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Publisher: Rice University
Place of publication: Houston, Tx
Publication date: 2006
Identifier: TIMEA, MusAr1895
Availability:
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(Status: unknown)
Source(s):
Title: CATALOGUE SOMMAIRE DES MONUMENTS EXPOSÉS DANS LE MUSÉE
NATIONAL DE L'ART ARABE
Author: MAX HERZ
File size or extent: 3 p. l., LXV, 187 p., 2 l. XX pl. 19 cm.
Publisher: G. Lekegian & cie
Place of publication: Le Caire
Publication date: 1895
Identifier: From the collection of Dr. Paula Sanders, Rice University
Description of the project:
This electronic text is part of the Travelers in the Middle East Archive (TIMEA),
developed by Rice University.
Origin/composition of the text:
1895
Languages used in the text:
French (fre)
Revision/change:
December 2006
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Catalogue sommaire des monuments exposés dans le Musée national de l'art
arabe [Electronic Edition]
CATALOGUE SOMMAIRE DES MONUMENTS EXPOSÉS DANS
LE MUSÉE NATIONAL DE L'ART ARABE
Architecte en chef du Comité de Conservation des Monuments de
l'Art Arabe. Délégué par le Comité à la Conservation du
Musèe
LE CAIRE
G. LEKEGIAN & CIE, ÉDITEURS
1895
A Son Altesse ABBAS II Khédive D'Égypte
SUR SA HAUTE AUTORISATION CET OUVRAGE EST RESPECTUEUSEMENT DÉDIÉ
AVANT-PROPOS
Le Musée national de l'art arabe est une institution
récente. Tandis que la littérature arabe était déjà au XVImesiècle l'objet, d'études assidues en Occident,
il n'en était pas de même de l'art qui, en décadence dès
cette époque, notamment en Egypte, n'était pas même connu en
Europe, si ce n'est, dans une certaine mesure, l'art mauresque. Plus
tard quand l'intérêt commença à s'éveiller sur cette question, ce
ne fut que d'une manière toute superficielle, ainsi qu'en
font foi les reproductions fantaisistes qui accompagnaient
ordinairement les ouvrages sur l'Orient.
Les événements politiques qui marquèrent le
commencement du XIXmesiècle, en créant des relations permanentes
entre l'Orient et l'Occident permirent aux voyageurs de s'initier à
l'art musulman. Mais il s'en faut qu'il ait tout d'abord été
apprécié à sa juste valeur. Ce n'est guère
ii
qu'en ces dernières
années que le goût du public s'y est intéressé et que les collections
publiques et privées lui ont réservé une place. Il est curieux de
noter que cette tendance nouvelle coïncide avec l'invasion en Egypte
des produits étrangers, qui cependant n'ont pas le moindre rapport
avec les conditions matérielles et morales du pays.
Un grand nombre d'édifices, débris de l'ancienne
splendeur, firent alors place à des constructions d'un art bâtard et
sans caractère. Quelle riche moisson s'offrit en cette
occurrence aux amateurs de ces ruines précieuses! La spéculation
ne tarda pas à s'en mêler; tout ce qui portait le cachet d'un joli
style, d'une belle création, quelle qu'en fût la provenance,
maisons particulières, palais, mosquées, ne tarda pas à
prendre le chemin de l'Europe. Il était grand temps que l'on organisât
le sauvetage des derniers vestiges pouvant encore attester le haut
degré de développement artistique atteint par la civilisation
arabe.
Ce fut en 1869 que S. A. le Khédive Ismaïl décida, sur la
proposition de l'architecte Salzmann, la création d'un Musée arabe. Il
chargea S. E. Franz Pacha, alors chef du bureau technique de
l'Administration des wakfs, d'approprier
iii
dans ce but un bâtiment
appartenant à l'Etat. On ne donna malheureusement pas suite à
cette décision d'une utilité incontestable, le local désigné ayant été
affecté à une autre destination. Ce ne fut que onze ans plus tard
que ce projet reçut un commencement d'exécution, en vertu d'un ordre de
S. A. le Khédive Tewfik, invitant l'Administration des wakfs à
réunir dans un local spécial tous les objets artistiques de réelle
valeur recueillis dans les anciennes mosquées.
S. E. Franz Pacha fut de nouveau chargé de l'organisation
du Musée; il s'acquitta de cette mission avec autant de zèle
que d'intelligence.
Tout ce qui avait survécu aux injures du temps et avait
échappé aux mains avides des collectionneurs, fut dégagé du milieu des
décombres accumulés depuis des siècles. Les arcades
formant le liwan Est de la mosquée d'el-Hâkem, servirent de
premier asile aux fragments et aux diverses pièces que l'on
recueillait activement de tous côtés.
Toutefois le Musée ne prit un développement réel qu'en
1881, lorsqu'un décret khédivial eut institué le «Comité de
conservation de l'art arabe» dont l'art. 4 définissait ainsi
les attributions:
«Le Comité portera son attention sur toutes
iv
les trouvailles qui pounraient
avoir de l'intérêt pour l'art arabe.»
La surveillance du Musée se trouvait par là dévolue au
Comité, dont l'actif concours n'a, du reste, jamais fait défaut à cette
institution.
S. E. Yacoub Artin Pacha, feu Rogers Bey, avec le
concours de MM. Grand bey et Baudry, ont été pour S. E. Franz Pacha de
précieux collaborateurs dans la classification des collections du
Musée. Les deux premiers surtout, grâce à leurs connaissances
spéciales, ont apporté un réel talent dans le déchiffrement des
inscriptions, dont beaucoup présentaient de grandes difficultés de
lecture1.
1 Nous avons pris ces renseignements dans un rapport rédigé par S.
E. Franz Pacha, ainsi que dans quelques notes que m'a gracieusement
communiquées S. E. Artin Pacha.
Par suite de l'augmentation continuelle des collections,
le Comité reconnut bientôt la nécessité d'abriter les objets qui
entraient chaque jour au Musée et qui ne trouvaient plus de place
sous les arcades du liwan. Il demanda, en conséquence, à la
Direction des wakfs un local plus vaste et répondant mieux aux besoins
du Musée. La Direction des wakfs accéda à cette demande et désigna
une construction bâtie en 1883 dans
v
la cour même de la mosquée
d'el-Hâkem. Ce local lui-même, il est aisé de le reconnaitre, est
aujourd'hui insuffisant; une grande partie des collections est, par
manque de place, entassée pêle-mêle, et un nombre considérable de
pierres funéraires dont les inscriptions présentent un
incontestable intérêt, ne peuvent être convenablement' exposées.
Le Comité, convaincu de l'importance du Musée au double
point de vue de la science et du développement des arts industriels,
qui peuvent y trouver des modèles, a cru devoir appeler
l'attention du Gouvernement de Son Altesse sur la nécessité
d'installer les collections dans un local mieux approprié. Cette
demande a heureusement reçu l'accueil le plus favorable; aujourd'hui
la construction d'un bâtiment spécial affecté au Musée arabe et à
la Bibliothèque khédiviale n'est plus qu'une affaire de
temps. Il faut donc espérer que, dans un avenir prochain, chacun
pourra admirer ces trésors artistiques dans un milieu digne de
leur haute valeur.
Depuis 1887, c'est-à-dire depuis que S.E.Franz Parcha
s'est retiré du service actif de l'Administration des wakfs, le Musée
est resté sans directeur effectif et a été privé, par conséquent,
de surveillance directe. Il en est résulté un grand
vi
relâchement dans l'entretien
des collections, et c'est à la suite de nombreuses plaintes
soulevées à ce sujet, que le Comité, dans sa séance du 20 avril
1892, me fit l'honneur de me charger de la surveillance du Musée et de
sa gestion.
Mon premier soin fut de reviser l'inventaire et de
procéder à un numérotage rigoureux des objets. Estimant alors que le
public devait tirer profit de cette nouvelle classification, je
dressai à son usage un catalogue sommaire qui ne fut pas imprimé,
mais dont le manuscrit fut déposé dans les galeries à la disposition du
public.
Le nombre des visiteurs devenant d'année en année plus
considérable, j'ai cru utile de dresser un nouveau catalogue raisonné,
c'est-à-dire ne se bornant pas à la simple énumération des objets
exposés, mais pourvu d'indications techniques et historiques. Cette
disposition leur permettra d'embrasser d'un coup d'aeil toutes les
phases par lesquelles ont passé les diverses branches des arts
industriels représentés au Musée. Dans cette tâche quelque peu aride,
j'ai dû recourir, en ce qui concerne la provenance des objets, à
l'inventaire dressé jadis par S. E. Franz Pacha. Dans l'exécution de ce
travail, j'ai apporté le plus grand soin à ce que les inscriptions
fussent relevées avec exactitude. Je tiens à signaler ici
vii
l'intelligent concours que m'a
obligeamment prêté Youssef effendi Ahmed, dessinateur au bureau du
Comité, et dont j'ai eu souvent occasion d'apprécier l'habileté toutes
les fois qu'il s'est agi de reconstituer des textes mutilés, études
sur la calligraphie et l'épigraphie arabes à toutes les époques.
Le Musée, tel qu'il est actuellement composé, n'offre pas encore un
aperçu complet de toutes les branches de l'art arabe appliqué à
l'industrie; les armes et les armures, par exemple, y font
complètement défaut; l'industrie textile y est à peine
représentée, les ouvrages en cuir ne le sont que par des reliures.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, le Musée arabe ne fait
que débuter, mais il a un bel avenir devant lui. Un grand pas sera fait
le jour où les collections seront exposées dans les galeries qui
lui sont réservées; là seulement elles pourront atteindre tout le
développement dont elles sont susceptibles. Il sera temps alors
d'aviser au moyen de les enrichir par la vente ou l'échange des
doubles, et surtout par les acquisitions favorisées, nous l'espérons,
par les libéralités du Gouvernement de S. A. le Khédive.
M. H.
INTRODUCTION
Le Musée de l'art arabe ne peut avoir, dans son état actuel d'autre
prétention que dé nous offrir d'intéressants échantillons de diverses
branches d'industrie. Leur valeur est parfois inégale, mais nous ferions
bon marché de ce défaut si nous n'avions pas à constater des
interruptions par trop fréquentes dans les séries. Nous serons
malheureusement obligés de constater qu'il en est qui ne sont
représentées que par une époque.
Quoi qu'il en soit, dans les chapitres consacrés à chaque art en
particulier, nous nous efforcerons de donner une idée aussi
complète que possible du génie national, en nous
x
servant soit des échantillons que
le Musée a pu recueillir, soit des monuments que le temps a respectés.
C'est par l'architecture surtout que nous pourrons concevoir le
tempérament artistique des Arabes. Les merveilleux monuments que nous
admirons encore ne sont pas seulement de muets témoins des lointaines
époques, ils nous révèlent encore que l'architecture était pour
les Arabes l'art par excellence et cela à un degré qui n'a jamais été
atteint chez les peuples occidentaux. Chez eux, les diverses branches
de l'art n'ont, pour ainsi dire, pas de vie propre en dehors de
l'architecture; le peintre et le sculpteur se résignent à n'être que de
simples auxiliaires du constructeur. C'est grâce à ces conditions que
l'architecture put prendre un essor considérable et créer des formes
d'une rare perfection.
Une autre considération nous impose ici l'étude sommaire de l'architecture,
c'est que le Musée est particulièrement riche de ces objets
mobiliers, accessoires ordinaires des
xi
mosquées, qui étaient dans un
rapport intime et harmonieux, avec l'ensemble de l'édifice.
Dès lors, comment s'en faire une idée exacte sans avoir une
notion de la structure et de l'économie de ce même édifice?
La méthode que nous nous proposons de suivre est la méthode historique; les
grandes divisions de l'histoire de l'art étant en parfaite
correspondance avec les principales périodes de l'histoire politique, nous
allons nous astreindre à les examiner l'une après l'autre.
Dynastie des premiers khalifes. — Dynasties des Omayyades
et des Abbassides. 18-256 de l'hégire (639-870).
Histoire. Bien que l'Egypte ait été conquise dès
l'an 18 de l'hégire (639) par le second khalife, elle ne joua
qu'un rôle secondaire tant qu'elle fut administrée par des
gouverneurs sous la suzeraineté des khalifes. Cet état de choses
dura près de deux siècles et demi,
xii
pendant lesquels plus de cent
gouverneurs administrèrent le pays sans avoir pu le
lancer dans la voie du progrès.
Si nous exceptons, en effet, l'illustre général Amr ibn el-Ass qui a
doté de la première mosquée la nouvelle ville de
Fostât dont il fut le fondateur, nous ne connaissons
aucun autre gouverneur qui ait attaché son nom à
quelque importante création. Cette époque, stérile au point
de vue de l'architecture, embrasse les règnes des
quatre premiers khalifes, toute la dynastie des Omayyades, dont le
siège était à Damas, et celle des Abbassides qui avaient
choisi Bagdad comme capitale de leur vaste empire.
Dès l'origine, pourtant, les princes abbassides se
distinguent par leur amour des sciences et des arts. Le fondateur de
cette brillante dynastie (762) fait traduire les ouvrages
étrangers et le goût scientifique se propage vite dans toutes les
classes de la société musulmane. Haroûn-el-Rachîd (786), le
contemporain de Charlemagne, donne une impulsion
xiii
considérable à la civilisation
arabe. Sa haute et libérale protection ne s'étendait pas seulement
aux lettres et aux sciences; les arts étaient aussi l'objet de sa
sollicitude éclairée. Son goût très vif pour
l'architecture est resté légendaire. Son fils et successeur,
el-Mamoûn, protège les travaux intellectuels avec la même
magnificence, mais son tempérament le portait de préférence vers
les sciences. Ce prince visita l'Egypte en 217 de l'hégire et
s'occupa de la restauration du nilomètre de Rodah, construit
une centaine d'années auparavant. Il y fit graver une inscription
coufique que l'on voit encore aujourd'hui.
Cette époque splendide ne nous a guère laissé que des
monuments littéraires; pour ce qui est des arts en général et plus
particulièrement de l'architecture, il ne nous en reste
rien d'appréciable. On ne peut que regretter cette lacune, car il eût
été intéressant d'étudier les manifestations d'un art encore à son
aurore.
xiv
A défaut de monuments, nous devons faire appel à la tradition historique
pour demander la solution du problème des origines de
l'art arabe. Nous savons que les Romains et les Grecs de Byzance firent
rayonner leur civilisation jusqu'aux plus lointaines régions de
l'Orient. C'est là qu'il faut chercher les racines de cet art né avec
la nouvelle foi.
De la même manière que l'évolution, dans la nature, est un
phénomène continu, sans aucune espèce
d'interruption, ni de saut brusque, l'esprit, lui aussi, ne progresse
que pas à pas et les idées nouvelles, quelle que fût leur énergie,
ne pouvaient créer d'un seul jet la splendide civilisation musulmane;
elles devaient nécessairement prendre pour base l'ordre de choses
existant. Les chefs-d'œuvre que l'antiquité avait semés
partout, se trouvaient à portée des artistes de la jeune école; il
y avait là un terrain particulièrement propice à l'éclosion
de ces germes artistiques qui devaient en peu de temps porter de
si beaux fruits. Nous comprenons dès
xv
lors que l'art ait conservé un
caractère identique en Egypte, en Syrie aussi bien
qu'en Espagne, puisque les conditions étaient les mêmes pour ces
contrées.1
1 M. Al. Riegl, dans ses Stilfragen, donne,
dans son 4me chapitre une intéressante étude sur les arabesques. Il
démontre que les diverses formes du feuillage générateur
de l'arabesque, dérivent de l'ornementation antique.
Son travail peut être considéré comme une des études les mieux
documentées sur les origines de l'art arabe.
Il est donc tout naturel que, si l'on consulte les rares vestiges de
cette première époque parvenus jusqu'à nous, nous
retrouvions une ressemblance flagrante entre l'art de l'Egypte et
celui de ces pays.
Malheureusement, ce ne sont pas les édifices encore debout qui nous
renseigneront sur la valeur artistique des deux premiers
siècles, ce sont les entrailles de la terre qui seules
pourront nous donner de précieuses indications. En fouillant les
mamelons qui s'étendent au sud du Caire, nous retrouvons peu à peu
les objets enfouis dans les tombeaux
xvi
depuis les trois premiers
siècles de l'hégire. C'est ainsi que nous avons
découvert des épitaphes en lettres coufiques, gravées en relief
sur des dalles de toute forme.
Le texte de l'inscription est presque toujours encadré d'une bordure à
peu près semblable à celle que l'on rencontre sur les
monuments coptes (Egypto-Byzantins).1
1 Le Musée des antiquités égyptiennes contient de précieux
restes de la primitive civilisation chrétienne en Egypte.
Voir notamment Gayet, dans sa dissertation sur cet art, qu'il
donne comme le générateur primordial de tout l'art arabe.
Mais on ne saurait admettre la thèse qu'il soutient
dans son ouvrage intitulé: L'Art Arabe,
où il prétend que l'art musulman, dans presque toutes ses
manifestations, n'est qu'une dérivation de l'art copte.
La civilisation des Coptes relevait de l'esprit byzantin; leur
religion ne se différenciait nullement de celle du reste de
l'empire grec. Si, à l'origine, l'esprit musulman s'est inspiré
des œuvres byzantines et si, en Egypte, il s'est
laissé influencer par l'art copte, cet état ne pouvait être
stationnaire. L'art copte continuait son évolution normale dans
la voie qui lui avait été tracée par les siècles
écoulés, tandis que, sous l'influence d'aspirations nouvelles,
guidés par des lois qui rompaient violemment avec les anciennes
traditions, les musulmans devaient accepter les conséquences de
cette révolution religieuse, subir son impulsion vers
d'autres voies, devenir, en un mot, un peuple nouveau.
Les Coptes eurent l'avantage de trouver leur route toute tracée;
ils n'avaient plus qu'à suivre la direction que leur imprimait
la civilisation mère. Les musulmans, au contraire,
de prime abord aux prises avec de nombreuses difficultés, en
lutte avec leur entourage, rompant avec le passé, se
trouvèrent subitement dans un complet isolement et
durent avoir un moment d'hésitation.— Voyez aussi
sur la civilisation copte l'étude de M. GEORG EBERS, Sinnbildliches. Die Koptische Kunst ein neues Gebiet der
altchristl. Sculptur und ihre Symbole.
xvii
Ces tombeaux renferment encore un grand nombre de boiseries dont la
provenance est souvent difficile à déterminer, et qui ont servi à
confectionner des cercueils.
Nous y retrouvons le plus ancien spécimen des travaux d'assemblage; les
peintures et les sculptures qui les décorent sont de style
byzantin.
Dynastie des Toulounides 257-298 (870-904)
Histoire. L'an 255 de l'hégire (868), Ahmed ibn
Touloûn, fils d'un esclave affranchi du khalife de Bagdad, fut
nommé gouverneur de l'Egypte.
xviii
L'année suivante, il se déclara indépendant et ne voulut reconnaître aux
khalifes de Bagdad que le pouvoir temporel. Avec cet événement,
l'Egypte entre dans une ère nouvelle; elle a alors, en
quelque sorte, son histoire à elle, et le rôle qu'elle joue dans
le monde musulman est des plus brillants. La dynastie des Toulounides a
donné cinq souverains et a duré trente-sept ans. Pendant cette
courte période, et surtout sous le règne du fondateur de la
dynastie, la richesse et le bien-être se répandirent en Egypte et
favorisèrent, en même temps que la prospérité des métiers,
l'épanouissement des arts.
Architecture. Le goût des constructions se
développa bientôt et dota la capitale de nouveaux et magnifiques
quartiers. Près de Fostât, à Askar, s'élevèrent
de splendides palais, entourés de vastes jardins. Au palais du
prince construit avec un luxe inouï, s'adossait le grand Meidân où
l'on assistait à ces merveilleux tournois qui étaient alors en faveur.
Mais l'esprit créateur n'était pas uniquement
xix
concentré sur les
constructions de luxe et de plaisirs; les établissements d'utilité
publique n'étaient pas négligés non plus et nous devons noter que c'est
à Fostât que fut érigé le premier hôpital. Ahmed ibn Touloûn fit
construire au milieu du nouveau quartier, sur le mont Yachkour, la
belle mosquée qui porte son nom.
Construite l'an 876, cette mosquée fut souvent délaissée. Tour à tour
fermée, réparée, réouverte, et de nouveau abandonnée, elle eut des
fortunes diverses et fut, pendant mille ans, le constant témoin
des événements qui se sont déroulés en Egypte. La mosquée d'Ahmed
ibn Touloûn subsiste encore aujourd'hui et, dans les parties que
le temps a respectées, elle nous offre des documents d'une inestimable
valeur. Nous pouvons nous rendre compte des méthodes dont se
servaient les architectes au IIIme siècle de l'hégire.
