Title: Catalogue Raisonné Des Monuments Exposés Dans Le Musée National De L'Art Arabe [Electronic Edition]

Author: Bey, Max Herz
Statement of responsibility:
Creation of machine-readable version: TechBooks,
Creation of digital images: Electronic Resources Center, Fondren Library, Rice University,
Conversion to TEI.2-conformant markup: TechBooks,
Parsing and proofing: Electronic Resources Center, Fondren Library, Rice University,
Distributor: Rice University
Funding from: Funding for the creation of this electronic text provided by the Institute for Museum and Library Services (IMLS), Fondren Library, and the Enriching Rice through Information Technology (ERIT) program sponsored by the Computer and Information Technology Institute (CITI), Rice University.
File size or extent: ca. 784 KiloBytes
Publisher: Rice University
Place of publication: Houston, Tx
Publication date: 2006
Identifier: TIMEA, MusAr1906
Availability: Publicly available via the Travelers in the Middle East Archive (TIMEA) through the following Creative Commons attribution license: "You are free: to copy, distribute, display, and perform the work; to make derivative works; to make commercial use of the work. Under the following conditions: By Attribution. You must give the original author credit. For any reuse or distribution, you must make clear to others the license terms of this work. Any of these conditions can be waived if you get permission from the copyright holder. Your fair use and other rights are in no way affected by the above." (Status: unknown)
Part of a series: This text is part of the Travelers in the Middle East Archive (TIMEA), funded by the Institute for Museum and Library Services (IMLS), Fondren Library, and the Enriching Rice through Information Technology (ERIT) program sponsored by the Computer and Information Technology Institute (CITI), Rice University.
Notes:
Note: Illustrations have been included from the print version.
Source(s):

Title: Catalogue Raisonné Des Monuments Exposés Dans Le Musée National de l'Art Arabe Précédé d'Un Aperçu De l'Histoire De l'Architecture Et Des Arts Industriels En Égypte

Author: Max Herz Bey
Second Edition
File size or extent: lxxii, 351 p. illus. 17 cm.
Publisher: Imprimerie de l'Institut français d'archéologie orientale
Place of publication: Le Caire
Publication date: 1906
Identifier: From the collection of Dr. Paula Sanders, Rice University.
Description of the project: This electronic text is part of the Travelers in the Middle East Archive (TIMEA), developed by Rice University.
Editorial practices
The text has been encoded using the recommendations for Level 4 of the TEI in Libraries Guidelines. All electronic texts have been spell-checked and verified against printed text. Quotation marks have been retained. Original grammar, punctuation, and spelling have been preserved. No corrections or normalizations have been made, except that hyphenated, non-compound words that appear at the end of lines have been closed up to facilitate searching and retrieval. Footnotes have been moved to the end of the paragraph in which they are referenced. Images exist as archived TIFF images, one or more JPEG versions for general use, and thumbnail GIFs.
Classification system(s)
Taxonomy LCSH Library of Congress Subject Headings
Origin/composition of the text: 1906
Languages used in the text:
  • French (fre)
Text classification
Keywords: (Library of Congress Subject Headings)( Library of Congress Subject Headings )
  • Art -- Egypt -- Cairo -- Catalogs
  • Art, Islamic
Revision/change: August 2007
Statement of responsibility: LMS
ed.
Spellchecked, corrected tagging errors, verified and enhanced metadata. Auto-encoded place names against NIMA names database.

Catalogue Raisonné Des Monuments Exposés Dans Le Musée National De L'Art Arabe [Electronic Edition]


Contents





TOUS DROITS RÉSERVÉS



GOUVERNEMENT ÉGYPTIEN
COMITÉ DE CONSERVATION DES MONUMENTS DE L'ART ARABE

CATALOGUE RAISONNÉ
DES MONUMENTS EXPOSÉS DANS
LE MUSÉE NATIONAL
DE L'ART ARABE

PRÉCÉDÉ D'UN APERÇU DE L'HISTOIRE DE L'ARCHITECTURE
ET DES ARTS INDUSTRIELS EN ÉGYPTE

PAR
MAX HERZ BEY

ARCHITECTE EN CHEF DU COMITÉ DE CONSERVATION DES MONUMENTS DE L'ART ARABE,
CONSERVATION DE MUSÉE
DEUXIÈME ÉDITION
LE CAIRE
IMPRIMERIE DE L'INSTITUT FRANÇAIS
D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 1906



A
SON ALTESSE ABBAS II
KHÉDIVE D'ÉGYPTE
AVEC SA HAUTE AUTORISATION
CET OUVRAGE
EST RESPECTUEUSEMENT
DÉDIÉ


PRÉFACE.

Le Musée national de l'art arabe est une institution
récente. Tandis que la littérature arabe était déjà
au Xvie siècle l'objet d'études assidues en Occident, il
n'en était pas de même de l'art, qui, en décadence dès
cette époque, notamment en Égypte, n'était pas même
connu en Europe, si ce n'est, dans une certaine mesure,
l'art mauresque. Plus tard, quand l'intérêt commença à
s'éveiller sur cette question, ce ne fut que d'une manière
toute superficielle, ainsi qu'en font foi les reproductions
fantaisistes de monuments qui accompagnent ordinairement
les ouvrages sur l'Orient.
Les événements politiques qui marquèrent le commencement
du Xixe siècle, en créant des relations
permanentes entre l'Orient et l'Occident permirent aux
voyageurs de s'initier à l'art musulman. Mais celui-ci
fut loin, tout d'abord, d'être apprécié à sa juste valeur.
Ce n'est guère qu'en ces dernières années qu'on lui
a accordé l'attention qu'il mérite et qu'il a commencé
à trouver place dans les collections publiques et
privées. Il est curieux de noter que cette tendance

nouvelle coïncide avec l'invasion en Égypte des produits
et des idées de l'Occident, qui cependant n'ont pas le
moindre rapport avec les conditions matérielles et morales du pays.
Au commencement de cette espèce de renaissance, un
grand nombre d'édifices, débris de l'ancienne splendeur,
firent place à des constructions d'un art bâtard et sans
caractère. Les amateurs d'antiquités ne se firent pas
faute de glaner dans ces ruines précieuses. La spéculation
même ne tarda pas à s'en mêler: maisons,
palais, mosquées furent mis au pillage; tout ce qui
portait le cachet d'un joli style, d'une belle création,
quelle qu'en fût la provenance, ne tarda pas à prendre
le chemin de l'Europe. Il était grand temps que l'on
organisât le sauvetage des derniers vestiges qui pouvaient
encore attester le haut degré de développement
artistique atteint par la civilisation arabe en Égypte.
Ce fut en 1869 que S. A. le Khédive Ismaïl
décida, sur la proposition de l'architecte Salzmann, la
création d'un Musée arabe. Il chargea S. E. Franz
pacha, alors chef du bureau technique de l'Administration
des Wakfs, d'approprier à cet effet un bâtiment
de l'État. On ne donna malheureusement pas suite à
cette sage décision, le local désigné ayant reçu une
autre destination. Ce ne fut que onze ans plus tard que

ce projet fut repris et en partie exécuté, en vertu d'un
ordre de S. A. le Khédive Tewfik, invitant l'Administration
des Wakfs à réunir dans un local spécial tous les
objets artistiques d'une réelle valeur recueillis dans les
anciennes mosquées.
S. E. Franz pacha fut de nouveau chargé de
l'organisation du Musée; il s'acquitta de cette mission
avec autant de zèle que d'intelligence.
Tout ce qui avait survécu aux injures du temps ou
échappé aux mains avides des collectionneurs, fut
dégagé du sein des décombres accumulés depuis des
siècles. Les arcades formant le liouân est de la
mosquée d'el-Hâkim, servirent de premier asile aux
fragments et aux diverses pièces que l'on recueillait
activement de tous côtés.
Toutefois le Musée ne prit un développement réel
qu'en 1881, lorsqu'un décret khédivial eut institué le

Comité de conservation des monuments de l'art
arabe, dont l'article 4 définissait ainsi les attributions:
"Le Comité portera son attention sur toutes les
trouvailles qui pourraient avoir de l'intérêt pour l'art
arabe."
La surveillance du Musée se trouvait par là
dévolue au Comité, dont l'actif concours n'a, du reste,
jamais fait défaut à cette institution.

x

S. E. Yacoub Artin pacha, et feu Rogers bey, avec
le concours de MM. Grand bey et feu Baudry, ont été
pour S.E. Franz pacha de précieux collaborateurs dans
la classification des collections du Musée. Les deux
premiers surtout, grâce à leurs connaissances spéciales,
ont apporté un réel talent dans l'interprétation
des inscriptions, dont beaucoup étaient fort difficiles à
déchiffrer
(1).
Par suite de l'augmentation continuelle des collections,
le Comité reconnut bientôt la nécessité d'abriter
les objets dont s'enrichissait journellement le Musée et
pour lesquels il n'avait plus de place sous les arcades
du liouân. Il demanda, en conséquence, à la Direction
des Wakfs un local plus vaste et mieux approprié. La
Direction des Wakfs accéda à cette demande et désigna
une construction bâtie en 1883, dans la cour même
de la mosquée d'el-Hâkim. Mais ce local lui-même
était insuffisant; une grande partie des collections
avait dù être entassée pêle-mêle, faute d'espace, et
un nombre considérable de pierres funéraires dont les

(1) Nous avons pris ces renseignements dans un rapport
rédigé par S. E. Franz pacha, ainsi que dans quelques
notes que nous a gracieusement communiquées S. E.
Artin pacha.

inscriptions présentent un incontestable intérêt n'avaient
pu être convenablement exposées.
Le Comité convaincu de l'importance du Musée au
double point de vue de la science et du développement
des arts industriels, qui peuventy trouver des modèles,
a cru devoir appeler l'attention du Gouvernement de
Son Altesse sur la nécessité d'installer les collections
dans un local plus convenable. Cette demande a
heureusement reçu le meilleur accueil.
Depuis le 28 décembre 1903, les collections s'étalent
dans le nouveau Musée inauguré à cette date, par
S. A. le Khédive. La libéralité du Gouvernement en a
assuré l'extension par un crédit permanent qui permet
aussi de rétribuer un personnel à la hauteur des
nouvelles exigences.
Depuis 1887, c'est-à-dire depuis que S. E. Franz
pacha s'est retiré du service actif de l'Administration
des Wakfs, le Musée est resté sans directeur effectif et
a été privé, par conséquent, de surveillance directe. Il
en est résulté un grand relâchement dans l'entretien
des collections, et c'est à la suite de nombreuses
plaintes soulevées à ce sujet, que le Comité, dans sa
séance du 20 avril 1892, m'a fait l'honneur de me

charger de la surveillance et de la gestion du Musée.
Mon premier soin fut de reviser l'inventaire et de
procéder à un numérotage rigoureux des objets.
Estimant alors que le public pouvait tirer profit de
cette nouvelle classification, je dressai à son usage un
catalogue sommaire qui ne fut pas imprimé, mais dont
le manuscrit fut déposé dans les galeries à la disposition
des visiteurs.
Ceux–ci devenant plus nombreux d'année en année,
j'ai pensé qu'il serait utile de dresser un nouveau
catalogue plus développé, c'est–à–dire ne se bornant
pas à la simple énumération des objets exposés, mais
donnant les indications techniques et historiques qui
s'y rattachent. De la sorte, ils pourront embrasser
d'un coup d'œil toutes les phases par lesquelles ont
passé les diverses branches des arts industriels représentés
au Musée(1). Pour cette tâche quelque peu aride,
j'ai dû recourir, en ce qui concerne la provenance des
objets, à l'inventaire dressé jadis par S. E. Franz pacha.
(1)
En 1895 a paru au Caire le Catalogue sommaire
des monuments exposés dans le Musée national de l'art
arabe
, par Max Herz.
Ce catalogue a été traduit en anglais. Catalogue of the
National Museum of Arab art,
by Max Herz Bey, edited by
Stanley Lane–Poole, London.

xiii

Dans l'exécution de ce travail, j'ai veillé avec le
plus grand soin à ce que les inscriptions fussent
relevées avec exactitude. Je tiens à signaler ici, à ce
sujet, l'intelligent concours que m'a obligeamment prêté
Youssef effendi Ahmed, dessinateur au bureau du
Comité. Le Musée, tel qu'il est actuellement composé,
n'offre pas encore un ensemble complet de toutes les
branches de l'art arabe appliqué à l'industrie; les
armes et les armures, par exemple, y font complètement
défaut; l'industrie textile y est à peine représentée; les
ouvrages en cuir ne le sont que par les reliures. Mais,
ainsi que nous l'avons déjà dit, il n'en est encore qu'à
ses débuts et il a un bel avenir devant lui.
Il va sans dire que le nouveau local plus vaste et
mieux approprié que les précédents, a facilité le classement
rationnel des monuments. Voici l'ordre qui a
été suivi à ce propos:
Les trois premières salles ont été consacrées aux
pierres et aux plâtres. Dans la première, sont exposés
les monuments avec inscriptions; dans la deuxième
ceux qui ont trait surtout à l'ornementation, et les pièces
d'architecture; dans la troisième enfin, se trouvent les
mosaïques et les plâtres.
Les quatre salles suivantes et le corridor sont réservés
aux boiseries. Le même classement a été maintenu

pour celles–ci, c'est–à–dire que la quatrième salle contient
les objets qui sont intéressants surtout au point de
vue épigraphique et la sixième ceux qui permettent
d'étudier le développement de l'ornementation. Dans la
septième salle et dans le corridor enfin, sont exposés
des vantaux de portes, des plafonds et des meubles.
On a toujours tenu compte de l'ordre chronologique
dans cette disposition, ce qui permettra de suivre le
développement progressif de l'art pour chaque groupe
de monuments.
En avançant, on trouve les métaux dans les huitième
et neuvième salles, et les faïences dans la dixième salle
et dans la onzième. Finalement, on arrive par un corridor,
abritant le coin d'une chambre de Rosette et
quelques moulages, dans les dernières salles où l'on
trouve les étoffes, des reliures et la belle collection des
lampes en verre émaillé.
Nous avons profité de la réédition de ce catalogue
pour compléter, autant que possible, les notices sur la
partie industrielle de l'art musulman. Une attention
spéciale a été accordée aux inscriptions qui ont été
soigneusement vérifiées. M. Ali bey Bahgat, conservateur-adjoint,
a bien voulu se charger de cette pénible
besogne. It a relevé et traduit en outre un grand
nombre de nouveaux textes qui se trouvent sur les

monuments exposés. La grande collection des stèles
qui figurent dans la première salle lui a offert à ce
sujet un champ d'études aussi vaste qu'intéressant. Je
liens à le remercier ici pour sa précieuse collaboration
(1).
M. H.
(1) M. van Berchem, dans le quatrième volume de son
Corpus inscriptionum arabicarum, a reproduit une grande
partie des inscriptions qui se trouvent dans le Musée,
en les accompagnant souvent d'intéressantes notices. Nous
n'avons pas manqué de nous Y référer chaque fois que
l'occasion s'en est présentée.


INTRODUCTION.

Dans son état actuel, le Musée de l'art arabe
ne saurait avoir d'autre prétention que de nous
offrir d'intéressants échantillons de diverses branches
d'industrie. La valeur de ceux que nous
possédons est parfois inégale; mais nous ferions
bon marché de ce défaut, si nous n'avions à noter
des interruptions par trop fréquentes dans les
séries. Nous serons malheureusement obligés de
constater qu'il en est qui ne sont représentées que
par des spécimens d'une époque.
Quoi qu'il en soit, dans les chapitres consacrés
à chaque art en particulier, nous nous efforcerons
de donner une idée aussi complète que possible
du génie national, en nous servant soit des échantillons
que le Musée a pu recueillir, soit des
monuments que le temps a respectés. C'est par
l'architecture surtout que nous pourrons concevoir
le tempérament artistique des Arabes. Les

merveilleux monuments que nous admirons encore
ne sont pas seulement de muets témoins des âges
disparus; ils nous révèlent aussi que l'architecture
était pour les Arabes l'art par excellence, et cela
à un degré qui n'a jamais été atteint par les
peuples occidentaux. Chez eux, les diverses branches
de l'art n'ont, pour ainsi dire, pas de vie
propre en dehors de l'architecture; le peintre et
le sculpteur se résignent à n'être que de simples
auxiliaires du constructeur. C'est pour cette raison
que l'architecture arabe put prendre un essor
considérable et créer des formes d'une rare perfection.
Une autre considération nous impose ici l'étude
sommaire de cette architecture: c'est que dans le
Musée figurent surtout un grand nombre de ces
objets mobiliers, accessoires ordinaires des mosquées,
qui étaient dans un rapport intime et
harmonieux avec l'ensemble de l'édifice. Dès lors,
comment se faire une idée exacte de leur destination,
sans connaître un peu la structure et l'économie
de ce même édifice?
L'ordre que nous nous proposons de suivre est
l'ordre chronologique. Les grandes divisions de
l'histoire de l'art étant en parfaite correspondance

avec les principales périodes de l'histoire politique,
nous allons nous astreindre à les examiner l'une
après l'autre, depuis l'origine.

DYNASTIE DES PREMIERS KHALIFES.

DYNASTIES
DES OMAYYADES ET DES ABBASSIDES
639-870 (18-256 DE L'HÉGIRE).

Si nous exceptons, en effet, l'illustre général
Amr ibn el-Ass qui a doté de la première mosquée
connue en Égypte la nouvelle ville de Fostât
dont il fut le fondateur, nous ne connaissons

aucun autre gouverneur qui ait attaché son nom à
quelque importante création. Cette époque, stérile
au point de vue de l'architecture, embrasse les
règnes des quatre premiers khalifes, toute la dynastie
des Omayyades, dont le siège était à
Damas, et celle des Abbassides qui avaient choisi
Bagdad comme capitale de leur vaste empire.
Dès l'origine, pourtant, les princes abbassides
se distinguent par leur amour des sciences et des
arts. Le fondateur de cette brillante dynastie (762)
fait traduire les ouvrages étrangers, et le goût de
l'étude se propage vite dans toutes les classes de
la société musulmane. Haroun er-Rachîd (786), le
contemporain de Charlemagne, donne une impulsion
considérable à la civilisation arabe. Sa haute
et libérale protection ne s'étendait pas seulement
aux lettres et aux sciences; les arts étaient aussi
l'objet de sa sollicitude éclairée. Son goût très vif
pour l'architecture est resté légendaire. Son fils,
el-Maamoun, encourage les travaux intellectuels
avec la même magnificence, mais son tempérament
le portait plutôt vers les sciences que vers l'art.
Ce prince visita l'Égypte en l'an 832 J.-C. et
s'occupa de la restauration du nilomètre de Rodah,
construit une centaine d'années auparavant. Il y

fit graver une inscription koufique que l'on voit
encore aujourd'hui.
De même que la matière dont l'évolution naturelle
est un phénomène continu, sans aucune
espèce d'interruption, ni de saut brusque, l'esprit
ne progresse que pas à pas, et les idées nouvelles,
quelle que ût leur énergie, ne pouvaient créer

d'un seul jet la splendide civilisation musulmane;
elles devaient nécessairement prendre pour base
l'ordre de choses existant. Les chefs-d'æuvre que
l'antiquité avait semés partout, se trouvaient à
portée des artistes de la jeune école; il y avait là
un terrain particulièrement propice à l'éclosion de
ces germes artistiques qui devaient en si peu de
temps porter de si beaux fruits. Si l'on tient
compte en outre des relations suivies que tous les
peuples musulmans maintenaient entre eux, on
comprendra que l'art ait conservé un caractère
identique en Asie et en Égypte aussi bien qu'en
Espagne, puisque le même régime politique et
social prévalait dans ces contrées(1).
Malheureusement, ce ne sont pas les édifices
encore debout qui nous renseigneront sur la valeur
artistique des deux premiers siècles; seules les
entrailles de la terre pourront nous donner à ce
sujet de précieuses indications. En fouillant les
mamelons qui s'élèvent au sud du Caire, nous
retrouvons peu à peu les objets enfouis dans les
tombeaux depuis les premiers siècles de l'hégire.
C'est ainsi que nous avons découvert des épitaphes
en lettres koufiques, gravées en relief ou en creux
sur des dalles de toutes formes. Or ce qui donne
à ces pierres tombales un intérêt tout spécial,
ce sont les quelques ornements qui les embellissent
souvent, et dans lesquels il est aisé de
reconnaître des motifs analogues à ceux que l'on
rencontre sur les monuments coptes (égyptobyzantins)(1).
(1)
Le Musée des antiquités égyptiennes contient de
précieux restes de la primitive civilisation chrétienne en
Égypte. Voir notamment la dissertation de M. Gayet sur cet
art, qu'il considère comme le générateur primordial de l'art
musulman. On ne saurait pourtant admettre la thèse qu'il
soutient dans son ouvrage intitulé: L'Art arabe, où il
prétend que l'art musulman, dans presque toutes ses
manifestations, n'est qu'une dérivation de l'art copte.
La civilisation des Coptes relevait de l'esprit byzantin,
de même que leur religion ne différait guère de celle du
reste de l'empire grec. Si, à l'origine, l'esprit musulman
s'est inspiré des œuvres byzantines et qu'en Égypte il se
soit laissé influencer par l'art copte, ce n'est là qu'un
fait transitoire. L'art copte continuait son évolution normale
dans la voie qui lui avait été tracée par les âges
précédents, tandis que sous l'influence d'aspirations nouvelles,
guidés par des lois qui rompaient violemment avec
les anciennes traditions, les Musulmans devaient accepter
les conséquences de cette révolution religieuse, subir son
impulsion vers d'autres voies, devenir en un mot un
peuple nouveau. Les Coptes eurent l'avantage de trouver
leur route toute tracée; ils n'avaient plus qu'à suivre la
direction que leur imprimait la civilisation mère. Les Musulmans,
au contraire, de prime abord aux prises avec de
nombreuses difficultés, en lutte avec leur entourage,
rompant avec le passé, se trouvèrent subitement dans un
complet isolement et durent avoir un moment d'hésitation.
Voir aussi sur la civilisation copte l'étude de M. Georg
Ebers Sinnbildliches,
Die Koptische Kunst, ein neues Gebiet
der altchristl. Sculptur und ihre Symbole.
Ces tombeaux renferment encore un grand
nombre de boiseries dont la provenance est souvent
difficile à déterminer, mais qui jointes aux

pierres tombales, nous fournissent des documents
aussi multiples que précieux pour l'étude des
premières formes de l'art arabe. Nous y retrouvons
les plus anciens spécimens des travaux d'assemblage,
de sculpture et d'incrustation. Ces boiseries
sont toujours à l'état fragmentaire; on voit qu'elles
avaient simplement pour objet d'empêher que la
terre n'envahît la tombe.

DYNASTIE DES TOULOUNIDES
870-904 (257-298).

Construite en l'an 876, cette mosquée fut
souvent délaissée. Tour à tour fermée, réparée,
réouverte, et de nouveau abandonnée, elle eut des
fortunes diverses et subit, pendant mille ans, les
vicissitudes qui caractérisent l'histoire de l'Égypte
à travers les âges. Cependant, le tourbillon de
révolutions l'a épargnée. Elle subsiste encore

aujourd'hui et, dans les parties que le temps a
respectées, elle nous offre des documents d'une
inestimable valeur. Grâce à cet édifice nous pouvons
nous rendre compte des méthodes suivies par
les architectes au IIIe siècle de l'hégire.
La mosquée s'élève sur un plan rectangulaire.
Sur les piliers qui entourent la grande cour à ciel
ouvert, reposent les arcs qui supportent la couverture
en bois. Le grand axe du plan est orienté
dans la direction de la Mecque. Le mihrâb (niche
de prière), près duquel se dresse le minbar
(chaire), a été ménagé dans le mur tourné vers la
ville sainte. Les parties couvertes, où l'on prie,
portent le nom de liouân ; la cour proprement dite
celui de sahn. Au centre de cette cour s'élevait
primitivement une fontaine monumentale avec jet
d'eau, qui a fait place à une fontaine d'apparence
plus modeste. En dehors de la mosquée et sur
le côté opposé au mihrâb s'élève le minaret(1)
(manâra ou maazana).
Le plan de cette mosquée, du moins dans ses
(1)
Outre ce minaret en pierres de taille, la mosquée en
possédait encore deux autres construits aux extrémités du
mur du mihrâb. Le seul des deux qui subsiste aujourd'hui
est celui de l'angle est; il est construit en briques et ses
dimensions sont des plus modestes.
De nombreux indices militent contre l'opinion qui fait
remonter la construction du grand minaret à l'époque
même de la fondation de la mosquée. Ni la maçonnerie,
ni la forme des arcs du soubassement ne permettent de le
rattacher à l'ensemble de l'édifice.

parties essentielles, est semblable à celui de la
première mosquée érigée au Caire. Cette forme
s'est maintenue, à peu de chose près, à travers
les siècles, même aux époques où de nouveaux
modèles furent introduits en Égypte. Ce qui, pour
nous, a un intérêt particulier, ce sont les détails
mêmes de la construction.
La maçonnerie est en briques crépies. Les
grands piliers ont, aux quatre coins, des colonnes
engagées, dont la base imite les piédestaux antiques
que l'on retrouve dans un grand nombre de
constructions de toutes les époques suivantes et
qui proviennent des édifices antiques. Le chapiteau
est campaniforme et le feuillage qui le décore
rappelle l'acanthe des chapiteaux antiques.
On voit par cette courte description à quelle
source puisèrent les vieux constructeurs arabes en
Égypte.
Si ces exemples ne suffisent pas, nous pouvons
encore signaler les bandeaux à grecque figurant
dans la bordure des arcs, la plate-bande en mosaïque
de la couverture du mihrâb, les colonnes
elles-mêmes du mihrâb et une foule d'autres détails
qui sont autant de preuves à l'appui de
notre opinion(1).
Il est hors de doute que la mosquée grandiose
élevée par Ahmed ibn Touloun n'était pas une
æuvre créée spontanément de toutes pièces. Nous
ne pouvons croire un instant que ce bel organisme
soit sorti, comme Minerve, du cerveau d'un seul
créateur. Nous devons y voir, au contraire, l'ensemble
d'un développement normal qui a eu son
point de départ dans la nécessité de créer un art
nouveau en rapport avec une foi nouvelle. Malheureusement,
nous ne pouvons invoquer, pour
nous justifier, d'autres témoignages que ceux qui
(1) Les intrados de quelques arcs ont conservé leur
ornementation. Elle consiste en un réseau polygonal agrémenté
d'arabesques, le tout finement gravé dans le plâtre.
Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance de
cette constatation. Le principe de l'ornementation arabe
(entrelacs polygonal et arabesque), existe dès le IIIe siècle
de l'hégire.

nous sont fournis dans les tombeaux dont nous
avons parlé. Mais la sculpture des boiseries que
nous avons trouvées dans ces derniers est identique
à celle des baies des portes de la mosquée
d'Ahmed ibn Touloun. La conclusion dès lors est
facile à tirer.

KHALIFES ABBASSIDES
905-934 (292-322).

DYNASTIE DES EKHCHIDITES
934-972 (323-362).

Sous cette dynastie, le pays ne goûta pas la
tranquillité qu'on lui avait fait entrevoir.
Le fait historique le plus saillant de cette
époque consiste dans les relations intimes qu'entretenaient
les princes égyptiens avec les cours
asiatiques et notamment avec la Syrie, qui continue
à unir son sort à celui de l'Égypte.

DYNASTIE FATIMITE
972-1171 (362-567).

En l'an 972, Moëzz ibn el-Mansour fit la conquête de l'Égypte. Moëzz appartenait à une
dynastie indépendante des khalifes abbassides.

Son royaume était situé au nord de l'Afrique et
s'étendait jusqu'aux frontières égyptiennes. Les
princes de cette dynastie se donnaient le nom
de Fatimites parce qu'ils prétendaient descendre
de Fâtima, fille du Prophète.
Venue du versant occidental des montagnes de
l'Atlas, la tribu guerrière à laquelle appartenait
le fondateur de cette dynastie s'était emparée de
Kairouân. Déjà, en l'an 912, un aïeul de Moëzz
se sentait assez fort pour attaquer l'Égypte. L'expédition
ne fut pas heureuse, mais les villes d'Alexandrie
et de Medinet el-Fayoum restèrent néanmoins
en sa possession. Plus tard, Gôhar, un des
généraux de Moëzz, dirigea une nouvelle campagne
contre l'Égypte, dont il réussit à s'emparer au nom
de son maître.
Avec les Fatimites, s'ouvre pour l'Égypte une
ère toute différente des précédentes. Le pouvoir
spirituel des khalifes abbassides tombe entre les
mains des Fatimites, haïs comme chiites par
leurs prédécesseurs(1).
(1) Les chiites (chöïah = partisan, c'est-à-dire d'Ali)
reconnaissaient à Ali, gendre et cousin du Prophète, le
droit de succéder à celui-ci.
Sous les deux premiers souverains de cette
dynastie, l'Égypte se reprend et devient prospère.
Mais bientôt après, avec Hâkim bi Amr Allah,
second successeur de Moëzz, elle connaît de nouveau
la misère et le désordre. D'un esprit inquiet et
tyrannique, ce prince est sans cesse en butte aux
révoltes que provoquent ses ordres insensés et cruels.
L'Égypte prend ensuite un nouvel essor, grâce
surtout à la sage administration du premier ministre
Bedr el-Gamâli. Mais cette tardive prospérité
n'a eu qu'une courte durée, et le pays est agité
par de nouveaux troubles sous les derniers princes
fatimites. C'est à cette époque que les premiers
Croisés paraissent devant Constantinople et s'emparent
de Jérusalem (1099), qu'ils enlèvent à
l'Égypte.
Aujourd'hui ces palais ont disparu. A leur place
s'élèvent d'autres monuments qui sont maintenant
entourés de constructions modernes. De cette
glorieuse époque, il nous reste quelques précieux
chefs-d'œuvre architecturaux. En premier lieu
nous citerons la mosquée d'el-Azhar, la première
qui fut édifée par le nouveau conquérant. Elle a
subi de nombreuses restaurations. Signalons encore:
la mosquée d'el-Hâkim, aujourd'hui en
ruine; la petite mosquée el-Akmar, érigée sous
le khalife Amir bi Ahkâm Allah en l'an 1125;
enfin la mosquée de Talâi ibn Rezîk, le puissant
ministre des derniers Fatimites.
La plus ancienne de ces mosquée, celle d'el-Azhar,
est une imitation de la mosquée d'Ibn
Touloun, du moins dans ses dispositions générales(1).
On y voit cependant une grande variété

dans l'ordonnance des piliers et des colonnes. Ce
qu'il a de remarquable surtout, ce sont les arcs
de forme dite persane; il semble que ce soit là
une innovation introduite en Égypte par les Fatimites
bien que l'arc en briques crues des Coptes
affecte, ou à peu près, le même galbe. Nous
avons nommé les Persans et les Coptes. La relation
plus que passagère entre les Fatimites et les
Persans — chiites les uns et les autres — est
prouvée par des documents historiques; leur tolérance
envers leurs concitoyens chrétiens, les
Coptes, se manifeste ouvertement en beaucoup de
leurs travaux(1).
La forme d'arc signalée dans la mosquée el-Azhar
se retrouve dans les autres monuments
fatimites que nous avons énumérés. Ce n'est que
dans la mosquée el-Hâkim que l'arc retourne à
la forme ogivale employée dans la mosquée d'Ibn
Touloun. On remarque, d'ailleurs, entre ces deux

mosquées, construites à plus d'un siècle d'intervalle,
beaucoup d'autres points de ressemblance,
qui permettent de les apparenter, bien qu'il y ait
une plus grande liberté d'allure dans la composition
des ornements de la mosquée d'el-Hâkim. Mentionnons
à ce propos les piliers aux colonnes engagées
et la frise à inscription, deux points communs
aux deux mosquées. La parenté en question ne
ressort pas moins dans l'ornementation; en effet,
il n'est pas difficile de la découvrir par exemple,
dans les ornements qui se trouvent sur le plafond
des baies de portes de la mosquée d'Ibn Touloun
et dans les tirants en bois qui relient les piliers de
la mosquée d'el-Hâkim, ou la fameuse porte de
cette dernière exposée sous le no 2 dans la quatrième
salle.
La mosquée el-Akmar, construite environ cent
vingt ans après celle d'el-Hâkim, nous offre une
précieuse particularité; c'est la seule de la période
fatimite dans laquelle nous ait été conservé un
exemple de façade en rapport avec les dispositions
du monument. Jusqu'alors, les façades ne
jouaient qu'un rôle secondaire et nous ne pouvons
en signaler aucune qui mérite vraiment ce nom.
C'est un legs précieux que nous a fait cet âge

intéressant, car il n'y a guère d'autre édifice d'après
lequel nous puissions nous faire une idée complète
des façades telles qu'elles ont été créées dans les
monuments cités jusqu'ici. Il faut avouer que les
murs longs et bas qui clôturaient les mosquées de
dates antérieures à celle de la mosquée el-Akmar se
prêtaient fort peu à la formation de la façade. Les
modestes dimensions de la mosquée d'el-Akmar
permettaient du moins de tenter un essai original.
Elle se présente en deux façades dont une,
celle de l'ouest, contient toute une foule de détails
d'architecture. Le premier coup d'œil révèle les
moyens primordiaux employés pour former l'extérieur
de l'édifice: ce sont les niches qui en
font les frais. Voici d'abord la grande porte qui
s'ouvre dans l'axe de la façade. Sa couverture se
découpe en un système de cannelures qui est
un emprunt fait à la forme classique de la “coquille”.
Son centre est percé d'une belle rosace à
claire-voie composée d'ornements et d'inscriptions.
Très curieuse, la taille marquée du rinceau qui
borde cette claire-voie. Le portail est flanqué de
deux petites niches. Ces trois enfoncements se
trouvent dans le premier plan de la façade qui
forme un avant-corps. Les côtés en recul de la

façade sont aussi animés de niches, d'autres plus
petites se trouvent à la partie supérieure(1).
On observera aussi les différents motifs employés
dans le décor des couvertures des niches,
parmi lesquels se présentent les “stalactites”
qui, à ma connaissance, constituent les premiers
exemples en l'espèce dans l'architecture musulmane
en Égypte. Sa forme la plus curieuse se voit
au pan coupé du coin des façades, où la transition
s'opère à l'aide d'un système de stalactites superposées.
Tels sont les moyens employés pour la formation
de la façade de cette mosquée: niches ou rainures
qui bientôt abriteront les fenêtres disposées en
plusieurs étages, car de ce premier résultat à l
solution des problèmes les plus compliqués en ce
genre, il n'y avait qu'un pas. Il fut rapidement
franchi.
Les documents ornementaux d'el-Akmar ne sont
pas moins importants. Mentionnons surtout l'inscription
koufique rehaussée d'arabesques qui borde

les arcs du sahn. Elle est taillée dans le stuc qui
couvre l'intérieur de l'édifice, la pierre de taille
n'ayant été employée qu'à l'extérieur. Ces ornements
marquent déjà un notable progrès sur ceux
de la mosquée d'el-Hâkim où les arabesques de
la frise sont unies, tandis qu'ici elles se développent
en une foule de détails très caractéristiques.
Cette tendance est encore plus prononcée dans
les décors, aussi en stuc, de la mosquée de Sâlih
Talâi que nous avons déjà citée, et où les ornements
produisent sur l'œil l'effet d'une véritable
filigrane. On peut affirmer que dans cette mosquée
les arabesques atteignent un degré de développement
qui se maintient pendant plusieurs siècles et
dont la beauté ne le cède en rien à celle des
décorations des siècles postérieurs.
Pour compléter la liste des monuments qui
appartiennent à la période fatimite, nous mentionnerons
en outre les trois portes de la ville du
Caire qui sont encore debout: Bâb el-Fetouh
(porte de la conquête), Bâb en-Nasr (porte de la
victoire) et Bâb Zoueila (ainsi appelée du nom
d'une tribu venue en Égypte avec les Fatimites).
Étant des constructions militaires, ces portes présentent
trop de différences avec les modèles qui

font l'objet de cette étude et leur description, qui
exigerait de trop grands développements, ne peut
entrer dans le cadre que nous nous sommes tracé.
Ce sont des constructions très curieuses dont les
auteurs seraient, d'après el-Makrîzi, trois frères
architectes, appelés au Caire par Bedr el-Gamâli,
le fidèle ministre du khalife el-Mostansir; un autre
historien les attribue, il est vrai, à un prêtre
copte. Ces portes datent de la fin du XIe siècle de J.-C.

DYNASTIE DES SULTANS AYYOUBITES
1171-1250 (567-648).

L'Égypte et la Syrie eurent bientôt un maître
en la personne du Kourde Youssef, fils de Nigm
ed-Dyn Ayyoûb, et plus connu sous le nom de
Saladin (Salâh ed-Dyn). Les règnes de Saladin et

de ses successeurs, qui, les premiers en Égypte,
prirent le titre de Sultan, furent troublés au dedans
et au dehors par des luttes mémorables. Des
haines et de puissantes rivalités mirent alors aux
prises les Musulmans eux-mêmes. Mais cette époque
demeure surtout célèbre par les guerres sanglantes
qui, sous le nom de croisades, eurent lieu entre
Musulmans et Chrétiens.
L'Europe chrétienne se précipita sur l'Orient
pour arracher les Lieux Saints à la domination
musulmane. Ces célèbres expéditions eurent surtout
pour résultat d'établir d'intimes relations
entre l'Occident et l'Orient.
Ces relations exercèrent une incontestable influence sur l'architecture musulmane. Cette influence
ne se manifesta pas d'un seul coup, il est vrai,
ni partout; ce fut tout d'abord en Syrie qu'elle se
fit sentir. Les Croisés arrivèrent munis de tout ce
qui devait les aider à créer une nation chrétienne.
Leur but était, d'ailleurs, de rester définitivement
dans cette contrée qu'ils espéraient conquérir.
Leur passage même éphémère dans les provinces,
les villes et les bourgades, était marqué par la
construction d'églises, que leurs ennemis, aussitôt
que la victoire les favorisait, convertissaient en

mosquées. Jérusalem resta pendant quatre-vingt-huit
ans au pouvoir des Croisés; ce fut Saladin
qui les en délogea en 1187. Partout où ils passèrent,
les Croises élevèrent des monuments selon
l'esthétique occidentale et les architectes orientaux
purent ainsi étudier de nouvelles formes. Si les
Musulmans n'imitèrent pas servilement ce style
opposé à leur esthétique, ils n'hésitèrent pas à
l'apprécier et à s'en approprier les formules, lorsqu'elles
leur semblèrent aptes à s'harmoniser avec
leur architecture.
Saladin voulut encore élargir l'enceinte de la
ville; il ne put réaliser ce projet qu'en partie.
Pour tous ces importants travaux, ce fut la petite
pyramide de
Guizeh qui fournit les matériaux.
On fit beaucoup pour les constructions d'utilité

publique; pour les édifices religieux, on adopta des
dispositions particulières qui semblent avoir été
dictées par des considérations d'ordre politique.
N'oublions pas que la dynastie précédente était
chiite, et que, par conséquent, les dogmes en
vigueur différaient de ceux qu'avaient adoptés les
disciples du Prophète.
Dans le but de faire revivre dans le pays la foi
orthodoxe, qui sous les Fatimites avait perdu
beaucoup de prosélytes, les Ayyoubites créèrent
de nombreux collèges (madrassa), où l'on enseignait
les quatre doctrines (mazhab) de la foi
musulmane(1). Le plan de ces collèges consiste en
une grande cour carrée, sur les côtés de laquelle
s'élèvent des chapelles voûtées; cette disposition
donne à l'édifice une apparence cruciforme. Comme

dans les mosquées, cette cour prend le nom de
sahn, et les quatre oratoires celui de liouân(1).
L'édifice est orienté vers la Mecque et contient
toujours la niche de prière. Il est facile de voir
que le collège est composé des mêmes éléments
essentiels que la mosquée. Plus tard, on ne fait
même plus de distinction entre madrassa (collège)
et masguid (mosquée)(2). Cette disposition cruciforme
se maintient dans la suite à côté des formes
primitives, à portiques, auxquelles on la préférait
quand il s'agissait de mosquées de petites dimensions.
Examinons de plus près quelques-uns des
édifices de cette époque.
Le plus ancien est la mosquée du sultan el-Kâmil,
qui fut érigée en 1224. Cette mosquée
est aujourd'hui en ruine; on peut encore y reconnaître
le plan primitif, mais il ne reste rien
de ce qui faisait une si forte impression sur ceux
qui la visitaient au milieu du siècle passé. Les
(1) Dans les ouvrages historiques, on écrit

= liouân
dont on a fait liouân,

appellation encore usitée de
nos jours.

derniers vestiges des riches décorations qu'on y avait
prodiguées ont été recueillis par le Musée arabe
(troisième salle). Ces ornements complètent ceux
que nous avons trouvés dans la mosquée de Sâlih
Talâi avec lesquels ils ont beaucoup d'affinité.
Les collèges élevés dix-huit ans plus tard par
le sultan Sâlih Nigm ed-Dyn, renferment encore
plus de détails caractéristiques. Ils consistent en
deux édifices séparés par un couloir où l'on pénétrait
en passant sous le minaret. Nous retrouvons
dans leur façade la conception que nous avons
relevée dans la mosquée fatimite el-Akmar: un
système de rainures peu profondes; les angles
rentrants des niches y sont également arrondis à
une certaine hauteur par une naissance de stalactites.
Les stalactites, dans ces collèges, ont
aussi servi à orner d'autres parties que dans la
mosquée fatimite; car nous en voyons une magnifique
application dans la couverture de la niche
du minaret(1).
(1) Dans la partie supérieure du minaret, il existe bien
une grande quantité de stalactites, mais ce ne sont plus
les pièces primitives; nous sommes en présence d'un travail
de restauration.
Parmiles ornements, nous signalerons les plates-bandes
dentelées et quelques autres motifs qui ont
servi de modèles décoratifs pour beaucoup d'autres
monuments des époques suivantes. Un autre progrès
dans le domaine de l'architecture s'accentue
dans la formation des pendentifs des dômes. La
trompe des angles, formée primitivement par une
seule niche — comme dans la coupole de la mosquée
el-Hâkim — est remplacée par un système de
niches. Les pendentifs qu'on voit dans la coupole
du tombeau du sultan es-Sâlih et dans celle du
tombeau, presque contemporain de l'imâm ech-Châfaï,
sont conçus sur ce même type. Quant à
l'influence occidentale, elle se manifeste d'une
manière évidente dans le tombeau de ce sultan,
élevé sept ans plus tard, à côté de la madrassa,
et à laquelle il est relié par une ouverture pratiquée
dans le mur du liouân ouest.
La conception de la façade, du moins dans ses
grandes lignes, est la même que celle des deux
collèges. Le détail le plus curieux se révèle dans
l'entablement, représenté par une gorge où sont
sculptées des feuilles dont les bouts sont recourbés.
On n'hésite pas un instant à reconnaître dans ce
moyen décoratif un motif emprunté a l'étranger,

c'est-à-dire à l'Occident. Ce fait se confirme encore
par la fausse application qu'on en a faite; car
la gorge se redresse près du portail, qu'elle semble
avoir enveloppé, selon la formule arabe, de sorte
que les feuilles se trouvent dans une position qui
n'est rien moins que naturelle.
Le mausolée du fondateur joint à la madrassa
est une innovation importante que l'on maintient
dans la suite. Il est toujours surmonté de la
coupole, signe caractéristique du tombeau.
Dans l'art de sculpter le bois, on remarque
aussi un raffinement très prononcé, en se reportant
au procédé dont nous avons parlé à propos des
monuments fatimites. Les motifs à dessin large
sont remplacés par des arabesques en miniature.
C'est vraiment dommage qu'il y ait un si grand
intervalle entre ces deux systèmes. Des bois sculptés
de la mosquée Sâlih Talâi dont nous ne possédons
que des tirants qui remontent à l'époque de
la fondation même de cette mosquée, nous devons
passer sans transition aux vantaux des deux tombeaux
dont il a été question. La porte du tombeau
de l'imâm ech-Châfaï date de l'an 608 (1211). Un
demi-siècle sépare ces deux spécimens d'ornementation.
A partir de cette époque, l'industrie des

bois travaillés se développe rapidement et atteint
en peu de temps un haut degré de perfection.
Ne quittons pas le tombeau de Sâlih Nigm
ed-Dyn sans faire mention des lambris en marbre
qui décorent l'intérieur. Le dessin en est sobre
et rien n'y fait prévoir la richesse que nous rencontrerons
seulement vingt ans plus tard.

DYNASTIE DES SULTANS MAMLOUKS
(MAMLOUKS TURCOMANS OU BAHRITES)
1250-1382 (648-784).

Sans passé dynastique et n'ayant d'autre instrument
de domination que leur valeur personnelle
et surtout le concours de leurs fidèles mamlouks,
ces nouveaux sultans étaient exposés à de dures
vicissitudes quand ce concours venait à leur
manquer. Et comment n'en eût-il pas été ainsi,

quand chaque soldat pouvait à bon droit se considérer
comme ayant des titres égaux à ceux de
son chef et tout attendre, comme lui, de l'occasion
pour satisfaire son ambition? C'est pourquoi toute
cette période du règne des Mamlouks ne fut qu'une
longue suite de troubles, de guerres intestines et
de révolutions de palais; c'est une des époques les
plus orageuses de l'histoire de l'Égypte.
Parmi ces sultans, certains se distinguèrent par
leur intelligence et leur activité, entre autres:
Beibars el-Bondoukdâri (1260-1277), qui combattit
les Croisés avec succès et sous le règne duquel
l'Égypte fut prospère. Kalaoun, autre sultan
mamlouk, fut également un souverain remarquable;
c'est le seul qui réussit à fonder une
dynastie proprement dite. Il prit le nom d'el-Mansour,
auquel il joignit le prénom d'el-Elfi (du mot
elf qui signifie "mille", parce qu'il avait été acheté
mille pièces d'or). Kalaoun était digne de gouverner;
il opposa ses armes victorieuses à l'invasion
des Tartares et réussit à préserver l'Égypte
de ce fléau dévastateur. Notons aussi qu'il noua
des relations avec la cour d'Espagne. En 1290,
Alphonse d'Aragon envoya à Kalaoun une ambassade
qui eut pour résultat d'unir les deux pays par

un traité avantageux. Ces relations exercèrent en
outre une grande influence sur les arts. L'architecture,
toutefois, ne paraît pas en avoir bénéficié;
elle reste indécise; les monuments présentent de
profondes divergences. Ce n'est que sous le règne
suivant que nous voyons l'art architectural se préciser,
se cristalliser, pour ainsi dire, et revêtir un
caractère définitif. Avant comme après le sultan
Mohammed en-Nâssir, fils de Kalaoun, jamais l'art
ne prit un pareil essor. Jamais, comme sous le
gouvernement de ce prince, nous ne retrouvons
une telle variété dans les lignes, et, en même
temps, un aussi grand développement industriel.
Son règne, si fécond pour l'art, embrasse près
d'un demi-siècle (exactement 44 ans).
Pendant les premières années du règne des
Baharites, nous sommes en présence de formes et
d'éléments artistiques dont nous devons rechercher
l'origine ailleurs qu'en Égypte. Les moulures
que l'on remarque sur la grande mosquée d'el-Dâhir
(Zâhir, construite par le grand sultan Beibars
en 1266), le système de façades adopté pour
les constructions de Kalaoun, ont un frappant
cachet d'exotisme. Rien d'ailleurs ne saurait mieux
caractériser l'arbitraire qui régnait alors en architecture

que le fait suivant. Lorsque Mohammed
en-Nâssir éleva le monument auquel il a donné son
nom(1), il en fit construire la porte avec les matériaux
qui provenaient d'un portail gothique enlevé
par son frère à l'église d'Akka (1291) et rapporté
au Caire comme un glorieux trophée. Nous ferons
toutefois observer que c'est là un cas très rare
d'adaptation d'une forme étrangère sans travail
préalable d'assimilation. Cette exception ne pouvait
beaucoup influer sur le développement régulier
de l'art arabe. Et si la Syrie, couverte de monuments
chrétiens par les Croisés, imposait ces formes
nouvelles aux contrées environnantes, celles-ci
n'arrivent qu'atténuées en Égypte où elles se sont
pliées aux exigences de l'esprit national.
Il était nécessaire d'opposer une digue aux mille
et une formes disparates qui menaçaient d'envahir
l'architecture. Le long règne de Mohammed
en-Nâssir se prêtait admirablement à un travail
de sélection dont le résultat devait
être l'épuration
du style indigène. Ce fut une époque de paix et de
travail; le souverain donna lui-même l'exemple
en dotant le Caire d'un collège auquel il adjoignit

son tombeau et d'une grande mosquée construite
sur la citadelle. En outre, il acheva cette construction
complexe appelée el-Maristân, que son père
avait commencée.
Les membres de la famille royale et les grands
dignitaires imitèrent la magnificence du souverain.
La fiévreuse activité qui distingue cette féconde
période eut d'heureux effets dans le domaine de
l'art. L'indécision des siècles précédents fait place
à une grande netteté dans les conceptions. Malgré
la grande variété qui résulte ici d'une incomparable
richesse de formes et de composition, l'unité
de conception se dégage franchement et constitue
un style d'une rare perfection.
Dans la disposition des façades, nous observons
une accentuation progressive et rationnelle des
éléments que les époques précédentes avaient
légués. Les grandes surfaces sont pour ainsi dire
sillonnées de distance en distance par un système
de hautes niches peu profondes, formant sur les
parois comme un appareil de rainures dans lesquelles
vont se loger les fenêtres en doubles rangées. Ces
niches sont terminées par une couverture horizontale
formée de plusieurs assises de stalactites. Le
portail est modelé d'après le même principe, avec

cette différence que la niche est beaucoup plus
large et plus profonde.
La conséquence d'une pareille disposition a été
de donner un plus riche et plus ample développement
à l'emploi des stalactites.
Les façades, d'une belle exécution, sont en pierres
de taille, et le plus souvent de deux couleurs
alternantes. Pour les enrichir, on emploie du marbre
blanc et noir dont on aime à former les claveaux
des arcs de décharge artistiquement enchevêtrés,
sur les portes et les fenêtres. On en fait
aussi des plates-bandes, des entrelacs; des portails,
entièrement édifiés en marbre blanc et noir, ne
sont pas rares. Un long bandeau épigraphique se
déroule en haut des façades que termine une
moulure couronnée de merlons.
Dans l'intérieur des mosquées à portiques, les
appuis sont désormais presque exclusivement
formés de colonnes en marbre, provenant, comme
dans les édifices antérieurs, de constructions anciennes. Pour atteindre une hauteur en harmonie
avec les dimensions du bâtiment, on exhaussait la
naissance des arcs. La couverture était ordinairement
en bois; les solives, magnifiquement sculptées,
s'ornaient de riches dorures. Les lambris

sont en mosaïque et couvrent les murs jusqu'à une
hauteur de plusieurs mètres. Les mosaïques du
dallage égalent en beauté celles des murs.
Le tout s'harmonise admirablement. La richesse
de l'ensemble est encore augmentée par celle de
la chaire (minbar) et du pupitre (koursi el-kahf)
ornés de marqueteries et de peintures fort gracieuses,
ainsi que par de splendides lustres de
bronze et de lampes en verre émaillé.
Ce que nous venons de dire des mosquées s'applique
également à d'autres genres de constructions.
Malheureusement, nous ne possédons en entier
aucun de ces monuments, mais les parties qui
nous en restent nous permettent de reconstituer
l'ensemble et suffisent à nous convaincre de la
splendeur de tous les édifices élevés à cette époque.

SECONDE DYNASTIE DES SULTANS MAMLOUKS
(MAMLOUKS CIRCASSIENS OU BOURGUITES)
1382-1512 (784-923).

