
femme s'appuie contre le lit, et se hausse pour
regarder la figure de la morte: c'est l'âme qui revient
animer le corps. Ce joli monument est d'une
exécution très fine et d'un sentiment très délicat.
— XIIIe dyn.

PANTHÉON ÉGYPTIEN
(Armoires A, B, C, D, E, F, G, I).

Toutes les armoires, qui nous restent à décrire
dans la Salle du Centre, renferment des figures de
divinités et forment un véritable Panthéon Égyptien.
Les Egyptologues ne sont pas d'accord sur la nature
du culte que les Egyptiens rendaient à la divinité.
Les uns, désireux de retrouver partout l'unité
de Dieu, ont cherché en Égypte les preuves d'une
conception monothéïste, et, négligeant les témoignages
qui déposaient contre leur théorie, ont démontré, à
leur satisfaction, que la religion égyptienne était une
religion monothéïste. D'autres, frappés surtout par le
vague des formes divines et voyant qu'elles rentrent
sans peine et s'absorbent l'une dans l'autre, ont cru
reconnaître, parmi les diverses doctrines énoncées, diverses
nuances de panthéïsme. Pour certains, le polythéïsme,
et le polythéïsme le plus grossier, ressort
jusqu'à l'évidence du témoignage des monuments.
Quelques-uns découvrent partout le soleil et les cultes
solaires; quelques autres pensent que les dieux
ne sont que la représentation concrète des notions
métaphysiques les plus abstruses. Tous me semblent
avoir raison par quelque endroit, tort par le plus
grand nombre de points.
Chaque fois que j'entends parler de la religion
égyptienne, je suis tenté de demander de quelle religion
égyptienne il s'agit. Est-ce de la religion égyptienne
de la quatrième dynastie, ou de la religion
égyptienne de l'époque ptolémaïque? Est-ce de la
religion populaire ou de la religion des gens instruits?
de la religion telle qu'on l'enseignait à l'école d'Héliopolis,
ou de la religion telle que la concevaient
les membres du sacerdoce thébain? Entre le premier
tombeau memphite portant le cartouche d'un
roi de la IIIe dynastie, et les dernières pierres gravées
à Esnèh sous César Philippe l'Arabe, il y a

cinq mille ans d'intervalle. Sans compter l'invasion
des Pasteurs, la domination éthiopienne et assyrienne,
la conquête persane, la colonisation grecque et les mille
révolutions de sa vie politique, l'Égypte a passé, pendant
ces cinq mille ans, par maintes vicissitudes de
vie morale et intellectuelle. Le chapitre XVII du Livre
des Morts
, qui paraît contenir l'exposition du système
du monde tel qu'on l'entendait à Héliopolis au
temps des premières dynasties, nous est connu par
plusieurs exemplaires de la XIe et de la XIIe dynasties.
Chacun des versets qui le composent était déjà
interprété de trois ou quatre manières différentes,
si différentes que, selon les écoles, le démiurge devenait
le feu solaire Râ-Shou, ou bien l'eau primordiale;
quinze siècles plus tard, le nombre des interprétations
avait augmenté sensiblement. Le temps,
en s'écoulant, avait modifié l'idée qu'on se faisait de
l'univers et des forces qui le régissent. Depuis dixhuit
siècles à peine que le christianisme existe, il a
travaillé, développé, transformé la plupart de ses
dogmes: combien de fois le sacerdoce égyptien ne
dut-il pas altérer les siens, pendant les cinquante
siècles qui séparent Théodose des rois constructeurs
de pyramides?
Et les matériaux que nous avons pour étudier
l'histoire de cette évolution ne sont ni complets, ni
souvent même intelligibles. Comme tous les peuples,
l'Égyptien des temps pharaoniques n'admettait pas
que sa puissance pût périr, et que le jour viendrait
où, ce qui était pour lui la vie familière deviendrait
matière à commentaires et à recherches archéologiques:
il fait perpétuellement des allusions faciles

à comprendre pour ceux qui connaissaient le dogme,
nulle part il n'expose le dogme lui-même. C'est un
édifice entier que nous devons reconstruire, avec des
pierres à moitié brisées, et dont rien ne nous indique
la place dans le plan primitif. On conçoit après cela
quelle réserve il convient de mettre à l'énonciation
des moindres idées. Pour moi, le fait principal que
nous révèlent les monuments, c'est l'existence d'un
nombre considérable de personnages divins ayant des
noms et des formes différentes. C'est ce que les partisans
du monothéïsme à tout prix ont appelé une
apparence polythéïste: c'est ce que j'appelle un polythéïsme
bien caractérisé. Que ces personnages soient,
comme on l'a dit, des attributs, des rôles ou des fonctions
d'un dieu plus grand, je ne le crois pas et d'ailleurs
peu importe; ils ont chacun un nom et une existence,
que le fidèle reconnaissait par une dévotion plus
ou moins particulière. Le dévot à Phtah ne s'adressait
à Phtah que parce qu'il croyait que Phtah avait une
personnalité bien marquée, et en implorant Phtah, il ne
comptait pas plus sur la protection de Sovkou, qu'un
dèvot de nos jours, en se mettant sous le patronage
de St Paul, ne pense se mettre par là même sous
le patronage de St Antoine de Padoue. Les dieux
semblent se répartir en trois groupes d'origine différente,
répondant à autant de conceptions de la divinité:
les dieux des morts, les dieux élémentaires,
les dieux solaires. Les dieux des morts sont Sokari,
Osiris et Isis, peut-être Hor le jeune, Anubis, Nephthys.
Les dieux élémentaires représentent la terre
Sib, le ciel Nout, l'eau primordiale Nou, le Nil Hapi,
et probablement aussi des dieux comme Sobkou,

Sit-Typhon, Haroïri, Phtah, etc., dont nous ne connaissons
le culte et l'histoire que par fragments.
Parmi les dieux solaires je classerai Râ, Shou, Onhouri,
Ammon, le journalier. Les dieux qui composaient
ces trois groupes sont, à l'époque historique,
les représentants du polythéïsme par lequel a débuté
la religion égyptienne à l'époque préhistorique. Ils
étaient associés à des dieux animaux, le chacal, le
taureau, le boeuf, l'ibis, et à des fétiches dont le culte
était en honneur même aux siècles les plus brillants.
Un certain nombre d'entre eux ne sont guères que
des doublures politiques ou géographiques les uns
des autres. Sokari, par exemple, était le nom du dieu
des morts en certains endroits, comme Osiris en certains
autres, et ne différait probablement d'Osiris que
par des nuances plus ou moins sensibles: où l'on
adorait le soleil sous le nom de Râ, il est vraisemblable
qu'on ne l'adora pas d'abord sous le nom de
Shou. En tout cas, les trois groupes avaient chacun
des facultés et des attributions bien tranchées: ils
se complétaient l'un l'autre, mais ne se confondaient
pas l'un dans l'autre.
Pour des raisons qu'il n'est pas facile de discerner,
la conception de l'unité divine parut très tôt en
Égypte. L'habitant d'Héliopolis qui adorait Râ et
d'autres dieux, en arriva bientôt à penser que Râ
était unique, mais la croyance en un Râ unique ne
l'empêcha pas de continuer à révérer les autres divinités
qui n'étaient pas Râ; son polythéïsme ne disparut
pas, il se compliqua de monothéïsme. La multiplicité
des dieux est peut-être incompatible en bonne
logique avec l'unité de dieu, elle ne l'est pas dans

la réalité de l'histoire. Pour l'Égyptien qui arrivait
à la notion de l'unité divine, le dieu un n'était jamais
dieu tout court: M. Lepage-Renouf a fait remarquer
très finement que le mot Noutir, nouti, dieu, n'a jamais
cessé d'être nom commun pour devenir nom
propre. Dieu est toujours le dieu unique Ammon,
le dieu unique Phtah, le dieu unique Osiris, c'est-àdire
un être bien déterminé, ayant une personnalité,
un nom, des attributs, un costume, des membres,
une famille, un homme infiniment plus parfait que
les hommes. Les textes nous apprennent qu'il est le
père des dieux, la mère des dieux, le suzerain des
dieux, et nous donnent de lui l'idée d'un Pharaon
céleste, roi des dieux, comme le Pharaon terrestre
est le roi des rois. L'assimilation entre Pharaon et
le dieu unique est à ce point complète, qu'à moins
d'admettre que Pharaon régnât ici-bas sur des abstractions
de sujets et de rois, il faut admettre que
le Dieu unique régnait sur des réalités de dieux.
Mais ce monothéïsme est avant tout géographique.
Si l'Égyptien de Memphis proclamait l'unité de Phtah
à l'exclusion d'Ammon, l'Égyptien de Thèbes proclamait
l'unité d'Ammon à l'exclusion de Phtah. Râ
dieu un à Héliopolis n'est pas le même qu'Osiri dieu
un à Abydos et peut être adoré a côté de lui sans
s'absorber en lui. Le dieu unique n'est que le dieu
du nome ou de la ville, noutir noutti, qui n'exclut
pas l'existence du dieu unique de la ville ou du nome
voisin. En résumé, ce n'est pas du dieu unique de
l'Égypte qu'on devrait parler, quand on traite du monothéïsme
égyptien, mais des dieux uniques de l'Égypte.
L'unité de chacun des dieux uniques, pour être absolue

dans l'étendue de son domaine, n'empêchait
pas la réalité des autres dieux.
L'unité de pouvoir politique qui, malgré l'organisation
féodale du pays, s'était imposée depuis Mini,
entraîna l'unité de conception religieuse. Les écoles
de théologie établies à Saïs, à Héliopolis, à Memphis,
à Abydos, à Thèbes, formèrent, probablement
sans avoir conscience de leur oeuvre, une sorte de
syncrétisme, où l'on fit entrer de gré ou de force
presque toutes les conceptions existantes à la surface
du sol. Le culte qui l'emporta, et de bonne
heure, fut celui des dieux solaires: ce fut le soleil
qui devint le type de l'unité divine, et les autres
dieux, ceux des morts comme ceux des éléments,
furent presque tous identifiés au soleil pour se fondre
plus aisément dans cette unité. Osiris fut le soleil
de nuit, le soleil mort, comme Râ était le soleil vivant,
le soleil diurne. Quelques-uns pourtant résistèrent
à l'absorption: Sib, Nout ne devinrent que
fort tard Sib-Râ, Nout-rît. On se débarassa d'eux en
les donnant pour père et pour mère aux dieux solaires,
c'est-à-dire, puisque dans la divinité le père
et la mère ne sont qu'un avec le fils, des dieuxsoleils
qui avaient existé avant que le monde fût
sorti du chaos. Ces identifications ne se firent pas
sans difficulté. Le soleil, dieu de vie, est plus qu'un
dieu, c'est une famille de dieux, une trinité formée
du père, de la mère et du fils. Ce principe de la
trinité ou de la triade, qui prévalut avec la prédominance
des dieux solaires, gêna quelquefois les théologiens
et les obligea à certains artifices. Les conceptions
relatives à la mort avaient été représentées

par deux groupes de dieux opposés, Sit d'un côté,
et, de l'autre, Osiris, Isis, Nephthys, Hor, Anubis,
Thot. En entrant dans une triade solaire, Osiris ne
pouvait garder son cortége, ni Sit demeurer isolé:
on se tira d'affaire en donnant à Sit pour femme
Nephthys et pour fils Anubis, qui gardèrent leur
ròle protecteur d'Osiris, malgré leur défection apparente.
Il y eut un moment où toutes ces trinités,
artificielles ou non, tendirent à se superposer et à
disparaître l'une dans l'autre: ce fut vers la XIXe dynastie,
et la triade qui faillit supplanter les autres,
fut la triade thébaïne. Les prêtres d'Ammon en étaient
arrivés bien réellement à extraire des textes anciens
de la littérature sacrée, le dogme d'un dieu un, absolu,
parfait, et, ici comme partout, la grandeur politique
du pays aida à l'élévation de la pensée religieuse.
Je ne puis m'empêcher de croire que les
prêtres thébains n'auraient pas compris, aussi nettement
qu'ils l'ont fait, l'unité et la suprématie d'Ammon,
si les rois thébains n'avaient pas étendu leur
domination, et par suite la domination du dieu de
leur cité royale, sur la moitié du monde connu. Le
fait matériel de l'hommage rendu au chef terrestre
de Thèbes par les chefs terrestres d'Abydos, de Memphis,
de Tanis, de la Syrie, de l'Ethiopie, n'a pas dû
être pour peu de chose dans l'hommage rendu au
dieu de Thèbes par les autres dieux de l'Égypte et
des pays étrangers. Le seul dieu toujours victorieux
a dû devenir plus facilement le seul dieu, et c'est
la chute de son empire mondain qui décida, vers la
XXe dynastie, le triomphe de l'ancien polythéïsme
sur le monothéïsme des hymnes thébains.
Cela dit, le mieux est de décrire l'une après l'autre
les images de dieux qui remplissent les armoires
du musée, sans trop raffiner sur le sens des objets
qu'elles portent et des embleèmes qui les accompagnent.

Armoire I.

1706. — Calcaire. — H. 0m 15; larg. 0m 11.
— (Mariette, Abydos, III, p. 497, no 1310.)
Sous les rois de la XVIIIe dynastie, les Égyptiens
empruntèrent aux Asiatiques qu'ils avaient vaincus
un certain nombre de divinités, Baal, Astarté, Anaïti,
etc., qu'ils introduisirent dans leur panthéon. Bien
que la stèle no 1708 ne porte aucune inscription,
d'autres monuments nous apprennent que le dieu
brandissant sa lance était d'origine phénicienne et
avait nom Roshpou (Resheph). Il était associé à une
Astarté et à la déesse locale Qosh. — XXe dyn.
1709. — Terre cuite. — H. 0m 19.
Ce dieu venait de Pount, l'Arabie. Son nom, Bis
ou Bês, est celui de la panthère dont il porte la peau,
et dont la queue lui pend entre les deux jambes.
Il a les fonctions les plus contradictoires. Quelquefois,
il danse en brandissant une épée au-dessus de
sa tête, et en ramenant sur sa poitrine un bouclier
ovale; quelquefois, il a dans les bras un petit enfant
qu'il semble vouloir avaler; il a souvent sur la
tête un panache de plumes frisées. Il est le dieu de

la toilette, de la danse, de la musique, et tient parfois
une harpe dont il joue tout en sautant. Sa figure
a passé en Phénicie et en Grèce, oû elle se confond
avec le type de Silène et celui de la Gorgone. —
Ep. grecque.
1712. — Bronze. — H. 0m 135.
La déesse Neith, Nit, debout, coiffée de la couronne
de la Basse-Égypte. Les Grecs l'identifiaient à
Athéné, et lui attribuaient l'invention du métier à tisser,
des arts, des sciences. Comme déesse infernale,
elle a souvent le visage et les mains peints en vert.
Comme déesse guerrière, elle a les flèches et l'arc.
Elle était adorée surtout à Saïs, bien qu'elle eût des
temples à Thèbes, et passait pour être la mère du
dieu Râ, la gènisse qui enfante le soleil. Elle avait
pour enfants deux crocodiles qu'elle allaite de son
lait (cfr. Armoire I, no 1716), et qui sont peut-être
Hor et Sokhit. Sa statue portait une inscription rapportée
par Plutarque: « Je suis ce qui est, ce qui
sera, ce qui a été; nul n'a soulevé ma robe, et le
soleil est le fruit que j'ai enfanté.» — Ep. saïte.
1714. — Bronze. — H. 0m 32.
Le dieu Nofirtoum, debout, la main droite armée
d'un sabre recourbé, s'avance la tête couronnée d'un
lotus épanoui d'oû sortent deux grandes plumes. Les
couleurs de la fleur étaient imitées au moyen de
plaquettes en pierre dure incrustées dans le bronze.
Nofirtoum était le fils de la déesse Bast-Sokhit, et
paraît avoir représenté une des formes du soleil de
nuit, celle qui précède immédiatement l'aurore. Il

était souvent représenté debout sur un lion couché.
— Ep. saïte.
1715. — Bronze. — H. 0m 17.
Cette étrange divinité avait nom Nahbkôou, celui
qui unit les doubles
, et le rôle qu'elle joue n'est pas
très bien défini. Parfois c'est un simple serpent avec
deux mains qu'il porte à la gueule. Souvent c'est un
serpent, debout sur deux jambes d'homme, avec ou
sans les bras. — Ep. grecque.
1716. — Email vert. — H. 0m 08.
Nit allaitant les crocodiles (cfr. p. 156, no 1712).
— Ep. grecque.
1722. — Email vert. — H. 0m 035; larg.
0m 03.
Triade adorée à Memphis, et formée de Nofirtoum,
Phtah, Sokhit à tête de lionne couronnée du
disque solaire (cfr. p. 156, no 1714). — Ep. grecque.
1724. — Email. — H. 0m 035.
Le même socle porte sept figurines du même dieu
Shou. Il a le genou en terre, le disque sur la tête
et ses deux bras levés supportent la voûte céleste:
il avait séparé la terre du ciel dans Eshmoun, et, se
glissant entre les deux sous forme de disque, avait
levé le premier soleil. Il porte quelquefois sur la
tête une plume d'autruche, hiéroglyphe de son nom.
Il avait Râ pour père, pour mère Hathor et pour
soeur jumelle Tafnout. Shou et Tafnout ne forment

qu'une seule divinité en deux personnes, une « âme
en ses deux jumeaux »: on les figure souvent comme
deux lions couchés à côté l'un de l'autre. — Ep.
grecque.
1728 — 1729. — Terre émaillée. — H.
0m 04.
Onze figures du dieu Min (Khem) sur un même
socle. Ce dieu, l'un des plus importants de l'ancienne
Égypte, avait des fonctions génératrices qui expliquent
suffisamment sa forme. Le corps est momifié
et enveloppé de bandelettes, sauf les deux bras, dont
l'un est ramené sur le ventre, tandis que l'autre soulève
le fouet. Sa coiffure est celle du dieu Ammon,
avec lequel il se confond souvent, deux longues plumes
perchées sur une sorte de mortier aplati. Les
textes l'appellent le mari de sa mère, le fils d'Isis,
le père de Râ, celui qui dresse haut ses deux plumes.
Khemmis, aujourd'hui Akhmîm, était le siége principal
de son culte: les Grecs l'identifièrent au dieu
Pan et donnèrent à sa ville le nom de Panopolis.
— Ep. grecque.
1731. — Bronze. — H. 0m 15.
Dieu Bîs combattant: la lance a disparu. — Ep.
grecque.
1732. — Bronze. — H. 0m 11.
Le bas de cet objet représente ce que les Égyptiens
appelaient la monât, un disque monté sur une
longue gaîne conique, et que la déesse Hathor portait
attaché au cou . La monât est surmontée d'un

collier ouoskh (cfr. p. 141, no 1204), qui est lui-même
couronné des deux têtes du dieu en deux personnes
Shou-Tafnout (cfr. p. 157, no 1724). — Ep. grecque.
1736. — Bronze. — H. 0m 23.
La déesse Mâït, la Vérité, est toujours représentée
sous forme de femme portant une plume d'autruche
sur la tête: la plume d'autruche se lisait Mâït et
était l'hiéroglyphe de son nom. Elle était fille de Râ
et présidait à la salle où se faisait le jugement de
l'âme. Là, divisée en deux déesses jumelles Maïti,
les deux Vérités, ou, comme on traduit le plus souvent
la Vérité et la Justice, elle menait le défunt
devant Osiris et l'assistait dans son interrogatoire.
— Ep. saïte.
1739. — Bronze. — H. 0m 05; long. 0m 11.
La musaraigne était consacrée à Bouto selon les
Grecs; les inscriptions indiquent qu'elle était l'animal
de Hor, maître de Khemmis et de Latopolis. —
Ep. saïte.
Sérapéum.
1740. — Bois. — L. 0m 075.
Souris. Elle était perchée sur une petite boîte qui
renfermait une souris momifiée. — Ep. saïte.
1741. — Bronze. — H. 0m 155.
Ichneumon assis sur le train de derrière, les pattes
de devant levées en attitude de défense. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1742. — Bronze. — H. 0m 06; long. 0m 11.
Uraeus. Le serpent uraeus, la naja, orne le front
des rois et des dieux. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1743. — Bronze. — H. 0m 065; long. 0m 18.
Musaraigne. Sur le dos, trois marques sacrées,
analogues aux marques exigées du taureau Apis, un
scarabée ailé, un disque ailé, un épervier déployant
ses ailes. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1746. — Bronze. — H. 0m 13; larg. 0m 08.
Les Égyptiens, surtout ceux des derniers temps,
réunissaient volontiers les attributs des dieux les plus
divers, sur une seule figure, qui devenait alors comme
un résumé de tout le Panthéon, un dieu Panthée.
Celui-ci est à double face. Il a, par devant, la vigueur
génératrice de Min, la tête d'Anubis, deux uraeus
aux genoux, une coiffure compliquée; par derrière,
une tête de bélier, une queue et deux ailes d'épervier
qui l'enveloppent et retombent de chaque côté.
Il tient deux ennemis écrasés sous ses pieds. — Ep.
grecque.
1748. — Email bleu. — H. 0m 048.
Le dieu Nahbkoou, assis, les deux mains à la bouche
(cfr. 157, no 1715).
1749. — Bronze. — H. 0m 27.
Le dieu Anhouri, coiffé de quatre longues plumes
réunies en faisceau, lève les mains dans l'attitude
du soldat qui perce de la pique un ennemi terrassé.
Anhouri, « celui qui guide le firmament », est une
forme jumelle de Shou et forme avec lui un couple
Anhour-Shou, analogue au couple Shou-Tafnout.
Sa fonction principale est d'écarter de la pique les
serpents ou l'hippopotame qui auraient empêché
la marche de la barque solaire dans le ciel. Les

Grecs, séduits par son caractère belliqueux, l'identifiaient
à Arès. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1750. — Bronze. — H. 0m 40.
Superbe Nofirtoum, incrusté d'émaux et d'or (cfr.
p. 156, no 1714). — Ep. saïte.
Sérapéum.
1751. — Bronze. — H. 0m 26.
Le dieu a sur la tête une coiffure, formée de deux
cornes et de deux petites pousses, sur lesquelles est
posée une étoile à cinq branches. Les pieds manquent.
M. Mariette pensait que cette figure représentait
Sib, le dieu de la terre: je préférerais y reconnaïtre,
d'apreès les peintures astronomiques, Osiris-Sâhou,
dieu de l'étoile Orion. Osiris-Sâhou était aussi le
conducteur des âmes dans l'autre monde. — Ep.
saïte.
Sérapéum.
1761. — Bronze. — 0m O4; long. 0m 124.
L'oxyrrhynque, sorte de brochet propre au Nil,
passait pour avoir dévoré l'un des membres d'Osiris,
lorsque ce dieu avait été mis en pièces et jeté à l'eau
par Sit-Typhon. II était consacré à Hathor, dame
d'Esnèh, et portait parfois la coiffure de cette déesse,
le disque solaire entre deux cornes. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1766. — Bronze. — H. 0m 205.
Shou cuirassé levant la lance: la coiffure est brisée
(cfr. p. 157, no 1724). — Ep. saïte.
Sérapéum.
1770. — Bronze. — H. 0m 15; long. 0m 31;
larg. 0m 034.
Boîte en bronze, où était enfermée une momie de
serpent. L'uraeus figurée sur le couvercle avait une
tête humaine coiffée du pschent: c'est l'aspect que
présentent certains génies infernaux, dans les peintures
des tombes royales. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1771. — Bronze. — H. 0m 09; long. 0m 16.
Boeuf Apis agenouillé contrairement à l'usage. —
Ep. saïte.
Sérapéum.
1777. — Bronze. — H. 0m 165.
Le dieu Nil debout, portant sur la tête le signe
de l'eau, d'où sort un bouquet de fleurs. II est représenté
avec les chairs molles et la poitrine pendante
en signe d'abondance. D'ordinaire, il tient entre
les mains un autel, d'où pendent des poissons et des
fleurs de lotus (cfr. p. 71, Salle historique de l'Ouest,
no 123, un autel de ce genre). Il était adoré à Silsilis
avec Râ et Phtah. Ses statues sont fort rares.
— Ep. saïte.
Sérapéum.
1781. — Bronze. — H. 0m 06; long. 0m 10.
Poisson latus, le bayad des Égyptiens modernes,
emblème de la déesse Hathor, comme l'oxyrrhynque.
— Ep. saïte.
Sérapéum.
1784. — Email vert. — H. 0m 18.
Dieu Bes posé sur une fleur de lotus: il semble
vouloir dévorer l'enfant qu'il tient entre les mains.
— Ep. saïte.
1788. — Bronze. — H. 0m 07; long. 0m 025.
Lézard sur une boîte qui renfermait une momie
le lézard. Il y a, parmi les génies de l'enfer égyptien,
un dieu à tête de lézard, dont on ne connaît point la
fonction. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1815. — Email bleu. — H. 0m 05.
Dieu à tête de lion debout, marchant. On l'a appelé
Hobs ou Hbos, mais je crois que ce nom n'est
qu'une erreur de lecture: c'est en réalité Shou (cfr.
p. 157, no 1724). — Ep. saïte.
1820. — Lapis - lazuli. — H. moyenne
0m 025.
Cinq petites figurines de Mâït, la plume sur la tête:
travail assez délicat (cfr. p. 159, no 1736). — Ep.
saïte.
1826. — Bronze. — H. 0m 085; larg. 0m 063.
Hor et Thot, debout, versent de l'eau sur la tête
d'un personnage agenouillé entre eux. La scène est
représentée souvent sur les monuments. Les deux
divinités lavent les péchés du mort, avant de l'admettre
au jugement. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1831. — Bronze. — H. 0m 225.
Sur une fleur de lotus épanouie, un dieu à corps
humain, à tête de taureau, coiffée du disque solaire,
est debout les bras levés dans l'attitude du combat.
C'est une forme de Thot, taureau dans la ville de
Mendès, lorsqu'il combat dans la barque solaire. —
Ep. saïte.
Sérapéum.

Armoire G.