La mosquée s'élève sur un plan rectangulaire. Sur les
piliers, entourant la grande
xx
cour à ciel ouvert, reposent
les arcs qui supportent la couverture en bois. Le grand axe du
plan est orienté dans la direction de la Mecque. Le mihrâb (niche de
prière), près duquel se trouve le minbar
(chaire) est creusé dans le mur tourné vers la ville sainte.
Les parties couvertes, où l'on prie, portent le nom de liouân. La cour proprement dite celui de sahn.
Au centre de cette cour s'élevait primitivement une fontaine
monumentale, ayant en son centre un jet d'eau, lequel a fait place
à une fontaine d'apparence plus modeste.
En dehors de la mosquée et sur le côté opposé au mihrâb
s'élève le minaret1
1 Outre ce minaret en pierre de taille,
la mosquée en possédait encore deux autres construits aux
extrémités du mur du mihrâb.
Le seul des deux qui subsiste aujourd'hui est celui de l'angle
est; il est construit en briques et ses dimensions sont des
plus modestes.
De nombreux indices militent contre l'opinion qui fait remonter
la construction du grand minaret à l'époque même de la
fondation de la mosquée. Ni la maçonnerie, ni la forme des arcs
du soubassement ne permettent de le rattacher à l'ensemble de
l'édifice.
(menara ou madna).
xxi
Le plan de cette mosquée, du moins dans ses parties essentielles, est
semblable à celui de la première mosquée érigée au
Caire. Cette forme s'est maintenue, à peu de choses près, à
travers les siècles, même aux époques où de nouveaux
modèles furent introduits en Égypte. Ce qui, pour nous,
a un intérêt particulier, ce sont les détails mêmes de la construction.
La maçonnerie est en briques crépies. Les grands piliers sont ornés, aux
quatre coins, de colonnes engagées, dont la base imite les
piédestaux antiques que l'on retrouve dans un grand nombre de
constructions.
Le chapiteau est campaniforme et le feuillage
xxii
qui le décore paraît être une
dérivation de l'acanthe.
On voit par cette courte description à quelle source
puisèrent les vieux constructeurs arabes.
Si ces exemples ne suffisent pas, nous pouvons encore signaler les
méandres que l'on remarque dans la bordure des arcs, la
plate-bande en mosaïque de la couverture du mihrâb, les colonnes
elles-mêmes du mihrâb et une foule d'autres détails qui sont
autant de preuves à l'appui de notre opinion.1
1 Les intrados de quelques arcs ont
conservé leur ornementation. Elle consiste en un réseau
polygonal meublé d'arabesques, le tout finement gravé dansle
plâtre. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance de
cette constatation. Dès le 3me siècle de l'hégire, le principe de
l'ornementation arabe: l'entrelac polygonal et l'arabesque est
tout trouvè.
Il ne saurait y avoir de doute que la mosquée grandiose élevée par Ahmed
ibn Touloûn n'était pas une œuvre créée spontanément de
toutes pièces. Nous ne pouvons croire un instant que ce bel organisme
xxiii
soit sorti, comme la Minerve,
fille de Jupiter, du cerveau d'un seul créateur.
Nous devons y voir, au contraire, un développement normal qui a eu son
point de départ dans la nécessité de créer un art nouveau en
rapport avec une foi nouvelle. Malheureusement, nous ne pouvons
invoquer d'autres témoignages que ceux qui nous sont fournis par
les débris recueillis dans les tombeaux dont nous avons parlé.
Or la sculpture des boiseries que nous y avons trouvées est identique à
celle des baies des portes de la mosquée d'Ahmed ibn Touloûn. La
conclusion est facile à tirer.
Khalifes Abbassides.— 292–322 (905-934) et
Dynastie des Ekhchidites.— 323-362 (934–972).
Histoire. La dynastie des Toulounides, qui s'annonçait
comme devant fournir une longue carrière, s'éteignit
au bout de trente-quatre ans. Elle fut remplacée par celle des Abbassides
xxiv
qui parvint à réunir le
pouvoir spirituel au pouvoir temporel. Mais elle eut une durée
aussi éphémère que la précédente. Abou-Bakr Mohamed ibn
Takadj, qui gouvernait l'Égypte au nom du Khalife Raddi Billah,
profita de la faiblesse de ce dernier pour se rendre maître absolu de
cette magnifique contrée. Il se déclara indépendant l'an 935 de
J.-C. et prit le titre d'Ekhchid, c'est-à-dire de roi des rois. C'était
le titre que prenaient les princes régnants de Ferghana, dont
Abou-Bakr se disait originaire. Sous cette dynastie le pays ne goûta
pas la tranquillité qu'on lui avait fait entrevoir.
Le fait historique le plus saillant de cette époque consiste dans les
relations intimes qu'entretenaient les princes égyptiens avec les
cours asiatiques et avec la Syrie, qui continue à unir son sort à celui
de l'Égypte.
Architecture. Les guerres intestines et les
complications que faisait naître une politique ondoyante ne
pouvaient être favorables au progrès de l'art.
Aussi l'histoire ne fait-elle aucune mention
xxv
de travaux d'architecture.
Aucun vestige, d'ailleurs, n'est venu nous éclairer à ce sujet.
Dynastie Fatymite. 362-567 (972-1171)
Histoire. L'an 362, Moezz ibn el-Mansour fit la
conquête de l'Égypte. Moezz appartenait à une dynastie
indépendante des khalifes abbassides. Son royaume était situé au
nord de l'Afrique et s'étendait jusqu'aux frontières
égyptiennes.
Les princes de cette dynastie se donnaient le nom de Fatymites parce
qu'ils prétendaient descendre de Fatyma, fille du Prophète.
Venue de l'ouest des montagnes de l'Atlas, la tribu guerrière
à laquelle appartenait le fondateur de cette dynastie s'était
emparé de Kairouan. Déjà l'an 300 de l'hégire, un aïeul de Moezz
se sentait assez fort pour attaquer l'Egypte.
L'expédition ne fut pas heureuse, mais les villes d'Alexandrie et de
Medinet el-Fayoum restèrent néanmoins en sa possession.
Plus tard, Gôhar, un des généraux de Moezz, fit
xxvi
une nouvelle campagne contre
l'Egypte, dont il réussit à s'emparer au nom de son maître.
Avec les Fatymites s'ouvre pour l'Egypte une ère toute
différente des précédentes.
Le pouvoir spirituel des khalifes abbassides tombe entre les mains des
Fatymites, haïs comme chiites1
1 Les chiites (hérétiques)
reconnaissaient Ali, gendre du Prophète, comme le
vrai élu de Dieu.
par leurs prédécesseurs.
Sous les deux premiers rois de cette dynastie, l'Egypte se reprend et
devient prospére. Mais déjà, sous le règne de Hâkem bi
Amr Allah, second successeur de Moezz, elle connaît de nouveau la
misère et la désolation. D'un esprit inquiet et tyrannique,
ce prince est sans cesse en butte aux révoltes que provoquent des
ordres insensés et cruels.
L'Egypte prend ensuite un nouvel essor, grâce, surtout, à la sage
administration du premier ministre Bedr el-Gamâli. Mais cette
tardive prospérité ne dure qu'un instant; l'Egypte traverse bientôt une
autre période
xxvii
de troubles sous les derniers
princes fatymites.
C'est à cette époque que les premiers croisés paraissent devant
Constantinople et s'emparent de Jérusalem (1099), qu'ils
enlèvent à l'Egypte.
Architecture. Dans leur pays d'origine, les Fatymites
avaient déjà élevé de nombreux monuments. Encore aujourd'hui, on
voit en Sicile les constructions qu'ils y ont laissées.
A peine le général Gôhar a-t-il achevé la conquête de l'Egypte, qu'il
s'occupe de fonder une nouvelle capitale. Construite au nord de
Fostât, la ville fut entourée de murailles. Au milieu s'élevait le
palais du nouveau maître. Cette capitale reçut le nom d'el-Khâira,
c'est-àdire la Victorieuse.
Les grands dignitaires groupèrent leurs palais autour de la
résidence du prince, et les travaux d'architecture furent l'objet
de soins tout particuliers.
Aujourd'hui ces palais ont disparu. A leur place s'élévent d'autres
monuments autour
xxviii
desquels se groupent des
constructions modernes. De cette glorieuse époque, il nous reste
bien peu de choses. En premier lieu, nous citerons la mosquée
d'el-Azhar, la première qui fut édifiée par le nouveau
conquérant. Elle a subi de nombreuses restaurations.
Signalons encore: la mosquée d'el-Hâkem, qui, aujourd'hui, n'offre plus
que des ruines; la petite mosquée d'el-Akmar, érigée par le
khalife Amer bi Ahkâm Allah en 519 de l'hégire; enfin la mosquée
de Telayeh Abou Rezyk, le puissant ministre des derniers
Fatymites.
La plus ancienne de ces mosquées, celle d'el-Azhar, imite la mosquée
d'Ibn Touloûn, du moins dans ses dispositions générales.
On y voit de même une grande variété dans l'ordonnance des piliers et
des colonnes. Ce qu'il y a de remarquable surtout, ce sont les
arcs de forme dite persane; il semble que ce soit là une innovation
introduite en Egypte par les Fatymites. Nous remarquons en effet
xxix
cette forme d'arc dans les
autres monuments fatymites que nous avons énumérés. Il n'y a que
la mosquée d'el-Hâkem oû l'arc retourne à la forme ogivale employée
dans la mosquée d'Ibn Touloûn. On remarque, d'ailleurs, entre ces
deux mosquées, bien d'autres points de ressemblance. Quoiqu'elles
aient été construites à un siècle d'intervalle, nous pouvons
encore distinguer les parties qui permettent de les apparenter,
tout en reconnaissant à la mosquée d'el-Hâkem une plus grande liberté
d'allure dans les diverses compositions.
Nous appelons notamment l'attention sur les sculptures des tirants en
bois qui relient les piliers, celles des panneaux de la porte
exposée dans le corridor du musée. (No 1.)
La mosquée de Telayeh, construite cent soixante-quinze ans
après celle d'el-Hâkem et conçue dans le même esprit, marque
déjà un notable progrès dans les travaux
d'ornementation. Tandis que, dans la mosquée d'el-Hâkem,
xxx
les arabesques qui ornent les
frises d'inscriptions sont pleines, ici elles se résolvent en une
foule de détails qui produit sur l'œil l'effet d'un
véritable filigrane. On peut affirmer que dans la mosquée de
Telayeh, les arabesques atteignent un degré de développement qui
se maintient pendant plusieurs siècles et qui ne le
cède en rien à la beauté des décorations des
siècles postérieurs. La mosquée el-Akmar, construite
trente ans après cells d'el-Hâkem, nous offre une précieuse
particularité: c'est la seule qui nous ait conservê, de la période
fatymite, un exemple de façade correspondant avec les dispositions
du monument. Jusqu'alors, les façades ne jouaient qu'un rôle
secondaire et nous ne pouvons en signaler aucune qui mérite vraiment ce
nom. C'est un legs précieux que nous a fait cet âge intéressant,
car il n'y a guére que là que nous puissions nous faire une idée
complète des façades telles qu'elles ont été créées
dans les monuments cités jusqu'ici. Il faut
xxxi
avouer que les murs longs et
bas qui clôturaient les mosquées se prêtaient fort peu à la
formation de la façade.
Les modestes dimensions de la mosquée d'el-Akmar permettaient du moins
de tenter un essai original. C'est ainsi que dans la façade sud,
le portail est creusé en forme de niche peu profonde à sa partie
supérieure et décorée d'un système de cannelures, dont
l'idée première paraît être un emprunt à l'architecture
classique à coquilles. Le milieu de cette coquille est percé d'une
rosace à claire-voie dont le grillage se compose d'ornements et
d'inscriptions. Le rinceau qui borde cette fenêtre rappelle, d'une
façon remarquable, le style byzantin. Il est probable que cette forme
plus riche, plus chatoyante, ait déterminé les artistes à
délaisser le style plus sobre des époques précédentes. Ce même
portail est, en outre, flanqué de deux petites niches, le tout
couronné d'une frise avec inscription coufique.
L'angle formé par cette façade et la façade
xxxii
nord est à pan coupé, et la
transition s'opère à l'aide d'un système de
stalactites superposées qui, à ma connaissance, en est le premier
exemple dans l'architecture arabe d'Egypte.
De là à résoudre ensuite les problèmes les plus compliqués en
ce genre, il n'y avait qu'un pas. Il fut rapidement franchi1
1 La mosquée d'el-Akmar, élevée par le
khalife Amer bi Ahkâm Allah, est située dans la rue
el-Nahassyn. Sa façade principale est cachée par une masure, ce
qui empêche d'en faire un examen complet. Le Comité de
conservation des monuments de l'art arabe a, jusqu'à ce jour,
fait de vaines tentatives pour obtenir la démolition de cette
masure. Espérons que ce Comité, par ses démarches incessantes,
finira par atteindre son but. (Voir le 67me rapport de la 2me
Commission et un plan de cette mosquée, dressé par
l'auteur—6me fascicule des comptes rendus.
Pour compléter la liste des monuments qui appartiennent à la domination
fatymite, nous mentionnerons encore les trois portes de la ville
du Caire, encore debout: la porte Bab el-Fetoûh (porte de la Conquête),
Bab-el-Nasr (porte de la Victoire), et Bab-Zoueila (ainsi appelée
du nom d'une tribu ve
xxxiii
nue en Egypte sous les
Fatymites). En tant que constructions militaires, ces portes
présentent trop de différences avec les modèles qui
font l'objet de cette étude et demanderaient de trop grands
développements pour entrer dans le cadre que nous nous sommes
tracé.
Ce sont des constructions étrangères dont les auteurs sont
trois frères architectes, appelés au Caire par Bedr
el-Gamâli, le fidèle ministre du khalife el-Mostanser. Ces
portes datent de la fin du 5me
siècle de l'hégire.
Dynastie des sultans Ayyoubites. 567-648 (1171-1250)
Histoire. Réduits à l'état de simples jouets entre
les mains de leurs vizirs, les derniers khalifes fatymites
n'avaient plus qu'une ombre d'autorité. Ces ministres turbulents et
ambitieux se disputaient sans cesse le pouvoir. Ils ne devaient
même pas tarder à se débarrasser
xxxiv
par l'assassinat de l'un de
leurs souverains. En définitive, la dynastie fatymite s'éteignit,
victime de la rivalité des vizirs.
L'Egypte et la Syrie eurent bientôt un maître en la personne du Kourde
Youssef, fils de Nigm el-Dyn Ayyoub, et plus connu sous le nom de
Saladin. (Selâh el-Dyn). Les règnes de Saladin et de ses
successeurs, qui, les premiers en Egypte, prirent le titre de
sultan, furent troublés au dedans et au dehors par des luttes
mémorables. Des haines et de puissantes rivalités mirent aux
prises les musulmans eux-mêmes. Mais cette époque demeure surtout
célèbre par les guerres sanglantes qui, sous le nom de
Croisades, eurent lieu entre musulmans et chrétiens.
L'Europe chrétienne se précipita sur l'Orient pour arracher les lieux
saints à la domination musulmane. Ces célèbres
expéditions eurent surtout pour résultat d'établir d'inti mes
relations entre l'Orient et l'Occident.
Architecture. Ces relations exercèrent
une incontestable
xxxv
influence sur l'architecture
musulmane. Cette influence ne se manifesta pas d'un seul coup, il
est vrai, ce fut tout d'abord en Syrie qu'elle se fit sentir. Les
Croisés arrivèrent munis de tout ce qui devait les aider à
créer une nation chrétienne. Leur but était, d'ailleurs, de rester
définitivement dans cette contrée, qu'ils espéraient conquérir.
Leur passage, même éphémère dans les provinces, les villes
et les bourgades, était marqué par la construction d'églises, que
leurs ennemis, aussitôt que la victoire les favorisait, convertissaient
en mosquées.
Jérusalem resta pendant quatre-vingt-huit ans au pouvoir des Croisés; ce
fut Saladin qui les en délogea en 1187. Partout où ils
passèrent, les Croisés élevèrent des monuments
selon l'esthétique occidentale et les architectes orientaux purent
étudier de nouvelles formes. Si les musulmans
n'imitèrent pas servilement ce style opposé à leur
esthétique, ils n'hésitèrent pas à l'apprécier et à
s'en approprier les formules, lorsqu'elles
xxxvi
leur semblèrent
aptes à s'harmoniser avec leur architecture.
Saladin, le fondateur de la dynastie, était guerrier avant tout et
favorisait de préférence l'architecture militaire.
Les progrès de cet art ne lui permettaient plus de se
contenter du palais des fatymites. Aussi se fit-il construire, sous la
direction de son fidèle vizir, l'eunuque Bohâ el-Dyn
(Kara Kouch), une nouvelle résidence sur un des sommets du Mokattam.
C'est la citadelle actuelle, le Kal'at el-Guebel (la forteresse de
la montagne).
Saladin voulut encore élargir l'enceinte de la ville; il ne put réaliser
ce projet qu'en partie. Pour tous ces importants travaux, ce fut
la petite pyramide de Guizeh qui fournit les matériaux. On fit beaucoup
pour les constructions d'utilité publique; pour les édifices
religieux on adopta des dispositions particulières qui
semblent avoir été dictées par des considérations d'ordre
politique. N'oublions pas que la dynastie précédente
xxxvii
était chiîte, et que, par
conséquent, les dogmes en vigueur différaient de ceux qu'avaient
adoptés les disciples du Prophète.
Dans le but de faire revivre dans le pays la foi orthodoxe, qui, sous
les Fatymites, avait perdu beaucoup de prosélytes, les Ayyoubites
créèrent de nombreux collèges (madrassa), où l'on
enseignait les quatre doctrines (mazhab) de la foi musulmane.1
1 La première madrassa fondée
en Egypte fut celle de Nasrieh, située près de la
mosquée el-Amr. On y enseignait les doctrines de
l'imâm el-Chaféy. — El-Makrisi, tome II,
page 363.
Dans la madrassa du sultan Saleh el-Dyn, on institua pour la
première fois des chaires pour les quatre doctrines
orthodoxes. Id. tome Il, page 374.
Le plan de ces collèges consiste en une grande
cour carrée, sur les côtés de laquelle s'élèvent des
chapelles voûtées; cette disposition donne à l'édifice une apparence
cruciforme. Comme dans les mosquées, cette cour prend le nom de
sahn, et les quatre chapelles
1 Dans les ouvrages historiques on écrit
iwân () dont on a fait liwân
() appellation
encore usitée de nos jours.
L'édifice est orienté vers la Mecque et contient toujours la
niche de prière. Il est facile de voir que l'école est
composée des mêmes éléments essentiels que la mosquée. Dans la suite on
ne fait même plus de distinction entre madrassa (l'école) et
masguid (la mosquée).2
2 Aujourd'hui, en effet, tout édifice
religieux, quelle que soit sa destination, est appelé par le
peuple: gâma.
Cette disposition cruciforme se maintint dans la suite à
côté des formes primitives, à portiques, auxquelles on la
préférait quand il s'agissait de mosquées de petites dimensions.
Examinons de plus près quelques-uns des édifices de
cette époque.
Le plus ancien est la mosquée du sultan el-Kâmel, qui fut érigée en 622
(1224). Cette mosquée est aujourd'hui en ruine; on peut encore y
reconnaître le plan primitif, mais il ne reste rien de ce qui faisait
une si forte
xxxix
impression sur ceux qui la
visitaient au milieu de ce siècle. Les derniers vestiges
des riches décorations qu'on y avait prodiguées ont été recueillis
par le Musée arabe (première salle). Ces ornements
complètent ceux que nous avons trouvés dans la mosquée
de Saleh Telayeh.
La mosquée et la madrassa élevée dix-huit ans plus tard par le sultan
Saleh Nigm el-Dyn, renferme plus de détails caractéristiques.
Ces deux édifices étaient séparés par une ruelle, où l'on pénétrait en
passant sous le minaret. Nous retrouvons dans sa façade la même
conception que nous avons relevée dans la mosquée fatymite el-Akmar: un
système de rainures peu profondes. Les angles rentrants
des niches sont arrondis à une certaine hauteur, effectués par une
naissance de stalactite. C'est une forme particulière
que nous voyons pour la première fois. Les stalactites,
dans cette mosquée, ont aussi servi à orner d'autres parties; nous en
voyons une
xl
magnifique application dans la
couverture de la niche du minaret.1
1 Dans la partie supérieure du minaret,
il existe bien une grande quantité de stalactites, mais ce ne
sont plus les pièces primitives; nous sommes en
présence d'un travail de restauration.