Avec les mamlouks circassiens, la race régnante
seule a changé. Le pays n'a pas cessé d'être agité
par les rivalités des émirs. A part quelques souverains énergiques ou animés de bonnes intentions,

les princes régnants ne se préoccupent, en général,
que bien peu des intérêts du pays; tous leurs
efforts tendent à conserver le pouvoir, même au
prix d'un crime.
Les mamlouks circassiens, qui gouvernèrent
l'Égypte et la Syrie pendant près d'un siècle et
demi étaient d'origine sibérienne. On les appelait
aussi bourguites, parce qu'ils étaient principalement
employés par leurs maîtres à la défense des
forteresses, en arabe bourg.
Parmi ceux qui rendirent de grands services à
leur pays, nous citerons d'abord le sultan ez-Zâhir
Barkouk, fondateur de cette dynastie, qui sauva le
pays de l'invasion des Tartares et le dota de
nombreux monuments; puis le sultan el-Mouayyed,
protecteur des sciences (ce qui lui valut le
titre de cheikh ou docteur) et constructeur d'édifices
remarquables. Mentionnons encore le nom
de Barsbaï, qui régna pendant seize ans et dont on
ne saurait trop louer le gouvernement pacifique,
consacré tout entier au bien-être du peuple.
Après eux vinrent des jours de troubles qui
menacèrent l'existence même de l'Égypte. Les Ottomans
quittaient alors l'Anatolie, et renversaient
l'empire chrétien de Constantinople pour envahir

les pays environnants. Les progrès de ces peuples
nouveaux effrayèrent le sultan d'Égypte, el-Melik
el-Achraf Kaïtbaï. Ces craintes n'étaient que trop
fondées, car sous el-Ghouri, les Ottomans mirent
à exécution le projet longtemps caressé d'établir
leur domination sur les rives du Nil. Après une
courte lutte qui fut acharnée de part et d'autre,
I'Égypte perdit son indépendance et devint une
province de la Turquie (1er mois de l'année 1517).
C'est sans doute pour cette raison que l'on donna
aux mosquées de plus petites dimensions vers la
seconde moitié du XVe siècle. Cette réduction dans

les proportions eut l'avantage de permettre de
couvrir le sahn.
D'un autre côté, la nécessité d'installer de nombreuses
annexes pour répondre à tous les besoins,
et de se conformer à l'alignement des rues de la
ville déjà très développées, eut pour résultat de
provoquer de très ingénieuses combinaisons de
la part de l'architecte. Parmi ces annexes, nous
signalerons les sebîls (fontaines publiques) et les
kouttâbs (petites écoles) qui, presque toujours,
accompagnent les mosquées de l'époque circassienne
et s'élèvent de préférence à l'un des angles
les plus saillants de l'édifice. La première mosquée
où fut inaugurée cette disposition particulière est
celle de l'émir Gaï el-Youssefi (dynastie baharite).
L'attention de l'architecte se portait tout spécialement
sur le tombeau. Celui-ci n'est plus relégué,
comme du temps des Baharites, dans quelque
coin perdu de la mosquée, mais il en devient une
partie importante, malgré que la mosquée à
laquelle il s'ajoute présente souvent un grand
développement. Vers la fin du XVe siècle on fait
revivre la mode fatimite: le tombeau, avec son
dôme plus ou moins élégant, constitue à lui seul
un monument complet.
Sous les sultans circassiens, I'art de la construction
subit lui-même de profondes modifications
par suite d'un plus large emploi de la pierre
de taille, qui entrait même dans la confection des
murs intérieurs. Chacun des ornements qu'on y
sculptait mériterait d'être relevé. Une grande surface
à l'intérieur et dans la façade est réservée aux
arabesques, entrelacs ou inscriptions. Dans les
inscriptions l'écriture koufique était depuis longtemps
remplacée par des lettres rondes, mais on
revient souvent à sa forme, qui se prête mieux à
l'ornementation.
L'architecture civile, dans la mesure où les
débris existants permettent de se faire une opinion,
ne le cédait en rien à celle des mosquées et des
collèges. Les palais étaient somptueux, et tous les
moyens d'une technique raffinée étaient mis en
usage pour leur décoration. Les maisons d'habitation
sont très coquettes. Dans la cour, à une
certaine hauteur, est situé le mak'ad (loggia)
exposé au nord, qui projette une série d'arcs sur
la cour; c'est l'endroit favori où le maître de la
maison reçoit les visiteurs. A I'intérieur, la ka'a
(salle) forme le noyau des autres pièces. Cette
ka'a est spacieuse, à parois décorées de mosaïques,

et recouverte d'une toiture luxueusement dorée.
Les machrabieh (treillis en bois tourné) laissent
filtrer une lumière atténuée et font de cet endroit
un agréable et frais abri contre les ardeurs de
l'été.
L'architecture profane comprend encore les
okâla (caravansérails et dépôts) et les abreuvoirs
dont on peut admirer un grand nombre de spécimens
intéressants.
La dernière étape de l'art national égyptien est
caractérisée par le soin qu'on apporte dans la décoration
de l'extérieur des constructions. Nous avons
déjà mentionné l'effort tenté dans ce sens sous la
domination des Fatimites; mais ce premier effort
demeura sans résultat important dans les siècles
suivants. C'est un trait caractéristique de l'architecture
arabe que cette négligence intentionnelle
dans l'extérieur des constructions. La décoration
extérieure des plus célèbres monuments de ces
époques ne porte le plus souvent que sur le
portail, le minaret ou quelque autre partie accessoire,
tandis que l'ensemble est modestement
traité. Mais sous les sultans circassiens, l'architecte
se complaît à faire une œuvre harmonieuse dans
toutes ses parties à l'extérieur; aussi les monuments

dont cette époque a enrichi le pays, offrent-ils cette
perfection d'ensemble et de détail que nous avons
l'habitude de réclamer à toute œuvre d'architecture.

L'ÉGYPTE PROVINCE TURQUE
1517 J.-C.

Un pacha, envoyé de Constantinople et nommé
gouverneur pour un an, représentait le souverain
et administrait le pays en son nom. Bientôt le
pacha fut nommé pour plusieurs années, mais il
ne restait toutefois pas assez longtemps au pouvoir
pour être en mesure d'y faire œuvre utile. Aussi

le nombre des gouverneurs qui laissèrent quelques
traces glorieuses de leur administration est-il des
plus restreints. L'histoire ne relève guère que les
noms de Solimân pacha et surtout de Senân pacha,
qui contribuèrent efficacement à la prospérité du
pays.
Les rouages administratifs tels qu'ils avaient
été installés, ne donnaient pas les résultats qu'on
en avait attendus. Soixante-dix ans après la réorganisation
de l'Égypte, les troubles militaires
reparaissent et un demi-siècle plus tard, les beys
turbulents qui entouraient le pacha dictent leurs
volontés. L'élément militaire, vers la fin du
xviie siècle, acquiert une telle puissance que le
pacha nommé par Constantinople doit être agréé
par les beys pour s'installer au Caire. Ceux-ci ne
craignent même pas d'entrer en lutte avec le
sultan; ils se groupent autour du Cheikh el-beled,
le véritable maître du pays et tiennent en échec
la cour de Constantinople.
Après avoir brisé toute résistance du côté du
pacha, les beys ravivèrent leurs anciennes rivalités;
chacun d'eux travaillait pour son propre
compte et fomentait des troubles pour s'emparer
du pouvoir. Cette époque de guerres intestines, de

désolation, de misère et d'oppression, est la plus
lamentable qu'ait enregistrée l'histoire de l'Égypte.
Cependant Aly bey alla encore plus loin que ses
prédécesseurs. Ce prince auquel l'histoire donne le
surnom de Grand, noua des relations diplomatiques
avec les puissances européennes pour s'assurer
le titre de souverain indépendant dans un pays
libre. Mais sa mort prématurée fit échouer ce projet.
Après lui l'histoire ne signale plus que des
guerres civiles que les beys entretenaient dans le
but d'ériger de scandaleuses fortunes.
Vers la fin du xviiie siècle, Mourad bey et
Ibrahim bey rançonnent audacieusement jusqu'aux
négociants européens, dont les plaintes répétées
attirent l'attention de l'Europe sur ce malheureux
pays. Telle était la situation, lorsque le 1er juillet
1798 (17 Moharrem 1213) Bonaparte avec
sa flotte jeta l'ancre devant Alexandrie.
Avec l'ère des pachas turcs, l'Égypte cesse
d'être un centre et sa capitale n'est plus qu'un chef-lieu
de province turque. Les troubles intermittents
et passagers des époques précédentes ne pouvaient,

il est vrai, apporter au progrès de sérieuses entraves.
Aussi avons-nous pu constater un développement
continu dans l'architecture et les arts. Mais
lorsque l'Égypte se trouve réduite à l'état de province,
l'essor primitif est arrêté; les sultans de Constantinople
n'ont plus le même intérêt à favoriser
dans le pays l'épanouissement des arts. En effet,
il existe bien peu de monuments auxquels les
souverains turcs aient attaché leur nom, et encore
ces monuments sont-ils loin d'avoir la valeur
artistique de ceux que nous ont laissés les sultans
baharites et bourguites.
Les Turcs n'ont importé en Égypte que la forme
de leurs mosquées, forme qu'ils avaient eux-mêmes
empruntée aux églises de l'ancienne Byzance. La
mosquée voisine du tombeau de Saria el-Gabal,
construite sur la citadelle dix ans après la conquête
du pays, est la première où l'architecte se
soit inspiré de ces modèles chrétiens. Puis viennent:
la grande mosquée de Senân pacha à
Boulaq, bâtie en 1571 et celle de la princesse
Malika Safia, élevée en 1610.
Le point le plus saillant de la disposition nouvelle
consiste dans l'emploi de la coupole, innovation
qui rompt radicalement avec la tradition.

Avec les Turcs, la coupole devient le thème principal
de la mosquée; elle en occupe le centre et
cesse par conséquent de marquer exclusivement le
mausolée comme dans les périodes antérieures.
On rencontre pourtant quelquefois des mosquées
construites d'après les anciens modèles, mais elles
sont en bien petit nombre, et, dans ce cas, le fondateur
est toujours un indigène; il semble que
l'antagonisme qui mettait aux prises les beys et le
pacha, les Égyptiens et les Turcs, ait eu un écho
jusque dans les fondations pieuses.
Les mosquées, toutefois, ne constituent qu'une
exception; on s'attachait de préférence à élever
des monuments de moindre importance, tels que
fontaines, petites écoles, couvents de derviches,
okâla, etc. Les écoles-fontaines ne font plus partie,
comme auparavant, d'un édifice quelconque, mais
forment un monument complètement indépendant.
Au point de vue du décor, le changement le
plus important vient de l'introduction de la faïence
dans le revêtement des murs à l'intérieur des
édifices. Quant à l'ornementation, nous devons
noter un recul. Nous ne retrouverons plus maintenant
les riches décorations du temps de Kaïtbaï.
Les constructions qui s'élèvent sous la nouvelle

domination sont simples, discrètes et reflètent un
esprit d'économie qui contraste avec les splendeurs
des siècles passés. Le nombre des édifices qui
portent des traces de la tradition artistique passée,
est bien restreint. On en trouve quelques-uns dans
le premier siècle de l'occupation ottomane; tel est
par exemple le sebîl-kouttâb, érigé par le gouverneur
Khosro pacha, dans la rue el-Nahassyn.
Par la suite, la pauvreté artistique se fait de plus
en plus remarquer. Elle tenait sans doute à ce
que les modèles indigènes n'étaient guère prisés
par l'ouvrier étranger, tandis qu'au contraire,
l'indigène goûtait peu cette ornementation étrangère
si peu conforme à ses goûts, à ses habitudes
et à ses traditions. Parmi les causes de la décadence
de l'art, il faut aussi noter la pauvreté du
pays. Nous devons cependant reconnaître que l'art
arabe l'emporte encore sur l'art étranger.
Il y eut aussi des créations mixtes, où les deux
styles combinés ont produit quelques ouvrages
assez réussis. Citons, par exemple, le sebîl du
Kikhya Abd er-Rahmân, construit en 1744. Ce
joli petit monument, se trouvant à la bifurcation
des rues el-Nahassyn et el-Gamâlieh, possède trois
façades. Au rez-de-chaussée se trouve la fontaine

qui s'ouvre sur les rues par trois grandes baies
grillées; l'étage supérieur abrite l'école. Les grilles
en bronze, les sculptures aux motifs naturalistes
des chambranles et les ornements du banc supporté
par des consoles, révèlent le goût exotique;
mais le caractère de l'édifice tient essentiellement
à ses formes empruntées au plus pur style arabe.
Deux autres sebîls, qui portent les noms des sultans
Mahmoud et Moustafa, et qui datent de la même
époque, ne peuvent être comparés avec celui de
Abd er-Rahmân. On y remarque bien quelques
motifs arabes, mais par son caractére principal,
l'édifice s'éloigne trop des monuments analogues
de la belle époque. Tandis que les faïences qui
décorent l'intérieur du sebîl de Abd er-Rahmân
sont des produits orientaux, celles qui couvrent les
murs du sebîl du sultan Moustafa viennent d'Europe
(Hollande). Les jambages des fenêtres sont
bizarrement décorés; enfin l'influence européenne
est par trop manifeste.
Nous voici arrivés au seuil du dernier siècle
qui a vu l'Égypte reprendre son autonomie. L'histoire

en est trop récente pour que nous ayons à la
rappeler ici.
Mais comment terminer ce court aperçu sans
rendre un hommage bien mérité à l'illustre fondateur
dé la dynastie actuelle, dont le glorieux souvenir
restera toujours lié à l'effort considérable
employé pour élever ce pays au niveau de toutes
les exigences de la civilisation moderne? Il est à
espérer que cette renaissance scientifique et industrielle
aura pour corollaire — c'est la loi ordinaire
du progrès humain — un nouvel essor de
ce développement artistique qui a tant contribué
à la prospérité de l'Égypte.


DYNASTIES MUSULMANES
EN ÉGYPTE.

Après
Jésus-Christ.
I. Sous les premiers Khalifes, sous les Omayyades
et sous les Abbassides, l'Égypte est administrée
par des gouverneurs
640 à 648
II. L'Égypte est presque indépendante sous les
Toulounides
868 à 904
Ahmed ibn Touloun 868
Khoumaraouyeh 883
Gueich ibn Khoumaraouyeh 895
Hâroun ibn Khoumaraouyeh 896
Cheybân ibn Ahmed ibn Touloun 904
III. Gouverneurs au nom des Khalifes 905 à 934
IV. L'Égypte est presque indépendante sous les
Ekhchidîtes
934 à 969
Mohammed el-Ikhchîd 934
Aboul-Kâssim ibn el-Ikhchîd 946
Aboul-Hassan Ali ibn el-Ikhchîd 960
Aboul-Misk Kâfour 966
Aboul-Faouâris Ahmed ibn Ali 968
Après
Jésus-Christ.
V. Les Fatimites fondent un gouvernement
totalement indépendant des Khalifes de
Bagdâd
969 à 1169
El-Moïzz ibn el-Mansour 969
El-Azîz ibn el-Moïzz 975
El-Hâkim 996
Ez-Zâhir 1021
El-Mostansir 1036
El-Mostaali 1094
El-Amir 1101
El-Hâfiz 1131
Ez-Zâfir 1149
El-Fâïz 1154
El-'Adid 1160
VI. Les Ayyoubites 1169 à 1250
Selâh ed-Dyn ibn Ayyoub 1169
El-Azîz Osmân ibn Selâh. ed-Dyn 1193
El-Adil ibn Ayyoub 1200
El-Kâmil ibn el-Âdil 1218
El-Âdil ibn el-Kâmil 1238
Es-Sâlih Ayyoub ibn el-Kâmil 1240
El-Mouazzam Tourân Châh 1249
VII. Les sultans-mamlouks turcomans (bahrîtes) 1250 à 1382
Chagarat ed-Dorr (reine), veuve d'es-Sâlih
Ayyoub
1250
El-Moïzz Aybek 1250
El-Mansour Ali ibn; Aybek 1257
Après
Jésus-Christ.
El-Mozaffar Koutouz 1259
Bey bars Ier 1260
Es-Saïd Baraka ihn Beybars 1277
El-Adil Selamich ibn Beybars 1279
Kalaoun 1279
Khalîl ibn Kalaoun 1290
En-Nâssir Mohammed ibn Kalaoun 1293
El-Âdil Katbogha 1294
El-Mansour Ladjin 1296
En-Nâssir Mohammed ibn Kalaoun (2e règne) 1298
Beybars II (el-Gâchankîr) 1308
Mohammed en-Nâssir ibn Kalaoun (3e régne) 1309
El-Mansour Aboubakr (Ibn en-Nâssir Md) 1341
El-Achraf Koudjouk do do 1341
En-Nâssir Ahmed do do 1342
Es-Sâlih Ismaïl do do 1342
El-Kâmil Cha[illeg.]bân do do 1345
El-Mozaffar Haggi do do 1346
Hassan do do 1347
Es-Sâlih Sâlih do do 1351
Hassan (2e règne) do do 1354
El-Mansour Mohammed ibn Haggi 1361
El-Achraf Chaabân ibn Hussien 1363
El-Mansour Ali Chaabân 1376
Es-Sâlih Haggi ibn Chabaân 1381
VIII. Les sultans-mamlouks circassiens (borguîtes) 1382 à 1517
Après
Jésus-Christ.
Barkouk 1382
Farag ibn Barkouk 1399
Abd el-Azîz ibn Barkouk 1405
Farag ibn Barkouk (2e règne) 1405
El-Mouayyed Cheykh 1412
El-Mozaffar Ahmed ibn Cheikh 1421
Ez-Zâhir Tatar 1421
Mohammed ibn Tatar 1421
Barsbaï 1422
Youssouf ibn Barsbaï 1438
Djakmak 1438
Osmân ibn Djakmak 1453
Inâl 1453
Ahmed ihn Inâl 1461
Khochkadam 1461
Ez-Zâhir Yalbaï 1467
Timourbogha 1467
El-Achraf Kaïtbaï 1468
Mohammed ibn Kaïtbaï 1496
Ez-Zâhir Kansou 1498
Djanbalât 1500
El-Âdil Toumânbaï 1501
Kânsou el-Ghouri 1501
El-Achraf Toumânbaï 1516
IX. Les Ottomans 1517

MUSÉE NATIONAL DE L'ART ARABE.
CATALOGUE.
PREMIÈRE, DEUXIÈME ET TROISIÈME SALLES.
PLÂTRES, PIERRES DE TAILLE, MARBRES.

I. — PLÂTRES.

Le stuc a été employé dès l'origine de l'art arabe
en Égypte, et c'est avec cette matière que les premiers
ornements architecturaux ont été exécutés
dans ce pays. Nous en avons un exemple dans le
plus ancien des monuments conservés jusqu'à ce
jour, la mosquée d'Ibn Touloun, construite en 876
après J.–C., et qui, malgré la restauration presque
complète dont elle fut l'objet en 1296, garde encore
une partie de ses ornements primitifs en stuc.
Mais c'est au XIIIe siècle que l'emploi du stuc dans
la décoration atteint son plus haut degré de perfection.
Le tombeau du sultan Kalaoun et la mosquée
de son fils Mohammed en-Nâssir en fournissent de
beaux exemples: c'est principalement sur la tour

de cette mosquée que l'on trouve des ornements en
stuc répandus à profusion.
La troisième salle du Musée contient une petite
mais intéressante collection de plâtres dont quelques
morceaux sont des spécimens qui nous renseignent
sur les travaux h[illeg.]bituels des artisans
musulmans. Voici les quelques pièces qui ornaient
deux fenêtres intérieures de la madrassa el-Kâmilieh
construite en 1224 après J.–C. et qui est en ruine
depuis des années(1). Nous voyons, tout d'abord,
dans ces fragments que les ornements sont taillés
dans le vif de la matière. Il est aussi à observer que
la décoration est placée à deux niveaux différents.
Cela a été confectionné en préparant d'abord tous
les ornements dans le premier niveau, et ensuite les
parties en relief ont été posées en seconde couche.
La décoration en stuc a été employée à toutes
les époques, même quand la pierre de taille était
considérée comme la matière de construction par
excellence. Il nous suffira de rappeler à ce propos les

beaux ornements de la coupole de la mosquée
Ak Sonkor à Darb el-Ahmar, construite en 1347 et
la frise classique, à inscription koufique, de la plus
monumentale mosquée de l'Egypte, celle du sultan
Hassan, 1358.
Dans la seconde moitié du XVe siècle, l'emploi du
stuc n'est plus si répandu comme matière décorative;
on lui préfère le marbre ou la pierre de taille. Mais,
justement, un monument de ce temps-là prouve que
l'ouvrier n'a pas pour cela oublié l'adresse de ce
métier et que cet art n'a point dégénéré. Ce monument
est le tombeau connu sous le nom de "kobbat
el-Fadaouieh", à l'Abbassieh, près du Caire. L'intérieur
est tout couvert, jusqu'à la cime du dôme,
d'ornements et d'inscriptions en stuc. La façon de
travailler est toujours la même que celle des siècles
antérieurs: le découpage(1).
Les Arabes ont encore employé le stuc pour la clôture
de fenêtres, dans les claires-voies et les châssis
de vitraux. La claire-voie proprement dite consiste en
une grille découpée dans une assez forte table de plâtre.
C'est le plus ancien procédé de fermeture de fenêtre.
Il fut employé jusqu'au XIIIe siècle environ. La mosquée
d'Ibn Touloun nous en fournit le premier exemple(2).
(1) Il a été construit par Youchbak, fils de Mahdi, majordome
du sultan Kaïtbaï.
(2)
Il est peu probable que les claires-voies de la mosquée
d'Ibn Touloun soient contemporaines de la fondation de la
mosquée, car leurs motifs n'ont rien de l'incertitude qui
caractérise l'ornementation primitive de ce monument; au
contraire, elles portent le cachet de la maëstria que l'on remarque
dans toutes les compositions de la brillante époque d'en-Nâssir
Mohammed. Il est pourtant indubitable que les clairesvoies
d'aujourd'hui en remplacent d'autres qui ont été faites à
l'époque d'Ibn Touloun.
A l'appui de ce que nous venons de dire, qu'il nous soit
permis de rappeler que la mosquée d'el-Hâkim bi Amr Allah
possède aussi des claires-voies, qui sont loin, il est vrai, d'avoir
la perfection que nous offrent celles de la mosquée toulounide.
Rappelons en passant que la mosquée d'Ibn Touloun a été sérieusement
restaurée au XIIIe siècle. Il est donc probable que les
claires-voies datent de cette époque. Cette probabilité gagne
encore en certitude, si nous considérons l'identité des ornements
qui décorent l'intrados des fenêtres de la mosquée toulounide
et celle du mausolée de Kalaoun.
Dans les dessins de ces claires-voies, la riche
fantaisie de l'artiste se manifeste souvent d'une
manière heureuse. Nous renvoyons pour cela aux
fenêtres de la mosquée en question qui présente,
dans le dessin une variété presque impossible à concevoir.
L'ancienne et magnifique mosquée du sultan
Beibars el-Bondoukdâri qui, aujourd'hui, n'est plus
qu'une ruine, offre également une grande richesse
de composition dans les quelques restes de ses
claires-voies qui émergent de-ci de-là des baies
grossièrement bouchées. Le maristân de Kalaoun
possède aussi de belles grilles en plâtre découpé,
bien conservées. Ces grilles étaient simplement destinées
à clore les baies des fenêtres dans les mosquées

à cour ouverte, comme celles d'Ibn Touloun, d'el-Hâkim
et autres; dans les constructions fermées,
comme par exemple le maristân de Kalaoun, les
grilles servaient à protéger les fenêtres proprement
dites. Ces fenêtres munies de vitres, connues sous
le nom de vitraux en plâtre ajouré — en arabe,
kamarieh ou chamcieh — se rencontrent seulement
dans la seconde moitié du XIIIe siècle.
Il y a lieu de distinguer deux sortes de vitraux
qui correspondent à des époques différentes. Dans
la première, après avoir posé les vitres, qui suivent
à peu près les lignes du dessin découpé dans la
plaque en plâtre, on appliquait sur celle-ci des
baguettes minces, également en plâtre, pour retenir
les vitres. Les baguettes se raccordaient avec le
dessin de la face opposée. Ce système est le plus
ancien. Il était pratiqué entre le milieu du XIIIe siècle
et la première moitié du XIVe siècle. Les verres employés
sont toujours très épais. Nous citerons comme
exemples les tombeaux des sultans Sâlih Ayyoub,
Kalaoun (XIIIe siècle), la mosquée funéraire de Sangar
el-Gaouli (XIVe siècle), etc.
Dans la deuxième époque, dont les plus beaux
types nous sont offerts par les monuments de la
deuxième moitié du XIVe siècle et du XVe siècle, on a
supprimé les baguettes et fixé les vitres sur la face
postérieure de la plaque découpée en y coulant du
plâtre, qui s'étendait jusqu'aux vitres et les fixait ainsi.
Il en existe encore des spécimens dans la mosquée

du sultan Barkouk (1384) au Caire et dans les constructions
qui datent de l'époque du sultan Kaïtbaï
(fin du XVe siècle), mosquées d'Abou Bakr Mazhar,
Kidjmâs el-Ishâki, etc. Les vitres fabriquées pour
les fenêtres de ces mosquées sont quelquefois d'une
minime épaisseur.
Les vitraux en plâtre ajouré des derniers siècles
ne supportent pas la comparaison avec les anciens.
Les dessins en sont pauvres, l'exécution grossière,
et, quant aux vitres, on n'avait plus le choix des
produits locaux pour combiner l'effet harmonieux
des couleurs. On a donc été obligé d'employer les
vitres que l'importation mettait sur le marché.

II. — PIERRES DE TAILLE.

D'abord uniquement employé, le mode de construction
en briques ou en moellons piqués, qui
nécessitait la couche de plâtre, en elle-même peu
résistante, fit place peu à peu à l'emploi de la
pierre de taille qui offre plus de solidité. Autant
qu'on peut s'en rendre compte par les monuments
existants, il semble que l'emploi général de la pierre
dans les constructions des Arabes en Egypte a eu lieu
assez tard, ce qui est très curieux, car les Arabes,
lors de leur invasion, ont trouvé beaucoup de constructions
monumentales de l'époque des Pharaons
et de la période gréco-romaine, pendant lesquelles
les pierres étaient les matériaux prédominants.
La première mention en est faite par le voyageur
oriental Nâssiri Khosrau(1), qui, parlant du palais
d'el-Moïzz construit en 970, dit que les murs sont
édifiés avec des pierres "si bien liées entre elles
qu'on les croirait taillées dans un seul bloc". C'est
aussi vers cette époque, en l'année 1091, que furent
élevées les trois portes dites Bâb el-Fetouh, Bâb en-Naçr
et Bâb Zoueila, chefs-d'œuvre de l'architecture
en pierre de taille. Le fait est que toutes les mosquées
qui datent d'avant le VIe siècle de l'hégire
(XIIe) sont bâties en briques(2).
La plus ancienne mosquée qui s'écarte de cette
règle et dans laquelle la pierre de taille a trouvé son
emploi, est la mosquée appelée el-Akmar, fondée au
Caire sous le prince fatymite Âmir bi Ahkâm Allah
en 1125 et dont nous avons parlé plus haut. Elle n'a

d'ailleurs que ses façades en pierres de taille; dans
l'intérieur, les voûtes, qui reposent sur des colonnes
de marbre sont en briques. Dans la façade principale
de cette mosquée, le travail en pierre est très bien
exécuté; la taille est exacte, le jointement soigné et
la sculpture des ornements et des inscriptions, fort
habile. Ce sont là autant de preuves que cet ouvrage
n'est pas un travail d'essai, mais qu'il a dû, au
contraire, avoir des précédents.
Cette mosquée vient en tête d'une série d'édifices
semblables, c'est-à-dire avec façades en pierres de
taille et intérieur en briques. Ce procédé de construction
s'est maintenu jusque vers la fin du
XIIe siècle. A cette époque, même dans les murs
intérieurs, les briques sont en général remplacées par
la pierre de taille, à grands joints et, en conséquence,
piquée et toujours destinée à recevoir un
enduit.
Avant le XIVe siècle, on n'employait que des briques
dans la construction des minarets. Le somptueux
monument du sultan Kalaoun qui comprenait la
mosquée, le tombeau et un grand hôpital, a été le
premier à avoir une tour en pierres de taille(1). Il

marque donc un autre pas vers la généralisation de
l'emploi de cette matière. A partir de cette époque,
les tours en pierres de taille se multiplient jusqu'à
l'avènement des sultans circassiens; sous leur règne,
l'emploi de la pierre de taille atteignit son apogée.
En effet, elle devint la matière de construction préférée,
et les parties d'édifices pour lesquelles jusqu'alors
on n'avait employé que les briques, furent
faites aussi en pierre. Les problèmes de construction,
même les plus difficiles, sont résolus avec une
extrême facilité; on sent que l'architecte est devenu
maître de cette matière. Ce progrès dans l'art de
construire venait fort à propos en aide à l'esprit
éminemment décoratif de l'époque, qui prodiguait
partout ses arabesques, dont la conception paraît
si naturelle et dont l'exécution est si habile. Ainsi
les coupoles qui, jusqu'alors masquées sous un
enduit, ne permettaient pas au constructeur de les
décorer facilement, pouvaient, grâce à l'emploi de
la pierre, se prêter aussi à une soigneuse ornementation.
En effet, nous voyons déjà les premières coupoles
en pierres de taille, celles entre autres de la mosquée

funéraire du sultan Barkouk (1405-1410), se couvrir
de bâtons en zigzags. Aussitôt après, d'autres
dômes se revêtent de plus gracieux ornements, à la
vue desquels on oublie la matière inerte d'où on
les a fait jaillir.
Le plus large emploi de la pierre de taille devait
naturellement trouver place dans la partie décorative
de l'architecture. Aussi, on ne tarda pas à
employer les matériaux de couleur différente, car
leur usage venait en aide au goût de l'ornementation
spéciale au style arabe qui en a tiré beaucoup
d'avantage. Par l'enchevêtrement des pierres, on
allait jusqu'à créer une sorte de grande mosaïque
dans laquelle on se plaisait à reproduire des parties
entières de la bâtisse. On alla même plus loin: on
ne se contenta plus de composer seulement les portails
en assises de couleurs alternantes; des façades
entières furent construites de cette façon(1). Sauf
erreur, la première construction dans laquelle des
assises de différentes couleurs furent employées est
la mosquée du sultan Beibars devant la porte el-Housseinieh
au Caire. Les portails de cette mosquée
sont construits en pierres de deux couleurs.
La pierre de taille n'a pas été seulement employée

comme matière de construction dans le sens étroit
du mot. On l'utilisait aussi pour les cénotaphes, les
chaires de mosquée (minbar), et les dikka (sortes
de tribunes). A ce propos, nous mentionnerons le
minbar en grès blanc, d'une rare beauté, dont le
sultan Kaïtbaï a doté la mosquée funéraire du sultan
Barkouk aux tombeaux des khalifes. Ce travail de la
fin du XVe siècle est un véritable bijou de l'art décoratif
arabe.
L'Égypte dispose d'une quantité assez considérable
de pierres de construction(1); mais il faut un dur travail
pour arriver à extraire des carrières les matériaux
de bonne qualité. Il est à constater qu'à ce propos
les Arabes ne marchèrent pas sur les traces des
Égyptiens, des Grecs et des Romains. Ils préféraient
utiliser les matériaux que leur offraient les constructions
disséminées dans le pays; aussi, est-il aisé de
découvrir dans les murs d'enceinte beaucoup de
pierres couvertes d'hiéroglyphes, sans mentionner
spécialement les innombrables linteaux, seuils,
colonnes, etc., que nous rencontrons dans presque
toutes les mosquées. Tous ces morceaux proviennent
des bâtisses disparues.
La pierre qu'on employait ordinairement dans la
bonne époque est un calcaire blanc, d'une consistance

pleine, qui, avec le temps, prend un ton grisâtre, ou
bien encore une pierre jaunâtre, qui est un agglomérat
de coquillages fossiles (nummulites). Depuis l'époque
turque, on s'est servi, presque exclusivement,
de cette dernière qualité qui, à cause de sa porosité,
ne se prâte pas aux fines sculptures jadis exécutées.
Les objets en pierres de taille conservés dans le
Musée sont, en grande partie, des fragments provenant
de constructions, tels que chapiteaux, frises,
et contenant ornements, inscriptions, etc. La riche
collection des stèles funéraires que possède le Musée
mérite une mention spéciale. Quelques-unes d'entre
elles sont en pierre dure; on se contentait alors de
piquer simplement à la petite boucharde le fond
des inscriptions.

III—MARBRES.

Le marbre a été utilisé par les Arabes à toutes les
époques. Ils en ont fait un large emploi dans les
premiers temps de leur arrivée en Egypte, pour les
stèles funéraires. Mais le pays étant pauvre en marbre,
ils ne songèrent qu'à utiliser les matériaux que
leur offraient les monuments gréco-romains ou chrétiens
de la vallée du Nil. Ahmed ibn Touloun eut
beaucoup de mal à concevoir la construction de sa
grande mosquée, ne voulant pas, comme ses prédécesseurs,
spolier les églises de leurs colonnes. Cette
habitude de spoliation s'est perpétuée assez tard.
Dans la mosquée de Mohammed en-Nâssir (XIVe siècle

à la Citadelle, on trouve un chapiteau avec l'aigle
romaine; dans celle du savant sultan el-Mouayyad
(XVe siècle) un des chapiteaux porte la croix dans
une couronne. Citons encore les chapiteaux byzantins
si connus des colonnes qui flanquent la niche
de prière dans la mosquée d'Ibn Touloun.
Mais ce n'est pas seulement la vallée du Nil qui
fut exploitée; les historiens font mention de cargaisons
complètes de marbres tirés des villes détruites
de la Syrie. Lorsque le sultan Beibars el-Bondoukdâri
construisit sa splendide mosquée, il fit écrire dans
plusieurs pays pour obtenir les marbres et les bois
dont il avait besoin pour la décorer.
Cette façon aisée de se procurer des colonnes, était
un obstacle au développement de la colonne en style
arabe. Du moment qu'on trouvait des colonnes dans
les monuments étrangers, il était superflu d'en sculpter
de nouvelles et de se mettre en frais d'originalité
pour le piédestal et le chapiteau. En réalité, si nous
faisons abstraction des chapiteaux en forme de vase
(en arabe kolla, à cause de leur ressemblance avec
les vases en terre cuite où l'on garde l'eau), le chapiteau
à stalactites, qui est le chapiteau absolument
arabe, ne se rencontre que plus tard.
L'emploi du marbre se généralisa seulement vers
le XIIIe siècle et les siècles suivants, qui donnèrent
les chefs-d'œuvre que nous admirons aujourd'hui.
Le marbre a trouvé son application principale dans
les travaux de placage, surtout dans les portails,

parfois d'une façon magistrale, parfois d'une façon
gracieuse; mais c'est spécialement dans les mosaïques
murales et dans les carrelages, que les artistes
arabes surent en tirer les plus beaux effets décoratifs.
La mosaïque a été faite de deux manières. Ou
bien, elle consiste en de petits morceaux appliqués
dans un lit de mortier, ou bien en divers morceaux
scellés sur fond dur — incrustation. Là où les contours
des champs à incruster étaient trop mouvementés,
ce qui représentait beaucoup de travail à la
taille, on préféra remplir les dessins entaillés avec
du mastic résineux. Ce mastic se retrouve presque
toujours dans les couleurs rouge et noire.
Le Musée ne possède pas une grande collection
de ces modes de revêtement; toutefois, on peut en
voir dans les mosquées des spécimens d'un fini qui
ne laisse rien à désirer, et dont on ne saurait trop
admirer la richesse de coloris et la variété de dessin.
Les ornements sculptés dans le marbre sont d'une
exécution beaucoup plus fine que ceux qu'on trouve
sur les pierres
Le marbre, autant et même plus que la pierre de
taille, a été employé principalement dans la période
moderne pour la construction des tombeaux, minbars,
etc. Le Musée possède une riche collection de
récipients en marbre habilement taillés en plein
bloc. Signalons, en outre, les supports de ces récipients
recouverts d'inscriptions, d'ornements ou
d'animaux chimériques.

[Back to top]


SALLE No 1.
PIERRES ET MARBRES AVEC INSCRIPTIONS.

Presque tous les objets exposés dans cette salle
sont des pierres funéraires, châhid (chaouâhid), en
forme de plaque ou de colonne. Les premières sont
en marbre grisâtre ou en grès jaune. Les châhid en
marbre proviennent du vaste terrain d'Aïn es-Sîra,
au sud du Caire, le plus ancien cimetière musulman
de l'Égypte, avec celui d'Assouan, d'où ont été
apportées les pierres funéraires en grès.
Ces stèles datent des premiers siècles de l'hégire;
les inscriptions qu'elles portent sont en caractères
koufiques (de la ville Koufa en Mésopotamie); cette
écriture était en usage dans les premiers siècles de
la civilisation musulmane. Les caractères sont ou
gravés ou en saillie sur les châhid en marbre;
toujours en creux sur les grès.
Les épitaphes, au nombre de deux mille à peu près,
et dont les plus remarquables seulement ont été
casées dans la salle, offrent souvent beaucoup d'intérêt
au point de vue de la paléographie. Nous
relèverons les particularités qu'elles présentent
d'après les notes de M. Ali bey Bahgat que nous
ferons suivre de ses initiales.
Observation.—Afin qu'on puisse trouver facilement les

monuments exposés, nous énumérerons d'abord ceux qui sont
disposés contre les parois et ensuite les monuments placés au
milieu de la salle. L'ordre chronologique a été observé dans
chacun des groupes.
Les nos 1—117 sont exposés contre les parois.

PIERRES FUNÉRAIRES
DE LA PREMIÈRE ÉPOQUE ABBASSIDE
(750-870).

1.— Bas d'une
stèle en marbre,
inscription au texte
koranique en
creux. 182 de l'hégire
(798). La plus
ancienne de la
collection (fig. 1).

Fig. 1.

3.—Plaque en
marbre jaunâtre
veiné, inscriptions
en creux.
188 de l'hégire
(803).
L'épitaphe se
termine par cette
phrase:

* Qu'Allah ait pitié de toute personne qui, en lisant
cette inscription, demanderait la bénédiction d'Allah en
faveur du défunt.
— A. B.
»4.— Plaque en marbre grisâtre, inscription en
creux. 190 de l'hégire (806). Au bas, des figures
géométriques, dont deux sont des "cachets de Salomon".
5. — Plaque oblongue en marbre, inscription
en creux.
* Le caractère de l'écriture doit la faire ranger dans l'espèce
dite "mekkoise". La paléographie reconnaît pour la première
époque de l'Islâm quatre écritures principales que l'on aime à
désigner par le terme générique de koufique: la mekkoise, la
médinoise, l'écriture de Basra et l'écriture de Koufa. Les deux
premières sont les plus anciennes et se distinguent par leurs
alifs qui se replient vers la droite. Les stèles qui offrent cette
particularité ne peuvent par conséquent pas être postérieures
à la première moitié du IIe siècle de l'hégire.—A. B.
6.— Plaque en grès. 207 de l'hégire (822).
Nous rappelons que les inscriptions sur les stèles
de grès sont toujours en creux. A noter aussi la
plate-bande qui entoure souvent cette sorte d'épitaphe.
8.— Petite plaque funéraire en marbre gris,
inscription en creux, bordée sur trois côtés d'une
"chaînett" formée de lignes courbes que l'on retrouve
souvent ensuite comme motif décoratif. 229
de l'hégire (843).
* La généalogie du défunt remonte jusqu'à Zeid el-Ansâri, un
de ceux qui ont combattu pour propager la foi musulmane.
Zeid était à la fois le compagnon et un des secrétaires du
Prophète; il avait appris l'hébreu pour pouvoir correspondre
dans cette langue.— A. B.
10. — Plaque en grès. 251 de l'hégire (855).
Les réflexions par lesquelles commence l'épitaphe méritent
d'être retenues.

* Chose étonnante! Comment peut-on être gai quand
on est persuadé qu'on va mourir? Chose merveilleuse!
Comment peut-on être triste quand on croit à la fatalité?
Chose extraordinaire! Comment peut-on compter sur ce
mondè, lorsqu'on en constate les vicissitudes?
— A. B.
12. — Plaque en marbre grisâtre, inscription
en creux, bordée par la chaînette; en haut, une ligne
en zigzag. 253 de l'hégire (867).
* A noter le style pompeux du texte. — A. B.
13. — Plaque en marbre, les lettres de l'inscription
sont à peine accusées par une légère taille
du fond.
Cette manière d'obtenir le relief est employée
dans la suite concurremment avec le système de

l'inscription creusée dans la pierre. 254 de l'hégire
(868).
14. — Plaque en marbre, inscription creuse.
257 (870).
* Le défunt était un descendant du khalife Abou Bakr. — A. B.

ÉPOQUE TOULOUNIDE
(870-905).

16. — Plaque en marbre: stèle funéraire; inscription
ressemblant à celle du no 10. 260 de l'hégire
(873).
* L'épitaphe mentionne un descendant d'Amr ibn el-Âs, le
conquérant de l'Égypte. — A. B.
17. — Fragment d'une plaque de marbre avec
inscription koufique aux lettres trapues et très saillantes.
Cette plaque est un fragment d'une des deux tables
commémoratives qui ont été posées par Ahmed ibn
Touloun dans sa mosquée, construite en 876-878.
On voit dans la mosquée un grand morceau d'une autre
table pareille scellée contre un des piliers du liouân principal.
Ces plaques ont été retrouvées dans les décombres de la mosquée
lors du déblaiement qui fut fait en 1890.
20. — Grande plaque en marbre avec inscription
en relief, mentionnant le nom d'un membre de la

tribu des Koraïchites, anoblie par le Prophète.
266 de l'hégire (880) (fig. 2).

Fig. 2.

21. — Plaque en marbre. L'inscription est ici plus
soignée que sur les pierres tombales précédentes.
Le texte se continue aussi sur le bord monté de la
pierre (incomplet). 270 de l'hégire (883-884).

DEUXIÈME ÉPOQUE ABBASSIDE
(905-934).

32. — Stèle funéraire en marbre blanc égyptien
d'Abou Garâya, encadrée d'une moulure. 303 de
l'hégire (915).
34. — Plaque en marbre; inscription avec lettres
en creux, bien soignées. Le texte est entouré sur
trois côtés d'une ligne ondulée. 309 (922).

ÉPOQUE EKHCHIDITE
(934-969).

38. — Partie inférieure d'une stèle funéraire en
marbre avec inscriptions en creux très soignées
(fig. 3).
L'épitaphe rappelle le nom d'un chérif, mort le 5 Cha[illeg.]bân
341 (952) et dont l'origine remonte jusqu'à Hussein ibn Ali
ibn Abou Tâlib. — A. B.
39. — Bloc calcaire avec inscription koufique en
creux. Provenant du Fayoum.
Le texte commémore l'érection d'un édifice. Voici
le passage qui s'y rapporte:

* Qu'Allah bènisse Azhar fils de Kaoussar! Celui-ci

est un des édifices qu'il a élevés par la grâce d'Allah en
l'année 344 de l'hégire (955).
— A. B.

Fig. 3.

42. — Stèle funéraire en marbre, inscriptions
en creux. A noter un essai d'ornements de lettres.
355 de l'hégire (968).

ÉPOQUE FATYMITE
(969-1171).

44. — Plaque en marbre avec inscription en
creux, peu soignée. 372 (983).
* Le défunt doit être un des petits-fils d'Abou Naouâs, fameux
poète du temps d'Haroun er-Rachîd. — A. B.
46. — Partie inférieure d'une plaque funéraire
en marbre d'un descendant d'Ali. Les lettres koufiques
se détachent sur un large fond enlevé. 389 de
l'hégire (999).
47. — Fragment d'une stèle funéraire en marbre
au nom d'un certain Ali. Les grandes lettres koufiques
ornementées et très soigneusement dessinées,
se détachent en fort relief.
48-52. — Cinq fragments d'un bandeau en pierre
calcaire avec inscription koufique en fort relief aux
lettres décorées de feuillages.
Ces pièces ont été trouvées dans la mosquée d'el-Hâkim.
Ce fait et le texte commémoratif mentionnant
un Alide, ne laissent aucun doute sur son rapport
avec ce khalife. El-Hâkim bi Amr Allah a régné
de 996 à 1021.
Nous donnons ci-dessous la traduction de l'inscription
avec le passage manquant entre parenthèses.

* Voici ce qu'a ordonné de construire (I'imâm Hâkim
bi Amr) Allah, I'émir des croyants, que la bénédiction
d'Allah soit sur lui et sur ses ancêtres purs.
— A. B.
54. — Plaque funéraire en grès. 412 de I'hégire
(1021).
* Un fait curieux à relever, c'est que l'année de l'hégire est
accompagnée du nom copte "hator" du mois en question.
— A. B.
56. — Inscription koufique en stuc résineux
rouge incrusté dans le marbre et formant bandeau.
Provenant de la mosquée Sayeda Nefîssa.

La traduction du texte est la suivante:
Au nom d'Allah clément... (voici ce qu'a ordonné
de faire le serviteur et I'ami d'Allah, Aboul Maïmoun,
Abd el-(Meguid).
* Le kounieh (prénom) d'Aboul Maïmoun n'étant porté que
par le khalife el-Hâfiz, la construction à laquelle fait allusion
cette pièce doit remonter à la première moitié du VIe siècle
de l'hégire (XIIe). — A. B.
Dans cette inscription, le trait final des lettres
koufiques est recourbè et reporté au-dessus des
lettres mêmies. Cette particularité mérite d'être retenue,
car elle constitue un des points caractéristiques
de la calligraphie fatymite. En effet, tandis que le

trait final des lettres ainsi tracées est très rare
antérieurement à la dynastie des Fatymites, il se
généralise à leur époque. (Voir aussi les stèles en
forme de colonne de cette époque.)
58. — Marbre portant une épitaphe en lettres
koufiques creuses. Le texte s'allonge aussi sur le bord
relevé de la plaque. 462 de l'hégire (1069)
60. — Stèle en basalte avec inscription obtenue
par un léger piquetage du fond. 434 (1045). Ce
genre de travail apparaît chaque fois que la matière
est très dure. On en trouvera d'autres exemples aux
nos 61, 63 et 65.
61 et 61 a. — Parties inférieures de deux stèles
funéraires en basalte, portant l'une la date 426
(1034) et l'autre 430 de l'hégire (1038).
Trouvées dans l'ïle ez-Zomorrod (émeraude), dans la mer
Rouge et offertes au Musée par M. le commandant Gaunt. 1902.
62. — Plaque en marbre avec inscription koufique,
commémorant la fondation d'un édifice élevé
par ordre du khalife fatymite el-Hâfiz qui a régné de
524 à 544 (1130-1149).

* Voici ce qu 'a ordonné de faire, notre seigneur l'imâm
el-Hâfiz le-din Allah.....par la main de son esclave,
l'émir... Abou.... Gomouchtekîn el-Hâfizi.
— A. B.

ÉPOQUE AYYOUBITE
(1171-1250).

La grande révolution politique qui fit passer le
pouvoir des Fatymites aux Ayyoubites eut sa répercussion
sur toutes les branches de la vie sociale;
l'écriture même en subit un changement: en effet,
à partir de cette époque, le naskhi aux traits
flexibles remplace le koufique.
63. — Pierre tombale en basalte avec inscription
en naskhi ayyoubite. 567 de l'hégire (1172).
La nouvelle écriture dans sa première manifestation
(naskhi ayyoubite)(1) ne peut certainement pas
rivaliser avec le koufique rendu si décoratif, mais
elle ne tarde pas à s'améliorer sous les sultans
mamlouks, qui en font un riche usage dans la
décoration de leurs somptueux édifices.
(1) Nous adoptons volontiers les dénominations de "naskhi
ayyoubite" et "naskhi mamlouk" que M. van Berchem
emploie dans son Corpus inscriptionum arabicarum.
*A la valeur paléographique de cette pièce vient s'ajouter,
pour en augmenter le prix, le style pompeux du texte,
ignoré jusqu'ici, et qui se réfère d'ailleurs à un personnage
nommé "Sultan" mais inconnu dans l'histoire comme tel:
"le sultan, le plus magnifique, l'ornement de la religion,
gloire de l'Islâm et des Musulmans", etc. — A. B.
64. — Plaque en marbre avec inscription naskhi
ayyoubite, mentionnant la construction d'un édifice
par ordre du sultan Salâh ed-Dyn (fig.4).

Fig. 4.

Bien que la plaque ne soit pas complète, la partie
du texte qu'elle contient est compréhensible.

En voici la traduction:
* Voici ce qu'a ordonné de faire le seigneur auguste
el-Melik en-Nâssir... le vainqueur des champions de la
Croix, Salâh ed-Dounia oua ed-Dyn.....Aboul Mouzaffar
Youssef, fils du seigneur auguste... Ayyoub....
(a été préposé) à sa fondation et à sa construction I'émir
et général... l'esclave de I'émir des croyants, Abou
Saïd (Karadja (?) en l'année
) 583 (1187-1188).
— A. B.
Ce marbre a été trouvé à Alexandrie dans le mur de la ville,
près de Bâb es-Sidra attenat à l'école des RR. PP. Salésiens,
qui l'ont offert au Musée en 1898.
65. — Basalte. Stèle funéraire avec inscription en
naskhi soigneusement tracée et exécutée. Observer
surtout les points-voyelles dont les lettres sont
munies. Un are trilobé, d'où pend une veilleuse
supportée par des colonnes, sert d'encadrement à
l'inscription. 589 (1193).
Provenant de la ville de Kous (Haute-Égypte).
* Les points-voyelles, jusqu'ici inconnus sur les monuments,
sont marqués pour la première fois dans la stèle no 63, mais
seulement aux endroits indispensables, tandis que dans cette
inscription ils sont marqués partout. Entre les deux pierres, il
existe d'ailleurs une autre relation; c'est qu'Abou Sadâd el-Mou-affak
cité sur la stèle no 63 doit être le père ou l'oncle de la
dame dont ia stèle no 65 a marqué la tombe. A relever le
nom des sculpteurs, qui sont le nommé Abd er-Rahmân et
son neveu Mohammed. — A. B.

ÉPOQUE DES MAMLOUKS TURCOMANS
648-784 (1250-1382).

73. — Stèle funéraire en marbre, inscription en
naskhi. 661 de l'hégire (1263).
74. — Médaillon en calcaire avec inscription
provenant de la mosquée du sultan Zâher Beibars ler.
Cette mosquée construite en 667 (1268) au nord de la ville, et
maintenant en ruine, est d'une grande importance archéologique.
75. — Marbre gris avec quelques lettres du "bismillah"(1)
provenant du petit cimetière situé à
proximité du joli pont Abou Menagga non loin du
Caire (Kalioub).
Le pont d'Abou Menagga tire son nom du canal sur lequel il
est élevé et qui a été creusé par ordre du vizir el-Afdal, sous
la surveillance d'Abou Menagga. Il a été construit par Beibars Ier
(1260-1277) et reconstruit par le sultan Kaïtbaï (1468-1496).
L'étude que nous avons faite de ce monument lors des travaux
(1) On appelle ainsi la phrase

, au
non d'Allah clément et miséricordieux
qui est souvent dans la
bouche du pieux Musulman.

de consolidation qui ont été exécutés dans ces dernières années
a permis de constater que peu de chose en subsiste de l'époque
de sa fondation, Kaïtbaï ayant presque entièrement reconstruit.
C'est ce que prouvent les inscriptions contenues dans trois
grands médaillons que l'on voit sur le côté sud du pont. Les
documents de la première époque sont les lions (le no 129 de
la salle II en est un) et un grand nombre de fragments en
marbre avec inscriptions que les villageois ont employés
pour édifier leurs tombes dans le cimetière en question. Les
ornements qui accompagnent les lettres établissent d'une manière
irréfutable qu'il s'agit d'une inscription de la deuxième
moitié du XIIe siècle, tandis que les caractères gravés sur d'autres
fragments d'um marbre plus clair, peuvent facilement la faire
identifier comme une inscription de Kaïtbaï (voir le no 98). Ces
deux séries de fragments proviennent selon nous, d'inscriptions
avec lesquelles chacun des deux sultans avait historié son œuvre.
77. — Marbre avec épitaphe, au nom de Alam ed-Dyn
Sangar el-Djomakdâr (porte-massue).
Les plaques avec le bord relevé, comme la présente,
proviennent des autels d'églises coptes. On
les trouve souvent employées comme stèles funéraires
chez les Musulmans(1).
78. — Grande partie d'une frise avec inscriptions
constituant "wakf" une maison au profit de la mosquée
érigée par l'émir Sangar el-Gaouli (mort en
1344) et portant son nom.
Cette inscription en caractères naskhi mamlouk,

se trouvait sur la face des pierres qui formaient support
à l'encorbellement du premier étage(1).

ÉPOQUE DES MAMLOUKS CIRCASSIENS
(1382-1517).

87-90. — Fragments de marbre provenant de la
mosquée Aïtomouch. 1383.
88. — L'inscription naskhi mentionne le titre
"el-Ostâdâr" (majordome). Remarquez les lettres
arrondies et leurs enjolivements.
90. — Linteau de porte avec une inscription
koufique très décorative, avec les phrases:

Au nom d'Allah, que la volonté d' Allah soit faite; il n'y
a de force qu'en
Allah.
91, 92.
Fragments avec
inscription provenant
de la
mosquée du sultan
Barkouk en
ville (fig. 5).

Fig. 5.

93. — Petite
plaque en

marbre avec le "bismillah" en beaux caractères
naskhi. Trouvée dans la mosquée funéraire du sultan
Barkouk. 1392-1399.
94. — Linteau du minbar de la mosquée en ruine
Soudoun Mîr Zâdeh(1).
La première ligne de l'inscription est tirée du
Koran; la deuxième est la suivante:

A ordonné la construction de ce local béni, le nécessiteux
en Allah, Soudoun Mîr Zâdeh, en l'an 806 de
l'hégire
(1403).
95. — Médaillon avec inscription se référant à
la construction de la mosquée du cheikh el-Hanefi,
érigée par celui-ci en 1414.
97. — Marbre avec inscription fragmentaire en
naskhi, se référant à la construction d'un immeuble,
légué par le sultan Kaïtbaï. 1468-1495.
Trouvé dans la mosquée Barkouk, en ville.
98. — Fragment de marbre blanchâtre avec
quelques lettres. Très probablement de l'époque du
sultan précité. (Voir la notice du no 75.)
(1) Voir sur cette mosquée les notes historiques accompagnées
de planches dans le fascicule de 1903 des Comptes rendus
du Comité précité.
99. — Face d'une tarkîba (cénotaphe en pierre
ou en marbre; si la matière employée est le bois, on
l'appelle tabout) au nom d'une dame Bachmalik, fille
de Moussa, et de ses enfants. 1502.
Travail médiocre.
100. — Grand médaillon en pierre calcaire portant
en trois lignes le texte suivant:
Au milieu:

Gloire à notre seigneur le sultan, le roi el-Achraf.
En haut:

Aboul-Nasr Kânsou el-Ghouri.
En bas

Que sa gloire soit répandue.
Cette pièce provient de l'aqueduc du Vieux-Caire,
érigé par le sultan el-Ghouri en 911 (1505) et faussement
attribué au sultan Saladin. Les médaillons
pareils à celui-ci sont très répandus depuis le commencement
du XIVe siècle. Ils sont sculptés sur pierre
ou sur marbre; il s'en trouve sur les édifices; on en
ornait également divers objets en utilisant n'importe
quelle matière. La formule est toujours la même;

point d'autre changement que celui du nom du sultan
inscrit dans la première ligne. La louange du
sultan sur des disques pareils ne distingue pas
les édifices érigés par celui-ci, car elle se trouve
aussi sur des bâtiments fondés par un émir quelconque.

ÉPOQUE TURQUE
1517 (923 de l'hégire).