1856. — Bronze. — Larg. 0m 095; H.
0m 035.
La chatte était consacrée à la déesse Bast, ou à Sokhit
(cfr. p. 8, no 6006): aussi est-elle représentée sur
les médailles grecques du nome Bubastite. La chatte
no 1856 est couchée sur le flanc, entourée de ses petits:
quelques-uns tètent consciencieusement, tandis qu'un
autre caresse de la patte le museau de sa mère. —
Ep. saïte.
Sérapéum.
1859. — Bronze. — H. 0m 125.
La déesse Bast, à tête de chatte, tenant l'égide ra-menée
sur la poitrine. Bast est une forme affaiblie
de Sokhit (cfr. p. 8, no 6006): elle est à Sokhit ce
que la chatte est à la lionne. Cela n'empêche pas
d'ailleurs que Bast n'ait dans sa nature des côtés
violents et Sokhit des côtés pacifiques. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1861. — Bronze. — H. 0m 14.
La déesse Bast, à tête de chatte, tenant l'égide de
la main gauche et un panier passé au bras. — Ep.
saïte.
Sérapéum.
1862. — Bronze. — H. 0m 28.
Fort belle statue de la déesse Sokhit à tête de lionne,
couronnée du disque solaire (cfr. p. 8, no 6006). —
Ep. saïte.
Sérapéum.
1864. — Bronze. — H. 0m 21.
Statue de Sokhit, le disque sur la tête, les pieds
rapprochés, les bras collés au corps. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1877. — Email vert. — H. 0m 068.
Chatte assise: trois petits chats sont debout devant
elle, et elle appuie ses deux pattes de devant sur leur
tête. — Ep. grecque.
Sérapéum.
1878. — Email bleu. — H. 0m 058.
La déesse Bast à tête de chatte est assise sur un
siége, et serre le sistre sur sa poitrine: sur les côtés
du siége sont représentés une uraeus et un serpent
ailé du type de Nouhbkoou (cfr. p. 157, no 1715). —
Ep. saïte.
Sérapéum.
1884. — Bronze. — H. 0m 215.
Phtah est debout, enveloppé de bandelettes: seule,
la tête est vivante, et les deux mains, dégagées du
maillot, tiennent le sceptre. Phtah était au début
le dieu des morts: ce n'est que plus tard qu'on
est arrivé à le faire rentrer tant bien que mal dans
la catégorie des dieux solaires. Son nom signifie celui
qui ouvre
, et fait peut-être allusion à l'une de ses
fonctions, qui était d'ouvrir le cercueil et de dévoiler
la face du mort pour lui rendre la vie. Il était le
dieu national de Memphis et y avait le plus grand
de ses temples: il y était associé à Sokhit et à Imhotpou
(cfr. p. 104, no 3255), quelquefois à Nofirtoum
(cfr. p. 156, no 1714). Les traits de sa figure sont
très fins, aussi l'appelle-t-on Phtah au beau visage.
— Ep. saïte.
1886. — Bronze. — H. 0m 16.
Le dieu Imhotpou, assis sur un siège, lit un rouleau
de papyrus étalé sur ses genoux. Son nom signifie
celui qui vient en paix, et son rôle est de protéger
les sciences: il est le dieu médecin par excellence,
celui que les Grecs avaient identifié à Asclépios (cfr.
p. 104, no 3255). — Ep. saïte.
Sérapéum.
1902. — Email vert. — 0m 065.
Ce petit dieu monstrueux a été pris pour un fétus,
et est appelé d'ordinaire Phtah-embryon. Une maladie
spéciale de la moëlle épinière produit les phénomènes
de déformation qui le signalent, et j'ai vu moi-même,
dans les hôpitaux de Paris, des enfants de dix à
douze ans qui étaient la reproduction vivante des
statuettes de nos musées: le nom de Phtah-embryon
est donc à rejeter. Les inscriptions l'appellent tantôt
Phtah, tantôt Phtah-Sokari, tantôt Phtah-Sokar-Osiri:
c'est en effet un Phtah au même titre que le
Phtah momie (cfr. p. 165, no 1884). Les Égyptiens
ont accumulé sur lui divers emblèmes. Le plus fréquent
est un scarabée qu'il porte à plat sur la tête:
c'est une marque de renaissance et un signe d'identification
avec Khopri, le soleil levant. Deux serpents
lui sortent parfois de la bouche, il tient une plume
à chaque main, il est perché sur deux crocodiles, Isis
et Nephthys sont à sa droite et à sa gauche, un épervier
est sur chacune de ses épaules, enfin la déesse
Bast debout derrière lui l'enveloppe de ses bras et de
ses ailes. Tous ces dieux accumulés autour de lui
sont là pour le protéger et pour l'aider à revivre (cfr.
p. 160, no 1746). — Ep. grecque.
Sérapéum.
1904. Email verdâtre. — H. 0m 035.
Le dieu Khnoum à tête de bélier, debout. Khnoum
signifie le modeleur, et on voit souvent le dieu modelant
l'oeuf du monde sur un tour à potier. Il est des
plus anciens parmi les dieux de l'Égypte, et on l'adorait
surtout dans le voisinage des cataractes, à Eléphantine
et à Philae: il avait pour compagnes de triade
deux déesses, Sati et Anouki. A partir de la XVIIIe dynastie,
il se confondit fréquemment avec Ammon-Thébain
à tête de bélier. — Ep. saïte.
1916. — Email bleu. — H. 0m 052.
Chatte du même type que le no 1877. Elle a deux
petits chats à droite et à gauche, deux petits chats
devant elle sur lesquels elle appuie ses pattes, deux
autres petits chats sur les pattes, et, pour couronner
le tout, un petit chat sur la tête entre les deux
oreilles. — Ep. saïte.
1929. — Bronze. — H. 0m 13.
Sokhit, à tête de lionne, assise, allaite un jeune
Hor coiffé du pschent: elle tient l'enfant de la main
gauche et de la main droite presse le sein qu'elle
donne à l'enfant. — Ep. grecque.
Sérapéum.
1948. — Bronze. — H. 0m 13.
Phtah debout sur une coudée. C'est l'illustration du
titre maître de Vérité, qu'on lui donne fréquemment:
la coudée sert à écrire le mot vérité. La coudée
prend souvent la forme d'une esplanade sur laquelle
est juchée la statue et à laquelle on monte par trois
ou quatre marches. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1980. — Bronze. — H. 0m 125.
Cette statuette est un composé des attributs de
Phtah et de Min. Elle a la tête rase de Phtah et lève
le bras comme Min (cfr. p. 158, no 1728). — Ep.
saïte.
Sérapéum.
1981. — Bronze. — H. 0m 135.
La triade thébaine se composait d'Ammon, de Mout
et de leur fils Khonsou: la statuette no 1981 est une
des formes de Khonsou. Elle représente un dieu
momie, tenant à la main trois sceptres différents, et
portant le disque lunaire sur la tête, avec la tresse
caractéristique de l'enfance. Khonsou se divisait en
deux personnes distinctes, Khonsou, maître de Thèbes,
Nofirhotpou, celui qui est dans le repos absolu,
et Khonsou p. iri-sokhrou, Khonsou qui exécute les
destinées: la première qui préparait et concevait les
événements, la seconde les mettait en action. Comme
dieu Lune, Khonsou se confond avec Thot et avec
Phtah. — Ep. grecque.
Sérapéum.
1985. — Bronze. — H. 0m 14.
La déesse Mout, debout coiffée du pschent. Son
nom signifie la mère et marque le rôle qu'elle joue
dans la triade: elle était moins la femme d'Ammon
que sa mère, et l'un des titres principaux du dieu
était Mari de sa mère. Elle est appelée dame du
ciel, reine de la terre, et se confond avec les autres
déesses mères, Isis, Hathor, etc. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1986. — Bronze. — H. 0m 19.
Ammon enfant et identifié avec Hor, Horammon.

Il a la tresse et le corps nu d'Hor enfant, la coiffure à
grandes plumes d'Ammon. — Ep. saïte.
Sérapéum.
1996. — Email vert. — H. 0m 035.
Le dieu Khnoum à tête de bélier. — Ep. saïte.
Sân.
1998. — Email bleu. — H. 0m 065.
Mout-Isis allaitant Hor qu'elle tient sur ses genoux.
— Ep. saïte.
2007. — Email bleu. — Long. moy. 0m 022.
Sept sphinx à tête de bélier. Je ne crois pas que
les criosphinx soient, plus que les sphinx à tête
d'homme ou androsphinx (cfr. p. 9, no 6008), le
résultat d'une combinaison voulue, ni qu'on ait placé
la tête du bélier sur le corps du lion afin de rendre
symboliquement l'union de deux idées abstraites.
Les anciens étaient en d'histoire naturelle d'une
ignorance que rien n'étonnait. Le lion à tête humaine
est décrit par Pline (H. Nat. VI, 29; VIII, 21; X, 72),
par Diodore (III, p. 167), par Strabon (XVI, p. 775),
comme un animal qui existait réellement. L'onocentaure,
ou âne à tête humaine, figure sur la mosaïque
de Palestrine et nous est connu par Elien (De Nat.
Anim.
, XVII, 9). Les peintures de Beni-Hassan nous
montrent, parmi les animaux que les Égyptiens
chassaient dans le désert, un griffon, un léopard qui
a sur le dos une tête humaine, un léopard au cou
et à tête de serpent. Le culte du criosphinx était
donc, comme celui du boeuf, le culte d'un animal
réellement existant, et consacré à Ammon-Thébain.
— Ep. saïte.
Sérapéum.
2009. — Bronze. — H. 0m 40.
Ammon-Râ debout, marche, coiffé du mortier surmonté
de deux longues plumes. Le nom d'Ammon,
écrit quelquefois Mon, est traduit d'ordinaire le caché,
et il a réellement ce sens dans certains textes.
Je crois cependant qu'à l'origine il signifiait le journalier
et n'était qu'une épithète du soleil qui revient
chaque jour. Son culte était national à Thèbes et
dans toutes les colonies thébaines, à Napata en Ethiopie,
en Nubie, dans les Oasis. — Ep. saïte.
Assanif.
2016. — Bronze. — H. 0m 335.
Le dieu Khnoum à tête de bélier est assis sur
un fauteuil qui, lui-même, repose sur une fleur de
lotus (cfr. p. 167, no 1904). Le tout formait une enseigne sacrée, qu'on portait dans les processions (cfr.
p. 120, no 3107). — Ep. saïte.
Sérapéum.

Armoire F.

Le cycle osiriaque commence à paraître dans cette
armoire. Osiris, dieu d'Abydos et dieu des morts,
avait fini par devenir le dieu le plus généralement
adoré en Égypte: pour un monument qu'on trouve
des autres, on en a dix de lui et des divinités attachées
à son my the. Il était l'être bon par excellence
(Ouonnofri), toujours en opposition avec Sit-Typhon,
le maudit: trahi et mis en pièces par Sit, ressuscité
par les soins de sa soeur Isis, il avait engendré
Hor le jeune, Harpochrate. Harpochrate, qui est
Osiris, est aussi le soleil, lutte contre Sit et le bat,
comme le soleil levant dissipe les ombres de la nuit;

il venge son père, mais ne détruit pas Sit, et se contente
de lui enlever la force génératrice. Cette lutte,
qui recommence chaque jour, servait de symbole à
la vie humaine: une fois mort, l'homme devenait
Osiris, et recevait d'Isis, d'Hor, de Nephthys, les mêmes
soins qui avaient ressuscité Osiris.
2028. — Calcaire blanc compact. — H.
0m 26.
La déesse Nephthys assise; elle a pour coiffure
les signes , dont la réunion sert à écrire son nom
Nivthâït. Nephthys était la soeur d'Isis, mariée à Sit,
comme Isis l'était à son frère Osiris. Dans la lutte
entre Osiris et Sit elle avait pris parti pour le premier:
associée à Isis, elle avait couvé de ses ailes
les restes d'Osiris et poussé sur lui les lamentations
funèbres. Lorsqu'Harpochrate naquit, elle aida Isis
à le cacher et à l'allaiter. — Ep. saïte.
2030. — Bronze. — H. 0m 155.
Osiris-momie, coiffé de la couronne blanche ,
tenant le sceptre et le fouet, assis. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2062. — Bronze. — H. 0m 35.
Le dieu Lune, une des formes d'Osiris, est assis
l'uraeus au front: il porte le disque lunaire sur la
tête. — Ep. grecque.
Sérapéum.
2063. — Email vert et bleu. — H. 0m 105.
La déesse Thouèris debout, appuyée sur le noeud de
corde (cfr. p. 76, no 3963). — Ep. grecque.
2066. — Email bleu, jadis doré. — H.
0m 105.
Statuette d'Isis: travail très fin. L'enfant qu'elle
allaitait a disparu. — Ep. grecque.
Sérapéum.
2068. — Bronze. — 0m 168.
Statue du dieu Thot-Lune, « celui qui opère le
salut ». Il porte sur le front une tête d'ibis surmontée
du disque lunaire et d'un diadème, nommé diadème
Iotef. — Ep. grecque.
Sérapéum.
2098. — Cire. — H. moy. 0m 07.
Les quatre génies funéraires Hapi, Tioumoutf,
Kobhsonouf, Amsit (cfr. p. 129). On trouve à Déïr
el Médinéh, dans les tombes de la fin du Nouvel-Empire,
un assez grand nombre de ces figures en
cire: quand on les ouvre, elles sont pleines de grains
de blé. C'est probablement une allusion aux idées
de résurrection. — Ep. saïte.
Déïr el Médinéh.

Armoire E.

2142. — Bronze. — H. 0m 36.
Isis, coiffée des deux cornes entre lesquelles est
posé le disque solaire, allaite Harpochrate. — Ep.
saïte.
Sérapéum.
2154. — Bronze. — H. 0m 47.
Un Osiris momie, coiffé d'un long bonnet et de
deux plumes, est debout sur une estrade carrée en
forme de naos, entourée d'une balustrade sur trois

côtés. Un petit autel, qui se trouvait devant Osiris
a disparu; mais la place en est encore indiquée par
un trou carré. Pour arriver à l'autel, le prêtre devait
monter un escalier de huit marches. C'est probablement
en petit la disposition qu'on trouvait dans
certains temples. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2185. — Calcaire. — H. 0m 25; larg. 0m 29.
— (Mariette, Abydos, III, p. 456, no 1212.)
Isis debout derrière son fils Hor, vengeur de son
père, l'enveloppe de ses ailes pour le protéger. Un
chanteur du dieu Hor-An, Hor le gracieux, nommé
Nsiphorân et son fils Pentoïrt sont en adoration devant
le dieu. — XXe dyn.
2189—2190. — Bois peint et stuqué. —
H.
0m 15 et 0m 16.
Isis et Nephthys sont accroupies; le bras levé,
comme les pleureuses aux funérailles, elles se lamentent
de la mort d'Osiris. Elles étaient drapées
dans du linge de momie, et ont été laissées telles
quelles. — Ep. saïte.

Armoire D.

2209. — Bronze. — H. 0m 51.
Un pilier carré assez mince, surmonté d'une corniche
qui lui donne l'apparence d'un naos, porte une
petite chatte assise. — Ep. grecque.
Tell-Basta.
2210. — Bronze. — H. 0m 43.
Superbe statue, malheureusement coupée aux genoux.
Elle représente Osiris momie avec ses insignes
ordinaires: les yeux, la barbe, la coiffure, le fouet,
le sceptre, étaient incrustés de pâte de verre. —
XXe dyn.
Médinet-Habou.
2211. — Bronze. — H. 0m 37.
Hor enfant, Harpochrate, est assis les deux mains
sur les genoux: il porte sur la tempe droite la tresse,
marque de l'enfance. — Ep. grecque.
Sérapéum.
2212. — Bronze. — 0m 36.
Osiris-Lune en forme de momie. Ses deux bras
tiennent le fouet et le sceptre. Sur la tête, le disque
lunaire avec l'oeil mystique gauche, emblème de la
lune, puis la tête d'ibis surmontée d'un diadème emplumé
et orné d'uraeus. — Ep. grecque.
Sérapéum.
2216. — Email vert. — 0m 128.
Le dieu Thot était l'inventeur des arts, des sciences,
de l'écriture, de la musique et de l'astronomie: il
avait assisté Hor de ses conjurations magiques, et
enregistré les hauts faits de la guerre typhonienne,
en sa qualité d'historiographe des dieux. L'ibis et
le cynocéphale lui étaient consacrés. Le no 2216 nous
montre Thot à corps d'homme et à tête d'ibis: le
bec a été restauré. — Ep. saïte.
Mit-Rahinéh.
2217. — Bronze. — H. 0m if 11.
Le dieu Anoupou, Anubis, à corps d'homme et à

tête de chacal. Anubis, selon les uns fils de Typhon,
selon les autres fils d'Osiris, avait été comme Thot
l'auxiliaire d'Osiris contre Sit. C'était avant tout un
dieu infernal, celui qui protégeait la momie, venait
chercher l'âme et présidait à la balance du jugement.
Il était double, présidait sous cette double forme au
Nord et au Midi, et guidait le soleil sur les voies du
ciel: il s'appelait alors Ouapmatonou (Ouopouaïtou),
celui qui ouvre les chemins. — Ep. grecque.
Sérapéum.
2223. — Bronze. — H. 0m 095; long.
0m 125.
L'ibis de Thot, marchant à grands pas. — Ep.
saïte.
Sérapéum.
2225. — Bronze. — H. 0m 08.
Cynocéphale accroupi, coiffé du disque lunaire:
forme secondaire de Thot. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2134. — Bronze. — H. 0m 11.
L'ibis est accroupi sur un naos: un homme est
agenouillé devant lui, en adoration. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2252. — Email bleu. — H. 0m 138.
Thot cynocéphale, accroupi sur la coudée. — Ep.
saïte.
Sérapéum.
2257. — Email vert. — H. 0m 027.
Une truie fouillant le sol de son grouïn. Le porc
était une forme de Typhon: il avait mangé l'oeil de
Râ. — Ep. saïte.
2281. — Bronze. — H. 0m 132.
Anubis à tête de chacal, debout, marchant. — Ep.
saïte.
2299. — Bronze. — H. 0m 14; long. 0m 13.
Le chacal d'Ouapmatonou, debout (cfr. p. 174,
no 2217).
Sérapéum.
2301. — Bronze. — Long. 0m 08.
Chienne-chacal couchée, avec quatre petits entre
les jambes. — Ep. grecque.
Sérapéum.
2315. — Bronze. — Long. 0m 108.
Anubis à corps humain, doré, emmailloté de linge.
On a trouvé dans un certain endroit, près du Sérapéum,
une collection de statuettes en bronze emmaillotées
de la sorte: peut-être les habillait-on pour
les faire servir à des opérations magiques, peut-être
voulait-on simplement les préserver de l'oxydation.
On retrouvera des figures ainsi enveloppées, sous les
nos 2321, 2439, 2481.
Sérapéum.
2321. — Bronze. — H. 0m 21.
Autre Anubis, drapé comme le précédent. Il à le
sceptre à la main, et se tient debout sur une plateforme:
un homme agenouillé lui rend hommage.
— Ep. saïte.
Sérapéum.

Armoire C.

2328. — Bronze. — H. 0m 15; long. 0m 153;
larg. 0m 54.
Boîte en forme de naos oblong, sur laquelle est
perché un épervier, coiffé du pschent: dans l'intérieur,
il y avait une momie d'épervier. L'épervier
était consacré à Hor, et représentait un des types les
plus fréquents de ce dieu. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2329. — Bronze. — H. 0m 148.
Hor enfant, nu, coiffé de la grosse tresse et du
pschent. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2357. — Email vert. — H. moy. 0m 24.
Triade formée d'Harpochrate, debout, entre Isis et
Nephthys: le jeune dieu est sous la protection de
ses deux nourrices. — Ep. saïte.
Mit-Rahinéh.
2361. — Bronze. — H. 0m 268.
Osiris-Lune, debout, la tête ornée d'un disque lunaire
flanqué de deux éperviers, et sur lequel est
dessiné un oeil mystique. Il presse contre sa poitrine
un autre oeil mystique et tient la hache d'armes de
la main droite. — Ep. saïte.
2364. — Bronze. — H. 0m 105; larg. 0m 078.
Fauteuil de divinité. Les deux bras sont supportés
par deux lions passants: le dossier est un vautour
qui déploie ses ailes afin de protéger le personnage
assis. Devant le fauteuil, un tabouret pour les pieds.
C'était probablement un Harpochrate qui siégeait
sur ce trône. — Ep. saïte.
Sérapéum.
3394. — Plomb. — H. 0m 14.
Hor, debout, couronné du pschent. Les statues de
divinités en plomb sont fort rares: le musée ne possède,

outre le no 2394, qu'un fragment d'Osiris (Vitrine
A
, no 2672, p. 187). — Ep. saïte.

Armoire B.

2434. — Calcaire blanc compact. — H.
0m 234; larg. 0m 346. — (Mariette, Mon. Div.,
pl. 35a.)
Barque funéraire montée sur quatre rouleaux en
bois. Le boeuf Apis momifié était sous le naos;
mais la partie postérieure de son corps est cachée
et l'on ne voit que la tête et le buste. A l'avant et
à l'arrière de la barque, Isis et Nephthys accroupies
se lamentent. Ce bas-relief est la représentation
exacte de l'appareil qu'on employait pour transporter
la momie des Apis au tombeau. — XXVIe dyn.
Kom el Fakhri.
2435. — Bronze. — H. 0m 31.
Le dieu Haroïri, Aroêris, Hor le vieux, debout,
coiffé d'une grande perruque surmontée du pschent.
Haroïri était une forme très ancienne du dieu solaire,
contemporaine de Râ et de Shou: elle se confondait
assez souvent avec l'autre Hor, Horsiîsi, fils
d'Osiris et d'Isis. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2439. — Bronze. — H. 0m 40.
Osiris momie, enveloppé de chiffons (cfr. no 2315).
— Ep. saïte.
Sérapéum.
2450. — Bronze. — H. 0m 23.
Le taureau Apis était l'image vivante de Phtah
sur la terre: on le gardait dans une des cours du

temple de Phtah à Memphis, où il rendait des oracles.
Il n'y avait jamais qu'un Apis à la fois: il naissait
d'une génisse vierge, et, selon quelques-uns, était engendré
par un rayon de lune. On le reconnaissait
à certaines marques, un croissant sur le front, un
scarabée sous la langue, un vautour sur le dos, etc.
que les prêtres se chargeaient de découvrir. Une fois
intronisé, il restait en fonctions jusqu'à la mort: quelques-uns
vécurent jusqu'à vingt-sept et vingt-huit ans.
Mort, Apis devenait, comme tous les morts, un
Osiris: on l'embaumait et on le transportait en
grand pompe au Sérapéum, dans la sépulture réservée
aux Apis. Là, il avait un temple, où il était encore
dieu, sous le nom d'Osorhapi, dont les Grecs
ont fait Sorapis, Sarapis, Sérapis. On sait combien
le culte de Sérapis devint populaire aux derniers
temps du paganisme: il se répandit par tout le monde
romain et grec, mais en gardant assez peu de traits
de sa forme égyptienne primitive.
Le bronze no 2450, représente la statue d'Apis sur
un traîneau, telle qu'on la promenait aux grandes
fêtes. En examinant avec soin les bronzes voisins,
le visiteur reconnaîtra aisément les signes dont j'ai
parlé, le triangle, le vautour, etc. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2478. — Calcaire. — H. 0m 05; larg. 0m 047.
Pendant les soixante jours que duraient les funérailles
d'Apis, les souterrains du Sérapéum demeuraient
ouverts et les dévots allaient faire leurs dévotions
sur la tombe du nouveau dieu. Ils laissaient, en souvenir
de leur passage, une stèle quelquefois datée.

Ces monuments sont aujourd'hui pour la plupart au
Musée du Louvre, où Mariette les avait transportés
au moment de la découverte; toutefois, on en découvre
encore de temps en temps, qui avaient échappé
aux premières recherches.
Le no 2478 est certainement ce qui existe de plus
petit en fait de stèle: on l'a exposé par curiosité
seulement, car l'intérêt qu'il présente est nul. —
XXVIe dyn.
Sérapéum.
2480. — Serpentine grise. — H. 0m 145.
Boeuf Apis, debout, marchant: il a devant lui un
petit autel en forme de naos, chargé d'offrandes. Les
marques sacrées sont très visibles. — XXVIe dyn.
Sérapéum.
2492. — Calcaire blanc. — H. 0m 342;
larg. 0m 23.
Bon exemple des stèles votives qu'on déposait dans
la tombe d'Apis. Au premier registre, le roi Shishonq
IV offre le pain au taureau sacré, en présence
du prêtre Onkhfkhonsou, fils de Psenhor, fils de
Onkhpkhroud, fils de Psenhor, fils de Onkhfenkhonsou,
fils d'Efônkh. Le proscynème, gravé à la pointe,
ne nous apprend rien, si ce n'est que la dédicace de
la stèle a eu lieu l'an XXXVII, le premier mois de
Shat, du roi Shishonq IV. — XXIIe dyn.
Sérapéum.
2494. — Bronze. — H. 0m 19.
Apis, sous forme d'homme à tête de taureau, le
disque et l'uraeus au front. — Ep. saïte.
Sérapéum.

Vitrine A.