En dehors des ornements dont nous venons de parler, nous signalerons
encore les plates-bandes dentelées, et quelques autres motifs qui
ont servi de modèles décoratifs pour d'autres monuments.
Dans les dômes nous constatons également de grands progrès.
La trompe des angles, formée primitivement par une seule niche
(par exemple, dans la coupole de la mosquée el-Hâkem), a été
remplacée par tout un système de niches. La coupole du
tombeau du sultan el-Saleh, ainsi que celle du tombeau, presque
contemporain, de l'imâm el-Chafey, sont conçues sur le même type.
L'influence occidentale se manifeste d'une manière évidente
dans le tombeau de ce sultan. Ce tombeau élevé sept ans plus tard,
xli
est adossé à la madrassa, côté
nord, et relié par une ouverture pratiquée dans le mur du liwân
ouest. La conception de la façade du tombeau, du moins dans ses grandes
lignes, est la même que celle des deux autres monuments.
L'entablement est représenté par une gorge où sont sculptées des
feuilles qui retombent sur les bords.
Rien ne prouve mieux l'origine étrangère de cette forme que
la fausse application qu'on en a faite. Cette gorge se redresse
près du portail, qu'elle semble envelopper, selon la
formule arabe, mais la position des feuilles n'est rien moins que
naturelle.
Dans l'art de sculpter le bois, on remarque aussi un raffinement
très prononcé dans le procédé que nous avons constaté en
parlant des monuments fatymites. Les motifs à dessin large sont
remplacés par des arabesques en miniature. Il est vraiment dommage
qu'il y ait un saut si grand entre ces deux systèmes: des
bois sculptés de la mosquée Saleh Telayeh, parmi lesquels nous ne possédons
xlii
que des tirants remontant à
l'époque de la fondation même de cette mosquée, nous devons passer
sans transition aux vantaux des deux tombeaux dont nous venons de
nous occuper. La porte du tombeau de l'Imâm el-Chafey date de l'an 608
(1211). Deux siècles séparent ces deux spécimens de
travaux. A partir de cette époque, l'industrie des bois travaillés se
développe rapidement et atteint en peu de temps un haut degré de
perfection. Ne quittons pas le tombeau de Saleh Nigm el-Dyn sans
faire mention des lambris en marbre qui décorent le monument. Le
travail est sobre et rien dans les dessins ne fait prévoir la richesse
que nous rencontrerons seulement vingt ans plus tard.
Dynastie des sultans mamlouks (Mamlouks turcomans ou baharites). 648-784 (1250-1382)
Histoire. Les mamlouks étaint des esclaves achetés
sur les divers marchés de la Géorgie,
xliii
de la Mingrélie et du Caucase,
d'où ils étaient amenés en Egypte pour être vendus aux grands
dignitaires. Ceux-ci les dressaient pour la guerre et les incorporaient
dans leur garde. On désignait ces esclaves sous le nom de halka
( ceinture) parce qu'ils
devaient entourer leurs maîtres comme une ceinture protectrice. Il
n'en était pas toujours ainsi, car nous voyons l'un de ces
esclaves frapper le dernier des fatymites et s'emparer du pouvoir.
Sans passé dynastique et n'ayant d'autre instrument de domination que
leur valeur personnelle et surtout le concours de leurs
fidèles mamlouks, ces nouveaux sultans étaient exposés à de
dures vicissitudes quand ce concours venait à leur manquer. Et
comment n'en eût-il pas été ainsi, quand chaque soldat pouvait à bon
droit se considérer comme ayant des titres égaux à ceux de son
chef, et tout attendre, comme lui, de l'occasion pour satisfaire son
ambition.
C'est pourquoi toute cette période du
xliv
règne des mamlouks
ne fut qu'une longue suite de troubles, de guerres intestines et
de révolutions de palais; c'est une des époques les plus orageuses de
l'histoire de l'Egypte.
Parmi ces sultans, quelques-uns se distinguèrent par leur
intelligence et leur activité, entre autres: Beibars et
Bondoukdâri (1260-1277). Il combattit les croisés avec
succès et sous son règne l'Egypte fut
prospère.
Kalaoun, autre sultan mamlouk, fut également un souverain remarquable;
c'est le seul qui réussit à fonder une dynastie. Il prit le nom
d'el-Mansour, auquel il joignit le prénom d'el-Elfi (du mot elf, qui signifie mille, parce qu'il fut acheté
mille pièces d'or).
Kalaoun était digne de gouverner; il opposa ses armes victorieuses à
l'invasion des Tartares et réussit à préserver l'Egypte de ce
fléau dévastateur. Notons aussi qu'il noua
xlv
des relations avec la cour
d'Espagne. En 689 (1290), Alphonse d'Aragon envoie à Kalaoun une
ambassade qui eut pour résultat d'unir les deux pays par un traité
avantageux. Ces relations exercèrent en outre une
grande influence sur les arts. L'architecture, toutefois, reste
indécise; les monuments présentent de profondes divergences. Ce
n'est que sous le règne suivant que nous voyons l'art
architectural se préciser, se cristalliser pour ainsi dire, et revêtir
un caractère définitif. Avant comme après le
sultan Mohamed el-Nasser, fils et successeur de Kalaoun, jamais
l'art ne prit un pareil essor. Jamais nous ne retrouvons, comme
sous le gouvernement de ce prince, une telle variété dans les lignes,
et, en même temps, un aussi grand développement industriel Son
règne, si fécond pour l'art, embrasse près d'un
demi-siècle (exactement 44 ans).
Architecture. Pendant les premières années du règne
des Baharites, nous sommes en présence
xlvi
de formes et d'éléments
artistiques dont nous devons rechercher l'origine ailleurs qu'en
Egypte. Les moulures que l'on remarque sur la grande mosquée d'el-Dâher
(construite par le sultan Beibars en 1266), le système
de façades adopté pour les constructions de Kalaoun, ont un frappant
cachet d'exotisme. Rien d'ailleurs ne saurait mieux caractériser
l'arbitraire qui régnait alors en architecture que le fait suivant.
Lorsque Mohamed el-Nâsser éleva le monument auquel il donna son
nom, il en fit construire la porte avec les matériaux qui provenaient
d'une porte gothique enlevée par son frère à l'église
d'Akka (1291) et rapportée au Caire comme un glorieux trophée. Nous
ferons toutefois observer que c'est là un cas très rare
d'adaptation d'une forme étrangère sans travail
préalable d'assimilation. Cette exception ne pouvait beaucoup influer
sur le développement régulier de l'art arabe. Et si la Syrie,
couverte de monuments chrétiens par les croisés, imposait ces formes
nouvelles aux
xlvii
contrées environnantes,
celles-ci n'arrivent qu'atténuées en Egypte où elles se plient aux
exigences de l'esprit national.
Il était nécessaire d'opposer une digue aux uille et une formes
disparates qui menaçaient d'envahir l'architecture.
Le long règne paisible de Mohamed el-Nâsser se prêtait
admirablement à un travail de sélection dont le résultat devait être
la création d'un style original. Ce fut une époque de paix et de
travail, le souverain donna lui-même l'exemple en dotant le Caire
d'un collège auquel il adjoignit son tombeau et d'une grande
mosquée construite sur la citadelle.
En outre, il acheva cette construction complexe appelée el-Moristan, que
son père avait commencée.
Les membres de la famille royale et les grands dignitaires
imitèrent la magnificence du souverain. La fiévreuse
activité qui distingue cette féconde période eut d'heureux effets
dans le domaine de l'art. L'indécision
xlviii
des siècles
précédents fait place à une grande netteté dans les conceptions. Malgré
leur grande variété, une incomparable richesse de formes et de
composition, l'unité de conception se dégage franchement et
constitute un style d'une rare perfection.
Dans la disposition des façades, nous observons une accentuation
progressive et rationnelle des éléments que les époques
précédentes avaient légués.
Les grandes surfaces sont comme sillonnées de distance en distance par
un système de hautes niches, peu profondes, formant sur
les parois comme un appareil de rainures dans lequel vont se longer les
fenêtres en doubles rangées.
Ces niches sont terminées par une couverture horizontale formée de
plusieurs assises de stalactites. Le portail est modelé
d'après le même principe, avec cette différence que la niche
est beaucoup plus large et plus profonde.
La conséquence d'une pareille disposition
xlix
a été de donner un plus riche
et plus ample développement à l'emploi des stalactites.
Les portails se distinguent encore par un riche revêtement en marbre. Le
point de départ de ce système de décoration fut d'abord
dans l'enchevêtrement des claveaux de l'arc de décharge. Un long
bandeau épigraphique se déroule en haut des façades terminées par
une moulure couronnée de créneaux.
Les façades, d'une belle exécution, sont en pierres de taille, et le
plus souvent de deux couleurs alternantes, elles ressemblent à
celles des mosquées dont nous avons parlé jusqu'ici. Il n'y a donc rien
de changé dans les dispositions générales, si ce n'est
l'importante addition du tombeau du fondateur toujours surmonté de
la coupole, signe caractéristique du tombeau.
Dans l'intérieur des mosquées à portiques, les appuis sont désormais
presque exclusivement formés de colonnes en marbre, provenant,
l
comme auparavant, de
constructions en ruine.
Pour atteindre une hauteur en harmonie avec les dimensions de l'éifice,
on surhausait la naissance des arcs. La couverture était
ordinairment en bois; les solives, magnifiquement sculptées, s'ornaient
de riches dorures. Les lambris sont en mosaïque et couvrent les
murs jusqu'à une hauteur de plusieurs mètres. Les mosaïques
du dallage égalent en beauté celles des murs.
Le tout s'harmonise admirablement, et la richesse de l'ensemble est
encore augmentée par la chaire (minbar), le pupitre (koursi
el-kahf), ornés de marqueteries et de peintures fort gracieuses, ainsi
que par de splendides lustres en bronze et de lampes en verre
émaillé.
Ce que nous venons de dire des mosquées s'applique également aux autres
constructions. Malheureusement, nous ne possédons en entier aucun
de ces monuments, mais les parties qui nous restent nous permettent
li
de reconstituer l'ensemble et
suffisent à nous convaincre de la splendeur de tous les édifices
élevés à cette époque.
Seconde dynastie des sultans mamlouks. (Mamlouks circassiens ou
bouroguites). 784-923 (1382-1517)
Histoire. Avec les mamlouks circassiens, la
dynastie seule a changé. Le pays n'a pas cessé d'être agité par
les rivalités des émirs. A part quelques souverains énergiques ou
animés de bonnes intentions, les princes régnants ne se
préoccupent en général que bien peu des intérêts du pays; tous
leurs efforts tendent à conserver le pouvoir, même au prix d'un
crime.
Les mamlouks circassiens, qui gouvernèrent l'Egypte et la
Syrie pendant près d'un siècle et demi étaient
d'origine sibérienne. On les appelait aussi bourguites, parce
qu'ils étaient principalement employés par leurs maîtres à la défense
des forteresses, en arabe bourg.
lii
Parmi les princes de cette dynastie qui rendirent de grands services à
leur pays, nous citerons le sultan el-Zaher Barkouk, le fondateur
de la seconde dynastie, qui sauva le pays de l'invasion des Tartares et
le dota de nombreux monuments; le sultan el-Mouayyed, protecteur
des sciences (ce qui lui valut le titre de cheikh ou docteur) et
constructeur d'édifices remarquables.
Mentionnons encore le nom de Barsabaï, qui régna pendant seize ans et
dont on ne saurait trop louer le gouvernement pacificque, consacré
tout entier au bien-être du peuple.
Puis vinrent des jours de troubles qui menacèrent l'existence
même de l'Egypte. Les Ottomans quittaient alors l'Anatolie,
renversaient l'empire chrétien de Constantinople et les
progrès de ce peuple nouveau effrayèrent le
sultan d'Egypte, el Melik el-Achraf Kaïtaï. Les craintes de ce
prince n'étaient que trop fondées, car sous el-Ghoûri, son
successeur, les Ottomans mirent à exécution le projet longtemps caressé
liii
d'établir leur domination sur
les rives du Nil.
Après une lutte acharnée de part et d'autre, l'Egypte perdit
son indépendance et devint une province de la Turquie (Ier mois de l'année 1517).
Architecture. De même que la nouvelle dynastie ne provoqua
aucun changement sérieux dans l'ordre des événements, de même
rien ne s'opposa au développement régulier des arts. Sous les
Ayyoubites, on avait créé le système cruciforme pour la
construction des mosquées; cette disposition continua à être
adoptée pour tous les édifices religieux que l'on éleva dans la suite;
ce n'est qu'exceptionnellement que l'on voit construire des
mosquées à portiques.
C'est sans doute par suite de leur grand nombre que l'on donna aux
mosquées de plus petites dimensions vers la seconde moitié du
XVme siècle. Cette réduction
dans les proportions eut l'avantage de permettre de couvrir le sahn.
Beaucoup d'entr' el-les servaient, en outre, de madrassa (école).
liv
La nécessité d'installer de nombreuses annexes pour répondre à tous les
besoins et de se conformer à l'alignement des rues de la ville
déjà très développée, eurent pour résultat de provoquer de
très ingénieuses combinaisons de la part de l'architecte.
Parmi ces annexes, nous signalerons les sébils (fontaines publiques) et
les kouttabs (petites écoles) qui, presque toujours, accompagnent
les mosquées de la dynastie circassienne et qui s'élèvent de
préférence à l'un des angles les plus saillants de l'édifice. La
première mosquée où fut inaugurée cette disposition
particulière est celle de l'émir Gaï el-Youssefi (dynastie
baharite).
L'attention de l'architecte se portait tout spécialement sur le tombeau.
Celui-ci n'est plus relégué, comme du temps des Baharites, dans
quelque coin perdu de la mosquée, mais il en devenait la partie
principale, bien que la mosquée qui s'y ajoutait présentât souvent
d'importants développements. Vers la fin du XVme siècle, on fait un pas de
lv
plus; le tombeau, avec son dôme
plus ou moins élégant, constitue à lui seul un monument complet.
Sous les sultans circassiens, l'art de la construction subit lui-même de
profondes modifications par suite d'un plus large emploi de la
pierre de taille, qui entrait même dans la confection des murs
intérieurs. Chacun des ornements qu'on y sculptait mériterait
d'être relevé. Toutes les parties de l'intérieur et de la façade
étaient décorées d'arabesques, d'entrelacs ou d'inscriptions. Dans
les inscriptions, l'écriture coufique était depuis longtemps
remplacée par des lettres rondes, mais on retourna bientôt à la
forme coufique, qui se prête mieux à l'ornementation.
Les maisons d'habitation de cette époque sont plus coquettes. Dans la
cour, à une certaine hauteur, est situé le makad, exposé au nord.
Il projette deux arcs sur la cour; c'est l'endroit favori où le maître
de la maison reçoit les visiteurs. A l'intérieur, la
lvi
ka'a (salle) forme le noyau des
autres pièces. Cette ka'a est spacieuse, à parois
décorées de mosaïque et recouverte d'une toiture luxueusement
dorée. Les machrabiehs (treillis en bois tourné) laissent filtrer une
lumière atténuée et font de cet endroit un agréable et
frais abri contre les ardeurs de l'été.
L'architecture profane comprend encore les okalas (dépôts et
caravansérails), les abreuvoirs, etc., dont on peut admirer un
grand nombre de spécimens intéressants.
La dernière étape de l'art national égyptien est caractérisée
parle soin qu'on apporte dans la décoration de l'extérieur des
constructions. Nous avons déjà mentionné l'effort tenté dans ce
sens sous la domination des Fatymites; mais ce premier effort
demeura sans résultat important. C'est un trait caractéristique de
l'architecture arabe que cette négligence intentionnelle dans
l'extérieur des constructions. La décoration extérieure des plus
célèbres monuments ne porte le plus souvent que sur le
portail, le minaret ou sur
lvii
quelque autre partie
principale, tandis que l'ensemble reste nu. Mais sous les sultans
circassiens, l'architecte se complaît à faire une œuvre
harmonieuse dans toutes ses parties, à l'extérieur comme à l'intérieur;
aussi les monuments dont cette époque a enrichi le pays,
offrent-ils cette perfection d'ensemble et de détails que nous avons
l'habitude de réclamer à toute œuvre d'architecture.
L'Egypte province turque.
Histoire. La bataille de Merg Dâbek décida du sort
de l'Egypte. Les Turcs, vainqueurs, s'emparèrent de
cette riche contrée, qui, depuis lors, ne cessa de faire partie de
l'Empire Ottoman.
La crainte de perdre cette magnifique province porta les Turcs à lui
imposer une administration compliquée, où ils avaient introduit
des émirs indigènes et des fonctionnaires turcs.
L'introduction de ces deux éléments antagonistes avait pour but de
contrebalancer les influences et de ne permettre
lviii
à aucun d'eux de prendre une
prépondérance marquée.
Un pacha envoyé de Constantinople et nommé gouverneur pour un an,
représentait le souverain et administrait le pays en son nom.
Bientôt le pacha fut nommé pour plusieurs années. Mais il ne restait
toutefois pas assez longtemps au pouvoir pour être en mesure d'y
faire œuvre utile.
Aussi le nombre des gouverneurs qui laissèrent quelques
traces glorieuses de leur administration est-il des plus restreints.
L'histoire ne relève guère que les noms de
Soliman pacha et surtout de Senân pacha, qui
contribuèrent efficacement à la prospérité du pays.
Les rouages administratifs, tels qu'ils avaient été installés, ne
donnaient pas les résultats qu'on en avait attendus.
Soixante-dix ans après la réorganisation de l'Egypte, les
troubles militaires reparaissent, et un demi-siècle plus
tard, les beys turbulents qui entouraient le pacha dictent
lix
leurs volontés. L'élément
militaire, vers la fin du XVIIme
siècle, acquiert une telle puissance que le pacha nommé par
Constantinople doit être agréé par les beys pour s'installer au
Caire. Ceux-ci ne craignent même pas d'entrer en lutte avec le sultan;
ils se groupent autour du cheikh-el-beled, le véritable maître du
pays, et tiennent en échec la cour de Constantinople.
Après avoir brisé toute résistance de la part du pacha, les
beys ravivèrent leurs anciennes rivalités; chacun d'eux
travaillait pour son propre compte et fomentait des troubles pour
s'emparer du pouvoir. Cette époque de guerres intestines, de
désolation, de misère et d'oppression, est la plus
lamentable qu'ait enregistrée l'histoire d'Egypte.
Aly bey alla encore plus loin. Ce prince auquel l'histoire donne le
surnom de Grand, noua des relations diplomatiques avec les
puissances européennes pour s'assurer le titre de souverain indépendant
dans un pays libre. Mais sa mort prématurée fit échouer ce projet.
lx
Après lui, l'histoire ne signale plus que des guerres civiles
queles beys entretenaient dans le but d'ériger de scandaleuses
fortunes.
Vers la fin du XVIIIme siècle,
Mourad bey et Ibrahim bey rançonnent audacieusement jusqu'aux
négociants européens, dont les plaintes répétées attirèrent
l'attention de l'Europe sur ce malheureux pays. Telle était la
situation, lorsque le 1er Juillet 1798 (17
Moharrem 1213), Bonaparte avec sa flotte jeta l'ancre devant
Alexandrie.
Architecture. L'évolution politique dont l'Egypte
venait d'être le théâtre, devait nécessairement exercer une grande
influence sur sa civilisation.
Ave l'ère des pachas turcs, l'Egypte cesse d'être un centre
et sa capitale n'est plus qu'un chef-lieu de province turc. Les
troubles intermittents et de peu de durée dont les époques précédentes
ont été les témoins, ne pouvaient apporter au progrès
de sérieuses entraves. Aussi avons-nous pu
lxi
constater un progrès
continu dans l'architecture et les arts.
Mais lorsque l'Egypte fut réduite à l'état d'une province, l'essor
primitif est arrêté; les sultans de Constantinople n'ont plus le
même intérêt à favoriser dans le pays l'épanouissement des arts. En
effet, il existe bien peu de monuments auxquels les souverains
turcs aient attaché leur nom, et encore ces monuments sont loin d'avoir
la valeur artistique de ceux que nous ont laissés les sultans
baharites et bourguites.