Avec l'occupation turque, l'écriture se transforme
une autre fois; elle devient le soulous aux caractères
allongés et au vide prononcé entre les lettres.
On ne tient plus compte de la matière employée
comme aux époques précédentes: on se borne à
reproduire sur la pierre ou le marbre la calligraphie
habituellement tracée sur le papier.
106. — Grande plaque funéraire en marbre au
nom de lyâs, ancien général turc établi en Égypte
992 (1594).
Caractère médiocre. Nous observons déjà sur ce
marbre un trait essentiel du goût turc, qui consiste
à encadrer d'un listel chaque ligne du texte.
107. — Marbre avec inscription en langue turque
et caractères persans, commémorant la réparation
faite à l'aqueduc du Vieux-Caire, par le gouverneur
turc Mohammed pacha. La valeur numérique du
dernier hémistiche: "cet aqueduc a été réparé par

Mohammed pacha", donne la date 1134 (1722).
— A, B.
108-109. — Cadrans solaires, le premier en marbre
de l'an 1163 (1750), l'autre en calcaire de l'an
1183 (1770). On lit sur celui qui porte le no 108:
"C'est un cadran solaire perfectionné dont il n'existe
pas de pareil; le dessinateur-calculateur (qui l'a
fabriqué) est le vizir glorieux". La date de la fabrication
se lit dans ces mots: Le vizir de l'Égypte
Ahmed l'a fait à la perfection.
En effet, la yaleur
numérique de ces mots correspond à la date inscrite
sur le cadran solaire. Le même vizir a placé
d'autres cadrans, notamment dans la mosquée el-Azhar
et dans un couvent au cimetière de Kaïtbaï.
— A. B.
110. — Plaque commémorative pour l'érection
d'une fontaine. 1181 (1767).
Les caractères de l'inscription présentent déjà le soulous
ture développé.
111. — Plaque commémorant la visite faite par
le Grand Mohammed Ali pacha, à son Silâhdâr (porte
d'armes) à l'occasion de l'inauguration d'un édifice
érigé par celui-ci en 1231 (1816).
Le texte est en langue turque.
112-116. — Parties de cénotaphes en marbre
sculpté et doré. XIIIe siècle de l'hégire (XIXe).
Les nos 118-160 sont exposés au milieu de la salle.
118. — Pièce oblongue en marbre portant sur
trois faces des inscriptions koufiques en relief. A en
juger par le caractère de l'inscription, cette pièce
provient d'un cénotaphe fatymite dont elle semble
avoir formé un côté.
Les pièces suivantes, à peu d'exceptions près, sont
aussi des châhid, stèles funéraires, comme celles
que nous avons examinées plus haut; elles n'en
diffèrent que par leur forme cylindrique ou prismatique.
On voit que plusieurs d'entre elles ont été
d'abord employées comme colonnes.
119-126. — Stèles de l'èpoque fatymite.
127-133. — Stèles de l'époque ayyoubite (ou de
la dernière époque fatymite).
128. — L'inscription mentionne "les jeunes gens
Harmoun et Hassan, enfants d'Ali, récemment mariés,
morts le 3 Ragab 575" (1276). — A. B.
Cette pièce est donc du commencement de l'époque
ayyoubite, ce qu'explique le caractère encore
"fatymite" des lettres.
129. — Châhid. Intéressant parson ornementation.
132. — Grande stèle funéraire en forme de
colonne recouverte d'un côté d'une longue inscription
en beaux caractères naskhi mamlouk en relief et de
l'autre, de quelques phrases et ornements tracés en
creux.
* Le texte énumère les hautes qualités et la piété du cheikh
Aboul-Abbâs Ahmed ed-Darîr (l'aveugle) el-Balanci (de

Valence), mort dans les dix derniers jours de Chaouâl, le
lundi, pendant qu'on faisait la prière de midi en l'an 623
(1226). — A. B.
134. — Stèle funéraire de l'époque des sultans
mamlouks.
135-138 a. — Plaques ouvragées sur les deux côtés,
preuve de leur emploi réitéré.
135. — Marbre portant d'un côté une inscription
koufique en creux et de l'autre, un texte en naskhi
ayyoubite.
* La première inscription est une épitaphe de l'an 366
(976); l'inscription naskhi fait allusion à la construction d'un
collège érigé par Saladin à côté du mausolée de l'Imâm ech-Châfaï,
sur la demande du cheikh el-Mouaffak Aboul.....
el-Khabouchâti, en l'an 575 (1172). — A. B.
138. — Grès; d'un côté un ornement copte, de
l'autre une épitaphe en caractères koufiques.
138 a. — Grande plaque en marbre blanc portant
sur un côté une épitaphe en langue latine
avec la date 1638, sur l'autre côté, en caractères
naskhi, une inscription arabe, en mémoire de la
construction d'une fontaine par un émir Moustapha.
Le texte de l'inscription arabe contient l'éloge du
fondateur et fixe l'année de la fondation 1064 (1653-1654)
par le dernier hémistiche: "Qu'Allah lui
donne à boire du fleuve de Kaoussar (un des fleuves
du paradis)". Cette date est aussi inscrite en chiffres
au milieu du dernier registre.
Sur l'autre côté, l'inscription latine surmontée du
blason du titulaire occupe la moitié inférieure d'un
champ encadré de bas-reliefs en style renaissance.
La voici avec sa traduction(1):
Illustrissimo D.D. A très illustre Seigneur
Santo Seguezzio Santo Seguezzi
Hierosolymitani Chevalier très insigne de l'ordre
Ordinis Equiti de Jérusalem
Meritissimo-Nec non Créé aussi chevalier
Sancti Michaelis a de saint Michel
Christianissimo rege par la faveur
Gratiose Creato = du roi Très Chrétien =
Gallorum, Anglorum. Ayant exercé avec intégrité
Atque Belgarum in le Consulat dans tout le pays
Tola Ægypti regione d'Égypte pour la France,
Consulatum integre L'Angleterre et la Belgique =
Gerenti = et in regia et heureusement décédé
Memphi Feliciter dans la ville royale de Memphis
Occumbenti IV Februarii le 4 de février
Anno Domini MDC XXXVIII l'an du Seigneur 1638,
Ætatis suæ XXXXXVI Filius de son âge le 56e, son fils
Alexander Marmoreis Alexandre a dédié
Titulis dicavit. Cette épitaphe sur marbre.
Don de M. Arthur d'Alban, consul d'Angleterre
au Caire, 1904.
(1) Le R. P. Lagier, professeur au collège de la Sainte-Famille
au Caire, à l'obligeance de qui nous devons cette traduction,
observe que ce Santo Seguezzi doit être le même que
celui dont la Bibliothèque Khédiviale possède une relation
intitulée: "Estat des revenus d'Ægypte, par le Sieur Santo
Seguezzi, 1635".
139-151. — Stèles funéraires
de l'époque turque.
Les stèles de cette époque se
distinguent par le turban dont
elles sont presque toujours coiffées
(voir quelques intéressants
spécimens aux nos 161-171).
Les stèles des tombeaux de
femmes portent ordinairement
en sculpture une paire de guirlandes,
symbolisant les tresses.
140. — Stèle, en marbre
tout doré, de Mohammed bey
Abou Dahab, un prince qui a
joué un grand rôle dans l'histoire
moderne du pays (fig. 6).

Fig. 6.

Provient de sa mosquée qui
se trouve vis-à-vis d'el-Azhar.
* La valeur numérique du
deuxième hémistiche ainsi
conçu: "La maison du
bonheur est une demeure
heureuse pour Mohammed"
donne l'année de sa mort,
1189 (1775). — A. B.
146. — Stèle au nom
de la dame Zalîkha, épouse
du général Ibrahim bey "actuellement cheikh

el-beled", morte le vendredi, 28 Moharrem 1216
(1800).
* L'histoire de cette femme est bien connue dans la chronique
de l'Expédition française sous Bonaparte. — A. B.
152-160. — Parties de cénotaphes en pierre de
taille.
161-171. — Turbans ayant coiffé des stèles funéraires.
172. — Lustre en métal jaune composé de deux
parties. La partie inférieure en forme de plat à
douille est reliée par six chaînes au dôme qui est
ajouré et surmonté du croissant. Douze bras sont
attachés en plusieurs endroits pour recevoir des
veilleuses.
On remarque sur le dôme des cercles renfermant
les louanges du sultan Hassan:

Gloire à notre seigneur le sultan Hassan fils de
Mohammed.

[Back to top]

SALLE No II.

PIERRES ET MARBRES AVEC ORNEMENTS.
PIÈCES D'ARCHITECTURE. — DIVERS.
(PI. I. Vue à travers les salles I et II.)

1-23. — Stèles funéraires ornementées.
Ces stèles des premiers siècles de l'hégire qui ressemblent

Vue à travers la salle II.


à celles de la première salle, sont remarquables
par leur ornementation, qui représente le plus
ancien décor islamique en Égypte sur pierre et marbre.
4. — Marbre. L'inscription est encadrée d'une
paire de colonnes qui supportent un arc en plein
cintre. Dans les tympans, un ornement végétal.
17. — La plaque est bordée en haut d'un rinceau
et de feuillages continus (fig. 7).

Fig. 7.

24. — Plaque en marbre avec des feuilles d'acanthe
sculptées.
Les feuilles sont fouillées avec beaucoup d'adresse,
malgré leur peu de relief, ce qui nous fait croire à

un travail chrétien, exécuté dans l'esprit musulman.
Trouvée dans la mosquée d'Ibn Touloun.
26. — Angle d'une voussure en calcaire, portant
en sculpture un rinceau et une aigle aux ailes
éployées (fig. 8).

Fig. 8.

La taille vigoureuse du décor et le caractère des feuillages
rapprochent cette pièce de celles qui portent les no 48-52 dans
la première salle et permettent de la classer parmi les œuvres
du xe ou du xie siècle.
Trouvé dans le quartier Bâb ech-Charieh.
27. — Fragment de la porte de ville Bâb Zoueila,
construite en 1087-1091.
L'ornement sculpté dans ce morceau de calcaire est fort
intéressant tant comme caractère que comme manière d'exécution.
28. — Claire-voie en granit provenant du mausolée
en ruine de Seif el-Yazal. Remarquable déjà par
le dessin, elle ne l'est pas moins par la phrase qui

s'y trouve gravée en lettres naskhi et par la date:

Fait par Mohg en l'an 610 (1213).
31-39. — Marbres. Fragments du revêtement des
parois de la mosquée construite en 1356 par l'émir
Serghatmach, au Caire.

Fig. 9.

Il est curieux de noter la diversité de caractère de ces
sculptures provenant d'un même endroit. Le no 36 nous montre
l'arabesque à feuilles; dans le no 38, le feuillage est plein;
le no 34 porte des fleurs d'un fort beau dessin; les ornements
sur le disque no 39 (fig. 9) sont d'un singulier caractère et d'une
exécution remarquables; enfin le champ principal du no 37, à
côté des motifs végétaux, présente des vases, des mains tenant

des tiges et des figures d'oiseaux qui s'adaptent tous très bien
à l'ornementation.
40. — L'ornementation de cette plaque ressemble
beaucoup à celle du no 37. Elle provient très probablement
aussi de la mosquée Serghatmach.
41. — Plaque sculptée, provenant du mihrâb de
la mosquée el-Badrieh, quartier es-Sâlehieh en
ville. Cette mosquée fut construite par Nâssir ed-Dyn
Ibn Mohammed Badr el-Abbâssi, mort en 758
de l'hégire (1356).
La sculpture représente une lampe flanquée de deux chandelles. L'inscription sur la lampe est:

Dieu est la lumière des cieux et de la terre.
(Voir sur ce texte les inscriptions sur les lampes en verre émaillé.)

48-70. – Fragments de marbres et de pierre
jaune du pays, provenant de la mosquée el-Mouayyed
(1416-1420). Ces morceaux de lambris présentent
une multitude d'ornements. La plaque désignée par
le no 64 a dû figurer d'abord dans un édifice
romain, peut-être dans un temple, car un de ses
côtés porte une figure de femme entre deux festons
et un masque.
71. — Pierre à surface courbe, très probablement
d'une niche de prière. Les ornements floraux
d'un très beau dessin, sont légèrement gravés dans
la pierre, peints et dorés.
72, 73. — Plaques de porphyre rouge et vert
ayant servi de revêtement de mur, ou dans un dallage.
80. — Morceau d'encadrement de fenêtre en
marbre avec ornements baroques.
Cette pièce date du XVIIIe siècle, époque à
laquelle le style occidental a exercé une influence
directe sur les ouvrages égyptiens. Le sebîl du sultan
Moustafa, près la mosquée de Sayeda Zeinab,
est un exemple très instructif pour montrer cette
influence.
84. — Côté de cénotaphe. D'un vase, surgit une
gerbe de fleurs; médailions. Les ornements sont
dorés. (XIXe siècle.)
86. — Grès jaunâtre avec ornements. Trace de
dorure.
89-114. — Fragments de marbre ou de pierre dont
la plupart ont conservé leur incrustation de matière
dure ou de stuc résineux. Les fragments ont servi
de revêtement de parois.
86. — Marbre blanc incrusté de pierre rouge. De
la mosquée el-Mârdâni. (1339.)
90. — Marbre blanc incrusté de stuc noir et
d'émail bleu. De la mosquée Aïtoumoch, construite
au XIVe siècle.
90 a. — Moitié d'un tympan, traitée de la même
manière que le numéro précédent. De la niche
de prière de la mosquée Soudoun Mîr Zâdeh. 806 (1403).
91. — Morceau d'un arc dont les claveaux sont
en marbre blanc; pierre noire.
Même provenance que le no 90.
91 a. — Revêtement d'un arc en marbre blanc et
pierre grisâtre et rouge. Observer l'emmanchement
caractéristique de chacun des claveaux. Sur la clé en
sculpture, le nom d'Allah. Même provenance que
le no 90 a.
92-95. — Petits arcs trilobés ayant servi à orner
des niches de prière.
96, 97. — Calcaire incrusté de lettres en pierre
noire, ayant formé frise dans l'épaulement d'une
porte de la mosquée Kâdi Abd el-Ghani el-Fakhri
connue sous le nom de Gâma el-Banât.
98. — Frise en marbre blanc incrusté de stuc
résineux rouge et noir; les ornements sont en
quinconce.
Provenant de la fontaine du sultan Kaïtbaï, construite vers
la fin du xve siècle au quartier es-Salîba.
99. — Beau dessin en stuc résineux noir sur marbre
blanc. D'une frise de la mosquée Kidjmâs. (1481)
(fig. 10).
114. — Pierre grisâtre du pays avec lettres en
marbre blanc.
115-131.Pierres avec armoiries, figures d'animaux
ou autres représentations.
La science des armoiries a été très en vogue chez les Musulmans.

Les souverains avaient des emblèmes comme le lion.
l'aigle, la fleur de fis, tandis que les émirs se distinguaient
par des signes relatifs à leur fonction: pour l'échanson, la
coupe; pour le porteur d'armes, le glaive; pour le dégustateur,
la petite table, etc.
115. — Tympan de porte en calcaire dont la
face est ornée de deux lions qui se regardent.
Provenant de fouilles entreprises par M. Herz bey en 1894
près du Bourg ez-Zefer, et offert par lui au Muée.

Fig. 10.

116-117. — Plaques de marbre blanc portant des
figures de blason en écusson. Sur la face, une aigle
aux ailes éployèes; à la base, un calice. Provenant
du bain démoli du Wakf Aïcha el-Hammamieh à
Darb el-Gamamïz, au Caire (fig. 11).
118. — Pierre portant un glaive comme signe
de blason.
De la mosquée funéraire de l'émir el-Kebîr, aux
tombeaux des Khalifes.
119, 120. — Un bel ornement entoure un médaillon
dans lequel est représentée une coupe sous
une barre; les figures emblématiques sont en pierre
rouge incrustée.
Enlevé d'une maison moderne au Caire.

Fig. 11.

122. — Longue plaque en marbre portant quatre
figures de poissons en léger relief.
Provenant de la mosquée el-Mouayyed.
123. — Dalle de marbre sculpté. Le champ
supérieur porte les mots:

, Le sultan

respectable
; dans le champ inférieur, deux chimères
adossées.
Cette dalle avec sa face sculptée se trouvait scellée
dans le cénotaphe du sultan el-Mouayyed.
126. — Relief d'une mosquée taillé dans un bloc
de pierre du Mex, près d'Alexandrie. Époque turque.
Don des RR. PP. Salésiens à Alexandrie, en 1900.
127, 128. — Figures de lion taillées en haut- relief.
La manière dont sont marqués la crinière et
les muscles rappelle les bronzes fatymites.
Ces deux figures ont été enlevées du jardin Wakf ech-Chamachirgui
à el-Houssenieh (Caire) où elles ont été connues sous le
nom d'es-Sab[illeg.]oua ed-Dab‘(lion et hyéne) que le peuple leur a donné.
129. — Figure de lion provenant du pont d'Abou
Menagga au nord du Caire. (Voir le no 75 dans
la première salle.)
132-155.Jarres et supports.
Ces jarres se trouvaient toujours dans une niche
des couloirs qui conduisent à l'intérieur des mosquées.
Elles servaient, d'après Prisse d'Avennes, à contenir
l'eau nécessaire aux ablutions des grands personnages.
Cependant la place qui leur est réservée dans l'enceinte,
tâher "pure", de la mosquée, et de plus leur
nom de zîr "jarre" nous portent à croire qu'elles
étaient plutôt destinées à contenir l'eau potable(1).

Les supports, kelga, imitent grossièrement presque
toujours une tortue à une ou à deux têtes (145);
le motif de décoration consiste d'ordinaire en une
inscription koufique ou
des figures chimèriques.
132. — Jarre en marbre
blanc couverte d'arabesques.
A la hauteur
des anses, la phrase

bonheur éternel,
en caractères koufiques,
se répète quatre fois. A
la base, elle est ornée de
poissons sculptés.
Trouvée dans la mosquée
de la princesse Tatâr el-Hegazieh,
fille du sultan Mohammed
ibn Kalaoun, morte en
1359 après J.-C. (fig. 12).

Fig. 12.

135-137. — Jarres en
marbre blanc, XVe siècle.
A la hauteur des anses,
est gravée l'inscription
suivante:

Cette jarre a été léguée, pour cette fontaine bénie, par
notre seigneur, le sultan, le roi el- Achraf, Aboul Nasr
Kaïtbaï. Que sa gloire soit exaltée par Mohammed et
sa famille.
156-189.Bases, fûts et chapiteaux de colonnes.
Beaucoup de pièces de cette collection ne sont pas de
fabrication arabe; elles ont été enlevées d'édifices
étrangers et employées par les constructeurs
musulmans
156. — Chapiteau égyptien en pierre blanche
nummulitique d'Oum Dourmana, portant des traces
de peinture et de dorure appliquées lors de son
nouvel emploi dans la mosquée el-Mârdâni.
157-159. — Chapiteaux corinthiens. Les deux
derniers, en état fragmentaire, proviennent de la
mosquée el-Mârdâni.
160-164. — Chapiteaux byzantins. Sur celui du
no 160, la croix; dans ceux des nos 162-164 les
feuillages sont profondément refouillés.
167-168. — Chapiteaux en grès rouge et dorés;
travail arabe en imitation du style corinthien. Il est
curieux de relever le manque de relief dans les
feuilles d'acanthe. Proviennent de la mosquée de
l'émir Koussoun, où ils figuraient sur les colonnes
qui flanquaient la niche de prière.
169-172. — Chapiteaux ou bases, du plus ancien
type arabe.
175-185. — Colonnettes provenant de mosquées
ou de fontaines où elles se trouvaient à côté des
niches.
175, 176. — Deux colonnettes en serpentine; les
fûts sont taillés à côtes; le chapiteau porte une
croix sculptée, preuve de son origine chrétienne.
Provenant de la mosquée de l'émir Koussoun
es-Sâki, XIVe siècle.
Les deux colonnes flanquaient la niche de prière de cette
splendide mosquée, aujourd'hui presque entièrement disparue.
177, 178. — Fûts de colonnes octogonales en
marbre blanc aux côtés ornementés. Provenant
d'édifices érigés par le sultan Kaïtbaï à la fin du
XVe siècle.
La fontaine qui contenait les fûts 179, 180 fait partie de
l'incomparable groupe de monuments que ce sultan a élevés
dans le voisinage et au sud de la mosquée el-Azhar.
182, 183. — Fûts pareils aux précédents.
Provenant de la petite mosquée en ruine de
Chams ed-Dyn.
Leur chapiteau à stalactites doit être rangé, comme ceux que
nous avons mentionnés aux nos 169-172, parmi les chapiteaux
de style arabe.
186, 187. — Deux fûts de colonnes antiques,
en marbre avec inscription en caractères naskhi

mamlouk au nom du sultan Kaïtbaï. Le texte est le
suivant:

La construction de cette mosquée bénie a été ordonnée
par le sultan le roi el-Achraf Aboul-Nasr Kaïtbaï. Que
sa gloire soit répandue.
Provenant de la mosquée que le sultan Mohammed, fils de
Kaïtbaï a érigée au Fayoum, au nom de sa mère(1).
188, 189. — Piédestaux de colonnes antiques,
provenant de la mosquée d'Abou-Seoûd au Vieux-Caire.
190, 191. — Deux claveaux de linteau en marbre,
à la face sculptée d'ornements. L'intervalle entre ces
deux motifs était rempli d'une autre matière, peut-être
de pierre noire.
Ces claveaux ont été faits avec des piédestaux antiques.
192. — Bloc en marbre trouvé au fond du nilomètre
de Rhoda lors de son curage. Il est divisé en
coudées. Nous lisons sur un côté:

,
an 1215 de l'hégire (1800); sur l'autre, AN IX
R. P. Fr.
(1) Voir sur cette mosquée la notice insérée au 119e rapport
dans le fascicule de 1891 du Comité de conservation des
monuments de l'art arabe.
Cette pierre est donc une œuvre de l'Expédition
française en Égypte.
193. — Lustre (tannour) en bronze fondu,
percé à jour et ciselé; décoré d'ornements et d'inscriptions.
Le lustre a la forme d'un prisme octogonal aménagé
pour cent dix luminaires. Les inscriptions sont
au nom du sultan Hassan.
Provenant de la mosquée du sultan Hassan. (XIVe siècle.)

[Back to top]

SALLE No III.

MARBRES, MOSAÏQUES ET PLÂTRES.

1-7. Salsabils.
Les salsabils sont des plaques en marbre, sculptées
sur toute leur surface, qui se trouvent dans une niche
des fontaines publiques. L'eau, avant d'arriver dans
les petits bassins, situés derrière les grilles et accessibles
aux passants, coule le long de ces plaques pour se
rafraîchir au contact de l'air. Afin d'en augmenter la
surface, la plaque est toujours ornée d'un motifondulé.
2. — Plaque de fontaine en marbre blanc. La
bordure en est fort intéressante à cause de la série
d'animaux qui y sont sculptés avec une habileté
remarquable (fig. 13).
Provenant du sebîl du sultan Farag situé devant la porte de
ville Bâb Zoueila; commencement du XVe siècle.
5. — Grand fragment d'un salsabîl trouvé dans la
mosquée en ruine Soudoun Mîr Zâdeh. Curieux, le
torse de taureau
qui se voit sur
le revers de la
plaque.
6. — Salsabil
brisé en morceaux,
trouvé
dans les décombres
qui ont été
enlevées d'un
local du mausolée
el-Ghouri.
8-10.Margelles.

Fig. 13.

9. — Margelle
en marbre,
originale à cause
des deux différentes
figures
de blason qui se
trouvent dans le
bandeau inférieur. Il y a en effet une fois le "rank"
(blason) du Djoukandâr "maître du jeu du polo"
et trois fois celui du gachankir "dégustateur".
Provenant du palais en ruine de l'émir Youchbak. (1475.)
10. — Chapiteau byzantin évidé servant de margelle.
De la mosquée Zein ed-Dyn à Darb el-Gamamîz au Caire.
11-17.Bassins et orifices de fontaine.
12. — Milieu de fontaine avec inscription en
naskhi mamlouk; provenant de la mosquée Barkouk
en ville.
*L'inscription en vers est un souhait à l'adresse du propriétaire
de l'objet: "Que tu vives toujours en parfait état de santé
et de prospérité". — A. B.
13. — Bassin en marbre, bordé en haut de
stalactites et dont les trois côtés sont ornés de
fleurs ou de cyprès. Sur la face principale, on voit
une inscription au nom d'Ahmed Agha avec la
date 1057 (1642). De la zaouyet Ak Sonkor el-Farikâni.
18. — Fragment de minbar en marbre blanc
incrusté de pierres colorées provenant de la mosquée
el-Khatîri à Boulak. 737 (1336).
Les minbars en pierre sont rares avant l'époque
turque. Le minbar d'el-Khatîri est loué pour sa
beauté par l'historien el-Makrîzi.
19-31.Mosaïques.
19. — Plaque octogonale; les lettres en marbre
noir sur fond blanc forment une inscription. Ces
lettres, formées de bâtons rompus, appartiennent au

genre d'écriture connu sous le nom de "koufique
carré".
Provenant de la mosquée Sayeda Nafissa.
21. — Panneau en marbre de diverses qualités
et en nacre. Pris dans la chambre funéraire du sultan
Kalaoun. (1285.)
22. — Panneau oblong
en mosaïque très fine
(fig. 14).
Des mosaïques pareilles
se trouvent dans la mosquée
funéraire du sultan
Barsbaï (1422-1438) aux
tombeaux des khalifes où
cette pièce pourrait avoir
été prise.
Don de M. I. Parvis, 1903.

Fig. 14.

23. — Panneau en mosaïque
avec motif d'arc.
Restauré.
Don de M. I. Parvis, 1903.
25-27. — Tympan en
mosaïque. Celle-ci est
composée de pierres rouges et noires ainsi que de
nacre et d'émail bleu turquoise.
28-30. — Mosaïques murales d'une maisonnette
ayant appartenu au Wakf el-Magharba. Le champ

carré contient (no 28) en koufique carré la formule
traditionnelle: "Il n'y a pas de divinité en dehors
d'Allah, et Mohammed est l'envoyé d'Allah".
31. — Fragment d'un pavement en marbre de
diverses qualités provenant d'un sebîl qui se trouvait
près de la mosquée el-Mahmoudieh, datant de
l'époque turque.
32. — Brique crue provenant d'une tombe d'Aïn
es-Sîra. (Voir sur les trouvailles dans ces tombeaux
l'introduction à la page XXIII.)
Les briques crues ont joué un grand rôle dans l'art de construire
tant chez les Coptes que chez les Musulmans. Nous rappellerons
ici que les premiers murs dont le Caire fut entouré
étaient faits en briques crues.
33-35. — Plâtres.
33, 34. — Décoration murale de la mosquée d'Ibn
Touloun. Style primitif de l'art arabe en Égypte.
35. — Chapiteau d'une colonne engagée dans la
même mosquée. Bien que cette colonne date de
l'époque où le style dont elle relève était en train de
se former, les feuillages révèlent l'esprit de l'ornementation
qui évite la saillie prononcée. Le feuillage
qui recouvre le chapiteau est imité sans nul doute
des chapiteaux corinthiens. Or il est fort intéressant
de remarquer comment l'artisan arabe a aplati le
bout des feuilles sous l'abaque au lieu de leur laisser
la saillie grecque. (La base de la colonne faite à

l'instar des piédestaux antiques est un moulage)
(fig. 15).
36. — Fragment de l'inscription formant frise qui
se trouve sous les plafonds de la mosquée el-Hâkem
(990-1012).

Fig. 15.

37. — Claire-voie découpée en plâtre. Inscription
koufique richement traitée; ornements végétaux. De
la mosquée Sâlih Talaï' (1160).
38. — Panneau avec ornements végétaux.
39-46. — Huit fragments en plâtre découpé;

inscription en lettres koufiques. Détails d'un encadrement
de fenêtre de
la mosquée du sultan
el-Kâmil, construite
en 1224 après J.-C.,
no 43 (fig. 16).

Fig. 16.

Les ruines de la mosquée
du sultan ayyoubite el-Kâmil
Mohammad, neveu du
grand Saladin, sont situées
dans la rue en-Nahassyn au
Caire et reposent sur une
partie de l'emplacement
du petit château ouest des
Fatymites. (Voir l'introduction.)
47. — Une multitudede
fragments provenant
de claires-voies et
scellés dans une plaque
de plâtre. Trouvés dans
l'appui d'une fenêtre
du mausolée de l'Imâm
ech-Chafaï, construit
par le sultan el-Kâmil
qui a régné de 1218
à 1238.
(1) Voir aussi l'étude de l'auteur sur cette mosquée dans les
Comptes rendus du Comité de l'art arabe, appendice du fascicule
de l'an 1904.
Le caractère "mauresque" de ces fragments ressort encore
plus ici que dans les nos 37-46
48-50. — Claires-voies découpées dans une plaque
de plâtre.
48. — De la mosquée Soudoun Mîr Zâdeh.
51-57.Vitraux en plâtre découpé et verres coloriés.
51-52. — De la mosquée el-Mârdâni.
Ce vitrail est fait selon l'ancien système; ceux qui sont mentionnés
aux numéros suivants ont été fabriqués selon le nouveau
système avec des verres très minces(1).
53. — Partie supérieure d'un vitrail enlevé à la
mosquée de l'émir Inâl el-Atâbeki, construite en
1392.
54. — Beau vitrail de la mosquée de l'émir
Kidjmâs, grand écuyer du sultan Kaïtbaï. Fin du
XVe siècle (fig. 17).
55. — Deux vitraux hexagonaux provenant d'un
tombeau démoli attenant au mausolée de l'Imâm
ech-Châfï.
56-57. — Vitraux des derniers siècles avec verres
importés.
58-62. — Briques cuites.
58. — Figure d'un vase formé de briques, de la
mosquée Aslam el-Bahaï (1345).
(1) Voir p. 5.
59. — Briques avec ornements géométriques
entaillés et remplis de plâtre blanc.

Fig. 17.

De la maison Gamal ed-Dyn ez-Zahabi au Caire.
La manière de traiter ainsi la brique est un moyen

d'ornementation très répandu dans les villes du Delta, surtout
à Rosette.
63. — Lustre de forme prismatique à douze
côtés et quatre zones. Les côtés sont formés de panneaux
carrés ajourés, avec dessins géométriques.
Dôme surmonté d'un croissant avec inscription.
L'inscription qui occupe la plus grande partie du
dôme, fait connaître le titre et le nom du donateur,
Kaïssoun el-Melki en-Nâssiri.
A la troisième zone, sur chaque deuxième montant,
court l'inscription suivante:

Fait par le maître Bedr Abou Yaalâ en l'an, mois (!)
trente et sept cent (1329).

Fut achevé dans (le délai de) quatorze jours.
En comparant les lettres de cette dernière phrase
avec celles de la phrase précédente et en tenant
compte de la faute commise dans le mot:

,
quatorze, on peut conclure que c'est le maître Bedr,
peu versé dans l'orthographe, qui l'aura ajoutée
dans un but facile à comprendre.
Provenant de la mosquée du sultan Hassan.
64. — Grand plateau d'un lustre, en cuivre.
Les médaillons contiennent une inscription à l'éloge
d'un sultan.
Bien que les registres du Musée ne donnent pas de renseignements
sur la provenance du plateau et qu'il ne porte en
fait d'inscription que la phrase: "Gloire à notre Seigneur le
sultan" sans donner le nom de celui-ci, il ressort des ouvrages
de Pascal Coste et de Marcel qu'on l'a pris indubitablement
dans la mosquée du sultan Hassan et qu'il appartenait au lustre
auquel nous l'avons ajouté. A ces grands lustres, dont le Musée
possède une riche collection, ne manquait d'ailleurs jamais le
plateau qui semble avoir eu le double objet, d'empêcher les
gouttes d'huile de tomber sur les fervents et de dérober à la
vue la laide construction intérieure de la charpente.

[Back to top]


DE
LA QUATRIÈME À LA HUITIÈME SALLE.
BOISERIES.

L'Égypte est pauvre en bois. A part le sycomore
(guimeiz), le jujubier (nabk), l'olivier (zeitoun),
l'acacia (sant) et le cyprès (sarou), il ne s'y trouve
pas d'arbres dont le bois compte dans l'industrie(1).
Pourtant les échantillons qui figurent dans les produits
de l'industrie locale sont des plus variés. C'est
que le pays a connu des époques pendant lesquelles
des forêts et des jardins couvraient de vastes surfaces,
alors qu'une sage administration surveillait et
protégeait avec efficacité le boisement. C'était le
cas sous les khalifes fatymites et sous les sultans
ayyoubites (2). Il est vrai que les forêts ont été
entretenues surtout en vue de fournir le bois nécessaire
à la construction des vaisseaux pour la flotte;
mais il n'y a aucun doute qu'à part ces arbres destinés
à la marine, bien d'autres doivent avoir été
cultivés dont nous retrouvons le bois dans la multitude
des objets exposés au Musée.
(1) Celui de la parsëa (lebakh) qui ombrage la plupart de
nos rues n'est pas utilisable et le bois d'oranger et de citronnier
est trop facilement attaqué par les vers.
(2) Voir à ce sujet: Les forêts en Égypte et leur administration
au Moyen âge.
Bull. de l'Institut égyptien, 1900, par M. Ali bey
Bahgat.
Grâce à la sécheresse du climat, le bois se conserve
très bien en Égypte et a pu jouer en conséquence,
même dans les constructions, un rôle très
important. Les piliers de la mosquée d'Ibn Touloun
qui datent de plus de mille ans, ont leurs tirants en
bois, et les plus anciennes coupoles en briques contiennent
tout un système de chaînage également
dans cette matière. Nous pouvons mentionner en
outre la frise de cette même mosquée qui renfermerait
le Koran entier en lettres koufiques sculptées(1).
Le bois a été plus particulièrement employé dans
les édifices pour la construction des plafonds. La plus
ancienne mosquée que nous possédions en assez bon
état, celle que nous venons de mentionner, avait
une couverture en bois dont les solives étaient visibles.
Ces solives n'étaient autre chose que des
troncs de dattiers sciés en deux, et dont les faces
visibles étaient recouvertes de planches. L'espace
compris entre les solives était coupé par des traverses
qui formaient avec les solives des caissons peu profonds(1).
(1) M. E. K. Corbett bey dans sa publication: The life and
works of Ahmad Ibn Tulun (Journal of the Asiatic Society
)
nous enlève cette illusion que nous eussions aimé conserver.
D'après Corbett bey, les planches en question ne peuvent contenir
que 1/17 du Koran. Nous profitons de cette occasion pour
rectifier une erreur qui s'est glissée dans l'ouvrage de M. Corbett.
Les lettres ne sont pas découpées en bois et clouées sur la
frise "each letter is cut out in solid wood and fixed on to the
board", mais découpées en relief sur la planche même.
(1) Dans les travaux de conservation exécutés par le Comité
des monuments, on n'a pu conserver qu'une petite par ie de
l'ancien plafond.

Ce mode de couverture a été employé dès
les premiers temps et il s'est conservé à travers les
plus belles époques jusqu'à nos jours, avec quelques
modifications amenées par le développement du
sentiment artistique.
Un second système de couverture consistait à
plafonner les solives avec des planches; enfin une
troisième manière, et c'était la plus riche, consistait
en un plafonnage dont la surface se composait tout
entière de stalactites. Dans aucun des systèmes que
nous venons de citer les plafonds ne restaient nus;
ils étaient toujours peints ou dorés, avec des ornements
sculptés ou, au moins, modelés en stuc.
Les couvertures n'étaient jamais posées directement
sur les murs; il y avait toujours entre ceux–ci
et le plafond un élément de transition, voussures,
stalactites ou autres. Cet intermédiaire, exigé par
l'esthétique, était traité avec la même richesse, la
même splendeur que le plafond lui-même, et il
présentait tout ce que l'art arabe pouvait offrir de
meilleur au point de vue de la perfection de la
forme et des couleurs. Ces plafonds, dont les spécimens
d'une rare beauté nous ont été conservés,
n'étaient pas une spécialité des édifices religieux;
ils étaient aussi employés dans les constructions

profanes. Les quelques vestiges que l'on en retrouve
dans des palais et des maisons qui datent de plusieurs
siècles nous le prouvent surabondamment.
Mais où l'art de travailler le bois s'est développé
à un rare degré de perfection sous tous les rapports,
c'est dans la construction des portes, volets, chaises,
pupitres, caisses de korans, tables, etc. Ces derniers
objets constituent la collection, du reste très
restreinte, des meubles en usage chez les Arabes.
Dans le travail des surfaces, on emploie deux
systèmes: l'assemblage et le bois tourné. Ces deux
modes constituent une spécialité de la boiserie
égyptienne. Considérons de plus près le premier
système.

I

Déjà, dans les plus anciens morceaux, nous remarquons
une tendance à augmenter le nombre des
cadres; ensuite, ceux–ci ont été tellement multipliés,
qu'on est arrivé à créer toute une structure de cadres
polygonaux dans lesquels s'enchâssent les panneaux
qui ne dépassent pas quelquefois un centimètre carré
de superficie.
Ce qui a porté les Arabes à employer ce système
de cadres multiples, indépendamment de leur amour
pour le jeu des lignes, c'est sans doute le climat,
qui exige de réduire la dimension des panneaux et,
par conséquent, de multiplier les joints. Et si la
cherté de la matière première n'entrait pas pour

une partie dans le calcul de l'artiste, la raison que
nous venons de donner, le conduisit, entre autres,
à faire économie de bois en lui permettant d'utiliser
même les plus petits morceaux. Cette dernière considération
trouvera son importance quand nous
traiterons des travaux en bois tourné.
L'ornementation est obtenue soit par la sculpture,
soit par l'incrustation, soit par la peinture. La plus
ancienne pièce sculptée de la collection empruntée
à un édifice connu, est celle qui porte le no 24 dans
la salle VI. Elle provient du plafond d'une baie de la
mosquée d'Ibn Touloun.
Ces motifs sculptés sont identiques aux sculptures
sur bois trouvées dans les tombeaux musulmans
des premiers siècles de l'hégire et dont on
voit une collection, non loin de la pièce toulounide.
Les ornements y sont taillés à large dessin, à la
différence de ceux qui se voient sur un monument
daté, représenté par le no 2 de la salle IV. Cette
porte, au nom du khalife el-Hâkim, montre des
feuillages en forme de volutes massées au centre d'un
cartouche, le tout assez profondément taillé et d'un
caractère plus développé que la première pièce. Les
motifs de ces deux objets de la collection ne forment
pas des spécimens différents; leur parenté n'est
nullement difficile à constater non plus avec les
anciennes boiseries qu'on retrouve dans des édifices
coptes. La porte a été faite à la fin du xe siècle;
ce même caractère d'ornementation s'est conservé

pendant le cours des deux siècles suivants, comme
le prouvent les quelques panneaux conservés dans la
mosquée el-Akmar construite en 1125.
Mais déjà cette époque voit un commencement
d'émancipation des règles suivies jusqu'alors: les
panneaux deviennent plus petits, les dessins plus
minces et multiformes. Voir comme exemple le
no 96 de la IVe salle. A l'époque des Ayyoubites, le
travail d'assemblage continue l'essor qu il a pris;
exemple, le merveilleux cénotaphe sur le tombeau de
l'Imâm ech-Châfaï signé de l'an 574 (1178).
Les fruits baccifères qui se retrouvent sur les
deux meubles mentionnés sont communs à un grand
nombre de travaux en bois des XIe et XIIe siècles.
C'est à ce titre que nous classons ici la niche de
prière qui a été prise dans la chapelle funéraire de
Sitt Nefìssa no 96 de la IVe salle. Cette niche nous
présente un développement typique et tout spécial
d'ornementation.
La beauté de la composition sculpturale atteint
son plus grand éclat, sous le règne du sultan en–Nâssir
pendant le XIVe siècle. C'est le temps qu'on
peut appeler le siècle de la splendeur des arts en
général. C'est l'époque de ces merveilleux produits
de la menuiserie qui sont une des gloires de l'industrie
au moyen âge. Outre ce souverain, les
membres de sa famille et tous les dignitaires du
pays concourent à ce développement.
Déjà, dans certains travaux du XIIIe siècle, nous

pouvons constater que les panneaux contiennent des
filets de bois de couleur et des incrustations de
matières étrangères. Plus tard, ces filets redoublent
et même tout le champ est en bois incrusté. Vers le
XVe siècle, l'emploi de l'ivoire se généralise. Nous en
parlerons à la fin de cette étude.
Les ouvriers cependant ne se sont pas toujours
servis de ces moyens pour obtenir le beau; souvent,
il leur suffisait de simples planches rabotées pour
produire, grâce à la sculpture, des effets vraiment
artistiques. La collection du Musée a un nombre
assez considérable de ces produits, sur lesquels les
effets sont obtenus au moyen de sculptures. A cette
catégorie appartient la porte no 190, salle IV.
Les bois qui datent de la domination turque sont
travaillés d'une manière plus simple; cependant la
subdivision en petits panneaux y est maintenue,
bien que ceux-ci soient rarement sculptés ou qu'ils
contiennent tout au plus une inscription. A cette
époque, au bois et à l'ivoire, rarement employés
pour les incrustations, on a ajouté l'os, l'écaille et
la nacre. Pendant cette même période, se développe
dans le Delta un autre genre de travail qui consistait
à imiter au moyen d'entailles les travaux d'assemblage.
(No 214 de la salle IV.)

II

Nous arrivons maintenant à l'autre particularité

de la boiserie arabe: la formation des surfaces au
moyen de pièces tournées ou machrabieh.
Dans le pays, on appelle simplement machrabieh
tout panneau en bois tourné. Le mot machrabieh qui
désigne ce genre de travail, tirerait son nom de la
saillie semi-circulaire ou octogonale attachée souvent
aux balcons en bois tourné et dans laquelle on
place le kolla, vase poreux destiné à contenir l'eau,
pour l'exposer au courant d'air(1). D'après M. Ali bey
Bahgat, le mot machrabieh serait la corruption de

, synonyme de

une chambre ou une niche
haut placée
, d'où le verbe

, allonger le cou pour
mieux voir
(2).
Si l'on considère la façon primitive de travailler
des tourneurs arabes, on est porté naturellement à
croire que cette industrie date d'une époque très
éloignée; et, s'il ne nous reste pas de traces de leurs
premiers travaux, c'est un fait qu'il faut attribuer
à la fragilité extrême du produit. En réalité,
nous avons très peu d'anciens spécimens de cette
industrie; nous ne pouvons guère citer que les
quelques restes des cénotaphes ayyoubites qui
se trouvent dans le mausolée de l'Imâm ech-Châfaï,

le no 99 de la salle IV, et le grillage qui entoure
le tombeau du sultan Kalaoun. Les machrabiehs
ayyoubites sont à mailles serrées les balustres du
grillage sont massifs et contiennent des ornements
entaillés. Quant à la variété de la véritable machrabieh,
on ne la trouve pas plus ici que dans les
rampes du minbar de la mosquée d'Ibn Touloun,
bien que dans ce dernier cas, le treillis soit plus
serré et que les nœuds en soient incrustés(1).
En 1344, nous trouvons le véritable système de
machrabieh dans la mosquée de l'émir el-Mârdâni.
Dans les cloisons qui séparent le sanctuaire du reste
de la mosquée il y a, parmi plusieurs systèmes de
bois tournés, un motif d'hexagones reliés entre eux
par de petits morceaux cylindriques et formant un
des nombreux dessins de machrabiehs développées. Au
commencement du siècle suivant, les beaux modèles
se multiplient (rampe du minbar de la mosquée el-Mouayyed)
et atteignent du temps de Kaïtbaï le
plus haut degré de perfection dans leurs variations.
Naturellement les machrabiehs ont dû jouer un
rôle essentiel dans les maisons, où leur présence

contribuait à ménager une douce lumière, à permettre
l'accès de la brise et à faciliter en même
temps l'observation de l'extérieur, sans que l'on eût à
redouter l'æil indiscret du passant. L'utilité spéciale
des machrabiehs avait donné lieu à une fabrication
qui a été très considérable jusqu'à nos jours. Mais
l'introduction des persiennes européennes ainsi que
l'emploi des chîcheh, grillages et baguettes superposées,
ont fait maintenant disparaître presque
entièrement l'usage de ces gracieuses boiseries.
Les baies en machrabiehs qui garnissent en
grande quantité et sous les formes les plus variées
les façades de certaines maisons, leur donnent un
aspect très décoratif; elles offrent de belles lignes et,
avec les encorbellements, contribuent à les animer
et à les embellir. Il est tout à fait impossible de
décrire ici les différentes espèces de machrabiehs.
Elles offrent à nos yeux les combinaisons les plus
variées. Tantôt elles sont un produit du tour dans
leur ensemble, tantôt des morceaux découpés en
triangle et en polygone s'y trouvent combinés avec
des pièces tournées. En éliminant les baguettes de
conjonction, on obtient des dessins variés. Quelquefois,
c'est en ajoutant de ces baguettes que l'on arrive
au même résultat. De cette manière, on produit des
inscriptions et des figures; souvent les nœuds sont
sculptés ou incrustés d'ivoire ou d'autres matières.
Un autre système de grillage est celui que l'on
construit avec des lattes superposées les unes sur

les autres, ordinairement à angles droits, à une
certaine distance. On transforme les jours ainsi
obtenus en figures géométriques variées, en pratiquant
des entailles dans les parties de lattes restées
libres. Nos 3, 4, 5, 7 et autres dans la salle V.
C'est particulièrement dans le Delta que l'on trouve
ces grillages, dont l'effet est incontestablement
curieux.
Ce court essai, destiné à initier le lecteur à la
connaissance de la boiserie arabe, se réfère aux collections
des salles IV, V, VI et VII.

IVOIRE.

Nous avons déjà mentionné l'ivoire plus haut.
Nous nous bornerons à ajouter que cette matière a
été employée avec prédilection par les artistes arabes,
soit pour fabriquer des panneaux entiers, soit
au moins pour les incrustations. Dans le premier
cas, l'ivoire était rarement lisse; le plus souvent il
était orné d'inscriptions ou de sculptures diverses.
L'ivoire jouait déjà dans la seconde moitié du
VIIIe siècle un rôle important dans la petite industrie.
Nous le trouvons d'un emploi général à la fin
du XVe siècle. Combiné avec l'ébène, l'étain, le
bois rouge, etc., il formait une mosaïque très fine
qui s'employait comme bordure et comme champ,
ou même comme placage, pour des meubles tout
entiers.
Nous ne connaissons pas d'objets en ivoire
massif parmi les produits de l'art musulman en
Égypte. Cependant, il est certain qu'il a été un
précieux auxiliaire pour les artistes égytpiens, d'autant
mieux placés pour l'utiliser qu'ils l'ont eu
constamment à leur portée.

[Back to top]


SALLE No IV.

Bois avec inscriptions, niches de prière, cénotaphes,
chaises de lecteurs de Koran, etc.
1. — Vantaux de porte en bois de sapin turc et
panneaux en chêne à ornements avec figures de
personnes et d'animaux. L'arrangement des ornements
dans leurs lignes principales rappelle les
portes de l'époque fatymite, par exemple: la porte
no 2, à côté, au nom du khalife el-Hâkim et d'autres
menuiseries arabes.
Sans aucun doute, nous avons devant nous une
de ces œuvres coptes qui ont servi de modèle aux
artisans musulmans de l'Égypte(1).
La porte a été enlevée au maristân du sultan Kalaoun avec le
no 26 qui forme un panneau d'une autre porte, salle VI, qui
servait de plafond à une baie de porte. Le fait d'avoir réuni
deux vantaux pour en former un, et d'avoir scié arbitrairement
les panneaux supérieurs montre que la porte a dû être enlevée
à sa destination primitive pour figurer dans l'édifice de
Kalaoun.
2. — Porte en bois de sapin de Turquie à deux
(1) Nous rappelons les fines sculptures de la cloison de séparation
de l'église copte de sainte-Barbe, à Kasr ech-Chama, au
Vieux-Caire, dans laquelle les figures d'animaux sont reproduites
avec une vraie maëstria.

battants, panneaux à inscriptions en caractères
koufiques et ornements
sculptés. L'inscription
est au nom du khalife
el-Hâkim bi Amr
Allah, 996-1020. —
Haut. 3 m. 20 cent.
(fig. 18).

Fig. 18.

Provenant de la mosquée
el-Azhar.
Sur cette ancienne
porte, on relève des
traces de réparations.
L'ossature semble avoir
été complètement renouvelée,
ainsi que quel-ques-uns
des panneaux,
notamment ceux dont
l'ornementation est le
moins fouillée. Non seulement
des panneaux
ont été renversés lors
de leur remontage, mais
encore les champs à
inscriptions ont été
intervertis. Ainsi, le
vantail droit contient

l'inscription qui appartient au vantail gauche et
vice versa.
Nous lisons:
Vantail gauche. Vantail droit.

1.

2.

3.

4.
1. Notre seigneur le prince
des croyants
2. l'imâm el-Hâkim bi Amr
Allah
3. Que les bénédictions de
Dieu soient sur lui et sur
4. Ses ancêtres purs et sa
postèrité.
Les boiseries suivantes portant des inscriptions et
numérotées de 1 à 94 sont pour la plupart exposées
contre les parois et dans l'ordre chronologique.

ÉPOQUE DES ABBASSIDES ET DES TOULOUNIDES
(750-905).

3. — Planchette avec inscription koufique constituant
un titre de propriété de la moitié d'un
immeuble.

* Bénédiction d'Allah, bonheur et prospérité: (de cet
immeuble
) avec ses droits et ses dépendances, le rez-de-chaussée,
le premier étage et le terrain
(sur lequel il est
bâti
) à mon fils el-Kâssim Mass'ud... parts moitié
indivises.
Comme on voit, le texte est incomplet. Nons avons tâché de
le rendre compréhensible en y ajoutant quelques mots que nous
avons mis entre parenthèses(1). — A. B.
5-9. — Cinq fragments de planches à inscriptions
koufiques provenant de la frise qui couronne
les parois intérieures de la mosquée d'Ibn Touloun.
IXe siècle(2).

ÉPOQUE DES FATYMITES
(969-1171).

La particularité des caractères de cette époque
que nous avons déjà relevée à propos des stèles en
pierre, se retrouve aussi dans l'inscription sur bois.
Elle consiste dans la courbe finale de certaines
lettres qui dépasse les lignes.
(1) Des inscriptions pareilles sculptées sur bois ont été publiées
par M. van Berchem dans son Corpus (nos 18 et 19).
(2) Voir sur ces planches la note de la page 66.
10. — Fragment du linteau du minbar de la
mosquée el-Amaoui à Assiout, en sapin de Turquie.
Dans l'inscription sculptée en caractères koufiques
nous relevons les phrases traduites plus bas.

..... Notre seigneur et maître, l'imâm el-Moustansir
billah, prince des croyants.
....
Moustansir billah a été le cinquième des khalifes fatymites
en Égypte. Il a régné de 1036 à 1094.
11. — Planche avec l'inscription suivante:

A ordonné la construction de ce minbar béni, pour la
noble mosquée el-Azhar, dans la ville du Caire, bâtie par
le khalife Moëzz, notre maître et seigneur el-Mansour Abou
Ali, l'imâm el-Amr bi Ahkâm Allah, l'émir des croyants;
que les bénédictions d'Allah soient sur lui, sur ses ancêtres
purs et sur ses très nobles descendants; fils de l'imâm
al-Moust'li billah, l'émir des croyants, fils de l'imâm
al-Mustansir billah, l'émir des croyants; que les bénédictions
d'Allah soient sur eux tous et sur leurs ancêtres,
les imams purs, les guides qui marchent dans la bonne
voie..... dans le courant de l'année 519
(1125-1126).
Cette planche se trouvait au-dessus du mihrâb no 96 provenant
de la mosquée el-Azhar.
12. — Fragment de planche en bois de jujubier
portant une inscription koufique au relief accusé et
aux caractères fleuris. Les arabesques se développent
assez arbitrairement. Provenant de la mosquée à
Kous.
* Bien que le texte soit incomplet, on peut reconnaître par
suite des titres qui y sont employés, surtout

esclave (serviteur)
et

"ami" que cette planche commémorative doit être datée

de l'année de la construction de la mosquée sous le khalife
el-Faïz (1153). Le constructeur mentionné dans l'inscription
sous le titre d'esclave et ami en même temps, est Sâlih Talaï',
le fameux vizir des derniers khalifes fatymites. — A. B.
Pour comparer ce texte avec une inscription identique et
complète dans la mosquée, voir fasc. XVII (1900), p. 110 et
pl. IV du Comité.
13-16. — Planches en sapin avec inscriptions
koufiques ayant servi de revêtement aux chaînages
des arcatures dans la mosquée de Sâlih Talaï.
Tandis que les ornements se relient aux lettres sur
le numéro précédent, ils sont isolés ici et forment un
décor indépendant.
17, 18. — Deux petits panneaux provenant de la
mosquée Sayeda Nefîssa et contenant en caractères
koufiques les mots:

Bonheur éternel. Vie heureuse.
19-22. — Quatre planches avec inscriptions
koufiques et riches ornements. Ces derniers ont un
relief moins prononcé que les lettres.
Le texte des deux premières planches exprime des
vœux; celui des deux dernières est koranique.
Trouvées dans la mosquée el-Mouayyed.

ÉPOQUE DES AYYOUBITES (1171-1250).

23. — Linteau de porte d'un caravansérail (keiçarieh)

à Dessouk. Écriture en naskhi cursif en creux.