La Vitrine A renferme les spécimens les plus fins
d'e figures divines que possède le Musée: c'est, en
petites dimensions, un véritable Panthéon Égyptien.
Je me bornerai à signaler ceux des objets exposés
qui ont le plus de valeur artistique: la signification
religieuse en a déjà été expliquée ailleurs.
2512. — Bronze. — H. 0m 24; larg. 0m 10.
Le dieu Osiris-Lune est assis entre Nofirtoum d'un
côté et Harpochrate de l'autre: une chatte est couchée
à ses pieds. Un petit personnage agenouillé
adore ce groupe de divinités. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2534. — Email bleu. — H. 0m 12.
Isis, assise, allaite Hor enfant. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2535. — Email vert. — H. 0m 05.
Shou, coiffé du disque solaire, soulève le ciel. (Cfr.
Armoire I, no 1724, p. 157.) — Ep. saïte.
Mit-Rahinéh.
2545. — Lapis-lazuli. — H. 0m 048.
Nit debout marchant. — Ep. saïte.
2552. — Email bleu. — H. 0m 085.
Le dieu Sit debout, avec la tête de quadrupède
qui le caractérise: monument presque unique. —
Ep. saïte.
Mit-Rahinéh.
2558. — Email vert. — H. 0m 04.
Trois triades, représentant Harpochrate entre Isis
et Nephthys. — Ep. saïte.
2559. — Email bleu. — H. 0m 045.
Le dieu Bes, debout, étrangle un lion entre ses
bras (cfr. p. 155, no 1709). — Ep. saïte.
2561. — Argent. — H. 0m 042.
La déesse Mout, coiffée du pschent. — Ep. saïte.
2564. — Or. — 0m 045.
Bes dansant. — Ep. saïte.
2565. — Lapis-lazuli. — H. 0m 058.
Aroêris, debout, appuyè sur son bâton de commandement,
saisit de la main droite le sceptre en
forme de serpent.
2576. — Bronze. — H. 0m 175.
Bel Apis, debout, marchant: autour du socle, une
légende bilingue, hiéroglyphique et carienne. —
XXVIe dyn.
Sérapéum.
2579. — Bronze. — H. 0m 225.
Le dieu Ammon, debout, revêtu de la cuirasse à
écailles de bronze imbriquées, foule aux pieds neuf
arcs. L'expression les Neuf arcs sert en égyptien à
désigner tous les nomades plus ou moins barbares
qui habitaient le désert. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2580. — Bronze. — H. 0m 22.
Hathor à tête de vache et au corps d'homme. La
déesse Hathor était avant tout la déesse de l'Occident
et des morts. Elle était représentée par une
vache ou par une femme à oreilles de vache. Elle
était aussi la déesse de la beauté et présidait aux
destinées humaines. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2581. — Bronze. — H. 0m 084; long.
0m 098.
Le boeuf Apis est debout sur un traîneau. A droite,
Isis, debout, lui flatte l'épaule: par derrière, Nephthys
lui tient les deux cuisses. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2583. — Bronze. — H. moy. 0m 16.
Osiris-momie, debout entre ses deux protectrices,
Isis et Nephthys. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2593. — Bronze. — H. 0m 12.
Osiris-momie, debout entre Isis et Horsiîsi à tête
d'épervier: derrière Osiris, un sceptre à fleur de lotus,
sur lequel est posé un serpent lové. — Ep. saïte.
Séravéum.
2600. — Bronze. — H. 0m 13.
Hathor, portant comme coiffure la partie supérieure
d'un sistre. Le sistre était l'emblème d'Hathor:
le bruit qu'on en tirait en l'agitant chassait les mauvais
esprits. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2603. — Bronze. — H. 0m 121.
Le dieu Anhouri combattant (cfr. p. 160, no 1749).
— Ep. saïte.
Sérapéum.
2604. — Bronze. — H. 0m 071.
Le nord et le sud étaient sous la protection de
deux Hor, dont l'un était fils d'Isis, et dont l'autre
était une forme bienveillante du dieu Typhon. La
tradition voulait en effet que le dieu Sib eût partagé
l'Égypte, son héritage, en deux moitiés, dont il avait
donné l'une à Hor, l'autre à Sit: pour concilier cette
légende, où Sit est un dieu bienfaisant, avec le mythe
osiriaque, où Sit est un dieu mauvais, on substitua
un second Hor à Sit, et l'on eut les deux Hor,
maîtres chacun d'une moitié de l'Égypte. Le bronze
no 2603 représente Hor en sa dualité: il a un seul
corps et deux têtes d'épervier, coiffées du disque solaire
et des longues plumes. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2625. — Bronze. — H. 0m 30.
Les génies d'Héliopolis étaient représentés sous
forme d'hommes à tête d'épervier, adorant le soleil:
ils représentaient les nations du nord rendant hommage
au dieu. Notre bronze représente un de ces
génies, un bras levé, l'autre ramené sur la poitrine
dans la posture de l'adoration. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2627. — Bronze. — H. 0m 042.
Uraeus à tête d'épervier, surmonté du disque solaire:
un des génies de l'enfer, secourable aux bons,
terrible aux méchants. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2628. — Email vert. — H. 0m 03.
Uraeus à tête de lionne: même rôle que le génie
précédent. — Ep. saïte.
2630. — Email bleu. — H. 0m 055.
Le dieu Roshpou debout armé du bouclier, de la
lance et de la hache (cfr. Armoire I, no 1706, p. 155).
— Ep. saïte.
2632. — Bronze. — H. 0m 10.
Les Égyptiens représentaient le soleil levant sous
la forme du dieu Hor, sortant d'un lotus épanoui.
Ici, Hor a la tête d'épervier, et le disque solaire surmonté
des deux longues plumes. — Ep. saïte.
2636. — Email vert. — H. 0m 042.
Epervier à tête humaine: emblème de l'âme humaine
(cfr. p. 130, no 1621; p. 134, no 1610). — Ep.
saïte.
2642. — Email vert. — H. 0m 064.
Déesse debout, coiffée de la perruque comme Mout:
sur la tête, le poisson silure. Cette déesse, qui s'appelle
Hat-mihit, dame de Mendès, est la personnification
du nome Mendésien. — Ep. saïte.
2643. — Lapis-lazuli et or. — H. 0m 073.
La déesse Mâït, de la Vérité: la plume en or et
l'uraeus ont été rapportés (cfr. p. 159, no 1736). —
Ep. saïte.
2645. — Cornaline. — H. 0m 045. Bes dansant.
2646. — Verre irisé. — H. 0m 019.
Admirable petite figure en verre ciselé: Hor à

corps humain et à tête d'épervier, coiffée du disque
solaire. — Ep. saïte.
2647. — Argent. — H. 0m 033.
La déesse Mout assise, coiffée du pschent.
2649. — Lapis-lazuli. — H. 0m 023.
Epervier à tête humaine.
2650. — Malachite et or. — H. 0m 022.
Petite Isis montée en or.
2652. — Lapis-lazuli et argent. — H.
0m 028.
Uraeus à tête de lionne, avec les fils d'argent qui
servaient à la suspendre (cfr. p. 184, no 2628). —
Ep. saïte.
2653. — Lapis-lazuli. — H. 0m 022.
Vautour. Le vautour était l'oiseau de la déesse
Mout et le symbole de la maternité: sa dépouille
sert de coiffure aux déesses et aux reines-mères.
2656. — Email bleu. — H. 0m 04.
Autre déesse coiffée du poisson oxyrrhynque (cfr.
p. 185, no 2642).
2657. — Email vert. — Long. 0m 02.
Scorpion. Le scorpion était consacré à la déesse
Selk (cfr. p. 129 et p. 188, nos 2703, 2710).
2663. — Bronze. — H. 0m 148.
Sur un chapiteau en forme de fleur de lotus, une
déesse est assise, coiffée du poisson oxyrrhynque

monté sur un bâton d'enseigne. Elle est l'emblème
du nome oxyrrhynchite. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2664. — Bronze. — H. 0m 19.
Ameniritis, fils d'Horsiîsi, est agenouillé et fait l'offrande
à la déesse Mihit, coiffée du poisson silure.
(Cfr. p. 185, no 2642.) — Ep. saïte.
2665. — Bronze. — H. 0m 148.
Superbe Anubis incrusté d'or. L'inscription nous
apprend qu'il avait été consacré à la mémoire d'un
certain Ouzahor. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2665. — Bronze. — H. 0m 152.
La déesse Nekhab, à tête de vautour. Nekhab était
la déesse du Midi. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2672. — Plomb. — 0m 092.
Débris d'une statue d'Osiris-momie, debout (cfr.
p. 177, no 3394). — Ep. saïte.
Sérapéum.
2686. Bronze dorée. — H. 0m 038.
La déesse Noshemit, assise, la barque sur la tête,
allaite Horus: Noshemit est ici évidemment une forme
locale, propre à Abydos, de la déesse Isis (cfr. Grand
Vestibule
, no 293, p. 46). — Ep. saïte.
Sérapéum.
2688. — Email bleu. — H. 0m 028.
Harpochrate, coiffé du disque lunaire, sort de la
fleur de lotus (cfr. no 2632, p. 185). — Ep. saïte.
Sérapéum.
2701. — Bronze. — H. 0m 082.
Bout de sceptre représentant l'oxyrrhynque sur
un support: emblème du nome oxyrrhynchite. —
Ep. saïte.
Sérapéum.
2703. — Marbre blanc. — H. 0m 19.
La déesse Selk, identifiée à Isis, et agenouillée,
tient un petit matelas sur lequel est étendu. Osirismomie:
elle écarte du dieu les scorpions et les reptiles
malfaisants (cfr. p. 129 et p. 186, no 2657). —
Ep. grecque.
2709. — Bronze. — H. 0m 16.
L'Égypte était divisée en deux royaumes, Thèbes
et Memphis. Pour en marquer la réunion, on représentait
les deux Nils, le Nil du Nord et celui du Midi,
occupés à lier sur le signe sam, qui signifie assembler,
les fieurs du lotus et celles du papyrus, symbole
des deux régions de l'Égypte. Le no 2709 nous
montre un Nil employé à cette opération: un de ses
pieds, levé, repose sur un bout du signe sam, et ses
deux bras tirent la corde qui attache les fleurs. —
Ep. saïte.
Sérapéum.
2710. — Bronze. — H. 0m 117.
La déesse Selk, debout, coiffée du scorpion qui lui
était consacré (cfr. p. 186, no 2657). Selk présidait
à l'un des canopes avec Isis, Nephthys et Nit (cfr.
p. 129, nos 1606—1607): on connaît fort peu le reste
des fonctions qu'elle pouvait avoir. — Ep. saïte.
Sérapéum.
2718. — Bois. — H. moy. 0m 028.
Quatre charmants petits amulettes d'un travail fort
délicat: Anubis à tête de chacal, assis, tirant de l'arc;
Min debout dans sa pose favorite; Sokhit, à tête de
lionne, coiffée du disque; Anubis debout, portant à
deux mains, devant lui, un grand Tat, emblème d'éternité.
— XXVIe dyn.
2719. — Email bleu. — H. 0m 09.
Nofirtoum debout, marchant, sur un lion couché
(cfr. p. 156, no 1714). — Ep. saïte.
Outre les objets exposés dans les armoires, il reste
encore à décrire quelques monuments épars le long
des murs ou contre les piliers.
1102. — Bois. — H. 1m 05; larg. 0m 32; prof.
0m 33.
Sorte de petite chapelle. La porte s'ouvrait jadis:
elle garde encore un des verrous qui servaient à la
fermer extérieurement. A l'intérieur se trouvait, au
moment de la découverte, une momie de singe. C'était
la divinité domestique qu'adorait l'Égyptien inconnu
à qui nous devons ce petit monument. — Ep. saïte.
3967. — Bois. — Long. 1m 80.
Le cercueil et la momie exposés dans cette vitrine,
appartenaient à une jeune fille du nom de Tripi, la
Vierge. Elle a été découverte à Thèbes, dans le tombeau
de Nofirsokhrou, avec douze autres momies
appartenant à une même famille, qui vivait probablement
au premier siècle avant l'ére chrétienne. La
momie est dans un parfait état de conservation. Elle

est recouverte d'un maillot en perles de verre dont
une partie seulement est visible. Elle porte encore
ses guirlandes dans leur position antique: les chapelets
de fleurs sur la poitrine, la Couronne de Voix
juste
sur la tête. L'important pour le mort égyptien
était de connaître les prières nécessaires à son salut,
et de les dire avec l'intonation exacte, d'où le
titre qu'on lui donne: Celui qui a la voix juste,
Mâkhroou.
Pour marquer qu'il avait atteint le degré
de perfection indispensable, le dieu Thot était censé
lui remettre une Couronne de Voix juste, qu'on lui
posait sur la tête, pendant les funérailles. — Ep.
grecque.
Sheïkh Abd el Gournah.
Sur la grande table qui est derrière la statue de
Khâfrî, sont rangés des canopes, dont les plus beaux
sont inscrits sous le no 1837. Ils ont tous un couvercle
à tête humaine, et un collier richement décoré
sur la panse. L'un d'eux avait disparu en 1878: il
parvint aux mains de M. le comte A. M. Zogheb
d'Alexandrie qui s'empressa d'en faire hommage au
Musée. C'est un acte de générosité assez rare pour
qu'on le signale aux visiteurs. A côté des canopes de
Naï:
1840. — Albâtre. — H. 1m 85.
Jolie statue en albâtre, qui provient du tombeau
de Râhotpou. Râhotpou est assis à l'égyptienne, les
mains sur les genoux: il était scribe royal et attaché
à la personne du roi. — Ve dyn.
1841. — Basalte noir. — H. 0m 42; larg.
0m 24.
Cette stèle représente Hor sur les crocodiles. Le
dieu est nu, la tresse sur la tempe; au-dessus de
sa tête est posée une tête grimaçante de Bes. De la
main droite, Hor tient deux serpents, un scorpion,
une gazelle, de la main gauche, deux autres serpents
et un lion: il foule aux pieds deux crocodiles. Le
champ de la stèle est encadré entre deux enseignes,
à droite celle d'« Hor le dieu grand, maître du ciel,
qui exerce ses charmes sur l'eau, sur la terre, et
qui scelle la bouche de tous les reptiles qui s'y
trouvent»; à gauche, celle de «Nofirtoum, qui protège
les deux pays, scelle la bouche de tous les reptiles
mordants, sur terre, et exerce ses charmes
pour Osiris en toutes ses demeures». Le revers
est occupé par une longue adjuration au dieu:
«Salut à toi, dieu, fils de dieu! Salut à toi, chair, fils
de chair! Salut à toi, taureau, fils de taureau, né
d'un flanc divin! Salut à toi, Hor, fils d'Osiris, né
d'Isis, j'ai conjuré ta puissance … Chasse loin
de moi tous les lions dans la montagne, tous les
crocodiles sur le fleuve, tous les serpents, tous les
scorpions, tous les reptiles qui mordent de leur
bouche, qui piquent de leur queue; tous les vers
qui mordent dans leurs trous, rends les inoffensifs
pour moi, comme les sables sur la montagne, etc.»
Le nombre des reptiles venimeux a toujours été
si considérable en Égypte, que, dès les anciennes
époques, on a songé à se préserver d'eux dans ce
monde et dans l'autre, au moyen de formules magiques:

un tiers au moins des textes de la pyramide
du roi Ounas (Ve dynastie) est consacré a les éloigner
du défunt et à prévenir les effets de leurs piqûres.
La stèle no 1841 est un talisman fabriqué contre
eux, et contre tous les animaux nuisibles en général,
lions et crocodiles. Il peut paraître étrange qu'on ait
rangé la gazelle et l'antilope dans cette catégorie;
mais nous savons, par le témoignage des écrivains
classiques, que certaines espèces d'antilopes passaient
pour changer en pierre tout ce qu'elles regardaient,
et cette superstition suffit à expliquer la crainte qu'on
avait d'elles.
Notre stèle était destinée à être placée à demeure
dans une maison ou dans un jardin. A l'époque grecque,
la mode vint de fabriquer sur pierre saponaire des
stèles de ce type qu'on pouvait porter sur soi: telles
sont au Musée les stèles nos 1707, 1711, 1718, 1762,
1782 (Armoire I), etc. — Ep. saïte.
1846. — Papyrus. — (Mariette, Papyrus
Egyptiens du Musée de Boulaq
, t. I, pl. XV à
XXIII.)
Ce papyrus, l'un des plus curieux que l'on connaisse,
renferme un traité de morale en forme de
dialogue entre le scribe Ani et son fils Khonshotpou.
Le début manque malheureusement, comme
c'est presque toujours le cas: les premiers tours
du papyrus tombent en lambeaux au moment où
on les déroule. Ce qui reste est un ensemble de
préceptes nécessaires à la conduite de la vie pratique.
«Garde-toi de la femme du dehors, qu'on ne
connaît plus dans sa ville, ne cours pas après sa

pareille, ne la connais pas, car c'est une eau profonde,
et dont on ne sait pas les détours. La femme
éloignée de son mari t'envoie des billets chaque
jour; si elle n'a pas de témoins de son action, elle
est là qui t'enveloppe de ses filets, crime capital
pour toi, lorsqu'on vient à l'apprendre, quand même
elle n'aurait pas réussi en réalité, car les hommes
accomplissent toute sorte de crime rien que pour
elle.»
— «Ne te grise pas dans les cabarets où
l'on boit la bière, de peur qu'on ne répète ensuite
des paroles qui soient sorties de ta bouche sans que
tu aies conscience de les avoir prononcées. Tu
tombes, les membres cassés, et personne ne te tend
la main; mais tes compagnons de boisson sont là
qui disent: «Au large l'ivrogne!» On vient te cher-cher
pour tes affaires et on te trouve vautré à
terre comme les petits enfants.» — «C'est moi,
dit Ani, qui t'ai donné ta mère; mais elle, tandis
qu'elle te portait comme elle t'a porté, elle avait
en toi de lourdes charges, qu'elle ne pouvait reporter
sur moi. Tu es né, après les mois révolus,
et aussitôt tu l'as courbée sous le joug, sa mamelle
a été dans ta bouche durant trois années, et bien
que l'horreur de tes langes souillés soit toujours
allé grandissant, elle ne s'est jamais dégoûtée de
tes langes, au point de dire: «Pourquoi fais-jeécela?»
Une fois mis à l'école, comme on t'instruisait
aux lettres, elle était perpétuellement chez ton
maître, chaque jour, avec le pain et la bière de sa
maison. Maintenant te voilà homme fait, tu t'es pris
une femme, tu as monté ta maison. Aies toujours
l'oeil sur les ennuis qui ont accompagné ta naissance

et que toutes tes actions se règlent sur ce
que ta mère a fait pour toi, afin qu'elle n'ait rien
à te reprocher, et qu'elle ne lève pas ses mains
vers Dieu, car Dieu écoute ses prières.» II y a
des pages entières sur la conduite à tenir vis-à-vis
des supérieurs, sur la mort, sur l'amitié, et l'on retrouve
en bien des endroits les mêmes locutions qui
sont proverbiales chez nous: «Sans se presser pour
arriver, le bon marcheur arrive», «le boeuf qui
marche en tête du troupeau et qui mène les autres
aux champs, n'est lui-même qu'un animal comme
eux,» etc. Vers la fin, le fils Khonshotpou, fatigué
de tant de sagesse accumulée, interrompt brutalement
son père: «Ne rabache pas tes mérites; j'en
ai assez de ce que tu fais.» Ani se résigne et
explique par une parabole finale les motifs de sa
résignation: «Voici la semblance de celui qui a
éprouvé la force de son bras. Le nourrisson qui
est dans les bras de sa mère, il n'a cure que de
téter; mais quand il a trouvé sa parole, c'est pour
dire: «Qu'on m'apporte du pain.» — XXIIe dyn.
Déïr el Médinéh.
1847. — Papyrus. — H. 0m 35; long. 0m 50.
Bel exemplaire du Livre des Morts ayant appartenu
à Senhotpou.
L'existence du mort dans l'autre monde était soumise
à des vicissitudes dont la plupart étaient prévues
par la théologie: on savait qu'il devait passer
en jugement, exécuter certains travaux, rencontrer
des monstres assez puissants pour le détruire, et l'on

avait rédigé en prévision de toutes ces éventualités
les prières qui forment le Livre des Morts.
Le Livre des Morts prend le défunt à la porte
du tombeau. Les premières vignettes représentent
les cérémonies de l'enterrement, le transport de la
momie, les lamentations, le repas funéraire, et les
premiers chapitres ne renferment guères que des
prières destinées à accompagner ces cérémonies.
C'est ainsi qu'en déposant les statuettes funéraires
à côté du cadavre, on récitait sur elles la formule
du chapitre VI, qui avait la vertu de les animer et
de les préparer aux travaux des Champs-Élysées
(cfr. Vitrine O, p. 131). Viennent ensuite des chapitres
d'ordre purement théologique, tels que le chapitre
XVII et le chapitre LXXII, où sont résumées, avec
commentaires, les principales notions que le mort
devait avoir sur sa religion. Le chapitre CXXV, nous
le montre devant son juge. Osiris est assis sur un
trône et, derrière lui, en une longue ligne sont accroupis
les membres du Jury infernal chargé de l'assister
dans son oeuvre de justice. La balance est debout
devant lui: sur un des plateaux, le coeur du mort,
sur l'autre une petite image du mort lui-même. La
double vérité introduit le mort et l'assiste pendant
la pesée de son âme, tandis qu'Hor à tête d'épervier
fait miséricordieusement pencher la balance du
bon côté, et que Thot à tête d'ibis écrit les résultats
de l'opération et proclame le jugement. Le mort
aidait l'oeuvre de la justice par un plaidoyer fort
beau d'expression et de pensé. «Hommage à vous,
Seigneurs de Vérité! Hommage à toi, dieu grand,
Seigneur de Vérité! … Je vous apporte la vérité

et je détruis pour vous le mensonge. Je n'ai commis
aucune fraude envers les hommes. Je n'ai pas
tourmenté la veuve. Je n'ai pas menti devant le
tribunal. Je ne connais pas le mensonge. Je n'ai
rien fait qui fût défendu. Je n'ai pas imposé à un
chef de travailleurs chaque jour, plus de travaux
qu'il n'en devait faire. Je n'ai pas été négligent.
Je n'ai pas été oisif. Je n'ai pas faibli. Je n'ai pas
défailli … Je n'ai pas desservi l'esclave auprès
de son maître. Je n'ai pas affamé. Je n'ai pas fait
pleurer. Je n'ai pas tué. Je n'ai pas ordonné le
meurtre en trahison … Je n'ai pas eu de gains
frauduleux. Je n'ai pas altéré les boisseaux. Je n'ai
pas fraudé d'un doigt sur une paume. Je n'ai pas
usurpé dans les champs. Je n'ai pas faussé l'équilibre
de la balance. Je n'ai pas gagné à faux poids.
Je n'ai pas enlevé le lait de la bouche des nourrissons
… Je suis pur! Je suis pur! Je suis pur!»
Plus loin, le mort reprend sous forme affirmative
les mêmes idées de confession négative. «Délivrezmoi
de Typhon qui se nourrit d'entrailles, ô magistrats,
en ce jour du jugement suprême; donnez
au défunt de venir à vous, lui qui n'a point péché,
qui n'a ni menti ni fait le mal, qui n'a commis
nul crime, qui n'a point rendu de faux témoignage,
qui n'a rien fait contre lui-même, mais vit de vérite
et se nourrit de justice. Il a semé partout la
joie; ce qu'il a fait, les hommes en parlent et les
dieux s'en réjouissent. Il s'est concilié le dieu par
son amour; il a donné des pains à l'affamé, de
l'eau à l'altéré, des vêtements au nu; il a donné
une barque au naufragé arrêté dans son voyage;

il a offert des sacrifices aux Dieux, des repas funéraires
aux défunts. Délivrez-le de lui-même! Protégez-le
contre lui-même! Ne parlez pas contre lui,
par-devant le seigneur des Morts, car sa bouche
est pure et ses deux mains sont pures.» Au sortir
du tribunal, l'âme acquittée était remise à quatre
cynocéphales, qui la plongeaient dans un bassin de
flamme pour la nettoyer de ses souillures.
Le Livre des Morts est donc une sorte de Guide,
que tout Égyptien devait avoir avec lui pour voyager
en sûreté dans l'autre monde. Aussi en mettaiton
des exemplaires plus ou moins complets sur
toutes les momies de bonne famille. La manière de
se servir de ce livre était aussi simple qu'ingénieuse:
il suffisait de l'apprendre par coeur ou de l'écrire
soi-même pendant la vie pour le savoir après la
mort. A ceux qui négligeaient une précaution aussi
aisée, le fils ou quelque parent rendait le service de
réciter ou de lire certains chapitres au moment même
des funérailles. Enfin, en déposant un exemplaire
plus ou moins complet avec la momie, on assurait
au mort la connaissance intime de tout ce qui était
dans le rouleau. — XXe dyn.
Sheîkh Abd el Gournah.
1848. — Papyrus. — (Mariette, Les Papyrus
du Musée de Boulaq
, t. I, pl. 1—5.)
Ce papyrus a été déchiré en plusieurs morceaux
au moment de la trouvaille. La page du début, achetée
il y a vingt ans par L. Vassalli-Bey, Conservateur
du Musée, a été volée en 1877 et n'a pas encore
reparu. La partie du milieu, achetée par M. Mariette,

est exposée ici-même, sous le no 1848. La fin, acquise
par un touriste inconnu, est aujourd'hui cachée dans
un chateau d'Angleterre.
C'est le seul traité de géographie qui nous reste
de l'antique Égypte, encore est-il d'une géographie
un peu mythique. Il traitait du Fayoum et des localités
voisines. Au début, on voit deux figures du
dieu Sobkou, naviguant chacune en sa barque, et recevant
les prières de deux femmes coiffées de plantes
fluviatiles: c'est le dieu Sobkou du midi qui entre
dans le lac Moeris et le dieu Sobkou du Nord qui
en sort pour rejoindre le Nil. Derrière, et plongé à
mi-jambe, Râ s'avance, tandis que quatre divinités,
deux à tête de grenouille, deux à tête de serpent,
sont rangées deux à deux sur les rives. Les légendes
indiquent que nous sommes au débouché du lac;
les dieux qui président à la scène sont les Khmounou,
les huit dieux créateurs du monde.
Une femme de forte taille, étendue le long du papyrus,
est la déesse-vache Mihoïrt qui passait pour
être « le fondement du bassin qui se trouve dans
la terre de Tashe », en d'autres termes, du lac Moeris
qui est au Fayoum. De sa tête semble partir une
sorte de canal, qui aboutit bientôt à la représentation
conventionnelle du lac Moeris et des campagnes
environnantes: un rectangle oblong, divisé en huit
compartiments longitudinaux. Les quatre compartiments
du milieu représentent le lac lui-même, et
devaient être remplis, les deux compartiments internes
de poissons, les deux externes de canards et
d'oies. Sur chaque rive, un compartiment semé de
figures d'arbres simulait le terrain planté qui bordait

le lac. Un dernier compartiment, occupé par une
inscription hiéroglyphique, servait de cadre au tableau.
Mais le scribe ayant, par erreur, laissé en
blanc l'un des compartiments du milieu, toute l'économie
de la composition s'est trouvée dérangée. Les
poissons ont envahi le compartiment des oiseaux
d'eau: ceux-ci sont descendus dans le domaine des
arbres, et les arbres, à leur tour, se sont rejetés sur
la place réservée à l'inscription hiéroglyphique qui
courait sur la rive méridionale. Des deux côtés du
bassin et du canal, sont rangées les localités importantes
pour l'histoire de la guerre que les dieux
Hor et Sit se sont livrée dans le Fayoum, Hàouat,
Parohes, Pakhnoum, etc. Les légendes nous révèlent
l'idée qui a présidé à la rédaction de cet ouvrage.
Les dieux égyptiens avaient l'habitude de se
rendre visite dans leurs temples, et ces visites étaient
chaque année l'occasion de fêtes splendides. Notre
papyrus no 1848 est l'itinéraire que suivait le dieu
Sobkou, le dieu Crocodile roi du Moeris, quand il
rendait visite à l'une des divinités voisines. — Ep.
grecque.
Déïr el Médinéh.

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CHAPITRE QUATRIÈME.
SALLE DE L'ANCIEN EMPIRE.