Les Tures n'ont importé en Egypte que la forme de leurs mosquées, forme
qu'ils avaient eux-mêmes empruntée aux églises de l'ancienne
Byzance. La mosquée voisine du tombeau de Sâria-el-Gabal, construite
sur la Citadelle dix ans après la conquête du pays, est
la première où l'architecte se soit inspiré de ces
modèles chrétiens. Puis viennent: la grande mosquée de Senân
pacha à Boulaq, bâtie en 979 (1571) et celle de la princesse
Malika Safia, élevée en 1019 (1610).
lxii
Le point le plus saillant de la disposition nouvelle consiste dans
l'emploi des coupoles, innovation qui rompt radicalement avec la
tradition.
On rencontre pourtant quelquefois des mosquées construites
d'après les anciens modèles, mais elles sont en
bien petit nombre, et, dans ce cas, le fondateur est toujours un
indigène; il semble que l'antagonisme qui mettait aux prises
les beys et le pacha, les Egyptiens et les Turcs, ait eu un écho
jusque dans les fondations pieuses.
Les mosquées, toutefois, ne constituent qu'une exception; on s'attachait
de préfférence à élever des monuments de moindre importance, tels
que fontaines, petites écoles, couvents de derviches, okâlas, etc.
Les sébils ne font plus partie, comme auparavant, d'un édifice
quelconque, mais ils forment un monument complètement
autonome.
Au point de vue de l'ornementation, nous devons noter un recul. Nous ne retrounverons
lxiii
plus les riches décorations du
temps de Kaitbaï. Les constructions qui s'élèvent sous
la nouvelle domination sont simples, discrètes, et
reflètent un esprit d'économie qui contraste avec les
splendeurs des siècles passés.
Cette pauvreté artistique tenait sans doute à ce que les
modèles indigènes étaient peu prisés de l'ouvrier
étranger, tandis qu'au contraire, l'indigène goûtait peu
cette ornementation étrangère si peu conforme à ses
goûts, ses habitudes et ses traditions. Nous devons cependant
reconnaître que l'art arabe l'emporte encore sur l'art étranger.
Il y eut aussi des créations mixtes, où les deux styles combinés ont
produit quelques ouvrages assez réussis.
Citons, par exemple, le sébil du Kikhya Abdel-Rahmân, construit en 1157
(1744). On y remarque quelques décorations de style turc, mais
tout son cachet lui vient de ses formes empruntées au plus pur
style arabe. Deux autres sébils, qui portent les
lxiv
noms des sultans Mahmoud et
Moustapha, et qui datent de la même époque, ne peuvent être
comparés avec celui d'Abdel-Rahmân.
On y remarqrue bien quelques motifs arabes, mais le caractère
principal de l'édifice s'éloigne trop des monuments analogues de
la belle époque. Tandis que les faïences qui décorent l'intérieur du
sébil d'Abdel-Rahmân sont des produits orientaux, celles du sébil
du sultan Moustapha qui couvrent les murs viennent d'Europe. Les
jambages des fenêtres sont bizarrement décorés; enfin l'influence
européenne est par trop manifeste.
Nous voici arrivés au seuil de ce siècle qui a vu l'Egypte
reprendre son autonomie. L'histoire en est trop récente pour que
nous ayons à la rappeler ici.
Mais comment terminer ce court aperçu sans rendre un hommage bien mérité à
lxv
l'illustre fondateur de la
dynastie actuelle, dont le glorieux souvenir restera toujours lié
à l'effort considérable réalisé pour mettre ce pays au niveau de toutes
les exigences de la civilisation moderne. Il est à espérer que
cette renaissance scientifique et industrielle aura pour corollaire,
c'est la loi ordinaire du progrès humain, une reprise
du développement artistique qui a tant contribué à la prospérité
de l'Egypte.
MUSÉE NATIONAL DE L'ART ARABE CATALOGUE
MUSÉE NATIONAL DE L'ART ARABE CATALOGUE PREMIÈRE SALLE Plâtres, pierres de taille, marbres.
I.— Plâtres.
Le stuc a été employé dès l'origine de l'art arabe en Egypte,
et c'est avec cette matière que les premiers ornements de
son architecture ont été exécutés. Nous en avons un exemple
dans le plus ancien des monuments conservés jusqu'à ce jour, la
mosquée d'Ibn-Touloun, construite en 876 après J.-C.,
laquelle, malgré sa restauration presque complète en 1296,
garde encore une partie de ses ornements primitifs en stuc.
C'est au XIIIe siècle que l'emploi du
stuc dans la décoration atteint son plus haut degré de perfection.
Le tombeau du sultan Kalaoûn et la mosquée de son fils Mohamed
el-Nâsser en fournissent de beaux exemples: c'est principalement
4
sur la tour de cette mosquée
que l'on trouve des ornements en stuc répandus à profusion.
Les ornements en plâtre du Musée Arabe portent les Nos 83 à 87 (Pl. I., No 84). Ces pièces sont les restes de l'encadrement
d'une fenêtre de la mosquée du sultan el-Kâmel, construite en 1224
après J.-C. (rue el-Nahassyn, Caire)1
1 Mentionnons en passant la similitude
des ornements en stuc de quelques monuments du Caire, avec les
ornements du même genre de l'architecture mauresque.
C'est la décoration iutérieure du tombeau, dont nous avons parlé
plus haut (sultan Kalaoûn) et une fenêtre sous les arcades Sud
de la coupole de la mosquée el Mouayyed, qui nous en
fournissent les plus frappants exemples.
et qui est en ruine depuis des années.
En 1845, il existait encore deux côtés de cette mosquée dont les
ornements, d'après le témoignage d'un voyageur de l'époque,
ressemblaient plus que tous les autres à ceux si justement
célèbres de l'Alhambra.
Ces fragments nous renseignent sur la manière de travailler
le plâtre; nous voyons, tout d'abord, que les ornements sont taillés
dans le vif de la matière. Il est aussi à observer que la
décoration est placée à deux niveaux différents. Cela a été
confectionné en préparant d'abord tous les ornements dans le premier
niveau, et ensuite les parties en relief ont été posées en seconde
couche.
5
La décoration en stuc a été employée à toutes les époques,
même quand la pierre de taille était considérée comme la
matière de construction par excellence.
Il nous suffira de rappeler la frise classique, à inscription coufique,
de la plus monumentale mosquée d'Egypte, celle du sultan Hassan
(1358 après J.-C.), et les beaux ornements de la
coupole de la mosquée Ak Sonkor à Darb el-Ahmar, construite en
1347.
Dans la seconde moitié du xve siècle,
l'emploi du stuc n'est plus si répandu comme matière
décorative, on lui préfère le marbre ou la pierre de taille.
Mais, justement, un monument de ce temps-là prouve que l'ouvrier n'a
pas pour cela oublié l'adresse de ce métier et que cet art se
conservait encore sans affaiblissement.
Ce monument est le tombeau connu sous le nom de «
el-Fadaouieh», à l'Abbassieh, près le Caire.
L'intérieur est tout couvert, jusqu'à la cime du dôme, d'ornements et
inscriptions en stuc. La façon de travailler est toujours la même que
celle des siècles antérieurs: le découpage.
Les Arabes ont encore employé le stuc comme clôture de
fenètre. Nous en distinguons deux spécimens. Le premier est
la claire-voie proprement dite; elle consiste en une grille
découpée dans une assez forte table de plâtre. C'est le plus
ancien système de fermeture de fenètre: la
6
mosquée d'Ibn Touloun nous en
fournit le premier exemple.1
1 Il est peu probable que les
claires-voies de la mosquée d'Ibn Touloun soient contemporaines
de la fondation de la mosquée, car leurs motifs n'ont rien de
l'incertitude qui caractérise l'ornementation primitive de ce
monument; mais, au contraire, elles portent le cachet de la
maëstria que l'on remarque dans toutes les
compositions de la brillante époque d'el-Nâsser Mohamed. Il n'y
a pourtant aucun doute que les claires-voies d'aujourd'hui en
remplacent d'autres qui ont été faites à l'époque d'Ibn
Touloun.
A l'appui de ce que nous venons de dire, qu'il soit permis de
rappeler qu'aussi la mosquée d'El Hâkem bi Amr Illah
possède des claires-voies et que cette
mosquée a imité, presque en tout, celle
d'Ibn Touloun.
Nous remarquons que la mosquée d'Ibn Touloun a été sérieusement
restaurée au XIIIe
siècle. Il est done probable que les claires-voies
datent de cette époque.
Ce procédé fut employé jusqu'au XIIIe siècle environ.
Dans le dessin de ces claires-voies, la riche fantaisie de l'artiste se
manifeste souvent d'une manière heureuse. Nous renvoyons aux
fenêtres de la mosquée mentionnée qui présente, dans la variété
des dessins, l'impossible. La magnifique et ancienne mosquée du sultan
Beibars el-Bondokdâri qui, aujourd'hui, n'est plus qu'une ruine,
offre également une grande richesse de composition dans les quelques
restes de ses claires-voies qui émergent de ci de là des baies
grossièrement bouchées. Le maristân de Kalaoûn
possède aussi de belles grilles en plâtre découpé bien
conservées. Ces grilles avaient la destination de clôturer
simplement les baies des fenêtres dans les mosquées
7
à cour ouverte, comme dans les
mosquées d'Ibn Touloun, el-Hâkem et autres; dans les
constructions fermées, comme par exemple le maristân de
Kalaoûn, mosquées de Kaïtbaï, etc., les grilles étaient destinées à
protéger les fenêtres proprement dites.
Ces fenêtres munies de vitres, connues sous le nom de vitraux en plâtre
ajouré, — en arabe, kamarieh ou chamsieh, — se
rencontrent seulement dans la seconde moitié du XIIIe siècle.
Il y a lieu de distinguer deux sortes de vitraux qui correspondent à des
époques différentes. Dans la première, après
avoir posé les vitres, qui suivent à peu près les lignes
du dessin découpé de la plaque en plàtre, on appliquait sur
celle-ci des baguettes minces, également en plâtre, et cela pour
retenir les verres. Les baguettes se raccordaient avec le dessin de la
face opposée.
Ce système est le plus ancien et était pratiqué entre la
moitié du XIIIe et le commencement du
XIVe siècle. Les verres y
employés sont toujours très épais.
Nous citerons comme exemples: le tombeau des sultans Sâleh, Kalaoûn, la
mosquée funéraire de Sangar el-Gaouli (1323), etc.
Dans la deuxième époque, dont les plus beaux types nous sont
offerts par les monuments des XIVe et XVe siècles, on a supprimé les
baguettes et fixé les vitres à la face postérieure de la
8
plaque découpée en y coulant du
plâtre, qui s'étendait entre les verres, en les fixant ainsi (Pl.
II). Il en existe encore des spécimens dans la mosquée du sultan
Barkouk (1384), en ville et dans les constructions datant de l'époque
du sultan Kaïtbaï (fin du XVe
siècle), les mosquées Aboubakr Mazhar, Kidjmâs el-Ishâki,
etc. Les vitres fabriquées pour les fenêtres de ces mosquées sont
quelquefois d'une épaisseur minime.
Les vitraux en plâtre ajouré des derniers siècles ne
supportent pas la comparaison avec les anciens. Les dessins sont
pauvres, l'exécution grossière et, quant aux vitres, on
n'avait plus le choix des produits locaux pour combiner l'effet
harmonieux des couleurs. On a done été obligé d'employer les vitres que
l'importation mettait sur le marché.
II. — Pierres de taille.
Le mode de construction en briques ou en moellons piqués, qui
nécessitait la couche de plâtre, en elle-même peu résistante, fit place
à l'emploi de la pierre de taille qui offre plus de solidité.
Autant qu'on peut se redre compte par les monuments existants, on doit
conclure que l'emploi général de la pierre dans les constructions
9
des Arabes en Egypte a eu lieu
assez tard, ce qui est très curicux, car les Arabes ont,
lors de leur invasion, trouvé beaucoup de constructions
monumentales de l'époque des Pharaons et grécoromaine, romaine, où les
pierres étaient les matériaux prédominants.
1Sefer Nameh. — Relation du
voyage de Nassîri Khosrau en Syrie, en Palestine, en
Egypte, en Arabie et en Perse. Publié, traduit et annoté par
Charles Schefer. — Paris 1881. Page 129.
faisant mention du palais d'el-Mouizz (construit en 360 de
l'hég. (970), dit que ses murs sont en pierres «si bien
liées entr'elles qu'on les croirait taillées dans un seul
bloc»; aussi, est-ce vers cette époque, en I'année 484 de
l'hég. (1091), que furent élevées les trois portes de ville Bab
el-Fetoûh, Bab el-Nasr et Bab Zoueila, œuvres
modèles de l'architecture en pierre de taille; le fait est
que toutes les mosquées qui datent d'avant le VIe siècle de l'hég. (XIIe), sont bâties en briques.2
2 Le dôme, qui se trouve dans le sahn de
la mosquée d'ibn Touloun et dont la substruction est en pierre
de taille, fut élevé par le Sultan Houssâm el-Dyn Ladjyn en
1296 après J.-C. Cela résulte de l'inscription d'une
planche encastrée près de l'encoignure nord-est.
Un regard sur la tour et l'arcade adjacentes, toutes deux en
pierre de taille, suffit pour ne pas les classer dans l'époque de
la fondation de la mosquée, 876 après J.-C. II est
plus que probable que c'est sous le même sultan que ces deux
annexes furent exécutées.
La plus ancienne mosquée qui s'écarte de cet usage, et où la pierre de
taille a trouvé son emploi,
10
est celle d'el-Akmar (au
Caire), fondée par le prince Fatimite Amer bi Ahkam Illah en 519
de l'hég. (1125). Elle n'a d'ailleurs que sa façade en pierre de
taille; dans l'intérieur, les voûtes qui reposent sur des colonnes de
marbre sont en briques.
Le travail en pierre est trés bien exécuté; la taille est exacte, le
jointement soigné et la sculpture des ornements et inscriptions est
fort habile. Ce sont là autant de preuves que ce n'est pas un
travail d'essai, mais qu'au contraire ce mode a dû avoir des
précédents.
Cette mosquée ouvre une série d'édifices semblables, c'est-à-dire avec
façade en pierre de taille et l'intérieur en briques.
Cette façon de construire s'est maintenue jusque vers la fin du XIIIe siècle. A cette époque,
mème dans les parties intérieures, les briques sont en
général remplacées par la pierre de taille, à grands joints, et, en
conséquence, piquèe et toujours destinée à recevoir un
enduit.
Avant l'année 1330, on n'employait dans la construction des minarets que
les briques. Le somptueux monument du sultan Kalaoûn (en ville),
qui réunissait la mosquée, le tombeau et un grand hôpital, a été le
premier à avoir une tour en pierre de taille.1
1 L'historien arabe el-Makrizi, dans son
ouvrage el-Khitat, dit, à l'occasion du minaret de la mosquée
d'el-Akbogha, que ce fut le premier
minaret construit en pierre, après
celui d'el-Mansour, (Kalaoûn).
La mosquée de l'émir Akbogha fut fondée en 1331. —
Khitat, tome II, page 383.
Ce fut donc un autre pas
11
vers la généralisation de
l'emploi de cette matière. A partir de cette époque, les
tours en pierre de taille se multiplient jusqu'à l'avènement
des sultans circassiens; sous leur règne, l'emploi de
la pierre de taille atteignit son apogée. En effet, elle devint la
matière de construction préférée, et les parties d'édifices
pour lesquelles jusqu'alors on réservait les briques se faisaient aussi
en pierre.
Les problèmes constructifs, même les plus
difficiles, se résolvent avec une extrême facilité; on sent
que l'architecte est devenu maître de cette matière.
Ce progrès dans l'art de construire venait fort à propos en
aide à l'esprit éminemment décoratif de l'époque, qui prodiguait
partout ses arabesques, dont la conception paraît si naturelle et
dont l'exécution est si habile.
Ainsi les coupoles qui, jusqu'alors masquées sous un enduit, ne
permettaient pas au constructeur de les décorer facilement, grâce à
l'emploi de la pierre pour leur construction, pouvaient alors se
ranger dans le cadre des parties réservées à un soin spécial
d'ornementation.
12
Nous voyons déjà les premières coupoles en pierre de taille,
celles qui apparaissent dans la mosquée funéraire du sultan Barkouk
(1405-1410), se couvrir de bâtons en zig-zags. Aussitôt
après, d'autres coupoles se revêtent de plus gracieux
ornements, à la vue desquels on oublie la matière inerte
d'où on les a fait jaillir.
Le plus large emploi de la pierre de taille devait naturellement se
faire sentir dans la partie décorative de l'architecture. Aussi on ne
tarda pas à employer des matériaux de couleur différente, car leur
usage venait en aide à l'esprit de l'ornementation spéciale au style
arabe qui, en effet, en a tiré beaucoup d'avantage.
Par l'enchevêtrement des pierres, on allait jusqu'à créer une sorte de
grande mosaïque dans laquelle on se plaisait à reproduire des
parties entières de la bâtisse. On poussa même plus
loin: on ne se contenta plus de composer seulement les portails en
assises de couleurs alternantes, mais des façades entiéres furent
traitées de cette façon.1
1 La mauvaise habitude de nos jours de
badigeonner les murs des mosquées en blanc et rouge a dú
prendre naissance dans l'intention de faire revivre sur les
façades cet effet des assises alternantes. Le Comité de
conservation des monuments de l'art arabe se donne toute la
peine possible pour mettre un terme à ce vandalisme.
Si nous ne nous trompons pas, la première construction dans
laquelle des assises de différentes
13
couleurs furent employées, est
la mosquée du sultan Zâher Beibars devant la porte el-Housseinieh
au Caire. Les portails sont construits en pierre de deux couleurs.
La pierre de taille n'a pas été seulement employée comme
matière de construction dans le sens étroit du mot, mais
aussi on l'utilisait pour les cénotaphes, chaires de mosquée
(minbar), dikka (sorte de tribune), etc.; à ce propos, nous
mentionnons le minbar en grès blanc, d'une rare beauté, dont
le sultan Kaïtbaï a doté la mosquée funéraire du sultan Barkouk, au
désert. Ce travail de la fin du XVe
siècle est un véritable bijou de l'art décoratif arabe.
L'Égypte a un choix assez considérable de pierres de construction1
1 L'Égypte est un pays qui n'est pas
dépourvu de matériaux de construction; elle possède,
outre les porphyres et les granits, une quantité assez
considérable de pierres. Une visite faite à la collection
minéralogique de l'école de médecine du Caire nous offre des
renseignements très instructifs sur ce sujet.
; mais il faut un dur travail pour arriver à extraire des
carrières les matériaux de bonne qualité. Il est à constater
que les Arabes ne marchèrent pas sur les traces des
Égyptiens et des Gréco-Romains. Ils préféraient employer les
matériaux que leur présentaient les constructions qu'ils trouvaient
semées dans le pays; aussi est-il aisé de découvrir dans les murs
d'enceinte beaucoup de pierres qui sont taillées d'hiéroglyphes,
14
sans mentionner spécialement
les innombrables linteaux, seuils, colonnes, etc., etc., que nous
rencontrons dans presque chaque mosquée. Tous ces morceaux proviennent
de bâtisses disparues.
La qualité de pierre qu'on employait dans la bonne époque est un
calcaire blanc, d'une consistance pleine, qui, avec le temps, prend un
ton grisâtre, ou bien encore c'était une pierre jaunâtre, qui est
un agglomérat de coquillages fossiles (nummulites).
Depuis l'époque turque on s'est servi, presque exclusivement, de cette
dernière qualité qui, à cause de sa porosité, ne se prête
pas aux fines sculptures jadis exécutées.
Les objets en pierre de taille conservés dans le musée sont, en grande
partie, des fragments provenant de constructions, tels que
chapiteaux, frises, et contenant ornements ou inscriptions, etc.
La riche collection des stèles funéraires que
possède le musée mérite une mention spéciale. La plupart
d'entre elles sont en pierre dure, et on se contentait alors de piquer
simplement à la petite boucharde le fond des inscriptions.
III. — Marbres.
Le marbre a été utilisé par les Arabes à toutes les époques. Il semble
qu'ils en ont fait un plus
15
large usage dans les premiers
temps de leur arrivée en Égypte, surtout pour les stèles
funéraires.
On extrait du terrain sablonneux qui s'étend au sud du Caire un
très grand nombre de «châhid.» Ils
consistent en une plaque de marbre contenant, en inscription coufique,
quelques formules de prière avec le nom du défunt et la date
de sa mort.
Les caractères de l'inscription sont ou gravés dans le marbre
ou ils sont en relief ayant le fond excavé.
La plus grande partie de ces pierres funéraires datent du IIIe siècle, mais il y en a qui
remontent aux deux premiers siécles de l'hégire. Nous avons ainsi
sur le vaste terrain d'Aïn Sîra le plus ancien cimetière
musulman de l'Égypte, avec celui auprès d'Assouân, dans la
Haute-Égypte, d'où proviennent également les mêmes pierres funéraires.