La gloire est à Allah seul; Allah! aie pitié d'al-Malik
an-Nâssir Salâh ad-Dounia ouad-Dyn... lui qui
a fait don de ce caravansérail à la communauté des soufis
et qui Ta constitué wakf en faveur de leur couvent, connu
sous le nom de Dâr Saïd as-Souada, dans la ville bien
gardée du Caire. A ordonné la confection de cette porte
neuve et de cette ouverture d'heureux augure, le seigneur
des rois et des esclaves, Imâd ad-Dounia ouad-Dyn, sultan
de l'Islâm et des Musulmans, le soutien du puissant

Empire, la couronne de la nation resplendissante, le régulateur
du monde, le maître de la grandeur al-Malek al-Azîz
Othmân, fils de Youssef, fils d'Ayyoûb, l'aide de
l'émir des croyants. A la date de Rabic Ier de l'année 594

(janvier-février 1198). — A. B.
Cette inscription a été publiée dans le Corpus (no 459) de
M. van Berchem qui l'accompagne de la note caractéristique
suivante:
"Au point de vue paléographique, ce texte appartient à un
type de transition entre le coufique et l'arrondi. On sait que la
substitution du naskhi au coufique, dans les textes historiques,
se rattache en Syrie au nom de Nür ad-Din, en Égypte à celui
de Saladin, et que loin d'être issu du coufique, l'arrondi fut
sans doute importé d'Orient avec les réformes sunnites. Dans
les grands centres, il pénétra brusquement, sous l'action
directe de ces princes, servis en tout par des hommes nouveaux.
Mais dans les petites villes et la campagne, la réforme
fut lente et graduelle, parce qu'elle fut subie par des ouvriers
indigénes, attachés aux méthodes anciennes. En Syrie où
l'épigraphie, comme les institutions et les mœurs, reflète la
décentralisation politique, on trouve un peu partout des textes
du vie siècle de l'hégire appartenant à ce type de transition.
Ils sont rares en Égypte, où la centralisation politique a fait
surgir la plupart des monuments dans la capitale, ou du moins
sous son influence.
"D'autre part, la réforme pénétrant lentement dans les
campagnes, elle y subit une loi générale en vertu de laquelle
le style provincial est en retard sur celui des grands centres.
Les premières inscriptions égyptiennes en caractères arrondis
sont celles de Saladin, la plus ancienne date de l'année 576
(no 527). Quoique plus jeune de dix-huit ans, l'inscription de
Dessouk offre un type sinon plus ancien, du moins plus archaïque
et moins stylisé."
24-31. — Restes (huit pièces) du tabout (cénotaphe)
en bois de teck indien de la mère du sultan
Mohammed el-Kâmil, femme du sultan el-Adil,
trouvés dans la salle du tombeau de l'Imâm ech-Châfaï.
Les inscriptions, qui se détachent sur un fond
richement ornementé, rappellent les plâtres provenant
de la mosquée el-Kâmilieh (salle III, nos 39-46)
avec cette différence que les caractères employés sur
les fragments du cénotaphe sont en naskhi, dit
ayyoubite. Observer aussi le beau dessin et la finesse
de l'exécution dans la sculpture des panneaux. Le
texte sur le no 24 est tiré du Koran; les inscriptions
sur les autres pièces sont historiques.

Fig. 19.

Dans la pièce no 25 (fig. 19), nous relevons ce
qui suit:

(Ceci est le tombeau de celle qui a besoin) de la
miséricorde et de la satisfaction de son maître, mère du
nécessiteux de la pitié de son maître, Mohammed fils de
notre seigneur le sultan, le roi al-Adil fils.... d'Ayyoûb,
ami de l'émir des croyants qu'Allah rende forts et puissants
leurs partisans! Elle est morte dans la miséricorde
de son maître, un peu avant l'aurore succédant à la nuit
dont le matin commençait le jour......
Sur le panneau sont inscrites dans le sens vertical
des phrases qui expriment des vœux pour le repos
de l'âme de la défunte: Qu'Allah la récompense pour
ses bienfaits et sa largesse; lui pardonne ses péchés
, etc.
* Les registres attribuent faussement ces fragments au tabout
de la princesse Chamsa, femme du sultan Salàh ad - Din
et mère de son fils le sultan Osmân inhumés tous les deux
sous la coupole de l'Imâm ech-Châfaï. Les chroniques s'accordent
pour dire que non seulement la princesse Chamsa et
son fils Osmâm, mais aussi la femme du sultan al-Adil, mère
du fils de ce dernier, al-Kâmil a été enterrée dans le même mausolée.
De là la confusion entre les deux princesses. Cette confusion
s'explique par le fait que le nom de la princesse
Adilieh n'est point connu des historiens tandis que celui de

la princesse Salâhieh est trop connu. Le tabout de la première
de ces deux princesse existe jusqu'à nos jours au mausolée de
l'imâm ech-Châfaï. Sur sa face antérieure on lit une inscription
absolument identique, mais complête fixant la date de la mort
de notre princesse en l'année 608 de l'hégire (1211 J.-C.).
— A. B.

ÉPOQUE DES SULTANS MAMLOUKS
(1250-1517).

La plupart des bois portent des inscriptions
dédicatoires. Le caractère des lettres est celui que
l'on désigne sous le nom de naskhi mamlouk.
32. — Solive dont un côté porte une inscription
en relief. Le texte se compose de vœux en faveur
d'un sultan "Roukn ed-Dyn" surnoms portés par les
deux sultans Beibars. (Voir Corpus, no 508.)
33. — Panneau mentionnant le tombeau du
Cheikh Ali el-Bakli "mort au mois de Gamâd Ier de
l'année 696" (mars 1297).
La ruine de la mosquée portant le nom de Bakli
existe encore aujourd'hui dans le quartier de Sayeda-Sekkîna;
son minaret se distingue par sa forme
archaïque(1).
34. — Panneau relatant la restauration d'une
mosquée par l'émir "Bechtâk en-Nâssir", achevée au
mois de Rabic Ier de l'année 736 (octobre-novembre
1335)(2).
(1) Mentionné dans le Corpus, sous le no 464.
(2) Mentionné dans le Corpus, sous le no 470.
35-36. — Deux petits panneaux dont les textes
se complètent. En traduction:
Ce lieu béni a été fondé par le serviteur nécessiteux
d'Allah Ahmed el-Mehmendâr.
37. — Panneau avec inscription incomplète.
* Le texte spécifie la constitution "en wakf" d'une maison
entière, située dans la rue el-Yanissieh non loin du quartier el-Tabbâna,
au profit de l'imâm du collège el-Mehmendarieh qui
réciterait le Koran à droite de la niche de prière contre le
mur, deux fois par jour: une fois, avant la prière de l'aurore et
la deuxième, avant la prière de l'après-midi. — A. B.
Ce panneau et les deux précédents proviennent
de la mosquée el-Mehmendâr construite en 1325.
38. — Côté d'une chaise de lecteur de Koran. Le
haut est occupé par une inscription commémorative,
indiquant que le meuble a été légué en 1346 par
le nommé Ladjîn pour la récitation du Koran.
Provenant de la mosquée el-Azhar.
39. — Planche sculptée. Le commencement de
l'inscription est tiré du Koran, la suite se rapporte
à la construction d'un mihrâb fait en 1352.
40. — Planche carrée avec trois lignes d'inscription.

A ordonné la construction de cet édifice béni, l'esclave
nécessiteux d'Allah, l'émir Chihâb ed-Dyn Ahmed fils de
Baha ed-Dyn Raslân un des hommes de la garde victorieuse.
M. van Berchem dit, d'après Khalil az-Zahiri, qu'au xve siècle,
la garde du sultan se composait de 24000 soldats répartis en
24 corps de 1000 hommes. Chacun de ces corps était commandé
par un émir.
* Le constructeur de la mosquée d'où provient cette planche
était très probablement un de ces vingt-quatre émirs. — A. B.

Fig. 20.

41-44. — Fragments de frise avec grandes lettres.
Ces frises se posent au-dessous des plafonds
formant ainsi une transition entre celui-ci et les murs.
Provient de la mosquée el-Azhar.
45-48. — Quatre panneaux provenant de la mosquée
Barkouk, en ville (fig. 20).
Le texte pareil sur toutes les pièces est le suivant:

Gloire à notre seigneur, le sultan, le roi ez-Zâhir
Barkouk. Que sa gloire soit répandue.
49. — Planche avec inscription incomplète, commémorant
l'érection d'une coupole par le sultan
Barkouk. La planche a revêtu le linteau de la cloison
où se trouve la porte d'entrée de la salle du tombeau
construit par ce sultan pour sa fille et annexé à la
mosquée.
Le mot kobba "coupole" pour désigner un mausolée est justifié
car depuis les temps les plus reculés, le dôme était un élément
d'architecture exclusivement employé pour couvrir les tombeaux;
c'est seulement depuis l'époque turque et précisément dans la
disposition de la mosquée introduite par les Ottomans en
Égypte, que le dòme fait partie intégrante de la mosquée(1).
50-52. — Trois panneaux de porte provenant de
la mosquée funéraire du sultan Barkouk, achevée
par son fils le sultan Farag, avec l'inscription suivante:

Ceci a été constitué wakf par notre seigneur le sultan,
le roi en-Nâssir Farag ibn Barkouk.
Observez l'habileté; avec laquelle les caractéres sont disposés
de manière à occuper toute la surface du panneau.
(1) Il faut faire abstraction des coupoles qui marquent quelquefosis
la partie du plafond située devant le mihrâb. Ces coupoles
sont toujours de dimensions très modestes et ne comptent pas
pour l'architecture extérieure.
53, 54. — Panneaux en bois, avec inscriptions
sculptées provenant du minbar de la mosquée du
sultan Djakmak au Caire.
En voici le texte arabe:

La construction de cette chaire bénie a été ordonnée
par notre seigneur le sultan, le roi ez-Zâhir Mohammed
Abou Sayed Djakmak.
Que sa victoire soit exaltée.
55. — Panneau en bois renfermant trois lignes
d'inscription. Le texte commence par des versets
koraniques et continue ainsi:

* A constitueé wakf ce Koran béni, Son Excellence (un
mot illisible) Seif ed-Dyn (un mot illisible) et il a
constitué wakf en faveur un kirât
(1), du village de Miniet el-Kobra
par la main de Son Excellence Bedr ed-Dyn Loulou,
chef des eunuques, en l'année
858 (1484). — A. B.
Provenant de la mosquée Djakmak au Caire.
56. — Panneau portant une inscription. Le texte

contient la date "Ramadân de l'année de l'hégire
874 (1469)".
Provenant de la mosquée Djakmak (?).
57-73.Diverses pièces de bois portant le nom du
sultan Kaïtbaï.
57. — Dessus d'une porte composé de cinq panneaux
dont deux en bois tourné; celui du milieu
porte l'inscription suivante en relief:

* A ordonné la construction de ce sanctuaire d'heureux
augure, notre seigneur et maître le grand imâm, le roi
respectable, le sultan, le roi el-Achraf Aboul Nasr
Kaïtbai.
— A. B.
Provenant du mausolée de l'Imâm ech-Châfaï.
58. — Panneau en bois qui semble avoir formé,
comme le numéro précédent, un dessus de porte.
L'inscription se réfère à la restauration d'une mosquée,
faite par le sultan Kaïtbaï.

La réfection à neuf de cette mosquée fut ordonnée
par notre maître et seigneur, le sultan, le souverain, le
roi el-Achraf Aboul Nasr Kaïtbai. Que Dieu éternise son
royaume.
Amen.
Cette pièce provient de la mosquée el-Azhar.
59. — Petit panneau avec deux lignes d'inscription
dont le texte est le suivant:

A constitué wakf ce Koran sacreé et ce pupitre notre
maître et sultan, le roi el-Achraf Aboul Nasr Kaïtbaï;
que sa gloire soit répandue.
60. — Panneau carré avec ornements et inscriptions
en sculpture. Un motif à rinceau encadre un
champ circulaire qui renferme en beaux caractères
naskhi les mots:

Que Dieu perpétue
son règne.
Cette phrase est la fin d'une invocation à l'adresse
du sultan Kaïtbaï, car un panneau identique à celuici
se voit dans le joli linteau de porte exposé sous
le no 92 de la salle VIII.
Ce linteau provient du caravansérail du sultan Kaïtbaï sis
près de la porte de ville dite Bâb en-Nasr, d'où très probablement
aussi le panneau no 60 a été apporté au Musée.
61. — Planche avec une inscription qui, à l'exception
d'un mot, est identique à celle du no 58.
62. — Longue planche contenant une inscription
en belles lettres, interrompue au milieu par un texte
finement sculptée, renfermé dans un cercle et qui
contient la formule de louange usitée à l'adresse du
sultan Kaïtbaï. L'inscription commémore la pose
d'une dikka dans une mosquée, celle du sultan
Barkouk, au désert, d'où la planche a été apportée.

A ordonné la pose de cette dikka (tribune) bénie,
notre seigneur et maître, Sa Majesté noble, le sultan, le
roi, el-Achraf Aboul Nasr Kaïtbaï. Que Dieu perpétue
son règne et en affermisse les bases.
63. — Linteau de porte d'une boutique de l'okala
Kaïtbaï, située vis-à-vis de la mosquée el-Azhar.
Parmi les panneaux de diverses dimensions et de diverses
formes, richement sculptés ou formés d'un assemblage de pièces
de bois tournées, il y en a quatre avec le disque renfermant la
formule d'éloge au nom du fondateur de cet édifice.
64-73. — Poutres et planches portant une longue
inscription au nom du sultan Kaïtbaï.
Ces pièces de bois formaient architrave de support à l'étage
supérieur en encorbellement dans la façade de l'okâla, construite
par Kaïtbaï dans la rue es-Serouguieh(1)
Le texte qui énumère divers titres du constructeur
royal est assez intéressant:

A fondé cet édifice béni par la grâce d'Allah et ses
dons généreux notre seigneur et maître, celui qui
dispose de nos cous....... le sultan, le souverain,

Al Malik al Achraf Aboul Nasr Qâyt-bay... le maître
de l'Égypte, de la Syrie, des pays de l'Euphrate, des
forteresses de l'Asie Mineure, des châteaux ismaïliens et
des frontières alexandrines, etc. Allah! perpétue la gloire,
la durée, la grandeur, l'élévation et la victoire, à notre
seigneur et maître.....le sultan, le souverain, Al
Malik al-Achraf Abun-nasr Qâyt bay, etc.
(1)
74-76. — Trois panneaux dont l'inscription relate
la restauration de lieux sacrés par le "khaouâga
Moustafa de Brousse".
L'inscription du no 74 est la suivante:

Ce sanctuaire d'heureux augure a été restauré par
la main du serviteur, avide d'Allah, le marchand Moustafa,
fils du marchand Mahioud, fils du marchand
Rostom, que Dieu leur pardonne leurs péchés, ainsi qu'à
tous les Musulmans.
Celle du no 75 est ainsi formulée:

(1) Cette traduction est empruntée au Corpus, no 329.

* A ordonné la restauration de cette mosquée, notre
seigneur et maître le sultan el-Melik el-Achraf Aboul
Nasr Kaïtbaï, par la main du marchand Moustafa, fils
du marchand Mahmoud, fils du marchand Rostom,
qu'Allah leur pardonne, et ce à la date du mois de Ragab
de l'an 901 (1495)
(1). — A. B.
L'inscription du no 76 est identique à celle du numéro
précédent avec cette différence que le nom de Rostom est suivi
du nom de la ville natale qui est Brousse.
77, 78. — Deux fragments de frise (pareils à ceux
des nos 41-44) avec appliques et ornements; grande
inscription en stuc sur planches de bois.
79. — Planches portant une inscription koranique.
(1) M. van Berchem qui a donné ces inscriptions dit: "Les
travaux de Mustafa sont confirmés par les chroniques. En
Moharram 900 (octobre 1494) furent achevés les travaux de
restauration de la mosquée d'Al-Azhar dirigés par le sieur Mustafa
fils de Mahmoud fils de Rustum." Plus loin il ajoute ceci:
"Le nom du père de Mustafa explique le choix du sultan pour
les travaux d'Al Azhar. En effet Mahmoud fils de Rustum était
le marchand qui conduisit en Égypte en 839 (1435) le jeune
esclave Kaïtbaï et le vendit au sultan Barsbaï d'où le surnom
de Mahmoudi qu'il garda jusqu'à son avènement." Moustafa
dont le nom est cité dans ces textes est mort, dit Ibn Iyas,
en l'an 905 de l'hégire (1499).
80-82. — Trois petits panneaux avec inscription
tirée du Koran, faisant supposer qu'ils ornaient un
koursi de lecteur de Koran.
83. — Planche avec inscription koranique, aux
lettres espacées.
Les nos 79-83 peuvent aussi bien dater de la fin de l'époque
des mamlouks que du commencement de l'époque turque.

ÉPOQUE TURQUE. 923 (1517).

Les inscriptions qu'on voit sur les quelques pièces
de bois de cette époque se distinguent par leur caractère
gauche et leur exécution médiocre. On remarquera
aussi que la date n'est plus écrite en lettres
mais en chiffres. Souvent encore, elle est confirmée
par un chronogramme du texte.
84. — Panneau avec inscription en naskhi bâtard.
* La poésie implore le paradis d'Allah pour un émir Hussein,
en récompense de la restauration faite par lui dans une
mosquée. — A. B.
Provenant de la ville de Kous (Haute-Égypte).
85. — Planche portant en quatre champs un
texte commémoratif de l'érection d'un pilier dans
un édifice (très probablement dans une mosquée) par
un certain Mohammed effendi, fils de Katkhoda (gouverneur),
grand kâdi de l'Égypte en 1133 (1720).
86. — Petits panneaux avec inscription koranique
finissant par la phrase: "Ceci a été achevé en
l'année 1174 (1760)".
On voit des panneaux pareils sur plusieurs faces de placards
provenant des villes du Delta (voir les nos 217, salle VI; 12,
salle VII et autres).
87. — Poutre portant sur une face des ornements
géométriques et l'inscription suivante:

A élevé cet édifice béni, le serviteur nécessiteux
d'Allah, le chef des Bédouins, Mohammed Abd el-Latîf
Za‘louk en l'année 1178 (1764).
88. — Planche sur laquelle est inscrite une poésie
pour perpétuer la restauration du minaret de la
mosquée de Kâssimieh à Damiette par le grand
Mohammed Ali en 1231 (1813).
La date est donnée aussi par le chronogramme du
dernier hémistiche qui se traduit ainsi:

* Tu as fait dans une maison de Dieu une restauration
pour laquelle une bonne récompense t'est réservée.
— A. B.
89. — Écusson sculpté et doré au nom (toughra)
du sultan Mahmoud, mort en 1841.
Provenant d'une chapelle à Darb el-Asfar, au Caire.
90-94. — Six fragments de frise de plafond
portant des inscriptions en peinture. Les textes sont
tirés du Koran à l'exception de celui du no 91.
90. — Lettres koufiques en couleur blanche
filetées de rouge sur fond gris. — Époque fatymite.
Trouvées dans le mausolée du sultan Kalaoun.
91. — Planche avec panneaux oblongs et circulaires,
entourés de baguettes dorées. Dans le médaillon,
la fleur de lis en sculpture.
91 a. — Le panneau de gauche renferme les
mots arabes qui signifient: "La gloire éternelle".
Les traits du panneau de droite ne sont pas
des lettres, bien qu'ils ressemblent au koufique.
92–94. — Planches peintes. Lettres blanches filetées
de noir sur fond rouge.
Les pièces portant les nos 91, 91a et 92 ont été trouvées
dans la mosquée el-Mouayyed, celle qui porte le no 93 dans la
mosquée Abd el-Ghani el-Fakhri et celle qui est désignée par le
no 94 dans la mosquée el-Mârdéni.
95-97.Mihrâbs (niches de prière) en bois.
95. — Mihrâb en bois, orné de sculptures. La
niche est flanquée de deux colonnes. L'ossature du
mihrâb est en chêne turc, la niche proprement dite
en dattier, le tympan en sycomore et les panneaux
en bois de jujubier. Ce mihrâb et la plaque mentionnée
au no 11 ont été enlevés à la mosquée el-Azhar,

la grande université des Musulmans. Bien que ces
deux pièces n'aient pas été trouvées au mème endroit

Fig. 21.


de cette mosquée, il est hors de doute qu'elles formaient
le même objet. La disposition ainsi que le
caractère tout à fait fatymite des ornements de la
niche, correspondent bien à la date de l'inscription
de la planche. 519 (1125—1126) (fig. 21).

Niche de prière de la chapelle de Sitt Roukâya.


96. — Mihrâb provenant de la mosquée de Sitt
Nefîssa. Le cadre proprement dit de la niche en
bois de jujubier est formé d'un assemblage de petits
panneaux en buis et teck renfermant des ornements
d'une exécution des plus fines. Observez aussi les fruits
baccifères, motif favori des XIe et XIIe siècles et que nous
retrouverons sur d'autres monuments de la collection.
Les caractères des arabesques aussi bien que les
lettres de l'inscription koufique dénotent les traits
essentiels du style fatymite. (969-1171.)
Trace d'une mauvaise réparation.
97. — Niche de prière provenant de la chapelle
de Sitt Roukâya, au Caire (pl. II).
La face, en chêne turc, est ornée, comme dans
la niche précédente, de panneaux assemblés en teck
indien et en olivier, disposés en étoiles et autres
figures géométriques; les côtés et le dos sont formés de
grands panneaux. Tous portent en sculpture de fort
jolis ornements analogues dont les feuillages sont
encore fouillés de détails d'une exquise exécution.
Les rinceaux, sortant de vases ou de cornes d'abondance,
y constituent une autre particularité à relever.
La peinture qui recouvre ce meuble, bien qu'appliquée
avec un certain système, a été faite après
coup, ce qui est prouvé par les panneaux en bois
clair et foncé (ébène) formant dessin.
Nous relevons parmi les longues inscriptions en
koufique fatymite, qui bordent la face principale et la

double ligne sur la frise, le passage historique suivant:

* Voici ce qu'a ordonné de faire la dame illustre bien
gardée et très grande (épouse du khalife) el-Amir, au
service de laquelle était auparavant le juge Aboul Hassan
Maknûn, et se trouve aujourd'hui l'émir droit Afîf edDoulah
Aboul Hassan Yumn el-Faîzi es-Sâlihi. Ce mihrâb
a été fait pour le mausolée de Sayeda Roukâya fille de
l'émir des croyants Ali
(1). — A. B.
La présente niche est un mihrâb transportable
comme on les usait dans les chapelles. Les autres
deux étaient très probablement des niches pareilles;
le no 96 conserve encore aux extrémités les attaches
des côtés disparus(2).
(1) M. P. Ravaisse, dans son étude sur ces trois mihrâbs (voir
les Mémoires de l'Institut égyptien, Le Caire, 1889), appelle
cette dame "Alam" et fixe la date de la pose du mihrâb en 1133-1134. M. van Berchem démontre dans son Corpus que le
minbar a été fait entre 1155 et 1160.
(2) Le vide laissé par le manque de la couverture de la niche
proprement dite permet de voir que plusieurs grands anneaux
portent des sculptures sur leur autre face.
98. — Fenêtre composée d'une grille en fer et
d'un riche encadrement en bois.
Le caractère des lettres naskhi et les ornements
au deuxième plan, nous permettent de la classer
parmi les objets de l'époque des Ayyoubites.
Les restes des charnières attachées aux côtés prouvent que
cette fenêtre était munie de volets: très probablement c'était
une ouverture d'intérieur donnant sur le mausolée, les fenêtres
extérieures n'étant jamais traitées si richement.
Provenant de la mosquée de Sayeda Nefîssa.
99. — Imposte à deux faces provenant de la même
mosquée que l'objet précédent avec lequel elle a des
rapports évidents par l'inscription qui forme bordure
et bandeaux. Fort remarquable, la citation du Koran
en lettres koufiques serrées dans un champ de fine
machrabieh, un des plus anciens spécimens de ces
sortes d'ouvrages. Le texte dans le champ d'en haut
commence par des versets du Koran et finit
ainsi:

Ceci est le mausolée de Sayeda Nefîssa, fille de
Hassan, fils de Zeid, fils d'el-Hassan, fils du prince des

croyants Ali, fils d'Abou Tâlib; elle est morte dans le
mois de Ramadân de l'année
208 (823 J.-C.).
L'autre face porte, en haut, en caractères identiques
une inscription koranique. Les autres panneaux
avec inscription de cette seconde face, datent, à en
juger par les lettres, d'une époque plus récente.
100. — Planche en bois avec inscriptions sculptées
des deux côtés. D'un côte, nous lisons dans la seconde
ligne (la première ligne et le texte de l'autre face
sont tirés du Koran):

La construction de cette tombe bénie a été ordonnée
par notre seigneur, le sultan, le roi en-Nâssir, Nâssir
ed-Dounia oua ed-Dyn, Abou Saadât Farag, fils de
Barkouk. Que Dieu le très haut le secoure.
Provenant de la mosquée funéraire du sultan Barkouk (1405
à 1410).
101-103.Tabout (cénotaphe en bois).
101. — Trois côtés d'un cénotaphe en chêne turc
avec inscriptions et ornements sculptés, provenant
d'un tombeau près de la mosquée de l'Imâm ech-Châfaï.
Ces pièces se distinguent autant par la beauté des ornements
que par la richesse de leurs inscriptions. Les dernières nous
apprennent que le cénotaphe a été érigé pour:

"Hisn ed-Dyn Tàleb, fils de Yakoub".
La date 613 de l'hégire (1216) est inscrite sur le quatrième
côté qui se trouve aujourd'hui dans le "South Kensington
Museum".
Le hasard a fait découvrir le cénotaphe d'où proviennent ces
pièces. Il se trouve dans un oratoire, reste d'une mosquée funéraire,
connue sous le nom de Saadât et-Tâlba. Ce cénotaphe a
encore conservé l'empreinte du revêtement en bois. Les dimensions
de cette empreinte correspondent exactement aux pièces
sus-indiquées. La plaque en marbre, couverte d'une inscription
ancienne, scellée à la tête du tombeau, porte le nom du personnage
que nous venons de mentionner.
Il est à remarquer que le bois avait servi à un autre usage
avant d'être employé pour ce cénotaphe, car le revers est
aussi travaillé. Ses ornements sont dans le style du temps
d'Ibn Touloun et sont si profondément creusés que les entailles
percent à plusieurs endroits les sculptures plus récentes de la
face.
* Le personnage de Hisn ed-Dyn est connu dans l'histoire. Il
fut un des émirs de la dynastie ayyoubite. En 1195, il fut
nommé émir des pèlerinages. Dans la ville de Deirout (HauteÉgypte) il y a jusqu'à nos jours des descendants de sa famille.
Le petit-fils de Hisn ed-Dyn s'étant révolté contre le sultan
Aïbek (1250–1257) celui-ci usa de ruse contre lui, le prit avec
ses 1600 Bédouins el le fit pendre. — A. B.
102. — Cénotaphe. — Sur trois côtés, inscription
koranique en caractères naskhi mamlouk, occupant
toute la hauteur de la frise; sur le quatrième,

inscription en deux lignes, aux caractères plus petits
qui est conçue ainsi:

.... Ceci est le tombeau de la dame respectable qui
a fait le pèlerinage de la Mecque, mère de l'émir Nâssir
ed-Dyn, grand écuyer du sultan. Elle est morte le
25 Chaouâl 733
(juillet 1332).
Provenant de la chapelle funéraire de la rue
Dali Hussein.
Le graveur ignorant, à qui ce texte a été confié, a gravé sur le
tabout l'en-tête même ainsi conçue: voici le texte à graver!! — A. B.
103. — Tabout pareil au précédent dont l'inscription
historique mentionne le nom d'une dame
appelée Sitt el-Odoul, morte en 1343.
104–105.Koursi el-Kahf. — Pupitre de lecteur
de Koran.
A l'origine, ces "koursis" étaient sans doute destinés à
porter le Koran seul et leur forme était pareille à celle du koursi
d'Inâl, no 105. C'est plus tard qu'on réunit le pupitre proprement
dit avec une chaise "koursi".
104. — Pupitre aux petits panneaux assemblés,
en bois tourné. Les panneaux renferment une mosaïque

en ébène et en ivoire ou seulement en ivoire
et alors, fouillée d'arabesques. XVe siècle.
105. — Koursi el-kahf aux côtés à claire-voie et
à petits panneaux lisses.
Malgré les modestes moyens employés dans ce
meuble, il est d'un assez bel effet. Les pieds ont été
sciés.
Provenant de la mosquée de l'émir Inâl el-Alâbeki (1392).
106-108. — Koursis de l'époque turque.
106. — Provient d'une mosquée de Mansourah
et porte la date 1117 (1705).
109-111. — Pièces de stalactites dorées ayant
formé couronnement de parois sans le plafond.
112. — Lustre de forme octogonale en métal jaune
fondu à jour. Au centre des champs, une fleur de lis
ou la tablette, figure d'armoirie; sur la couverture
en tôle repoussée, le croissant.
Provenant de la mosquée construite par l'émir Serghatmah
mort en 1355.

[Back to top]

SALLE No V.
PASSAGE.

Dans la cinquième salle ont été exposés les objets
en bois tourné (machrabieh) et des treillis ou claires-voies
composés de pièces sciées et assemblées, ou
obtenus par la simple perforation des planches.
1. — Porte à deux battants en bois de sapin formés

de panneaux assemblés également en bois de sapin,
sàg (teck indien) et jujubier, de diverses formes.
Les parties en bois dur portent des ornements ou

Fig. 22.


des inscriptions en sculpture soigneusement faites,
les inscriptions se répandent sur de longs panneaux
formant bandeaux et sont ou en caractères koufiques

ou en naskhi mamlouk. Le texte koufique
exprime des vœux, comme ceux que nous avons vus
aux nos 17, 18, 19 de la salle précédente, tandis
que le texte naskhi renferme des sentences telles que:
Sois discret en société. La
meilleure arme dans la
guerre est la ruse
, etc.
(fig. 22).

Fig. 23.

Cette porte a été enlevée
du mausolée du sultan Sâleh
Nigm ed-Dyn Ayyoub, construit par
sa veuve Chagarat
ed-Dorr en 1249 J.–C.
2. — Cloison en
bois tourné et dont le
socle est constitué par
l'assemblage de petits
panneaux incrustés
d'ivoire sculpté. (Les
panneaux en bois
sculpté ne datent pas de l'origine.)
Provenant de la mosquée el-Bakri (1374 J.-C.), à Hàret el-Otouf,
en ville.
3, 4. — Encadrement de portes avec claire-voie.
Provenant de la mosquée Maghlataï.
5-11. — Claire-voie en lattes sciées et assemblées
de manière à former par les vides les figures géométriques
les plus variées. No 11 (fig. 23).
12. — Claire-voie formée de baguettes.
De la mosquée Idrîs à Mansourah.
13. — Côté d'une chaise ou banc en bois tourné.
14. — Côté d'un balcon en machrabieh.
15–17. — Fragments du minbar de la mosquée
el-Kâssimieh à Damiette.
18–23. — Balcon ou parties de balcon en bois
tourné
20. — Partie d'une cloison de tombeau.
21–23. — Balcons complets.
24–34. — Panneaux perforés et sculptés, provenant
d'un cénotaphe ou d'une cloison.
24–27. — Du cimetière (?) de l'imâm ech-Châfaï.
Les pièces du no 25 ont été arbitrairement placées dans
leur cadre actuel. L'inscription koufique du panneau du milieu
est koranique ainsi que celle du no 28 en caractères naskhi
ayyoubite. Observer le beau dessin du no 27 (fig. 24).
29–32. — De la mosquée el-Azhar.
Le no 33 qui est pareil au no 29 aura été apporté très probablement
de cette même mosquée.
35. — Lustre en métal jaune en forme de tronc
de pyramide octogonale, couronné de bulbe et croissant.
L'étage supérieur et l'étage inférieur ont les
côtés en grille au dessin géométrique, tandis que

l'étage intermédiaire est formé d'une plaque en métal

Fig. 24.


jaune sur laquelle est gravée l'inscription suivante:

Ceci a été fait pour la madrassah (collège) bénie de
Zaïn ed-Dyn Abd el-Bâssit, serviteur nécessiteux du
pardon d'Allah, intendant du voile sacré du sultan
Malik el-Mouayyad Aboul Nasr Cheikh
(1).
Provenant de la mosquée de l'émir Abd et-Bâssit, au Caire.

[Back to top]

SALLE No VI.

La collection de la sixième salle se compose de
pièces ornementales sculptées, et de portes.
Dans l'ordre où elles sont exposées, les sculptures
présentent une chaîne presque ininterrompue
d'exemples du développement de l'ornementation
arabe, depuis les premières époques jusqu'aux temps
modernes. Pour mieux en donner une idée d'ensemble,
on a incorporé dans la collection, non
seulement les pièces qui sont sûrement œuvres arabes,
mais aussi quelques-unes qui, étant les produits
des artisans coptes, présentent un intérêt tout spécial.
En effet, ces fragments de bois proviennent
des tombeaux musulmans déjà mentionnés et datent,
comme nous l'avons déjà vu pour les pierres
(1)
La traduction est tirée du Corpus de M. van Berchem
(no 487). Nous ajoutons la fin de l'inscription qui est la suivante:

Qu'Allah le rende prospère par la longue
vie
(du sultan), et la durée de son régne.
Nous croyons devoir remplacer dans la traduction de M. van
Berchem les mots: "intendant du voile sacré" par "le préposé
à la garde-robe du sultan". — A. B.

funéraires installées dans la salle I, des premiers
siècles de l'hégire. Les ornements qui y sont sculptés
correspondent donc à la première manifestation de
l'art arabe en Egypte et nous permettent ainsi une
comparaison entre les deux arts. Les relations qui
les rapprochent sont, il va sans dire, bien nombreuses
pour cette première époque.
Voyez la plus ancienne pièce arabe, no 21. Les
ornements qu'elle porte consistent en feuillages
d'un caractère naturaliste, comme aussi ceux du no 7,
qui proviennent, ainsi que les pièces nos 1–16 et
nos 19 à 21, des anciens tombeaux musulmans. La
plupart de ces pièces, sinon toutes, sont des
œuvres de Coptes, car on en trouve actuellement
de pareilles dans les recoins abandonnés de leurs
églises. Dans les nos 16 à 20, le feuillage est largement
taillé et s'accuse par le refouillement des
bords. Nous reconnaissons ce même trait caractéristique
dans l'ornementation d'une planche qui a
été enlevée à la mosquée d'Ibn Touloun, construite
en 876 J.-C. C'est le no 24, fragment d'un plafond
d'une baie de porte. Plats dans le dessin, quelques-uns
de ces ornements présentent déjà le mouvement
de l'arabesque de l'époque fatymite.

ÉPOQUE PRIMITIVE
JUSQU'AUX KHALIFES FATYMITES (969).

1–23. — Divers fragments extraits des tombeaux
situés au sud du Caire.
(Le no 19 provient du cimetière de l'imâm ech-châfaï.) Ces
bois, fragments arrachés aux bâtisses ou aux meubles, ont été
employé dans les tombes pour empêcher que le sable n'envahît
le caveau. Nous verrons plus tard des morceaux de planches
peints et incrustés qui avaient eu la même destination.
1–6. — Panneaux en bois de
sapin travaillés au tour.
7, 13–15. — Traverses d'encadrement
sculptées de motifs végétaux,
no 7 (fig. 25).

Fig. 25.

On voit dans une chapelle copte du Vieux-Caire
une frise qui a des ornements identiques
ou très ressemblants à ceux du
no 15(1).
16–20. — Planches ornées
de feuillages conventionnels
sculptés.
Des fragments pareils se trouvent
souvent dans les églises coptes.
21. — Côté d'un cénotaphe (?)
richement sculpté: les champs
sont bordés en haut et en bas
d'une ligne d'inscription koufique
tirée du Koran. Le dessin d'un are polylobe supporté

par des colonnes alterne avec un motif qui
rappelle inconsciemment le soleil ailé égyptien
antique. Toute la surface est couverte d'un décor

Fig. 26.


végétal dans lequel les trèfles sont identiques à
ceux du no 7(1) (fig. 26).
D'une tombe d'Aïn es-Sîra.
24. — Fragment de plafond d'une baie de porte
provenant de la mosquée d'Ibn Touloun.
Cette mosquée, construite en 876 J.–C., est contemporaine
des tombeaux d'où proviennent les pièces nos 17–21, ce qui
explique la ressemblance de leur décoration.
25. — Deux fragments avec représentation figurale
et ornements.
(1) On veut reconnaître dans cet arrangement des trois feuilles
le symbole copte de la Trinité Il n'est pas impossible que le
disque représenté sur le no 21 ne soit pas un autre symbole.
Provenant du cimetière de l'imâm ech-Châfaï. La sculpture
n'est certainement pas l'œuvre des Arabes, mais elle remonte à
la première époque de leur civilisation.

ÉPOQUE FATYMITE.

L'identité ou, au moins, la parenté étroite des
ornementations arabe et copte peut être constatée
aussi au cours des deux siècles suivants, 969–1171,
pendant lesquels ont régné les Fatymites en Égypte.
Ce qui frappe à première vue, c'est la disposition
toujours identique lorsqu'il s'agit de l'ornementation
du panneau d'un meuble ou d'une porte.
Ces panneaux, toujours symétriques, renferment
dans l'axe un ou plusieurs cartouches avec ornements
légèrement entaillés, tandis que les motifs
qui les entourent sont fouillés vigoureusement dans
le bois. Le feuillage de la période fatymite se distingue
par un détail particulier: on le reconnaît à
ce que les lobes de la feuille se recourbent vers la
tige au point de sa naissance.
Qu'il s'agisse d'une œuvre chrétienne (copte) ou
musulmane de cette époque, la disposition des ornements
et le caractère de la feuille sont les mêmes.
La seule différence consiste dans les figures dont
l'emploi est courant chez les Coptes, tandis qu'il est
évité par les artisans arabes. Comparez à ce sujet la
porte no 1 de la IVe salle et le panneau no 26 de la
VIe avec les anciens panneaux de la porte d'el–Hâkim
(no 2, IVe salle) et les nos 27–29 de la salle VI.
Les deux premiers documents sont coples, les derniers,
arabes.
26 — Panneau de plafond, ce qui explique la
disposition symétrique
des motifs figurés par
rapport au petit axe.
Le milieu est un champ
encadré de doubles
bâtons courbes, dont les
filets forment feuillages
et arabesques. En haut,
dans l'axe, un autre
champ renferme deux
oiseaux et dans chacun
des rinceaux figure une
personne assise; celle
qui est du côté droit boit
dans une coupe(fig. 27).

Fig. 27.

La parenté entre ce panneau
et les vantaux décrits
à la page 77 est évidente;
d'ailleurs les deux proviennent
de la même mosquée
de Kalaoun où ils ont été sans
doute transportés d'un édifice copte.
27–29. — Panneaux avec sculpture dans le style
fatymite.
De provenance inconnue.
29. — Plafond d'une baie de fenêtre de la
mosquée de Sayeda Nefîssa.
30. — Poutrelle sculptée de trois côtés. La courbure
des feuilles et des demi-feuilles au point
d'attache de la tige permet d'attribuer cet ornement
à l'époque des Fatymites.
31, 32. — Deux panneaux de la mosquée el-Akmar.
Lors de la restauration de celle mosquée dans les deux
dernières années, des chambranles y ont été trouvés avec des
panneaux ressemblant à ceux des nos 27–29.
33–40. — Diverses pièces de bois avec sculptures,
provenant de la mosquée Sâleh Telâi.
33. Du revêtement d'un tirant. — 34. Côté
d'un abaque. — 35–37. Pièces de rampe. —
39, 40. Deux poutres couvertes de riches sculptures.
42. — Fragment d'une porte consistant en deux
panneaux hexagonaux oblongs encadrés de rinceaux.
La disposition des panneaux et de leurs cadres rappelle
les vantaux de Sâlih Ayyoub. (Salle V, no 1.)
Don de M. G. Parvis, 1903.
43. — Côté d'un meuble ou d'un cénotaphe.
44. — Poutre d'un plafond. Trouvée dans la
mosquée el-Ghouri.
45–47. — Trois planches avec sculptures dans le
style fatymite.

ÉPOQUE AYYOUBITE.

48. — Plafond de la baie d'une porte. Le grand
champ du milieu composé de petits panneaux finement
sculptés, est flanqué de deux panneaux oblongs.
Il est intéressant de relever que la composition géométrique
des ornements dans les panneaux du grand champ
est identique à celle du mihrâb no 97 exposé dans la IVe salle,
mais les ornements diffèrent sensiblement. Tandis qu'ils sont
de style fatymite sur le mihrâb, ceux du plafond sont de style
ayyoubite. Comparez-les aux ornements des nos 25 et 101 de la
IVe salle.

ÉPOQUE DES SULTANS MAMLOUKS.

49. — Planche sculptée. Sortant d'un vase, des
tiges symétriquement disposées, s'enroulent pour
finir en une grande feuille de vigne dans le centre
de laquelle se place une grappe de raisin. D'autres
grappes et de petites feuilles sortent à plusieurs endroits
de la tige. Les traces multiples de dorure et
la peinture en rouge de toute la planche (qui servait
de fond préparatoire à la dorure) prouvent que toute
la planche a été dorée à l'origine.
Des frises identiques au motif de cette planche existent
dans le mausolée du sultan Kalaoun et dans celui de son fils,
le sultan Mohammed en-Nâssir. Provenant du mausolée de
Kalaoun.
La planche avait eu un autre emploi avant d'entrer dans
le chantier royal. En effet, de l'autre côté elle est fouillée

d'ornements auxquels il n'est pas difficile de trouver le caractère
du style fatymite. A remarquer les figures d'hommes et
d'animaux contenues dans les
divers champs encadrés de plates-bandes.
Les figures actuelles n'en
donnent que les contours; la
couche superposée de bois, disparue
depuis, leur donnait plus
de relief.
50–52. — Fragments de
planche et panneaux sur
lesquels sont entaillés des
dessins géométriques, et,
dans les champs formés par
ceux–ci, des feuillages et
des arabesques.
Du collège el-Mehmendâr
(1325 J.-C.).
53–66. — Chambranles
et fragments de plafonds
provenant de la mosquée
el-Mârdâni.
Les sculptures de cette mosquée
construite en 1339 J.-C.
montrent déjà l'arabesque développée
telle qu'elle se manifeste à
travers les siècles suivants.

Fig. 28.

53–61. — Pièces de plafond;
sur quelques-unes, traces de peinture et de
dorure.
62–66. — Chambranles. Tous les chambranles de
cette mosquée ont été dorés. La couleur rouge dont
ils sont peints servait de fond à la dorure. Des traces
de dorure se voient d'ailleurs sur la pièce no 62
(fig. 28).
Le no 65 avait trouvé un deuxième emploi dans
la mosquée el-Mârdâni, étant sculpté des deux côtés.
67. — Plafond d'une baie de fenêtre de la même
mosquée.
Les beaux ornements dont est sculpté ce plafond se distribuent
sur les quatre angles et la rosace centrale, arrangement
pareil à celui qu'on trouve ordinairement sur les tapis et les
reliures.
68–71. — Quatre queues d'hirondelle en bois de
sycomore provenant du minaret de la mosquée de
l'émir Ak Sonkor (XIVe siècle).
Les queues d'hirondelle pour relier les pierres entre elles
étaient en usage chez les constructeurs arabes. On en a aussi
trouvé dans le minaret de la mosquée funéraire de Barkouk.
72–77. — Fragments de plafonds provenant de la
mosquée Tatar el–Hegâzieh (XIVe siècle); quelques-uns
ont conservé des traces de peinture.
72. — Morceau de solive avec revêtement de
planche sculptée. Les nos 73 et 74 ont aussi servi
pour un revêtement pareil.
75. — Fragment de bordure pour encadrer un
plafond.
76, 77. — Fond de caisson.
78, 79. — Fragments pareils au no 75.
80–84. — Diverses pièces de bois provenant de la
mosquée du sultan Barkouk, en ville.
80–82. — Merlons qui ont servi de couronnement
à la grande frise d'inscription dans la salle du tombeau.
84. — Fragment d'un plafond avec ornements
sculptés et inscription dont le texte subsistant mentionne
le constructeur royal:

le sultan, le roi ez–Zâhir Barkouk.
La mosquée de Barkouk, fondée en 1384, a été réparée en
1891. C'est en cette occasion que ces fragments ont été déposés
au Musée.
85–91. — De la mosquée Soudoun Mîr Zâdeh.
86. — Planche divisée par la sculpture en quatre
champs oblongs (le quatrième incomplet). Sur le
fond, en recul, des polygones et des arabesques.
90–91. — Fragment de plafond avec beaux motifs
en sculpture.
La mosquée de l'émir Soudoun construite en (806) 1403 J.-C.
est aujourd'hui une intéressante ruine avec ses imposantes
colonnes en granit et chapiteaux égyptiens(1).
(1) Voir sur cette mosquée la notice insérée dans le fascicule xx
du Comité de conservation des monuments de l'art arabe.
92–94. — Fragments provenant des plafonds de
la mosquée Kâdi Abd el-Ghani el-Fakhri, connue
sous le nom de Gâma el-Banât. La dernière pièce avec
peinture et dorure.
La mosquée de Kâdi Abd el-Ghani fondée en 1418 J.-C. a été
reconstruate en grande partie en 1895.
95. — Arc d'une porte avec des pièces rapportées
et sculptées.
96. — Arc d'une ouverture avec belles sculptures.
97. — Côté de porte d'un minbar avec ornements
sculptés et filets d'ivoire incrustés.
98. — Console sculptée de trois côtés ayant servi
d'appui aux poutres auxquelles on a suspendu des
lampes.
L'éclairage des salles de tombeaux se faisait, en dehors,
d'un lustre en métal pui pendait du centre de la coupole, par
une multitude de lampes suspendues à des poutres disposées
en plan octogonal et supportées par des consoles pareilles
celles du no 98, qui étaient fixées dans les murs.
99. — Fond de caisson de plafond.
100–107. — Planches sculptées d'ornements. Ce
sont des fragments de plafonds enlevés de la mosquée
el-Mouayyed (1416). Les nos 105–107 seulement
appartenaient aux plafonds de cette mosquée;
les autres pièces, bien que trouvées dans la mosquée,
sont d'origine inconnue.
Dans les nos 102 et 103, l'ornement est en creux.
Sur les nos 105 et 106, il y a des traces de peinture
et de dorure.
108–111. — Fragments de planches sculptées de
beaux ornements.
Les objets portant les deux derniers numéros ont été trouvés
dans une okâla moderne (wakf Sonbol). Le no 111 provient
d'un plafond.
114–116. — Bois avec ornements aux motifs de
feuilles et de fruits rappelant de loin les ornements
du no 49. Même provenance que les pièces précédentes.
117–125. — Fragments sculptés de plafonds.
126. — Côté de cadre avec ornements sculptés.
127. — Traverse sculptée d'ornements.
128–130. — Panneaux avec ornements en sculpture.
Le no 130 contient des filets en ébène.
131. — Planches; ornements sculptés et dorés. De
la mosquée el-Azhar.
132–137. — Fragments de plafonds.
138, 139. — Dessus de porte probablement d'un
minbar.
140–148. — Fragments sculptés du plafond de
l'oratoire attaché au mausolée du sultan el-Ghouri.
Le plafond de cet oratoire a été renouvelé. Les pièces de la
collection sont les derniers restes de l'ancien plafond.
140–144. — Revêtement de poutres. — no 140,
avec dorure.
145–146. — Fond de caisson.
147. — Poutre d'un plafond sculptée de petites
niches et arabesques.
148. — Poutre sculptée d'ornements sur trois
côtés et portant encore les anneaux qui servaient à
la suspension des chaînes de lampes.
Cette poutre était supportée par des consoles pareilles à
celles qui ont été mentionnées au no 98.
149. — Partie supérieure du montant d'une
ouverture portant en sculpture des arabesques, le
sceau de Salomon et l'inscription:

Ce lieu béni a été restauré par le Cheikh es-Sayed.
150–158. — Petits panneaux en bois, ornements
en sculpture.
Les nos 156–158 sont identiques aux ouvrages des derniers
siècles des villes du Delta (comparer les panneaux aux
nos 12 et 13 de la salle suivante). Les panneaux nos 152–155
sont plus anciens. Le no 152 porte au revers des motifs de
l'époque des Toulounides.
159. — Ornements découpés en bois et rapportés.
Trace de dorure.
La mauvaise composition du dessin aussi bien que le mode
d'emploi de cette pièce, révèlent le mauvais goût de la basse
époque.
Pris dans la mosquée de Sayeda Zeinab lors de la reconstruction
de cet édifice, il y a une vingtaine d'années.
160–167. — Fragments de planches avec peinture.
Ces pièces proviennent des tombeaux au sud du Caire et
ont la même importance, comme produits artistiques indigènes
des premiers siècles de la civilisation musulmane, que les bois
sculptés déjà mentionnés.
168. — Fragment peint d'une planche de dattier.
D'une mosquée à Bahnassa (Haute-Egypte).
169–180. — Bois peints.
La fraîcheur du coloris dans plusieurs pièces de
cette collection établit jusqu'à l'évidence la vivacité
des tons employés dans la peinture arabe.
Ces pièces proviennent de la mosquée el-Mârdâni (XIVe siècle),
mais seulement les nos 171–177 (du plafond) et 178–179 (du
minbar) appartenaient originairement à la mosquée; les
autres pièces y ont été apportées on ne sait d'où.
181. — Fragment de planche peinte.
De la mosquée el-Kâdi Abd el-Ghani el-Fakhri (voir les
nos 92–94 de la même salle).
182–183. — Fragments de cadre d'un plafond et

d'une planche, côté de poutre d'un plafond avec
beaux restes de peinture.
Les deux pièces ont été trouvées dans la mosquée el-Mouayyed,
mais leur peinture n'a rien de commun avec la
polychromie des plafonds de cette mosquée.

PORTES
ET FRAGMENTS D'OUVRAGES ASSEMBLÉS.

184. — Vantail étroit et long (incomplet) avec
panneaux sculptés triangulaires et hexagonaux.
Provenant de la mosquée du sultan Hassan.
185, 186. — Chambranles de placard en sapin
avec panneaux en bois de sâg (teck indien) et ébène
sculptés et incrustés d'ivoire et de mosaïques fines.
Provenant de la mosquée Aslam el-Bahâï.
187. — Vantaux composés d'un panneau oblong à
la partie supérieure (un autre panneau pareil se
trouvait en bas) et d'un long champ à petits panneaux
en bois de jujubier. Ces derniers sont incrustés
d'ivoire ou simplement en bois, mais toujours
sculptés.
Provenant de la mosquée d'el-Bakri, au Caire (1374 J.-C.).
La règle qui est toujours observée par les artisans
dans l'application des champs composés de petits
panneaux est de poser dans les quatre angles le
quart d'une rosace. C'est la règle générale pour les

portes à un vantail. Mais pour la suivre avec profit,
il faut qu'on dispose d'un champ assez large. Si
celui-ci est trop étroit pour le développement du
dessin géométrique, comme dans les portes à deux
battants, on se contente de mettre les quarts d'étoile
dans les angles extérieurs des vantaux. Ces deux
champs forment alors comme un grand panneau
dans l'axe duquel se placent une ou plusieurs rosaces
complètes (nos 187, 198). Pour accentuer davantage
l'esprit de cette disposition, on amincit autant que
possible les montants intérieurs.
188. — Porte à deux vantaux avec panneaux en
bois sculpté et filets en ivoire.
Provenant de la mosquée d'el-Bakri (1374 J.-C.).
Observer sur le vantail droit, en haut, et sur le
vantail gauche, en bas, le système ingénieux des verrous.
Ce mode de fermeture qui semble à première
vue si compliqué, se voit aussi sur la porte no 212.
On le trouve encore de nos jours dans quelques
portes de certaines villes du Delta.
189. — Porte à deux battants; panneaux en bois
de jujubier et ivoire.
De la mosquée Aitomoch en-Nagâchi.
190. — Deux vantaux enlevés d'une des quatre
portes de la petite cour qui précède le tombeau de
la fille du sultan Barkouk dans la rue en-Nahassyn.
Ce travail démontre l'habileté de l'artisan musulman qui
trouve le moyen d'embellir avec goût même une porte façonnée

de planches. Deux bandeaux en métal jaune séparent en haut
et en has un champ avec inscription sculptée; le champ du
milieu, plus important que les premiers, se compose de motif
de coins et d'une belle rosace, également en sculpture.
Le texte des deux inscriptions est le même.

Gloire à notre seigneur le sultan le roi ez-Zâhir
Barkouk.
191. — Moitié d'un vantail aux panneaux incrustés
d'ivoire et sculptés.
Provenant de la mosquée Mîr Zâdeh.
192. — Porte de placard avec panneaux incrustés
d'ivoire. Restes de charnière en métal jaune.
De la petite mosquée érigée par l'émir Gôhar el-Kankabaï
dans le coin nord-est de la mosquée el-Azhar.
193, 194. — Deux linteaux traités comme le numéro
précédent et provenant de la même mosquée.
195. — Vantail de fenêtre provenant de la même
mosquée que les numéros précédents.
Ce vantail est traité dans la manière la porte de Barkouk
(no 190) mais les sculptures en sont plus riches. Les deux lignes
d'inscription dans les champs oblongs en haut et en has sont
les suivantes:

* A toi (Allah) appartiennent la grandeur sans
pareille, les bienfaits sans fin. Que tes bénédictions soient
sur tes esclaves élus.
— A. B.
196, 197. — Deux paires de vantaux.
D'étroits panneaux oblongs en haut et en bas
limitent un haut champ composé de petits panneaux
sculptés en bois d'ébène et de jujubier. (Les vantaux
originaux ont été remontés dans d'autres cadres plus
larges.)
Provenant de la mosquée el-Azhar.
198. — Porte à deux vantaux de la mosquée du
sultan Barsbaï dans le village el-Khânka (fig. 29).
Tandis que toutes les autres portes de la collection ont seulement
d'un còté le travail compliqué de l'assemblage, ayant
sur l'autre côté un système de travail plus simple, les deux
faces de la porte de Barsbaï sont traitées de la même riche façon.
La différence de la décoration des deux côtés a été obtenue par
la disposition différente des panneaux en ébène et bois de santal.
200. — Porte à deux battants formés par l'assemblage
de petits panneaux en ébène du Soudan et
ivoire, sculptés d'arabesques. Le vantail de droite a
été mal restauré.
202. — Face de placard à deux portes (un des
anciens battants manque ainsi que la traverse d'en
bas). Vantaux et traverses se composent de petits panneaux
incrustés d'ivoire. Des placards à face pareille
étaient usités surtout dans les mosquées du XVe siècle.
203. — Porte à deux battants avec panneaux en

Fig. 29.


sâg (teck indien).
De la mosquée Azbak el-Youssefi (1494 J.-C.).
204. — Deux vantaux d'une porte. Les champs d'en
haut et d'en bas en machrabieh et aux nœuds triangulaires
et hexagonaux sont en bois d'olivier; suivent
des panneaux étroits encadrant le champ du milieu
composé de petits panneaux en bois de jujubier, incrustés
de mosaïques et de plaquettes en ivoire.