La nécropole de Memphis, qui s'étend de Dahshour
à Abou-Roash, nous a donné les monuments les plus

anciens que nous connaissions jusqu'à présent. Plus
de mille tombeaux de toute grandeur, dont quelques-uns
remontent peut-être à la IIe, certainement
à la IIIe dynastie, y ont été ouverts au cours des
travaux qu'entreprend chaque année, depuis plus de
vingt ans, l'administration du Musée. La Salle de
l'Ancien Empire est garnie presque exclusivement
d'objets provenant de ces fouilles. En la parcourant
avec attention, on prendra l'idée la plus avantageuse
du haut degré de civilisation, auquel les Égyptiens
étaient parvenus, dès les temps les plus reculés
de leur histoire.
Presque tous les objets exposés avaient un usage
funéraire: il importe donc, pour en comprendre
la valeur, de savoir ce qu'était le tombeau égyptien.
Il était toujours divisé en trois parties, dont
chacune avait son usage: une chapelle extérieure,
la chambre où était le sarcophage, un couloir qui
conduisait de la chapelle à la chambre. Parfois, la
chambre extérieure était une sorte d'édifice quadrangulaire,
qu'on prendrait de loin pour une pyramide
tronquée. Les faces, bâties en pierres ou en briques,
sont symétriquement inclinées et le plus souvent
unies: quelquefois cependant les assises sont en retraite
l'une sur l'autre et formaient presque gradins.
Mariette a donné aux chapelles de ce type le nom
arabe de Mastaba, qui leur est resté. Souvent, surtout
à partir de la XIIe dynastie, la chambre extérieure
est taillée à même dans la montagne. Le
couloir s'enfonce sous terre, en suivant une pente
plus ou moins prononcée: d'ordinaire, au temps des
IVe—VIe dynasties, il descend perpendiculairement

dans la roche et devient un puits. La chambre du
sarcophage presque toujours nue et mal équarrie aux
anciennes époques ne commence guères à recevoir
d'ornements qu'à partir de la XIXe dynastie: encore
est-ce par exception seulement qu'elle est décorée.
Ces trois parties réunies, la chapelle, le couloir, la
chambre, formaient la maison du mort, la maison
éternelle
, comme l'appellent communément les textes.
L'âme égyptienne n'était en effet qu'une substance
à peine moins matérielle que le corps visible, et qu'il
fallait loger, nourrir, habiller (cfr. p. 35): on lui
donnait, entre autres noms, celui de ka ou double.
Le ka était un second exemplaire du corps, une projection
colorée, mais aérienne, de l'individu, le reproduisant
trait pour trait: enfant s'il s'agissait d'un
enfant, femme s'il s'agissait d'une femme, homme s'il
s'agissait d'un homme. La chapelle était la chambre
de réception du double, la chambre du sarcophage
son appartement privé, dont on murait soigneusement
la porte afin que nul indiscret ne vint le déranger
contre son gré (cfr. p. 32).
Les murs de la chapelle étaient couvertes de peintures
ou de sculptures d'un travail souvent remarquable.
Le musée en possède de fort bons spécimens.
Ce sont d'abord, à droite et à gauche de la porte
d'entrée.
881.—Calcaire blanc.—H. 2m 41; larg.
1m 03.
Il y avait sur la face Est du tombeau de Sibou,
surnommé Abbi, à Saqqarah, une niche, formée d'une
grande stèle laissée en place, et de deux plaques de

calcaire qui encadraient la stèle. Le no 881 appartient
à la dalle qui occupait le côté droit de la niche.
Elle est divisée en huit registres superposés. Tout
en haut, Sibou, porté en palanquin, reçoit les offrandes
que lui apportent des esclaves: sa famille l'accompagne
et les scribes procèdent è l'enregistrement des
objets. Cette cérémonie occupe trois registres: au
quatrième et au cinquième, des ouvriers et des prêtres
traînent les statues du défunt qui doivent être. déposées
dans le tombeau. Au sixième registre, les
bouchers abattent les boeufs destinés au repas du
mort et de sa famille. Plus bas, des barques chargées
de mobilier se rendent à la tombe, pour y déposer
ce qui est nécessaire à garnir la maison du
mort. Enfin, au dernier registre, Sibou reçoit les
bestiaux qu'on lui amène.—Ve dyn.
Saqqarah.
1046.—Calcaire blanc.—H. 2m 60; larg.
1m 08.
Plaque de gauche de la niche pratiquée dans le
tombeau de Sibou. Le mort mange le repas funéraire
que les siens lui ont apporté. Il est assis devant
une table chargée de quartiers de viande, d'oies,
de fleurs, de fruits, de parfums, et, au-dessus de lui,
dans une sorte de tableau quadrillé, est écrit le menu
de son dîner (cfr. p. 32). Il n'était pas à dédaigner.
Comme boissons on y trouve, outre l'eau pure ou
parfumée de diverses manières, plusieurs sortes de
vins rouges et blancs, quatre ou cinq espèces de
bière, des liqueurs dont nous ne savons plus la
composition. Comme pièces de résistance, des quartiers
de boeuf et de gazelle, l'aloyau, les côtelettes,

la cuisse, le foie, la poitrine, des oies, des canards,
du gibier à plume et à poil. Des pains, des gâteaux,
des légumes, des fruits, des dattes, des figues, des
grenades, des amandes, complétent la fête. Et ce
n'était pas seulement une fois l'an qu'on servait au
mort ce prodigieux régal, mais aux grandes fêtes
civiles et religieuses, et, comme le disent les textes,
à toutes les fêtes des vivants et des morts.—Ve dyn.
Saqqarah.
887. — Calcaire blanc. — H. 0m 50; larg.
1m 40.
Les bateliers qui apportaient les provisions du
mort, se sont pris de querelle et se battent sur l'eau
de canot à canot. — Ve dyn.
Saqqarah.
889. — Calcaire blanc, peint. — H. 1m;
larg. 0m 80.
Au premier registre, les boulangers broient le
grain, pétrissent la pâte et fabriquent le pain; au
second, des esclaves mettent en cruche du vin ou
de la bière. — Ve dyn.
Saqqarah.
890. — Calcaire blanc. — H. 0m 70; larg.
1m 10.
Des pâtres font traverser un canal à des boeufs.
Les boeufs sont dans l'eau jusqu'au cou: plusieurs
des bergers, montés sur des barques, excitent leurs
bêtes et poussent de grands cris, pour effrayer les
crocodiles embusqués dans les roseaux. — Ve dyn.
Saqqarah.

204

891. — Calcaire blanc. — H. 0m 80; larg.
0m 90.
Les bergers prennent des taureaux au lasso et
les amènent au sacrifice. — Ve dyn.
Saqqarah.
908. — Calcaire blanc. — H. 0m 70; larg.
0m 60.
Un esclave s'est amusé à irriter un gros cynocéphale
qu'un de ses camarades mène en laisse. L'animal,
perdant patience, a sauté sur son persécuteur,
et le retient prisonnier par la jambe. — Ve dyn.
Saqqarah.
958. — Calcaire blanc. — H. 1m 20; larg.
1m 80.
Sur les deux premiers registres, on bat, on vanne
et on enregistre le grain provenant des moissons destinées
au mort. Au troisième, des boulangers pilent
et pétrissent la pâte, à côté de leurs camarades qui
mettent le vin en jarre. Au dernier, des statuaires
achèvent les statues du mort, tandis que des verriers
soufflent dans leur canne et que des orfèvres pèsent
l'or avant de le jeter au creuset. — Ve dyn.
Saqqarah.
959. — Calcaire blanc. — H. 1m 10; larg.
1m 20.
Des bergers font paître leurs bestiaux et traient
leurs vâches. Au second registre, scènes de pêche
et de cuisine en plein vent: ce sont les bergers et
les pêcheurs qui préparent leur dîner. — Ve dyn.
Saqqarah.

205

960. — Calcaire blanc. — H. 0m 90; larg.
1m.
Des moissonneurs battent le grain et mettent les
gerbes en meule. — Ve dyn.
Saqqarah.
1051. — Stuc et pisé. — H. 0m 29; larg.
1m 74.
C'est à M. Vassalli-Bey, Conservateur du Musée, que
nous devons de posséder ce précieux monument.
Les Égyptiens enduisaient souvent les murs de leurs
tombes d'une couche de pisé plus ou moins épaisse,
que l'on égalisait à la planche et que l'on recouvrait
tantôt de stuc, tantôt d'un simple lait de chaud:
c'est sur cette surface blanche qu'ils peignaient à la
gouache les représentations funéraires. On comprend
quelles difficultés M. Vassalli-Bey a dû surmonter,
avant de rapporter intactes les peintures exécutées
sur un fond aussi fragile.
Les Égyptiens étaient des animaliers de premiére
force: ils ne l'ont jamais mieux montré que dans
ce tableau. Nul peintre moderne n'aurait saisi avec
plus d'esprit et de gaieté la démarche alourdie de
l'ole, les ondulations de son cou, le port prétentieux
de sa tête et la bigarrure de son plumage. Ce morceau
vient d'un mastaba, situé dans le voisinage du
tombeau de Rahotpou, qui nous a rendus les deux
belles statues cataloguées sous le no 1050.
Meïdoum.
Le visiteur retrouvera toutes ces représentations,
et bien d'autres, dans le tombeau de Ti, à Saqqarah.

La répétition perpétuelle des scènes agricoles et l'absence
complète de figures divines avaient fait penser
à M. Mariette, que les croyances des Égyptiens primitifs
sur la condition des morts différaient de celles
qu'avaient les Égyptiens de la XVIIIe ou de la XIXe
dynasties. Il n'en est rien: à quelques nuances près,
les idées sont les mêmes, ainsi que la décoration des
tombes. Les chapelles extérieures de la XXe dynastie,
à Thèbes, sont ornées des scènes de la vie civile,
comme les mastabas de l'Ancien-Empire à Saqqarah:
ce sont les chambres funéraires et les couloirs qui
portent des scènes religieuses ou des représentations
infernales.
Toutes ces scènes avaient une intention magique:
qu'elles eussent trait è la vie civile ou à l'enfer, elles
devaient assurer au mort une existence heureuse ou
le préserver des dangers d'outre-tombe. De même
que la répétition de la formule des stèles: «Proscynème
à Osiris pour qu'il donne un revenu de
pains, liqueurs, vêtements, provisions, au défunt N »,
procurait à ce défunt la jouissance des biens énumérés
(cfr. p. 35—38), de même la reproduction
de certaines scénes sur les parois de la tombe lui
garantissait l'accomplissement des actes représentés.
Le double, enfermé dans sa chapelle, se voyait
sur la muraille allant à la chasse, et il allait à la
chasse, mangeant et buvant avec sa femme, et il
mangeait et buvait avec sa femme; le labourage, la
moisson, la grangée des parois étaient pour lui labourage,
moisson et grangée réels. De même que
les figurines funéraires exécutaient pour lui tous les
travaux des champs, sous l'influence d'un chapitre

magique, et s'en allaient puiser de l'eau ou transporter
des grains (cfr. p. 131), les ouvriers de toute
sorte, peints dans les registres, fabriquaient des souliers
et cuisinaient pour le défunt, le menaient à la
chasse dans le désert ou à la pêche dans les fourrés
de papyrus. Après tout, ce monde de vassaux plaqué
sur le mur était aussi réel que le double dont il
dépendait: la peinture d'un serviteur était bien ce
qu'il fallait à l'ombre d'un maître. L'Égyptien croyait,
en remplissant sa tombe de figures, qu'il s'assurait
au-delà de la vie terrestre la réalité de tous les objets
et de toutes les scènes représentées.
Dans la chambre extérieure, on trouve, outre les
tableaux, des inscriptions, où sont racontés les principaux
faits de la vie du mort, des stèles, des autels,
des tables d'offrande et des vases de différente matière,
quelquefois même de petits obélisques.
880. — Calcaire blanc. — H. 1m.
Autel au nom de Khouni. — Ve dyn.
Saqqarah.
882. — Calcaire blanc. — H. 0m 70; larg.
0m 43.
Cette stèle a été trouvée encastrée dans les ruines
du temple, qui s'appuie contre la plus méridionale
des trois petites pyramides construites auprès de la
Grande Pyramide è l'Est. La partie supérieure du socle
revient en avant; elle porte une inscription presque
illisible. La stèle proprement dite est d'un style médiocre,
mais d'une lecture facile. L'inscription qui

l'encadre nous apprend que le monument a été érigé
par le roi Khoufou «à sa mère Isit, à la mère divine
Hathor, dame du Nou (les eaux célestes). Une fois
délivré l'ordre de faire une stèle, il rétablit les
offrandes à la déesse, il lui construisit son temple
en pierre et il trouva les dieux représenté ci-contre
dans son sanctuaire».—«Le roi Khoufou trouva
le temple d'Isit, dame de la pyramide, qui est près
du temple du Sphinx, à la face Nord-Ouest du temple
d'Osiris, maître du cimetière, et construisit sa pyramide
à lui auprès du temple de cette déesse, puis
construisit la pyramide de sa fille Hontsen à côté
du temple de cette déesse.» Les figures représentées
dans le champ sont celles des dieux adorés avec
Isit-Hathor; les inscriptions donnent la matière de
leur statue. Ainsi l'ibis de Thot, et l'épervier d'or
étaient en bois doré, Sokhit en bronze noir, etc.
La plus curieuse de ces figures est la dernière à
gauche du dernier registre: c'est une image du Grand
sphinx, et l'inscription nous apprend que «la demeure
du sphinx d'Harmakhis est au Sud du temple d'Isit,
dame de la pyramide, et au nord du temple d'Osiris,
maître de la nécropole».
La stèle no 882 n'est pas l'original consacré par
Khoufou, mais une copie postérieure. Le temple d'Isis,
où elle se trouvait, fut restauré à la XXIe dynastie
par le roi Tanite Psioukhânou: la stèle dut être
refaite, comme le reste, par ce Pharaon ou peutêtre
par un des rois éthiopiens, Shabak ou Taharqou.
Tout s'accorde à nous faire croire qu'elle reproduit
fidèlement la disposition de l'original. —
IVe—XXVe dyn.
Les Grandes Pyramides.

209

883. — Calcaire blanc. — H. 0m 80; larg.
0m 65.
Stèle de Sitou (cfr. p. 33). — IVe dyn.
Saqqarah.
886. — Calcaire blanc. — H. 1m 15; larg.
2m 70. — (Mariette, Abydos, t. II, pl. 44—45;
t. III, p. 84, no 522.)
Inscription en cinquante lignes provenant du tombeau
d'Ouni.
Ouni avait débuté tout enfant à la cour de Téti,
premier roi de la VIe dynastie. D'abord simple page
(porte-couronne), il avait bientôt obtenu un emploi
au ministère de l'agriculture et un titre sacerdotal
de peu d'importance. Papi Ier, successeur de Téti, le
prit en grande amitié dès le début de son règne et
lui donna successivement les charges d'ami, de surveillant
des prophètes de la pyramide funéraire
, de
domestique, dont il s'acquitta mieux que personne
avant lui: aussi fut-il envoyé à Tourah chercher
dans les carrières les blocs de pierre blanche qui
ont servi à construire la chambre du sarcophage,
dans la pyramide de Pepi Ier. L'activité dont il fit
preuve en cette occasion lui valut de nouvelles faveurs:
il fut élevé à la dignité d'ami royal, nommé
surintendant de la maison de la reine, et prit peu à
peu la direction de toutes les affaires. «Je faisais», ditil,
«toutes les écritures avec l'aide d'un seul secrétaire.»
Au dehors, son ministère fut signalé par la
soumission de la Nubie et par une série d'expéditions
heureuses contre les Aamou ou Syriens et contre

les Hiroushâïtou ou Bédouins du désert. «Sa Majesté
fit une armée de plusieurs fois dix mille soldats,
pris dans le pays tout entier depuis Eléphantine
jusqu'au Delta, dans toutes les maisons, dans les
villes, dans les places fortes, dans la Nubie, parmi
les Nègres, et Sa Majesté m'envoya à la tête de
cette armée.» Ce ne fut pas une mince affaire d'instruire
ces recrues: on eut quelque peine à organiser
en temps utile le service des vivres et de l'habillement.
A force de patience, on surmonta toutes les
difficultés, et l'expédition se mit en campagne. «Cette
armée alla en paix: elle entra comme il lui plut
au pays des Hiroushâïtou. Cette armée alla en paix:
elle écrasa le pays des Hiroushâïtou. Cette armée
alla en paix: elle fit brêche dans leurs enceintes
fortifiées. Cette armée alla en paix: elle coupa leurs
figuiers et leurs vignes. Cette armée alla en paix:
elle incendia tous leurs blés. Cette armée alla en paix:
elle massacra leurs soldats, par myriades. Cette
armée alla en paix: elle emmena leurs hommes,
leurs femmes, leurs enfants en grand nombre,
comme prisonniers vivants, dont Sa Sainteté se réjouit
plus que de tout autre chose.» Au retour, Ouni
reçut la faveur la plus insigne qu'un roi pût accorder
à un sujet, la permission de garder ses sandales
dans le palais et même en la présence du Pharaon.
Peu de temps après Papi Ier mourut; son fils Mirinrî
Sokarimsaf Ier non-seulement confirma Ouni
dans tous ses emplois, mais lui accorda de nouvelles
charges. Il fut nommé prince gouverneur des pays
du Sud depuis Eléphantine jusqu'à Memphis: « Jamais
sujet n'avait eu cette charge auparavant.» Selon

l'usage, il s'occupa sans retard du tombeau destiné
au nouveau roi et fit venir d'au delà les cataractes
les blocs de granit nécessaires. La construction de
la pyramide Nofirkhâ de Mirinrî Ier fut le dernier
grand acte administratif de la vie d'Ouni: il mourut
peu de temps après et son souverain ne tarda pas
à le suivre au tombeau. — Les deux pyramides de
Papi Ier et de Mirinrî Ier, pour lesquelles travailla
Ouni, ont été découvertes à Saqqarah en 1880 et
en 1881. — VIe dyn.
Abydos.
890. — Calcaire blanc. — H. 1m 10; larg.
1m 30. — (E. de Rougé, Inscriptions hiéroglyphiques,
pl. I.)
Les grands seigneurs égyptiens passaient avec les
prêtres de véritables contrats, par lesquels ils donnaient
à tel ou tel temple des terres ou des privilèges,
en échange de sacrifices à faire en l'honneur
de leur double, aux époques réglées par la coutume.
Ce monument est un fragment de contrat, le plus
ancien que nous possédions de ce genre. — IVe dyn.
Les Grandes-Pyramides.
929. — Calcaire blanc. — H. 1m 05.
Autel à double tablette, sans inscription. — Ve dyn.
Saqqarah.
930. — Calcaire blanc. — H. 0m 85.
Petit obélisque de la dame Onkhkoous. — Ve dyn.
Saqqarah.

212

936. — Calcaire blanc. — H. 0m 90.
Obélisque du docteur Phtahhotpou - doshir. —
Ve dyn.
Saqqarah.
962. — Albâtre blanc. — Diam. 0m 70.
Table d'offrandes ronde, au nom du Docteur, prophète
de la déesse Maït de Nekhen, Khouhotpouhirs.
— Ve dyn.
Saqqarah.
980. — Diorite. — Diam. 0m 30.
Beau vase à recevoir l'eau de libation, au nom de
Phtahkhouni. — Ve dyn.
Saqqarah.
986. — Albâtre. — H. 0m 27; larg. 0m 39;
prof. 0m 87.
Cette table à libations a été trouvée avec la table
no 988, dans un immense tombeau, situé près de la
pyramide à degrés de Saqqarah. Deux lions debout
et accôtés supportent une table légèrement inclinée:
une rigole conduit les liquides qu'on y verse jusque
dans un vase placé entre les queues des deux lions.
— IVe dyn.
Saqqarah.
988. — Albâtre. — H. 0m 27; larg. 0m 38;
prof. 0m 83.
Table à libations trouvée avec le no 986. — IVe
dyn.
Saqqarah.
991 et 1000. — Calcaire blanc. — H.
1m 68; 0m 42.
Deux montants de porte, provenant du tombeau

de Sokarkhâbiou. La femme qui y est représentée
s'appelait Hathor-nofirhotpou de son grand nom et
Topes de son petit nom: elle était mariée au maître
du tombeau. Sa figure rappelle d'une manière frappante
le type des Nubiennes: elle avait sous l'oeil
la bande de fard vert qu'on trouve également sur la
statue de Sapi au Louvre. — IIIe dyn.
Saqqarah.
993. — Calcaire blanc. — H. 1m 68; larg.
0m 42.
Stèle en forme de fausse porte, venant du tombeau
de Sokarkhâbiou (cfr. p. 32). — IIIe dyn.
Saqqarah.
1027. — Calcaire blanc. — H. 1m 40; larg.
0m 95.
Stèle en forme de fausse porte: provient du tombeau
de Shiri, prêtre du roi Send (cfr. p. 31—32).
— IIe dyn.
Saqqarah.
1037—1039. — Bois. — H. moy. 1m 15;
larg. moy. 0m 40.
Ces trois panneaux de bois étaient encastrés dans
autant de stèles en forme de fausse porte. Un quatrième
panneau, plus mutilé que les autres, est exposé (no 913) sur l'espèce d'étagère qui règne au fond
de la salle.
Le scribe Hosi, assis ou debout, est le seul personnage
représenté. Il a la figure rude, les traits
accentués par l'âge: les hiéroglyphes sculptés audessus
de sa tête nous donnent son nom et ses titres,
qui sont ceux de beaucoup de personnages à la

IVe dynastie et ne renferment rien d'inusité. Inscriptions
et figures sont découpées avec une sûreté de
main extraordinaire: l'artiste qui a exécuté ce travail
ne le cédait en rien à celui qui a sculpté le
Sheïkh el beled.
L'habileté des Égyptiens de l'Ancien Empire à tailler
le bois est prouvée et par ces monuments et par
un fragment (no 985, près de la fenêtre), qui provient
des Grandes-Pyramides, et a conservé les restes de
cinq registres d'offrandes superposés. Ce sont les
mêmes scènes que nous avons vues représentées sur
pierre dans le tombeau de Sibou (p. 201—203, nos 881
et 1046). La gravure en paraît plus sèche que celle
des panneaux de Hosi, mais cela tient au procédé
employé de relief dans le creux: en réalité le faire
est le même dans les deux cas, et je ne serais pas
été étonné, si la même main avait travaillé aux deux
oeuvres. — IVe dyn.
Saqqarah.
1043. — Calcaire blanc. — H. 1m; larg.
0m 50.
Stèle de Sitou (cfr. p. 33 et p. 208, no 883).
1044. — Calcaire blanc. — H. 0m 69; larg.
0m 41. — (Mariette, Abydos, t. II, pl. 43 a;
t. III, p. 85—86, no 524.)
Au premier registre, le prince Aouou et la reine
Papi-onkhnas sont assis en face l'un de l'autre, de
chaque côté d'une table d'offrandes. Au second, le
célébrant Sobkhotpou présente l'encens à Aouou, tandis
que le célébrant Khouï rend le même office à
Onkhnas. La reine Onkhnas est probablement identique

à la reine Mirirî Onkhnas, qui fut femme de
Papi Ier et mère de Mirinrî Sokarimsaf Ier et de
Papi II. — VIe dyn.
Abydos.
Pour vivre dans l'autre monde, le double avait
besoin d'un corps. Le corps qui lui avait servi de
support pendant l'existence terrestre, lui servait de
support principal, et c'est pour cela sans doute qu'on
essayait d'en retarder la destruction par les pratiques
de l'embaumement. Mais la momie défigurée ne rappelait
plus que de loin la forme du vivant. Elle était,
d'ailleurs, unique et facile à détruire: on pouvait la
brûler, la démembrer, en disperser les morceaux. Elle
disparue, que serait devenu le double? On donnait
pour suppléants au corps de chair, des corps de pierre
ou de bois, reproduisant exactement les traits du défunt,
des statues. Les statues étaient plus solides, et
rien n'empêchait qu'on les fabriquât en la quantité
qu'on voulait. Un seul corps était une seule chance
de durée pour le double: vingt statues représentaient
vingt chances. De là, ce nombre vraiment étonnant
de statues qu'on rencontre quelquefois dans une seule
tombe. La prévoyance du mort et la piété des parents
multipliaient les images du corps terrestre, et
par suite, les supports, les corps impérissables du
double, lui assurant par cela seul une presque immortalité.
La même raison multipliait parfois, autour
des statues du mort, les statues de ses serviteurs,
représentés dans différents actes de domesticité, pétrissant
la pâte, broyant le grain, poissant les jarres destinées
à contenir le vin.
On comprend quel caractère particulier cette conception

de la vie de l'âme dut donner à l'art égyptien.
La première condition à remplir pour que le
double pût s'adapter à son corps de pierre, c'est que
ce corps reproduisît, jusque dans leurs moindres détails,
les traits et les proportions du corps de pierre.
De là, ce caractère réaliste et idéal à la fois qu'on
remarque dans les statues. Le corps et la pose sont
idéalisés presque toujours. Il est rare en effet qu'on
trouve un corps décharné de vieillard, le sein flétri et
le ventre grossi des femmes sur le retour: les hommes
sont toujours ou des adolescents aux membres élancés,
ou des hommes faits dans la force de l'âge, les femmes
ont toujours le sein ferme et les hanches minces de
la jeune fille. Le corps est pour ainsi dire, un corps
moyen qui reproduit le personnage au meilleur de son
développement, et lui permet d'exercer dans l'autre
monde la plénitude de ses fonctions physiques. C'est
seulement dans le cas d'une difformité par trop forte,
que l'artiste se départ de cet idéal: il donne à la
statue d'un nain toutes les laideurs du corps du nain.
Il fallait bien qu'il en fût ainsi. Si l'on avait mis, dans
la tombe d'un nain, une statue idéale, le double, habitué
pendant la vie terrestre aux irrégularités de
ses membres, n'aurait pu s'adapter à ce corps régulier,
et n'aurait pas été dans les conditions nécessaires
pour bien vivre dans le monde au-delà. Mais une
fois admise cette manière d'idéaliser chaque personnage,
le sculpteur devait rendre avec fidélité les traits
de son visage et les particularités de sa démarche.
Il le faisait parfois avec brutalité, le plus souvent
avec une fidélité naïve. Les statues sont de véritables
portraits, et nous permettent de reconstituer la population

de l'Égypte aux premières dynasties, avec plus
de facilité que nous ne reconstituons la population
de l'Italie aux premiers temps de l'empire romain.
Les poses sont celles de la classe à laquelle appartient
le personnage: la statue est accroupie, s'il s'agit
d'un scribe, debout dans la pose de commandement
ou assise sur le siège d'apparat, s'il s'agit d'un roi
ou d'un noble qui reçoit les offrandes de ses vassaux.
Les statues avaient leur place réservée dans la
tombe. C'est un réduit ménagé dans la maçonnerie,
derrière l'une des parois de la chambre de réception.
D'ordinaire ce réduit, une fois rempli de statues, était
muré complètement et ne communiquait plus avec
le dehors; quelquefois, il était relié avec la chapelle
par une sorte de conduit si resserré, qu'on a peine
à y glisser la main. A certains jours, les parents et
les amis venaient murmurer quelques prières et brûler
des parfums à l'orifice: prières et parfums étaient
censés arriver par là jusqu'à l'oreille des statues, et
par suite, jusqu'à l'oreille du mort.
974. — Basalte vert. — H. 1m 20.
Le roi Khâfrî, tiré, de même que la statue en diorite
(cfr. p. 75, no 3961, Salle du Centre), du temple
en ruines situé auprès des Grandes-Pyramides. Il est
vieux, comme on le voit aux rides qui cernent le
nez et la bouche.
Cette statue était fort mutilée: un bon quart en
a été refait en plâtre, puis recouvert d'un enduit vert,
par M. L. Vassalli-Bey, conservateur du Musée. —
Ve dyn.
Grandes-Pyramides.