Le revers des plaques conserve souvent quelques marques de l'ancienne
destination du matériel.
Le pays étant pauvre en marbre, on préféra utiliser ce que les monuments
gréco-romains ou chrétiens de la vallée du Nil en offraient.
L'émir Ahmed ibn Touloun avait beaucoup de mal à concevoir la
construction de sa grande mosquée, ne voulant pas, comme ses
prédécesseurs, spolier les églises de leurs colonnes.
Cette habitude de spolation s'est maintenue jusque plus tard. Dans la
mosquée de Mohamed
16
el-Nâsser à la
citadelle, on trouve un chapiteau avec l'aigle romaine; dans celle du
savant sultan el-Mouayyed, un des chapiteaux porte une croix dans
une couronne. Citons encore les chapiteaux byzantins si connus des
colonnes qui flanquent la niche de prière dans la mosquée
d'Ibn Touloun.
Mais ce n'est pas seulement la vallée du Nil qui fut exploitée; les
historiens font mention de cargaisons complètes de marbres
tirés des villes détruites de la Syrie. Lorsque le sultan Beibars
el-Bondokdâri construisit sa splendide mosquée (aujourd'hui en ruine)
devant la porte el-Hassanieh, il fit écrire dans plusieurs pays pour
avoir les marbres et les bois qu'il lui fallait pour la décorer.
La mosquée, en ville, de Mohamed el-Nâsser possède même un
portail complet en style gothique. Le portail fut enlevé à Akka, en
1291, et transporté par Zein el-Dyn, alors sultan, au Caire, pour
être employé dans la construction de la mosquée.
Le peu de peine qu'il en coûtait aux constructeurs arabes de l'Égypte
pour se procurer les colonnes, était désavantageux pour le
développement de la colonne en style arabe. Les colonnes des
monuments étrangers rendaient superflues la création de nouvelles et,
avec cela aussi, la composition de bases et chapiteaux arabes spéciaux.
En réalité, si nous faisons abstraction des
17
chapiteaux en forme de vase (en
arabe «Kolla», à cause de sa ressemblance avec
les vases en terre cuite où l'on garde l'eau), le chapiteau à
stalactites, qui est le chapiteau absolument arabe, ne se
rencontre que plus tard.
L'emploi du marbre se généralisa seulement vers le XIIIe siècle et les siècles
suivants, qui donnèrent les chefs-d'œuvre que
nous admirons aujourd'hui. Le marbre a trouvé son application
principale dans les travaux de placage, surtout dans les portails,
parfois d'une façon magistrale, parfois d'une façon gracieuse; mais
c'est spécialement dans les mosaïques murales et dans les
carrelages, que les artistes arabes surent tirer du marbre les plus
beaux motifs décoratifs.
La mosaïque a été faite de deux maniéres. Ou elle consiste en de petits
morceaux appliqués dans un lit de mortier, ou bien divers morceaux
sont scellés dans une seule pièce qui forme le fond
principal de l'ouvrage — incrustation.
Là où les contours des champs à incruster étaient trop mouvementés, ce
qui représentait beaucoup de travail à la taille, on préféra
remplir les dessins entaillés avec du mastic résineux. Ce mastic
se retrouve presque toujours dans la couleur rouge et noire.
Le musée ne possède pas une grande collection de ces modes de
revêtement; toutefois, on peut voir dans les mosquées des spécimens de ces
18
magnifiques travaux d'un fini
achevé et dont on ne saurait trop admirer la richesse de coloris
et la variété de dessin.
Les ornements dont on sculptait le marbre sont d'une exécution beaucoup
plus fine que ce qu'on trouve sur les pierres.
Le marbre comme la pierre de taille, mais particulièrement le
marbre, a été surtout employé à l'époque moderne dans la construction
des tombeaux, minbars, etc.
Le musée possède une riche collection de récipients en marbre
habilement taillés en plein bloc (Nos 34,
35, 110 etautres). Signalons, en outre, les supports de ces récipients
recouverts d'inscriptions, d'ornements ou d'animaux chimériques.
(Pl. II., No 34).
19
SALLE NO 1
1. — Plaque en marbre avec inscription
sculptée. — Long. 0m,
53. Texte de l'inscription: Au nom de Dieu
clément et miséricordieux.
2. — Marbre. Le nom d'Allah est sculpté
en relief. — Long. 0m, 46.
3. — Marbre gris (fragment) provenant
d'un tombeau. Inscription sculptée en relief: Il n'y a de divinité que Dieu. —
Haut. 0m, 34.
4. — Morceau d'une plaque en marbre
blanc avec inscription sculptée, traces de peinture. Provenant
d'un tombeau. — Haut. 0m, 18.
5. et 6. —
Fragments de pierres funéraires en marbre blanc à inscriptions
coufiques et provenant du cimetière de l'Imâm el-Chafey.
— Haut. 0m, 58 et 0m, 52.
7 et 8. — Pierres
calcaires, inscription en lettres coufiques. Provenant de la
mosquée el-Hâkem. Xe siècle.
— Larg. 0m, 35. — (Pl.
I).
9. — Marbre blanc. — Long.
0m, 35.
20
10. — Médaillon en marbre sculpté.
L'inscription est à la mémoire d'une mosquée fondée en 817 de
l'hég. (1414). — Diam. 0m, 26.
11. — Plaque en marbre blanc avec
inscription sculptée portant la date 1181 de l'hég. (1767).
— Long. 0m, 63.
Cette plaque est au nom d'Ahmed el-Sabt et provient de la fontaine
de la mosquée de Senàn pacha à Boulaq.
12. — Marbre. Fragment de pierre
tombale trouvé dans le cimetière de l'Imâm el-Chafey
et portant une inscription en écriture coufique. —
Haut. 0m, 38.
13. — Marbre blanc sculpté. Inscription
et ornements en relief. — Long. 0m, 32.
14. — Fragment d'une pierre funéraire
en marbre blanc portant une inscription gravée en
caractères coufiques. Du cimetière de l'Imâm
el-Chafey. — Long. 0m, 27.
15. — Fragment de marbre blanc sculpté.
Inscription en caractères naskh. — Long. 0m, 22.
16. Salsabîl (plaque de fontaine) en marbre
blanc sculpté. — Haut. 1m, 35.
Sur l'emploi de cette plaque, voir l'observation du No 3.
17. — Pièce d'une plaque en
marbre blanc sculpté et peint. — Long. 0m, 28.
18. — Marbre sculpté, traces de
peinture. De la mosquée el-Mârdâni. XIVe siècle. — Long. 0m, 69.
19. — Plaque sculptée, provenant du
mihrâb de la mosquée el-Badrieh, quartier el-Sâlehieh en
ville. Cette mosquée fut construite par Nâsser el-Dyn
PLATRES, PIERRES & MARBRES.
21
Dyn Ibn Mohamed Badr
el-Abbâssi, mort en 758 de l'hégire (1356). —
Haut. 0m, 61. (Pl. I).
La sculpture représente une lampe flanquée de deux chandelles.
Inscription de la lampe: Dieu est la lumière des cieux et de la
terre. (Voir le No 30 de la page 77).
20. — Fragment d'une frise en marbre
gris, les ornements entaillés en disposition contrariée
étaient autrefois remplis de stuc résineux. — Long. 0m, 70.
23. — Deux fûts de colonnes on marbre
blanc de forme octogonale, provenant d'une niche de
prière. Ornements sculptés. Xo
siècle. — Haut. 4,m82 et 2m, 00.
Les côtés sont alternativement ornementés de motifs
géométriques et de fauillages.
24. — Deux fûts de colonnes
en pierres agglomérées et taillées à facettes, provenant du
mihrâb de la mosquèe Haïdar Chaouïch à Mansoura.
— Haut. 2m, 00.
25 et 26. — Frise
en marbre blanc, incrusté de stuc résineux rouge et noir; les
ornements sont en disposition contrariée. Provenant de la
fontaine du sultan Kaïtbaï, construite vers la fin du XVe siècle au quartier Saliba.
— Long. 0m, 65 et 0m, 34.
22
27 et 28. —
Fragments de marbre blanc, incrustés de pierres rouges et noires.
— Long. 0m, 30 et 0m, 24.
29 et 30. — Deux
pièces de marbre blanc gravées d'ornements primitivement
enduits de stuc. — Long. 0m,
22.
Les pièces No 28 à 30 proviennent
soit du couronnement ou du soubassement d'une niche de
prière, soit du lambris d'une mosquée.
31. — Plaque de fontaine en marbre
blanc sculpté. Du sébil du sultan Farag qui se trouve devant
la porte de ville Bab Zoueila; commencement du XVe siècle. — Haut. 1m, 81. (Pl. II).
La bordure de la plaque est fort intéressnte à cause de la série
d'animaux qui y sont sculptés avec une habileté remarquable.
Les plaques analogues à celle-ci ainsi qu'à celle mentionnée sous le
No 46 étaient employées dans les
fontaines publiques. Elles étaient installées dans une niche, et
l'eau, avant d'arriver du réservoir aux bassins placés à la portée
du public, coulait le long de ces plaques, ce qui lui permettait de
se rafraîchir.
32. — Porte-jarre en marbre blanc;
ornements sculptés (presque effacés). Provenance de la mosquée
du sultan Kaïtbaï, XVe siècle.
— Long. 0m, 55.
33. — Porte-jarre en marbre blanc formé
d'une base de colonne et reposant sur quatre pieds. Provenance
de la mosquée Saghri Ouardi, à el-Saliba, au Caire. —
Long. 0,35.
Sur les pieds, inscriptions en caractéres coufiques enrichis
d'ornements.
34. — Jarre en marbre blanc couverte
d'arabesques. A la hauteur des anses, une phrase en
PLATRES, PIERRES & MARBRES.
23
caractère
coufique se répète; sa base est ornée de poissons
sculptés. — Haut. int. 0m, 70.
(Pl. II) Trouvée dans la mosquée de la princesse Tatâr
el-Hegazieh, fille du sultan Mohamed Ibn Kalaoûn, morte en
1359 après J.-C.
35. — Jarre à anses en marbre blanc,
taillée à côtes saillantes, provenant de la mosquée Om
el-Ghoulâm, 1254 après J.-C. — Haut. int. 0m, 70.
36. — Fragment d'une frise en marbre
blanc, ornements dorés. — Long. 0m, 68.
37. — Plaque oblongue en marbre gris
couverte d'arabesques, (voir la note du No 31). — Haut. 1m, 34.
38. — Margelle d'une citerne formée
d'une chapiteau byzantin en marbre, provenant de la mosquée
Zein el-Dyn à Darb el-Gamamiz, au Caire. — Haut. 0m, 30.
39. — Châhid (pierre tombale) avec
inscription gravée au nom de Nabîl Bek et daté de 1235 de
l'hég. (1819), — Haut. 0m, 98.
40. — Deux colonnettes en serpentine,
les fûts sont taillés à côtes; le chapiteau porte une croix
sculptée. Provenant de la mosquée de l'émir Kaoussoûn el-Sâki,
XIVe siècle. —
Haut. 2m, 50.
Les deux colonnes flanquarent la niche de prière de cette
splendide mosquée, aujourd'hui presque entièrement
disparue.
41. — Pierre funéraire sculptée, en
marbre blanc. L'inscription confique apprend que cette pierre
a été érigée par ordre « de notre seigneur et maître
l'imâm Hâfiz el-Dyn Allah, prince des
croyants…» — Haut. 0m, 82.
24
42. — Marbre blanc portant inscription
en sculpture. Du Hôch el-Ouâli au cimetière de
l'Imâm el-Châfey. L'inscription mentionne le nom d'el-Kaouâmi
el-Houssâmi. — Long. 0m, 73.
43. — Face d'un tombeau en pierre
calcaire blanche, ornementée et portant une inscription qui
relate la date 809 de l'hég. (1406). — Long. 0m, 90.
44. — Pierre tombale en grès
rougeâtre. Inscriptions en caractères coufiques. Xe siècle. — Haut.
0m, 44.
45. — Coin d'une voussure en calcaire
sculpté. Des rinceaux entourent un aigle aux ailes déployées;
trouvé dans le quartier de Bâb el-Charieh, au Caire. —
Long. 0m, 95.
La présence de l'aigle prête à ce fragment un grand
intérêt. A en juger par la taille des feuillages, on
peut le faire remonter jusqu'au temps des Fatimites.
46. — Fragment de marbre blanc sculpté.
Inscriptions en caractères naskh. — Long.
0m, 43.
47-50. — Pierres tombales en serpentine,
de forme irrégulière, inscription en
caractères coufiques. Provenant du cimetière
de Kôss, Haute-Égypte.
47. — Datée de 465 de l'hégire (1072).
— Haut. 0m, 47.
48. — Datée de 459 de l'hégire (1066).
— Haut. 0m, 60.
49. — Datée de 589 de l'hégire (1193).
— Haut. 0m, 60.
25
50. — Datée de 429 de l'hégire (1037). — Haut.
0m, 70.
51-53. — Pierres funéraires en diorite;
inscriptions sculptées.
51. — Inscription en caractères naskh, 443 de
l'hég. (1051). — Haut. 0m, 90.
52. — Inscription coufique. Datée de 590 de l'hég. (999).
— Haut. 0m, 72.
58 et 59. —
Pièces de marbre, provenant d'un tombeau. Le
caractère des lettres et les fleurs naturalistes
indiquent qu'elles sont d'époque moderne.
60-61. — Chapiteau byzantin en
marbre, trouvé dans la mosquée Kaoussoûn. — Haut. 0m, 40.
62. — Pierre tombale en marbre blanc,
portant des inscriptions gravées en caractères
coufifiques au nom de Hassan, fils de Houssein, et datée de
462 de l'hégire (1069). — Haut. 0m, 64.
63. — Base de colonne en marbre blanc
26
sculpté; provenant de la
mosquée Mourad pacha, au Caire. — Haut. 0m, 40.
64. — Pierre tombale en marbre blanc,
inscriptions coufiques gravées portant la date 262 de l'hégire
(875). — Haut. 0m, 68.
65 & 66. — Chapiteaux
corinthiens (un côté est lisse), en pierre rougeâtre, portant de
traces de dorure. Provenant de la mosquée de Kaoûssoun
el-Sâki. — XIVe
siècle. — Haut. 0m,
38.
67 & 68. — Porphyre rouge et
vert. Du placage mural. — Long. 0m, 34 et 0m, 31.
69. — Pierre noire avec lettres de
marbre blanc incrusté. — Long. 0m, 36.
70. — Marbre blanc à inscriptions
coufiques gravées. Fragment d'une pierre funéraire, datée de
la fin du IIIme siècle de l'hég.
— Long. 0m, 38.
71 & 72. — Plaques de marbre
blanc portant un écusson. Sur la face, un aigle aux ailes
déployées; à la base un calice. Provenance du bain démoli du
Wakf Aicha el-Hammamieh à Darb el-Gamamiz, au Caire. —
Long. 0m, 46. — (Pl. I).
73, 74 & 75. — Claveaux en
pierre noire, rouge et marbre blanc. Revêtement d'un arc.
— Long. 0m, 10.
77 & 78. — Fragments de
marbre blanc avec inscription sculptée. — Long. 0m, 13 et 0m, 25.
79. — Objet en pierre blanche ayant la
forme de trois assiettes attachées ensemble; trouvé dans les
décombres de la mosquée d'Ibn Touloun. — Long. 0m, 30.
27
80. — Fragment d'une plaque en marbre
à inscription coufique, provenant d'une des tables
commémoratives qui ont été posées à l'occasion de l'inauguration de
la mosquée d'Ahmed Ibn Touloun au IXe
siècle. — Long. 0m,
27.
On voit aujourd'hui, dans la mosquée d'Ibn Touloun, un grand morceau
de table commémorative scellé contre un pilier du sanctuaire. Il a
été retrouvé it y a cinq ans lors du déblaiement de ce
monument.
81. — Marbre blanc avec inscription en
caractères coufiques. — Long. 0m, 20.
82. — Pièce de marbre
sculpté, provenant de la mosquée el-Mârdâni, XIVe siècle, — Long. 0m, 12.
82. — Piéce de marbre sculpté, provenant
de la mosquée el-Mârdâni, XIVe
siècle. — Long. 0m,
12.
83-87. — Cinq fragments en plâtre
découpé, inscription en lettres coufiques. Détails de
l'encadrement d'une fenètre de la mosquée du sultan
el-Kâmel, construite en 1224 après J. -C. — (Pl.
I).
Les ruines de la mosquée du sultan Ayyoubite el-Kàmel Mohamed, neveu
du grand Saladin, sout situées dans la rue el-Nahassyn au Caire et
reposent sur une partie des fondations du petit château ouest des
Fatimites.
88. — Fragment de marbre blanc,
inscription sculptée en caractères coufiques, XVIe siècle. — Long.
0m, 27.
89. — Morceau de mosaïque murale en
marbre blanc et pierre noire, rouge et jaune. — Haut.
0m, 29. (Pl. I).
90. — Fragment d'une plaque en marbre
blanc, inscription gravée en caractères coufiques,
provenant du cimetière de la mosquée d'Amr Ibn
el-Ass, au Vieux-Caire. — Long. 0m, 29.
92. — Fragment de marbre blanc,
ornements sculptés. — Long. 0m, 48.
93. — Lustre (tannour) en bronze fondu,
repepercé à jour et ciselé, décoré d'ornements et
d'inscriptions. Provenance de la mosquée du sultan Hassan.
XIVe siècle. —
Haut. 2m, 00.
Le lustre a la forme d'un prisme octogonal disposé pour 110
luminaires. Les inscriptions sont au nom du sultan Hassan.
94. — Trois vitraux en plâtre découpé,
verres coloriés. Moderne. — Haut. 0m, 92.
95. — Marbre. Fragment de frise,
ornements sculptés. — XVIIe
siècle. — Long. 0m,
22.
96. — Trois vitraux de forme hexagonale
provenant d'une coupole démolie attenant au tombeau de l'lmâm
el-Chafey, au Caire. — Long. 0m,
32.
Ces fenêtres, simples dans la conception, sout d'une bonne époque.
97. — Bas-relief en pierre calcaire
représentant un lion tenant dans ses griffes une gazelle.
— Long. 0m, 75
Moderne.
98. — Porte-jarre à quatre pieds en
marbre blanc avec ornements et inscription coufique. Les côtés
sont décorés d'animaux chimériques. — Haut. 0m, 47.
100. — Plaque tombale en marbre à
inscription coufique en relief. — Haut. 0m, 67.
29
101. — Pierre tombale en syénite foncée;
inscription en naskh. — Haut. 0m, 59.
L'inscription est renfermée dans un dessin imitant le mihrab. Elle
mentionne le nom du cheikh Al oul-Houssein Ali, fils d'Absa, mort
en 637 de l'hég. (1239). Ce qui donne de l'intérêt à celle pierre,
c'est que le nom du graveur y est inscrit: «Fait par
Mohamed, fils de Hag Ahmed.»
102. — Pièce courbée en
calcaire blanc, à surface gravée d'ornements à fleurs. Le fond
est doré. — Haut. 0m, 34.
103. — Pierre tombale en serpentine.
— — Long. 0m, 22.
Le nom porté par cette stèle est celui de Yacoub, fils de
Youssef, fils d'Ibrahim du Kabyl el-Marâzi.
104. — Fragment de marbre; inscriptions
coufiques gravées sur ses deux faces. — Long. 0m, 68.
Don de M. le prof. Schweinfurth.
105. — Vase en calcaire à quatre
tètes d'oie. Moderne. — Diam. 0m, 15.
Don de M. le prof. Schweinfurth.
106. — Assiette en calcaire.
— Moderne. Diam. 0m, 15. Don
de M. le prof. Schweinfurth.
107. — Support (kelga) en marbre blanc
sculpté; ornements et inscription en caractères
coufiques, provenant de la mosquée Maklabaï-Tâz, au Caire.
— Haut. 0m, 44.
Analogue au N. 98.
108. Support en marbre blanc orné de
scuplptures, d'ornements et d'animaux chimériques à figure
humaine; provenant de la mosquée Zein el-Dyn à Darb el-Gamamiz, au
Caire. — Haut. 0m, 43.
— (PL. II).
109. — Support en marbre blanc à quatre
30
pieds, portant une
inscription coufique en relief (presque effacée); les deux côtés du
tambour sont ornés de colonnettes engagées. — Haut. 0m, 42.
110. — Jarre en marbre blanc provenant
de la mosquée Saghri Ouardi à Saliba, au Caire. —
Haut 0m, 60.