PORTES DE L'ÉPOQUE TURQUE
(depuis 1517).

Les portes de cette époque comme les autres ouvrages
de même date en général, se distinguent par
la sobriété du dessin dans la disposition des panneaux
assemblés. Plus tard encore, au lieu de former les
champs par l'assemblage d'une multitude de panneaux,
on les découpe dans un morceau de planche.
C'est un travail beaucoup plus économique mais
d'une valeur bien moindre. Ce qui démontre encore
l'appauvrissement du pays, c'est que l'ivoire est remplacé
par l'os.
205, 206. — Vantaux en chêne turc et jujubier.
De la mosquée Solimân pacha (1528 J.-C.). No 205,
fig. 30.
La mosquée de Solimân pacha, plus connue sous le nom de
mosquée de Saria el-Gabal, est la première qui ait été construite
par les Turcs sur le sol égyptien. Les vantaux expriment
bien le nouvel esprit qui a présidé à leur confection. Ils ne sont
plus symétriques par rapport à la ligne horizontale qui les
couperait en deux moitiés. Les petits panneaux se composent

Fig. 30.

de carrés et de rectangles. Les bandeaux de métal imitent
les charnières, et ce qui est plus étrange encore, ce sont les
couvre-joints, éléments propres aux portes européennes, qui s'y
voient.
Les inscriptions dans le champ supérieur des vantaux n'offrent
pas encore le caractère turc, dit soulous. Nous relevons
dans le texte du vantail no 205 a une poésie incomplète signifiant:
"Il a construit pour Allah un édifice; qu'Allah le récompense."
Les inscriptions sur les autres vantaux y compris celle qu'on
voit sur le bronze du vantail gauche, de la porte no 206 sont
des inscriptions koraniques.
208. — Porte à un battant aux montants et aux
traverses en bois de sapin, à l'assemblage géométrique
en bois de hôr (peuplier importé de la Turquie)
et aux panneaux en jujubier.
209. — Porte à un battant à petits panneaux incrustés
d'os.
De Mehalla el-Kobra, ville du Delta.
210. — Porte en bois de hôr (peuplier) et panneaux
en chêne turc.
Ces vantaux représentent bien les portes de l'époque turque
en Égypte.
211. — Porte à deux vantaux formés par assemblage
de divers panneaux en jujubier avec appliques
en métal.
Du village de Dessouk, dans le Delta.
212. — Porte à deux battants obtenus par assemblage
de planches à moulures et garnie de clous à
grande tête de bronze. Le revers de la porte est muni
du système de verrous dont il a été fait mention au
no 188.
De la mosquée du Cheikh Ibrahîm el-Dessouki; dans le village
de Dessouk.
213. — Porte aux vantaux lisses, excepté un bandeau
d'inscription en haut formant deux vers dont le
dernier hémistiche donne l'année 1056 (1646), date
de la construction d'un édifice duquel provient la
porte.
De la mosquée Ibrahîm el-Birkaoui, dans le village de
Dessouk.
214. — Grande porte à deux battants en chêne
turc provenant d'une okâla à Damiette.
La disposition des panneaux et la finesse des sculptures
dans les dessins géométriques dont elle est
ornée produisent un bel effet et font de cette porte
un spécimen curieux en son genre. Mais elle est
caractérisée par tous les défauts d'un art en décadence.
Voir surtout la délimitation arbitraire de
certains panneaux au motif géométrique (fig. 31).
215. — Porte à un battant; de Rosette.
216. — Porte à un battant apportée de Mehalla
el-Kobra (Delta).
217. — Face de placard avec niches et inscription


en mauvais caractères naskhi:

Fig. 31.

A construit cet édifice le serviteur humble et nécessiteux
qui reconnaît ses péchés, el-Hâg Chalabi et-Toukhi,
qu' Allah lui pardonne à lui ainsi qu'à ses parents; en
1122
(1710).
Même provenance.

[Back to top]

SALLE No VII.

PORTES, PANNEAUX SCULPTÉS, MEUBLES
ET PLAFONDS.

1. — Dessus d'une entrée de fontaine formé d'un
assemblage de petits panneaux, incrustés d'ivoire.
De la mosquée Aitomoch en-Nagâchi. 1383 J.-C.
2. — Prototype du travail d'assemblage. Trouvé
dans une tombe d'Aïn es-Sîra des premiers siècles
de l'hégire.
3. — Porte à deux battants aux panneaux
finement sculptés. Époque fatymite. De la mosquée
Sayeda Nefîssa.
4–5. — Fragments d'un tabout (cénotaphe) en
chêne turc et panneaux en bois de buis et de teck,
trouvés dans la mosquée reconstruite il y a quelques
années de l'Imâm ech-Châfaï (fig. 32).
La finesse extraordinaire des sculptures mérite une attention
particulière. La disposition en plans différents, sans parler
de l'inscription, permet de classer ces pièces dans la période

ayyoubite à laquelle appartiennent toutes les belles boiseries
contenues dans le mausolée de ce savant docteur.
6. — Partie inférieure d'une fenêtre grillée,
identique à celle du no 98 de la salle IV.

Fig. 32.

7. — Vantail de fenêtre aux panneaux en jujubier
sculptés d'ornements géométriques et ornés de bordures
avec arabesques.
De la mosquée-couvent du sultan Beibars, à el-Gamâlieh.
1310 de J.-C.
8. — Encadrement de porte. Disposition peu
commune des panneaux. Remarquer l'habileté avec
laquelle sont taillés les animaux quadrupèdes et les
oiseaux qui peuplent les arabesques des bordures.
Même provenance que la pièce précédente.
9. — Petit vantail avec panneaux en bois sculpté.
De la mosquée Sayeda Nefîssa.
10. — Deux beaux vantaux trouvés dans le tombeau
du sultan Kalaoun. Panneau en jujubier avec
arabesques sculptées et filets en ivoire. La tache en
couleur sur le vantail droit montre le barbouillage
qui masquait la porte.
11. — Face de placard avec niches et petites
portes. La sculpture des panneaux consiste tantôt
en arabesques, tantôt en inscriptions koufiques ou
naskhi. Celles-ci sont toujours des vœux comme:
Gloire éternelle! Protection à son maître! Bénédiction
complète! Longue vie!
12, 13. — Deux faces de grands placards avec
panneaux sculptés, formés d'assemblages en bois
tourné et incrusté d'os, dans la partie inférieure des
portes et des niches. L'arrangement des panneaux
d'après divers dessins n'est pas sans goût. L'inscription
en mauvais naskhi moderne sur la première
pièce est la suivante:

* Cet édifice béni a été construit, grâce à l'abondance

de la générosité d'Allah, à son aide et à sa bienveillance,
par el-Hâg Moustafa, fils d' al-Hâg Ali el-Âkil, au mois
de Moharram 1176 de l'hégire (1762).
— A. B.
Le texte sur le no 13 commence par un verset du
Koran et finit par la phrase suivante:

.....et l'achèvement cut lieu le premier jour de
Moharram 1176.
— A. B.
D'une maison à Mehalla el-Kobra.

VITRINE A.
Travaux d'incrustation.

La vitrine contient à côté de quelques spécimens
d'incrustation de la bonne époque de l'art arabe, les
prototypes de ce genre de travail tel qu'il il a été pratiqué
dans le pays à l'époque de l'épanouissement
de l'art copte, que nous voudrions placer dans les
IXe et Xe siècles. La dextérité avec laquelle sont dessinées
les figures d'animaux est admirable. Le no 19
est d'un travail plus sobre; l'incrustation est faite
seulement de bois, avec l'emploi d'un stuc noirâtre.
La figure d'oiseau (subsistant en petite partie) est
aussi d'un beau dessin. Le no 20 est certainement
plus ancien. Il provient d'un cimetière d'Aïn es-Sîra,
dont nous avons déjà souvent parlé. L'application

des menues pièces d'os et bois de teck rappelle
beaucoup l'incrustation qui se voit sur les meubles
incrustés de la salle.
16-18. — Fragments de meubles trouvés à Edfou
(Haute-Égypte). Bois de sycomore avec incrustation
en os, écaille et teck indien.
Don du Service des antiquités égyptiennes (1905).
19. — Fragment avec incrustation en bois de buis.
Trouvé avec les pièces précédentes et offert au Musée par le
Service des antiquités égyptiennes.
20. — Planche avec trace de mosaïque.
Provenant d'Aïn es-Sîra.
21. — Côté d'un koursi (guéridon) de la mosquée
Tatar el-Hegâzieh.
22-25. — Panneaux avec mosaïque fine composée
d'ivoire blanc avec incrustation d'ébène, d'étain et
de jujubier.
26, 27. — Deux panneaux avec champs en
ivoire entourés d'un bandeau en fine mosaïque.
28, 29. — Panneau en ivoire incrusté d'ébène,
de campêche (bakkam) et d'ivoire.
Provenant de l'armoire I, salle VIII.

VITRINE B.

30. — Os avec ornements géométriques. D'une
tombe d'Aïn es-Sîra des premiers siècles de l'hégire.
31-34. — Panneaux en ivoire avec arabesques en
sculpture et filet en ébène.
35, 36. — Deux plaques d'ivoire avec inscriptions
et ornements en sculpture. Les textes sur les deux
plaques se complètent:

Le roi en-Nâssir, Nâssir ed-Dounia oua ed-Dyn. (Le
roi victorieux protecteur de la terre et de la religion.
)
Ce sont les titres du sultan Mohammed fils de
Kalaoun.
37. — Plaquette en ivoire avec inscription incomplète.
38, 39. — Grandes plaques en ivoire, inscription
en sculpture portant la fin de la formule d'un acte
de donation en faveur d'un collège.
Le texte se résume ainsi: Ce qui précède est
constitué wakf en faveur de cette école. Qui abolira
quoi que ce soit des biens wakfs, aura pour adversaire
Allah, au jour dernier. — A. B.
Provenant de la mosquée-collège du sultan Chaabân (1368).
40. — Grande plaque d'ivoire avec inscription
sculptée en beaux caractères naskhi. "Notre seigneur
le sultan, le roi el-Achraf Kaïtbaï. Que sa gloire soit
répandue."
De la mosquée funéraire de ce sultan.
41, 42. — Panneaux avec incrustation en ivoire.
43-55. — Panneaux polygonaux de diverses formes
avec arabesques en sculpture et filets d'ivoire.
46, 47. — Ébène soudanaise.
54, 55. — Bois de teck indien incrusté en bois
de santal.
56-61. — Panneaux avec champs incrustés en
ivoire à surface lisse.
62-74. — Panneaux polygonaux en bois avec
champs ornés d'ivoire sculpté en incrustation.
75-77. — Panneaux en bois avec ivoire incrusté.

VITRINE C.

78-105. — Panneaux en bois d'ébène avec belles
arabesques sculptées et filets en bois ou en ivoire.
Tous ces panneaux ont été arrachés aux portes ou
meubles auxquels ils appartenaient, à une époque
où l'intérêt pour l'art arabe était confiné à un
petit nombre d'amateurs. Renvoyés d'Europe où ils
avaient été exportés, ils ont été achetés par le Musée.
Il n'y a que les six panneaux du no 78 qui ont pu être
identifiés. Ils proviennent du minbar de la mosquée
d'Ibn Touloun, que le sultan Houssâm ed-Dyn, restaurateur
de la mosquée, y a fait placer en 1296 et
qui ne subsiste plus qu'à l'état de carcasse. Ces

derniers ont été offerts au Musée par M. Godefroy
Brauer (Florence) en 1905.
Le grand panneau est en teck; les incrustations,
en ébène et en buis.

VITRINE D.

106-118. — Panneaux en bois, sculptés d'arabesques.
119, 120. — Seaux (?) en bois.
124. — Manche de cuillère en bois avec oiseau.
125. — Os d'omoplate portant en caractères cursifs
la formule d'un acte de donation ainsi conçu:

* Au nom d'Allah clément et miséricordieux. Ceci
est un acte rédigé par un tel, fils d'un tel en faveur de
sa femme telle, fille de tel, pendant qu'il jouit de toute sa
raison et qu'il remplit les conditions voulues pour le

faire.... tout ce que je possède en fait de....
est un don à toi, fait pour plaire à Dieu et non pour
en être récompensé ou loué. Le pouvoir est entre les mains
d'Allah seul...
(Suivent les noms des témoins.)
Cette pièce, bien que dépourvue de toute date, a une grande
valeur paléographique comme document à l'appui du témoignage
des auteurs orientaux qui disent que les anciens Arabes
écrivaient sur des os, ainsi que sur des feuilles et des branches
de palmier. C'est sur de tels matériaux qu'avait été écrit le
Koran, dont les diverses parties ont été réunies par Omar et
Osmân. — A. B.
127. — Corne.
132. — Plat en bois avec ornements légèrement
entaillés.
133. — Fiole en bois, pour kohl (poudre dont
les indigènes se servent comme de collyre).
134, 135. — Miroirs.
136-141. — Peigne en bois de buis.
136. — Peigne portant l'inscription suivante en
naskhi mamlouk:

Parmi ce qui a été fait pour Son Excellence Nigm
ed-Dyn Ayyoub fils d'el-Bâbâ.
138. — Peigne portant l'inscription koranique
suivante:

* Mon Dieu, divertis mon cœur et facilite-moi ma
tâche.
En se peignant la barbe, après avoir fait sa prière, tout
bon musulman récite ce verset pour être gai pendant sa journée
et avoir sa tâche journalière facilitée. — A. B.
142-145. — Serrure en bois (dabba).
142. — Grand dabba en bois avec ornements et
incrustations en os et bois de teck indien.
146-149. — Guéridons (koursi) hexagonaux en bois
recouvert d'une marqueterie fine en ivoire, étain,
ébène et autres bois. Les meubles sont entièrement
en bois de sapin, de façon que même les larges surfaces
nues sont plaquées de bois durs.
Ces koursis avaient un rôle important dans la collection restreinte
des pièces du mobilier arabe. Comme de nos jours, ils
servaient souvent de support aux plateaux. Plusieurs pièces de la
collection proviennent de mosquées: tels sont les nos 147, 148 et
les nos 105 et 106 dans la salle des bronzes. Là, ils servaient
très probablement de support aux chandeliers, qu'il était et qu'il
est encore d'usage de poser à côté de la niche de prière à
l'occasion des services religieux nocturnes. Dans la salle funéraire
de Sayedn-al-Houssein, deux koursis en marbre sont encore
aujourd'hui en usage.

Koursi du sultan Chaabân.


146. — Petit koursi. L'ouverture qui se trouve
sur un côté de ce koursi est surmontée d'un arc
ogival dont les claveaux sont en ébène et en ivoire.
Les reins de cet arc sont ornés de médaillons qui ont été
placés après coup et contiennent sur une face la tablette comme
blason.
147. — Petit koursi avec dessins alternants sur
les côtés. On observera une certaine analogie de
dessin entre les deux koursis.
Provenant de la mosquée el-Ghouri.
148. — Haut guéridon avec motif d'arceau qui se
trouve dans les panneaux d'en haut et d'en bas des
côtés. A la base, des balustres composés d'ébène et
d'ivoire, dont sont aussi revêtus les pieds. Ce koursi
est muni d'une porte (pl. III).
Provenant de la mosquée du sultan Chaabân.
149. — Koursi de petites dimensions avec dessins
alternants sur les six côtés.
150. — Guéridon en bois. Les panneaux des six
côtés sont ou sculptés ou formés de pièces tournées.
Le couronnement consiste en trois raies de stalactites.
Réparé.
151. — Koursi en bois à panneaux en ébène,
orné d'arabesques sculptées. Les pans sont bordés
de filets en ivoire. Réparé.
Provenant de la mosquée el-Azhar.
152. — Guéridon en forme d'étoile; panneaux des
côtés en bois tourné, ornements peints.
Provenant du tombeau du sultan el-Ghouri, XVIe siècle.

Fig. 33.

153, 154. — Koursis. Le second à plan d'étoile
octogonale. Moderne.
Provenant de la Bibliothèque khédiviale et de la mosquée
de Sayed el-Badaoui à Tantah.
155. — Pieds d'angarîb (sorte de lit des habitants

de la Nubie), en bois de teck indien, avec incrustations
d'ivoire en forme d'étoile et motifs végétaux.
Travail indien. Provenant de la maison de Gamâl ed-Dyn
au Caire.
156. — Coffre-bibliothèque de Koran, en bois,
recouvert à l'extérieur et à l'intérieur de mosaïques
fines. Les charnières sont en bronze incrusté
d'argent et d'or. Travail fort remarquable. Le coffre
est divisé en trois compartiments, et chaque compartiment,
en dix rainures pour les trente parties
du Koran (fig.33).
Ce coffre est de la même provenance que le guéridon décrit
sous le n° 148. Les motifs des dessins, notamment les petits
arcs, sont communs aux deux objets.
157. — Cassette en bois avec ornements en peinture
provenant de la mosquée de Sayedn-al-Houssein.
Cette cassette servait à renfermer les reliques du Prophète
qui sont conservées dans cette mosquée.
158. — Coffre en bois avec belle peinture et riche
dorure. Les bandeaux à inscriptions naskhi mamlouk
nous apprennent que ce "coffret sacré a été fabriqué
pour le Koran noble et vénéré, par ordre du
sultan, le souverain el-Melik el-Achraf Aboul-Nasr
Kânsou el-Ghouri(1)". Ce coffret appartient à la fin
du XVe ou au commencement du XVIe siècle.
(1) Voir pour l'inscription le Corpus, no 504.
159, 160. — Coffrets d'offrandes.
159. — Coffret d'offrandes en bois de noyer
avec incrustation d'ivoire et fine mosaïque.
161-164. — Coffrets.
162, 163. — Deux coffrets à tiroirs en bois de
teck indien et incrustation en ivoire. A remarquer
les motifs végétaux du second coffret.
Travail indien de deux siècles environ.
164. — Coffre avec incrustation en os, ébène et
étain. Le travail de l'incrustation est pareil à celui
des meubles italiens que nous connaissons sous le
nom de "certosini." Sur la couverture, un plan
pour le jeu des échecs et pour la "tavola reale."
Travail très probablement égyptien d'une soixantaine
d'années.
165-168. — Pupitres de Koran.
165, 166. — Pupitres découpés en un seul morceau
de bois.
De la mosquée el-Mouayyed.
167. — Pupitre en bois revêtu de nacre.
Très probablement un produit de l'industrie syrienne, pays
où la nacre s'emploie beaucoup.
168. — Pupitre de Koran en bois tourné. Même
provenance que les nos 165 et 166.
169. — Coin en stalactites d'une frise de plafond;
formé de morceaux de bois.
170-173. — Consoles en bois avec stalactites.
Ces consoles servaient à encadrer de grandes ouvertures
dans les maisons. On les trouve aussi dans les
mosquées au premier plan des liouâns.
170. — Consoles peintes avec un arceau à la base.
De la maison wakf Sitt Zalikha dans la ruelle el-Medak.
171, 172. — Consoles avec décorations rapportées.
173. — Consoles avec leur poutre.
Travail d'une centaine d'années. D'une maison au Caire.
174-180. — Plafonds.
174. — Plafond d'une baie d'ouverture. En planches
unies recouvertes d'ornements dorés en stuc.
175. — Panneau central d'un plafond sculpté et
peint, provenant d'une construction due au sultan
Kaïtbaï, fin du XVe siècle.
Le polylobe du centre contient l'inscription suivante
en naskhi mamlouk:
Dans la seconde ligne:
Gloire à notre seigneur le sultan, le roi el-Achraf.
Dans la première ligne:
Aboul Nasr Kaïtbaï.
Et à la dernière ligne:
Que sa gloire soit exaltée.
176. — Plafond à poutres et caissons richement
peints et dorés. Du sebîl Solimân Sâri.
176 a. — Petit plafond complet de l'entrée
d'une maison du Caire. Poutres arrondies et caissons
recouverts d'ornements en stuc peint et doré; frise
avec ornements et inscriptions également peints. Ces
dernières sont une imploration adressée au Prophète.
177, 178. — Petits plafonds aux planches unies
et peintes.
D'une baie de porte du sebîl wakf Chalabi Azab au Caire.
179. — Plafond peint avec baguettes rapportées.
Ce plafond est de la même provenance que les consoles
no 172. Travail d'une centaine d'années.
180. — Plafond avec pièces rapportées et ornements
entaillés. Peinture en rouge et bleu.
De la même provenance que les consoles no 173.
181. — Lustres de laiton en forme de tronc
de pyramide octogonale, richement gravé au burin.
Les cent godets destinés à ce lustre étaient placés
sur les trois galeries, les bras et le plateau inférieur.
L'inscription indique que ce lustre fut donné
"en wakf", c'est-à-dire comme legs, par un mamlouk
d'un sultan ez-Zâhir.
Provenant de la mosquée el-Azhar.

[Back to top]

SALLE No VIII
(SALLE INTERMÉDIAIRE).

BOISERIES.

Collection de portes et de faces de placards de
l'époque turque; de machrabiehs, etc.
1. — Armoire. La face se compose, en haut et en
bas, d'un champ oblong formé de petits panneaux
assemblés et de deux battants d'un travail pareil.
Les panneaux sont en ivoire et en ébène, incrustés
ou sculptés. Noter que le plan des panneaux dépasse
celui de leur encadrement. Les côtés et le dos du
meuble montrent un travail à petits panneaux, d'ailleurs
très simples, qui ne semble pas avoir été fait
d'un seul coup.
Provenant de la mosquée el-Azhar.
2. — Porte secrète en forme d'armoire. Au milieu,
une petite porte aux panneaux incrustés d'ivoire.
Tout autour, des compartiments pour recevoir de
menus objets.
3-6. — Chaires ou partie de chaires (minbar)
de mosquée.
3. — Escalier d'un minbar, avec ses rampes,
limon et contremarches décorés d'arabesques en

sculpture; les nœuds cubiques de la rampe qui est
en bois tourné sont également ornés d'arabesques.
Provenant de la mosquée Koussoun es-Sâki.
4. — Minbar. Riche travail. Les surfaces sont
composées de panneaux disposés en lignes géométriques
et incrustés d'ivoire finement sculpté. Les
rampes sont en bois tourné.
Ce meuble a beaucoup souffert; il porte des traces de réparation.
Provenant de la mosquée fondée par la princesse Tatar
el-Hegâzieh, au XIVe siècle.
5. — Partie d'un minbar. Rampes et côtés, aux
panneaux en bois tourné ou planches sculptées.
Époque turque. De la mosquée el-Kâssimieh à Damiette.
6. — Support de bulbe, du minbar de la mosquée
de Koussoun es-Sâki, XIVe siècle.
7. — Chaise en bois tourné. Les côtés inférieurs
étaient formés de planches découpées en arcs.
8. — Chaise semblable à la précédente. La moitié
du dos est en retrait pour permettre la pose d'un
pupitre en forme d'X (voir ce spécimen de pupitre
sous les nos 165-168 dans la salle précédente).

OBJETS EXPOSÉS CONTRE LES PAROIS.

9-14. — Petites portes dont la face est formée

d'un assemblage de petits panneaux; provenant de
placards de maisons.
15, 16. — Portes à un vantail. Ces portes et
toutes celles qui sont exposées dans cette salle datent
de la basse époque de l'art musulman en Egypte.
18. — Face de placard d'une maison d'habitation
à Mehalla el-Kobra (Delta). Autour des deux vantaux
du placard proprement dit, on remarque des
arceaux qui se plaçaient devant les niches destinées
à contenir des vases, des flacons ou des bibelots. Audessus
de la porte, une inscription en calligraphie
gauche au texte suivant:

Cet édifice a été restauré par el-Hâg Ahmed et
Mohammed, tous deux fils du Hâg Badaoui el-Kattân,
domestique attaché au service de Said en 1167 de
l'hégire
(1753-1754).
* Le Saïd cité ici ne peut être que Saïd el-Badaoui, le fameux
saint de Tantah. — A. B.
19. — Grande face de placard rappelant celles
des nos 12 et 13 de la salle précédente et provenant
de la même maison.
* Les trois vers de l'inscription en mauvais caractères cursifs

sont incorrects au point de vue de la mesure. Ils donnent le
nom et la date de la construction d'un mak'ad (loggia). Le
deuxième vers attribue cette construction à Moustafa el-Akil,
propriétaire de la maison d'où proviennent les deux autres
faces de placard. Il y a pourtant une différence entre la date
donnée par les deux placards et celle que donne le dernier
hémistiche du no 19, différence de huit ans qui est certainement
due à une erreur de calcul du poète. — A. B.
21. — Face de placard composée de cinq portes
offrant trois dessins différents et surmontée d'arceaux.
24. — Face de placard ressemblant à celle du no 18,
avec quelques incrustations en os. L'inscription est
koranique; elle porte la date 1183 (1769 J.-C.).
De Mehalla el-Kobra.
26. — Porte secrète en forme d'armoire.
29. — Grande porte à un vantail. L'arrangement
des listels forme un beau dessin.
30. — Porte à un vantail. Au milieu, une rosace
à douze mailles; dans les coins, un quart de rosace.
36. — Porte à un vantail. L'arrangement des
panneaux montre une complète décadence; voir la
manière de finir le dessin géométrique du panneau
central. Listels et rosaces sculptés; dans les
panneaux latéraux, des cyprès.
Même provenance que les consoles no 173 et le plafond
no 180 de la salle VII.

Panneaux en bois tourné (Machrabieh).


OUVRAGES EN BOIS TOURNÉ (MACHRABIEH)
(Planche IV).

37-58. — Collection de vingt-deux pièces de
machrabiehs de divers dessins. Par le remplissage
des mailles, on arrive à dessiner des mots ou des
figures, ainsi on lit sur les nos 41 et 45 le mot
"Allah", sur le no 42: "Ya Allah, ya Mohammed."
Dans les nos 44 et 47, il y a des vases; dans le no 53,
un quadrupède est enchaîné à un palmier, etc. Les
bois employés de préférence pour la confection des
machrabieh sont le hêtre, le sapin turc et le chêne.
54. — Devant de balcon, à cinq fenêtres, en plâtre
et vitre coloriés.
59. — Côté de balcon en bois tourné avec son
appui décoré de baguettes rapportées.
60-64. — Niche de balcon (khôkha) en bois
tourné.
C'est une de ces niches attachées aux balcons pour
y exposer l'eau à boire dans des espèces de carafes
en terre cuite (kolla), où elle se rafraîchit par suite
de l'évaporation. On voit dans le bas de la niche les
entailles circulaires, où l'on plaçait les kollas.
67-69. — Devant et côtés de balcon. (Voir la cloison
au fond de la salle.) Le premier est entrecoupé de

nombreux panneaux; son socle est décoré de rosaces
et de panneaux polygonaux en pièces rapportées.
70-74. — Devant et côtés de balcon en machrabieh.
(Cloison de côté).
75. — Voir les nos 60 et 64.
81. — Grille de fenêtre en bois tourné aux nœuds
et châssis sculptés d'arabesques.
De la mosquée Aslam el-Bahâï (1345 J.-C.).
83. — Pièces de balustrade à nœuds sculptés.
84-90. — Grille de fenêtre en bois tourné.
91. — Grille composée de pièces formant des
dessins géométriques. Base à petits panneaux incrustés
d'ivoire.
92. — Dessus de porte (linteau) d'une boutique
provenant de l'okâlah Kaïtbaï située au quartier
Gamâlieh.
Le haut est occupé par quatre panneaux presque
carrés avec inscription au nom du fondateur de
l'édifice.

Gloire à notre seigneur le sultan, le roi el-Achraf
Aboul-Nasr Kaïtbaï, qu'Allah perpétue son royaume.
93, 94. — Parapets de makʿad (loggia) de
maison. 94 de Mehalla el-Kobra.
95. — Rampe composée de balustres dont les têtes
et les bases sont décorées d'arabesques sculptées.
96. — Plafond à dessin géométrique formé de
doubles baguettes clouées. Dans les champs, ornements
en stuc. La peinture est assez bien conservée.
97. — Dallage de piscine, en marbre de diverses
qualités, provenant d'une maison de la famille el-Hilalieh,
au Caire. Des dallages pareils occupaient le
milieu des salons (kaʿa) arabes. Le dallage actuel peut
remonter à trois siècles. La tubulure du jet d'eau est
moderne.
Don de la famille el-Hilalieh, 1901.

[Back to top]


NEUVIÈME ET DIXIÈME SALLES.

MÉTAUX.

Parmi les nombreuses influences qui ont agi sur
le développement de l'art arabe, la civilisation persane
a été incontestablement une des plus importantes.
L'art des Persans atteignit son apogée au
IVe siècle après J.-C. Les Perses qui, à leur tour,
doivent leur civilisation aux Assyriens, ont fait revivre
dans toute sa splendeur leur grand art national au
temps des Sassanides (226–642 après J.-C.). A cette
glorieuse époque succède une période de décadence;
l'empire arabe englobe la Perse et, par une évolution
toute naturelle, la civilisation persano-arabe fait
place à celle des Persans.
Il y a suffisamment d'indices pour montrer que
le goût persan a exercé son action sur tous les pays
de l'Orient, mais presque nulle part il ne s'est fait
sentir autant que dans l'industrie métallurgique. Le
critérium principal de l'art persan se trouve dans
l'ornementation, qui emprunte souvent ses sujets
au règne animal; cette ornementation figurée fut
employée en Perse même après que le nouveau
culte se fut substitué à l'ancien. Il ne faut donc pas
s'étonner si, avec la technique du travail des métaux
dans les contrées environnantes, le motif figural
s'est introduit chez les praticiens, là où nous le
trouvons réellement en vogue, jusqu'à la fin du

XIIIe siècle. Les Arabes de l'Égypte, plus éloignés du
centre de ce courant artistique spécial, et n'en subissant
pas l'influence immédiate, ont approprié l'ornementation
à leur génie propre en imaginant des
motifs d'un caractère abstrait(1).
Mais avant de nous occuper des travaux métallurgiques,
dont nous pourrons suivre le développement
à l'aide d'objets d'art, il n'est pas inutile d'examiner
ce qu'on en sait pour des époques antérieures, dont
il ne nous reste malheureusement aucun spécimen.
Les plus anciens historiens orientaux, dont l'imagination
se plaisait à décrire les merveilles qui
frappaient leur vue, ne tarissent pas d'éloges sur les
travaux en métal de leur époque. Nâssiri Khosrau(2),
le fameux voyageur qui de 1035 à 1042 a visité
presque tout l'Orient, ne peut jamais énumérer avec
assez de complaisance les œuvres qu'il a vues. Ce
sont les lustres en or et en argent de la ville de

Sour (Tyr), ou bien encore les portes du Haram de
Jérusalem, revêtues de plaques de fer et de cuivre
merveilleusement travaillées et toutes couvertes d'arabesques.
En parlant de la mosquée el-Aksa, dans
cette même ville, Nâssiri dit: "Parmi ses portes,
on en remarque une qui est en cuivre et dont la
beauté et la richesse confondent l'imagination. Le
cuivre en est si brillant qu'on le prendrait pour de
l'or: il est couvert d'incrustations en argent niellé
et on y lit le nom du khalife Maamoun. Cette porte
fut, dit-on, envoyée de Bagdad par ce prince(1)."
Elle devait donc dater au moins de la première
moitié du IXe siècle.
Le même auteur a aussi l'occasion de rappeler les
travaux en métal qu'il a vus en Égypte. Lorsqu'un ami
lui procure l'entrée dans le palais des Fatimites au
Caire, la vue du trône du jeune sultan el-Mostansir le
remplit littéralement d'admiration. Ce trône en pur
métal d'or et d'argent, était tout couvert de jolies

inscriptions et de scènes de chasse artistiquement
travaillées. Mais que doit-on penser de l'industrie
des métaux de la même époque, si l'on étudie les
pages de l'inventaire que l'historien el-Makrîzi nous
a laissées dans son ouvrage d'après des mémoires
contemporains, lorsqu'il décrit, par exemple, le
pillage du trésor des Fatimites par la soldatesque
du khalife el-Mostansir? Les mercenaires turcomans
soulevés, dépouillent leur prince de richesses énormes
qu'ils se partagent entre eux, les estimant à vil
prix. On croirait lire la nomenclature de trésors nés
dans l'imagination d'un conteur oriental. En dehors
de boisseaux d'émeraudes, de rubis, de perles, de
cornalines et autres pierreries, l'inspecteur du trésor
mentionne dans son procès-verbal quatre cents
grandes cages d'or, six mille vases d'or pour les fleurs,
des cuves d'argent du poids de 3 quintaux, etc. Parmi
les objets métalliques de fantaisie, il y avait également,
en grand nombre: des coqs, des paons, des
gazelles, de grandeur naturelle, en or incrusté de
perles, de rubis, et un palmier d'or dans une caisse
d'or. Enfin, Ibn Abd el-Azîz, inspecteur du trésor,
déclare dans son rapport que plus de cent mille
articles précieux et deux cent mille pièces d'armures
ont été adjugés en sa présence(1). Il serait trop long
d'énumérer les divers objets précieux qui se trouvaient
dans le trésor des princes fatimites et qui

donnent une si haute idée du degré de perfection
atteint à cette époque dans l'art de travailler les
métaux.
Tel est le récit qui avait cours en l'an 1000.
Quant à la provenance de ce trésor, il convient de
faire observer que beaucoup de pièces devaient être
d'une date antérieure, en majeure partie importées,
mais la plupart étaient très probablement de fabrication
locale; cette supposition paraîtra toute naturelle
lorsqu'il s'agit, comme ici, de princes d'Égypte
aimant le faste et dépensant des sommes énormes
pour enrichir leurs collections.
De toutes ces merveilles, rien ne nous est parvenu;
c'est pourquoi nous ne pouvons en juger que par les
descriptions enthousiastes des témoins oculaires.
Parmi les quelques monuments que l'on dit dater
de cette époque se trouve le griffon en bronze qui
figure dans le Camposanto de Pise. On n'a pas pu
en établir la provenance avec certitude; on ne sait
pas non plus en quelle occasion il fut apporté en
Italie. Les figures d'oiseaux qu'on y remarque et le
caractère de l'inscription koufique, qui ne contient
malheureusement que des vœux, permettent d'en
faire remonter l'origine à l'époque des Fatimites,
car, de même que les autres ouvrages déjà mentionnés
de cette dynastie, il offre la particularité d'être
décoré de figures. Ce caractère est aussi celui des
ouvrages persans. Une telle ressemblance n'est pas
faite pour étonner, si l'on pense à la relation intime

qui existe entre les Fatimites et les Persans, chiʿites
les uns et les autres.
Il semble que non seulement les villes d'Égypte,
de la Syrie, de la Mésopotamie justement réputées
pour leur industrie en métal ont eu leurs produits
admirés, mais que même des pays comme le Yémen
avaient leurs ateliers renommés. C'est ce que nous
lisons dans l'ouvrage d'Ibn Iyâs, d'après lequel les
rois de ce pays avaient fait au sultan ayyoubite el-Kâmil,
un don curieux qui consistait en un chandelier
en cuivre duquel à l'heure du crépuscule sortait une
figure en prononçant la phrase suivante: qu'Allah
rende ta matinée heureuse! Ou bien elle sifflait. Ce
chandelier, œuvre des mikâtiehs (gens qui s'occupent
de fixer exactement les heures des prières) existait
encore au temps du sultan Mohammed en-Nâssir.
Entre les temps reculés pour lesquels nous
sommes obligés de nous fier aux descriptions des
témoins oculaires, et l'époque qui nous a conservé
des témoignages réels de cette industrie, plusieurs
siècles s'écoulèrent. C'est seulement au XIIe siècle
que nous pouvons, grâce aux pièces conservées, reprendre
l'étude de cette industrie et suivre celle-ci
dans presque toutes les phases de son développement
jusqu'au début du XVIe siècle, époque à laquelle
ainsi que l'art arabe en général, elle décline pour
disparaître bientôt. Le fil de nos recherches nous
conduit d'abord en Mésopotamie, dernière région
d'où la technique des métaux semble s'être répandue

dans les autres contrées de l'Orient(1). Sur la plupart
des pièces de ce pays que l'ouvrier a signées,
on lit le nom de la ville de Mossoul. Le beau chandelier
incrusté d'argent et d'or (no 9, IXe salle) appartient
à ce groupe; l'ouvrier qui l'a signé se dit
de cette ville. Le chandelier porte la date 1269.
Les produits de cette école se distinguent, en
premier lieu, parles représentations figurales. Figures
humaines, scènes de chasse, animaux qui se
poursuivent, gravés au burin ou plus souvent
incrustès sur cuivre, sont les motifs favoris des
artisans de cette contrée.
Les objets de fabrication égyptienne sont contemporains
de ces ouvrages. La matière employée
est la même dans les deux cas; mais que l'ouvrier soit
indigène ou étranger, lorsqu'il travaille pour un seigneur
égyptien les ornements sont imaginés avec
les motifs propres à toutes les fabrications d'Égypte.
En réalité, un coup d'œil suffit pour reconnaître sur
les métaux ce style de fleurs et ce système de compositions
polygonales ou d'inscriptions qu'on voit
figurer dans les grands monuments du pays. C'est
encore un objet de notre collection que l'on peut
citer à l'appui de ce que nous avançons. Le koursi
no 105 de la salle IX porte sur les six pieds une
courte mais précieuse inscription. Elle dit que ce

koursi fut fabriqué en 728 (1327) "au temps du
roi Malik en-Nâssir" par un ouvrier de Baghdâd(1).
Il se peut très bien qu'il ait été même fabriqué pour
ce sultan, car les longues inscriptions qui s'y déroulent
renferment les nombreux titres de ce souverain.
D'ailleurs le koursi a été trouvé dans la mosquée de
Kalaoun père d'en-Nâssir.
En dehors des inscriptions, les motifs de décoration
sur ce koursi sont des arabesques. Les figures d'oiseaux
qui sont sur le plateau et sur quelques médaillons et
dans lesquelles on veut voir une allusion au nom de
Kalaoun(2) n'ont certainement pas l'importance des
scènes qui se voient sur le chandelier précité.
(1) Corpus, no 466.
(2) Kalaoun veut dire "canard" en vieux ture (STANLEY LANE-POOLE,
op. cit.). — Ce n'est certainement pas un fait exceptionnel
de voir des canards sur le koursi du Musée. Il y a beaucoup
d'objets qui en sont décorés. Prisse d'Avennes, dans le troisième
volume de son Art arabe, en donne quelques-uns sur les planches
CLXVI et CLXVIII. (Le flambeau au blason n'est pas du XIVe siècle.)
Ces objets sont attribués au fils de Kalaoun. Une écritoire
de son petit-fils, le sultan Chaabân, a aussi comme motif principal
ces oiseaux (Prisse d'Avennes, pl. CLXX). M. van Berchem
observe que tandis que beaucoup d'objets avec la figure du
canard sont attribuables aux descendants de Kalaoun, on n'en
connait pas un qui porte le nom de celui-ci. D'ailleurs la plupart
des cuivres du XIVe siècle sont décorés de ces canards stylisés.
Il en conclut, avec raison, qu'il ne faut pas y voir la figure de
blason, mais tout simplement un motif de décor. (Note d'archéologie
arabe
, 3e article. Journal asiatique, 1904.)
Le métal qui paraît d'abord le plus communément
employé pour ces travaux artistiques est le
cuivre. El-Makrîzi nous apprend de quelle vogue
jouissaient les ustensiles en cuivre incrusté. Dans le
chapitre où il décrit les divers marchés du Caire,
cet historien mentionne spécialement le marché des
incrusteurs,

, au Caire, et dit quel
grand usage on faisait du cuivre incrusté(1). Dans le
trousseau des mariées, les meubles de cuivre tenaient
une grande place; la mariée aimait à avoir au moins
un dikka (banc) de ce métal. On l'employait aussi
pour fabriquer de nombreux objets usuels et des
articles de luxe. Ceux-ci étaient toujours richement
travaillés, et l'incrustation en argent et en or y entrait
pour la plus grande part. Le même auteur cite entre
autres travaux les ouvrages en métal que Sitt el-Amâïm,
fille d'un commerçant, a reçus lors de son
mariage. Un témoin oculaire a raconté à El-Makrïzi
qu'il était présent lorsque cette demoiselle envoya à
son fiancé 100,000 dirhems d'argent pour qu'il fît
réparer des dommages survenus au dikka. L'historien
clôt son chapitre en disant que, de son temps,
on ne cherchait plus à acquérir les cuivres incrustés
que pour en extraire l'argent qu'ils contenaient.
"Le bazar du cuivre, ajoute-t-il, ne possède plus
aujourd'hui qu'un petit nombre d'ouvriers incrusteurs."
(1) El-Makîizî, t. II, p. 105.
On peut sûrement juger de la valeur qu'on attribuait
à des pièces de dinanderie, de chaudronnerie et
aux ustensiles de cuivre en général, par l'examen des
objets de ce genre qui nous sont parvenus. On y trouve
très souvent gravés les noms des divers propriétaires
auxquels ils ont appartenu successivement.
Nous avons eu l'occasion de dire que les produits
dont il est question dans ce chapitre furent fabriqués
en cuivre, ce métal étant d'abord employé à
l'état d'alliage. Chaudrons de grandes dimensions,
coffres, tables, coupes, brûle-parfums, lustres,
lampes, etc., furent ainsi confectionnés et richement
incrustés ou au moins gravés. Les portes ont été
également décorées de bronze; en un mot, aussi bien
dans les objets d'un usage journalier que dans les ouvrages
de luxe, on mettait à contribution le cuivre
ou ses alliages. Ceux-ci se ressemblent tellement que
seule l'analyse chimique permet de les distinguer.
Les documents que nous rencontrons en Égypte
et que nous pouvons incontestablement regarder
comme produits du pays, sont de nombreuses portes
plaquées et ornementées de la manière la plus variée,
des grilles, des lustres et quelques meubles. Ce que
l'on a recueilli de ces derniers dans les édifices religieux
a été déposé au Musée. Le plus ancien monument
de la collection est constitué par les vantaux
qui proviennent de la mosquée Sâlih Talâi, au
Caire (salle IX, n° 1). On y voit un systéme de champs
polygonaux arrangés en forme d'étoiles. Ces pièces

en métal fondu sont placées sur un mince placage
en cuivre jaune. Mais tandis que dans ces vantaux
les fontes sont unies, elles sont gravées de fort jolis
dessins sur les portes provenant de la mosquée fondé
en l'année 1359 par la princesse Tatar el-Hegâzieh,
petite-fille du sultan Kalaoun (salle IX, n° 5).
Le siècle suivant nous fournit dans les incomparables
portes du tombeau du sultan Hassan (1356) les plus
fins travaux d'incrustation en or et en argent. Les
deux vantaux de la mosquée du sultan Barkouk en
ville, aux feuillages de bronze délicatement plaqués
d'argent, et ceux des monuments d'el-Ghouri, du
temps des sultans-mamlouks circassiens, démontrent
que cet art fut alors exercé avec la même habileté
qu'aux époques antérieures.
Les lampes et les lustres de la collection se présentent
sous des formes très variées. Leur ensemble
correspond à une période qui embrasse les xive et
xve siècles. Ces lustres consistent en une espèce de
construction à galeries destinées à recevoir de nombreuses
ampoules. Au-dessous, pendait originalement
le plateau comme on le voit encore au n° 123 de la
salle IX. Ce dernier lustre est repoussé et gravé
d'ornements. D'autres plus petits sont couverts de
dômes qui font l'effet de dentelles, tant ils sont
patiemment ajourés.
Les grilles étaient aussi finement travaillées,
surtout celles qu'on plaçait devant les fenêtres des
sebîls. Sur les nœuds sont souvent gravés, soit les

noms d'Allah, soit les titres et les armoiries de fondateur
de l'édifice, selon la mode qui était fort en
vogue au xve siècle. Le n° 107 de la IXe salle a les
nœuds incrustés d'argent et d'or. Mais ce qui dénote
une rare habileté de la part des ouvriers en matière
de goût et de technique, ce sont les koursis, dont un
déjà a été mentionné plus haut, et la petite caisse-bibliothèque
de la collection. Les quelques points
d'or visibles sur cette dernière accusent un précieux
travail, qui se trahit d'ailleurs par la fine conception
des motifs, parmi lesquels on remarquera tout d'abord
une ravissante bordure en inscription koufique.
La beauté de ces objets en métal, gravés et incrustès,
les faisait rechercher en Europe depuis fort longtemps.
Un grand nombre d'objets d'art en métal qui se
trouvent dans les diverses collections prouvent bien
que le développement de travaux pareils en Europe
est dû en grande partie à l'influence de l'Orient.
Cette influence est notoire sur l'industrie en Italie.
Nous savons que des ouvriers orientaux travaillaient
dans les villes de Gênes, Pise, Florence et Venise à
l'époque où florissaient ces anciennes républiques.
Les produits dans le pur style islamique ou un peu
modifié par le goût du marché sont nombreux. Bientôt
les ouvriers de la péninsule se sont approprié l'art
de l'application des métaux différents et les désignations
des modes de damasquinage comme alla adgemina
et alla damaschina sont passées dans leur vocabulaire.
Ces désignations se rapportent à la manière

de damasquiner. L'alla damaschina consiste dans
le fixage d'un fil de métal, or ou argent, dans une
rainure faite sur le métal à incruster. L'habile ouvrier
laissait souvent ce fil en fort relief surgir sur le fond
et formait ainsi une espèce de cloisonné fort avantageux
pour l'effet. Ce mode est encore aujourd'hui en
usage chez les ouvriers de Damas. Pour travailler
dans l'autre manière, on passait rapidement un éperon
à bord de lime sur le métal, et le fil était fixé au
coup de marteau sur la trace ainsi créée. Ce mode
devait être propre aux contrées de la Perse d'où son
nom alla adgemina (el-Adjemi ou Agami = Persan),
désignation qui a été importée avec alla damaschina
en Italie.
Mais à partir du xvie siècle, l'emploi des bronzes
se restreint. Ils manquent presque entièrement sur
les portes des mosquées ou des constructions publiques;
on se borne à en faire quelques lames ou
rosaces(1). Aussi les grilles, qui auparavant étaient
composées de plusieurs pièces et ajustées à grand'peine,
sont ensuite fondues en une seule pièce.
Vers la seconde moitié du XVIIIe siècle, les dessins
(1) Prisse d'Avennes, vol. I, pl. CVI, cite la porte de la
mosquée
el-Khânka et lui assigne comme date d'origine le
XVIIIe siècle. Cette porte est couverte d'un travail en bronze d'un
bon style. Mais il a été impossible de trouver une mosquée de ce
nom. J'aurais été bien heureux de faire cette découverte pour
m'assurer si l'assertion précédente n'est pas erronée, car cette
porte ne me semble pas être d'une date aussi récente.

que nous rencontrons dénotent une influence occidentale.
Quant aux autres métaux, en dehors des bronzes,
c'est au fer et à l'acier que les artisans orientaux ont
osé s'attaquer. Nâssiri Khosrau dit que les portes
du Haram de Jérusalem contenaient du fer dans leur
revêtement. En parlant des portes de Mehdyeh(1), il
affirme même qu'elles étaient en fer massif et que
chaque vantail avait une hauteur de 30 coudées et
pesait 10.000 kilogrammes. Un autre passage de
son récit vante l'industrie en fer de Tinnis, ville du
Delta réputée par ses fins tissus.
Ces citations, et d'autres que l'on pourrait faire
aisément, montrent d'une manière suffisante que
les Orientaux ont exercé aussi l'industrie du fer,
bien que dans des proportions plus modestes. Les
plus anciens objets en fer ouvragé qu'on ait pu
(1) Mehdyeh fut fondée en l'année 303 de l'hégire (916)
par Ahmed Ibn Ismaïl el-Mehdy, dont on fait remonter l'origine
à Hussein, fils d'Aly. Cette ville est bâtie sur une langue
de terre qui s'avance dans la mer. Elle était entourée d'une
muraille fort élevée et si large que deux cavaliers pouvaient y
passer de front. Les portes étaient en fer massif, et chacun de
leurs battants pesait 100 cantars. Deux des portes de la ville
avaient quatre battants: elles donnaient accès à un passage
voûté qui pouvait abriter cinq cents cavaliers. Les fortifications
de la ville furent achevées en 306 (918) et Ahmed el-Mehdy
vint y établir sa résidence au mois de Chewal 308 (mars 921).
Selon Abou Obeïd Allah el-Bekry, chacune des portes de
Mehdyeh pesait 1000 quintaux et avait 30 coudées de hauteur;
chacun des clous dont elle était garnie pesait 6 rathl. Sur ces
portes on avait représenté divers animaux. Le port, creusé
dans le roc, était assez vaste pour contenir trente navires.
YAQOUT, Moudjem, t. IV, p. 693-696. Description de l'Afrique
septentrionale
, par el-Bekry, traduite par Mac Guckin de Slane,
Paris, 1859, p. 73-75. Sefer Nameh, p. 126.

découvrir en Égypte sont les grilles de quelques
mosquées. Elles sont forgées et consistent en bâtons
verticaux qui passent par les nœuds de baguettes
horizontales: c'est là un travail assez primitif. On
a le droit de s'étonner qu'El-Makrîzi, en décrivant
la mosquée de Mohammed en-Nâssir à la citadelle,
trouve qu'il vaille la peine de parler des grilles
en fer de ce monument qui existent encore de nos
jours et qui sont précisément de la qualité décrite.
Il mentionne aussi dans le même passage, la Maksoura
(place réservée) qui était entourée d'une grille
en fer; peut-être cette dernière était-elle plus artistiquement travaillée.
Une des portes qui figurent dans la collection,
armée de têtes de clous en fer, offre un mode de
décoration assez habile. Ces têtes de clous sont forgées
en forme de polygones variés et sont disposées
de façon à former des rosaces. Il semble que cette
manière d'armer les portes avec des clous était
fort répandue dans le pays. Elle s'est conservée fort
tard, et l'on peut voir, même de nos jours, à l'entrée
de certains quartiers (hâra), quelques vantaux de ce

genre à demi enfoncés dans le sol. Ils étaient destinés
à protéger les demeures contre les agressions
des turbulents Mamlouks.
Resterait maintenant à parler des armures et des
armes forgées d'acier. Malheureusement, la collection
du Musée n'en possède aucune. Les historiens nous
ont conservé le souvenir d'un marché d'armes prospère
qui se trouvait, vers le XIIIe siècle, "entre les
deux châteaux" ainsi que dans l'espace actuellement
occupé par la rue en-Nahassyn et les mònuments
du sultan Kalaoun; mais cette prospérité n'a pas
duré. Le souk es-Selâh (marché d'armes) qui est situé
de nos jours, non loin de la mosquée du sultan
Hassan, n'a nullement hérité de la renommée de
l'ancien marché; on n'y trouve plus de chefs-d'œuvre
et ce qu'on y débite mérite à peine la
curiosité des visiteurs.

Vue de la salle IX (Métaux).


[Back to top]


SALLE No IX.
MÉTAUX. — Planche V.
(Les objets principaux disposés sur cette planche sont désignés
par leurs numéros respectifs.)

PORTES, CHANDELIERS, LUSTRES,
VASES ET MEUBLES.
Objets exposés contre les parois.

1-8. — Vantaux de porte. La face principale
quelquefois recouverte entièrement d'une feuille en
métal jaune est ornée d'un placage aux pièces fondues
du même métal. L'autre face montre le bois
dont les panneaux rivalisent quelquefois par la
valeur de la sculpture avec les ornements en métal.
1. — Grands vantaux. Haut. 4m 37. Le motif
principal formé par les plaquettes ajourées fixées
sur le placage général, est une étoile à huit
pointes. L'autre face des vantaux est divisée en
grands panneaux entourés d'une bordure de clous
dont les têtes forment losanges et disques. Ces panneaux
sont entrecoupés de listels en champs de
diverses formes sculptés de belles arabesques, dont
le style est de l'époque fatimite (voir les feuilles
recourbées au point de leur attache). En effet cette

porte provient de la mosquée de Sâlih Talâï au
Caire(1). — Planche V, no 1.
2. — Porte à deux battants dont le placage a
beaucoup d'analogie avec celui du numéro précédent.
Le deuxième côté des battants a encore conservé
quelques-uns de ses grands panneaux avec
leurs superbes arabesques, Les vantaux ont été
coupés à la partie supérieure. Provenant du tombeau
de l'imâm ech-Châfaï. — Planche VI.
La parenté entre ces deux objets nous porte à
croire que le numéro 2 date du temps du sultan el-Kâmil,
qui, comme nous l'avons vu, a été le fondateur
du mausolée vénéré de l'imâm ech-Châfaï.
3. — Belle porte à deux battants avec un fort
beau placage arrangé avec beaucoup de goût. En
haut et au bas des vantaux court une inscription
en naskhi mamlouk, sur une seule ligne. Les ornements
du placage attirent l'attention par les singuliers
motifs d'une multitude de figures d'animaux
qui fourmillent entre les rinceaux des arabesques.
Cette particularité dans l'ornementation nous fait
penser à un ouvrier étranger ou à une importation
de la porte elle-même. Elle doit certainement avoir

Partie d'une porte du tombeau de l'imâm ech-Châfaï.


passé par quelques vicissitudes, car elle a été trouvée
dans une mosquée construite environ cent cinquante
ans après la confection des vantaux(1). — Planche V,
no 3.
Le texte de l'inscription est le suivant(2):

A ordonné la construction de cette porte bénie, Son
Excellence Chams ed-Dyn Sonkor at-Taouîl
(le long) al-Mansouri.
Que le bonheur ne cesse de le servir.....
six cents
(3).
(Le chiffre des centaines seul est conservé.)
*M. van Berchem, à qui cette traduction est empruntée, dit
ne pas avoir trouvé parmi les nombreux personnages du nom
de Sonkor celui qui est surnommé Taouîl. El-Makrizi parle pourtant
d'un émir de ce nom à l'occasion des écuries que l'émir
Koussoun avait agrandies et dans lesquelles il "incorpora les
écuries de Sonkor et-Taouîl". Il en appert donc clairement que
ce Sonkor a vécu en Égypte où il devait occuper une certaine
(1) La porte a été enlevée à la mosquée du sultan Barsbaï,
construite en 1436 dans le village d'
el-Khânka à quatre heures
de distance au nord du Caire. Elle a été restaurée en vue de
la remettre à la mosquée.

position sociale pour entretenir une écurie de cette importance.
— A. B.
4. — Porte à deux battants. Le milieu a conservé
une partie du placage en bronze. Haut. 4m30.
Il est visible que le haut et le bas de la porte étaient recouverts
d'inscriptions.
5. — Porte en bois à deux battants conservant
encore une grande partie de ses appliques en métal
jaune fixées sur une planche de tôle. A la partie
supérieure du battant droit, on peut voir le commencement
d'une inscription. Entre les deux champs
oblongs, en haut et en bas, il y a un placage consistant
en pièces polygonales perforées et disposées
en forme de rosace à douze et neuf mailles.
Provenant de la mosquée de la princesse Tatar el-Hegâzieh.
6. — Petite porte à deux battants avec appliques
posées sur le bois.
Provenant de la même mosquée.
8: — Vantail de porte de la mosquée de l'émir
Mîr Zâdeh, ayant conservé quelques restes de son
revêtement en métal. Les panneaux oblongs en haut
et en bas étaient remplis d'inscriptions; au milieu,
il y avait une rosace.