218

975. — Calcaire. — H. 1m 73.
Rânofir est debout, les bras collés au corps, la
jambe gauche portée en avant, dans l'attitude du
prince qui regarde ses vassaux défiler devant lui. Il
a sur la tête une perruque assez large et n'a d'autre
vêtement que le pagne bridant sur la hanche. La
statue peut passer pour une des oeuvres les plus remarquables
de l'art égyptien: le jeu des muscles de
la poitrine et de l'épaule, le détail du genou et des
jambes sont rendus avec une vérité et une intelligence
qui feraient honneur aux meilleurs artistes de
nos jours. (Cfr. une autre statue du même, no 1049,
p. 220.) — Ve dyn.
Saqqarah.
976. — Calcaire. — H. 0m 92.
Une des meilleures statues de notre collection. Elle
représente un juge Atiti, surnommé Onkhiris. Une
grosse perruque lui tombe sur le dos et sur les
épaules et lui donne l'apparence d'une statue de
femme. — Ve dyn.
Saqqarah.
987. — Bois. — H. 1m 00.
Il est fâcheux que ce monument ait souffert et
soit hors d'aplomb: il était d'un travail presque
aussi soigné que celui du Sheïkh el-Beled. Il représente
un certain Tepemonkh qui vivait sous la Ve dynastie.
Saqqarah.
1001. — Calcaire. — H. 0m 52.
Un paysan nu se rend à l'offrande, un sac sur
l'épaule gauche, les sandales à la main droite, de
peur de les user en les portant. Le mouvement de

l'épaule qui porte le sac est fort bien étudié. —
Ve dyn.
Saqqarah.
1002. — Calcaire. — H. 0m 22.
Un homme, assis à terre, plonge la main dans une
jarre qu'il tient entre ses jambes: il est occupé à
la poisser avant d'y verser du vin. — Ve dyn.
Grandes-Pyramides.
1006. — Calcaire. — H. 0m 35.
Un scribe est agenouillé, les deux mains croisées
devant lui, dans l'attitude du fonctionnaire qui attend
un ordre de son supérieur. Les yeux sont en cristal
et en verre noir, et donnent à la figure une expression
des plus vivantes. — Ve dyn.
Saqqarah.
1007. — Bois. — H. 0m 19; larg. 0m 50;
long. 0m 30.
Cette boîte est une sorte de nécessaire portatif, à
l'usage des prêtres chargés du culte des morts. Elle
renferme une table d'offrandes et tout l'attirail des
vases et des outils en bois, en albâtre, en bronze,
dont on se servait pour présenter le repas funéraire.
— VIe dyn.
Saqqarah.
1008. — Calcaire. — H. 0m 40.
Esclave pansu poissant une amphore (cfr. no 1002).
— Ve dyn.
Saqqarah.
1009. — Bois. — H. 0m 31.
Un homme debout, drapé dans un large manteau,
assez semblable à une toge romaine: les yeux, qui
étaient rapportés, ont disparu. — IVe dyn.
Grandes-Pyramides.

220

1011. — Bois. — Long. 0m 60.
Sorte de casse-tête que les nobles et les fonctionnaires
tenaient à la main en signe de commandement.
Celui-ci avait appartenu au Shiri dont nous
avons la stèle (cfr. p. 213, no 1027, et p. 31—32). —
IIe dyn.
Saqqarah.
1012, 1013. — Calcaire. — H. moy. 0m 40.
Deux femmes occupées, non pas comme on l'a
dit à pétrir la pâte, mais à broyer le grain. Les Égyptiens
de l'époque pharaonique paraissent n'avoir jamais
connu le moulin à main: ils broyaient le grain
entre deux pierres, comme font encore certaines tribus
de l'Afrique équatoriale, et obtenaient de la sorte
une farine grisâtre assez grossière. — IVe dyn.
Saqqarah.
1014. — Calcaire. — H. 0m 30.
Statue du nain Khnoumhotpou, chef de la lingerie
mortuaire, probablement du Pharaon. — VIe dyn.
Saqqarah.
1015, 1025. — Calcaire. — H. moy. 0m 40.
Un homme et une femme brassent la pâte, contenue
dans un grand vase placé devant eux, et préparent
le pain du mort. — IVe dyn.
Saqqarah.
1044. — Bois. — H. 0m 60.
Statue de femme dont il ne reste que la tête et le
torse. Elle a été découverte dans le même tombeau
que la statue du Sheïk el-beled (cfr. p. 75—76,
no 3962 Salle du centre), et passe pour représenter
la femme de ce personnage. Elle était en tout cas

d'un travail fort beau et pourrait soutenir la coparaison
avec le Sheïk el-beled, si elle n'était pas
malheureusement si mutilée. — IVe dyn.
Saqqarah.
1049. — Calcaire. — H. 1m 95.
Statue de Rânofir, tête rase (cfr. p. 217, no 975).
Saqqarah.
1050. — Calcaire. — H. 1m 20. — (Mariette,
Mon. Div., pl. 20).
Ces deux statues ont été découvertes dans un des
grands Mastabas qui environnent la pyramide de Meïdoum.
Elles représentent, l'une, le prince Râhotpou,
l'autre, sa femme, la cousine royale Nofrit: elles ont
l'un des types qu'on trouve le plus fréquemment sur
les monuments de l'Ancien Empire, et ne diffèrent
de beaucoup d'autres que par une rare perfection
de travail et d'expression. Rien n'est plus gracieux
et plus fin que le modelé des seins de la dame Nofrit
sous l'étoffe légère de son vêtement; rien n'est plus
vivant que la figure un peu grasse de la femme et
les traits un peu niais de son mari.
La date de ce monument est incerlaine: la pyramide,
ouverte au mois de janvier 1881, ne renferme
qu'un long couloir et une chambre vide sans sarcophage.
On l'attribue à Snofrou, roi de la IIIe dynastie,
depuis que M. Mariette a découvert les cartouches
de ce roi dans les tombeaux du voisinage: à ce
compte, il faudrait attribuer les tombeaux de Beni-Hassan
à Khoufou, parce qu'on y trouve les cartouches
de ce prince. Le style de l'architecture nous

rapproche plus de la XIIe dynastie que de la troisième,
et je serais tenté de voir dans la pyramide le tombeau
d'un Ousirtasen plutôt que celui de Snofrou.
Le groupe des deux statues me paraît devoir suivre
la fortune de la pyramide.
Meïdoum.
1052. — Calcaire. — H. 2m 00.
Statue assez médiocre de Ti, celui dont le tombeau
est visité par tous les voyageurs. — Ve dyn.
Saqqarah.
Les canopes, les offrandes en pierre votives, les bijoux
ne se rencontrent que rarement dans les tombes
des époques antérieures à la XVIIIe dynastie: on ne
s'étonnera donc pas si les quelques objets de ce genre
que possède notre Musée forment sinon la seule, au
moins la plus riche collection qu'on en possède.
1053. — Calcaire. — H. moy. 0m 20.
Oies votives, isolées ou réunies par groupes de
deux ou de quatre. — Ve dyn.
Saqqarah.
1054,1055,1056. — Albâtre. — Long. moy.
0m 25.
Les pyramides de Lisht ont présenté, à l'ouverture,
des particularités qui n'ont jamais été observées
jusqu'à présent dans aucune autre pyramide.
J'ai trouvé dans le couloir d'entrée, entre deux
blocs de granit, des débris de canopes et d'oies troussées
en albâtre. Les nos 1054, 1055, 1056, sont des
oies de diverse grandeur qu'on a réussi à reconstituer.
Elles sont creuses et formées de deux moitiés
coupées en long. On n'a trouvé aucun débris d'ossement

qui permette de dire si elles renfermaient des
oies d'offrandes momifiées, ou non.
Lisht.
1057. — Albâtre. — H. moy. 0m 15.
Têtes de canopes, les seules qu'on possède de cette
époque. L'une d'elles est d'une finesse d'exécution
qu'on ne saurait comparer qu'à celle de la statue
en diorite de Khâfrî.
Lisht.
1060. — Calcaire. — H. 0m 12.
Fil à plomb de peintre ou de maçon, oublié par
un ouvrier dans la pyramide d'Ounas, et découvert
à l'ouverture de cette pyramide. — Ve dyn.
Saqqarah.
Le couloir est d'ordinaire sans ornement: le puits
est comblé d'un mélange de pierres et de terre durcie.
La chambre ne renferme guères qu'un sarcophage
plus ou moins orné.
964. — Granit rose. — H. 1m 33; long.
2m 20.
Sarcophage de Khoufou-onkh, prêtre d'Apis, ingénieur
royal. Les quatre faces sont ornées comme
l'était la façade des maisons égyptiennes de l'époque.
— IVe dyn.
Grandes-Pyramides.
965. — Granit rose. — H. 1m 45; long
2m 30; larg. 1m 19.
Sarcophage du prince Hirbaïf. II porte des ornements
analogues à ceux du sarcophage précédent.
— IVe dyn.
Grandes-Pyramides.

224

970. — Granit rose. — H. 1m 16; long.
2m 22; larg. 0m 99.
Sarcophage du prince Kamskhom; sans ornements.
— IVe dyn.
Grandes-Pyramides.
1053. — Calcaire blanc. — H. 1m 15; long.
2m 35; larg. 1m. — (Lepsius, Denkm. II, pl.
147—148, a, b).
Sarcophage de Tagi. Ce sarcophage, oublié depuis
que Lepsius le copia il y a quarante ans, fut retrouvé
en 1882, et transporté au musée au mois
d'avril 1883. II est orné à l'intérieur de la représentation
des armes, objets de toilette et d'offrandes,
vases à parfums, qu'on déposait dans la tombe. Audessous,
des prières tracées à l'encre noire, analogues
aux prières qu'on trouve dans les pyramides de Saqqarah.
— XIe dyn.
Sheikh abd-el-Gournah.

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CHAPITRE CINQUIÈME.
LA SALLE FUNÉRAIRE ET LA SALLE DES MOMIES
ROYALES.

§ 1. — Salle funéraire.

La salle funéraire a été formée par la réunion de
l'ancienne Salle de l'Est et d'un couloir étroit où
Mariette avait déposé provisoirement quelques objets

d'époque gréco-romaine. L'arrangement n'en est pas
encore définitif et plusieurs monuments de grandes
dimensions y ont déjà leur place marquée: ils ne
pourront toutefois venir l'occuper d'ici quelque temps,
faute d'argent pour les transporter.
Tous les petits objets que renferment les vitrines
proviennent des chambres sépulcrales ou ont été ramassés
sur les momies elles-mêmes. Chacun d'eux
avait pour le mort sa signification que j'essaierai de
déterminer à mesure que l'occasion s'en présentera.
A droite, en entrant, on ira vers un meuble plat,
composé de huit vitrines, rangées autour d'une statuette
en calcaire de l'Ancien empire.

Vitrines AN, AO, AP.

Collection de scarabées en matières diverses. Le
scarabée s'appelait en égyptien Khopirrou, Khopri,
de la racine khoprou, devenir: aussi est-il devenu
de bonne heure en Égypte l'emblème de la vie humaine
et des devenirs successifs de l'âme dans l'autre
monde. Le scarabée était donc avant tout un symbole
mystique de vie, et les plus gros, ceux que nous
rencontrerons dans les vitrines AR et AT, ont gardé
le caractère primitif d'amulette. Les petits ont fini
par n'être souvent que de simples bijoux, sans véritable
valeur religieuse, comme chez nous les croix
que les femmes portent au cou comme complément
de leur toilette. Une fois détourné de sa signification
première, le scarabée fut mis à toutes sortes
d'usages industriels: on l'employa comme châton
de bague, comme pendeloque de boucle d'oreille,

comme perle dans les colliers. Les signes gravés
sur le plat sont, tantôt de simples combinaisons
de lignes, des enroulements, des entrelacs sans signification
précise; tantôt des symboles auxquelles
le propriétaire de l'objet attachait un sens mystérieux
et que personne, sauf lui, ne pouvait comprendre;
tantôt le nom et les titres d'un individu;
tantôt des cartouches royaux ayant un intérêt historique
(cfr. Salle du centre, Vitrine P, p. 87—97);
tantôt des souhaits de bonheur, des sentences pieuses,
des formules magiques. Je n'ai pas la prétention
d'en essayer ici le classement: il me suffira d'indiquer
en passant que le cartouche Menkhopirrî, si
fréquent à toutes les époques, n'a pas été gravé le
plus souvent en l'honneur du Pharaon Thoutmos III,
qui a porté ce prénom: c'est une phrase de bon
augure, dont les trois signes expriment un des dogmes
fondamentaux de l'orthodoxie égyptienne, Durable
à jamais est le devenir de Rá.
Les scarabées
les plus anciens ne sont pas ordinairement recouverts
d'une pâte vitreuse: ils portent autour du nom
ou des signes qu'ils renferment ou une série d'enroulements
caractéristiques. Les scarabées en améthystes
sont de la XIe et de la XIIe dynastie pour la
plupart. Les vernis verts deviennent fréquents à partir
de la XIIe dynastie, et les vernis bleus à partir de
la XVIIIe. La fabrication des scarabées faux a pris
dans ces derniers temps un développement considérable
et a été poussée à un degré de perfection
étonnant: le visiteur trouvera, dans la Salle grecque,
quelques spécimens de scarabées faux provenant
des ateliers de Thèbes. La vitrine AP renferme les

scarabées grands et petits du travail le plus fin et
des matières les plus précieuses. Beaucoup d'entre
eux sont de véritables oeuvres d'art: tous les détails
de l'insecte y sont traités avec une justesse et
une habileté de main merveilleuses.

Vitrine AQ.

Elle contient une collection de divinités et d'emblèmes
divers, la plupart en bronze. Outre des types
déjà décrits, on y remarquera:
4582.
Parmi les objets inscrits sous ce numéro s'en
trouvent trois qui ont une certaine valeur:
10 La déesse Noub, assise sur le signe de l'or
et levant les deux bras (Schiste, H. 0m 078).
La déesse Noub, ou déesse d'or, était une forme
d'Hathor ou d'Isis: elle est souvent représentée aux
pieds des cercueils ou des momies. Après avoir refondu
(noub, fondre, par calembourg avec noub, or)
les membres d'Osiris, séparés et mutilés par Sit,
elle rendait le même service au défunt. — Ep. saïte.
20 Une petite stèle d'Hor sur le crocodiles (cfr.
Salle du centre, no 1841, p. 191) en pierre saponaire
et destinée à être portée comme amulette
(H. 0m 087; larg. 0m 042). — Ep. grecque.
30 Un Ammon ou Khnoum (cfr. Salle du centre,
Armoire G
, no 1904, p. 167) à tête de bélier, en
bronze (H. 0m 18) d'un travail assez fin. — Ep.
saïte.
Thèbes.
4585. — Bronze. — H. 0m 35.
Une déesse, Isis ou Nephthys, debout, étend ses
bras garnis d'ailes, pour protéger et couver le corps
d'Osiris, tué par Typhon: un monument conservé
dans la Salle du centre donne à la déesse le surnom
de Khouït, la protectrice. Le bronze a été
évidé en plusieurs endroits: il avait dû recevoir
des émaux ou des pierres dures de couleurs variées,
que les Arabes ont volées au moment de la découverte.
— Ep. saïte.
4587. — Bois.
Deux plaquettes (H. 0m 054) sur lesquelles est
dessiné au trait un dieu Bis, dansant (cfr. Salle du
centre, Armoire I
, no 1709, p. 155). — Ep. grecque.
4591. —Bronze.— H. 0m 074; larg. 0m 079.
— (Mariette, Abydos, t. III, p. 1494, no 586).
Un poisson lépidote, posé de champ sur un naos
quadrillé: devant ce groupe, une femme debout,
présente un miroir. Le poisson n'est autre que la
déesse du Nord Mihtit. — Ep. saïte.
4592. — Bronze. — Long. 0m 058.
Modèle de la pique avec laquelle Hor combattait
Typhon. La haste est surmontée d'une tête d'épervier,
du milieu de laquelle sort une pointe de lance
triangulaire. — Ep. grecque.

Vitrine AR.

Les gros scarabées étaient le symbole du coeur.
Après avoir enlevé le coeur du mort, on le remplaçait

par un scarabée, sur lequel était gravée une
formule magique (Livre des Morts, Ch. XXX, et
Ch. LXIV, 1. 33—36): «O mon coeur qui me vient
de ma mère, mon coeur de quand j'étais sur terre,
ne te lève pas contre moi, ne porte pas témoignage
en ennemi contre moi, par devant les chefs divins;
ne m'abandonne pas devant le Dieu Grand, Seigneur
de l'Occident! Salut à toi, coeur d'Osiris, qui
vis dans l'Occident; salut à vous, viscères divins;
salut à vous, dieux à la barbe tressée, puissants
par votre sceptre; dites du bien du mort et accordez
qu'il prospère par l'intermédiaire de Nahbkoou
(cfr. Salle du centre, Armoire I, no 1715,
p. 157). Le coeur était placé dans la balance, au
moment du jugement suprême (cfr. p. 195), et son
témoignage décidait du sort de l'homme: la formule
avait pour effet de le contraindre à ne dire
que le bien devant les dieux et à taire les mauvaises
actions. Pour plus d'efficacité, on joignait
souvent à la prière des représentations de divinités
qu'on gravait sur les élytres, sur le corselet, même
sur le plat du scarabée. Ainsi le scarabée no 4540
(Schiste, H. 0m 082) porte: sur le corselet, le disque
, adoré par deux cynocéphales à genoux;
sur les élytres, deux figures d'Ammon accroupi,
coiffées du diadème Atef; sur le plat, la barque solaire
et, dessous, Osiris-momie, assis entre Isis et
Nephthys qui l'enveloppent de leurs ailes. Le scarabée
no 4545 (Schiste, H. 0m 069) a: sur le corselet,
le disque lunaire entre les deux yeux
mystiques; sur l'élytre de droite, Osiris accroupi,
coiffé du diadème Atef; sur l'élytre de gauche, Râ

à tête d'épervier, couronné du disque solaire. Quelques
scarabées ont une tête humaine (no 4542, Schiste,
H. 0m 057); rarement une tête d'épervier ou une
tête de boeuf. Plusieurs sont cerclés d'or.
Les scarabées du coeur étaient fabriqués à l'avance
et s'achetaient tout faits chez le marchand. On en
trouve où les lignes sont marquées mais non remplies
(no 4527, Ardoise, H. 0m 086), où la formule
a été gravée et le nom laissé en blanc (nos 4525,
4528, 4530, 4531, etc.), où la formule est incomplète
(nos 4516, 4529, 4538, 4539, etc.), où les signes
n'offrent aucun sens (no 4534, Schiste, H. 0m 065).
4515. — Jaspe vert. — H. 0m 045.
Scarabée du domestique d'Ammon, Amennakht.
La tête manque. — XXe dyn.
Thèbes.
4519. — Jaspe vert. — H. 0m 065.
Le nom et les titres du propriétaire ont été grattés
avec soin, mais aucun nom nouveau n'a été inscrit
à la place. — XXe dyn.
Thèbes.
4521. — Schiste. — H. 0m 048.
Scarabée de Ourshou «dont la voix est juste
comme celle du juste qui vit dans sa forteresse en
la nécropole, l'esprit de l'Ouest». — XXe dyn.
4523. — Schiste. — H. 0m 055.
Scarabée de la dame Nephthys. La formule n'est
pas celle du chapitre XXX du Livre des Morts:
«Mon coeur est à moi dans la maison des coeurs;
mon viscère est à moi dans la maison des visères.

Il est é moi mon coeur et il repose en moi et il
ne se sépare point de la défunte Nephthys á jamais,
dans la tombe ». — Ep. saïte.
4551. — Jaspe vert. — H. 0m 058.
Vase cordiforme; échange avec le scarabée et joue
le même rôle que cet amulette. Sur une des faces
est gravé le scarabée, sur l'autre le nom du posseseur,
le scribe du trésor Atef. Un autre monument
du même genre dans la Salle du centre (Armoire V,
no 3080, p. 118). — XXe dyn.
Thèbes.
4555. — Améthyste. — H. 0m 026.
Coeur surmonté d'une tête humaine; — XIe dyn. (?).
Thèbes.
4556. — Améthyste. — H. 0m 035.
Coeur humain. — XIe dyn. (?).
Thèbes.
4562. — Jadéïte noire et calcaire noirci. — Long. moy. 0m 09.
Vingt-quatre amulettes représentant deux des doigts
de la main droite, l'index et le medius, allongés et
réunis. Au moment de la mise au tombeau, le prêtre
célébrant exécutait sur la momie diverses cérémonies,
destinées à lui rendre l'usage de ses membres dans
l'autre monde: la principale était l'ouverture de la
bouche
, qui lui permettait de respirer, de manger, de
boire, surtout de parler. On se servait pour cette
opération de plusieurs instruments, de l'herminette
, d'un ciseau à tête de serpent analogue aux
serpents exposés Salle funéraire, Vitrine AL, sous
le no 4195, ou des deux doigts. Les deux doigts,

déposés dans le cercueil, étaient une protection suffisante
contre le mauvais oeil et ses conséquences
fâcheuses. — Ep. saïte.

Vitrine AS.

Ce n'est plus d'objets ayant un caractère religieux
et funéraire qu'il s'agit dans cette vitrine: elle ne
contient que des poids trouvés au milieu des ruines
de plusieurs villes. La métrologie égyptienne a été
l'objet de travaux importants, mais dont les résultats
sont souvent contradictoires, selon les idées théoriques
particulières à chaque auteur. Sans entrer dans
la discussion, je me bornerai à donner les faits admis
en général. L'unité de poids adoptée était l'outen
ou tonou, dont la valeur varie, suivant les exemplaires,
entre 87 et 95 gr.: en prenant la valeur moyenne
de 91 gr., on ne commettra pas de trop fortes erreurs
dans la transcription des pesées égyptiennes en poids
modernes. L'outen se divisait en dix kite, et audessous
de la kite, on trouve, dans certains textes
éthiopiens, le pok, qui vaut la cent vingt-huitième
partie de l'outen, soit environ o gr. 71. L'étude des
objets eux-mêmes nous montre qu'on employait couramment,
dans le commerce, des poids représentant
des multiples et des sous-multiples de l'outen et de
la kite; mais nous ne savons pas jusqu'à présent
si chacun d'eux avait ou n'avait pas de nom particulier.
Les poids égyptiens avaient des formes assez
variées et étaient de matières assez différentes. Il y
en a de carrés avec ou sans bouton, de ronds, d'oblongs

en amande; le bronze ne se rencontre que
rarement dans nos collections, mais toutes sortes de
pierres y figurent. Les plus gros poids n'étaient pas
fabriqués sur un module géométrique: on leur donnait
des formes de fantaisie, telles que celles du boeuf
couché , du demi-boeuf , de la tête de veau
. Ces animaux-poids sont fort rares et je n'en avais
jamais vu, jusqu'en 1881, au moment où M. Wilbour
donna au Musée une tête de veau en granit gris, du
poids de trois cents outens (cfr. Cage AD, no 4475).
Un certain nombre des objets réunis par M. Mariette
dans la Vitrine AS, et qu'il considérait comme étant
des poids, n'avaient pas évidemment cet usage: ainsi
le no 4391 en hématite (poids 10 gr. 110 = 1 kite),
le no 4394 en cornaline (poids 9 gr. 731 = 1 kite),
les nos 4398, 4399, en silex et en calcaire rose. Je
les ai laissés pourtant à leur place dans la série,
comme termes de comparaison pour les poids véritables.
Presque tous les objets que renferme cette
vitrine ont été reproduits avec soin par Mariette dans
ses Monuments Divers, pl. 97, 98, 99 et 100.
Au milieu des poids (no 4361) figure le matériel
nécessaire à la construction d'une balance de petites
dimensions, telles que celles qu'employaient les orfèvres
ou les pharmaciens: un fléau en bois, long
de 0m 278, percé au milieu d'un trou, par lequel
passe la cordelette destinée à soutenir l'instrument,
et six plateaux de bronze, percés chacun de quatre
trous pour les chaînettes de suspension. Les dimensions
de ces plateaux ne sont pas entièrement idenliques;
ils ont respectivement 0m 52, 0m 62, 0m 68,

0m 67, 0m 61, 0m 57 de diamètre. Il est probable
cependant qu'ils étaient appareillés deux à deux. Les
anciens n'avaient sur la précision des exigences aussi
fortes que nous: ils en auraient eu, que toute leur
habileté n'aurait pas suffi à les satisfaire. Je ne me
rappelle pas avoir rencontré dans aucun musée un
modèle des grandes balances à pied qu'on voit parfois
dessinées sur les monuments: pour se faire une
idée de la forme et des proportions qu'elles avaient,
il faut examiner, sur le papyrus funéraire de la Salle
du centre
(no 1847, p. 194 — 197), la scène du jugement
et la pesée de l'âme.

Vitrine AT.

Outre les scarabées du coeur (cfr. Vitrine AR,
p. 228—229) et les doigts (cfr. Vitrine AR, no 4563,
p. 231), la vitrine AT renferme des pectoraux en
forme de naos.
Le scarabée, pris comme emblème divin, représentait
Khopri, le soleil levant, le soleil qui se produit
(Khoprou
) au matin de chaque jour, et qui renaît,
après être mort le soir du jour précédent. Enfermé
dans le disque solaire et posé sur la barque
divine, il recevait les prières d'Isis et de Nephthys,
dont la protection l'avait aidé à passer sans danger
les heures de la nuit. Cette scène d'adoration est le
motif principal que les Égyptiens ont employé à la
décoration des pectoraux. Le scarabée est isolé ou
debout sur la barque entre Isis et Nephthys. Plus
souvent il a été taillé séparément et rapporté dans
un creux ménagé à cet effet au centre de la pièce;

s'il est écrit, il porte sur le plat tout ou partie du
chapitre XXX du Livres des Morts, (Vitrine AR,
p. 229). Dans certains cas, l'adoration au scarabée
est remplacée par une scène d'offrande aux dieux,
à Anubis (no 4352), au boeuf Hapi (no 4340). Quelle
que fût l'image, le pectoral avait pour vertu de mettre
le mort sous la protection des divinités représentées,
et de l'identifier au soleil levant pour la résurrection.
4328. — Email vert incrusté. — H. 0m 10;
larg. 0m 098.
Pectoral au type d'Isis et Nephthys adorant le scarabée.
Le naos est orné d'incrustations en pâtes de
verre. Le scarabée est en jaspe vert sans légende.
— Ep. saïte.
4325. — Email bleu. — H. 0m 066; larg.
0m 15.
Scarabée aux ailes éployées: les deux ailes étaient
rattachées au corps de la bête par de simples fils
de lin. Le scarabée volant, étant un emblème du
soleil, jouait sur la poitrine du mort le même rôle
que le pectoral en forme de naos. — Ep. saïte.
Thèbes.
4326. — Email bleu. — H. 0m 034; larg.
0m 069.
Scarabée, aux ailes éployées, en une seule pièce.
— Ep. saïte.
4327. — Perles de couleur. — H. 0m 08;
larg. 0m 212.
Scarabée aux ailes éployées provenant d'un maillot

en perles de couleur, analogue à celui qui recouvre
la momie de Tripi (Salle du centre, no 3967,
p. 189). — Ep. grecque.
4338. — Calcaire blanc. — H. 0m 09;
larg. 0m 075.
Pectoral en forme de naos: le scarabée, placé
entre deux plumes d'autruche, est taillé dans le
même morceau que le reste. — Ep. grecque.
4339. — Schiste émaillé. — H. 0m 065;
larg. 0m 085.
Pectoral en forme de naos: la barque est au
milieu, avec Isis et Nephthys, mais elle porte deux
petits scarabées au lieu d'un gros, un pour chaque
déesse. — Ep. saïte.
4350. — Email vert. — H. 0m 088; larg.
0m 095.
Pectoral divisé en trois registres. Au premier, Isis
et Osiris reçoivent l'offrande du défunt; au second,
la barque solaire avec le scarabée posé sur le lotus
épanoui; au troisième, le défunt en adoration devant
Anubis et Thot à gauche, devant Thot et un
génie armé du couteau à droite. Le tout est d'un
travail très fin: le scarabée, en feldspath vert, n'est
pas le scarabée original. — Ep. saïte.