111. — Jarre en marbre blanc veiné de
gris; provenant de Zaouyet Seif el-Yazal, au Caire.
— Haut, 0m, 6.
112. — Milieu d'une fontaine en marbre,
les côtés portent des inscriptions coufiques sculptées.
— Diam, 0m, 49.
113 et 114. — Coin
d'un tombeau. Deux pièces de pierre couvertes
d'ornements et d'inscriptions naskh et coufiques richement
sculptés. — Haut. 0m, 92.
115 et 116. — Fûts
de colonne en marbre, provenant de la fontaine du sultan Kaïtbaï
près d'el-Azhar. — Fin du XVe siècle. — 1m, 69 et 0m, 69.
117 et 118. — Deux
bases appartenant aux fûts mentionnés sous les Nos précédents. — Haut. 0m, 19.
Ces deux colonnes décoraient autrefois les côtés de la niche de la
fontaine publique. Cette fontaine existe encore aujourd'hui et fait
partie de l'incomparable groupe de monuments que le sultan Kaïtbaï
a élevés dans le voisinage et au sud de la mosquée el-Azhar.
119. — Cadran solaire en pierre
calcaire. — Long. 0m, 59.
120. — Cadran solaire en marbre blanc
portant la date II63 de l'hégire (1749). — Long. 0m, 93.
121. — Plaque en marbre blanc; un côté contient
31
une inscription en lettres
coufiques gravées, l'autre côté porte une inscription en lettres
naskh. Larg. 0m, 50.
122. — Fenêtre en plâtre découpé et
verres coloriés. Moderne. — Long. 0m, 89.
124. — Plaque en marbre blanc,
inscriptions sculptées, en caractères naskh; provenant
de la mosquée Barkouk à el-Nahassyn. — Long. 0m, 30.
125. — Jarre en marbre gris.
— Haut. 0m, 66.
126. — Jarre en marbre blanc à trois
anses.— Haut. 0m, 66.
127-128. — Jarres en marbre blanc. xve siècle. A la hauteur des
anses est gravée l'inscription suivante:
Cette jarre (zîr) a été léguée,
pour cette fontaine bénie, par notre seigneur, le sultan, le
roi très noble, Aboul Nasr (le victorieux)
Kaïtbaï. Que sa gloire soit exaltée par Mohamed et sa
famille. — Haut. 0m, 53
et 0m, 61.
129. — Angle d'un tombeau en marbre
sculpté; inscriptions et ornements en relief. Trouvé dans la
mosquée el-Charkassi, rue Bein el-Sayâreg, au Caire. —
Haut. 0m, 86.
130. — Support de jarre en marbre blanc,
de chaque côté deux têtes en relief. — Haut. 0m, 43.
32
131. — Support de jarre en marbre
blanc; têtes et inscriptions coufiques sculptées. —
Haut. 0m, 12.
132. — Support en marbre blanc aux
angles arrondis. — Haut. 0m,
40.
133. — Support en marbre blanc (en deux
pièces). — Haut, 0m, 41.
Les jarres mentionnées dans les numéros servaient,
d'après Prisse d'Avennes, à contenir l'eau nécessaire aux
ablutions des grands personnages ou de certains particuliers.
Parmi les nombreuses influences qui ont agi sur le développement de l'art
arabe, la civilisation persane a été incontestablement un des éléments
les plus importants. L'art des Persans atteignit son apogée au IVe siècle après J.-C. Les
Perses, qui, à leur tour, doivent leur civilisation aux Assyriens, ont
fait revivre dans toute sa splendeur le grand art national au temps des
Sassanides (226-642 après J.-C.). A cette glorieuse époque
succède une période de décadence; l'empire arabe englobe la
Perse et, par une évolution toute naturelle, la civilisation arabo-persane
fait place à celle des Persans.
C'est donc plutôt à l'influence des Sassanides que l'art arabe doit en
partie son développement.
Il y a suffisamment d'indices que le goût persan a exercé son action sur
tous les pays de l'Orient, mais presque nulle part il ne se fait sentir
autant que dans l'industrie métallurgique.
Le critérium principal existe dans l'ornementation,
34
qui emprunte ses sujets aux
figures; cette ornementation figurée fut employée même
après que le nouveau culte se fût substitué à l'ancien dans
le pays des Persans.
Il ne faut donc pas s'étonner si, avec la technique du travail des métaux
dans les contrées environnantes, le motif figural s'est introduit chez
les praticiens, là où nous le trouvons en réalité en vogue,
jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Les
Arabes de l'Égypte, plus éloignés du centre de ce courant artistique
spécial, ne pouvant naturellement pas être aussi directement sous la
domination de cet esprit de création, assimilaient l'ornementation à
leur génie en se servant des motifs de caractère abstrait.1
1 Ceci n'exclut pas absolument l'idée que,
même en Égypte, on ne retrouve pas d'ornements avec des motifs
d'animaux, et cela même dans les ouvrages d'une époque assez
récente. Ainsi la mosquée de l'émir Kidjmâs
el-Ishâki a sur le heurtoir de sa grande porte deux
dragons; la porte du maziara (endroit pour garder l'eau) de la
mosquée Aboubakr Mazhar a un grand nombre de panneaux dans lesquels
les ivoires sculptés représentent des oiseaux, etc., etc.
Mais avant de nous occuper du chapitre des travaux métallurgiques, qui nous
permettra d'en suivre le développement à l'aide d'objets d'art, il
n'est pas inutile d'examiner ce qu'on sait de ces travaux d'une époque
lointaine, dont il ne nous reste malheureusement aucun spécimen.
Les plus anciens historiens orientaux, qui se plaisaient à raconter les
merveilles qui frappaient
35
leur vue, ne tarissent pas d'éloges
sur les travaux en métal de leur époque. Nâssiri Khosrau1
1 Sefer Nameh précité.
, le fameux voyageur qui de 1035 à 1042 a visité presque tout
l'Orient, ne peut jamais énumérer avec assez de complaisance les
œuvres qu'il a vues. Ce sont les lustres en or et en argent de
la ville de Sour (Tyr), ou bien encore les portes du Haram de
Jérusalem, revêtues de plaques de fer et de cuivre merveilleusement
travaillées et toutes couvertes d'arabesques.
En parlant de la mosquée el-Aksa, dans cette même ville, Nâssiri dit:
«Parmi ces portes, on en remarque une qui est en cuivre et dont
la beauté et la richesse confondent I'imagination. Le cuivre en est si
brillant qu'on le prendrait pour de l'or: il est couvert d'incrustations en
argent niellé et on y lit le nom du khalife Mamoun. Cette porte fut,
dit-on, envoyée de Bagdad par ce prince.2»
2 SEFER NAMEH, page 81: Mouqadessy fait une mention
spéciale de cette porte qui s'appelait «la grande porte
en cuivre.» Elle était située en face du mihrab et les
battants ne pouvaient en être ouverts que par un homme ayant les
bras longs et vigoureux. Les plaques de cuivre qui la recouvraient
étaient dorées.
M. de Vogüé a donné la copie de l'inscription que le khalife Mamoun
avait fait graver en 261 (831) sur quelques-unes des portes de la
mosquèe. — Le Temple de
Jéruslem, page 86.
» Elle devait donc dater au moins de la
première moitié du IXe
siècle.
36
Le même auteur a aussi l'occasion de rappeler les travaux en métaux qu'il a
vus en Égypte. Lorsqu'un ami lui procure l'entrée dans le palais des
Fatimites au Caire, la vue du trône du jeune sultan el-Mostanser le remplit
littéralement d'admiration.
Ce trône, de pur métal d'or et d'argent, était tout couvert de jolies
inscriptions et de scènes de chasse artistiquement travaillées.
Mais que doiton penser de l'industrie des métaux de la même époque, si
l'on étudie les pages de l'inventaire que l'historien el-Makrizi nous a
laissées dans son ouvrage d'après des mémoires
contemporains, lorsqu'il raconte, par exemple, le pillage du trésor
des Fatimites par la soldatesque du sultan el-Mostanser? Les mercenaires
turcomans soulevés dépouillent leur prince de richesses énormes qu'ils
se partagent entre eux, les estimant à vil prix. On croit lire la
nomenclature de trésors nés dans l'imagination d'un conteur. En dehors de
boisseaux d'émeraudes, de rubis, de perles, de cornalines et autres
pierreries, l'inspecteur du trésor mentionne dans son
procès-verbal quatre cents grandes cages d'or, six mille vases
d'or pour les fleurs, des cuves d'argent du poids de trois quintaux,
etc., etc.
Parmi les objets métalliques de fantaisie, il y avait également, en grand
nombre: des coqs, des paons, des gazelles, de grandeur naturelle, en or
37
incrusté do perles, do rubis; un
palmier d'or dans une caisse d'or. Enfin, Ibn Abd el-Aziz, inspecteur
du trésor, déclare dans son rapport que plus de cent mille articles
précieux et deux cent mille pièces d'armures ont été adjugés en
sa présence.1
1Égypte, par M. I. I. Marcel. — Paris,
1848.
Il serait trop long d'énumérer les diverses qualités
d'œuvres qui se trouvaient dans le trésor des princes fatimites
et qui donnent une si haute idée du degré de l'industrie du métal à cette
époque.
Tel est le récit qui avait cours vers l'an 1000.
Quant à la provenance de ce trésor, il convient de faire observer que
beaucoup de pièces devaient ètre d'une date
antérieure, en majecure partie importées, mais dont quelques-unes étaient
dues très probablement à la fabrication locale; cette
supposition paraîtra toute naturelle lorsqu'il s'agit, comme ici, de
princes d'Égypte aimant le faste et dépensant des sommes énormes pour
enrichir leurs collections.
De tous les travaux et merveilles de ces temps écoulés, rien ne nous est
parvenu2
2 L'unique monument que l'on dit dater de
cette époque est le griffon en bronze à Pise, qui fut,
d'après certains historiens, apporté d'Égypte en Italie
par le roi Amaury pendant les Croisades. Une description exacte
manque. Les inscriptions coufiques qui s'y trouvent, pourraient
bien donner quelques renseignements.
; c'est pourquoi nous ne pouvons que nous fier aux descriptions
enthousiastes des témoins oculaires.
38
Chose assez curieuse à noter, c'est le rapport qui existe entre les
œuvres précitées des Fatimites et celles des Persans; elles sont
également décorées de figures.
Les Fatimites, chiites eux-mêmes comme les Persans, étaient-ils en relation
avec ces derniers avant leur venue en Égypte, ou existait-il déjà,
antérieurement à cette date, des relations entre ces deux peuples? Nous ne
le savons pas. Il y a tout de même une circonstance qui donnerait
quelque créance à la première supposition, c'est que les
Fatimites, dès leur arrivée en Égypte, en construisant la
mosquée el-Azhar, y emploient les arcs de forme persane. Ils ne reviennent
que plus tard aux types qui leur sont fournis par les mosquées
existantes dans Fostât et les anciens quartiers. Il y a là plus qu'une
coïncidence; aussi, les liens devaient-ils nécessairement devenir encore
plus étroits dans le domaine de l'esprit entre les deux nations.
Entre ces temps reculés, où nous devons nous fier aux descriptions des
témoins oculaires, et l'époque qui nous a conservé des témoignages
réels de cette industrie, plusieurs siècles s'écoulèrent.
C'est la fin du XIIIe siècle qui nous
permet, grâce aux pièces conservées, de reprendre l'étude
de cette industrie. Cette étude peut être poursuivie presque dans toutes
les phases de son développement
39
à travers quelques
siècles, jusqu'au commencement du XVIe. Le fil de nos recherches nous conduit en Mésopotamie,
dernière source d'où la technique des métaux semble s'être
répandue sur les autres contrées de l'Orient.1
1The art of the Saracens in Egypt, by Stanley
Lane-Poole. — (Metal-work).
Il existe beaucoup de pièces sur lesquelles l'ouvrier a
inscrit son nom; le lieu le plus souvent mentionné est Mossoul.
Les produits de cette contrée se distinguent, en premier lieu, par les
représentations figurales: figures humaines, scènes de chasse,
animaux qui se poursuivent gravés au burin ou plus souvent incrustés
sur cuivre, sont les motifs favoris dans lesquels l'ouvrier de ce pays
aimait à s'exercer et que nous a vons déjà dit dériver des Persans.
Contemporainement à ces produits se trouvent des objets de fabrication
égyptienne. La matière des travaux est la même; mais, dans le
choix des sujets, les ornements sont plutôt conformes aux motifs que
nous connaissons et qui sont propres à toutes les fabrications d'Égypte, où
ils sont d'ailleurs très répandus.
En réalité, un coup d'œil suffit pour reconnaître sur les métaux
le même style de fleurs, le même système de compositions
polygonales et les mêmes caractère et texte que portent les grands
40
monuments du pays, produits
indubitablement égyptiens.
Parmi les quelques pièces choisies que possède notre
collection, il y a bien sur le koursi (table) du sultan Mohamed el-Nâsser
des représentations d'oiseaux1
1 Les oiseaux représentaient des canards et
faisaient allusion à «Kalaoûn» (qui signifie
canard en vieux ture), nom du père du sultan Mohamed
el-Nâsser. — The art of the Saracens in
Egypt, by Stanley Lane-Poole.
, mais elles se perdent et jouent un rôle secondaire
auprès des autres motifs d'ornementation végétaux et
géométriques.
D'après ce que nous venons de dire, il est plus que certain que
nous avons sous la main des produits du pays. Il est intéressant
d'apprendre d'el-Makrizi de quelle vogue jouissaient de son temps les
ustensiles de maison en cuivre incrusté. Dans le chapitre où il décrit les
divers marchés du Caire2
2Khitât el-Makrizi. Tome II, page 105.
, cet historien mentionne spécialement le marché des incrusteurs
à Misr, et dit quel
grand usage on faisait du cuivre incrusté.
Dans le trousseau des mariées, les cuivres jouaient un grand rôle; la mariée
aimait à avoir au moins un dikka (banc) de ce genre. On fabriquait de
la sorte de nombreux objets d'utilité et de luxe. Ils étaient toujours
richement travaillés,
41
et l'incrustation en argent et en
or y entrait pour la plus grande part. Il cite entre autres travaux
les ouvrages en métal que la « dame des turbans
», une « des filles des commerçants », a
reçus lors de son mariage. Un témoin oculaire a raconté à el-Makrizi
qu'il était présent lorsque Sitt el-Amâëm (le nom de la mariée)
envoya à son fiancé 100,000 darhems d'argent pour qu'il fasse réparer les dommages survenus au dikka.
L'historien clôt son chapitre en disant que, de son temps, on ne cherchait
plus à acquérir les cuivres incrustés que pour en extraire l'argent.
«Ce bazar, — ajoute-t-il, — ne
possède plus aujourd'huï qu'un petit nombre
d'ouvriers incrusteurs.»
On peut sûrement juger de la valeur qu'on a attribuée à des
pièces de dinanderie, de chaudronneric et aux ustensiles de
cuivre en général, par ceux de ces objets qui nous tombent encore à
présent entre les mains. On y trouve très souvent gravée toute
la série des noms des propriétaires successifs des objets en question.
Nous avons eu I'occasion de mentionner que les produits qui font le sujet de
ce chapitre furent fabriqués en cuivre et, en premier lieu, en ses
alliages. Chaudrons de grande dimension, coffres, tables, coupes,
brûle-parfums, lustres, lampes, etc furent tirés de ces métaux et richement
incrustés ou au moins gravés. Les portes ont été également décorées de
bronze; en un mot, aussi bien les
42
objets de nécessité
journalière que les pièces de luxe. Ces différentes
compositions se ressemblent tellement, que seule l'analyse chimique
peut établir entre elles une distinction.
Les documents que nous rencontrons en Égypte et que nous pouvons
incontestablement regarder comme produits du pays, sont le grand
nombre de portes plaquées et ornementées de la manière la
plus variée, les grilles, les lustres et quelques meubles. Ce que l'on a
recueilli de ces derniers dans les édifices religieux a été déposé au
musée.
Le plus ancien monument est représenté par les vantaux qui proviennent de la
mosquée Sâleh Telayeh1
1 La mosquée fut érigée par Sâleh Telayeh
ibn Rezik, en l'an 555 de l'hég. (1160). Elle existe encore devant
la porte de ville Bab Zoueila, mais en assez mauvais état. Bien
qu'après un tremblement de terre, en 1302. elle ait été
reconstruite par Seif el-Dyn Boktomour, les vantaux doivent être de
l'époque des Fatimites, à en juger d'après de style des
ornements du placage.
au Caire (annexe I, No 9). On y voit un
système de champs polygonaux arrangés en forme d'étoiles. Ces
pièces en métal fondu sont placées sur un mince placage en
cuivre jaune.
Tandis qu'ici les fontes sont unies, nous les trouvons gravées de fort jolis
dessins sur les portes provenant de la mosquée fondée en l'année 761
de l'hég. (1359) par la princesse Tatar el-Hegazieh, petite-fille du sultan
Kalaoûn. Le siècle
43
suivant nous fournit dans la porte
du tombeau du sultan Hassan (1356) les fins travaux d'incrustation en
or et en argent. Les deux vantaux de la mosquée du sultan Barkouk, aux
feuillages de bronze délicatement plaqués d'argent et ceux des
monuments d'el-Ghouri, qui datent des Mamlouks circassiens, démontrent que
cet art fut exercé avec la même habileté qu'aux époques antérieures.
Les lampes et les lustres de la collection se présentent sous des formes
très variées, qui embrassent les XIVe et XVe siècles. Ces lustres
consistent en une espèce de construction à galeries
destinées à recevoir de nombreuses veilleuses. Au-dessous du tout pendait
originalement le plateau, comme on le voit encore au No 107 de la 2me salle. Il devait empêcher que l'huile ne se répandît sur les
fidèles et masquer en même temps avantageusement l'intérieur
assez peu élégant du lustre.
La pièce citée est en partie repoussée et gravée d'ornements qui
nous révèlent le style des derniers princes régnants
circassiens. Elle a été apportée de la mosquée el-Ghouri, fondée en
1503 après J.-G.
Les petits lustres en forme de dôme couvrant le plateau à veilleuses font
l'effet de dentelles, tant ils sont patiemment ajourés.
Les grilles étaient aussi un objet de grand soin, surtout celles placées
devant les fenêtres des sébils. Les noeuds, souvent, portent gravés des
44
noms d'Allah ou des rank (blason) du fondateur, mode fort en vogue au
XVe siècle.
Mais ce qui dénote une rare habileté de la part des ouvriers en
matière de goût et de technique, ce sont les koursis, dont un
déjà a été mentionné plus haut, et la petite
caisse-bibliothèque de la collection. Les quelques points d'or
visibles sur cette dernière, accusent un précieux travail,
qui se trahit d'aillcurs par la fine conception des motifs, parmi lesquels
on remarque tout d'abord une ravissante bordure en inscription coufique.
La beauté de ces objets en métal gravés et incrustés les faisait rechercher
en Europe depuis fort longtemps. Un grand nombre d'objects d'art qui
se trouvent dans les diverses collections prouvent clairement que le
développement de travaux parcils en Europe est dû en partie à
l'influence de l'Orient.
Depuis le XVIe siècle, les bronzes sont
d'un usage restrcint. Ils manquent presque entièrement sur
les portes des mosquées ou des constructions publiques; l'emploi en est
limité à quelques lames ou rosaces1
1 Prisse d'Avennes, vol. I, pl. C. VI, nous
montre la porte de la mosquée Khanka et lui assigne comme date
d'origine le XVIIIe siècle. Cette porte est couverte d'un travail en bronze
d'un bon style. Il a été impossible de trouver une mosquée de ce
nom, découverte que j'aurais bien voulu faire pour vérifier s'il
n'y a pas erreur. Cette porte ne me semble pas être d'une date
aussi récente.
45
Aussi les grilles, qui auparavant étaient composées de plusieurs
pièces et ajustées à grand' peine, se fondent ensuite en une
seule pièce. Vers la scconde moitié du XVIIIe siècle, les dessins que nous
rencontrons dénotent une influence occidentale.
En dehors des bronzes, c'est au fer que les artisans orientaux ont osé
s'attaquer.