VITRINE A.

9-13. — Chandeliers en métal jaune.
9. — Chandeliers en métal jaune avec incrustations

en or et en argent, conservées en grande partie
(fig. 34).
Sur le corps, des lettres koufiques entrelacées
composent des phrases votives; dans les médaillons
et les bordures, des figures d'animaux, et enfin
des images d'hommes en différentes postures. A la
naissance de la tige une inscription rehausse la
valeur de cet objet par l'indication de son âge:

Incrusté par Mohammed
fils de Hassan
de Mossoul, qu'Allah
ait pitié de lui; il l'a
fait au Caire la bien
gardée en 668 de
l'hégireé
(1269).

Fig. 34

10. — Chandelier
en cuivre jaune,
avec des traces d'incrustation
en argent.
L'inscription
mentionne le nom
de Houssâm ed-Dyn
Ladjîn et celui d'un certain Châdi, fils de Chirkou.
Ladjîn monta sur le trône d'Égypte sous le nom d'el-Melik

el-Mansoûr en 1296. C'est lui qui restaura la mosquée d'Ahmed
ibn Touloun.

* Voici ce qui a été fait pour la mosquée dont la
prospérité repose sur la vie du seigneur des rois musulmans,
notre maître le sultan el-Malik el-Mansour Houssâm
ad-Dunia ouad-Dyn Abou Abd Allah Ladjîn, qui s'est
rapproché d'Allah, en restaurant la mosquée connue
sous le nom d'Ibn Touloun. Le serviteur avide d'Allah
Châdi fils de Chirkou s'est rapproché d'Allah en constituant
wakf (ce chandelier) pour qu'il soit placé dans
le mihrâb de la mosquée d'Ibn Touloun.
Malgré les recherches faites dans les obituaires, nous n'avons
pu identifier Châdi fils de Chirkou donateur du chandelier.
Le nom seul fait supposer que le donateur peut être un des
petits-fils du fameux Chirkou, oncle de Salâh ed-Dyn. — A. B.
11, 11 a. — La décoration de ces deux chandeliers,
dont les inscriptions font les frais, était à
l'origine en incrustation, probablement en argent.
Le grand texte qui entoure leur corps est le suivant:

Voici ce qui a été fait pour Son Excellence l'émir
Mohammed, fonctionnaire du sultan en-Nâssir, fils de Sa
Majesté feu Zein ed-Dyn Katbogha.
*Bien que je n'aie trouvé dans les obituaires aucun fils du
sultan Katbogha, au nom de Mohammed, je crois devoir l'identifier
comme tel, vu le titre royal, Sa Majesté, le nom de
Zein ed-Dyn qui est le petit nom du sultan Katbogha, le relatif
en-Nâssiri, fonctionnaire du sultan en-Nâssir fils de Kalaoun
qui succéda à Katbogha et dont l'émir Mohammed, fils de
Katbogha, devait être fonctionnaire et enfin la formule

qui suit le protocole d'un sultan. — A. B.
Il est encore intéressant de relever le blason de l'émir Mohammed
qui se répète à beaucoup d'endroits sur les chandeliers,
ì savoir une coupe surmontée d'une barre horizontale.
12. — Chandelier (incomplet). Bandeau circulaire
en caractères naskhi mamlouk. Texte anonyme
donnant les titres d'un prince.
Don de M. Elias Hatoun. 1904.
13. — Chandelier avec ornements et inscriptions,
aux caractères pareils à ceux du chandelier précédent.
Le texte consiste en deux vers souhaitant le
bonheur et la prospérité au propriétaire. A en juger
par certains motifs, le chandelier date du XIVe siècle.

VITRINE B.

14. — Plumier en métal jaune incrusté d'argent.
L'objet n'a pas une valeur intrinsèque, mais il renferme une
inscription incrustée également en argent d'un très haut intérêt
historique et épigraphique. En voici le texte arabe suivi de
sa traduction:

Fait pour la bibliothèque de notre seigneur, le plus
grand imâm divin, le chef vénéré, le jurisconsulte universel,
le porte-voix de la vérité, le plus grand savant du
monde, le sultan des savants
(un mot illisible), le trésor
des vérités, le plus illustre parmi ses contemporains, le
restaurateur de la religion Hudjdjat al-Islâm
(l'argument
décisif de l'islamisme) Mohammed el-Ghazâli.
Cette inscription est d'un très haut intérêt historique, parce
qu'elle classe l'objet au plus tard dans les premières années
du XIIe siècle. Ce plumier constitue ainsi la plus ancienne pièce
damasquinée de la collection. Son intérêt épigraphique réside
en ce qu'il est le seul objet de cette époque, qui porte une
inscription gravée en caractères naskhi, l'emploi des caractères
koufiques sur les monuments ayant duré jusqu'à l'avènement
de la dynastie ayyoubite, 1171 (1). — A. B.
(1) L'introduction du naskhi ayyoubite ou ancien est due à
Aboul Hassan Ibn Mouklah, un peu avant le milieu du Xe siècle.
Aussi trouvons-nous à la Bibliothèque khédiviale et ailleurs
des manuscrits en caractéres naskhi à partir de cette date. A
Ibn al-Baouâb, mort en 423 (1032), revient l'honneur d'avoir
perfectionné les formes du naskhi. — A. B.
15. — Caisse de Koran en bois plaqué de cuivre
jaune, richement ciselée et incrustée d'argent et d'or
dont il reste peu de vestiges; fond en stuc noir. L'inscription,
en beaux caractères koufiques et naskhi
mamlouk, ne donne aucune date. Cet objet remarquable


a été trouvé dans la mosquée funéraire du
sultan el-Ghouri, au Caire (fig. 35).
16. — Deux pièces d'applique en cuivre jaune
gravées d'inscriptions, ornementées et incrustées

d'or et d'argent, provenant d'une cassette. L'inscription
est koranique. Trouvées dans la mosquée du
sultan Barkouk en ville.
17. — Cassette oblongue avec inscription et ornements
incrustés d'argent. L'inscription en naskhi
bâtard sur le corps est la suivante:

*Voici ce qui a été fait pour Son Excellence l'imâm
(mot illisible) Afîf ed-Dounia ou ed-Dyn Ali fils de notre
seigneur l'émir des croyants Charaf ed-Dyn, fils de notre
seigneur, l'émir des croyants Chams ed-Dyn, qu'Allah
lui vienne en aide et lui accorde sa protection. Ceci a été
fait dans la ville bien gardée de Sana.
Sur le bord du couvercle, on lit quatre vers qui
souhaitent le bonheur et la prospérité au propriétaire.
Malgré les recherches faites sur les imâms de Sana jusqu'à
l'an 900 de l'hégire (1494 J.-C.), il nous a été impossible de
trouver le propriétaire de la cassette. — A. B.
18. — Vase à parfums en métal jaune avec
incrustations en argent. Entre trois cartouches avec

figures de musiciens, se trouvent des inscriptions
renfermant la phrase: "Ô toi qui fais le bien!"
La lance a été ajoutée après coup.
19-41. — Vase en cuivre ou en métal jaune travaillé
au burin.
19. — Grand vase avec belle inscription en grands
caractères naskhi mamlouk, interrompue par des
rosaces avec feuillage ou figures d'oiseaux. Elle contient
les titres d'un prince anonyme ayant été au
service d'un sultan du nom d'en-Nâssir, peut-être
fils du sultan Kalaoun. Sur le bord, la même inscription.
Au fond du vase, de beaux dessins.
Les vides entre les décors sont remplis d'un stuc noir.
20. — Vase. Sur le bord, bandeau d'inscription
interrompu par des médaillons peuplés de figures
d'oiseaux.
Le texte mentionne aussi les titres d'un grand
dignitaire occupant une haute fonction scientifique
auprès d'un certain sultan en-Nâssir. On lit dans les
cercles intérieurs des cartouches les noms de "Mohammed
fils de Fadl Allah". Or la famille d'Ibn
Fadl Allah est bien connue comme une famille de
sectaires de père en fils, sous les descendants de
Kalaoun. Traces d'incrustations visibles.
21. — Vase. Deux champs oblongs avec inscription
alternant avec des champs circulaires, lesquels

renferment la figure l'un cavalier. Décors sur fond
en stuc. L'inscription est la suivante:

Gloire à notre seigneur le sultan le plus grand, maître
des cous des peuples, le sultan des sultans.
* On remarquera les fautes d'orthographe dans certaines parties
du texte. — A. B.
Travail médiocre. A relever encore les noms des propriétaires
successifs de ce vase, gravés à la pointe du burin. Sur le
fond, à l'extérieur: Son propriétaire Mohammed Khân, Mohammed
Rabia, Mohammed Nâssir, etc. Cet usage de marquer
ainsi les vases date de l'époque turque.
Don de M. Hatoun. 1904.
22. — Vase tout couvert d'ornements. Les cartouches
oblongs renferment tous les mêmes titres, à
savoir:

El-Makar (Son Excellence), el-Achraf el-Ali el-Maoulaoui.
Les cartouches sont séparés par des polylobes
avec le blason dont le signe hiéroglyphique nous
permet de classer cet objet dans le XVe ou le XVIe siècle.

VITRINE C.

23, 24. — Petits vases avec inscription séparée

par un blason, dans lequel nous relevons le même
signe hiéroglyphique que sur le dernier objet.
25. — Grand vase en cuivre. Inscriptions et même
blason que sur les deux objets précédents.
La gravure et surtout les laids caractères de l'inscription nous
font supposer un travail tardif, peut-être du XVIIIe siècle. Dans
ce cas, le blason a été simplement copié sur un autre vase
quelconque.
26, 26 a. — Plats magiques recouverts à l'extérieur
de deux inscriptions — la plupart de celles
qui étaient à l'intérieur semblent avoir disparu —
sur le bord, les signes du zodiaque. A l'extérieur,
dans la cavité du fond, le nom de l'artisan et la date
de la fabrication (1551).
* Ce vase est appelé communément "la tasse de frayeur",
nom dû à l'usage qu'on en fait pour guérir les personnes qui
sont tombées malades à la suite d'une forte émotion. Cet usage
consiste à remplir ce récipient d'eau dans laquelle on trempe un
trousseau de vieilles clefs toutes rouillées, et qu'on laisse
exposée à la fraîcheur de la nuit pour la faire boire au malade
le lendemain matin. Cette opération, répétée pendant trois,
sept ou quarante nuits consécutives, a la vertu de guérir toute
personne tombée malade à la suite d'une forte émotion. Aussi
ce vase a-t-il une grande valeur et on ne le prête aux parents
du malade que contre un gage. Il n'est pas impossible que la
présence de l'oxyde de fer des clefs soit salutaire au malade en
certains cas. — A. B.
28-30. — Vase à bord bas avec inscription. Sur
le no 28, l'année 1217 (1802 J.-C.).
31, 32. — Vases de haute formé avec pied.
33-37. — Vases de diverses formes avec inscription
et ornements.
38. — Plat à bord rehaussé et inscriptions.
39. — Plateau à support perforé. Époque moderne.
40. — Aiguière (abrîk) avec ornements repoussés.
Époque moderne.
41. — Vase avec inscription en caractères persans.

VITRINE D.

42-44 a. — Plateaux.
42. — Plateau en cuivre. Au fond, inscriptions
en caractères koufiques, souhaitant le bonheur et la
bénédiction au propriétaire. Des cercles ornementés
entourent trois figures d'animaux.
Don du Service des antiquités égyptiennes, 1906.
42 a. — Plateau en métal jaune, tout couvert de
décors incrustés à l'origine. Maintenant les décors
sont à peine visibles au milieu du plateau, mais
mieux conservés vers le bord. Sur celui-ci, en haut,
des inscriptions interrompues par une chasse de
quadrupèdes. La même inscription en caractères
koufiques renfermant des souhaits de prospérité, de
bonheur, de longue vie, etc., s'étale sur le flanc du
bord. Bordé d'une multitude de figures de musiciens,
un texte en beaux caractères naskhi mamlouk donne
les titres d'un sultan.

Gloire à notre seigneur le sultan, le roi victorieux, le
sage, le juste, le combattant
(pour la foi), el-Mouayyed.
Don de M. Kyticas. 1905.
44. — Grand plat en cuivre étamé, recouvert
d'ornements à l'intérieur et renfermant six fois une
figure de blason. A l'extérieur, le nom du sultan
"el-Malik el-Achraf Kânsou el-Ghouri".
* Une autre inscription gravée à la pointe du burin se traduit
comme suit: "Destiné à la section du potage". L'expression
traduite par "section du potage" se compose d'un mot arabe
qui veut dire "bouillon" et d'un mot turc qui veut dire "département,
maison". — A. B.
44 a. — Grand plat en cuivre rouge portant, gravés
à l'intérieur, des ornements et une inscription.
Celle-ci, en grands caractères, exprime des souhaits
de prospérité et de grandeur. A l'extérieur, les noms
de quelques propriétaires successifs du plat. A relever
parmi les noms celui de la dame Haoua, fille du
Saïd Ali el-Azabân et la date 1131 (1718 J.-C.).
45. — Partie d'un vase en métal jaune gravée
d'ornements et d'une inscription à larges lettres du
type naskhi mamlouk. Le texte contient quelques
titres d'un mamlouk princier inconnu.
46. — Col d'un vase en cuivre avec ornements et

inscription aux titres d'un mamlouk ayant appartenu
à un sultan du nom en-Nâssir. XIVe ou XVe siècle.
47.— Partie d'un vase en métal jaune avec une
large inscription couvrant le corps entier. Elle énumère
les titres d'un mamlouk inconnu. Le bord
intérieur est orné d'un étroit bandeau contenant
six fois le blason avec la tablette du dégustateur.
48. — Base d'un vase (en fort mauvais état) portant
dans une inscription analogue les mêmes titres
et le même blason que la pièce précédente.
Il est possible que ces deux morceaux aient formé à l'origine
une même pièce.
49. — Base d'un vase ornementé. Inscription
vague.
50. — Fragment d'un vase en cuivre portant
inscriptions et ornements gravés; provenant de la
mosquée du sultan Barkouk, en ville.

VITRINE E.

Cette vitrine contient, en dehors d'une lampe
ou veilleuse, des ustensiles en forme de coupe. Ces
objets sans fond ne pouvaient pas être des récipients
proprement dits, mais simplement des supports
permettant d'exposer de vrais récipients au petit
feu. L'intérieur noirci des pieds donne beaucoup de
probabilité à cette supposition.
51. — Vase en cuivre. Ornements sur le pied et

inscription sur le bord. Celle-ci nous a conservé le
nom de l'objet: “Je suis une ṭâs qui contient toutes
les belles choses et par ma patience je suis parvenue
aux objets de mon désir et de mes souhaits". — A. B.
52. — Vase comme le précédent plus large et
plus bas. L'inscription sur le bord commence par la
phrase: "Que tu vives dans la prospérité, ô propriétaire!".
53. — Vase en cuivre avec partie repoussée. Fins
ornements et inscriptions, parmi lesquelles on remarque
celles de la base en beaux caractères naskhi.
Toutes contiennent des souhaits à l'adresse du propriétaire.
"Que tu parviennes au plus haut degré
de la grandeur!"
54. — Partie supérieure d'un vase dont le bord
est décoré d'inscriptions et d'ornements gravés, provenant
de la mosquée du sultan Barkouk, en ville.
55. — Vase à couvercle en cuivre, à inscriptions
et ornements repoussés, provenant de la mosquée
du sultan Hassan. La grande inscription qui s'y trouve
donne les titres de ce sultan. Les cartouches sur le
couvercle et sur la base contiennent également son
nom.

VITRINE F.

56. — Petite coupe à anse en métal jaune. Sur
le bord, un texte en caractéres koufiques, dans lequel
on lit le mot

, bénédiction.
57-60. — Grandes et petites coupes avec anse,
petites coupes à manche et entonnoirs en cuivre
jaune portant tous l'inscription suivante en langue
turque:

Constitué wakf par Son Excellence Bechîr Agha,
eunuque du palais de Sa Majesté le sultan Mahmoud
Khân, le Ghâzi, fils du sultan, année 1164
(1750-1751).
61. — Cruche en cuivre; inscription gravée en
mauvais caractères:

Faisant partie du wakf de la fontaine du sultan
Mahmoud. Fait par Ahmed Agha, serviteur du palais
impérial, 1212
(1797 J.-C.).
Travail lourd.
Le sultan Mahmoud a fondé au Caire dans le Darb el-Gamamîz
un groupe de monuments consistant en un beau couvent
de derviches, avec fontaine et école. Les objets décrits ci-dessus
proviennent de ces édifices; les petites coupes à chaîne étaient
fixées aux grilles de la fontaine derrière lesquelles se trouvaient
les bassins remplis d'eau. Bechîr Agha, légataire des vaisselles,

a élevé lui aussi un sebîl-kouttâb qui se trouve en face de
l'édifice de son maître, le sultan.
62. — Deux coupes en cuivre jaune fondu; provenant
d'une fontaine publique. Travail moderne.
63. — Deux boules en métal doré avec inscription
au nom du sultan Moustapha Khân, fils de Mohammed
Khân qui les lègue au mausolée du cheikh
Ahmed el-Badaoui en l'année 1032 (1622 J.-C.).
Le tombeau très vénéré de ce cheikh se trouve à Tanta, où
l'on fait le pèlerinage deux fois par an. A cette occasion, se
tiennent des foires auxquelles se rendent plus de cent mille
personnes de toutes les parties de l'Égypte.

VITRINE G.

64-71. — Pièces d'or et d'argent.
64, 65. — Pièce d'un dînâr de l'an 693 et
699 J.-C.
66-68. — Dînars de 1115-1186 J.-C.
69. — Deux demi-dînars de 1115 (date presque
effacée).
70. — Quatre dînars du temps du sultan Barsbaï.
70 a. — Pièce en argent, dirhem, de l'époque
des sultans baharites.
71. — Pièce d'or turque de 1106 J.-C.
72. — Pièces d'un collier en or.
Trouvées dans les collines du Vieux-Caire.
73, 74. — Poids en bronze.
75. — Tige (marouad) pour appliquer le kohl.
76-81. — Bracelets et anneaux de jambes
(kholkhâl) en argent et en métal jaune.
82. — Équerre en métal jaune incrusté d'argent
et d'or. L'inscription contient le nom du sultan
Koutchouk, fils de Mohammed en-Nâssir.
Trouvée dans la mosquée d'Ak Sonkor.
83-85. — Loquets (dabba) en bois, plaqués d'argent.
Travail moderne.
86. — Serrure en fer.
87, 88. — Cadenas et clef de cadenas.
La clef est un don de Sayed Mohammed Magdi bey, 1904.
89. — Deux aiguières en cuivre jaune revêtu de
nacre.
90. — Passoires avec ornement et inscription en
langue persane.
91. — Cuillère.
92. — Petit chandelier.
93. — Lampe à deux becs en métal jaune avec
incrustation en argent (l'incrustation actuelle est
une réparation). l'inscription en caractères naskhi
mamlouk est ainsi conçue:

A toi la gloire, la prospérité et la longue vie, ô seigneur!
Don de S. E. Yacoub Artin pacha, 1906.
94. — Lampe en bronze à couvercle.
Don de M. Mohammed Abd el-Azîm, 1904.
95, 96. — Lanternes en métal jaune. Les deux
parties étaient reliées par un cylindre en papier ou
en toile.
Le no 96 est un don de M. Ed. Matasek, 1902.
97. — Lance de fer trouvée dans la mosquée el-Ghouri.
98. — Vingt-quatre flèches en fer trouvées dans
la couverture en bois qui existait entre la mosquée
et le mausolée du sultan el-Ghouri, en ville.
Lorsque cette couverture fut enlevée en 1882, on trouva
que poutres et planches étaient littéralement criblées de flèches.
99 et 99 a. — Yatagans avec manche en argent
et ornements repoussés.
99. — Sur un côté de la lame on lit: Fait par
Solimân; propriétaire Ibrahim Agha
; de l'autre côté,
l'an 1211 (1796). Fourreau en argent repoussé.
99 a. — Manche comme celui du yatagan précédent.
Sur la lame, des incrustations en or. L'inscription
est la suivante en traduction:
Fait par Abd Allah pour son propriétaire Abd Allah en
l'année
1225 (1810).
* Suit en langue turque une invocation au Prophète pour
qu'il intervienne en faveur du propriétaire, et la phrase:
Ô toi dont le secours vient inattendu, sauve-nous de ce qui nous
menace!
— A. B.
Don de H. Ahmed bey Assâd.
100. — Fusil à pierre. Le canon est incrusté d'or,
la crosse avec fine incrustation en argent est dans
le style et la manière des peuples du Balkan. A la
naissance de la crosse, sur le croissant en argent, on
lit en arabe: Fait par Ali Agha.
Le fameux marché des armes à Souk es-Selah du Caire a disparu
peu à peu. Les spécimens d'armes que l'on trouve aujourd'hui
sont les produits d'une industrie exercée surtout par ses
artisans turcs venus après la conquête du pays. Il est donc tout
naturel de trouver un nom turc sur ce fusil probablement fabriqué
au Caire.
101. — Une paire de ciseaux aux lames perforées.
102. — Couvre-tarbouche de dame avec pierreries.
Don de Sayed Mohammed Magdi bey. 1904.
103. — Un quart de cercle d'astronomie en métal
jaune avec des inscriptions en caractères koufiques.
Cette pièce porte le nom du fabricant et la date de
la fabrication en ces mots: Fait par Mohammed fils
de Ahmed el-Mâzini en l'année

.
* La valeur numérique de ces trois lettres donnant la date
de la fabrication varie très sensiblement selon l'admission ou la
non-admission des points diacritiques de deux lettres. Or, sur
quatre méthodes possibles de lecture, deux seulement sont
admissibles: on peut lire dikr, ce qui fait remonter la fabrication
de cet instrument à l'an 224 de l'hégire (838 J.-C.) ou
bien zikr, et fixer la date de la fabrication en 727 de l'hégire
(1321 J.-C.). De ces deux hypothèses, la première est peut-être
préférable, attendu qu'elle est conforme à l'ordre naturel des
chiffres. Si done nous admettons cette date 224, elle nous
ramène juste à l'époque où l'astronomie florissait chez les Arabes;

car cette pièce aurait été fabriquée six ans après la mort
d'el-Mamoun, le fameux
fils de Haroun er-Rachîd
qui faisait faire des observations
dans les observatoires
de Baghdâd et de
Damas. — A. B.
104. — Coudée en
cuivre jaune fabriquée
très probablement durant
l'expedition française
sous Bonaparte.
Don de M. Ottmar de
Mohl. 1906.
105. — Guéridon
(koursi) en métal
jaune en forme de
prisme hexagonal,
fig. 36. (Voir aussi
pl. V, no 105.)

Fig. 36.

Les côtés sont divisés
en champs par des baguettes avec des inscriptions
en argent. Les compartiments sont percés et
des parties en sont aussi incrustées. Les multiples
inscriptions sont en naskhi mamlouk, sauf celle qui
occupe le milieu du plateau et qui est en beaux
caractères koufiques. Toutes donnent les titres du
sultan Mohammed en-Nâssir avec peu de variantes;

celle qui entoure le bord du plateau est la plus complète:

Gloire à notre maître, le sultan el-Malik en-Nâssir
(suivent les titres) fils du sultan el-Malik el-Mansour
Kalaoun es-Sâlihi.
Dans les angles et au-dessus de ces bandeaux, on
voit une multitude de canards, en guise d'allusion
au nom du père du sultan Mohammed. Ces mêmes
figures se voient aussi dans quelques cartouches des
côtés(1).
Une inscription non moins importante se trouve
sur les pieds du meuble. Elle donne le nom de l'artisan
et l'année de la fabrication du guéridon.

* OEuvre du serviteur qui désire et qui espère le pardon
de son maître et qui confesse son péché, le maître

Mohammed, fils de Sonkor, originaire de Baghdâd. Elle
a été faite en l'année 728 (1327-1328) sous le règne
de notre seigneur el-Malik en-Nâssir.
— A. B.
Provenant du maristân (hôpital) du sultan Kalaoun.
106. — Guéridon de même forme que le précédent,
en cuivre jaune incrusté d'argent. Les côtés
sont formés de l'arceau trilobé et d'un unique
grand champ à motif analogue, sauf les grandes
rosaces du milieu, dont il y a deux dessins. —
Pl. V, no 106.
Ce koursi provient de la mosquée du sultan Mohammed en-Nâssir;
il a été fabriqué très probablement à l'époque de ce sultan.
107. — Grille en bronze (incomplète) aux nœuds
incrustés. Le cercle à feuillages en argent renferme
les mots en or "el-Malik en-Nâssir", faisant certainement
allusion au roi Mohammed maître de l'émir
Ak Sonkor, constructeur de la mosquée d'où cette
grille a été enlevée.
108. — Caisse en fer avec serrure très compliquée.
Probablement travail étranger.
109. — Tambour (tabl') provenant de la mosquée
du Sayed el-Badaoui à Tanta.

LUSTRES.

110-113. — Lustres en métal jaune en forme de
plateau avec godets surmontés de dômes.
110. — Toutes les parties du lustre sont perforées.
Sur le bord inférieur du dôme et du plateau, des
inscriptions mentionnent le sultan au nom duquel
le lustre a été fabriqué. Le texte en grandes lettres
sur la panse est incomplet; les autres deux sont
presque identiques. Ils sont(1):
Sur la panse:

Sur le bord du dôme:

Sur le bord du plateau:

Traduction de la deuxième inscription:
Gloire à notre seigneur, le sultan el-Malik en-Nâssir
(suivent les titres), Chihâb ed-Dounia oua ed-Dyn
Ahmed, fils du sultan el-Malik en-Nâssir le défunt
Mohammed, fils du martyr Kalaoun es-Sâlihi.
— Pl. V,
no 110.
111. — Le dôme a beaucoup d'analogie avec celui
du lustre précédent. L'inscription sur la panse est la
suivante:

Parmi ce qui a été fait pour Son Excellence, le très

noble (suivent les titres), Seif ed-Dyn, fonctionnaire du
sultan el-Malik el-Achraf.
112. — Le dôme est perforé; le plateau est
moderne.
Sur la panse du dôme, les titres d'un émir anonyme
sont donnés dans une inscription en naskhi
mamlouk interrompue par des disques ornementés.
Au-dessous, bandeau avec beaux ornements. Provenant
de la mosquée de Sayeda Zeinab. — Pl. V,
no 112.
113. — Sur le dôme, une inscription interrompue
par des cercles ornementés.

* Le maître Nâssir ed-Dyn, le chaudronnier, a constitué
wakf ce lustre pour le mausolée de notre maître Aboul
Abbâs Ahmed el-Bedaoui, Aboul Lissâmein, qu'Allah
nous fasse profiter de ses vertus(1).
— A. B.
114-116. — Lustres en métal jaune en forme de
tronc de pyramide hexagonale, surmonté d'un bulbe.
(1)
Voir Corpus, no 506.
Le surnom d'Aboul Lissâmein, c'est-à-dire "des deux voiles",
a été donné à ce saint à cause de son habitude de se voiler fortement.
— A. B.
Les godets sont placés à la base du lustre; une porte
percée dans un côté en permet la manipulation.
La disposition des lumières ne permettait pas un éclairage
convenable; aussi de tels lustres étaient-ils surtout construits en
vue de l'effet des multiples rayons qui sortaient par les innombrables
trous dont sont percés les côtés.
114. — Le haut et le bas des côtés sont bordés
d'un bandeau avec inscription, au milieu des petits
disques pleins; un autre bandeau se remarque à
l'endroit de l'attache du bulbe. Le texte donne les
titres du propriétaire; celui qui se trouve mentionné
en premier lieu est le plus complet; il nous donne
des renseignements précieux. — Pl. V, no 114.

Gloire à notre seigneur le sultan el-Malik el-Mansour
(suivent les titres) Seif ed-Dounia oua ed-Dîn, fils du
sultan Mohammed el-Malik en-Nâssir(1).
115, 115 a. — Deux lustres identiques. Les nombreuses
inscriptions sur le bouton qui le surmonte,
sur les côtés du lustre et même sur les douilles
donnent les titres du sultan Kaïtbaï. Celle qu'on

voit à la base de la pyramide est la plus complète;
elle est ainsi conçue:

Gloire à notre maître le sultan, le souverain (suivent
les titres), el-Achraf Aboul-Nasr Kaïtbaï.
Provenant de la mosquée fondée par la veuve du sultan
Kaïtbaï dans la ville de Fayoum en 905 (1499)(1).
M. van Berchem qui donne aussi ce texte(2), fait l'observation
que ces lustres, fabriqués du vivant du sultan (mort en 1495),
ont dû être transportés dans cette mosquée d'un des nombreux
monuments du sultan.
116. — Lustre de plus petites dimensions que les
précédents mais avec un couronnement plus développé,
auquel sont attachés des bras pour recevoir
des godets. Dans les cartouches des pans et sur
le bulbe, on remarque le blason du propriétaire
l'émir Kidjmâs identique à celui qu'on voit gravé
sur les nœuds de la grille de sa mosquée, sise
à Darb el-Ahmar.
Les nombreuses inscriptions relatent les titres de
cet émir. Voici l'inscription à la base de la pyramide:

(1) Voir, sur cette mosquée, le Bulletin du Comité de conservation
des monuments de l'art arabe, année 1894.
(2) Corpus, no 498.
Ceci a été fait par Son Excellence, le très noble (suivent
les titres), Seif ed-Dyn Kidjmâs, grand écuyer du sultan
Malik el-Achraf (Kaïtbaï).
Sur la plaque, au-dessus du croissant, on lit la
phrase:

Don de Son Excellence Seif ed-Dyn Kidjmâs.
117. — Lampe en cuivre jaune percé à jour, provenant
de la mosquée de Sayed el-Badaoui à Tanta.
Moderne.
118. — Lustre cylindrique surmonté d'un dôme;
le tout avec une multitude d'ouvertures percées arbitrairement
dans le métal et trouant un décor original
de cavaliers, inscriptions et cartouches; preuve
évidente d'un second emploi de la plaque.
119-121. — Plateaux inférieurs de lustre.
120-121. — Les inscriptions expriment des vœux;
sur le dernier plateau, des figures d'animaux.
122. — Seize lustres en forme de couronne ou
disque perforé.
123. — Lustre en cuivre jaune en forme de pyramide
tronquée octogonale, muni de galeries et tourelles
et couronné du croissant. Toutes ces parties
sont percées ou travaillées au burin. Beau plateau.
— Pl. V, no 123.
Le lustre comme il se présente est complet. C'est

même le seul des grands lustres qui ait conservé son
plateau; mais en l'examinant de près, on constate
qu'il est composé de plusieurs pièces diverses. Ainsi
on lit sur le plateau une inscription au nom du sultan
Kânsou el-Ghouri, tandis que le texte trop effacé
sur les côtés de la pyramide pour pouvoir être lu
intégralement, contient le nom d'un Mohammed el-Mârdâni
et les titres d'un émir; de plus, les disques
sur les pans de la pyramide sont gravés d'un blason
qui est identique à celui de Kidjmâs et qui se voit
sur son lustre no 116. Les deux grandes galeries
enfin d'un travail tout à fait médiocre semblent être
de date plus récente que le reste du lustre.
Provenant de la mosquée el-Ghouri.

[Back to top]

SALLE no X.

PLACAGES DE PORTES; PORTES PLAQUÉES
DE MÉTAL, CHANDELIERS, LUSTRES, ETC.

1-4. — Trois équerres et moitié d'équerre en
cuivre jaune fondu et travaillé à jour, à surface gravée.
Provenant de la mosquée démolie d'Azbak ibn
Tatach (voir aux nos 47-61). — no 1, fig. 37.
5. — Fleuron de rosace travaillé comme les pièces
précédentes et de la même provenance.
6, 7. — Rosaces perforées en fer.
8-22. — Heurtoirs.
8-17. — Heurtoirs en métal jaune fondu, perforés
et gravés d'ornements.
9, 10. — De la mosquée Ezbek citée plus haut.
11, 12. — De la porte extérieure du couvent
Saïd es-Souâda à Gamâlieh, au Caire.
13. — Sur le disque central on distingue
les traces d'un blason.
17. — Heurtoir(?)
avec inscription banale.
Provenance
d'Akhmîm (Haute-Egypte).
18-20. — Enclumes
de heurtoirs.

Fig. 37.

21, 22. — Dessous de heurtoirs, ayant appartenu
aux nos 11 et 12.
23-25. — Trois pièces d'applique en forme
d'étoile en métal jaune perforé avec la partie centrale
bombée. Au milieu de ce dernier, dans un
cercle, le blason de l'émir el-Mârdâni: un calice en
cuivre rouge. Ces pièces sont les derniers vestiges du

placage qui se trouvait sur les vantaux de la porte
nord de la mosquée de cet émir, au Caire (fig. 38).
26, 27. — Quatre plaques en cuivre jaune formant
équerres, avec des ornements ciselés; provenant d'une
porte du tombeau du sultan el-Ghouri.
28. — Fragment de plaque en cuivre jaune gravée
d'inscriptions en jolis caractères, au nom du sultan
Mohammed en-Nâssir.
29. — Coin d'un panneau
en cuivre jaune à ornements
repoussés et gravés.
30. — Bordure dentelée
de placage en cuivre jaune.
31, 32. — Clous en fer
à tête de bronze. Provenant
de portes.

Fig. 38.

33. — Plaques en cuivre rouge à inscriptions
repoussées, provenant d'une porte voisine de la
niche de prière de la mosquée d'Ibn Touloun.
L'inscription est au nom du sultan Ladjyn qui a
restauré cette mosquée en 1296 à la suite d'un vœu
qu'il avait fait lorsque, poursuivi par son adversaire
le sultan Mohammed en-Nâssir, il a trouvé asile dans
cette mosquée.

A ordonné la restauration de cette mosquée notre
maître, le sultan el-Malik el-Mansour, Houssâm ed-Dounia
oua ed-Dyn
(glaive du monde et de la foi)
Ladjyn.
Ce même sultan a aussi légué à cette mosquée le grand
minbar qui s'y voit aujourd'hui, malheureusement dépouillé
de ses panneaux dont quelques-uns se trouvent dans la
vitrine C de la salle VII.
34. — Plaque en cuivre jaune avec une inscription
koufique ciselée dont les lettres entrelacées forment
un très bel ornement. Le fond est également enrichi
d'arabesques.
35-38. — Bandeaux en métal jaune portant inscription.
Les nos 35 et 36, apportés d'un même endroit,
d'après les registres du Musée, de la mosquée funéraire
du sultan Barkouk, donnent le commencement
et la fin du protocole de ce sultan.
Les nos 37 et 38 qui sont identiques, mais proviennent
de la mosquée Barkouk, en ville, portent
des titres relatifs à ce sultan et complètent ceux
que l'on voit sur les deux premières plaques, si l'on
fait abstraction d'un mot et d'une partie de mot,
qui manquent. Il est aisé de constater qu'en intercalant
une de ces pièces entre les deux premières,
on obtient un texte suivi.
D'ailleurs, laissant de côté l'identité des caractères

d'écriture ainsi que de l'ornementation, notre
observation n'en est pas moins confirmée par les
inscriptions qui se trouvent sur plusieurs portes de
la mosquée du sultan Barkouk, en ville.
Voici le texte des trois plaques avec les surnoms
du sultan:

Gloire à notre
seigneur le sultan
le roi régnant, ez-Zâhir

(suivent les
titres) Abou Saîd
Barkouk.
Les nos 35 et 36
ont conservé leurs
bordures perforées
et quelques
vestiges de leur ancien damasquinage(1) (fig. 39).

Fig. 39.

(1) M. van Berchem (Corpus, no 483) ayant lu les inscriptions
incomplètes des nos 35 et 38 les attribue au fils de Barkouk qui
porte le surnom d'el-Mansour. Or, les titres complétés par la
troisième plaque montrent à l'évidence qu'il s'agit de son père
Barkouk. — A. B.
39, 40. — Bordure pareille à celles qui entourent
les plaques nos 35. Même provenance.
41-72. — Plaques d'applique en métal jaune.
41-46. — D'une porte de la mosquée du sultan
Barsbaï au village el-Khânka.
* Les inscriptions comprennent le nom et les titres de l'émir
Djanbalat qui ne peut être que celui auquel Ibn Iyâs donne le
surnom de Mouwattir (celui qui tend l'arc) et qui était fonctionnaire
de Kaïtbaï. — A. B.

Parmi ce qui a été fait par ordre de Son Excellence
(suivent les titres) Seïf ed-Dyn, Djanbalat, abou tirsein
(aux deux boucliers), un des officiers commandant
mille
(soldats) dans la terre d'Égypte sous le sultan
el-Achraf. Que sa gloire soit répandue.
47-61. — Plaques d'applique de vantaux en
cuivre jaune avec inscriptions ou ornements.

Voici ce qu'a constitué wakf notre maître, Son Excellence
Seïf ed-Dyn Azbak, général en chef des armées
égyptiennes du sultan el-Malik el–Achraf
(Kaïtbaï). Que
sa gloire soit répandue.
Ces plaques sont les restes de la mosquée el-Azbak, disparue,
qui se trouvait à droite de l'entrée de la rue du Mouski. Cette
mosquée fut érigée au XVe siècle par Azbak Ibn Tatach, qui
est qualifié dans les inscriptions du titre d'Atâbek el-Assâker,
c'est-à-dire "généralissime". Ce personnage qui s'est distingué
dans des combats avec les Turcs ne doit pas être confondu avec
son contemporain Azbak el-Youssefi, mentionné plus bas. Fait
curieux, les deux sont morts le même jour, le 20 Ramadân 904
(avril 1498 J.-C.).
62–67. — De la mosquée de l'émir Azbak el-Youssefi.
Nons relevons du texte arabe le passage suivant:

A fondé cet édifice béni, par la grâce d'Allah, Son
Excellence le très noble
(suivent les titres) Seïf ed-Dyn
Azbak, chef des mamlouks du sultan el-Malik el-Achraf

(Kaïtbaï)(1).
(1)
Sur les jambages de la mosquée de cet émir, nous lisons:

et non pas

. (Voir dans le Bulletin de
l'Institut égyptien
, 1898: Un sabre de l'émir Ezbek el-Youssefi
el-Zêhery
, par Yacoub Artin pacha.)
Voir aussi, sur cette mosquée, l'étude faite par l'auteur dans
la Revue égyptienne du 1er juin 1889.
Ces plaques proviennent du collège fondé par cet
émir en l'an 900 de l'hégire (1494 J.-C.) à Birket
el–Fîl.
68, 69. — L'inscription contient le protocole d'un
sultan, probablement de Kaïtbaï.
70–72. — Plaques d'applique avec inscriptions
au nom du sultan Kânsou el-Ghouri.
73–77. — Treillage en fil de laiton ayant servi à
protéger vers l'extérieur les vitraux des édifices.
Les plus anciens treillages de ce genre datent du XVe siècle;
avant cette époque les baies de fenêtres du côté de la façade
étaient munies de claires-voies en plâtre ou en bois.
73. — Treillage encadré d'un chambranle sculpté.
76, 77. — Treillages circulaires.
78–81. — Grilles en laiton fondu.
81 a. — Quatre traverses à nœuds de grille en
métal jaune.
82–85. — Grilles en fer à mailles rectangulaires.
86–93. — Vantaux de fenêtres et de portes en
bois ornés d'appliques en métal jaune.
86. — Vantail de fenêtre avec bandeaux en haut
et en bas, sur lesquels on lit un fragment du protocole
d'un sultan.
87. — Vantail droit de porte avec appliques

perforées. En haut, le commencement d'un texte
exprimant des vœux; à mi-hauteur, reste d'une
rosace. De la mosquée el-Mouayyed.
88. — Porte ayant conservé une grande partie
de son placage.
89, 90. — Deux portes à deux vantaux. Les bandeaux
contiennent des inscriptions au nom du sultan
el-Ghouri.
Sur le n° 90, les heurtoirs sont en place. Les inscriptions sur
les bandeaux supérieurs et inférieurs sont identiques sur chaque
porte. Celles du n° 89 mentionnent la fondation d'un "local
béni"; sur le n° 90 est mentionnée la fondation d'une khânka
(couvent) due au sultan déjà cité.
91. — Porte à deux battants recouverte de clous
à têtes de diverses formes et arrangés de manière à
former des dessins.
92, 93. — Portes à deux vantaux en bois, plaquées
de bronze fondu et percé à jour.
Le style baroque des dessins trahit un travail moderne ne
remontant pas au delà d'une centaine d'années. Provenant de
la mosquée Sayeda Zeinab.
94–102. — Croissants et parties de croissants.
94. — Partie supérieure d'un grand croissant en
cuivre.
95. — Croissant à peu près complet de même
matière.
Ce croissant a couronné le minaret de la mosquée du sultan
Barsbaï construite dans le village d'el-Khânka.
96. — Croissant en cuivre jaune, muni d'une
plaque gravée d'inscriptions sur ses deux faces; provenant
de la mosquée du sultan Hassan.
103. — Équerres en métal jaune.
104–115. — Bougeoirs.
116. — Lampe d'étudiant.
120–124. — Accessoires de gonds de portes.
125. — Pêne de serrure d'une porte de la mosquée
Barkouk en ville.
126. — Panneau en bronze d'une grille de fontaine.
Le dessin perforé forme le mot

, c'est-à-dire
"à Dieu" faisant allusion à l'institution pieuse qui
est une fontaine publique.
127. — Pincette en fer. Trouvée dans la mosquée
el-Ghouri.
128. — Brûle-café: (mahmassah).
129. — Grande chaudière cylindrique destinée à
recevoir des mets qu'on offre aux pauvres.
De la mosquée Sayed el-Badaoui à Tanta.
130, 130 a. — Balances romaines avec inscriptions
incrustées d'argent.
Sur l'attache du n° 130, des invocations et des

dictons. Sur la tige, on lit le nom du propriétaire
"Mohammed fils de Mohammed le peseur" et
du fabricant: "Fait par le pauvre Ahmed de Barinbâl"
(village du Delta). La balance a passé plus
tard entre les mains de "Solimân Agha Moustahfazân
1190" (1776), d'après une autre inscription.
Sur l'autre balance, la teneur des inscriptions est
semblable, des recommandations pour le pesage
juste et les noms du fabricant et du propriétaire.
131. — Lustre en cuivre en forme de prisme octogonal. Les côtés sont en laiton percé à jour.
132. — Lustre à dôme en métal jaune.
133. — Trois vases fermés avec attaches. Il
semble que ces dernières servaient à retenir les godets
à huile.
134. — Veilleuse en métal en forme de vase.
135. — Six suspensions perforées en forme de
disque.
136. — Lustre cylindrique à six étages. Les panneaux
ajourés sont ornés d'arabesques et de dessins
géométriques, à l'exception de ceux du troisième
étage, qui sont formés de plaques où sont gravés
les titres du sultan el-Ghouri. Ces inscriptions sont
interrompues par des médaillons au texte suivant:

Gloire à notre seigneur le sultan, le roi el-Achraf
Kânsou el-Ghouri. Que sa victoire soit répandue!
D'autres inscriptions se trouvent sur le dôme et
le croissant richement ornés.

[Back to top]

ONZIÈME ET DOUZIÈME SALLES.
CÉRAMIQUE.

En tête des produits de la céramique, nous placerons
les poteries. Faciles à fabriquer, répondant
à des besoins journaliers, il est naturel qu'elles aient
pris un grand développement dans un pays qui s'est
fait remarquer en d'autres industries par des travaux
beaucoup plus raffinés.
Nous pouvons aisément affirmer qu'en Égypte on
ne s'est pas arrêté longtemps à la fabrication d'objets
élémentaires en terre cuite; au contraire, on s'est
préoccupé de bonne heure d'y créer des produits
plus remarquables revêtus de couvertes ou d'émail.
Sans parler de l'histoire, les nombreux vestiges de
vaisselles de terre que l'on rencontre çà et là, nous
prouvent d'une façon irréfutable que les Arabes de
la vallée du Nil exerçaient en grand l'industrie de
la poterie. Pour la preuve historique, nous renvoyons
le lecteur aux lignes suivantes du voyageur
persan Nâssiri Khosrau(1): "On fabrique à Misr,
écrit-il, des faïences de toute espèce: elles sont si
fines et si diaphanes, que l'on voit à travers les
parois d'un vase la main appliquée à l'extérieur. On
y fait des bols, des tasses, des assiettes et d'autres
(1) Sefer Nameh, p. 151.

ustensiles. On les décore avec des couleurs analogues
à celles de l'étoffe appelée bouqalemoun(1); les nuances
changent selon la position qu'occupe le vase." Et
plus loin, il mentionne encore une fois cette industrie
en parlant des vases en faïence que les épiciers
offraient aux acheteurs pour y mettre la marchandise
achetée.
Or ces faïences diaphanes et celles que l'on compare
à l'étoffe bouqalemoun étaient fabriquées dans la
première moitié du XIe siècle; nous les connaissons
parfaitement aujourd'hui: ce sont des produits qui
prouvent que cette industrie a été portée à un très haut
degré de développement en Égypte et il est certain
que les céramistes égyptiens n'y sont parvenus que
par une pratique d'une assez longue durée. Cette
hypothèse est fortement appuyée par la considération
que ceux-ci pouvaient profiter de l'héritage de
leurs prédécesseurs, les anciens Égyptiens, les Grecs
et les Romains, ainsi que de l'influence des Persans.
Les spécimens de la poterie dont nous venons de
parler nous sont fournis par les fragments, quelquefois
même par des pièces intactes, que recèlent
(1)
L'étoffe appelée bouqalemoun était un tissu fabriqué dans
l'île de
Tennis près de la ville de Tinah, en Égypte. Elle changeait
de couleur plusieurs fois par jour, selon la position qu'on
lui donnait. C'est bien là une des qualités des faïences à reflet
métallique... TH. DECK, La Faïence, Paris.
Abou calamoun ou boucalamoun est dérivé de caméléon (Dictionnaire
de Moh. el-Naggari-bey).

en grand nombre les monticules qui s'élèvent aujourd'hui
sur l'emplacement de Fostât, le Misr de
l'époque de Nâssiri Khosrau(1). Ces débris sont si
variés tant comme pâte que comme couverte et traitement
décoratif, qu'il faudra beaucoup de recherches
et d'études pour arriver à un résultat décisif dans
l'histoire de la céramique arabe en Égypte. Une telle
besogne n'est pas rendue moins difficile par les trouvailles
des produits de fabrication étrangère. Les
plus jolis spécimens de la poterie sont ceux d'une
pâte plus ou moins blanche et de bonne consistance
couverte d'un émail vitreux et souvent d'un beau
blanc. Ces pièces semblent être de plus vieille fabricatio
que les autres. C'est à cette catégorie qu'appartient
une pièce bouqalemoun, c'est-à-dire à reflet
métallique, dans la vitrine I. Elle est décorée d'une
inscription koufique et se range par la forme de
certaines lettres dans la période fatimite. D'autres
faïences sont d'une pâte moins bonne mais d'une
technique de décor fort singulière. Les ornements
sont gravés dans la pâte ou bien ils y sont appliqués
en fort relief; ils sont d'une grande variété et consistent
soit en arabesques, soit en motifs d'entrelacs,
soit en inscriptions. Les quelques lambeaux de
(1) M. le Dr Fouquet a la plus belle collection de ces poteries
provenant la plupart des monticules. Il en a fait connaître une
partie dans son intéressante Contribution à l'étude de la céramique
orientale.
(Institut égyptien, Mémoires, 1900.)

phrases inscrites sur quelques–uns des fragments,
nous permettent de les dater. Les textes tels que:
...

Gloire à notre seigneur... ou

...