Vitrine AU.

Elle renferme des sceptres et des emblèmes de
divinités.
4259. — Bois. — Long. 0m 13.
Serpent à tête de bélier: c'est le symbole de
Khnoum ou d'Ammon. — Ep. saïte.
Thèbes.
4262. — Bronze incrusté d'émail. — H.
0m 095.
Le dieu Râ à tête d'épervier coiffée du disque:
il tient sur ses genoux la plume de justice. — Ep.
saïte.
Osiris et tous les dieux en forme de momie, Mîn,
Khons, Sokari, tiennent dans une main une sorte
de fouet ou plutôt de fléau , orné de diverses
manières. C'était, paraît-il, un emblème de fécondité.
La vitrine AU contient beaucoup de fouets, provenant
de statuettes en bronze aujourd'hui détruites.
Les uns étaient fort ornés: le no 4263 (H. 0m 113)
est incrusté d'or, de cornaline et de lapis-lazuli, les
nos 4264 (H. 0m 182), 4265 (H. 0m 16), 4287 (H.
0m 063), 4288 (H. 0m 195), étaient garnis de pâtes
de verre. Les autres étaient simplement décorés au
trait: un seul est à charnière (no 4291, H. 0m 092).
4266—4267. — Bronze. — H. 0m 084 et
0m 114.
Bout de sceptre, formé par un chapiteau de colonne
en feuilles de palmier. — Ep. saïte.
4272—4273. — Bronze. — Long. 0m 12.
Deux monât (cfr. Salle du centre, Armoire I,
no 1732, p. 158) surmontés d'une égide, d'où sortent

les têtes du dieu Shou et de la déesse Tafnout (cfr.
Salle du centre, Armoire I, no 1724, p. 157). — Ep.
saïte.
4284. — Bronze. — H. 0m 19.
Les sceptres que tenaient en main les rois, les
dieux et les déesses, se composaient d'une tête de
forme variée, généralement en bronze, d'une haste
en bois, et d'une partie inférieure terminée par une
sorte de crochet, en bronze. L'objet no 4284 est la
partie inférieure d'un sceptre (cfr. Salle du centre,
Armoire X
, no 3011, p. 126). — Ep. saïte.
4289. — Email vert. — H. 0m 096.
Le plus fréquent des sceptres est celui que les
textes appelent ouôb, oïs, zââmou: il est surmonté
d'une tête de quadrupède au museau allongé, aux
yeux longs, aux oreilles carrées, que l'on croit être
la gerboise, consacrée au dieu Sît. Champollion l'appelait,
sur une indication erronée de Kircher, le
sceptre à tête de coucoupha, et ce nom est encore
usité dans l'école. Le sceptre , signifiant la puissance
et la fermeté; il assurait au porteur l'empire
sur l'univers. On l'assimilait aux piliers du ciel:
c'est pour cela que certaines stèles sont encadrées
à droite et à gauche entre deux , sur lesquels pose
le signe du firmament ou de la voûte étoilée
. — Ep. saïte.
4295—4296. — Bois. — H. 0m 275 et
0m 175.
Sceptres à tête du chacal , ousir en égyptien.
Il signifie la force et la richesse. — XXe dyn.
Thèbes.
4297. — Bronze. — H. 0m 094.
Sceptre en forme de fleur de lotus, dont le bout
inférieur est brisé et tordu. Un serpent s'enroule
autour de la tige et se redresse sur la fleur en
gonflant le cou. — Ep. saïte.
4298. — Bronze. — H. 0m 116.
Sceptre du même type: le serpent a sur la tête
une couronne blanche de la Haute Égypte. Cfr.
no 4301, où le serpent est couronné du pskhent. —
Ep. saïte.
4302. — Email vert. — H. 0m 054.
La coiffure de plume du dieu Bîs (cfr. Salle du
centre, Armoire I
, no 1709, p. 155): une lionne est
couchée devant et regarde en face. — Ep. grecque.
4307. — Bronze. — H. 0m 13.
Sceptre hiq, , celui qu'on appelle communément
la houlette: il désigne la royauté et il est mis aux
mains d'Osiris souverain des vivants et des morts,
en même temps que le fléau (cfr. p. 237). — Ep.
saïte.
4312. — Bois. — H. 0m 124.
Sceptre composite , , nommé Amsou, et
formé du casse-tête ou et du fléau . Il marque
l'autorité d'un chef sur ses subordonnés et,
comme tel, est l'emblème du pouvoir que le mort
exerçait sur les mânes. — Ep. saïte.
Thèbes.
4313. — Bois. H. 0m 123.
Casse-tête , qu'on voit très fréquemment dans
la main des grands seigneurs égyptiens sur les basreliefs
de l'Ancien empire (cfr. Salle de l'Ancien
empire
, no 881). — Ep. saïte.
Thèbes.

Armoire AE.

L'armoire AE ne renferme guères que des objets
dont j'ai déjà expliqué la signification, des statuettes
d'Osiris (cfr. Salle du centre, Armoire M, no 1220,
p. 142), des boîtes à canopes (no 4407, cfr. Salle du
centre, Armoire O
, p. 128) ou à statuettes funéraires
(no 4413, 4427, etc., cfr. Salle du centre, Armoire O,
no 1651, p. 136 et Armoire M, no 1215, p. 142), des
éperviers accroupis (no 4424) ou debout (no 4422;
cfr. Salle du centre, Armoire N, no 1122, p. 139).
On remarquera pourtant:
4401.
Un collier formé de perles des dimensions et des
matières les plus diverses, en cornaline, en améthyste,
en hématite, en olivine, en grenat, en onyx,
et surtout en verre coloré. La grosse perle du milieu

est d'un travail des plus remarquables: elle
est entourée d'une sorte de ceinture en fils de verre
imitant la corde. Les disques en terre émaillée qui
forment cordon autour du collier proviennent de
Tell-Yahoudîéh, comme les objets exposés dans la
Salle du centre (Armoire Y, no 3289, p. 109).
4402. — Faïence émaillée. — H. 0m 115;
long. 0m 215.
Débris d'une frise formée d'oiseaux fantastiques
se détachant sur fond bleu. Chaque brique porte
deux oiseaux, et le tout provient, comme les disques
du no 4401, de Tell-Yahoudîéh. — XXe dyn.
4415. — Terre cuite. — H. 0m 48. — (Mariette,
Abydos, T. III, p. 582, no 1482.)
Canope à tête d'épervier renfermant une momie
d'ibis (cfr. Salle du centre, Armoire M, no 1200,
p. 140). — XXe dyn.
4420. — Bois doré. — H. 0m 35.
Stèle stuquée, jadis dorée, provenant du tombeau
de la dame Tatonkh, fille du prophète de Montou,
Nibnoutîr, et de la dame Bibi. Les voleurs, qui ont
enlevé l'or du reste de la stèle, ont été saisis d'une
crainte religieuse devant la figure d'Osiris et l'ont
laissée intacte, preuve évidente que la profanation
du monument a eu lieu du temps où l'Egypte était
encore païenne. — Ep. saïte.
Déir el-Baharî.

Cage AD.

4433. — Albâtre. — Long. 0m 25.
Palette de scribe (cfr. Salle du centre, Armoire X,

no 2929, p. 120): l'étui à calames n'est qu'indiqué,
et l'encre rouge est simulée par un disque en marbre
rose, ce qui prouve le caractère purement votif de
l'objet. Il appartenait au Prince héréditaire, directeur
des prophètes, Hapi. — XIIIe dyn.
4434. — Calcaire. — H. 0m 60.
Statue de Sorkerî Amenhotpou Ier: le nom est tracé
é l'encre rouge sur la boucle du ceinturon. La figure
en pied de Nofritari, mère d'Amenhotpou et femme
d'Ahmos Ier est gravée au trait, sur le côté gauche du
pilier auquel le roi est adossé. Le visage, d'un travail
très fin, est barbouillé de bleu, et rappelle le
profil de Séti Ier à Abydos; la légende, tracée sur le
derrière du pilier, porte d'ailieurs le nom de Séti Ier,
ce qui nous permet de placer avec certitude l'érection
du monument sous le règne de ce Pharaon. —
XIXe dyn.
Médinet-Thabou.
4436. — Diorite verte. — (Mariette, Mon.
Div.
, pl. 25.) — Long. 0m 15.
Certains bas-reliefs de Dendérah représentent les
phases de la résurrection d'Osiris et nous montrent
qu'á chacun d'elles répondait une position différente
du dieu. Au début, le corps reconstitué par Isis et
Nephthys est étendu tout de son long sur un lit funéraire,
la face au ciel: sous l'influence des deux
couveuses divines, il se ranime peu-é-peu, et l'une
des premières manifestations qu'il donne de son retour
a la vie, consiste à se retourner brusquement
sur le ventre. Le monument no 4436 est un Osiris

en voie de résurrection. Il vient de se retourner et
lève en souriant sa tête chargée des deux plumes
d'or. C'est la pose des colosses qu'Amasis avait placéc
devant le temple de Saïs, au témoignage d'Hérodote.
La face d'Osiris présente une ressemblance
frappante avec celle d'Ouhabrî (Apriès). — XXVIe dyn.
Horbaït.
4440; — Bronze. — H. 0m 108; larg. 0m 041;
long. 0m 13.
Boîte en forme de naos qui renfermait la momie
d'un petit chat. Sur le couvercle, une chatte, accroupie,
miaule de l'air le plus naturel. — Ep. saïte.
4441. — Bronze. — H. 0m 532; long. 0m 33.
Enseigne sacrée en forme de barque (cf. Salle du
centre, Armoire V
, no 3107, p. 120). L'équipage ordinaire
manque: il n'en reste plus que deux petits
Personnages, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière, et qui
soutiennent, dans la posture de Shou (Salle du centre,
Armoire I
, no 1724, p. 157), les deux lotus épanouis
en disque de la proue et de la poupe. — Ep. saïte.
4442. — Schiste. — H. 0m 36.
Scribe debout, tenant à deux mains un petit naos
monté sur une colonne et renfermant Osiris en forme
de momie (cfr. Grand Vestibule, no 285, p. 44). C'est
le cousin royal Zabinibdidnamou, fils de la chanteuse
de Binibdid (Osiris de Mendès) Tikhout et de Nsimihit.
— XXIe—XXIIIe dyn.
Tmaï el-Amdîd.
4444. — Calcaire. — Long. 0m 29; larg.
0m 116.
Table d'offrandes d'Onkh, attaché au tombeau du
roi An. — Ve dyn.
4449. — Bronze. — Long. Im 38.
Serpent lové, qui servait probablement à orner le
bas-côté d'un naos portatif en bois. — Ep. saïte.
4450 — Granit noir. — (Mar., Abydos,
T. III, p. 41, no 373.) — H. 0m 42.
Le scribe royal Ani, accroupi, porte à demain devant
lui le sistre? emblème d'Hathor. — XVIIIe dyn.
4451—4453. — Terre cuite. — H. moy.
0m 13.
Trois Repondants de style fort grossier, couverts
d'inscriptions en hiératique, tracées à l'encre et presque
illisibles. — Ep. saïte.
4454. — Calcaire peint. — H. 0m 37.
Un des chefs d'oeuvre de la sculpture égyptienne.
Cette statuette représente un employé supérieur du
service des contributions, celui qui présidait au mesurage
des quantités de grains perçues pour l'impôt: il s'appelait Nofir. — Ve dyn.
4457. — Granit gris. — H. 0m 30.
Sorte de vase cylindrique, enveloppé dans les replis
d'un serpent, dont la tête est posée à plat sur le couvercle:

il porte les cartouches de Piônkhi et d'une
reine dont le nom est indéchiffrable. — XXIIIe dyn.
Héliopolis.
4466. — Albâtre. — H. 0m 162.
Un des Répondants les plus bizarres de notre collection
au nom d'un tel (cfr. Salle du centre, Vitrine
O,
no 1603, p. 134). Les mains sont en émail
bleu; la tête, qui probablement était en la même
matière (cfr. Salle du centre, Vitrine O, no 1604,
p. 134), a disparu. Le corps est rayé de bandes en
pâte rouge, sur lesquelles les légendes sont gravées
au trait: c'est un motif de décoration emprunté aux
cercueils en bois. — XXe dyn.
Abydos (?).
4473. — Ivoire. — Long. 0m 102.
Etui à poudre d'antimoine (cfr. Salle du centre,
Armoire
Y, no 3270, p. 105), en forme de colonne:
il est cerclé d'un anneau de bronze qui servait à le
suspendre. — XXe dyn.
Thèbes.
4475. — Granit gris. — H. 0m 25. Don de
M. Wilbour.
Poids en forme de tête de veau (cfr. Vitrine AS,
P. 233), du poids de 300 outens, portant les cartouches
de séti Ier. Les cassures au cou ne sont pas
accidentelles. Le sculpteur, en taillant les pièces de
ce genre, leur donnait à-peu-près le poids légal: pour
obtenir une approximation plus exacte, on abattait
ensuite la pierre à petits éclats, jusqu'à ce que le
poids nouveau fît équilibre au poids étalon sur lequel
on le réglait. — XIXe dyn.
4479. — Bronze. — H. 0m 19; larg. 0m 373;
long. 0m 085.
Armature en bronze d'une porte de temple, au nom
de la reine Shapenap, fille du roi Piônkhi et femme
de Psamitik Ier. — XXVIe dyn.

Armoire AC.

Elle contient des meubles, des ustensiles, des vases,
des provisions, tout le matériel de la vie journalère
en Égypte. La plupart de ces objets avaient été déposés
exprés dans les tombes pour servir de mobilier
au mort; quelques-uns cependant, les outils de
maçon par exemple, ont été oubliés par les ouvriers
qui travaillaient à la décoration de l'hypogée, et n'avaient
aucune valeur mystique ou religieuse.
4484. — Joncs tressés. — H. 0m 14; diam.
0m 17.
Panier avec son couvercle, identique à ceux qu'on
fabrique aujourd'hui encore dans la Haute Égypte
(cfr. Salle du centre, Armoire U, no 3195, p. 115).
— XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
Les grains et les fruits, ainsi que la plupart des
substances alimentaires, proviennent des tombes de
la XIe dynastie, à Drah abou 'l neggah. Nous avons
(nos 4485 et 4622) une masse de grains de blé et
d'avoine, concassés grossièrement et mêlés à leur
balle; (no 4487) de l'avoine; des fèves (no 4488); des
prunelles sèches (nos 4489, 4607, 4624), du dourah
(no 4620), des olives (no 4621) du froment (no 4625),

un pavot et des grains de millet agglutinés (no 4628);
les oeufs de poule, de canne et d'ibis (nos 4630, 4643)
viennent de Saqqarah, et sont postérieurs à la XXe dynastie.
Les graines que possède le Musée avaient
toutes été desséchées au feu avant d'être déposées
avec le mort: elles ne pouvaient donc pas avoir,
comme on l'a dit, le pouvoir de germer. J'ajouterai
que toutes les expériences tentées sur les semences
que nous avons recueillies dans les tombeaux n'ont
jamais amené de résultat satisfaisant. Il ne faut pas
oublier que les Arabes ne se gênent nullement pour
vendre, comme blé ancien, du blé qu'ils ont produit
eux-mêmes, ou pour mêler des graines modernes aux
graines qu'ils ont pu ramasser dans les hypogées:
cette fraude est plus que suffisante à expliquer tous
les récits, qu'on fait encore de temps en temps, sur
les récoltes obtenues en semant du blé de momie.
4491 — Os humain. — Long. 0m 38.
C'est un fémur provenant d'une momie de la
XIe dynastie. L'individu, auquel il appartenait, s'était
cassé la jambe, longtemps avant la mort: la fracture
n'avait pas été réduite et les deux parties ont
chevauché l'une sur l'autre. Le fait n'est pas isolé,
mais il ne faudrait pas en conclure, comme le voulait
Mariette, que la chirurgie égyptienne était peu
avancée. Aujourd'hui encore, où les chirurgiens ont
pourtant un renom d'habileté bien mérité, nos cimetières
fournissent, quand on les explore, bien des
exemples de fractures non réduites et de chevauchements
analogues à celui de notre momie. Quelques
os mal remis ne prouvent rien; l'individu à qui

appartenait le fémur no 4491 a pu ne recevoir aucun
soin ou tomber entre les mains d'un praticien maladroit,
sans qu'on ait le droit de condamner en son
nom tous les chirurgiens de l'Égypte. — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
4493. — Bois. — H. 0m 82.
Chaise à pieds de lion, à dossier, sans bras. —
XIe dyn
Drah abou 'I neggah.
4494. — Bois. — H. 0m 14; long. 0m 33.
Tabouret bas, à qualre pieds, canné (cfr. Armoire AC, nos 4616 et 4646). — XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
4495 — Bois. — H. 0m 75.
Autre chaise, de même époque que le no 4493,
mais sans les pieds de lion. Les tombes de la XIe dynastie,
qui renfermaient des meubles, ont presque
toutes été pillées au commencement du siècle: ce
n'est donc pas à Boulaq qu'il faut chercher les plus
beaux modèles de chaises ègyptiennes, mais au British
Museum, à Leyden et surtout au Louvre.—
XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.
4496.
Pièce de grosse toile, mesurant environ quatre
mètres de long. Le fond de l'armoire est tendu d'étoffes
plus ou moins fines enlevées aux momies:
une sorte de linceul est garni de franges (no 4600),
une longue bande mince a conservé sa blancheur
malgré les siècles (no 4601). Sur le tabouret no 4646
sont jetés de paquets d'étoffes et des échevaux de

fil noir et blanc (no 4647). On verra, dans la Salle
de momies royales
, la fine baptiste dont était enveloppée
la momie de Thoutmos III: c'est la seule
étoffe de prix que nous possédions. Le Musée de
Boulaq n'a point de collection de tissus comparable
à celles des principaux musées de l'Europe.
4497. — Bois. — Long. du manche, 0m 68.
Pioche en bois, identique pour la forme à celle
dont on se sert encore dans plusieurs cantons de la
Haute Égypte, . La corde médiale, qui réunit les deux
parties en bois, manque ici: on la verra au no 4615
(Long. du manche, 0m 56). Dans le no 4651 (Long.
du manche, 0m 42), cette partie médiale est en bois,
comme le reste de l'instrument.
4498.
Rouleau de corde grossière. Après avoir mis le
cercueil en place, les ouvriers oubliaient souvent
d'emporter les cordes qui leur avaient servi à le
descendre dans l'hypogée: c'est grâce à leur négligence
que nous avons les pièces exposées dans cette
armoire. Les unes sont de véritables câbles (no 4499),
les autres sont d'épaisseur moyenne (no 4500). La
plupart sont en fibres de palmier, comme les cordes
employées aujourd'hui par les Arabes; un rouleau
(no 4613) paraît être en jonc tressé.
4603. — Bois. — Long. Im 51.
Bâton de commandement, telle qu'on le voit à la
main des gens de distinction, dans les cérémonies
publiques (cfr. Petit Vestibule, no 21, p. 27): l'armoire

AC en renferme deux bons spécimens (nos 4604
et 4611), ce dernier fort orné. — XIe et XXe dyn.
Drah abou 'l neggah.
4612. — Terre cuite. — H. 0m 185; diam.
0m 36.
Vase de forme singulière sur son plateau. —
XIe dyn.
Assassif.
4614. — Bois. H. 0m 275.
Maillet de sculpteur ou de maçon, en bois de palmier,
trouvé dans la maçonnerie du Mastabat el
Faraoun. Cfr. deux maillets de forme un peu différente,
no 4648 (H. 0m 29) et no 4649 (H. 0m 25),
qui proviennent d'Abydos. — Ve dyn.
4619. — Terre cuite. — H. 0m 23.
Poupée d'enfant: elle représente une jeune femme,
serrant un vase contre sa poitrine. Une autre poupée
(no 4632), en bois (H. 0m 156), a les bras rapportés
et mobiles; une troisième (no 4633), en ivoire, a les
pieds cassés. Toutes ont été retouchées, et certains
détails marqués à l'encre avec beaucoup de liberté.
— XIe dyn.
Sheïkh Abd-el Gournah.
4650. — Bois. — H. 0m 25; larg. à l'ouverture, 0m 50.
Niveau de maçon. — XIXe dyn.
4652. — Jonc. — Long. 0m 40.
Balais en jonc. — XIe dyn.
Drah abou 'I neggah.
4653. — Jonc. — Diam. 0m 12.
Rond en corde de jonc que les porteurs d'eau
se mettent sur la tête pour caler leurs cruches. —
XIe dyn.
Drah abou 'l neggah.

Tombeau d'Horhotpou.

4599. — Le petit édifice qui s'élève à côté de
l'Armoire AC, entre le pilier et le mur, est un tombeau
de la XIe dynastie, que j'ai rapporté de Thèbes,
au mois d'avril 1883. Il été découvert en
février 1883, à mi-côte de la montagne qui borne
vers le Nord la vallée de Déir el-Baharî, presque
au débouché de la route qui conduit de la plaine
thébaine aux tombeaux des Rois. La chapelle extérieure,
s'il y en eut jamais une, a été complètement
détruite. Un couloir fort raide, grossièrement
taillé dans le roc, mène, par une pente d'environ
trente mètres, à une sorte de vestibule, d'ou il ressort,
sur la droite, pour aller tomber dans la chambre
où s'élevait l'édicule aujourd'hui conservé au musée.
Le corps de la montagne est formé, en cet endroit,
d'une sorte de roche brune, tràs friable, dans laquelle
sont infiltrés par milliers des filons de calcaire
blanc: je ne saurais mieux la comparer qu'à
une pâte feuilletée, tant certains des filons sont minces.
Comme cette matière ne se prêtait nullement à
la taille et à la décoration, l'architecte, après y avoir
creusé un trou de dimensions convenables, y construisit,
en blocs de calcaire blanc bien parés, le sarcophage
et l'édicule que nous voyons. Ces blocs, enlevés
un à un et dûment empaquetés, ont été transportés

par eau de Thèbes à Boulaq, puis remontés dans
l'ordre même où ils étaient à l'origine. C'est un spécimen,
unique dans les musées, de ce qu'étaient les
tombeaux thébains sous la XIe et la XIIe dynastie.
Il nous est facile de nous représenter la façon
dont s'y sont pris les ouvriers pour l'édifier. Le
mur du fond et les deux murs de droite et de gauche
furent élevés et décorés tout d'abord, puis les blocs
introduits et ornés au moyen desquels on bâtit le
sarcophage. C'est, en effet, une des particularités
du Moyen-Empire, de substituer freéquemment, aux
grands sarcophages monolithes, des sarcophages formés
de blocs réunis par un peu de ciment et par
des queues d'aronde. Le procédé était économique:
il a été employé même pour des souverains, comme
le prouve la découverte que nous avons faite, au
Sud du temple d'Hâtshopsitou, à Déir el-Baharî,
du tombeau de la reine Tmoum, femme de Monthotpou
IV. Le sarcophage en place, on a bâti le
mur de face, en n'y réservant, comme porte, qu'une
sorte de baie juste assez large pour laisser passer
la momie. Combien de temps le mort reposa-t-il
en paix dans son caveau? Le voisinage d'une laure,
établie à quelques mètres de la porte, ne lui permit
guères d'échapper au fanatisme des moines, à
supposer qu'il eût épargné par l'avidité des voleurs
païens. En tout cas, il fut ouvert et pillé pendant
la première moitié de notre siècle, car M. Wilbour
a reconnu dans la collection Abbott, à New-York,
un bloc qui porte le nom du propriétaire
et qui provient soit du sarcophage, soit d'une des
parois. Le cercueil de bois fut brisé en petits morceaux,

tous les menus objets furent volés ou détruits:
j'ai retrouvé dans les décombres un bras
de statuette en bois d'un travail admirable, les rames
et une partie de l'équipage d'une barque également
en bois, et d'autres débris, qui prouvent l'existence
d'un mobilier funéraire, analogue au mobilier découvert
par Passalacqua et déposé aujourd'hui au
Musée de Berlin. Les voleurs défoncèrent les deux
bouts du sarcophage, cassèrent, à coups de pic,
deux pierres du mur de droite et une pierre du
mur de gauche, afin de voir si l'épaisseur des blocs
ne contenait pas de l'or ou quelque trésor caché.
Tous ces fragments furent laissés à terre, à l'exception
du morceau qu'a signalé M. Wilbour. Ils
m'ont servi à reconstituer presque entièrement la
muraille: les parties manquantes ont été refaites au
plâtre, et peintes dans le ton des parties originales
par MM. Vassalli-Bey et Emile Brugsch-Bey, conservateurs
du Musée.
Le tombeau a éte construit en l'honneur d'Horhotpou,
fils de la dame Sonit-she: les inscriptions
ne nous en disent pas davantage. Les visiteurs qui
ont déjà vu le tombeau de Ti à Saqqarah, ceux
même qui ont examiné seulement les bas-reliefs exposés
dans la Salle de l'Ancien-Empire (nos 881,
887—891, 908, 958—960, 1046, 1051) reconnaîtront
sur le champ quelles différences profondes il y a
entre le style de ces monuments et celui du tombeau
no 4599. Au lieu d'être sculptées et peintes,
les parois sont peintes seulement; au lieu de scènss
variées, entremêlées de rares hiéroglyphes, on ne
voit qu'une maigre série d'objets d'offrande, accompagnés