Il y avait lieu de mentionner à la page 35 Nassiri Khosrau, qui dit que les
portes du Haram de Jérusalem contenaient du fer dans leur
revêtement. En parlant des portes de Mehdyèh1
1 Mehdyèh fut fondée en l'année
303 de l'Hègire (916) par Ahmed ibn Ismayl el-Mehdy,
dont on fait remonter l'origine à Husseïn, fils d'Aly. Cette ville
est bâtie sur une langue de terre qui s'avance dans la mer. Elle
était entourée d'une muraille fort élevée, et si large que deux
cavaliers pouvaient y passer de front. Les portes étaient en fer
massif, et chaque battant avait le poids de cent cantars. Deux des
portes de la ville avaient quatre battants: elles donnaient
accès à un passage voûté qui pouvait abriter cinq cents
cavaliers. Les fortifications de la ville furent achevées en 305
(918) et Ahmed el-Mehdy vint y établir sa résidence au mois de
Chewal 308 (Mars 921). Selon Abou Obeïd Allah el-Bekry, chacune des
portes de Mehdyèh pèse mille quintaux et a
trente coudées de hauteur; chacun des clous dont elle est garnie
pèse six rathl. Sur ces portes on a représenté divers
animaux. Le port, creusé dans le roc, est assez vaste pour contenir
trente navires. Yaqout, Moudjem, tome IV,
pages 693-696. Description de l'Afrique
septentrionale, par el-Bekry, traduite par Mac Guckin de
Slane, Paris 1859, pages 73-75. — Sefer Nameh, page
120.
, il affirme même qu'elles étaient en fer massif et que chaque
vantail pesait 100 quintaux et avait une hauteur de 30 coudées.
46
Par cette citation, et d'autres encore, on voit aisément que les Orientaux
ont exercé aussi l'industrie du fer, bien que sur une échelle plus
modeste. Il n'y a aucun doute que les Arabes d'Egypte soient restés en
arrière des autres Orientaux dans cette pratique.
Les plus anciens objets en fer qui se présentent dans le pays sont les
grilles de quelques mosquées. Elles sont forgées et consistent en
bâtons verticaux qui passent par les noeuds des baguettes
horizontales: travail assez primitif.
Il est tout de même curieux qu'el Makrizi, en décrivant la mosquée de
Mohamed el-Nâsser à la citadelle, trouve qu'il vaille la peine de
parler des grilles en fer de ce monument. Les grilles existent encore
de nos jours et elles sont précisément de la qualité décrite.
Il mentionne à la même place la Maksoura (place réservée) qui était entourée
d'une grille en fer; peut-ètre cette dernière
était-elle plus artistiquement travaillée.
Quelques portes, dans la collection, qui sont armées de têtes de clous,
offrent un mode de décoration assez habile. Les têtes sont forgées en
diverses formes de polygone et sont disposées de façon à présenter des
rosaces. L'effet en est joli.
Il semble que cette manière d'armer les portes par des clous
était un moyen très répandu dans le pays. Elle s'est conservée
jusqu' à beaucoup
47
plus tard, et encore de nos jours
on peut voir à l'entrée des quartiers (hêra) ces vantaux mienfoncés
dans le sol. Ils étaient destinés dans le temps à les protéger contre les
agressions des turbulents mamelouks.
En matière d'armes, la collection du Musée ne possède
rien. Pourtant leur commerce, et très probablement aussi leur
fabrication, devait fleurir au Caire. Les historiens nous ont conservé
le souvenir d'un marché d'armes qui se trouvait, vers le XIIIe siècle, «entre les deux
châteaux» (la rue el-Nahassyn d'aujourd'hui). Les monuments
du sultan Kalaoûn occupent une partie de l'aire de ce marchè. Le
souk el-selâh (marché d'armes) se trouve actuellement non loin de la
mosquée du sultan Hassan, mais il n'a pas hérité de la renommée de l'ancien
marchée; aussi les beaux produits en sont-ils disparus, et ce qu'on y
débite mérite à peine la curiosité des visiteurs.
48
SALLE NO 2.
1. — Chandelier de mosquée, en cuivre
jaune gravé d'inscriptions en beaux caractères,
provenant de la citadelle du Caire. — Haut. 0m, 37.
2. — Chandelier, en cuivre jaune, ayant
des traces d'incrustation en argent. Fin du XIIIe siècle. — Haut. 0m, 41. (PI. V). — L'inscription est
au nom de Houssâm el-Dyn Ladjyn et mentionne la mosquée d'Ibn
Touloûn. Ladjyn monta sur le trône d'Égypte sous
le nom d'el-Melik el-Mansoûr (le roi victoricux), en 1296
après J.-C. C'est ce sultan qui restaura la mosquée d'Ahmed
ibn Touloûn, et le chandelier est un des dons de ce roi.
3. — Partie d'un vase en cuivre gravée
d'ornements et d'inscriptions. — XIVe siècle (?) — Haut. 0m, 48.
L'inscription contient le mot el-Nassiri (de el-Nâsser), très
probablement le sultan Mohamed el-Nâsser.
4. — Vase à couvercle (lampe?) en cuivre,
à ornements et inscriptions repoussés, provenant de la mosquée du
sultan Hassan. — XIVe
siècle. — Haut. totale 0m, 14. — (PI. IV).
L'inscription est au nom du sultan Hassan.
MÉTAUX
49
5. — Base d'un croissant gravée
d'ornements et d'inscriptions. — Haut. 0m, 20.
L'inscription est aux louanges d'un sultan.
6. — Partie supéricure d'un vase dont le
bord est décoré d'ornements et d'inscriptions gravés provenant de
la mosquée du sultan Barkouk, en ville. — Haut. 0m, 19.
7. — Partie d'un vase en cuivre, gravée
d'ornements et d'inseriptions. — XIVe
siècle (?) — Haul. 0m, 23.
L'inscripton contient les mots le seigneurial el-Almaz.
8. — Fragment d'un vase en cuivre
portant ornements et inscriptions gravés, provenant de la mosquée
du sultan Barkouk, en ville. — Haut. 0m, 14.
9. — Vase en forme de coupe, en cuivre,
gravé d'ornements et d'inscriptions. — Haut. Cm, 40. — (P1. V).
10. — Vase. L'inscription en vers lui donne
le nom de tâss. — Haut. 0m, 37.
12. — Koursi (table) en cuivre jaune
richement ornementée en gravure et perceée à jour. Les lignes
principales des arabesques sont incrustées d'argent.
Provenance de la mosquée du sultan Mohamed el-Nâsser, trés probablement de
l'epoque de ce roi. — XIVe
siècle. — Haut. 0m, 70.
50
13. — Koursi (table) en cuivre jaune.
Les côtés sont divisés en plusieurs panneaux par des baguettes à
inscriptions dont les lettres sont plaquées en argent ;
d'autres baguettes portent des ornements pareillement incrustés; les
compartiments sont percés à jour et gravés. Ils sont ornementés ou
d'inscriptions ou d'arabesques dont une partie est incrustée d'argent.
Sur le plateau, il y a à remarquer la rosace du milieu en lettres
coufiques et les petits champs animés de canards. Provenance du
Moristan du sultan Kalaoûn. Commencement du XIVe siècle. — Haut. 0m, 82. — (Pl. III et IV).
Le groupe du monument du sultan Kalaoûn fut commencé sous le
règne de Kalaoûn en l'année 1284, et achevé
par son fils Mchamed el-Nâsser. L'inscription de la table fait l'eloge
de Kalaoûn.
14. — Deux fragments de plaque en
cuivre jaune, gravés d'inscriptions, dont une petite partie est
encore plaquée d'argent. — (Pl. VI).
Les plaques sont encadrées des trois côtés d'une bordure de cuivre
fondu, perforé et grave d'ornements. Provenance d'une porte
de la mosquée funéraire du sultan Parkouk au désert
Kaïtabaï. — (XIV3
siècle). — Long. 0m, 39 et
0m, 41.
15. — Deux pièces de bordure en
cuivre jaune fondu, à fleur de lis à jour, provenant d'une porte.
Long. 0m, 21 et 0m,
34.
16. — Plateau inférieur d'un lustre en cuivre jaune, repoussé
et ciselé d'ornements, inscriptions et figures d'animaux, provenant de
la mosquée du sultan Hassan. — Diam. 0m, 75.
MéTAUX
51
17-20. — Quatre plaques en cuivre jaune,
ciselées d'ornaments, provenant d'une porte du tombeau du sultan
el-Ghoûri. XVIe siècle.
— 17: Long. 0m, 34. —
18: Long. 0m, 27. — 19: Long, 0m, 27. — 20: Long. 0m, 34.
21. — Coin d'un panneau en cuivre jaune
à ornements repoussés et gravés. Long. 0 m,
24.
22. — Plaque en cuivre jaune ciselée
d'inscription coufique dont les lettres entrelacées forment un
très bel ornement. Le fond est également enrichi
d'arabesques. — Long. 1 m, 04.
23. — Plaque (fragment) en cuivre jaune
gravée d'inscriptions en jolis caractères, au nom du
sultan Mohamed el-Nâsser. — XIVe
siècle. — Long. 0 m,
21.
24 & 25. — Deux plaques en cuivre
jaune avee inscriptions et ornements gravés, provenant d'une
porte. — Long. 4 m, 31.
L'inscription est à la louange d'un sultan. D'après le
caractère du travail, les plaques datent du XVe siècle.
26-31. — Six plaques en cuivre jaune,
gravées d'inscriptions et d'ornements: — 26:
Long. 0m, 85; — 27: Long. 0 m, 86; — 28:
Long. 0m, 69; — 29: Long. 0m, 81; — 30: Long. 0m. 39;
— 31: Long. 0 m,
70.
Ces plaques provioanent de la jo'ie mosquée qui, d'après le
texte de l'inscription, a été érigeé par Ezbek el
Youssefi, Ras Noubat el Naouâb1
1 Chef des gardes du sultan.
, en l'année 900 de l'hégire (1495). La mosquée subsiste encore;
elle est située au quartier de Birket el Fil. Les cuivres ont décoré
des portes que l'on a trouvées dans cette mosquée.
Ces plaques, ainsi que les objets suivants, Nos
49 à 55, sont les restes de la mosquée Ezbek, disparue, qui se trouvait
à droite de l'entrée du Mouski. Cette mosquée fut élevée au XVe siècle par Ezbek ibn Tatach,
qui est qualifié, dans l'inscription ciselée, du titre Atâbek el Assâker; c'est-à-dire
généralissime.
Ce personnage, qui a donné son nom au quartier de l'Ezbékieh, ne doit
pas être confondu avec son contemporain Ezbek el-Youssefi, dont nous
avons parlè plus haut.
49 & 50. — Deux équerres en
cuivre jaune fondu et travaillé à jour, à surface gravée.
Provenant d'une porte. — Long. 0m, 13.
51-53. — Trois fragments d'équerres
décrites dans le numéro précédent. — 51: Long. 0m, 13; — 52: Long. 0m, 44; — 53: Long. 0m.44.
54 & 55. — Heurtoirs en cuivre
jaune fondu et ciselé d'ornements. — Long. 0m, 34.
56. — Lance en fer trouvée dans la
mosquée du sultan el-Ghoûri. — Long. 0m. 70.
57. — Caisse de Koran en bois, plaqué de
cuivre jaune, richement ciselée et incrustée d'argent et d'or (peu
de vestige); fond en stuc noir. L'inscription, en beaux
caractères coufiques et soulous, ne donne aucune date
historique. Cet
MÉTAUX
53
objet remarquable a été trouvé
dans la mosquée funéraire du sultan el-Ghoûri au Caire. —
Long. 0m, 44; Haut. 0m, 28. — (Pl. V).
58. — Serrure en bois (dabba) plaquée
d'argent, à ornements repoussés, provenant du tombeau de Sayadi
Abd-el Al, à Tantah. — XVIIe
siècle. — Long. 0m,
21.
59. — Serrure en bois analogue au numéro
précédent, provenant de la ville de Mansourah. — Long.
0m, 17.
60. — Serrure en bois plaquée d'argent, à
ornements et inscriptions repoussés, provenant de la mosquée de
Sayeda Zeïnab au Caire. — Long. 0m,
26.
61 & 62. — Deux boules en argent
doré avec inscription ciselée au nom du sultan Moustapha, fils de
Mohamed.
Nous relevons dans l'inscription la date de 1032 de l'hégire (1623).
— Diam. 0m, 21.
Provenance du tombeau de Sayed el-Badaoui à Tantah.
63 & 64. — Aiguières
en cuivre jaune, revètues de nacre. — Haut. 0m, 18 — (Pl. IV).
65. — Trois anneaux de pied (Kholkhâl)
en argent, provenant d'un tombeau de la Haute-Égypte.
66. — Vingt-quatre flèches en fer
trouvées dans la couverture en bois de la rue el-Ghourieh entre
les monuments de ce nom. Lorsque cette couverture fut enlevée en 1882,
on a trouvé que
54
poutres et planches étaient
littéralement piquées de ces flèches. — Long.
0m, 04.
67. — Quatre pièces de monnaie en
or, une en argent et plusieurs pièces de monnaie en
cuivre, trouvées pendant la démolition de quelques maisons à
el-Ghourieh, au Caire.
68. — Partie inférieure d'un croissant en
cuivre jaune gravée d'inscriptions et d'ornements. —
Haut. 0m, 20.
Le texte de l'inscription relate les titres d'un mamelouk.
69. — Pièce supérieure d'un vase
en cuivre, gravée d'inscriptions donnant les titres d'un mamelouk.
— Haut. 0m, 20.
L'inscription du bord est gravée d'un ornement en forme de bande,
interrompue de médaillons portant comme écussonle losange.
70. — Porte-turban de cénotaphe en
cuivre, du tombeau de Sayed el-Badaoui, à Tantah. —
Haut. 0m, 22
71. — Plaque en cuivre rouge à
inscriptions repoussées, provenant d'une porte voisine de la niche
de prière de la mosquée d'Ibn Touloun. XIIIe siècle. — Long. 1m, 40.
L'inscription est au nom du sultan Ladjyn, restaurateur de cette
mosquée, et date de la fin du XIIIe
siècle.
72. — Monnaies en cuivre, provenant
d'une maison démolie à el-Ghourich, au Caire.
73. — Deux bougeoirs en cuivre jaune fondu
et tourné. — Haut. 0m, 41.
74. — Deux bougeoirs en bois tourné
munis d'assiettes en fer-blanc; travail très primitif.
— Haut. 0m, 35.
MÉTAUX
55
75. — Un bougeoir en cuivre jaune fondu.
— Haut. 0m, 21.
76. — Idem. — Haut. 0m, 38.
77. — Un bougeoir avec plateau perforé
en cuivre jaune fondu. — Haut. 0m, 55.
78. — Partie de lampe en cuivre jaune
fondu. — Diam. 0m, 20.
79. — Bougeoir à plateau perforé, en
cuivre jaune fondu. — Haut. 0m,
41.
80. — Partie supériure d'un bougeoir à
quatre branches, en cuivre jaune. — Haut. 0m, 25.
81. — Suspensions pour ampoule, en
cuivre jaune.
Des huit branches inférieures, il en manque quatre.
82. — Suspension pour ampoule en
fer-blanc à vingt branches.
83 & 84. — Plateau en cuivre
rouge à quatre bougeoirs. — Diam. 0m, 34.
85. — Plateau à trois bougeoirs en
cuivre jaune. — Long 0m, 26.
86. — Vingt et un plateaux (et deux
fragments) de suspensions, en cuivre jaune fondu et perforé.
— Diam. 0m, 46.
Il y a deux spécimens de dessin.
87. — Trois lampes d'étudiants, en cuivre
jaune fondu et tourné. — Haut. 0m, 72 — 0m, 78.
88. — Lampe en cuivre jaune percé à
jour, provenant de la mosquée de Sayed el-Badaoui, à Tantah.
— Diam. 0m, 22.
56
89. — Cinq coupes en cuivre jaune fondu,
provenant d'une fontaine publique. — Haut. 0m, 11.
90. — Six coupes en cuivre jaune fondu
et gravées d'inscriptions au nom du sultan Mahmoud. —
XVIIIe siècle. — Haut.
0m, 13.
Ces coupes portent la date 1164 de l'hégire (1750); elles ont été
enlevées de la fontaine érigée en 1760 par le sultan Moustapha,
père du sultan prècité. Cette fontaine se trouve
vis-à-vis de la mosquée de Sayeda Zeinab, au Caire.
91. — Deux heurtoirs en cuivre jaune fondu
et perforé. — Long. 0m, 23.
92. — Heurtoir en cuivre jaune
richement ciselé. — Diam. 0m,
23. — (Pl. VI).
93. — Enclume d'un heurtoir en cuivre jaune.
— Haut. 0m, 11.
94. — Heurtoir en cuivre jaune, fondu,
perforé et gravé d'ornements. — Long. 0m, 25.
Sur le disque du centre, on distingue les traces d'un blason.
95. — Treillage en fil de laiton
provenant d'une fenêtre.
96. — Treillage analogue au précédent.
— Diam, 0m.72.
97. — Bouclier en tresse; au centre, plaque
de fer provenant de la mosquée du sultan el-Ghoùri. —
Diam. 0m, 47.
98. — Quinze chaînes de lampe à
suspension, en cuivre jaune.
99. — Partie supérieure d'un grand
croissant en cuivre rouge. — Haut. 1m, 63.
100. — Partie supérieure d'un croissant
en cuivre. — Haut. 0m, 65.
MÉTAUX
57
101. — Partie supérieure d'un croissant
en cuivre. — Haut. 0m, 80.
102. — Croissant en cuivre. —
Haut. 0m, 71.
103. — « «
« portant des traces de dorure. — Haut. 0m, 80.
104. — Fragment d'un croissant en cuivre.
— Haut. 0m, 53.
105. — Idem. — Haut. 0m, 36.
106. — Croissant, en cuivre jaune, muni
d'une plaque gravée d'inscriptions sur ses deux faces; provenant
de la mosquée du sultan Hassan. — XIVe siècle. — Haut. 0m, 34.
107. Lustre à plateau en cuivre jaune percé à jour
et repoussé, ornements et inscriptions en ciselure, provenant de la
mosquée du sultan el-Ghoûri. — XVIe siècle. — (Pl. VII). — Haut. 2m, 60.
Ce lustre a 160 veilleuses et porte quatre tourelles dans sa partie
supérieure.
C'est un des rares lustres complets, ayant conservé le plateau qui sert
á empêcher l'huile de tomber sur les fidèles.
Ce plateau sert en même temps à dérober à la vue la construction
grossière de l'intérieur des lustres.
108. — Lustre en cuivre jaune. Le plateau
a sept veilleuses; le couvercle, en forme de dôme, est gravé
d'inscriptions; provenant de la mosquée de Sayeda-Zeinab, en ville.
— Diam. 0m, 38.
109. Lustre analogue au précédent, provenant de la
mosquée de Sayed el Badaoui, à Tantah. — Diam. 0m, 32.
Le dôme est percé à jour.
58
110. — Lustre en cuivre jaune à sept
veilleuses et neuf branches. Le corps a la forme d'un tronc de
pyramide hexagonale; il est ciselé d'inscriptions et d'ornements.
L'inscription est au nom de Kidjmâs, grand écuyer (Émir Akhor).
Les médaillons, au milieu des côtés, contiennent en gravure le
blason (rank) de l'émir. — Haut. 1m,
10.
L'émir Kidjmâs était un diguitaire du sultan Kaïtbaï. C'est à cet émir
que nous devons une des plus jolies et des plus riches mosquees de
l'époque de Kaïtbaï au Caire. Elle se trouve située à l'entrée de la
rue Darb el–Ahmar et fut érigée en 886 de l'hég. (1481).
Ce monument est en voie de restauration.
111. — Grand plateau inférieur d'un lustre,
en cuivre. Les médaillons contiennent une inscription aux louanges
d'un sultan.
112. — Huit pièces de bronze,
fondues, ajourées et gravées d'ornements, provenant des volets de
la mosquée du sultan Barkouk, en ville. — XIVe siècle. — Long 0m, 24-0m, 60.
113. — Vase (lampe?) en cuivre, à trois
anses. Haut. 0m, 41.
114. — Deux pièces d'applique en
cuivre gravées d'inscriptions, ornementées et incrustées d'or et
d'argent, provenant d'une cassette. Trouvées dans la mosquée du sultan
Barkouk. — Long. 0m, 33.
115. — Lame de serrure en fer, provenant
de la porte principale de la mosquée Barkouk, en ville.
— Long. 0m, 85.
MÉTAUX
59
116. — Dix vitraux découpés en plàtre à
verres coloriés. — Haut. 0m, 52,
-1m, 55.
Ces vitraux sont d'une date récente.
117. — Plateau inférieur d'un lustre en
cuivre jaune, gravé d'inscriptions et d'ornements. —
Diam. 0m, 78.
La verrerie a joué, en tous temps, un grand rôle dans l'industrie et
dans l'art des Orientaux.