Fait par ordre de Son Excellence... sont des
formules qui nous sont trop connues pour que nous
hésitions à les faire remonter jusqu'au commencement
du XIVe siècle. Et si ces devises n'étaient pas assez
explicites, nous avons les armoiries, aussi nombreuses
que variées, pour nous renseigner d'une
manière évidente sur l'âge auquel ces objets appartiennent.
Cette reproduction continuelle des signes
de blason qu'on retrouve constamment dans les
poteries nous amène à conclure que, si l'on arrivait
un jour à en établir le classement chronologique,
on aurait fait un pas important dans l'histoire de
la céramique arabe.
Sur quelques-uns des fragments recueillis, nous
retrouvons des emblèmes identiques à ceux qui accompagnent
d'autres produits industriels. C'est ainsi
que l'on y voit le lion, l'aigle à deux têtes, le lis sous
ses formes les plus variées, la coupe, la tablette, etc.
(vitrine H).
Si nous revenons maintenant à l'influence exercée
par les céramiques étrangères sur l'industrie indigène,
nous verrons que celle-ci est réelle et facile
à constater sur les céramistes égyptiens. Certains
dessins trouvés sur des faïences sont empruntés à une
pièce de porcelaine dont le fragment a été également
trouvé dans les mêmes monticules. Et, non seulement

les motifs de décoration ont été copiés, mais même
les faïences imitant la vieille porcelaine chinoise
"céladon" sont nombreuses(1).
On trouve parmi ces débris de poterie comme
dans les produits industriels de toute sorte, des
objets médiocres qui n'ont dû évidemment exiger
aucun effort artistique à côté de pièces finement
travaillées, dont les dessins sont exécutés avec un
soin extrême. Beaucoup de pièces portent la marque
du fabricant ou de l'artiste, sous la forme: Fait
par le Cairote
, ou bien: Fait par le maître, ou: Fait
par le Syrien
, ou encore: Fait par le fils du Syrien, ce
qui prouverait que le fils a continué à exercer le
métier de son père, ou bien ce sont des noms comme
Ghaibi, et Ghazâl (vitrine I). Ces signatures tracées au
pinceau se trouvent sur la paroi extérieure du fond.
Avant de quitter la poterie, il faut encore mentionner
les produits sans couverte. Ce sont les
poteries cuites proprement dites, qui se trouvent
aussi très souvent à l'état fragmentaire dans les
monticules. Elles doivent avoir été de grandes dimensions,
à en juger par leur forme et leur grande épaisseur;
les estampilles en caractères koufiques indiquant
les villes d'origine, aident à les classer parmi
les spécimens du Xe ou du XIe siècle.
(1) Les céladons authentiques que l'on trouve en Égypte sont
des pièces anciennes gardées dans les familles de génération en
génération.
Nous passerons maintenant à l'examen d'une autre
catégorie de faïences, à savoir des plaques de revêtement.
Le voyageur qui visite l'Égypte sera surpris
de l'emploi si limité que l'on a fait dans le pays du
revêtement en terre cuite émaillée, tandis qu'il jouait
un si grand rôle dans l'architecture de la plupart
des contrées musulmanes comme en Perse, en Asie
Mineure, dans le Turkestan et en Espagne. Cet
étonnement ne sera que plus justifié si nous pensons
à l'industrie de la poterie qui a pris un tel
développement dans le pays, industrie qui se prêtait
si bien à la fabrication de plaques présentant certainement moins de difficulté que la poterie elle-même.
Ces deux branches de l'industrie céramique ont pris
d'ailleurs le même essor dans les pays que nous venons
de mentionner.
Un tel fait doit être attribué, à notre avis, à ce que
les constructeurs préféraient le marbre comme revêtement
et que cette matière, abondante dans le pays ou
dans les pays voisins, satisfaisait davantage leur goût
artistique, la mosaïque en marbre constituant un
genre d'ornementation plus riche que la faïence. La
même observation a été faite pour les Romains, dont
les architectes n'employaient pas la faïence dans leurs
constructions, bien qu'elle fût en vogue dans les
pays qu'ils avaient conquis, alors qu'ils se plaisaient
souvent à imiter l'architecture des peuples placés sous
leur domination. Th. Deck, à qui j'emprunte cette
remarque, dit que "c'est à cette exclusion systématique

qu'il faut attribuer le retard si prolongé
que la fabrication de la faïence a subi en Europe".
On peut énumérer facilement les monuments dans
lesquels la faïence a trouvé son emploi. Ils se trouvent
tous au Caire. Ce sont quelques édifices de la
première moitié du XIVe siècle et trois de la fin du
XVe; donc il y a une interruption de presque un
siècle et demi entre les deux essais. Encore faut-il
dire que le revêtement s'est restreint à une bien
petite partie des édifices. Nous comptons dans le
premier groupe les mosquées de Mohammed en-Nâssir
à la citadelle, du sultan Hassan, d'Aslam el-Bahâï
et les mausolées de l'émir Tachtomor et de
Khaouand Baraka; ces deux derniers, dans la nécropole
connue sous le nom de Tombeaux des Khalifes.
Dans les minarets de la mosquée d'en-Nâssir, les
carreaux revêtent à l'étage supérieur les pierres de
taille où les formes ne sont qu'ébauchées à grands
traits. Ils sont de couleur unie, blanche, brune ou
verte (n° 1, XIe salle). Les faïences dans la mosquée
du sultan Hassan marquent des listels qui séparent les
alvéoles d'une fenêtre de son tombeau. Sur les autres
monuments, la faïence forme ceinture à la naissance
du dôme proprement dit. Dans celui de l'émir
Tachtomor les carreaux sont verts. Le dôme du tombeau
de Khaouand Baraka(1) fournit le spécimen le
(1)
Du groupe des monuments avec décors céramiques, seule
la mosquée funéraire de Khaouand Baraka n'est pas datée, mais
à en juger par son caractère, ce monument appartient à la
même époque que les autres.
Ce n'est pas d'ailleurs son nom véritable, c'est plutôt un nom
générique donné par le peuple, ignorant celui de la fondatrice
(Khaouand Baraka veut dire "dame bénie"), comme il appelle
cheikh el-Arbaïn (un des quarante cheikhs), quantité de santons
dont il ne connaît pas les véritables titulaires.

plus intéressant de cette sorte d'ouvrage; la ceinture
couronnée de merlons, porte une inscription dont
les grands caractères blancs ressortent nettement du
fond vert à deux nuances et rehaussé par un feuillage
en faïence brun foncé. L'ensemble du travail
forme une sorte de mosaïque composée de morceaux
irréguliers (n° 2, salle XI). Pareille à cette ceinture
est celle du quatrième édifice, la mosquée d'Aslam.
Parmi les édifices du second groupe, un sebîl portant
le nom du sultan Kaïtbaï et une petite mosquée
érigée par Djânbalat (1499-1500) avaient: le premier,
le tympan au-dessus d'une porte, et la seconde,
deux fenêtres ornées de plaques (nos 3 et 4 de la
salle XI). Le troisième édifice comprenait le dôme
disparu depuis un tiers de siècle, qui a recouvert le
mausolée de Ghouri (1503). Le placage dans cette
coupole a été beaucoup plus important que dans tous
les autres monuments dont nous venons de parler.
Le visiteur du Musée arabe sera frappé par l'aspect
des grandes plaques en faïence sillonnées de
lettres cubitales blanches sur fond bleu. (Parois A,
XIe salle.) Ces lettres s'étendant sur deux assises

sont d'une rare beauté; les ornements qui remplissent
çà et là les vides ont un cachet purement arabe.
Les registres que nous avons consultés à ce sujet
nous disent que ces plaques ont été apportées dans
la collection avec différentes pièces du tombeau du
sultan el-Ghouri, mais ils sont malheureusement
muets quant aux parties de l'édifice que ces pièces
revêtaient. Si elles ont appartenu réellement à ce
tombeau, elles ne pouvaient, à mon avis, que former
une ceinture semblable à celle des coupoles que
nous venons de décrire. Les recherches que j'ai été
amené à faire m'ont confirmé dans cette supposition.
Prisse d'Avennes(1) rappelle que la coupole du
tombeau du sultan el-Ghouri a grandement souffert
d'un tremblement de terre et qu'on se trouva dans
la nécessité de la démolir(2). En la décrivant, Prisse
d'Avennes dit "qu'elle était construite en pierre
ornée à l'extérieur de carreaux de faïence bleue
comme le minaret, puis d'une inscription formant ceinture
et enfin de petites imitations de fenêtres bleues et
blanches scellées entre les fenêtres du dôme(3)".
(1) PRISSE D'AVENNES, L'Art arabe, 1875, p. 123.
(2) La coupole actuelle est en bois recouvert de feuilles de
plomb et a été construite il y a un quart de siècle.
(3)
Prisse d'Avennes veut sans doute parler du minaret du
collége (madrassa), car le tombeau lui-même n'a pas de minaret.
La partie de ce minaret qui avait été revêtue de faïence a été
reconstruite depuis d'une manière très primitive.
Un heureux hasard m'a favorisé dans mes recherches me
permettant d'identifier à l'évidence la provenance de ces faïences.
Au milieu d'un monceau de faïences mises au rebut, j'ai découvert
la pièce supérieure du n° 7 dont elle est le complément,
ainsi qu'il est aisé de le voir d'après la couleur de la
glaçure, la forme des ornements et notamment le caractère des
lettres de l'inscription. Ces fragments proviennent, selon toute
apparence, d'un de ces médaillons si fréquents dans l'architecture
des XIVe et XVe siècles et portant une inscription laudative
au nom d'un sultan. Ce nom est ici celui d'el-Ghouri.
Le nom générique sous lequel les carreaux de
revêtement sont connus en Égypte est Kichâni, de la
ville de Kâchân en Perse. Il est fort probable que
cette désignation a passé de l'Asie en Égypte,
mais quant aux faïences qui ont trouvé de l'emploi
dans les revêtements examinés, nous n'hésitons pas
à les considérer comme produits indigènes. Celles
qui ont été employées dans les édifices du XIVe siècle
sont des faïences à couleur unie et par conséquent
d'une fabrication bien facile; les plaques pour les
quelques tympans à revêtir étaient aussi en elles-mêmes
trop peu de chose pour les commander en
dehors de l'Égypte; quant au revêtement de toute
une coupole (de celle de Ghouri), sa fabrication, loin
du chantier, aurait présenté des difficultés insurmontables.
Mais ce qui plaide en première ligne pour
une fabrication égyptienne, c'est le caractère des
arabesques qui ornent toutes les plaques en question.
En définitive, les Musulmans n'ont fait — et nous
insistons sur ce point — qu'un usage des plus

restreints du revêtement en faïence dans leur architecture.
Ce n'est qu'au commencement du XVIe siècle
que ces faïences font leur apparition définitive,
et cette innovation concorde avec la conquête du
pays par les Turcs, c'est-à-dire par un peuple dont
l'architecture avait pour caractéristique l'emploi de
ce procédé décoratif. La mode fut alors d'en orner
les murs des mosquées, des maisons et surtout de
ces fontaines-écoles (sebîl-kouttâb) qui prirent avec
le temps une physionomie de plus en plus turque.
L'engouement pour la nouvelle mode était si
grand, qu'on ne s'est pas contenté de l'adopter
pour les nouvelles constructions, mais qu'on en a
fait l'emploi même dans la restauration des anciennes
bâtisses. Il n'est pas rare ainsi d'en trouver dans
quelques mosquées d'une date très antérieure qui en
offrent, elles aussi, de très notables spécimens. Mais
c'est là qu'il importe de ne pas se laisser induire en
erreur par les apparences. Un aeil un peu exercé
n'aura aucune peine à reconnaître qu'elles ne sont
qu'une superfétation, et qu'elles furent ajoutées
après coup pour satisfaire le goùt du jour. Prenons
comme exemple la mosquée Ak Sonkor élevée au
XIVe siècle. Pour peu que l'on examine les carreaux
de son mihrâb, on s'apercevra qu'ils sont entremêlés
sans système avec les restes de mosaïques en marbre
et sans aucun souci de l'incompatibilité dans laquelle
se trouvent ces deux procédés décoratifs dont l'un
exclut nécessairement l'autre; de plus, les motifs

habituels qui ornent les carreaux ne sont même pas
de style arabe. Quelles que soient les couleurs employées,
qu'elles soient à deux ou à plusieurs tons,
la main-d'œuvre et le goût persan ou turc y sont
manifestes.
En effet, l'histoire nous apprend que la mosquée
d'Ak Sonkor avait beaucoup souffert d'un tremblement
de terre, et ce fut le Turc Ibrahim Agha Moustahfazân
qui la restaura en 1653; les faïences
blanches et bleues ont donc été importées et
appliquées par celui-ci. Car il importe de noter que
tous les carreaux de revêtement après ceux d'el-Ghouri
sont de fabrication étrangère. Les produits
de cette branche de la céramique ne sont plus fabriqués
et si la poterie ne disparaît pas complètement,
elle ne produit plus rien de remarquable. Prisse
d'Avennes, à l'autorité de qui nous aimons à nous
référer, classait ordinairement ces produits céramiques,
dont l'emploi s'est répandu à partir d'une
certaine époque dans tout l'Orient, sous le nom de
faïences de Kutâhia. Ce fut de cette ville d'Asie Mineure
où l'industrie en était particulièrement florissante,
que ces carreaux se répandirent jusqu' à Jérusalem
et Constantinople, jusqu'au Caire et à Damas, en
un mot, dans tout le Levant.
L'importation se maintient ensuite à travers tous
les siècles suivants, bien qu'il y ait encore des
essais de faire revivre dans le pays la fabrication
des carreaux toujours convoités. On aime à copier les

motifs des faïences turques. Mais sur ce point, les
travaux indigènes n'approchaient pas de l'original.
La collection contient plusieurs pièces qui permettent
une comparaison entre le produit importé et l'imitation
qu'on en a faite. Voyez les nos 25 et 27 qui
ont le même dessin que les nos 59 et 52 (parois B).
La pâte de fabrication indigène est une terre rougeâtre
peu résistante; le dessin en est gauche et la
glaçure, sans éclat. D'après ces indices, il ne nous a
pas été difficile de grouper un certain nombre de
faïences dont la plupart proviennent de la mosquée
de Sayeda Nefîssa, comme produits d'un même four
indigène. Un heureux hasard nous a conservé sur
une d'elles le nom de l'artisan. En effet, les plaques
no 24 sont signées par

, Abd el-Karîm
el-Fâssi
(de Fez), connu sous le nom de ez-Zariʿ;
en bas, on voit la date 1171 (1757-1758).
Pour cette provenance de Fez nous trouverons l'explication
de l'arc en fer à cheval qui se voit sur le no 8;
c'est là, en effet, un motif des provinces septentrionales
de l'Afrique ou de l'Espagne. Donc l'artisan
était du Maghreb, pays où la faïence a été fabriquée
en grand et où elle n'a jamais cessé de former un
élément essentiel de l'architecture(1).
(1) Il n'est pas sans intérêt de mentionner ici un exemple de
pur travail moghrabin. C'est le revêtement du mihrâb et de ses
colonnettes dans la mosquée d'el-Aïni (Caire). Cette mosquée
date de la première moitié du XVe siècle; mais il est difficile de
préciser à quelle date appartiennent les décorations en faïence
qu'on y remarque; ce cas d'origine moghrabine ou espagnole
est tout à fait isolé.
Il ne manque pas d'ailleurs d'autres indices qui
rappellent la coopération, pour ne pas dire plus, des
artisans du Maghreb dans la céramique égyptienne.
Le goût de l'emploi de la faïence dans les villes du
Delta devait forcément être d'autant plus intense que
des villes comme Rosette et Damiette acquirent une
importance extraordinaire sous la domination turque.
Les motifs des carreaux qu'on y emploie sont de préférence
géométriques (nos 33 et 33 a) et rappellent par
leur dessin les faïences de l'Afrique du Nord. Mais
ce qui n'est pas moins significatif à ce sujet c'est le
nom de zelizli que les habitants de Rosette donnent
à ces carreaux. Quand on sait que c'est par le mot
zelis que ces derniers sont aussi ordinairement
désignés dans le Maghreb, on n'a pas de peine à
déduire de la parenté de ces deux mots celle des
objets qu'ils désignent(1).
Les produits d'Abd el-Karîm semblent avoir été le
dernier effort tenté dans la fabrication des carreaux
en Egypte. Les fours devaient s'éteindre peu d'années
(1)
Le mot zelis, y de son côté, doit dériver d'el-zalâdj, qu'on
trouve chez les écrivains orientaux et dont les Espagnols ont fait
leur azulejos.
Voir la note de la page 22 dans Die spanisch-maurischen
Lüster-Faïencen des Mittelalters und ihre Herstellung in Malaga
,
par Friedr. Sarre, Berlin, 1903.

après les faïences de Sayeda Nefîssa, car celles qui
apparaissent dans les constructions érigées seulement
quatorze ans plus tard sont importées non
plus de la Turquie mais d'autres pays européens. Les
carreaux qui revêtent les parois du sebîl que le sultan
Moustafa a construit en 1759 proviennent de Delft
(no 36 de la salle XII); d'autres sont de fabrication
italienne. L'intérêt du commerce oblige les fabriques
européennes à tenir compte du goût oriental; la
collection de la XIIe salle nous montre jusqu' à quel
point elles y ont réussi.

[Back to top]


SALLE no XI.

CÉRAMIQUE.

Les produits céramiques sont exposés dans la
XIe salle et dans la XIIe. Les faïences exposées dans
la XIe salle contre la paroi A, sont de fabrication
égyptienne; celles qui sont fixées contre la paroi B
proviennent de monuments égyptiens mais ont été
importées de l'Orient.

Sur la paroi A.

1. — Faïences à couleur uniforme provenant
du placage du minaret septentrional de la mosquée
du sultan Mohammed en-Nâssir à la Citadelle.
XIVe siècle.
2. — Mosaîues en morceaux de faïence blanche,
noire et verte. De la ceinture qui décore le dôme
du mausolée connu sous le nom de Khaouand Baraka,
aux tombeaux communément
appelés des Khalifes. XIVe siècle
(fig. 40).

Fig. 40.

3, 4. — Faïences, fond
blanc, dessin bleu. Revêtement
de tympan sous l'arc
de décharge d'une porte ou
fenêtre.
3. — De la porte du sebîl en ruine du sultan

Kaïtbaï (XVe siècle) sis à Aftet el-Bayâra (fig. 41).

Fig. 41.

4. — D'une fenêtre de la petite mosquée
construite par le sultan Djanbalat (juillet 1499 à
décembre 1500) adjacente à la porte de ville Bâb
en-Nasr.
Les médaillons divisés par deux barres en trois compartiments
contiennent le texte laudatif connu (voir le no 100 à
la page 33). Dans la première ligne du tympan no 3 est
nommé le sultan Aboun-Nasr Kaïtbaï, dans celle du no 4, le
sultan Aboun-Nasr Djanbalat.
5. — Disque en faïence. L'inscription en lettres
blanches sur fond bleu est identique au texte du
médaillon contenu dans le no 3.
Acheté au Caire. Provenance inconnue.
6. — Carreaux oblongs bleus sur lesquels sont
tracés de grandes lettres et des ornements en blanc
entourés de vert. L'inscription fragmentaire permet
de lire les mots: Qu'Allah fasse durer le règne de notre
seigneur le sultan, le roi.
7-12. — Plaques en faïence de diverses formes

provenant du revêtement de la coupole qui surmonte
le mausolée du sultan el-Ghouri,
construit en 1503
7-8. — Fragments d'un texte à
la louange du sultan el-Ghouri (voir
le no 100 à la page 33).
9-11. — Pièces avec ornements.
12. — Grandes lettres blanches
bordées de noir sur fond bleu occupant
deux assises; arabesques. Le
texte est koranique (fig. 42).

Fig. 42.

13. — Panneau incomplet formé
de carreaux de faïence avec une
inscription à lettres médiocres.
Lettres blanches sur fond bleu; bordure
de rinceau blanc sur fond vert. L'inscription
de ces plaques se réfère très probablement à la
restauration de la coupole du sultan el-Ghouri ou
tout au moins à une autre coupole élevée par lui;
attendu que l'inscription implore la miséricorde
d'Allah pour ce sultan et continue ainsi: Le directeur
de ce wakf
(legs) sera récompensé par Allah pour avoir
fait parvenir sa part à chacun des ayants droit au wakf
et pour avoir aussi restauré cette coupole si bien qu'il
en a fait une merveille d'art.
14-28. — Faïences provenant de la mosquée de
Sayeda Nefîssa.
14. — Plaques carrées. Une bordure avec inscription
koufique bleue sur fond blanc entoure un
champ bleu rempli d'inscriptions décoratives. Les
textes sont en koufique carré; dans les angles de la
bordure, on lit le nom d'Ibn Issa el-Taourisi (de
Tauris). Très probablement du XVe siècle.
18. — Panneau de mihrâb composé de plusieurs
carreaux. Bordure et arc en fer à cheval sur colonnes
entourant un champ blanc. Une veilleuse pend
du sommet de l'arc; en bas, deux chandelles.
19-22. — Panneaux composés de quatre carreaux
chacun et portant les noms d'Allah, Mohammed,
Omar et Osmân.
Le goût moderne aime à afficher dans l'intérieur des mosquées
des noms vénérés.
24. — Deux plaques sur lesquelles est tracée une
inscription dont voici le texte:

Ô Mohammed fils d'Abd el-Karîm, originaire de Fez
et surnommé az-Zariʿ, sers encore davantage les descendants
du Prophète! Tu as érigé une niche de prière pour
plaire à
Allah.
La date de la fabrication est fixée au moyen du

chronogramme des vers. Elle est de l'an 1171 (1757).
— A.B.
Cette inscription nous a conservé le nom d'un céramiste,
d'origine marocaine. Il est plus que probable que Mohammed
fils d'Abd el-Karîm est le fabricant de toutes les faïences indiquées
par les nos 18-28. L'arc en fer à cheval du no 18 est un
motif mauresque; les feuillages en pointe sont communs à
toutes les pièces, ainsi que les rosaces dans les bordures. (Voir
aussi le vase no 117.)
25-28. — Carreaux en faïence de mauvaise exécution.
La pâte jaunâtre de ces plaques et le dessin
imparfait de leurs décorations que nous retrouvons
sur d'autres plaques importées, d'une excellente
exécution, portent à croire qu'il s'agit ici d'un essai
fait pour imiter les faïences importées en Egypte.
Dans les pièces no 25 on voit le même motif que dans celle
qui figure au no 69 de la paroi B; les pièces du no 27 sont
copiées sur la plaque no 72 vis-à-vis et ainsi auront sans doute
été faites les autres. La pâte jaunâtre de ces carreaux révèle
une fabrication identique à celle d'ez-Zariʿ de Fez et permet
de les lui attribuer, à lui ou à son époque.
33, 33 a. — Carreaux émaillés en couleur unie.
Les carreaux verts ont été employés, é l'époque turque, pour
couvrir les coupoles des mosquées et des couvents de derviches;
la mosquée de Solimân pacha (Saria el-Gabal) à la citadelle,
construite au XVIe siècle, en est un exemple.

Sur la paroi B.

Ces faïences ont été importées en Égypte de la
Turquie au XVIe et au XVIIe siècle. Elles se distinguent

par une plus grande variété de coloris et souvent par
un bel émail rouge. Leur glaçure se maintient toujours
parfaite, même lorsque le goût du dessin disparaît.
34-43. — Plaques en faïence à émail multicolore
sur lesquelles les filet des entrelacs forment autour
des champs une bordure en relief qui donne aux
carreaux un aspect de “cloisonné”. Travail remarquable,
rappelant les produits céramiques de l'Espagne
d'où ces plaques ont été très probablement
importées.
34. — Quart d'un panneau avec un fragment de
couronnement (merlon).
De la mosquée Khochkadam el-Ahmedi à Darb el-Hosr, Caire.
35-43. — Échantillons à dessins différents ou au
moins avec variation dans la couleur des émaux. Le
no 38 est identique à la pièce inférieure du no 34.
Le no 43 porte une inscription koufique dans laquelle
nous déchiffrons les mots complets

Gloire à notre seigneur le sultan.
Les pièces nos 35-41 on été enlevées de la niche de prière de
la mosquée de Cheykhou où elles couvraient les parties de la
niche de prière laissées nues par les marbres disparus. La preuve
que ces faïences y ont été appliquées après coup nous est donnée
d'ailleurs aussi par les deux mots en koufique qui se référent
à un sultan, tandis que Cheykhou était un émir mamlouk.
44-47 b. — Carreaux bleus, lettres blanches en
soulous turc.
44 porte la phrase sacramentelle: Il n'y a guère

de divinité en dehors d'Allah, Mohammed est l'envoyé
d'Allah.
45.L'aide vient de Dieu et la victoire est proche.
46.Je me fie à Dieu.
47. — Ces carreaux sont très curieux parce qu'ils
contiennent une
partie de la
phrase sacramentelle
écrite de
gauche à droite,
donc à l'envers.
47 a et 47 b.
— Carreaux au
fond plus foncé
que les précédents.
Le texte exprime des invocations adressées à
Allah.

Fig. 43.

48. — Grande plaque représentant en perspective
la Mecque avec la Kaaba et ses environs.
L'inscription indique qu'elle a été faite par Mohammed
de Damas en 1139 de l'hégire (1726).
49. — Carreaux dont le motif se complète sur
deux plaques. Sur le beau blanc du fond, des émaux
bleus, verts et rouges. Dessin d'œillets (fig. 43).
Provenant du sebîl Omar Agha, construit en 1653, au Caire.
50. — Six carreaux. Dans un vase, une gerbe

de bluets, fleur favorite des artisans arabes. De la
maison wakf Radouan bey.
51. — Carreaux avec motif d'œillets et de coquelicots
d'un beau rouge.
52. — Trois carreaux avec bluets séparés par des
cyprès.
Au sujet de cet arbre, on lit dans l'ouvrage de Prisse d'Avennes
que "les écrivains arabes ne sont pas d'accord sur le symbolisme
du cyprès qui se voit si souvent sur les tombeaux, les faïences, les
étoffes et les tapis, surtout en Turquie et en Perse. Les artistes
le représentent quelquefois la tête penchée, comme s'il cédait à
l'effort du vent. Les Arabes prétendent que c'est l'arbre auquel
le démon a été enchaîné et le considèrent comme le symbole de
la liberté. Le cyprès a été, en Perse, l'emblème de la religion
et il représentait l'âme aspirant au ciel.”
53. — Carreaux. Ornements floraux en bleu sur
fond blanc. De la mosquée Ak Sonkor.
La mosquée Ak Sonkor qui fut construite au XIVe siècle par
un émir de même nom, avait beaucoup souffert d'un tremblement
de terre. Ibrahim Agha Moustahfazàn l'a sommairement
réparée en 1653 et a revêtu le mur est du liouân principal
de carreaux de faïence. La salle de tombeau qu'il s'est fait bâtir
dans un coin de la mosquée a aussi ses murs plaqués de carreaux
jusqu' au plafond. Sur quelques-unes de ces faïences, il y a de
fort jolis motifs.
54, 55. — Cinq carreaux. Beau dessin et bonne
exécution.
56-58. — Carreaux en faïence avec jolis émaux.
56. — Carreaux à grands dessins.
57, 58. — De l'encadrement de la niche de prière.
Ces faïences proviennent de la mosquée d'el-Azhar où elles
servaient à orner un petit oratoire qui se trouvait dans le sahn
près du rouâk el-Atrâk (section turque).
59. — Trois plaques oblongues.
Dessin blanc sur fond
bleu.
60-65. — Carreaux en
faïence avec motif central.
70, 71. — Carreaux avec
motif de bluets.

Fig. 44.

78. — Carreaux, avec dessin de pavots.
81. — Carreau de la mosquée de Sayedn-al-Houssein.
82-86. — Plaques avec dessins médiocres et
glaçure rugueuse. Elles semblent foutes être sorties
de la même fabrique.
87-96. — Fragments de bordures.
97-101. — Carreaux et bordures de Damiette. Le
no 97 est pareil, à peu de différence près, au no 81.
102. — Carreau de faïence avec dessin géométrique
médiocrement tracé. Bonne glaçure (fig. 44).
De la ville de Rosette. Don de M. Kyticas. 1903.
103. — Quatre grands panneaux composés de cinquante
carreaux chacun. D'un vase posé sur un support
sortent des fleurs qui recouvrent la plus grande

partie de la surface. Des fleurs ornent aussi les tympans
créés par un arc polylobe surmonté du croissant.
Dessin et exécution médiocres. Fort probablement
travail tunisien. Provenant de la maison en
ruine de la dame Nefîssa Gassoussa, au Caire (fig. 45).

Fig. 45.

VITRINE A.

Fragments de poterie trouvés dans les monticules
situés au sud du Caire.
Don de M. le Dr Fouquet, 1893.
Les collines au sud de la ville du Caire sont formées, du
moins dans leurs couches inférieures, de décombres qui proviennent
de l'ancienne ville de Fostât, incendiée en 1168 après
J.-C. Le grand vizir Châouir fit mettre le feu à cette partie du
Caire pour empêcher les “Francs” d'y prendre position. Les
Croisés se trouvaient déjà en ce moment à peu de distance de
la capitale de l'Égypte.
Cet emplacement a servi de dépotoir public dans les siècles
suivants, car on y trouve des fragments d'objets de toutes les
époques. Presque tous les fragments placés dans les vitrines
proviennent de ces monticules.

VITRINE B.

Groupe a. — Pièces à reflet métallique. Sur
un fragment se trouve collé le trépied qui a servi à
recevoir une autre pièce pendant la cuisson. —
Lampes.
Don de M. le Dr Fouquet, 1893.
Groupes b et c. — Vases émaillés dont la plupart
viennent de la Haute-Égypte.

VITRINE C.

Vases en faïence trouvés dans la Haute-Égypte.

VITRINE D.

Vases en faïence et en terre cuite sans couverte.

VITRINE E.

Objets en terre cuite sans couverte.
a. Estampilles.
* b. Fragments de vase portant une empreinte
qui indique les noms des villes de fabrication
telles que Raïdanieh (qui se trouvait près du
Caire), Dikirnis (province de Dakahlieh) et Minat-Chérif. — A. B.
c. Lampes, dont l'une avec inscription koufique
est un don de S. E. Daninos pacha. 1905.
d. Grenades à feu dont l'une porte en estampe le
mot nigm (c'est-à-dire “étoile”).

VITRINE F.

Objets en faïence. Lampes, vases, grenades à feu.

VITRINE G.

Fig. 46.

Fragments de vases avec inscription. Il est à noter
que tous les textes lisibles sur
ces fragments sont des lambeaux
de phrases mentionnant des
titres ou des dédicaces usités au
moyen âge. Ainsi le mot sultan
sur la pièce a a fait certainement
partie d'un titre. On lit sur la
pièce b:

, fait pour Son Excellence
le Sublime
... formule que nous trouvons sur

maints objets des XIVe et XVe siècles; la même formule
reparaît sur la pièce c.
Fragments ornés des motifs les plus divers.
d. Ornement dessiné avec beaucoup de verve.
e. Fond de plat avec ornement floral (fig. 46).
f. Fond de plat. Inscription et croix blanche.
g. Fragments à reflet métallique.

VITRINE H.

Collection de fragments avec armoiries et figures
d'animaux.
a. Le glaive (emblème de l'écuyer)
et le croissant (fig. 47).

Fig. 47.

b. Arc avec deux flèches. On lit
sur l'extérieur du tesson, après un
fragment de titre (

) le nom
de l'émir

, Es-Seifi Boktomor.

Fig. 48.

Fig. 49.

c. Le calice (emblème du sommelier) (fig. 48).
d. La tablette (fig. 49).
e. Les djokân (armes du djokandâr, maître du
jeu de polo).
f. Le kabak(1).
g. Fleur de lis.
h. Figures d'animaux, parmi lesquelles celle de
l'aigle pourrait bien être
un signe de blason.
h. Rebuts de fabrication.
Don de M. Reboul, 1903.

Fig. 50.

VITRINE I.

Vases (quelques-uns incomplets).
a. Beau vase à fond jaune clair avec inscription en
caractères naskhi bâtard d'une mauvaise exécution
(fig. 50).
En voici le texte:

Ceci a été fait pour la maison sublime seigneuriale, la
bien gardée, la bien servie... d'Aïdaki (?) qu'Allah en
perpétue la splendeur par la longue vie de son propriétaire!
(1) D'après Rogers bey (Bulletin de l'Institut égyptien, 2e série,
p. 127), de signe est la cible. La lampe de l'émir Almâs,
no 3 de la XVe salle, est aussi décorée de ce signe de blason.
b (groupe). Fragments de vases provenant des
monticules du Vieux-Caire. Pièces avec figures
d'hommes et d'animaux; une pièce porte l'inscription
suivante:

, Fait pour el-Mârdâni...
D'autres sont à reflet métallique, ou bien
ils portent la signature du fabricant comme


Ghaïbi;

Ghaïbi ech-Châmi;

Ghazâl;

, el-Harmozi;

, Aboul-Ezz
(1).
Don de M. Mohammed Ezzat bey, 1905.
c. Petit vase en faïence; entrelacs jaune clair sur
un fond brun foncé.
Don de M. Mohammed Abd el-Azîm, 1904.
d. Plat en carniole aux bords relevés et taillés
en facettes.
Ce précieux objet trouvé dans la mosquée du sultan Kalaoun
est sans doute une pièce de ces riches collections de souverains
égyptiens dont nous entretiennent les historiens orientaux.
404-106. — Grands récipients en terre cuite
sans couverte.
Le no 105 est un don fait par le Cheikh el-Gohari, 1891.
106. — Terre cuite émaillée et couverte d'un réseau
de lignes.
Provenant de la mosquée el-Azhar.

Objets suspendus.

107-114.Ovoïde en faïence, fond blanc, ornement
bleu.
Bon travail.
Ces ovoïdes se plaçaient au-dessus des lampes telles que celles
qui sont indiquées par les nos 108 et 113. Ils sont quelquefois
en verre, en bois ou bien ce sont simplement des œufs d'autruche.
Ces faïences proviennent de la mosquée que l'émir
Kânbaï, grand écuyer du sultan Mohammed fils de Kaïtbaï fit
construire non loin de la citadelle.
115. — Boule de décor en terre cuite émaillée.
Fleurs bleues sur fond blanc.
116-120. — Veilleuses en faïence.
117. — Sur la panse, le texte est koranique.
Sur le col:

, Fait par ez-Zariʿ,
l'an 1155
(1742). (Voir le no 24.)
121-124. — Ovoïdes de lampe en faïence jaune.
122-124. — OEufs d'autruche. Les deux derniers
avec dessins et inscription modernes proviennent de
la mosquée de Sayed el-Bedaoui à Tanta.
125, 126. — Boules en faïence.
127. — Lustre en métal jaune composé d'un plateau
à godets et à bord perforé. De la partie supérieure
en forme de balustre, sortent des bras destinés
également à porter des godets. En dessous, un
plateau plein décoré de demi-boules et d'étoiles.
Sur un bandeau appliqué, on voit l'inscription
suivante:

OEuvre du pèlerin Mahmoud, le batteur de cuivre,
appelé es-Soufiâni.

[Back to top]

SALLE no XII.
FAÏENCES EUROPÉENNES, SYRIENNES, PERSANES, ETC.

Les faïences exposées contre la paroi est sont de
fabrication européenne et ont été employées pour la
plupart dans les constructions en Egypte. Il y en a
qui sont faites dans le style arabe ou qui contiennent
des motifs rappelant ce style; d'autres sont d'un
goût franchement occidental.
14-31. — Carreaux de petit format avec mauvais
émail. Leur dessin et la couleur des émaux rappellent
les faïences tunisiennes. Les nos 22 et 25 imitent
la fabrication espagnole.
28. — Dessin baroque.
Les nos 33 et 34 trahissent, malgré le motif du
cyprès, le travail étranger.
36. — Faïences de Delft. Les parois de la chambre
de la fontaine publique fondée par le sultan
Moustafa en 1759 vis-à-vis de la mosquée de
Sayeda Zeinab sont toutes recouvertes de ces faïences.

VITRINE A.

37-41. — Carreaux en faïence de fabrication
syrienne.
37. — Panneau composé de vingt-neuf plaques

hexagonales (ou parties de ce polygone) avec dessin
en bleu sur fond blanc. Sauf un, tous les motifs,
d'une grande variété, sont végétaux.
38. — Panneau composé de quatre carreaux.
D'un vase, sort une gerbe de fleurs.
39. — Faïence avec motif d'arc arabe, arabesques
en blanc sur fond vert à l'extérieur et dessin
végétal en bleu et vert sur fond blanc à l'intérieur.
Don de M. Kyticas, 1904.
40, 41. — Deux grands carreaux avec beaux dessins
en bleu et vert sur fond blanc.
42. — Plaque oblongue, émail bleu. Le milieu est
occupé par l'image d'une niche de prière, flanquée
de colonnes. Dans le champ courbe formé par l'encadrement
extérieur de la niche, une veilleuse suspendue
avec inscription consistant en la confession
de la foi musulmane. Sur le fronton de la niche,
des inscriptions en lettres koufiques; sur la plate-bande
extérieure et dans le fond de la niche, des
inscriptions en naskhi. Nous relevons enfin près du
bismillah et d'un texte koranique, la signature de
l'ouvrier au bas de la niche

Fait
par Ali fils de Mohammed
, et l'année 716 (1316) en
chiffres; ce nombre est sur le côté gauche de la
plate-bande.
* Dans le nom Mohammed, il y a un

au lieu d'un

, ce qui dénote
que le fabricant est d'origine turque ou persane. A remarquer
aussi des erreur dans l'inscription qui surmonte l'arc. — A. B.
43. — Stèle funéraire en faïence à fond blanc
et inscription en couleur brune. Le texte dans le
champ supérieur et le commencement de celui du
grand champ sont koraniques; suit la partie historique
qui est la suivante:

* Ceci est le tombeau de celui qui est infaillible, le vénéré, le purifié Yass'a, maître Fakihchah fils du maître
Abd Allah, fils du maître Housseinchah.
Les noms indiquent une origine persane. On remarquera
aussi des fautes d'orthographe et de grammaire que peut seul
commettre celui dont l'arabe n'est pas la langue maternelle.
— A. B.
44. — Plaque avec le dessin de la Kaaba et plusieurs
édifices des saints lieux. Dans la bordure en
noir, la phrase sacramentelle en lettres blanches;
sur les trois autres côtés an fond vert, des minarets
et des portes. En bas

Fait
par Ahmed en l'an 1074
(1663).
Une autre bordure composée d'une multitude d'arcades en
toure le champ blanc dans lequel on voit avant tout la Kaaba,
le tombeau d'Abraham, celui du grand docteur el-Hanafi, des
minarets, etc. Le grand nombre de vases en émail brun se
réfère sans doute au puits Zem-Zem dont l'image figure aussi
sur cette plaque. Enfin, en haut, à gauche, le nom du propriétaire
Mohammed Agha.

VITRINE B.

45-51. Faïences persanes. Plaques de revêtement.
45-49. — Fond à reflet métallique brunâtre; inscription
en relief coloriée en bleu; ornements en
vert très clair. Le texte des inscriptions est en naskhi,
sauf celui de no 49 qui est en caractères koufiques.
Tous sont tirés du Koran.
50. — Plaque en forme d'étoile à huit pointes.
Une bordure blanche remplie d'inscriptions entoure
un champ à reflet métallique un peu terni sur
lequel se dessinent quatre figures de femmes
accroupies richement vêtues; le reste du fond est
rempli de figures d'oiseaux et d'arabesques. Toutes
ces figures sont dessinées avec une verve extraordinaire;
voir le mouvement des oiseaux. La valeur de
cette plaque de revêtement est encore augmentée par
la date qu'elle porte: l'année 600 (1203). Elle est
par conséquent de cette époque qui a vu éclore
en Perse et dans les contrées qui se trouvaient sous
l'influence culturale de ce pays, de merveilleux monuments
resplendissant dans leur habit de faïences.
L'inscription en langue arabe tracée à la pointe
de la plume est la suivante:

* Ne me reproche pas la minceur de ma chair, car je
me contente de ce qui recouvre mes os; du reste ne vois-tu
pas que les qualités se rencontrent plutôt chez les hommes
maigres que chez les gros? Puis, les perles s'enfilent sur
un cordon et se refusent à s'aligner sur une corde
.....
La suite de la poésie est illisible à cause des
lettres trop effacées. On peut reprendre la lecture
vers la fin:

.....l'a fabriqué dans la nuit de mercredi dernier
jour du mois de Safar de l'an arabe 600 de l'hégire

(octobre 1203). — A. B.
51. — Petite étoile de même forme que la précédente.
Une bordure bleue avec inscription blanche en
langue persane entoure un champ à reflet métallique
contenant la figure d'un âne devant une crèche murée.
52. — Plat hispano-arabe; ornament en relief,
fond blanc, dessins en bleu et en brun à reflet
métallique.
54-60. — Cruches en faïence; fabrication de
Rhodes. Sur quelques-unes, des motifs caractéristiques
en bon émail.
61-63. — Vases.
61. — Vase au fond blanc, ornements en noir.
Don de M. Kyticas, 1905.
62. — Petit vase à fond blanc et inscription en
noir; autour de la panse, rinceau en couleur bleue.
64-64 b. — Bols.
64 b. — Décors bleus sur fond blanc. A l'extérieur
du fond du bol, le nom du fabricant


Fait par Ramadân, an 1234 (1818).
65-68. — Quatre vases céladons trouvés dans la
mosquée du sultan Hassan.
Ces porcelaines en vieux vert de mer sont assez communes en
Égypte. On les trouve chez les indigènes où elles se transmettent
de père en fils ou bien en état fragmentaire dans les anciens
décombres du Vieux-Caire. Souvent encore on trouve des dessins
de porcelaines copiés sur les faïences. C'est un document en plus
pour prouver la relation intime de l'Égypte avec l'Extrême Orient.
Mais ce qui est plus curieux, c'est que les céladons figurent

sur le marché sous le nom de "Ghouri". Serait-il que ce sultan
qui, à l'exception de ses prédécesseurs, a fait un large usage de
faïences dans son mausolée, ait voulu importer la fabrication
de la porcelaine? Peut-être. En tout cas, on n'a pas encore
réussi à identifier la porcelaine égyptienne(1)
71. — Plâtre. Ornementation de l'intérieur d'une
salle arabe. Entre deux fenêtres surmontées de stalactites,
une claire-voie ronde (les deux fenêtres
extérieures se trouvaient sur une autre paroi de la
salle); au-dessus, une frise formée de petites niches à
stalactites; enfin, un bandeau avec l'inscription du
"bismillah" richement décorée et accompagnée d'une
bordure entourant aussi un panneau qui marque
l'axe de la paroi.
Ces plâtres sont peut-être les derniers décors de ce genre, qui,
au dire des artistes et des vieillards du pays, se rencontraient
assez souvent dans les anciennes maisons arabes. Les quelques
anciens intérieurs qui nous ont été conservés ont des lambris en
marbre et de jolis plafonds en bois peint et doré; mais les murs
y sont toujours nus.
72-74. — Faces de placard d'une maison; wakf
el-Redeini.
(1) M. L. Solon relève la grande valeur qu'on attache, aux
anciens céladons, aux Indes, et particulièrement à Delhi, où
ils sont appelés, comme en Égypte, "ghouri" (ghorian ware).
D'après une tradition, c'est Mohammed Chihâb ed-Dyn Ghouri
(1186-1206) qui a importé ces anciennes porcelaines dans les
pays indiens. — Pottery worship. Old celadon. Vyse and Hill,
Stone-on-Trent. 1898.
Le no 72 porte, à la fin d'une inscription en mauvais
naskhi, l'année 1142 (1729). Il provient, avec
les deux autres pièces, de Mehalla el-Kobra et ressemble
aux autres boiseries de la même ville,
exposées dans les salles VII et VIII.

PASSAGE (XIII).
DIVERS.

1-5. — Lustres modernes.
6. — Lanterne en forme de prisme hexagonal, en
bois recouvert de papier peint et doré.
Travail moderne fait par un Européen.
8, 9.Mihrâbs.
8. — Niche de prière couverte d'une coquille
transformée dans le style islamique; sur le bord,
court un bandeau de forme ogivale rempli d'une
inscription koufique fleurie. Dans le tympan, des
arabesques ornent aussi le couronnement. Les côtés,
séparés de la niche par deux paires de minces
colonnettes, ont conservé peu de leur décor. Les
ornements archaïques de cette niche ressemblent à
ceux de la mosquée d'Ibn Touloun, tout en accusant
un développement remarquable, circonstance qui
leur prête un grand intérêt pour l'archéologie.
La niche originale en stuc se trouve adossée à un mur extérieur
du tombeau connu sous le nom d'ech-Chabîhi, situé au sud
du Caire non loin du mausolée de l'Imâm ech-Châfaï.
9. — Beau mihrâb, riche en motifs et précieux
par son inscription historique, qui nous renseigne
sur le donateur et l'année de la donation. Le texte, à

grandes lettres koufiques, d'une rare beauté forme
bandeau extérieur. Le voici:

A ordonné la construction de ce mihrâb, le successeur
du serviteur de notre seigneur et maître l'imâm al-Mostansir
billâh, l'émir des croyants, que les bénédictions
d'Allah reposent sur ses ancêtres purs et sur sa
postérité attendue, le très noble seigneur al-Afdal, le
glaive de l'imâm, la noblesse de l'Islâm
, etc.
Le personnage visé par l'inscription est Châhinchah
le fils de Badr el-Gamâli visir d'el-Mostansir; d'ailleurs
le mihrâb date de 1094(1). C'est par conséquent
une œuvre de l'époque fatimite, comme le montrent
aussi certaines lettres finales de l'inscription.
En dehors d'autres inscriptions de moindre importance,

la composition des lignes et les ornements rendent ce mihrâb
remarquable, notamment l'image de la niche limitée par l'arc
fatimite (ou persan) que supportent les colonnes. Surmonté d'un
croissant qui est une des plus anciennes représentations de ce
genre, le tympan est en outre orné d'un motif géométrique
qui se retrouve aux XIIIe et XIVe siècles, en particulier sur les
vases en laiton. On observera enfin le progrès marqué par ce
mihrâb sur la niche précédente, d'après la manière de traiter
les feuillages identiques dans la frise de l'un et de l'autre.
Ce moulage a été pris sur le mihrâb en stuc qui se trouve
contre un pilier du liouân est de la mosquée d'Ibn Touloun.
10, 11. — Moulage d'inscriptions d'une ouverture
sur le côté extérieur du Bourg ez-Zefer et à une
profondeur de 10 mètres environ. Sur le bandeau le
bismillah et un texte koranique; sur le disque la
phrase,

Le pouvoir est à Dieu
l'unique, le vainqueur.
Les lettres finales surélevées de l'inscription koufique qui se
trouve sur le segment classent l'inscription dans l'époque
fatimite ou aux premiers temps des Ayyoubites.
Don de M. Herz bey, 1904.
12, 13. — Deux grandes plaques en marbre avec
un long texte en langue turque commémorant la
construction du palais d'el-Helmieh au Caire, fondé
par le Khédive Abbas Ier en 1265 (1848).
Don de S. A. la Khédivah mère. 1903.
14. — Coin d'une petite chambre de Rosette. Pl.VII.
La ville de Rosette justement renommée par son architecture

en briques ouvragées ne l'est pas moins par sa boiserie qui
tient une place prépondérante dans ces construction(1).
Les étages en saillie supportés par des consoles sculptées
d'inscriptions et d'ornements sont des détails communs à l'extérieur
des édifices. A l'intérieur, des faces de placards, des portes
et de beaux plafonds. Quelquefois des chambres entières sont
en boiserie. Un bel exemple de ce genre est fourni par ce coin
d'une chambre avec ses multiples niches polylobées, de petits
placards et enfin un autre enfoncement plus prononcé, assez
grand pour servir d'endroit de repos. Remarquable aussi la frise
dentelée en machrabieh et le plafond (restauré).
(1) Voir sur l'architecture à Rosette le rapport de l'auteur
dans les Bulletins 1896 et 1899 du Comité de conservation des
monuments de l'art arabe.

Coin d'une chambre de Rosette.


[Back to top]


QUATORZIÈME SALLE.
LES TISSUS.

Les tissus des peuples musulmans font bonne
figure à côté des produits similaires des nations
contemporaines, ou de ceux qu'ils ont remplacés
dans la marche de leur civilisation. On peut considérer
l'industrie des tissus dans les pays asiatiques
musulmans comme la continuation ou la filiation
de l'industrie byzantine et de celle des Sassanides,
si justement réputées et auxquels sont attribuées
quantité de belles pièces gardées dans les collections.
Mais on peut dire en général que tous les pays où
ont vécu les Musulmans, y compris l'Espagne, ont
vu fleurir cette industrie même dans les endroits où
leurs conquêtes n'ont été qu'éphémères(1).
Chez quelques nations, cette industrie manufacturière
s'est perdue pour toujours; chez d'autres,
elle a reparu avec la renaissance politique sous certaines
dynasties énergiques. Ainsi chez les Persans,
les arts textiles ont connu une nouvelle floraison
(1)
"On fabrique en Sicile des toiles de lin d'une extrême
finesse et des pièces d'étoffes de soie rayée dont chacune vaut
à Misr la somme de 10 dinars, lisons-nous dans Sefer Nameh
à la page 122.
La Sicile fut en possession des Musulmans pendant cent
huit ans seulement (947-1052).

dans les XVIe et XVIIe siècles(1). Pour ce qui est de cette
industrie en Égypte, elle fut exercée avec un tel
succès, au témoignage des historiens, que la réputation
des tisserands égyptiens s'étendit au delà des
limites du pays jusqu'aux contrées de l'Occident.
Il n'y a pas là de quoi s' étonner d'ailleurs, considérant
le degré de développement auquel cette industrie
fut portée par les Coptes, dont nous connaissons
tous les précieux ouvrages de l'époque
préislamique. Sans nul doute leur influence se
manifestait dans cette branche de l'industrie comme
dans d'autres et les Arabes de l'Égypte leur sont
grandement redevables pour la perfection qu'ils ont
réalisée dans cet art. Il est aussi bien établi que les
Coptes ont continué à exceller comme tisserands
sous la domination musulmane. Nâssiri Khosrau a eu
l'occasion d'admirer leur habileté. "On tisse à Tinnis,
dit-il, des qaçab de couleur: cette étoffe sert à
faire des turbans, des calottes et des vêtements de
femme. On ne fabrique en aucun lieu d'aussi beaux
qaçab de couleur. Le qaçab blanc se fait à Damiette.
Celui qui est tissé dans les ateliers du sultan n'est
ni vendu ni donné."
Le savant traducteur de cette relation ajoute que
le qaçab en question est une étoffe de lin d'une
extrême finesse et qu'elle a été fabriquée tant à
(1) Figurale persische Stoffe aus dem Zeitraum 1550-1650,
von F. R Martin, Stockholm, 1899.

Tinnis qu'à Damiette par des ouvriers coptes. Nâssiri
Khosrau assure également avoir entendu dire qu'un
souverain persan avait envoyé 20.000 dinars à Tinnis
pour se procurer un vêtement fait avec cette
fameuse étoffe; mais elle était réservée pour le sultan,
et ses agents séjournèrent plusieurs années dans
la ville sans pouvoir se la procurer(1).
L'étoffe boukalemoun dont la couleur change selon
les différentes heures du jour était une autre spécialité
des manufactures égyptiennes, nous dit le même
voyageur (2). On l'exportait dans les pays de l'Occident
et de l'Orient (3).
Le Caire avait aussi de fameux tisserands.
Quand on ne posséderait que le morceau de toile de
lin de l'époque du khalife el-Amîn qui se trouve
dans la collection (no 1), ce serait assez pour prouver
l'importance de ces ateliers où s'approvisionnait la
cour de Baghdâd. Mais ce sont surtout quelques
villes du Delta qui étaient réputées à cause de leurs
ateliers de tissage: Alexandrie, Damiette, les villes
de Chata, Difou, Damira, Tounah et Tinnis; surtout
Tinnis, à laquelle l'empereur grec attachait un tel
(1) Sefer Nameh, p. 111.
(2) Un autre historien, Yakout, nous apprend que les femmes
de Sidjilmâssa,

, dans la province de Kairouân,
filaient une laine qui servait à fabriquer des étoffes plus fines
encore que le qaçab tissé en Égypte. (Note de Sefer Nameh,
p. 120.)
(3) El-Makrîzi, t. I, p. 367.

prix qu'il avait offert au sultan d'Égypte cent autres
villes en échange de celle-là. Le désir de posséder
la ville qui produit le qaçab et le boukalemoun avait
porté l'empereur à faire cette demande.
Beaucoup de noms de ces merveilleuses étoffes
sont parvenus jusqu'à nous. C'est à Tinnis qu'on
tissait les vêtements appelés charoubs qui n'avaient
de pareils nulle part dans le monde. Un autre tissu
destiné à l'usage personnel du Khalife s'appelait
bedeneh. Il était si artistiquement tissé que l'habit
sortait tout fait du métier, sans qu'il y eût rien à
couper ou à coudre.
Alexandrie avait la spécialité du lin dit Chirib
qui se vendait contre plusieurs fois son poids en
argent. Dans les villages de Dabik, près de Damiette
on fabriquait des étoffes brochées d'or et des turbans
de lin.
Les ateliers étaient ou bien particuliers, ou bien ils
appartenaient aux khalifes ou aux sultans. L'organisation
administrative dont ils avaient été l'objet était
dans ce dernier cas fort intéressante. Les ateliers
étaient étroitement contrôlés. A la tête de cette importante
administration se tenait, à l'époque des
Khalifes fatimites, un directeur qui jouissait d'une
considération peu commune(1).
(1) Voir pour plus de détails sur ce sujet, Les manufactures
d'étoffes en Égypte au moyen âge (Bulletin de l'Institut égyptien
,
1904), par Aly bey Bahgat.
La collection du Musée bien que récente et exiguê
contient quelques pièces d'une valeur réelle. La plupart
proviennent des tombeaux de la Haute-Égypte.
Parmi celles que nous possédons, la plus ancienne
étoffe date du commencement du IXe siècle, donc de
l'époque où l'Égypte était gouvernée par les khalifes
Abbassides de Baghdâd. Une pièce de soie verte avec
décors jaunes appartient à l'époque des khalifes
fatimites, sous lesquels l'industrie des tissus a pris
un grand développement. L'époque des sultans
mamlouks est bien représentée aussi, notamment
par l'étoffe portant le nom du sultan Mohammed fils
de Kalaoun. Un fragment de toile de lin sur lequel
sont imprimés les titres d'un mamlouk royal anonyme
n'est pas, quoique mentionné en dernier lieu,
la pièce la moins intéressante de la collection.

[Back to top]


SALLE NO XIV.

1. — Tissu de lin très fin avec une bande en soie
brodée, et, au-dessous de celle-ci, une inscription en
lettres koufiques. Tissu et broderies sont d'une
extrême finesse de travail, mais le mérite de la
façon est dépassé par l'importance historique de
l'inscription, dont voici le texte:

* Au nom d'Allah, bénédiction d'Allah sur son serviteur
el-Amin Mohammed émir des croyants, qu' Allah conserve
ses jours! Ceci a été fabriqué dans les ateliers publics de
Misr par ordre d'el-Fadl, fils d'el-Rabiʿ, serviteur de
l'émir des croyants.
— A. B.
L'étoffe a été fabriquée au Caire (Fostât) à l'intention
du fils et successeur du fameux khalife Abbaside
Haroun er-Rachîd, entre 800 et 810.
Nous attirons l'attention sur la finesse extraordinaire de ce
lin. Il n'est pas impossible que nous ayons devant nous un
fragment de ce qaçab si vanté par Nâssiri Khosrau.
5. — Tissu de soie. Sur un fond vert, des raies
jaunes ondulées forment des cartouches ovoïdes

renfermant des oiseaux et des chimères par couples,
aussi en soie jaune.
Cette pièce provient d'un tombeau de la Haute-Égypte et est
un fragment d'un habit dont d'autres morceaux se trouvent
dans plusieurs musées d'Europe(1).
Nous rappelons que beaucoup d'autres étoffes de la même
époque se distinguent par le motif favori des figures accouplées.
6. — Tissu. Sur un fond bleu acier des tiges enroulées
et des feuilles dentelées bleu gris clair. A
l'intérieur, des feuilles le long du contour desquelles
on lit les phrases:

Gloire
à notre seigneur le sultan, le roi en-Nâssir
, et

,
protecteur du monde et de la religion
Mohammed Kalaoun (2).
Cette étoffe est donc de la fin du XIIIe ou de la
première moitié du XIVe siècle (fig. 51).
7. — Tissu jaune et bleu. Dans un champ elliptique,
des louanges à l'adresse d'un sultan.

Gloire à notre seigneur le sultan; que sa gloire soit
répandue.
(1) Le professeur Lessing de Berlin, à qui je suis bien obligé
pour ses renseignements, m'a avisé que le Kaiser Friedrich-Museum
possède aussi une pièce de cette même étoffe qu'il
dit être du XIIe siècle.
(2) Dans l'inscription manque le mot

fils.
Ces phrases sont écrites deux fois symétriquement,
donc une fois à l'envers. Le milieu du
champ est occupé par une figure de blason représentant
une double aigle (fig. 52).

Fig. 51.

8. — Moitié d'un gilet en tissu bleu clair avec

dessins. Sur le bord du devant, quelques boutons
et au milieu de la
hauteur, un demi-cercle
avec entrelacs et cartouches
où l'on voit le
mot "le sultan" en
arabe. Ces ornements
sont tissés en argent.
9. — Lin brodé de
soie rouge. Les quelques
mots en grandes et en
petites lettres expriment
des vœux:


Fig. 52.

A toi le bonheur... La prospérité... La grandeur...
Dans les deux cercles (l'étoffe se compose de deux morceaux
arbitrairement assemblés) on voit des figures de blason appliquées
en forme d'écu brodé d'argent avec champs de gueules
sur argent.

Fig. 53.