d'interminables inscriptions. Le sarcophage,
au lieu de présenter une masse presque nue ou
décorée de dessins géométriques, comme les sarcophages
no 964—970 (cfr. p. 223—224), contient autant
de textes que les murailles: il est même garni
d'une corniche multicolore que je n'ai retrouvée nulle
part ailleurs. Ces différences, souvent obserées sur
d'autres tombeaux, avaient fait croire à Mariette
qu'il y avait eu, entre la VIe et la XIe dynasties,
rupture des traditions artistiques, et que les monuments
thébains étaient le produit d'un art local,
indépendant à l'origine de l'art memphite des anciennes
dynasties. Cette théorie, qui a été adoptée
généralement par les historiens de l'art, n'a pas été
justifée par les faits. J'ai ouvert (1882—1883) dans
la plaine de Saqqarah, autour du Mastabat el-Faraoun,
des mastabas en briques, dont la chambre
sépulcrale est décorée de la même manière que la
chambre de Horhotpou, mais avec une moindre
profusion de légendes. Ils portent les cartouches de
Nofirkerî Papi II et appartiennent par conséquent
aux derniers temps de la VIe dynastie. Si peu nombreux
qu'ils soient encore, ils n'en suffisent pas
moins à prouver que cet art soi-disant thébain du
Moyen-Empire avait son prototype dans l'art memphite
de l'Ancien.
Chacune des parois a l'un des côtes occupé par
un panneau de dessins géométriques, dont l'ensemble
représente une porte. Les détails en sont curieux à
étudier pour des architectes, car ils nous rendent
assez exactement l'aspect qu'avaient les portes décorées
dans les maisons particulières. Leur présence

s'explique par les idées religieuses de l'Égypte.
Chaque paroi du tombeau était, comme le tombeau
lui-même, une véritable maison, où étaient déposés
les objets dessinés ou énumérés dans les textes qui
couvraient la paroi: la porte peinte à chaque coin
livre au mort l'accès de la maison. La décoration
de chacune des parois est fort simple. Sur la face
de la porte, au dessus de la baie, des armes sont
peintes, arcs, flèches, casse-têtes, etc.: c'est l'arsenal
du mort auquel donnent accès les deux panneaux,
en figure de porte, placés à droite et à
gauche de la porte réelle. La paroi de droite, est à
la fois un magasin d'étoffes, de bijoux et d'armes, où
sont entassés des coupons de linge blanc , des colliers
, des miroirs en or et en argent, des
sachets de parfums et de poudre noire et verte pour
les yeux , des bracelets en verroterie, des sandales
, des arcs, des casse-têtes, des boucliers, etc.
La paroi du fond est la salle à manger: elle ne
porte aucune figure, mais l'espèce de tableau quadrillé
qui en recouvre la partie supérieure, nous
donne la liste des denrées nécessaires à la table du
mort, vins, bières, liqueurs, viandes de boucherie,
gibier, volailles, légumes, laitages, gâteaux de toute
espèce. La paroi de gauche est comme une officine
de parfumeur: on y voit, dans de grands vases
peints de manière à imiter le jaspe, le granit, la
poterie fine, les sept essences et les deux fards noir
et vert, dont le mort avait besoin pour se parfumer
dans l'autre monde et pour assurer à ses membres

une jeunesse éternelle. C'est en résumé, sous une
forme nouvelle, l'expression des mêmes idées qui
avaient présidé à la décoration des mastabas de
l'Ancien-Empire. Les prières sont en partie des extraits
du Livre des Morts, en partie des chapitres
de ce Rituel des Funérailles, dont les pyramides
d'Ounas, de Teti, des deux Papi, de Sokarimsaf,
nous ont livré la plus ancienne édition, et quelques
papyrus de l'époque romaine l'édition la plus récente.
Les vertus magiques dont elles sont douées
transforment en offrandes réelles les simulacres d'offrandes
peints sur la muraille.
Le sarcophage est un résumé de la tombe entière,
ou plutôt une seconde tombe enfermée dans la première.
Il n'avait point de couvercle, selon un usage
assez fréquent pendant la durée du Moyen-empire,
et la momie n'y avait d'autre défense que ses bandelettes
et son cercueil en bois. Celui-ci a disparu,
sauf un éclat encore couvert d'une écriture hiératique
aussi fine d'aspect que l'écriture de la XXVIe
dynastie; quant au cadavre, il a dû être emporté
au moment de la violation première (cfr. Salle du
centre, Vitrine H
, p. 77), car je n'en ai découvert
aucune trace ni dans la chambre funéraire, ni dans
le couloir. Les parois intérieures du sarcophage sont
décorées de portes et d'offrandes comme la chambre
elle-même: elles ont été brisées en partie par les
voleurs et restaurées par M. Emile Brugsch-Bey,
d'après les peintures analogues du sarcophage de
Tagi (Salle de l'Ancien empire, no 1053, p. 224).
Les textes de l'extérieur sont tracés d'une écriture
beaucoup plus fine que celle des parois: ce sont

encore des chapitres du Livre des Morts ou du Rituel
des Funérailles,
le Chapitre d'amener la barque
afin que le mort passe à l'Orient du ciel, le Chapitre
de se rappeler les charmes magiques
nécessaires
dans l'autre monde, le Chapitre de ne pas
manger d'excréments
et, comme corollaire, celui de
manager du pain d'offrandes. Sur la face qui est tournée
vers l'intérieur de la chambre, à hauteur de
tête, deux grands ouzas (cfr. Vitrine AI, p. 267) s'ouvrent
comme sur le sarcophage de Tagi.
Tel est cet hypogée curiux, le mieux conseré
peut-être des tombeaux du Moyen empire thébain
que l'on connaisse aujourd'hui. J'espere pouvoir transporter
bientôt au Musee plusieurs autres tombeaux,
choisis parmi les spécimens les plus complets que
nous possédions de ce genre de monuments: le visiteur
aura ainsi l'occasion de se familiariser avec
les caractères propres à chaque époque.
A gauche de la porte, se trouve un meuble octogone,
tout pareil au meuble décrit p. 225—240, et
au centre duquel est placée une jolie statuette de
l'Ancien empire.

Vitrine AG.

La vitrine AG renferme un choix de coiffures divines
et d'emblèmes que l'on posait sur la tête ou
sur les coiffures ordinaires des dieux et des rois divinisés.
La plupart d'entre elles sont en bronze et
proviennent de statues ou de statuettes aujourd'hui
détruites: les Égyptiens avaient en effet l'habitude
de rapporter les accessoires de leurs statues, lorsque

celles-ci dépassaient certaines dimensions assez petites.
Quelques-unes cependant sont complétement indépendantes
de toute statue, et doivent être considérées
comme des pièces votives ou comme des modèles.
4026.—Bronze. — H. 0m 15; long. 0m 18.
Une corne ondulée, avec une uraeus lovée et coiffée
du disque solaire. Provient de plusieurs espèces de
coiffures dont les principales sont, le diadème Atef
, et le diadème Hotsou (cfr. d'autres morceaux
analogues, nos 4034, 4049, et Salle du centre,
Armoire E
). — Ep. saïte.
4027. — Terre émaillée bleu-verdâtre.
—- H. moy. de 0m 029 à 0m 04.
La couronne blanche, emblème de la souveraineté
sur la Haute Égypte,

.— Ep. saïte.
4028. — Bronze. — H. 0m 085.
Corne et plume d'autruche flanquée d'une uraeus
lovée, coiffée du disque: provient d'un diadème Atef
(cfr. nos 4073, 4074, 4075, 4077, 4078). — Ep. saïte.
4029. — Bronze. — Long. 0m 1.
Corne de bélier provenant d'une coiffure de
Khnoum (cfr. Armoire G, no 1904, p. 167) ou
d'Ammon - Râ à tête de bélier (cfr. Armoire G,
no 2009, p. 170). D'autres cornes analogues sous les
nos 4035, 4044. —- Ep. saïte.
4030. — Bronze. — H. 0m 095.
Le disque entre les deux cornes de vache en
forme de lyre coiffure d'Isis, d'Hathor et, en
général, de toutes les déesses-mères. Cfr. d'autres
coiffures 'analogues, nos 4048, 4052, 4059, 4060,
4066, etc. — Ep. saïte.
4032. — Bronze. — Terre émaillée verdâtre.
— H. moy. de 0m 044 à 0m 029.
La couronne rouge, embléme de la souveraineté
sur la Basse-Égypte, . La réunion de la couronne
blanche (cfr. p. 258, no 4027) et de la couronne
rouge forme le Pskhent , que les rois posaient
sur leur tête, pour montrer qu'ils régnaient sur les
deux parties de l'Égypte et tenaient le Pays Entier
dans leurs mains. — Ep. saïte.
4033. — Bronze. — Long. 0m 043.
Les Égyptiens avaient l'habitude de couper court
ou même de raser les cheveux des enfants et des
adolescents, sauf une grosse tresse qu'ils laissaient
subsister et qui pendait sur l'oreille droite . La
momie du roi Sokarimsaf de la VIe dynastie, conservée
dans la Salle des momies royales, a encore aujourd'hui
cette tresse. Passé l'adolescence, elle n'était
plus portée que par des prêtres de haut rang, tels
que le Sam ou grand-prêtre de Phtah, l'Anmoutf,
etc., ou par certains dieux, tels que Phtah, Khonsou,
Thot-ioh ou Thot-Lune, Hor enfant. etc. Le no 4033

provient probablement d'une statue d'Hor enfant (cfr.
Salle du centre, Armoire D, p. 174, no 2211), comme
les nos 4037, 4046. — Ep. saïte.
4036. — Bronze. — Long. 0m 10.
De même qu'ils se rasaient les cheveux, les Égyptiens
se rasaient ordinairement la barbe. Toutefois,
le rituel et l'étiquette exigeaient qu'ils ne parussent
pas dans certaines cérémonies civiles et religieuses
le menton dégarni. Ils employaient en pareil cas des
barbes postiches, faites de cheveux ou de crins trésés
, et qu'ils attachaient à la coiffure ou à la perruque,
au moyen de deux mentonnières en toile ou
en cuir peint courant sur les joues. En regardant
attentivement une des statues de rois du Musée, celle
du Pharaon Harmhabi, par exemple, on reconnaîtra
sans peine la manière dont on agençait cet appendice
bizarre. La plupart des cercueils de momie à
tête humaine ont au menton la barbe postiche en bois
sculpté. (Cfr. d'autres objets analogues, nos 4045,
4053, 4056, 4057, 4063.) — Ep. saïte.
4038. — Bronze. — H. 0m 05.
Coiffure formée de longues plumes piquées sur une
sorte de bourrelet bordé d'uraeus lovées, coiffées du
disque solaire. Elle appartient d'ordinaire au dieu
Bis (cfr. Armoire I, no 1709, p. 155). — Ep. saïte.
4039. — Bronze. — H. 0m 047.
Coiffure formeé des trois paquets de joncs liés,
hotsou, surmontés du disque solaire, posés sur les

deux cornes et flanqués de deux plumes d'autruche
et de deux uraeus . Cette coiffure appartient, de
préférence, vers l'époque ptolémaïque, aux dieux enfants,
Harpokhrate, Ahi de Dendérah, Khonsou, etc.,
ou aux rois officiant devant les dieux: on la trouve
aussi sur la tête d'Osiris, de Shou, de Thot, etc. (cfr.
no 4064). — Ep. saïte.
4040. — Bronze. — H. 0m 062.
Fleur de lotus épanouie. Tantôt c'est la coiffure
du dieu Nofirtoum (cfr. Armoire I, no 1714, p. 156),
tantôt c'est la fleur d'où Hor enfant sort tous les
matins au lever du Soleil. Plus rarement, elle sert de
piédestal à d'autres dieux, à Bîs (Armoire I, no 1784,
p. 162), à Thot, taureau dans la ville de Mendès
(Armoire I, no 1831, p. 163), à Khnoum (Armoire G,
no 2016, p. 170), etc. — Ep. saïte.
4041. — Bronze. — H. 0m 069.
La coiffure d'Ammon-Thébain, les deux plumes
d'autruche sur le disque solaire (cfr. même
vitrine, no 4054). Souvent, elle pose sur les cornes
(nos 4043, 4050, 4051, 4061), ou sur une sorte
de mortier . — Ep. saïte.
4042. — Bronze. — H. 0m 054.
La coiffure de plumes du dieu Bîs (cfr. no 4038).
— Ep. saïte.
4055. — Bronze. — H. 0m 13.
Coiffure des dieux-lune Osiris (Armoire D, no 2212,

p. 174), Thot (Armoire F, no 2068, p. 272), etc. Elle
est composée du disque lunaire, sur lequel est perché
un diadème Atef: l'oeil lunaire est gravé à la pointe
sur le corps du diadème. — Ep. saïte.
4065. — Bronze. — H. 0m 04.
Uraeus provenant d'une coiffure royale ou divine
(cfr. Armoire I, no 1742, p. 159). Ep. saïte.

Vitrine AH.

Les objets exposés dans cette vitrine et dans les
suivantes, sont presque tous des amulettes trouvés
dans les cercueils et sur les momies même. Ils
avaient chacun une vertu spéciale, qu'on leur communiquait
en récitant sur eux une prière au moment
de l'emmaillotage ou de l'enterrement, et protégaient
qui la tête, qui le tronc, les bras ou les
jambes, comme les pièces d'une armure magique.
J'ai déjà montré plus haut quelles idées se rattachaient
à quelques-uns d'entre eux, au Tat (Armoire
M, no 1261, p. 143), à la grenouille (Armoire K,
nos 1420—1429, p. 146), au collier (Armoire M, p. 141,
no 1204): les autres seront expliqués au fur et à
mesure qu'ils se présenteront.
La plupart des morceaux de ce genre, que j'ai à
décrire, sont le produit d'une industrie spéciale, dont
les musées égyptiens de l'Europe ne possèdent que
de très rares échantillons. En 1862, M. Vassalli-Bey,
alors inspecteur des fouilles, fut chargé par
Mariette d'explorer le Fayoum et principalement les

grandes ruines où Lepsius a cru reconnaître les
restes du Labyrinthe célébré par Hérodote. Quel
qu'ait été l'usage primitif des édifices situés en cet
endroit, il est certain que, vers l'époque gréco-romaine,
ils servirent de nécropole à la grande ville
d'Arsinoé: en déblayant les chambres, M. Vassalli
y trouva nombre de momies, avec leur accompagnement
ordinaire de lampes sépulcrales, de vases en
terre cuite et en verre, de figurines. Par malheur,
les pluies et la chute des murs avaient détruit presque
entièrement les cercueils: au moindre effort
qu'on faisait pour les déplacer, ils tombaient en
poussière. Les plus beaux appartenaient à une même
famille, dont les huit membres avaient été ensevelis
l'un après l'autre dans une seule chambre. Les caisses
étaient enduites d'une couche épaisse de plâtre doré,
sur lequel des pierres fines et des pâtes de verre
taillées étaient incrustées, de manière à produire par
leur combinaison les ornements et les hiéroglyphes
ordinaires. Deux de ces momies étaient décorées
avec un soin tout particulier: c' étaient celles de
deux enfants, à qui leurs parents avaient voulu donner
sans doute des marques d'une affection peu commune.
Les bagues qu'elles avaient au doigt portaient
sur le chaton l'image du crocodile qu'on adorait
dans le Fayoum: les quelques débris de légendes
que M. Vassalli put copier renfermaient une dédicace
au dieu crocodile Sobkou. Tout mutilés qu'ils sont,
les fragments que M. Vassalli a rapportés de son
exploration forment la collection la plus complète
qui existe de verreries égyptiennes (cfr. Armoire Y,
p. 103—104).
4085. — Pâtes de couleurs. — H. moy.
0m 02 à 0m 035.
Dix petites plaques sur lesquelles sont tracés des
scarabées en relief: ces plaques remplaçaient à l'occasion
le scarabée lui-même (cfr. p. 228—229). Voir
des plaques analogues, no 4092.
Médinet el-Fayoum.
4086. — Or. — H. moy. 0m 15 à 0m 48.
Petites plaques d'or travaillées au repoussé et à
la pointe. Les unes représentent des uraeus, des vautours,
des barques, des serpents; le plus grand nombre
sont taillées en forme de ceintures oblongues.
Elles étaient perdues dans l'épaisseur des bandelettes
et avaient les mêmes vertus qu'on attribuait à l'amulette
dont elles portaient l'image. — Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum.
4087. — Jaspe rouge et vert. — Long.
0m 11.
Bras et main de la déesse Isis; il appartenait à
la figure de la déesse, placée, selon l'usage, sur la
poitrine d'une des huit momies du fond Vassalli.
Médinet el-Fayoum.
4088. — Emaux et pierres fines. — H.
moy. 0m 049 à 0m 06.
Quelques-uns des hiéroglyphes incrustés sur les
momies du fond Vassalli: un hibou, deux vautours,
, un aigle, , une plume, .
Médinet el-Fayoum.
4089. — Pâte de verre bleu verdâtre.
— Long. 0m 41 à 0m 55.
Trois têtes de vautour . Les yeux de la plus
grande sont en pâte rouge et curieusement étudiés:
les deux autres ont perdu les yeux.
Médinet el-Fayoum.
4090. — Obsidienne. — H. 0m 09; long.
0m 20.
Deux chacals accroupis et tournés l'un à droite,
l'autre à gauche. Ils représentent les deux chacals
guides des voies célestes du Nord et du Sud, Ambis
sous son nom d'Ouopmatonou ou d'Ouopouaïtou
(cfr. Armoire D, no 2217, p. 174).
4091. — Email bleu. — H. moy. 0m 014
à 0m 07.
Quatre têtes de femme en émail bleu clair, provenant
des momies du fond Vassalli. Les trois plus
petites représentent la partie de la tête que ne couvre
point la coiffure; la plus grande a, de plus que les
autres, sa coiffure en émail vert noir (cfr. nos 4096,
4101, 4102, 4139).
Médinet el-Fayoum.
4093. — Email rouge et jaune. — Long.
de 0m 023 à 0m 034.
Sept vaches accroupies, avec les deux plumes et
le disque solaire entre les cornes. C'est l'image d'Isis
et surtout d'Hathor, la déesse de l'Occident, protectrice
des morts (cfr. Vitrine A, no 2580, p. 183).
— Ep. saïte.
4095. — Emaux de couleurs diverses.
— H. 0m 025 à 0m 048.
Anubis, le dieu chacal, avait entre autres fonctions,
le privilège de veiller sur la conservation des
bandelettes et des cercueils: d'où son titre de Amout,
Celui qui est dans l'embaumement. Quatre des
cinq plaques réunies sous le no 4095, le montrent occupé
à déposer la momie sur le lit funéraire.
4096. — Emaux colorés.
La plus grande des trois figures réunies sous ce
numéro (H. 0m 115) représente la déesse Mâ accroupie,
la plume sur la tête. La face est bleu-clair
comme au no 4091, ainsi que les mains, la coiffure
est bleu sombre, la plume est jaune et vert, le corps
brun rouge; quant au collier, c'est une sorte de mosaïque
multicolore, formée de longs fils de verre
agglutinés par la cuisson.
Les deux autres (H. 0m 062 et 0m 06) sont moins
complètes, mais composées de la même manière:
elles viennent des momies découvertes par M. Vassalli.
— Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum.
4098. — Pâtes de verre de couleur variée. — H. de 0m 025 à 0m 033.
Petites figurines de divinité du même type que
précédentes, Mâ, Râ, et le cynocéphale de Thot. —
Ep. saïte et grecque.
Abydos, Saqqarah, Médinet el-Fayoum.
4099—4100. — Or.
On a d'abord tracé à l'encre, puis gravé à la pointe

sur ces deux plaquettes, les différents amulettes qu'on
avait l'habitude de déposer sur la momie, le bonnet
, et trois serpents , , , (no 4099), l'oeil
, la colonne en forme de lotus , le collier ,
le serpent , le sceptre , le Tat , le coupon
d'étoffe, et le noeud de ceinture (no 4100); sur
la seconde feuille était écrit à l'encre le nom du mort
et une petite formule, malheureusement peu lisible.
Les plaques de ce genre étaient des phylactères,
destinés à combiner les vertus des différents amulettes
représentés et à les remplacer au besoin. Ils
étaient cousus sur le maillot des momies au moyen
de petits anneaux soudés par derrière. — Ep. saïte
ou grecque.

Vitrine AI.

Elle renferme une collection d'yeux mystiques, de
colonnes en forme de lotus, et de chevets, de la forme
et de la grandeur le plus variée.
Les yeux mystiques, en égyptien ouza , sont,
à proprement parler, les yeux du dieu Râ, considéré
comme dieu suprême: l'oeil droit est le soleil,
l'oeil gauche est la lune. L'oeil, isolé de la figure divine
à laquelle il appartenait, devenait une divinité
ouza Hor, l'oeil d'Hor, qui avait son existence indépendante,
et jouait un certain rôle dans la légende
osirienne: il avait pleuré en différentes occasions, et
ses pleurs avaient donné naissance à toutes les substances
utiles, au vin, à l'huile, etc. Menacé par Sit,
il n'échappait à un danger que pour retomber dans

un autre, mais sortait toujours victorieux de chaque
épreuve: aussi les vivants et les morts avaient-ils
l'habitude de se mettre sous sa protection et d'opposer
sa puissance à tous leurs ennemis. On le consacrait
en récitant sur lui certaines prières, le chapitre
CXL du Livre des Morts par exemple, puis
on l'attachait au poignet de l'individu (cfr. Armoire Y,
no 3279, p. 108), à son cou, sur sa poitrine, ou bien
on le mettait avec d'autres amulettes dans la cavité du
ventre, après l'extraction des intestins. On le fabriquait
en toutes matières, en lapis, en cornaline rouge,
en feldspath vert, en agathe, en bois, en pâtes émaillées
etc., et on en variait la forme et la grandeur
à l'infini.
4118. — Matières diverses.
Les plus curieux des ouzas que nous possédons
sont réunis sous ce numéro. Plusieurs d'entre eux,
en pâte bleue, se composent de quatre yeux accouplés.
Plusieurs ont le sourcil surmonté d'une
lionne accroupie: il est dit, en effet, au chap. CXXXII
du Livre des Morts, que le lion est l'oeil d'Hor. Les
ouzas de ce type ont généralement l'espace entre la
paupière et le sourcil occupé par une rangée de
trois ouzas plus petits: l'un d'eux en pâte verte
(H. 0m 045) a une figure de Bast à tête de lionne
tracée sur la paupière inférieure. Au centre, s'étale
une paire d'yeux (H. 0m 024), d'où pendent sept
luths emblèmes de toutes les bonnes choses qui
découlent de l'oeil d'Hor. A côté de celui-ci, un oeil
est pourvu d'une aile pendante et d'un bras qui tient

la croix ansée, signe de vie (H. 0m 025). — Ep.
grecque.
Les colonnettes sont l'image exacte du signe
qui veut dire être vert, florissant. On les plaçait au
cou du défunt, et le Livre des Morts ne nous donne
pas moins de deux formules différentes pour les consacrer
(Chap. CLIX et CLX). Régulièrement elles devaient
être en feldspath vert: la couleur répondait
alors au sens du mot. On en a cependant en toute
sorte de substances, bleues, jaunes ou rouges.
4117. — Matières diverses.
Les quatre colonnettes, réunies, sous ce numéro, à
une dizaine d'yeux mystiques, offrent un bon spécimen
de ce genre d'amulette. L'inscription que porte
l'une d'elles (pâte bleue, H. 0m 057), ne renferme
que le nom du défunt: notre musée n'en possède
aucune où soit gravée la formule de consécration
du chapitre CLIX. — Ep. grecque.
J'ai déjà expliqué ailleurs (Vitrine O, no 1591,
p. 130) ce qu'était le chevet pour les Égyptiens. Souvent,
au lieu des chevets réels en bois ou en pierre,
on mettait avec la momie des chevets en miniature,
qui lui rendaient dans l'autre monde le même service
que les autres. Les chevets amulettes sont presque
toujours en hématite, ou en calcaire noirci de
manière à paraître l'hématite, probablement à cause
de la vieille croyance populaire, d'après laquelle la
pierre en question a la vertu de procurer un sommeil
paisible. La plupart des chevets de ce genre

sont enregistrés sous les numéros 4119 et 4121: ils
sont presque tous d'époque grecque et viennent d'Abydos
ou de Saqqarah.

Vitrine AJ.

Autre vitrine remplie de menus objets en verre
de couleur, tous provenant de la trouvaille Vassalli.
4125.
Une série de fragments d'hiéroglyphes ou des figures:
un canard; un amulette en forme de coeur
en verre rouge, bleu, blanc; un collier ayant appartenu
à une figure analogue à celle de la déesse Mâ
décrite plus haute (cfr. Vitrine AH, no 4096, p. 266).
Le plus curieux peut-être des objets compris sous
ce numéro est un pion (cfr. Salle du centre, Armoire
O, no 3182, p. 114), en terre bleue, surmonté
d'un poing fermé. — Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum.
4126 à 4128.
Colonnettes , perles, et fragments d'hiéroglyphes
de même style et de même provenance.
4129.
Collier formé de trente et une perles en cornaline,
alternant avec vingt-neuf pendeloques également en
cornaline ou en terre émaillée imitant cette pierre.
Au centre, un petit vase en cornaline, entre deux
cailloux tachetés, percés et taillés en forme de pierre.
Rien n'est plus fréquent que de trouver dans les
tombes, à toutes les époques, des cailloux de forme
ou de couleur étranges. Je ne sais s'ils servaient
d'ornement ou de fétiche: probablement étaient-ils
les deux à la fois. — Ep. saïte.
4130.
Autre collier formé de sept petits coquillages en
pâte de verre bleue, montés en or et tenus par un
fermoir en terre émaillée verte, serti d'or, qui porte
la légende: Illumination du défunt Psamitik. On
trouve souvent, à Abydos surtout, des coquillages
de l'espèce appelée cauris et qui servent aujourd'hui
de monnaie au centre de l'Afrique. Il faut croire
qu'ils avaient une valeur mystique, car on les imitait
en terres de diverses couleurs: mais je ne sais,
à vrai dire, quelle idée on attachait à les posséder.
Les coquillages qui forment le collier no 4130 ne
sont pas des cauris: on les trouve pourtant en assez
grand nombre dans les tombes pour que je sois porté
à les considérer comme autant d'amulettes. — Ep.
saïte.
4131.
On a réuni sous ce numéro les plus fines de nos
mosaïques en verre. Tout est également remarquable
dans ces petits objets: je signalerai cependant les
deux petites plaques où l'on voit une figure de femme,
dessinée de face, dans l'une sur fond blanc, dans
l'autre sur fond vert d'eau, encadré de rouge. Une
plaque plus curieuse encore représente un boeuf Apis,
à la robe blanche et noire, debout, marchant: le

travail en est si délicat qu'il ne perd rien à être examiné
à la loupe. — Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum.
4132.
A remarquer sous ce numéro, les plaques sur lesquelles
est représenté un singe marchant à quatre
pattes et flairant un fruit posé à terre. — Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum.
Je n'insisterai pas davantage sur les autres menus
objets que contient cette vitrine: ce serait m'obliger
à répéter sans cesse les mêmes descriptions dans les
mêmes termes. Profils humains (no 4139) identiques
à ceux que j'ai signalés plus haut (Vitrine AH, no 4091,
p. 265), poings fermés en pâte bleue (no 4140), petites
lentilles en verre transparent bleu, jaune, vert-olive
(no 4145), perles en verre bleu ou blanc strié de noir
(no 4148), tout prouve une habileté à teindre, à découper,
à modeler le verre, qui a été rarement égalée,
jamais dépassée dans l'antiquité. Ce sont ces babioles
qui nous donnent en réalité le témoignage le plus
convainquant de la puissance industrielle et commerciale
à laquelle était arrivée l'Égypte. S'ils ne se rencontraient
que rarement dans les tombes, on pourrait
croire qu'ils demeuraient le privilège de quelques
personnages plus riches que les autres; mais
le sable des nécropoles en est comme semé, et ce
qui en subsiste encore, après les siècles de pillage,
nous permet d'entrevoir en quelle quantité on les
fabriquait.

Vitrine AK.

4154. — Terre émaillée bleue et verte.
— Long. de 0m 02 à 0m 04.
Dix-huit lièvres d'Égypte à longues oreilles sont
inscrits sous ce numéro. Le lièvre avait pour valeur
phonétique oun, ouon, qui signifie être et ouvrir:
il entrait comme signe essentiel dans le principal des
surnoms d'Osiris, Onnofri, Ounnofri, l'être bon, et
avait fini par être tellement attaché à l'idée de ce
dieu, qu'aux basses époques, on trouve parfois des
Osiris à tête de lièvre. Plusieurs génies avaient la
même forme que cet Osiris: c'étaient les gardiens des
portes de l'enfer, chargés d'ouvrir la voie aux bons,
de la fermer aux méchants. A tous ces titres, le
lièvre figure souvent au nombre des amulettes préservateurs,
soit qu'il fût destiné à rendre les géniesportiers
favorables au mort, soit qu'il rappelât une
des incarnations d'Osiris. — Ep. saïte.
4155. — Terre émaillée bleue et verte.
— Long. de 0m 022 à 0m 055.
Dix-sept truies, fouillant le sol de leur groin: l'une
d'elles (long. 0m 025) a trois porcelets près d'elle. La
truie était une des formes de Thouéris (cfr. Salle
du centre
, no 3963, p. 76), et échangeait en ce rôle
avec l'hippopotame. Elle était consacrée à Typhon,
ainsi que le porc, ce qui ne l'empêchait pas d'être
parfois considérée comme un emblème de fécondité
heureuse et identifiée à Isis; sous le plat du socle,

on trouve assez souvent un souhait ains[illeg.] conçu:
«Qu'lsis donne le bonheur au propriétaire de cette
truie». — Ep. saïte.
4159. — Email bleu. — Long. de 0m 034
à 0m 049.
Les crocodiles étaient consacrés au dieu Sobkou
(cfr. Salle du centre, no 1848, p. 197—199), adoré
de préférence au Fayoum, à Ombos et aux cataractes
d'Eléphantine. Ils étaient aussi les enfants de la
déesse Nit, c'est-à-dire probablement Hor et Sit (cfr.
Salle du centre, Armoire I, no 1712, p. 156), le
plus souvent Sit. Le défunt rencontrait dans l'autre
monde des crocodiles bons et méchants. Le chapitre
XXXII du Livre des Morts lui fournissait une conjuration
pour repousser l'attaque des crocodiles de
Sit, et le chapitre LXXXVIII les moyens de prendre
la forme du crocodile pour traverser les flots de
l'Océan divin. Dans la légende osirienne, un crocodile
avait porté jusqu'au temple de Philae la momie
d'Osiris, et Osiris lui-même était parfois identifié au
double crocodile. Le crocodile était donc un des amulettes
les plus nécessaires au mort: il le défendait
contre les semblables d'espèce infernale et lui assurait
la protection d'Osiris et de Nit. — Ep. grecque.
4160. — Email vert et bleu. — Long. de
0m 016 à 0m 024.
Cinq porc-épics. Il est difficile de dire à quoi servait
cet amulette: on ne connaît jusqu' à présent aucun
dieu à qui le porc-épic ait été consacré. Les

artistes égyptiens ont affecté de lui donner souvent
le galbe et l'aspect général d'un scarabée: je suis
tenté de reconnaître en lui une variante du scarabée
ordinaire et pour le sens et pour la forme, mais
c'est là une conjecture qu'aucun texte n'appuie jusqu' à
présent. — Ep. saïte.
4161. — Email bleu. — Long. 0m 032.
Un boeuf couché, les quatre pattes liées en un seul
faisceau, la tête coupée: c'est la victime après le
sacrifice. La religion admettait qu'on remplaçât dans
le culte des morts l'offrande réelle par l'offrande simulée.
L'amulette 4161 est une offrande fictive: il
assurait au mort sur qui on le plaçait la propriété
éternelle de boeufs immolés dans l'autre vie. — Ep.
saïte.
4163. — Terre émaillée verte. — Long.
0m 07.
Eléphant: les pattes et la trompe sont brisées.
Les figures d'éléphant sont fort rares, et celle-ci
était unique au musée, jusqu'au moment où j'ai découvert,
à Coptos, l'éléphant en terre cuite exposé
dans l'une des armoires de la Salle Grecque. Encore
ce dernier est-il de travail hellénique, tandis
que le no 4163 est de travail purement égyptien.
L'éléphant servait de toute antiquité à écrire le nom
de l'île d'Abou (Eléphantine), au débouché de la première
cataracte, mais aucun texte ne nous a fait
connaître jusqu' à présent qu'il eût un rôle dans les
traditions religieuses de l'Égypte. Peut-être le no 4163

n'est-il qu'une offrande fictive comme le no 4161:
on l'aurait déposé dans la tombe, afin d'assurer au
défunt la provision d'ivoire dont il avait besoin pour
son mobilier. — Ep. saïte.
4166. — Email bleu. — H. moy. de 0m 019
à 0m 044.
Formes diverses du génie Nahbkoou (cfr. Salle du
centre, Armoire I
, no 1715, p. 157): à plusieurs reprises,
il est représenté mangeant un objet rond qui
ressemble à une pomme. — Ep. saïto-grecque.
4169. — Terre bleue. — Long. 0m 042.
Imitation de coquillage, percé sur le dos (cfr.
no 4130, p. 271). — Ep. saïte.
4173. — Terre émaillée verte. — Long.
0m 05.
Singe couché, le coude sur un coussin (cfr. Salle
du centre, Armoire D
, no 2225, p. 175). — Ep. saïte.
4176. — Terre émaillée bleue. — Long.
0m 019 à 0m 028.
Dix boeufs Apis marchant (cfr. Salle du centre,
Armoire B
, no 2450, p. 178). — Ep. saïte.

Vitrine AL.

Collection de bagues et d'emblèmes: plumes (no 4180) d'Ammon, coiffures rouges (no 4181) et

blanches (no 4182) en terre émaillée bleue (cfr.
nos 4027, p. 258, et 4032, p. 259), paumes de main
dont je ne connais pas la signification (no 4196), yeux
mystiques (no 4208, cfr. p. 267). Toutes les petites
pendeloques en émail bleu, réunies sous le no 4182,
ont été recueillies à Saqqarah, et forment une collection
complète d'amulettes funéraires: Le cartouche
Ousirmarî-sotpenrî de Ramsès II, nous permet de les
faire remonter jusque vers la XIXe dynastie.
4185. — Terre bleue. — H. moy. de 0m 01
à 0m 02.
Huit petits naos découpés, avec une déesse dans la
niche, généralement la déesse Sokhit à tête de lion
(cfr. Cour, no 6006, p. 8). C'étaient de petits amulettes
protecteurs qu'on portait au cou, comme on
fait aujourd'hui les médailles bénies. D'autres naos
du même genre sont exposés sous le no 4192: dans
l'un d'eux, les deux formes de la déesse féline, Sokhit
et Bast, sont assises à côté l'une de l'autre. — Ep.
saïte.
4186. — Pâtes de verre. — H. moy. de
0m 28 à 0m 045.
Groupe de raisin noir et pommes de pin en pâte
violette: offrandes fictives du genre des nos 4161
(p. 275), 4194 (p. 278), 4204 (p. 279), etc. — Ep.
grecque.
La collection des bagues (cfr. Salle du centre,
Vitrine H
, p. 85—86, les bagues en or) est assez
complète, et renferme presque tous les modèles employés
par les Égyptiens. Tantôt le châton fait corps

avec l'anneau, tanôt il en est séparé et tourne sur
pivot: ainsi au no 4189, où le châton est un scarabée
en bronze au nom d'un prêtre d'Ammon-Râ.
Toutes les matières sont employées presque indifféremment,
l'or, l'argent (no 4199), le bronze (no 4190),
la cornaline (no 4189), surtout les terres émaillées
bleues et vertes (nos 4188, 4200, 4205, 4206, etc.):
on y trouve même quelques exemples d'or et d'argent
fourrés (no 4199). Les cérémonies de l'embaumement
exigeaient, qu'au moment d'envelopper la main,
on lui passât au doigt un anneau d'or, appelé l'anneau
de justification
: muni de cet anneau, le mort
avait désormais la voix juste (cfr. Salle du centre,
no 3967, p. 189) et retenait toutes les prières dont
il avait besoin. Pour que le charme opérât, il fallait
laisser l'anneau au doigt; mais l'or coûtait cher. La
cérémonie terminée, on retirait l'anneau d'or qu'on
remplaçait par un anneau en bronze doré et surtout
par un anneau en émail. De là, le nombre vraiment
prodigieux d'anneaux en terre émaillée qu'on trouve
dans les musées.
4193. — Or. — H. moy. 0m 032.
Petites feuilles d'or aux cartouches des Simontou
Siamoun et Noutikhopirrî-sotpenamoun (cfr. Salle du
centre, Vitrine P
, no 3778, p. 93) de la dynastie
Tanite. — XXIe dyn.
4194. — Terre émaillée.
Un taureau lié pour le sacrifice, une tête de veau,
deux cuisses de boeuf: offrandes fictives du genre
de celles qui sont exposées sous le no 4161 (p. 275).
— Ep. grecque.
4195. — Cornaline.
Vingt-neuf serpents coupés par le milieu; la plupart
se terminent par une béliére qui servait à les
suspendre au cou de la personne. Ils étaient destinés
à protéger les vivants et les morts contre la
piqûre des serpents et des scorpions (cfr. Salle du
centre
, no 1841, p. 141). — Ep. saïto-grecque.
4204. — Email vert. — Long. 0m 03 à
0m 042.
Trois boeufs égorgés ou décapités (cfr. p. 278,
no 4194, et p. 275, no 4161). — Ep. grecque.

Vitrine AM.

4212. — Pierres diverses. — H. moy. de
0m 018 à 0m 034.
Petits vases en forme de coeur, avec deux anses
en forme d'oreillettes (cfr. Salle du centre, Armoire V,
no 3080, p. 118, et Vitrine P, no 3925, p. 98; Salle
funéraire, Vitrine AR
, no 4551). — Ep. grecque.
4213. — Cornaline. — H. 0m 035.
Vase en forme de coeur, mais sans oreillettes. —
Ep. saïte.
4214. — Email rouge et cornaline.
H. moy. de 0m 04 à 0m 055.
Boucle de ceinture , nommée Ti en égyptien.

Elle porte quelquefois la formule qui servait à le
consacrer et qui forme le chapitre CLVI du Livre
des Morts
: « Le sang d'Isis, la vertu magique d'Isis,
est un talisman qui protège le Grand (Osiris) et
brise ce qui lui déplaît. » L'objet devait être fabriqué
en cornaline ou en coeur de sycomore, frotté d'essence,
puis placé au cou du défunt. Lorsque l'opération
était faite selon les règles, elle mettait le mort
sous la protection d'Horsiisi: « aucune route lui était
fermée qu'il se dirigeât vers le ciel, qu'il se dirigeât
vers la terre.» Si le mort avait pris soin d'apprendre
la formule par coeur (cfr. p. 197), « il était
mis au nombre des serviteurs d'Osiris: toutes les
portes de l'enfer s'ouvrent devant lui, on lui donne
le blé et l'orge dans les champs d'Aïlou, et « il est
semblable aux dieux qui y sont » disent les Serviteurs
d'Hor qui y moissonnent. » — Ep. saïte.
4222. — Terre émaillée bleue et violette.
— H. 0m 021.
Huit plaques, portant chacune un Tat entre deux
boucles : elles étaient cousues en forme de collier
sur les bandelettes qui couvraient la poitrine de
la momie.
4223. — Terre émaillée bleue et verte.
— H. moy. 0m 017 de 0m 097.
Divers amulettes de forme un peu rare: un double
Tat (H. 0m 025); un Tat surmonté du diadème
Atef (H. 0m 088); un autre Tat entre Isis et Nephthys

debout, emblème d'Osiris entre ses deux soeurs
(H. 0m 097); de doubles boucles de ceinture (H. 0m 034
et 0m 035). La double boucle de ceinture n'a
pas, comme amulette, la même valeur que la boucle
simple: c'est un substitut pour les Répondants, et
qui porte gravé, comme eux, le chapitre V du Livre
des Morts
(cfr. p. 132). — Ep. saïte.
4229. — Or et émail vert. — H. 0m 17
et 0m 027.
Coeur en or, collé sur un Tat en émail vert. Ils
ont été trouvés chacun séparément; la disposition
actuelle est due à Mariette. — Ep. saïte.
4231. — Terre émaillée.
A côté de quatre plaques portant le signe de la
stabilité entre ceux de la vie et de la force (cfr. no 4222, p. 280), huit amulettes en terre violette
(H. 0m 024, larg. 0m 014) qui représentent, je
crois, les sacs à grains que portaient les Répondants
(cfr. p. 133). — Ep. saïte.

Vitrine AF.

4232. — Matières diverses.
Neuf cartouches en lapis-lazuli, les uns surmontés
de plumes, les autres sans plumes, et sept fuseaux
symboles de la déesse Nit (cfr. Salle du centre,

Armoire I, no 1712, p. 156). Les Égyptiens, comme
tous les peuples anciens, attachaient une grande importance
au nom: ils lui donnaient une sorte d'individualité
qui en faisait presque un être indépendant
de la personne qui le portait, et ne concevaient ni
qu'un objet ou un animal existât sans avoir un nom,
ni qu'un nom pût périr une fois qu'il avait existé.
Un mort sans nom aurait été pour eux un monstre,
au même titre que chez nous un homme sans ombre.
De là, le soin qu'on prenait de graver partout le
nom d'un mort, et la prière qu'on adressait aux
passants de le répéter à haute voix avec la formule
ordinaire des offrandes (cfr. p. 35—36). De là aussi,
les précautions avec lesquelles on dissimulait au
commun des mortels certains noms des dieux ou
des hommes: celui qui connaissait le véritable nom
devenait par là-même le maître du dieu. On mettait
donc un cartouche, symbole du nom, sur le mort,
pour que le mort ne perdît pas son nom; on n'inscrivait
rien dans le cartouche, de peur qu'un mauvais
esprit ou un homme malveillant s'emparât du
nom et s'en servît pour nuire au mort ou pour le
dominer. Presque tous les cartouches-amulettes que
je connais sont en lapis-lazuli. — Ep. saïte.
4233. — Matières diverses. — L. moy.
de 0m 009 à 0m 018.
Quinze cachets cubiques en émail, en calcaire
noirci, en feldspath, en lapis-lazuli. Je n'en connais
point l'usage. — Ep. saïte.
4234. — Terre émaillée bleue. — H.
0m 037; larg. 0m 034.
Pièce fort rare. Elle représente les deux bras levés
, image du Ka ou double (cfr. p. 35 et suiv., p. 201),
placés sur le support d'honneur : le tout représente
l'âme d'abord, puis, par calembourg sur un
second sens du mot ka, les provisions qu'on donnait
au mort. — Ep. saïte.
4235. — Terre émaillée verte. — H.
0m 02; larg. 0m 023.
Barque portant le disque solaire sur une fleur de
lotus (cfr. Vitrine AG, no 4040, p. 261). — Ep. saïte.
4237. — Matières diverses. — H. moy.
0m 013 à 0m 019.
Douze disques solaires sur un petit support, .
— Ep. saïte.
4239. — Diorite (?). — H. moy. 0m 027 à
0m 039.
Quinze amulettes en forme de coupon d'étoffe .
C'est l'image des habits dont le mort se servait dans
l'autre monde: la présence de l'amulette sur la
momie lui assurait la possession réelle de l'étoffe
ainsi représentée. — Ep. saïte.
4241. — Cornaline. — Long. moy. 0m 038
et 0m 064.
Têtes de serpent analogues aux têtes exposées sous
le no 4195 (Vitrine AL, p. 279). Plusieurs d'entre
elles portent le nom du possesseur et une courte
formule. On lit par exemple, sur celle du prêtre
Boki (H. 0m 055): « Puisse celle qui est au front du
dieu (l'uraeus) apporter au mort l'ouza (cfr. Vitrine
Al
, p. 267) en bonne santé! » — Ep. saïte.
4244. — Matières diverses. — H. moy. de
0m 024 à 0m 038.
Quatre luths et douze Sam (variante ). Le
luth noufir, nofri, est l'hiéroglyphe du beau et du
bon; le sam marque la réunion, soit celle du corps
à l'âme (cfr. Salle du centrc, Armoire O, no 1621,
p. 130), soit celle du corps à la terre, sam-to, c'est-à-dire
l'ensevelissement. — Ep. saïte.
4245—4246. — Matières diverses.
Je ne sais quel sens on attachait en Égypte aux
équerres et au fil à plomb du maçon . Il
semble que ce dernier exprimât l'état d'équilibre
(ouza) où se trouve la lune en son plein, et, par
suite, la perfection de l'âme en possession de tous
ses amulettes: c'est là toutefois une simple hypothèse,
dont je n'ai trouvé la justification sur aucun
monument. — Ep. saïte.
4247. — Matières diverses.
Quatorze boeufs, liés pour le sacrifice (cfr.

Vitrine AK, no 4161, p. 275, et Vitrine AL, no 4194,
p. 278). — Ep. saïte.
4249. — Terre émaillée rouge. — Long.
moy. 0m 012.
Onze disques solaires posés sur la montagne .
C'est le symbole de l'horizon où se levait et se couchait
le soleil; c'est aussi le symbole d'Harmakhouti,
le dieu Hor dans les deux horizons, celui du matin
et celui du soir. L'âme qui possédait cet amulette
suivait le soleil dans sa course et se levait le matin
avec lui, à l'Orient, pour se coucher le soir avec
lui, à l'Occident. — Ep. saïte.

Armoire Z.

Fragments de statues, vases et moules de diverses
matières.
La plupart des statues n'offrent rien de remarquable,
soit pour l'histoire proprement dite, soit pour
l'histoire de l'art. Je signalerai pourtant:
4847. — Grès rose. — H. 0m 18.
Tête provenant d'une statue d'Ammon. — Ep.
saïte.
4873. — Granit gris. — H. 0m 105. — (Mariette,
Abydos, t. III, p. 37, no 363.)
Statuette de Khonit. Il est accroupi à l'orientale,
les mains allongées sur les genoux, mais la paume
tournée en dehors, ce qui n'est pas commun. Il est
vêtu de la longue robe nouée sous les seins. — XIIIe
dyn.
4874. — Granit noir. — H. 0m 26. — (Mariette,
Abydos, t. III, p. 38, no 367.)
Statue du supérieur du temple (d'Abydos) Ousirta-sen-sonbouf.
Il est assis sur un fauteuil et coiffé d'une
large perruque, telle qu'on les portait pendant la durée
du Moyen empire. — XIIIe dyn.
4875. — Granit gris. — H. 0m 40. — (Mariette,
Abydos, t. III, p. 40, no 372.)
Le second prophète d'Anhouri, scribe des greniers,
majordome et directeur des champs appartenants à
tous les dieux (d'Abydos), Penanhouri, est agenouillé
et tient devant lui, à deux mains, un pilier surmonté
d'une tête de bélier, emblème d'Ammon ou
de Khnoum. Il vivait au milieu de la XVIIIe dynastie,
comme le prouve le cartouche d'Amenhotpou
II gravé sur son épaule. — XVIIIe dyn.
4884. — Grès rouge. — H. 0m 21. — (Mariette,
Abydos, t. III, p. 28, no 366.)
Le scribe Sobkoïr, accroupi sur les talons, et vêtu
de la longue robe qui laisse la poitrine à découvert.
La perruque est teinte en noir, les hiéroglyphes sont
verts. — XIIIe dyn.
4920. Calcaire. — H. 0m 28.
Buste de roi analogue aux modèles exposés dans
la Salle du centre (Armoires R et Q, p. 100—102).
Il repose sur une sorte de plinthe étroite, qui lui
donne l'aspect d'un buste moderne. — Ep. saïte.
Les vases en albâtre ou en terre cuite ne sont
pas de nature à attirer l'attention pendant longtemps.
J'excepterai pourtant les objets suivants:
4846. — Terre cuite. — H. 0m 40; diam.
0m 35. — (Mariette, Abydos, t. III, no 1429,
p. 555.)
Petit naos trouvé dans le sable, à Abydos: sur
un des côtés, une porte quadrangulaire, avec corniche
surmontée d'une rangée d'uraeus. D'un montant
de la porte à l'autre s'étendent des tableaux qui
font le tour, à l'extérieur de l'édicule. Ils représentent
Osiris recevant l'hommage d'une famille d'Abydos.
— XXe dyn.
4919. — Terre cuite. — H. 0m 62.
Grande amphore pointue, à deux oreilles, rappelant
les amphores classiques. Sur la panse, à l'encre
noire et en hiératique, la date de L'an XXIII, sans
indication de règne, et la mention: Vin de transport.
Cette amphore paraît venir du Ramesséum
thébain, où étaient de grands dépôts de vins employés
au service du temple. La date se rapporte
probablement à l'un des Ramessides de la XXe dynastie.
Thèbes.
La belle collection de moules, la plus riche que
je connaisse, se compose de deux séries. La plus
nombreuse comprend une grande quantité de moules
en terre cuite, destinés à produire de menus amulettes.
Ils ont été trouvés à Saqqarah, et ne paraissent
pas avoir été fabriqués à l'ébauchoir et au

poinçon: un objet fabriqué à la main et servant de
modèle a été enfoncé dans la terre molle et l'image
ainsi obtenue a été cuite au four. Pour faciliter l'examen
aux visiteurs pressés, on a placé, à côté de
chaque moule antique, une empreinte en plâtre teinté.
Les objets représentés sont des plus variés, colliers
monâit (no 4851), dieux grotesques sur les crocodiles
(no 4852, cfr. Salle du centre, Armoire G,
no 1902, p. 166), des égides (nos 4856, 4865), des scarabées
(no 4869), des yeux mystiques (no 4857), des
chats (no 4871), des dieux Bîs (no 4860), des Isis
(nos 4861, 4863), même des statuettes funéraires avec
leur inscription complète. Tous ces moules sont simples:
les pièces qu'on y jetait n'avaient qu'une face
en relief, le dos était égalisé d'un coup de racloir
et ne recevait aucune empreinte. Je ne suis pas bien
certain du reste que ces moules aient eu un usage
industriel: j'en ai trouvé quelques-uns dans les tombeaux,
ce qui semblerait leur assurer une valeur
votive. Peut-être, en mettant les moules près de la
momie, pensait-on procurer au mort les moyens de
se fabriquer eux-mêmes des amulettes, quand ceux
qu'on leur avait prodigués étaient ou volés ou bien
usés. Cela expliquerait le genre des figures et la
simplicité du procédé employé: le mort, n'étant pas
d'ordinaire un potier de profession, aurait été assez
embarrassé de manier les moules compliqués dont on
faisait usage dans l'industrie.
L'autre série comprend des moules'en calcaire ou
en albâtre. Le type est celui du Bonou , sorte
de demoiselle de Numidie, consacrée à Osiris, et qui

suggéra plus tard aux Grecs la légende du Phénix
égyptien (Calcaire, nos 4848, 4917, 4918, etc. Albâtre,
nos 4872, 4919): l'un d'eux a encore les deux pièces
dont la réunion servait à fabriquer l'oiseau complet
(no 4849). Je ne pense pas que ce fût toujours de
la terre qu'on coulait dans les creux de cette série.
Certains indices me porteraient à penser que c'étaient
plutôt des moules à pâtisserie: le choix du Bonou
comme forme de certains gâteaux d'offrande se rattacherait
alors aux idées de renaissance qu'exprimait
cet oiseau. Je ne donne cette explication qu'à titre
d'hypothèse: le seul fait certain, c'est qu'on n'a pas
encore trouvé jusqu'à présent de Bonou en pâtes de
verre ou en terre émaillée, dont la taille répondît,
même de loin, aux dimensions qu'auraient eu des
amulettes fabriqués avec ces moules.
4876. — Terre cuite. — Long. moy. 0m 05.
Modèles votifs d'outils portant à l'encre noire le
nom du scribe Nib: on y remarque des haches, des
pioches, des vases, grossièrement ébauchés. C'étaient
les équivalents bon marché des objets réels qu'on
avait l'habitude de placer dans le tombeau. — XXe
dyn.

Cage AA.

La plupart des objets qu'elle renferme ne sont
que des doubles d'objets déjà décrits ailleurs: les
étuis à poudre d'antimoine (nos 4730, 4732, 4734,
4735, 4775, 4781, 4782, 4828, 4829) dans la Salle
du centre, Armoire V
(nos 3063—3069, p. 117); les
palettes de scribe (nos 4739, 4792—4794) et les

godets à broyer les couleurs (nos 4795—4797) dans la
Salle du centre, Armoire V (no 3090, p. 119) et Armoire
X
(no 2929, p. 120), etc. Un assez petit nombre
de monuments exigent une explication nouvelle:
4728. — Long. moy. 0m 17.
Trois pierres à aiguiser les couteaux.
4733. — Ivoire. — Long. 0m 16.
Deux mains provenant d'encensoirs (Salle du centre,
Armoire X
, no 2993, p. 125).
4737. — Bois. — H. 0m 24; larg. 0m 08.
Peigne double, évidé au milieu: d'un côté, les
grosses dents, de l'autre, les dents fines. Notre collection
de peignes est assez complète et nous donne
de bons spécimens de toutes les formes qu'employaient
les Égyptiens. Le no 4738 (Bois, H. 0m 25;
larg. 0m 06) ne diffère du no 4737 que par l'ornementation:
il porte un lion découpé à jour. Le
no 4740 (Bois, long. 0m 07) nous rend le peigne
simple, dont la forme est reproduite avec quelques
variantes insignifiantes par les nos 4746 (Bois, H.
0m 06; long. 0m 05), 4749 (Os, H. 0m 05; long.
0m 09), 4751 (Bois, H. moy. 0m 04; larg. moy. 0m 08),
4752 (Bois, H. et long. 0m 07). Les peignes doubles
analogues aux nôtres sont inscrits sous les nos 4743
(Bois, H. 0m 09; long. 0m 12), et 4752 (Bois, H.
0m 075; long. 0m 14). Presque tous ont été trouvés
à Saqqarah et sont d'époque grecque.
4741. — Bronze. — Long. 0m 12.
Lame de couteau ou de rasoir en bronze. — Ep.
grecque.
4744. — Bronze. — Long. moy. 0m 12;
épaisseur moy. 0m 002.
Sept stylets à passer la poudre d'antimoine dans
les paupiéres (cfr. Salle du centre, Armoire