10. — Lin finement brodé. Les inscriptions expriment
des vœux (fig. 53).
11. — Lin imprimé. Les inscriptions sont des
parties de titres
d'un mamlouk. Ce
qui en reste suffit
pour qu'on puisse
classer cette pièce
à l'époque des sultans
mamlouks,
du XIIIe au XVe siècle
(fig. 54).
12. — Tissu multicolore avec
ornements imitant des lettres koufiques, et représentation
d'un quadrupède.

Fig. 54.

13-15. — Bonnets d'hommes (takieh).
13. — Takieh formé d'un assemblage de divers
morceaux d'étoffe, dont quelques-uns sont historiés
de fragments de phrases qui se réfèrent à un sultan;
d'autres fragments en soie portent une multitude de
quadrupèdes brodés, fort bien dessinés.
14, 15. — Bonnets à bandeau en fil d'argent. Sur
celui du no 14 on lit en arabe le sultan, le roi; le
no 15 est en velours rouge.
* El Makrîzî (vol. II, p. 104) a écrit un passage curieux à
propos des bonnets. Il critique l'habitude qu'avaient les gens
de les porter et de sortir dans les rues coiffés de bonnets, au lieu
de mettre le turban. Les hommes de toutes les qualités suivent
la mode sur ce point, du plus humble artisan jusqu'au plus haut
fonctionnaire et même les militaires. L'historien décrit leurs

bonnets en relatant qu'auparavant ils n'étaient que d'un tiers de
coudée mais qu'à son époque leur hauteur a été portée à deux
tiers de coudée. Il ajoue qu'à cause de cette mode les hommes
semblent coiffés comme les femmes. — A. B.
16, 17. — Formes en bois pour imprimer les
étoffes; motifs végétaux.
Don de M. Kyticas. 1903.
18, 19. — Tissu de lin brodé de dessins géométriques
et d'inscriptions imitant le koufique.
20. — Tissu en soie rouge et blanche. Les inscriptions
renferment la profession de foi musulmane, des
phrases koraniques et des exclamations. Les caractères
soulous très bien écrits trahissent la provenance
turque. Cette étoffe est un fragment de ces tissus
qui se fabriquaient jusqu'à une époque récente à
Héréké (Turquie) et qui avaient été destinés à
l'intérieur de la Kaaba(1)
21, 22. — Collection d'étoffes parmi lesquelles
beaucoup de fabrication moderne probablement
importées de l'Europe.
Provenant de tombeaux.
23. — Chemise avec broderie dans le goût des
peuples des Balkans.
(1) D. F. Miguel y Badia (Collection de tissus anciens, Barcelona,
1900, pl. XI) donne le dessin d'une étoffe identique
mais la désigne comme un "tissu de soie hispano-arabe XIVe
ou xve siècle, blanc et rouge".
24. — Couverture de cénotaphe composée de
diverses étoffes en travail d'applique.

CUIRS.

Nous pourrions intituler ce chapitre aussi bien et
avec plus de raison "reliures", car la collection de
cuirs du Musée ne comprend en réalité que des
reliures et deux caisses de Koran en bois revêtu de
cuir. Il est hors de doute, cependant, que l'industrie
du cuir a dû être très développée chez les Arabes et
qu'elle devait occuper un rang honorable parmi les
autres industries portées par eux à un si haut degré
de perfection. Mais, malheureusement, il ne nous
en reste rien ou presque rien.
Prisse d'Avennes qui parle, dans son ouvrage, de
toutes les industries arabes, ne mentionne, en fait
de cuirs, qu'un carquois et porte-arc(1). L'inscription
qui se lit sur le premier:

,
le roi ez-Zâhir Abou Saïd, est le nom du sultan Barkouk
ou d'un autre souverain du xve siècle.
Mais chez le peuple de guerriers et de cavaliers
qu'étaient les Musulmans, bien d'autres fourniments

ont dû être fabriqués en cuir; comment n'en pas
conclure, dès lors, que la sellerie soit devenue, dans
ces conditions, une des industries les plus florissantes
chez les Arabes? Seulement nous n'avons
aucune preuve matérielle pour soutenir cette conjecture
si vraisemblable.
Ce sont donc des objets d'un usage et d'un caractère
tout à fait différents qui peuvent nous renseigner sur
cette industrie disparue: les reliures. Celles-ci nous
sont parvenues en si grand nombre et elles datent
d'époques si diverses qu'il est facile d'en faire une
étude suivie. Et, disons-le tout de suite, s'il est
permis de conclure de la perfection et de la beauté
des reliures à celles des autres produits de l'industrie
en question il faut reconnaître, comme nous
l'avons dit plus haut, qu'elle doit avoir atteint, chez
les Musulmans, un développement extraordinaire.
A l'opposé des reliures européennes, dans les
livres arabes, le plat de la couverture ne dépasse
jamais la tranche. Les reliures dont nous avons à
nous occuper ici sont généralement en maroquin.
Pour les orner on se servait du gaufrage avec des
modèles en fer ou peau de chameau, mais on a aussi
employé d'autres moyens d'ornementation tels que
le découpage, la peinture et les tissus.
Les reliures orientales qu'on trouve en Égypte
peuvent être divisées en trois groupes:
  • I. Reliures arabes (égyptiennes).
  • II. Reliures persanes.
  • III. Reliures turques.
(1) Les reliures riches ne pouvaient se passer de ces sortes
d'étuis. Nous avons déjà vu dans nos collections la belle châsse
de Koran en bois recouvert d'une fine mosaïque et le coffret en
métal jaune incrusté d'argent; la salle des reliures même contient
deux autres objets pareils recouverts de cuir. Ces cassettes
étaient destinées à contenir le Koran écrit en plusieurs volumes.
Quand le Koran atteignait une dimension exceptionnelle, on
avait recours à des coffres spéciaux qui s'ouvraient comme le
volume même qu'ils devaient protéger. (Voir la caisse no 158,
dans la VIIe salle.)
Le Musée en possède une collection qui ne
le cède en richesse qu'à celle de la Bibliothèque
khédiviale(1)

I. — RELIURES ARABES.

Cette série, originaire des ateliers égyptiens, est
une des plus riches et des plus variées. Malgré le
luxe des arabesques, dans lesquelles le jeu des lignes
est capricieusement composé, les fers employés à cet
effet ont toujours été très restreints, au point d'émerveiller
encore aujourd'hui nos relieurs.
Les ornements des plats sont en creux. Ces reliures
conservent toujours la couleur naturelle du cuir; la
différence de couleur se manifeste seulement sur le
fond devenu plus foncé par suite du gaufrage.
Dans les plats où l'on emploie la peinture et la
dorure, on laisse souvent pour le contraste la couleur
du cuir sur les champs créés par le jeu des
lignes, tandis qu'on en rehausse d'autres par des
points ou de petits motifs dorés. L'effet ainsi obtenu
est des plus heureux. Un autre procédé auquel on
avait souvent recours pour orner les reliures,

consistait à découper le dessin en l'appliquant
sur un fond d'étoffe; ensuite on rehaussait d'or les
lignes de l'ornement. Ce sont là les plus belles
reliures orientales.
Comme caractère essentiel, ce sont toujours ces
motifs que nous avons admirés dans tous les arts
décoratifs chez les Arabes. A l'extérieur, on employait
de préférence les figures polygonales et les inscriptions.
La disposition des figures géométriques suivait
toujours rigoureusement la loi qui préside chez
eux aux travaux d'assemblage si compliqués et si
beaux: au milieu, la rosace, comme motif important;
dans les coins, des quarts de rosace. Parfois
on aimait à rehausser seulement le centre et les coins
d'un ornement. Dans d'autres reliures, un large bandeau
en inscriptions entoure la face toute ornée du
plat(1). Les gardes, très bien représentées dans la
collection du Musée, sont toujours ornées d'arabesques.
Elles sont aussi remarquables par le choix
très riche des motifs que par le fini de l'exécution.

II. — LES RELIURES PERSANES.

Les anciennes reliures persanes ne pouvaient
guère différer des beaux ouvrages égyptiens, soit

comme goût, soit comme mode d'exécution. C'est du
moins ce que prouvent les rares exemplaires qui sont
parvenus jusqu'au nous. Qu'il nous soit permis de
mentionner la belle reliure du Diouân de Solimân
ibn Mohammed es-Saouâdji écrit en 1437(1). Les
ornements de ses gardes ont un caractère persan
tout spécial. Composées de lignes délicates et soigneusement
dorées, des figures d'animaux ou des
têtes agencées dans les rinceaux y forment les grands
motifs du décor. La garde, aussi en cuir, n'est pas
moins fine, avec ses ornements délicatement découpés
et son fond peint en bleu. Mais ce sont là de
rares exemples de cette industrie persane du moyen
âge. La plupart des reliures persanes appartiennent
à une époque beaucoup plus récente. Elles ne peuvent
pas être comparées aux autres et se rapprochent
plutôt comme goût et comme technique des reliures
turques auxquelles elles ont servi de modèles. Les
produits des deux écoles se confondent d'ailleurs
assez souvent, d'autant plus qu'elles ont en commun
certains motifs, comme par exemple le dessin dit du
nuage, et que l'une et l'autre puisent leurs ornements
favoris dans la flore d'un style naturaliste. Le
dessin persan aime quelquefois à imiter les tapis,
dans les grandes lignes.
Avant de traiter de la technique de ces reliures

que nous ferons connaître plus loin en parlant des
reliures turques, il faut mentionner un genre tout à
fait à part parmi les couvertures des livres persans;
nous voulons parler des reliures vernies. Ce genre
de reliure paraît être le procédé le plus moderne.
Pour l'obtenir, l'artisan appliquait sur le cuir un
enduit analogue au plâtre. On y peignait souvent
des inscriptions, mais surtout des fleurs d'après
nature et quelquefois des scènes entières avec les
plus vives couleurs; on passait ensuite sur le tout
une couche de vernis protectrice. Ce vernis ne tardait
pas à s'oxyder et à prendre une teinte jaunâtre;
mais là où il s'écaille, on voit réapparaître la peinture
dans toute sa fraîcheur.
C'est encore à la Bibliothèque khédiviale que
nous renvoyons l'amateur curieux des spécimens de
ce genre, en lui signalant un Koran qui porte la
date 1205 de l'hégire (1790). Aujourd'hui, l'art de
la reliure en Orient est tombé si bas que c'est tout
comme s'il n'existait plus.

III. — RELIURES TURQUES.

Avec la domination turque en Égypte prend fin l'industrie
proprement indigène. Un grand changement
s'opère alors dans la façon et le décor. Au lieu de se
servir du fer dont l'emploi ouvrait un vaste champ
à l'habileté et à la fantaisie de l'artiste, on eut
recours à des matrices, dont la valeur artistique
devait être nécessairement inférieure, et qui l'est en

effet, malgré la beauté de certains dessins. La conséquence
naturelle de cette nouvelle méthode a été
l'abandon du dessin polygonal et de l'arabesque de
style proprement arabe, comme aussi le grand art
de combiner les dessins les plus variés avec le petit
nombre de fers qu'on a employés. On y substitua des
ornements dont l'origine persane se trahit par la
prédominance des motifs naturalistes. Rien n'établit
mieux le bien-fondé de cette assertion qu'un volume
du Koran de la mosquée de Gaï el-Youssefi, déjà
signalé et qui a été écrit en l'an 1176 de l'hégire
(1762), très probablement pour remplacer un
volume égaré. (Bibliothèque khédiviale.).
Progressivement le goût de plus en plus prononcé
pour le relief détermina l'ouvrier à recourir au
moule. Le cuir y était énergiquement comprimé et y
prenait ces saillies très accusées qui caractérisent
les reliures persanes et turques.
La collection de la société industrielle, à Düsseldorf,
nous donne d'utiles renseignements sur les
moules employés par les ouvriers. Quelques—uns
étaient en peau de chameau. D'aucuns prétendent
que ceux-ci appartenaient à une époque éloignée et
que plus tard on se servit de matrices en métal,
ainsi que le prouverait la finesse des reliefs obtenus
dans les reliures les plus récentes. Précisément le
hasard m'a mis en présence de trois moules en cuivre
jaune, qui d'après les ornements et la disposition
des inscriptions, doivent appartenir à une époque

récente, assez éloignée toutefois pour qu'on ne puisse
les ranger parmi les produits de l'industrie contemporaine(1).
Lorsque les relieurs persans et turcs voulaient
obtenir des effets en profondeur, ils avaient recours
à deux épaisseurs de cuir qu'ils superposaient, non
sans avoir au préalable découpé la couche supérieure
selon le motif voulu et de telle façon que ce motif se
trouvât avoir pour champ l'épaisseur inférieure. On
obtenait ainsi des ornements à deux couches du
meilleur effet. Un des exemples les plus intéressants
de cette façon de procéder nous est fourni par le
Koran donné en 1032 de l'hégire (1622) par la princesse
Safia, mère du sultan Mohammed Khân, à la
mosquée qu'elle avait fondée au Caire (Bibliothèque
khédiviale). Extérieurement, une large bordure d'inscriptions
en vigoureux relief contourne le milieu et
les angles obtenus par le système du découpage. Les
contours conservent la couleur naturelle du cuir,
tandis que le reste de la reliure est orné de dorures
en deux tons. Dans le dernier volume du même
Koran, les bordures sont décorées d'ornements et
non d'inscriptions. Une qualité notable de cette
reliure, c'est que son rabat est absolument traité
comme s'il était un morceau du plat. L'intérieur
n'est pas moins délicatement travaillé; la garde

entière est recouverte d'un gracieux réseau d'ornements
finement découpés et dorés. Les champs
sont peints en rouge, bleu et noir. D'après une
annotation, ce Koran a été écrit par Mohammed ibn
Ahmed el-Tabrîzi (de Taburis), donc par un Persan.
Il est plus que probable que la reliure est l'œuvre
d'un compatriote du calligraphe.
L'influence persane sur les arts turcs est évidente
et il est assez naturel qu'elle se soit exercée sur cette
branche de l'industrie. Il est très difficile de classer
les reliures de la dernière époque. Nous voulons
parler de ces couvertures dont le plat porte au
centre un cartouche plus ou moins elliptique, souvent
polylobé. Le décor qui le remplit est toujours
pris de la flore, ce qui est, comme nous l'avons vu,
un caractère essentiel tant des reliures persanes que
turques. Nous touchons ici à la dernière manifestation
de l'art de la reliure en Orient; ensuite il
dégénère jusqu'au néant.
Comme les autres industries orientales, la
reliure aussi a eu son influence sur les ateliers
européens. C'est aux Italiens que revient l'honneur
d'avoir importé le goût de cet art parfait. Les
reliures des Vénitiens Majoli, Canevarius et Grolier
ont établi leur renommée grâce à cette influence.
Sans nul doute les reliures des Corvinus, dont
les magnifiques miniatures sont dues à des maîtres
du quattrocento, sortent aussi d'un de ces fameux
ateliers, car elles ont un cachet franchement

oriental (1). Cette influence semble d'ailleurs s'être
maintenue assez tard; ainsi le Musée de Cologne
possède une reliure avec le cartouche que nous avons
dit appartenir à la dernière époque de la reliure
persane ou turque.

RELIURES ARABES.
VITRINE A.

1-4. — Reliures complètes et trois rabats avec
ornements à jour sur fond de soie verte. Ces pièces
témoignent éloquemment en faveur du goût et de
l'habiletè du relieur arabe.
1. — Les deux côtés sont également traités.
Entourés d'une double bordure, les coins et le
centre du champ sont percés d'arabesques, le reste
de la surface est gaufré de motifs géométriques
variés rehaussés de lignes et de points dorés. Le
rabat est aussi tout travaillé à jour et ses belles
arabesques bordées d'une ligne d'or se détachent
avantageusement sur le fond vert en soie. On ne sait
pas ce que l'on doit le plus admirer, de la beauté

des dessins, de la sûreté du découpage ou du nombre
restreint des fers qui ont servi au gaufrage de
la reliure (pl. VIII).
5-9. — Reliures avec motif d'angle et cartouche
central aux détails rehausses d'or.
10-16. — Reliures recouvertes de dessins géométriques.
Tantôt les listels sont en relief (nos 10 et 16),
tantôt ils s'enfoncent dans le
plan du cuir (nos
12 et 15). En laissant certaines figures lisses dans les rosaces, on a obtenu un effet plus riche.
15. — Beaucoup de détails sont dorés (fig. 55).
17-19. — Rabats avec différents modes d'ornementation. Voir le parti qu'on a su tirer de la dorure de quelques lignes dans le no 19.

Fig. 55.

20 a. — Dos d'une grande reliure avec dessins
géométriques.

Reliure.


VITRINE B.

20-23. — Gardes à dessin gaufré.
20. — Avec arabesques à larges feuillages.
23. — Avec beaux motifs de fleurs disposées en forme d'étoile.

VITRINE C.

Reliures avec motifs dans les angles et au centre.
24. — Gardes à dessin gaufré. Motif de fleurs en des champs formés de lignes courbes.
25, 26. — Avec motif végétal.
27. — Garde bien conservée avec arabesques d'un bel effet comme répartition et composition (fig. 56).
Reliures avec motifs dans les angles et au centre. — Rabats.

Fig. 56.

VITRINE D.

28-30. — Reliures turques (ou persanes) avec motif floral ou arabesques.
31. — Caisse de Koran à base carrée recouverte
à l'extérieur de cuir clair ornementé d'entrelacs
géométriques avec dorure; à l'intérieur, les quinze
rainures doubles et le fond vert sont aussi recouverts
d'un cuir trés fin gaufré à dessin végétal.
Provenant de la mosquée du sultan Hassan et pouvant bien
être de l'époque de ce sultan.
32. — Caisse de Koran en forme de prisme
hexagonal ayant conservé une petite partie de sa
couverture en cuir noir gaufré et doré. Le milieu du
couvercle est occupé par une fort belle rosace dont
les arabesques dorées se détachent du fond noir et
qui est renfermée dans un bandeau circulaire avec
dessin bien ménagé dans la couleur du cuir sur un
fond doré.
Les côtés de cette caisse-bibliothèque avaient un
décor plus sobre. Sur les bords, un large bandeau
à lignes dorées qui se complétait en haut par le
rebord disparu du couvercle. Ce bandeau est
interrompu aux deux côtés de la base par des
inscriptions fragmentaires qui nous permettent tout
de même, heureusement, d'y lire:

.....(Kâ)nsou el-Ghouri, qu'Allah conserve....
Le sultan el-Ghouri a régné de 1501 à 1516. La caisse provient
de sa mosquée.

MANUSCRITS. — TABLETTES VOTIVES.

1-2. — Parties de Koran.
1. — Feuille enluminée formant la deuxième
page d'un gouz' (ordinairement le trentième du
Koran, ici la soixantième partie), selon l'inscription
qui figure au haut de la page. Le champ du milieu,
entouré d'une bordure noire à fleurs, forme une
rosace en lignes blanches à huit mailles, sur fond
blanc et rouge.
En haut et en bas, des champs oblongs avec texte
koufique, se référant a la sainteté du Koran. Ces
inscriptions sont la suite des deux demi-phrases
qui se trouvaient sur la feuille précédente. En effet,
on a l'habitude de commencer les gouz' du Koran
par deux feuilles richement enluminées qui ne contiennent que les versets suivants:

C'est un Koran vénéré, conservé dans un livre sacré,
nul ne peut y toucher sinon les personnes purifiées. C'est
une révélation du Maître de l'univers.
L'enluminure de cette feuille n'est certainement
pas la plus belle, bien que la technique dans l'exécution
— voir la dorure — soit irréprochable. Nous
croyons pouvoir l'expliquer par la hâte avec laquelle
fut fait ce travail, exécuté sur commande. En effet,
d'après l'inscription légatrice qu'on lit sur la feuille,
ce fragment provient de la bibliothèque dont le sultan
el-Mouayyed a doté sa mosquée. La difficulté
d'exécuter en peu de temps une grande commande
si importante aura probablement empêché l'artiste
de mieux soigner son œuvre.
L'inscription à laquelle nous faisons allusion est
la suivante:

* Par-devant témoins, notre seigneur, le sultan

el-Malik el-Mouayyed Cheikh, qu' Allah perpétue son
règne! a reconnu qu'il a constitué wakf tout le Koran
composé de soixante parties. Il a statué que ce Koran
doit être conservé dans la mosquée par lui fondée à Bâb
Zoueila, qu' Allah la rende prospère par la longue vie
(de son fondateur). Il a mis comme condition que ce Koran
ne doit sortir de la mosquée ni à titre de prêt ni pour
n'importe quelle raison que ce soit. Ce wakf est fondé
pour plaire à Allah.
— A. B.
2. — Partie d'un autre gouz' de Koran qui porte
sur une de ses pages, à peu de différence près, la
même dédicace que le gouz' précédent. La vignette
à la fin de la page annonce la fin du chapitre.
La calligraphie n'est pas belle, mais l'enluminure est soignée.

TABLETTES VOTIVES.

Les pieux musulmans offrent souvent aux mosquées, tombeaux ou santons, des tablettes votives en
bois, en cuir ou en papier, sur lesquelles sont
reproduites en belle écriture des sentences religieuses,
des invocations ou des citations du livre
saint. La partie supérieure des tablettes est presque
toujours artistement découpée. Les pièces formant la
collection du Musée présentent des écritures fort
soignées, richement décorées d'ornements. Il y en a

même qui contiennent des aquarelles représentant
la Kaaba et ses environs.
Ces tablettes datent des derniers siècles, et on ne
peut pas naturellement comparer leurs ornements
aux belles enluminures des Korans.
4. — Tablette. A la partie supérieure, des fleurs
peintes; belle bordure en arabesque polychrome.
5. — Le texte est entouré d'un croissant peint en
bleu.
6. — OEuvre de Khalîl Chaanân exécutée en
1814; au milieu, une étoile formée par le nom
d'Ali, écrit cinq fois.
Travail médiocre.
7. — Le texte est placé dans un croissant doré.
8. — Tablette avec inscription en caractères soulous
et naskhi. Travail fait par es-Saïd Mohammed
el-Ouasfi en 1800.
* La belle calligraphie de cette planche forme un diplôme
délivré par trois professeurs de calligraphie, autorisant l'auteur
à exposer son œuvre et à professer la calligraphie. A noter
les noms des calligraphes depuis le khalife Ali jusqu'à l'époque
du titulaire. — A. B.
9. — Les fleurs qui décorent cette planche sont
bien dessinées et bien peintes. Le croissant doré
renferme avec un texte le nom d'Ali disposé comme
sur la tablette no 6; la plus belle partie de cette

œuvre est la miniature de la Kaaba, fort bien
représentée.
Travail exécuté par Moustapha Zohni Zâda en 1780.
10. — Plaque en peau de gazelle. Écriture et
ornements, surtout ceux qui se trouvent dans les
tympans de l'arc, révèlent le travail moghrabin. La
planche est signée du nom de Mohammed ibn Abd el-Kâder.
11. — Grande planche divisée en beaucoup de
champs qui renferment l'image de mosquées et de
sujets saints, dessinés avec une certaine naïveté.
Elle a été offerte à la mosquée el-Husseini par le
chef-kaouâs du Ministère de l'Instruction publique
en 1865.
13. — Écriteau contenant une invocation à Dieu
et un verset en découpure de papier. Belle calligraphie.
II semble que la découpure en papier a formé
une belle industrie en Égypte. Prisse d'Avennes la
mentionne spécialement dans son ouvrage.
14. — Le champ en koufique carré contient les
noms d'Allah, du Prophète et des premiers khalifes.
En haut et en bas, l'inscription est en beaux caractères
koufiques aux lettres entrelacées. Lettres et
ornements en stuc.
16. — Écriteau en bois, à lettres en stuc et

dorées, provenant de la mosquée de l'Imâm ech-Châfaï.
En haut, les noms de Dieu, du Prophète,
des quatre khalifes et de Hassan et Houssein. Le
milieu est occupé par un verset reproduit deux fois
d'une manière symétrique. En bas, un autre verset.
19. — En haut, l'image de la Kaaba, en peinture.
En bas, a droite, le même sujet placé dans la mosquée
de la Mecque; au fond, des montagnes.
21, 22. - Toiles peintes à l'huile.
21. — Représente la Kaaba et une partie de la
ville sainte.
22. — Très probablement la ville de Médine avec
le tombeau du Prophète.

[Back to top]

QUINZIÈME ET SEIZIÈME SALLES.
VERRERIE.

La verrerie a joué, en tous temps, un grand rôle
dans l'industrie et dans l'art des Orientaux. Les
traces de cette industrie sont visibles, à travers les
différentes époques, jusqu'au temps des Byzantins,
chez lesquels, bien que les monuments nous fassent
défaut, l'art de la verrerie devait avoir une grande
importance si nous nous en rapportons aux écrits de
l'époque. L'admirable spécimen conservé à la Bibliothèque
nationale de Paris montre quel degré de perfection
cette industrie avait atteint chez les Persans
au VIe siècle(1). Quant aux Arabes, les témoignages
des historiens sont nombreux pour prouver le développement
de la verrerie, surtout concernant les villes
de la Syrie. El-Moukaddessi (Xe siècle) nous apprend
que l'on exportait de Sour (Tyr) des verroteries et
des verres travaillés au tour. Guillaume de Tyr (1130-1193)
parle des verreries de cette ville que l'on exportait dans tous les pays. Benjamin de Tudèle
(XIIIe-XIVe siècles) vante également la beauté des vases
en verre fabriqués à Tyr(2). Tripoli possédait, comme
(1) L'Art de la verrerie, par Gerspach, Paris, p. 81.
(2) Sefer Nameh, note à la page 47.

toutes les villes de la côte, des verreries. L'histoire
nous a même conservé un traité conclu entre le gouverneur
de cette ville et la République de Venise,
réglant l'exportation des verres brisés(1). Dans son ouvrage Kitâb massâlik el-absâr, écrit une dizaine
d'années avant sa mort, survenue à Damas en 749
(1348), El-Omari, secrétaire d'État, qui a vécu
longtemps au Caire, mentionne que l'Égypte, la
Syrie, l'lrâk et l'Asie Mineure importent de Damas
les beaux objets qu'on y fabrique, spécialement les
arcs, les cuivres incrustés, les verreries dorées, etc.(2)
Enfin, Hâfiz Abrou (mort vers 1430) parle particulièrement de l'art de la verrerie dans une autre ville
de la Syrie, a Haleb. "Une industrie particulière à
Haleb est celle de la verrerie. Nulle part ailleurs,
dans le monde entier, on ne voit de plus beaux
objets en verre. Quand on entre dans le bazar où
ils sont vendus, on ne peut se déterminer à en sortir,
tant on est séduit par la beauté des vases qui sont
décorés avec une élégance et un goût merveilleux.
Les verreries d'Haleb sont transportées dans tous
les pays pour être offertes en présent(1).
Voyons maintenant ce qu'a été cette industrie en
Égypte. Ici, les plus anciens produits ayant un caractère
de certitude historique, sont les petits disques
en verre, qui servaient comme étalons de poids ou
de mesures et dont plusieurs datent des premiers
temps de la domination musulmane en Égypte
(XVIe salle, vitrine S)(2).
Mais sur l'importance de l'industrie du verre
proprement dit en Égypte vers le XIe siècle, Nâssiri
Khosrau nous fournit des renseignements précis.
Les écrits laissés par ce célèbre voyageur dont nous
avons déjà parlé, sont une source précieuse pour
l'étude des villes, des constructions et de l'industrie
de l'époque. Il parle souvent avec admiration des
produits qui l'ont frappé pendant le cours de ses
voyages et il est curieux de relever que, tandis qu'il
ne fait aucune mention de l'art de la verrerie dans
les villes de la Syrie, il constate la floraison de cette
industrie en Égypte. En parlant des merveilles d'un
(1) Sefer Nameh, note à la page 33.
(2)Voir ROGERS BEY, Glass as a material for standard coin
weights.
Du même: Unpublished glass weights and measures,
ainsi que la publication, sur le même sujet, de M. CASANOVA,
Étude sur les inscriptions arabes des poids et mesures en verre
(collection Fouquet et Inès), dans la communication faite à
l'Institut égyptien en 1891.)

marché à côté de la mosquée Amr', il dit y avoir
remarqué du cristal de roche de toute beauté et
artistement travaillé par des ouvriers pleins de goût.
“Il avait été apporté du Maghreb, mais on disait que
récemment, on en avait reçu de la mer de Goulzom,
d'une qualité plus belle et plus transparente que
celui du Maghreb(1).” Donc on savait travailler le
cristal de roche; d'ailleurs, les flacons taillés sont
nombreux dans les collections du Musée. Ils nous
proviennent, avec les étalons de poids et mesures
de verre déjà mentionnés, des monticules de l'ancienne ville de Fostât aujourd'hui détruite. A part
ces objets, de belles perles et bracelets en émail et
de nombreux fragments en verre émaillé ont été
également trouvés au même endroit. Ces fragments
sans valeur sont pourtant remarquables comme
spécimens d'une superbe industrie disparue.
A la page 151, il est parlé d'un verre de grande
valeur: "On fabrique, au Caire aussi, un verre
transparent d'une grande pureté, qui ressemble à
l'émeraude; on le vend au poids....” et, plus loin,
à la page 153: “Dans le bazar, les baqqals, les
droguistes, les quincailliers fournissent eux-mêmes
les verres, les vases en faïence et le papier qui doit
contenir ou envelopper ce qu'ils vendent. Il n'est
donc pas nécessaire que l'acheteur se préoccupe de
(1)Sefer Nameh, p. 149.

ce que doit contenir ce qu'il achète.” Quel devait
donc être le développement de l'industrie du verre,
dans un pays où l'on donnait, par-dessus la marchandise
achetée, des objets en verre sans en réclamer
le prix? Le verre était, d'ailleurs, aussi en
Égypte, un produit d'exportation; nous lisons dans
le même Sefer Nameh (p. 116), que “les marchands
qui se rendent en Nubie y vont vendre des verroteries,
des peignes et du corail".
Il y a un autre document qui témoigne de la
fabrication du verre en Égypte vers le XIVe siècle.
Dans un ouvrage traitant de l'administration de
l'État, un passage s'occupe des métiers: “Le gouverneur
de la ville du Caire devra assigner à chaque
marché son emplacement, de façon que les métiers
bas et vils ne touchent pas les métiers nobles. Il
devra donner des instructions pour que ceux qui
exercent des métiers insalubres, entraînant de la
malpropreté, aient leurs établissement aux extrémités
de la ville, loin des quartiers du centre.” Parmi
ces établissements on mentionne les abattoirs, les
tanneries, les fonderies de verre, de fer, les fours à
chaux, etc.(1).
Le plus riche trésor de la verrerie musulmane est
(1) Ce passage m'a été fourni par M. Ali bey Bahgat qui l'a
tiré de l'ouvrage intitulé Assâr el-Oual fi tartib ed-Doual, de
Hassan, fils de Abd Allah. Cet ouvrage, composé en 708 (1309),
est dédié au sultan Beibars II, ainsi qu'on le lit dans la préface.

constitué par la collection des lampes en verre
émaillé exposées dans les salles XV et XVI. Le
nombre des lampes dépasse soixante, les fragments
non compris. Ces lampes mettent en évidence l'habileté des verriers, tant pour la conception, la variété
des ornements et la beauté des inscriptions, que
pour la perfection du travail et la coloration des
émaux. Les petites bulles d'air, défaut de tous les
verres d'Orient, n'enlèvent rien à la beauté de nos
lampes. Ces lampes sont-elles de fabrication égyptienne
ou ont-elles été importées de Syrie, comme
le prétendent quelques-uns?
Les sources historiques parlent, — nous l'avons
vu, — des verreries de la Syrie aussi bien que de
celles de l'Egypte. Nous ne doutons pas que ces
superbes lampes ne soient un travail du pays; car
il n'est pas admissible de supposer que les Égyptiens
eussent mieux aimé importer des objets aussi fragiles
que de les fabriquer directement en Égypte,
pays de l'industrie du verre par excellence et où
plus tard les Vénitiens vinrent eux-mêmes chercher
la soude nécessaire à la fabrication de leurs produits.
Cet argument, à côté du bref témoignage des historiens
précités, doit nous paraître concluant, si nous
pensons à ces puissants sultans fastueux et protecteurs
des beaux-arts qui ont fait de I'Égypte leur
principale possession, et du Caire leur résidence
préférée. Mais ce qui soutient mieux que toute hypothèse
notre opinion au sujet du caractère indigène

de ces produits, c'est le goût qui s'y révèle; c'est
encore, je dirai, la ressemblance frappante entre les
ornements qui décorent ces lampes et ceux qu'on
voit dans les mosquées. Que l'on examine, par
exemple, les lampes nos 33 et 39; — les deux proviennent
de la mosquée du sultan Hassan; sur la
première est inscrit le nom de ce roi; — ce sont
les mêmes fleurs que celles qui forment bordure
sculptée sur les marbres du mausolée de sa mosquée.
Nous insistons sur cette constatation et cela
d'autant plus qu'entre le style de l'Islâm en Syrie et
celui qui fleurit en Égypte, il y a certaines différences
caractéristiques évidentes qui s'accentuent
notoirement dans l'architecture. Les arabesques des
lampes sont plus conformes aux décors variés des
édifices égyptiens. Il est vrai que les historiens du
moyen âge relèvent la floraison de l'industrie du
verre dans plusieurs villes de la Syrie et sont parcimonieux
sur ce que l'Égypte aurait pu produire(1).
Mais ne voyons-nous pas le contraire dans la relation
du voyageur persan qui relève la fabrication de
bon papier à Tripoli sans mentionner les verroteries
ni de cette ville ni des autres pourtant florissantes,
(1) Prisse d'Avennes, dans son Art arabe, dit, à la page 208,
des lampes émaillées qu'on "les fabriquait pour la plupart à
Mansourah, ville qui, sous le règne des Khalifes, était renommée
pour ses verreries el ses monnaies fiduciaires". Malheureusement l'auteur ne donne pas la source de son assertion.

tandis qu'il loue certains verres de l'industrie égyptienne?
A l'appui de leur thèse, ceux qui attribuent
la fabrication du verre émaillé à la Syrie au lieu de
l'Égypte, invoquent le fait que la plupart des cent
et quelques lampes en verre de cette espèce encore
existantes, datent du xive siècle. Ils ajoutent qu'on
n'en trouve pas d'une date postérieure, parce que
Tamerlan, après avoir ravagé la Syrie, précisément à
la fin de ce même siècle, emmena avec lui à Samarkand
tous les ouvriers de l'industrie du verre(1)...
On peut leur objecter qu'il y a un certain nombre de
lampes dont la date de fabrication est très postérieure
à celle de l'invasion du conquérant mongol.
Ce sont: une lampe au nom du sultan el-Mouayyed
Cheikh et les lampes de Toughaïtoumour et de
Kânbaï (nos 65 et 66 de la collection)(2). Où donc
auraient-elles été fabriquées, sinon en Égypte,
puisque les fours de la Syrie étaient éteints?
(1)
Notes d'archéologie arabe, 3e article (Journ. asiat., 1904),
par Max van Berchem.
Il est vrai que M. van Berchem, dans l'article ci-dessus, dit
que les verres émaillés ont été fabriqués "principalement" en
Syrie.
(2) Sur la première lampe, qui appartient au baron Gustave
de Rothschild, voir les Notes d'archéologie précitées. Elle porte
une inscription d'après laquelle elle "a été faite pour la madrassa
du sultan Malik Mouayyed Aboun-Nasr Cheikh". — Nous
croyons pouvoir affirmer que la lampe portant le nom de
Toughaïtoumour appartient au xve siècle, à cause de la figure
de son blason (voir la note à la page 333).
Mais il y a un autre argument, déclarent encore
les partisans de la Syrie. Comment expliquez-vous
que l'Égypte ne possède pas non plus de lampes en
verre émaillé datant du xiiie siècle(1)? N'est-ce pas
parce que les relations de ce pays avec la Syrie
étaient suspendues à cette époque par suite des croisades?
— A cela on peut répondre que les époques
de trouble étaient souvent interrompues de périodes
pacifiques pendant lesquelles les relations commerciales
devaient reprendre plus énergiquement. D'ailleurs,
s'il n'y a pas de verres émaillés en Égypte au
XIIIe siècle, on n'en trouve pas non plus en Syrie.
Le fait en lui—même est certainement curieux,
que parmi plus d'une centaine de lampes, il n'y en
ait que quelques-unes qui n'appartiennent pas au
XIVe siècle. Mais vouloir en tirer des conclusions
du genre de celles que nous avons mentionnées,
nous semble trop hasardeux. Cela ne peut tenir
(1) On connaissait jusqu'à présent deux lampes du XIIIe siècle:
celle du sultan Khalil, fabriquée entre 1295 et 1296 (no 1 du
Musée) et celle appartenant à Mme Delort de Gléon fabriquée
entre 1295 et 1296 (Notes d'arch. précitées par M. van Berchem.
— S. E. Yacoub Artin pacha m'apprend que, parmi
plusieurs lampes du South-Kensington Museum et appartenant à
M. Pierpoint Morgan, qu'il vient d'étudier, il y en a une qui
porte le nom de l'émir Alâ ed-Dyn el-Bondokdâr, qui fut l'ancien
maître du sultan Beibars Ier. Elle doit donc avoir été fabriquée
avant la mort de l'émir, survenue en 1286, ce qui la fait considérer comme la plus ancienne dans son genre.

qu'à un simple hasard; comme c'est le hasard qui
nous fait compter parmi les lampes du XIVe siècle de
la collection provenant de treize endroits différents,
trente-quatre lampes au nom du sultan Hassan, dix-huit
de Barkouk, trois de Chaabân et dix dont
chacune porte un nom différent. Pourtant, il n'y a
aucun doute que ces lampes—ci sont les derniers
représentants d'autant de groupes qui ont meublé
leurs mosquées respectives. Que sont devenues les
autres lampes? Où sont toutes les autres mosquées
dans lesquelles chacune des nombreuses chaînes
encore existantes en portait une? Et les lampes des
mosquées de Kaïtbaï, de Ghouri, jusqu'à celles du
XVIe et du XVIIe siècle, lampes émaillées ou non; où
sont—elles toutes? — Objets fragiles, journellement
entre les mains inattentives du zayyât(1), elles ont été
brisées et jetées sur les décombres les plus proches.
La lampe de Kânbaï est la dernière de la belle
série. Bien que ses émaux n'aient pas la vivacité
des autres lampes et que le dessin du blason dénote
un relâchement, la calligraphie irréprochable nous
la fait classer parmi les produits de la verrerie orientale.
Il en est autrement de la suite de la série, du
no 67, qui, par sa façon, ne révèle aucune attache
avec les lampes énumérées. Ce sont des émaux sans
éclat et des ornements aux motifs végétaux d'un esprit
(1) Le préposé à l'éclairage dans une mosquée.

franchement occidental. (Voir des palmettes et des
feuilles rappelant l'acanthe et une écriture dans
laquelle on devine, malgré les traits vigoureux, la
main étrangère à cette calligraphie.) Il est évident
que cette lampe au nom du sultan Kaïtbaï n'est pas
de fabrication égyptienne ou orientale; le caractère
de son décor plaide trop pour une fabrication
étrangère, dite européenne. Un document court,
mais fort intéressant, cité par M. van Berchem,
permet de faire des suppositions assez fondées en
ce qui concerne la provenance de cette lampe.
Voici ce qu'on lit dans les annales d'un pèlerin
italien:
Le Milanais Brascha, qui fit le pèlerinage en
1480, raconte que le capitaine de la galère qui les
conduisit en Palestine, le Vénitien Contarini, expédia
de Jaffa à Damas des vases en verre de Murano
destinés au Diodar (daouâdâr) de Syrie, c'est-à-dire à
un fonctionnaire même de Kaïtbaï. L'importation de
produits de la verrerie italienne dans la deuxième
moitié du xve siècle est donc certifiée; conclure à la
même origine pour la lampe de Kaïtbaï est une supposition
bien plausible(1).
Nous voici donc à l'époque où l'industrie de la
verrerie en Orient disparaît pour toujours. Désormais
(1) Corpus, no 500. Cité du Voyage de la Saincte Cyté de Hierusalem. (Schefer.)

on se fournira aux fours de l'Occident(1), car les
relations d'affaires s'accentuent à l'avenir. En 1569,
le grand vizir de Constantinople donna aux verriers
de Murano, par l'entremise de l'ambassadeur de
Venise, une commande de neuf cents lampes; le
croquis joint au document donne le galbe conventionnel des lampes(2).
Une autre qualité de verres fabriqués dans le pays,
en dehors des lampes, comprend: les verres à vitres
dont nous avons parlé rapidement en traitant des
vitraux en plâtre ajouré et dont les plus anciens
produits sont les quelques restes qui se trouvent
dans les fenêtres du tombeau de Sâlih Nigm ed-Dyn
Ayyoub (1248 après J.-C.). Les vitres sont épaisses
comme celles que l'on rencontre dans d'autres monuments
de la même époque, tandis que les vitres qui
servaient au même usage, au xve siècle, n'avaient
pas plus d'un millimètre d'épaisseur.
(1) Partant de ce fait commercial, on se demande si ce
ne fut pas précisément la concurrence des fabriques de Murano
qui porta un coup mortel à la verrerie orientale. La politique commerciale a été de tout temps la même et ce n'aurait
pas été un fai sans précédent que cette suppression d'une industrie
par la concurrence. Nous rappelons le monopole de la verrerie
qui ful une des sources de la richesse de la République
Vénitienne et sur laquelle le Conseil a veillé avec une jalousie
portée jusqu'au crime.
(2) GERSPACH, op. cit.
Ces vitres ont trois nuances de rouge, trois de
bleu, deux de vert et deux de jaune. La couleur est
toujours dans la pâte, qui contient de petites bulles
d'air comme la pâte des lampes. De la présence
fréquente d'un cordon arrondi sur les bords des
vitres, on doit conclure qu'elles ont été fabriquées
sur de petites surfaces.
Nous devons faire mention également des petits
cubes en verre (010 mill. de côté) à surface dorée,
qui étaient fabriqués uniquement pour les rares
mosaïques byzantines. Les bords comprimés de ces
cubes indiquent de quelle façon ils devaient être
coupés après la fabrication. La dorure des surfaces
est toujours bien conservée. L'emploi de ces cubes
en verre pour la mosaïque n'a pas trouvé une grande
application; nous n'en rencontrons que dans deux
monuments: le plafond du mihrâb de la mosquée
d'Ibn Touloun (IXe siècle) et celui de la mosquée
Akbogha (XIVe siècle), qui fait partie de la mosquée
el-Azhar(1).
Rappelons, avant de finir, l'émail bleu-turquoise
qu'on aimait à incruster dans les marbres ou pierres
pour rehausser l'éclat d'un dessin, et les colonnettes
qui, dans les monuments du XIVe et du XVe siècle,
ornent le mur dans lequel est creusé le mihrâb.
(1) Dans la couverture du mihrâb de la mosquée de Teibars,
qui fait aussi partie d'el-Azhar, il y a des verres argentés.

[Back to top]

SALLES Nos XV-XVI.
VERRERIES. — LAMPES.

Les lampes en verre émaillé forment la plus belle
collection du Musée arabe qui possède à peu près la
moitié du nombre encore existant. Elles se ressemblent
par la forme. Dans toutes, on remarque le
col à entonnoir, la panse se gonflant vers le bas,
munie d'anses dont le nombre varie de trois à six
et le piédouche ou au moins un tore afin de pouvoir,
au besoin, poser la lampe au lieu de la suspendre.
Leur hauteur varie entre 0m 25 et m 45.
Il y a lieu d'observer que la substance employée
pour l'éclairage n'était pas en contact direct avec les
lampes. C'était au bord de celles-ci qu'on accrochait
une veilleuse dans laquelle se trouvaient disposées
huile et mèche. (Voir la lampe no 78 suspendue au
milieu de la salle XV.) Les chaînes accrochées aux
anses, en laiton ou en argent, se réunissaient sous
une boule ou ovoïde, auquel se reliait enfin la chaîne
de suspension. On fabriquait ces ovoïdes en bois,
en faïence, ou bien on prenait tout simplement
l'œuf d'autruche. Mais on les faisait aussi en verre
et alors on les couvrait de beaux émaux, tout comme
les lampes elles-mêmes, ainsi que le prouvent les
quelques spécimens qu'un heureux hasard nous a

fait trouver, il y a quelques années dans la mosquée
du sultan Hassan. Le nombre des lampes émaillées
conservées dans le Musée est de soixante-huit, dont
vingt-cinq sont intactes, quarante et une endommagées
et deux en fragments. A trés peu d'exceptions
près, les inscriptions qui existent sur les lampes
permettent d'en identifier les maîtres et, lorsque tel
n'est pas le cas, la présence de signes héraldiques
aide à les classer comme âge.
On a donc pu les grouper assez exactement dans
l'ordre chronologique. Ainsi nous lisons sur un certain
nombre de ces lampes le nom de six sultans et
de sept princes mamlouks. Une autre porte les titres
d'un mamlouk inconnu et il y en a une avec armoiries
mais sans inscription historique. Sur le no 4,
l'ouvrier a inscrit son nom. Le nombre des lampes
sans inscriptions historiques est restreint. Celles qui
n'en ont pas portent au moins renfermée dans des
médaillons la phrase laudative habituelle à l'adresse
d'un sultan; il n'y a qu'un unique exemplaire (no 39)
qui soit dépourvu de toute inscription.
La beauté des émaux et de la calligraphie, la
variété des dessins et la rareté même de ces lampes,
les placent parmi les produits les plus précieux de
l'art musulman. La richesse des motifs d'ornementation
y est surprenante. On la remarque surtout dans
les lampes fabriquées apparemment pour la même
destination et qui semblent identiques à première
vue.

VITRINE A.

1. — Lampe en verre incolore. Sur le col, ornement
et sur la panse, inscription en rouge ainsi
conçue:

Parmi ce qui a été fait pour le tombeau béni du sultan,
el-Malik el-Achraf, Salâh ed-Dyn. Qu'Allah comble son
occupant de miséricorde et de grâce.
D'après les titres énumérés dans ce texte, la lampe
avait dû être fabriquée pour le mausolée du sultan
Khalîl, fils de Kalaoun, assassiné en 1293(1). Cette
lampe serait ainsi la plus ancienne de la collection.

Parmi ce qui a été fait pour le tombeau de l'esclave
nécessiteux d'Allah suprême, Seif ed-Dyn Silâr, vice-roi
du grand empire; que Dieu lui pardonne.
Le col est endommagé.
3. — Lampe en verre, décorée d'ornements et
d'inscriptions. Le texte du col est koranique, tandis
que celui de la panse est au nom du sultan Mohammed,
fils de Kalaoun. Parmi les beaux décors dont
cette lampe est ornée, on remarquera les pointes en
émail bleu et la multitude d'oiseaux fort bien dessinés
qui entourent les polylobes du bas de la panse.
Provenant de la mosquée du sultan Mohammed en-Nâssir,
mort en 1341.
Inscription sur la panse:

Gloire à notre seigneur, le sultan, le roi en-Nâssir
Mohammed, protecteur de l'État et de la religion.
4. — Belle lampe. Sur le col bordé de dessins
délicats et entrecoupé de trois champs circulaires,
une belle inscription en émail bleu rehaussé de rinceaux

en émail blanc avec fleurs en jaune, rouge et
vert, sur fond en verre doré. La dorure est assez bien
conservée(1). Le texte est tiré du Koran (chap. IX,
vers. 18); l'inscription qu'on voit sur la panse,
en lettres ménagées dans
le verre sur émail bleu,
attribue l'objet à l'émir
Almâs. Sur le bas de la
panse, divisés par des
fleurons multicolores, se
trouvent d'autres champs
circulaires comme sur le
col et renfermant comme
ceux-là le blason “Kabak”(2).
Enfin sur le
pied, le nom de l'ouvrier
(fig. 57).
Le premier texte est
le suivant:

Fig. 57.

Les mosqués d'Allah ne sont fréquentées que par
ceux qui croient en Dieu et au dernier jour (du
jugement).
(1) Sur beaucoup de lampes la surface restée sans émail a
été, à l'origine, dorée. Le mauvais fixatif employé n'a pas
permis que l'or y restât fixé.
(2) Voir l'annotation à la page 250.
Sur la panse:

(1)
Parmi ce qui a été fait pour la mosquée florissante
par l'invocation de Dieu le suprême; legs de Son Excellence
el-Ali, Seif ed-Dyn Almâs, émir chambellan du
roi en-Nâssir.
La mosquée de l'émir Almâs est sise au Caire au commencement
de la rue el-Helmieh.
L'inscription qui se réfère au fabricant est la
suivante:

Fait par l'esclave nécessiteux Ali, fils de Mohammed
Amaki; que Dieu lui pardonne.
Acheté.
5. — Lampe en verre richement décorée de
fleurs en émail rouge, blanc, bleu, jaune et vert.
L'inscription sur le col à lettres élancées en émail
bleu est au nom d'un mamlouk d'un sultan en-Nâssir
(probablement fils de Kalaoun). Les médaillons,
trois sur le col et trois sur le bas de la panse, renferment
le blason de ce mamlouk anonyme: deux
(1) Le

manque.

raquettes de paume sinople adossées. Les panneaux
entre les anses sont remplis de fleurs polychromes,
ou peuplés d'oiseaux.
La dorure de cette lampe est encore en très bon état et permet
de se faire une idée du bel effet que devaient produire ces
lampes avant qu'elles fussent détériorées.
Voici le texte de l'inscription:

(1)
Parmi les œuvres faites pour Son Excellence, Seif
ed-Dyn fonctionnaire du roi en-Nâssir.
Le pied est endommagé.

VITRINE B.

6. — Grand fragment de lampe. Sur le col, dont
un petit morceau subsiste, des lettres bleues sur fond
de verre. Sur la panse, des lettres ménagées dans
le verre sur fond bleu; au-dessous, deux médaillons
(le troisième manque) avec le blason de l'émir. Le
texte fragmentaire de la panse permet de lire à la
fin le commencement du nom de l'émir Ak Sonkor,
dans la mosquée duquel ce fragment a été trouve.

Parmi ce qui a été fait par ordre de l'esclave nécessiteux
d'Allah le suprême Ak.... en-Nâssiri.
(1) La lettre

devrait être suivie de

. Nous avons une
faute à relever.
Le blason se compose d'un calice argent sur fasce gueules,
verre en chef et émail argent à la base.
7. — Lampe en verre avec inscriptions et ornements
en divers émaux.
Le texte de l'inscription sur le col est tiré du
Koran; celui de la panse est au nom de Cheikhou
en-Nâssiri:

Pour Son Excellence le très noble (suivent les titres)
Seif ed-Dyn, Cheikhou en-Nâssiri(1).
Les six médaillons portent le blason de cet émir:
calice gueules sur fasce or (dont il reste peu de
traces), chef gueules et base de sable.
Don de M. Rostowitz bey, 1886.
Le groupe des quarante-trois lampes suivantes provient
de la mosquée du sultan Hassan. On y lit soit
le protocole et le nom de ce sultan, soit au moins
son litre royal dans les cartouches dessinés au
nombre de trois sur le col et sur le pied. Une seule,
la lampe no 39, est sans aucune inscription, mais

sa ressemblance avec la lampe no 33 et sa provenance
permettent de l'attribuer au même sultan.
8-25. — Lampe en verre avec inscription et
ornements en émail de diverses couleurs. Le texte
sur le col en lettres bleues sur fond de verre, souvent
avec traces d'or, est tiré du Koran; celui qui
couvre la panse donne les titres et le nom du sultan
Hassan. Les lettres de ce dernier sont ménagées en
clair sur un fond rempli d'émail bleu. L'inscription
aux lettres minces renfermée dans les cartouches sur
le col et sur le bas de la panse, souhaite de la
gloire au roi. La dorure du verre s'est conservée sur
plusieurs lampes. Le texte koranique est ainsi conçu
(3e verset incomplet du 24e chapitre).

* Dieu est la lumière des cieux et de la terre. II
éclaire comme un flambeau qui, dans son globe de cristal,
scintille, pareil à un astre brillant. — A. B.
Sur quelques lampes, il n'y a que les premières phrases de
ce verset; souvent il est complètement reproduit.
L'inscription historique, telle qu'on la lit sur le
no 8 et d'autres est la suivante:

Gloire à notre seigneur le sultan, le roi en-Nâssir,
Nâssir ed-Dounia oua ed-Dyn (champion de l'État et de
la religion), Hassan, fils de Mohammed; que sa victoire
soit éclatante!
Sur quelques-unes des lampes, ce texte est incomplet;
sur d'autres, des lettres ou des mols entiers
manquent.
L'inscription fine que nous voyons renfermée dans les médaillons,
sur la plupart des lampes, est toujours une dédicace à un
souverain pour lui souhaiter la gloire; quelquefois le nom n'est
pas mentionné, comme sur les lampes du sultan Hassan; mais
souvent il y figure comme cela se verra sur les lampes du sultan
Barkouk.

VITRINE C.

11-15. — Lampes au nom du sultan Hassan.
11-13. — L'inscription sur le col est enrichie de
rinceaux en émail blanc.
La panse du n° 14 est endommagée.

VITRINE D.

16-20. — Lampes au nom du sultan Hassan.
Sont endommagés: le col du no 18, la panse (un peu) du
n° 19 et la panse et le pied du no 20.

VITRINE E.

21-25. — Lampes au nom du sultan Hassan.
21. — Formée de beaucoup de morceaux recollés.
Le pied manque au no 22, et un morceau du bord du col,
au no 24; la panse du no 25 est endommagée.
Parmi les lampes suivantes, 26-41, à l'exception
de deux (40 et 41), l'inscription faisant allusion au
sultan Hassan se restreint à la phrase laudative plus
ou moins complète renfermée dans les médaillons.
Les grandes inscriptions appliquées sur les lampes
précédentes sont ici presque toujours remplacées
par des ornements très variés, qui les rendent de
beaucoup plus belles que les lampes du sultan
Hassan décrites précédemment. Plusieurs lampes
sont toutes couvertes d'un réseau en émail blanc
dont les mailles renferment le décor multicolore.