Les traces de cette industrie sont visibles, à travers les différentes
époques, jusqu'au temps des Byzantins, chez lesquels, bien que les
monuments nous fassent défaut, l'art de la verrerie devait avoir
une grande importance, si nous nous en rapportons aux écrits de
l'époque.
Pour ce qui était de cette industrie chez les Persans, le cabinet des
médailles de la Bibliothèque Nationale de Paris nous fournit
un admirable spécimen datant du VIe
siècle.1
1L'Art de la verrerie, par Gerspach.
— Paris. Page 81.
Chez les Arabes, en Égypte, les plus anciens produits ayant un
caractère de certitude historique sont les petits disques en
verre (No 5), qui servaient comme étalons
de poids et dont plusieurs datent des premiers temps de la
domination musulmane en Égypte (VIIe
siècle après J.-C.).
Quelle a été l'importance de l'industrie du
61
verre en Orient vers le XIe siècle, les historiens de
cette époque nous le disent, et Nassiri Khosrau, en particulier, nous
fournit des renseignements précis à ce sujet. Les écrits laissés par ce
célèbre voyageur dont nous avons déjà parlé, sont une
source précieuse pour l'étude des villes, des constructions et de
l'industrie de l'époque.
Il parle souvent avec admiration des produits qui l'ont frappé pendant
le cours de ses voyages et, en ce qui concerne l'Égypte, il relate un
marché de lampes (Souk-el-Kanadil) qui se trouvait à Misr, à côté
de la mosquée d'Amr.
Cet auteur fait aussi mention de cristaux de roche fort bien
travaillés.1
1Sefer Nameh. Page 149.
«J'y ai remarqué aussi, dit-il, du cristal de roche
de toute beauté et artistiquement travaillé par des ouvriers pleins
de goût», et encoure: «Il avait été apporté du
Maghreb, mais on disait que récemment on en avait reçu de la mer
de Qoulzoum (mer Rouge).»
Sans doute, ce cristal, qui venait de la petite ville de Qoulzoum, ne
devait être travaillé qu'en Égypte, car il n'est pas probable qu'une
industrie aussi considérable que celle du cristal ait pu être
exercée dans une ville aussi peu importante que Qoulzoum.
A la page 151, il est parlé d'un verre de grande valeur: “On
fabrique aussi un verre transparent
62
d'une grande pureté qui
ressemble à l'émeraude, on le vend au poids….»
et, plus loin, à la page 153: «Dans le Bazar, les baqqals,
les droguistes, les quincailliers fournissent eux-mêmes les
verres, les vases en faïence et le papier qui doit contenir ou
envelopper ce qu'ils vendent. Il n'est donc pas nécessaire que
l'acheteur se préoccupe de ce que doit contenir ce qu'il
achète».
Quel devait done être le développement de l'industrie du verre, dans un
pays où l'on donnait, par-dessus la marchandise achetée, des objets
en verre sans en réclamer le prix!
Les chroniqueurs du moyen-âge constatent aussi que l'art de la verrerie
a continué à fleurir chez les Orientaux.
(XIVe siècle), remarque en
parlant de la ville de Halep, que «nulle part, dans le
monde entier, l'on ne voit de plus beaux objects en verre. Quand on
entre dans le bazar où on les vend, on ne peut se déterminer à en
sortir, tant l'on est séduit par la beauté des vases qui sont
décorés avec une élégance et un goût merveilleux.»
A cette époque, toutes les villes de la côte de Syrie possédaient des
verreries. L'histoire nous a même conservé un traité conclu entre la république
63
de Venise et Tripoli de Syrie,
réglant l'exportation des verres brisés.1
1 Dans le traité que Beêmond VI, prince
d'Antioche et comte de Tripoli, conclut le 4er Juin 1277 avec I. Contarini, doge de
Venise, nous trouvons la stipulation suivante: «Et
si Vénicien trait verre brizé de la ville, il est tenuz de
payer le dhime». Sefer Nameh Page 42.
Revenons à l'Égypte et voyons quelles sont les données que nous avons à
notre disposition, afin d'établir, en dehors des documents
historiques mentionnés, l'existence et le développement de la
verrerie. Nous avons en premier lieu, comme preuve indiscutable, les
disques en verre mentionnés plus haut, qui ont été trouvés dans les
buttes de décombres qui entourent la ville du Caire et dont les
musées et les particuliers possèdent des collections
remarquables.2
2 Voir Rogers bey: Glass as a material
for standard coin weights. Du même: Unpublished glass weights
and measures, ainsi que la publication sur cette
matière de M Casanova: Etude sur les inscriptions
arabes des poids et mesures en verre (colection Fouquet et
lnès), dans la communication faite à l'Institut égyptien
en 1891.
Parmi ces estampilles, étalons de poids, etc…, on trouve de
très belles perles en émail, des fragments de bracelets, des
ampoules et d'autres menus objets de verrerie.
Le No I du musée nous montre les phases de
la fabrication des perles et les différentes qualités de l'émail
filigrané que les Vénitiens ont exploité
64
si avantageusement dans leur
célèbre industrie du verre.1
1 Nous devons cette collection à M. le
docteur Fouquent, du Caire, l'intelligent et infatigable
collectionneur.
Le plus riche trésor de la verrerie de l'Égypte musulmane est représenté
par la collection des lampes en verre émaillé exposées dans la 3me Salle. Le nombre des lampes dépasse
soixante, les fragments non compris. Ces lampes mettent en
évidence l'habileté des verriers, tant par la conception, la
variété des ornements et la beauté des inscriptions, que par la
perfection du travail et la coloration des émaux. Les petites bulles
d'air, défaut de tous les verres d'Orient, n'enlèvent rien à
la beauté de nos lampes.
Les lampes ont toujours la même forme et sont faites de façon à pouvoir
être suspendues ou posées. On les utilisait en accrochant aux
bords une veilleuse; l'huile n'était donc pas en contact avec les
parois de la lampe, et elles étaient suspendues à des chaînes en argent
ou en laiton.
Il y a certains points de détail à propos de l'industries des verres qui
ne sont pas suffisamment élucidés, et il n'y a rien d'étonnant, par
conséquent, à ce que les produits d'un pays aient été parfois
attribués à un autre.
Mais on ne peut mettre en doute que ces
65
superbes lampes ne soient un
travail du pays; car il n'est pas admissible de supposer que les
Égyptiens eussent préféré importer des objets aussi fragiles que le
verre, plutôt que de le fabriquer directement en Égypte, pays de
l'industrie du verre par excellence et où plus tard les vénitiens
vinrent eux-mêmes chercher la soude nécessaire à la fabrication de
leurs produits.
Cet argument doit nous paraître concluant, si nous pensons à ces
puissants sultans fastueux et protecteurs des beaux-arts qui ont fait
de l'Égypte leur principale possession, et du Caire leur résidence
préférée.
L'énumération des richesses de Mostanser, sultan Fatimite, qui a vécu de
1035 à 1094 après J.-C., nous porte, avec la fantaisie, aux
contes des Mille et une Nuits.
Il est vrai qu'en 1569, le grand vizir donna aux verreries de Murano,
par l'entremise de l'ambassadeur de Venise, une commande de 900
lampes; nous savons également que la République de Venise avait
monopolisé les marchés de l'Orient et de l'Occident pour ses produits;
mais aucun document ne fait mention que des ouvriers musulmans
aient travaillé dans les fabriques de Venise. Toutefois, si des
ouvriers musulmans avaient transporté leur industrie à Venise, le
Conseil des Dix, qui tenait un état de toutes les personnes
exerçant cette industrie, n'aurait pas manqué de
66
faire mention de cette
collaboration d'artistes musulmans.
Personne n'ignore que pour conserver à Venise le monopole de son
industrie, source de sa richesse, le Conseil ne reculait même pas
devant le crime, en faisant disparaître, en pays étrangers, les
ouvriers vénitiens qui y avaient apporté leur art.
Il est donc parfaitement admissible que les ouvriers musulmans aient eu
une part prépondérante dans la fabrication de ces lampes. Ce qui
le prouverait encore, c'est la richesse et la variété de leur
ornementation toujours dans le plus pur style arabe, ainsi que leurs
lettres d'une rare correction. Tous ces éléments réunis ne peuvent
être attribués qu'à des personnes ayant étudié à la même source,
en un mot, qu'aux artistes qui ont élevé les magnifiques monuments de
l'Égypte.
Quiconque s'est occupé d'épigraphie arabe assignera une même origine aux
ouvriers des lampes, comme aux constructeurs des remarquables
monuments de ce pays. Ce sont les branches d'une même famille
d'artistes qui ont coopéré, chacun dans son genre, à la création des
produits de l'art arabe.
Ce que nous avons dit à propos de la beauté des inscriptions et de la
correction des arabesques, ne saurait s'appliquer à une des lampes
du musée (No 81) dont les émaux sont tout à
fait défectueux; les ornements n'ont rien de commun
67
avec le style arabe et les
traits des écritures sont absolument mauvais. La forme même
s'éloigne des proportions typiques des autres lampes de la
collection par la hauteur plus accentuée du col.
D'où peut provenir cette lampe? A quelle époque a-t-elle été fabriquée?
L'inscription est dédiée à Kaïtbaï, sultan régnant de 1467 à 1495.
Doit-on admettre que l'industrie de la verrerie fut justement en
décadence pendant le règne de ce sultan dont l'époque est
caractérisée par la prospérité de l'architecture arabe et des
autres arts qui s'y rattachent; ou bien, doit-on admettre
l'hypothèse que cette lampe ait été fabriquée à une époque
plus récente, c'est-à-dire quand l'architecture et l'industrie étaient
à leur déclin?
Des recherches ultérieures donneront probablement une réponse à cette
question.
La plus ancienne lampe dont la date soit connue porte le No 12 du catalogue, tandis que la plus
récente, abstraction faite de celle dont nous venons de parler, porte
le No 80.1
1 Le plus ancien monument de la verrerie
arabe dont ou connaisse la date est la coupe de la collection
de M. Ch. Schefer. «Elle a le fond d'or, sa
décoration est en émaux bleus et blances, elle porte un
distique arabe, des personnages et une course de chiens et
d'animaux de chasse. La pièce porte son certificat
d'origine: ce sont les armes de Bedr-el-Din El Daheri,
commandant des troupes du sultan Bibars, qui mourut en
1277,» L'Art de la verrerie, par
Gerspach.
68
Les lampes ont été groupées dans le musée d'après la
disposition des ornements. Je crois que cet ordre est rationnel, car
une classification historique serait impossible, attendu que dans
la plupart des lampes, les dates font défaut et que l'endroit où
elles ont été trouvées ne fournit pas une base assez certaine pour en
établir l'époque.
Une autre qualité de vitres fabriquées dans le pays, en dehors des
lampes sont: les verres à vitres dont nous avons parlé rapidement en
traitant des vitraux en plâtre ajouré et dont les plus anciens
produits sont les quelques restes qui se trouvent dans les fenêtres du
tombeau de Sâleh Nigm el-Dyn Ayyoub (1248 après J.-C.). Les
vitres sont épaisses comme celles que l'on rencontre dans d'autres
monuments du XIVe siècle, tandis que
les vitres qui servaient au même usage, au XVe siècle, ne dépassaient pas un millimètre
d'épaisseur.
Ces vitres ont trois nuances de rouge, trois de bleu, deux de vert et
deux de jaune. La couleur est toujours dans la pâte, qui contient de
petites bulles d'air comme la pâte des lampes.
De la présence fréquente d'un cordon arrondi sur les bords des vitres,
on doit conclure qu'elles ont été fabriquées sur de petites surfaces.
Nous devons faire mention également des petits cubes en verre (10 mill.
de côté) à surface dorée, qui étaient fabriqués uniquement pour
les mosaïques.
69
Les bords comprimés de ces cubes indiquent de quelle façon ils devaient
être coupés après la fabrication. La dorure des surfaces est
toujours bien conservéc.
L'emploi de ces cubes en verre pour la mosaïque n'a pas trouvé une
grande application; nous n'en rencontrons que dans deux monuments: le
plafond du mihrâb de la mosquée d'Ibn-Touloun (IXme siècle) et celui de la mosquée
Akbogha (XIVe siècle), qui fait partie de la mosquée El-Azhar.
Rappelons, avant de finir, les colonnettes en émail turquoise qui, dans
les monuments du XIVe siècle, ornent le mur dans lequel est crcusé le
mihrâb.
1. — Collection de perles, grains émaux
et autres objets en verre, trouvés dans les buttes de
décombres, au sud du Caire. Cette jolie collection est fort
intéressante au point de vue de la fabrication des perles et des
émaux. Nous voyons dans ce groupe les phases de la fabrication des
perles. Les pièces filigranées sont aussi nombreuses
que belles. A droite, en haut de la toile, des pâtes et un
déchet. En tout 90 pièces.
Don de M. Fouquel, docteur médecin. — 1893.
Les collines au sud de la ville de Caire consistent en décombres qui
proviennent de l'ancienne ville de Fostât, incendiée en 1168
après J.-C.
Le grand vizir Châouir fit mettre le feu à cette partie du Caire
pour empêcher que les Franques y prennent position. Les croisés se
trouvaient déjà à peu de distance de la capitale de l'Égypte.
2. — Une collection de 19 ampoules et
fioles de diverses formes, provenant des décombres situées au
sud du Caire.
On peut voir aisément dans cette collection différents procédés de
fabrication. Il y a des pièces souffiées et d'autres qui
sont moulées. Quelques-uns des objets sont ornementés au
moyen de la tailie. L'irisation des objets en verre n'est pas
toujours intentionnelie; elle est le plus souvent occasionnée par
la décomposition.
Cette collection a été donnée au musée par M. Fouquet, docleur
médecin. — 1893.
71
3. — Deux étalons de poids en verre et
deux pièces de verre imitation agate.
Ces étalons proviennent sans doute des décombres ci-dessus
mentionnèes.
B. — Bulbes en verre.
4. — Bulbe en verre de couleur verte,
provenant de la mosquée de l'émir Ezbek el-Youssefi. Fin du
XVe siècle. —
Haut. 0m, 18.
5. — Buble en verre bleu à surface
ondulée, provenant de la mosquée de l'émir Ezbek el-Youssefi.
Fin du xve siècle —
Haut. 0m, 15.
Ce bulbe et le numéro 4 servaient à décorer des chaines de lampes.
6. — Fragment d'une piéce ovoïde en
verre émaillé.
Dans de médaillon, deux oiseaux qui rappellent les oiseaux de la
lampe No 62.
Don de M. Fouquel, docteur médecin. — 1893.
C. — Lampes en verre incolore.
7. — Lampe en forme de boule; verre
incolore à trois anses. — Haut. 0m, 25.
8. — Lampe à verre incolore à six
anses, provenant de la mosquée du sultan Châbân. —
XIVe siècle. —
Haut. 0m, 32.
9. — Lampe en verre incolore à trois
anses, provenant de la mosquée du sultan Hassan. —
Haut, 0m, 25.
10. — Lampe en verre incolore ondulée à
six anses, provenant de la mosquée du sultan Châbân.
— XIVe siècle.
— Haut. 0m, 30.
72
11. — Lampe en verre incolore, six anses
en émail bleu. — Haut. 0m,
24.
D. — Lampes en verre avec peu de décorations en émail.
12. — Lampe en verre incolore portant
inscriptions et ornements en or et en émail rouge; la lampe a
trois anses, le pied manque. L'inscription a rapport au tombeaudu
sultan Sâleh Ayyoub, où la lampe a été trouvée; en voici le texte:
Parmi ce qui a été fait pour le tombeau béni,
impérial, royal et très noble de Sâleh, que Dieu
comble son habitant de sa miséricorde et de sa
satisfaction. — Haut. 0m,
21.
13. — Lampe en verre décorée d'ornements
et d'inscriptions en émail bleu, les cartouches à inscriptions
séparés par des fleurons. D'autres fleurons sont placés entre
lessix anses. — Haut. 0m. 36
L'inscription porte:
L'Altesse noble, le magnifique, le seigneurial,
impérial, royal el Achrafi Châbân, soutien del'État et de la
religion.
73
14. — Lampe en verre incolore. La
décoration du col est semblable à celle de la lampe No 13. Les lettres sont ménagées sur le
verre et contournées de lignes rouges. Les cartouches ont le fond
bleu appliqué à l'intérieur. L'inscription entre les anses est
la mâme que celle de la lampe précédente. —
XIVe siècle. —
Haut. 0m, 32.
Trouvée daus la mosquée du sultan Châbâ au Caire.
15. — Lampe en verre émaillé, ornementée
au col. Sur la panse on voit une inscription dorée sur fond en
émail bleu. Provenant de la mosquée du sultan Châbân. —
Haut. 0m, 36.
Les inscriptions des lampes 13, 14 et 15 sont au nom du sultan
Châbân, qui a régné dans la seconde moitlé du XIVe siècle.
16. — Lampe en verre bleu uni et
portant comme blason une coupe en émail rouge. L'inscription
koranique et les ornements qui semblent avoir été dorés sont à
peine visible. Provenance de la mosquée du sultan Barkouk.
— Haut. 0m, 28.
17. — Lampe en verre bleu uni, traces
de dorure. — Haut. 0m, 21.
Provenance de la mosquée Alti Barmak.
E. — Lampes en verre ornées de fleurs en émail.
18 — La lampe entière est
couverte de motifs de fleurs sur fond en émail bleu. Le pied est
formé par un tore. Haut. 0m, 34.
— (Pl. XI).
19 — Analogue à la lampe précédente;
les fleurs portent des traces de dorure. Sur le col et la
74
panse, il y a des
médaillons avec louange à l'adresse du sultan. — (Pl.
XI).
Provenance de la mosquée du sultan Hassan. — Haut. 0m. 41.
L'inscription fine que nous voyons renfermée dans les médaillons,
sur la plupart des lampes, est toujours une dédicace à un
souverain. Quelquefois elle exprime une simple louange sans
mentionner de nom, comme sur les lampes du sultan Hassan, ou bien
le nom du sultan est ajouté, comme cela se voit sur les lampes du
sultan Barkouk.
Ces médaillons avec leurs inscriptions ne fournissent pas un
critérium suffisant pour attribuer définitivement au sultan
qui y est mentionné l'objet ou le monument sur lequel elles se
trouvent; nous recontrons, au contraire, beaucoup de monuments
construits par un dignitaire qui, par déférence, orne l'objet ou le
monument du nom de son souverain. (Voir à ce sujet
l'étude de l'auteur sur la mosquée Ezbek el-Youssefi,
dans le premier numéro de la Revue Égyptienne — Caire, 1889).
F. — Lampes couvertes d'ornements en émaux.
(Quelques-unes ont des médaillons à inscription).
20. — Lampe en verre émaillé couverte
d'un réseau en émail blanc. Les ornements sont en émail rouge,
bleu, jaune et vert. Des vestiges prouvent que tout ce qui, sur le
verre, n'était pas émaillé, était anciennement doré. Au col,
trois médaillons renferment une jolie rosace. L'inscription
est à la louange d'un sultan. Provenance de la mosquée du sultan
Hassan. — Haut. 0m, 42.
— (Pl. XI)
21. — Lampe en verre émaillé dont les
couleurs sont analogues à celles du No
16. Au-dessus
75
des six anses, les
médaillons contiennent une dédicace au sultan Barkouk.
Provenance de la mosquée de ce sultan fondée en 1384
après J.-C. — Haut. 0m, 36.
22.— Lampe en verre émaillé; les anses
sont encadrées d'une bande en émail bleu; sur la panse, de
jolies rosaces. Les médaillons du col et de la panse sont au nom du
sultan Barkouk. Provenance de la mosquée de ce sultan, —
Haut. 0m, 36.
23 — Lampe en verre émaillé. La panse
est couverte d'un réseau d'ornements en émail bleu. D'autres
fleurs en émail rouge, bleu, jaune et vert. Le texte de
l'inscription des médaillons est le même que celui de la
lampe précédente. — Haut. 0m, 36.
24 — Lampe en verre à ornements en émail
de diverses couleurs. Le col est peint de six médaillons à
fleurs; les médaillons de la panse portent une inscription au nom
du sultan Barkouk (El sultan el-Zâher). Entre les anses renfermées
dans une bande d'émail bleu, il y a de jolis fleurons.
Provenance de la mosquée du sultan Barkouk. XIVe siècle. — Haut. 0m, 37.
25 — Lampe en verre émaillé. Le col est
décoré d'arabesques, formées de lignes entrelacées. Les
médaillons portent le nom du sultan Barkouk. XIVe siècle. — Haut. 0m, 36.
Même provenance que la lampe précédente. La panse de
cette lampe est endommagée.
76
26. — Lampe en verre émaillé.
L'inscription des médaillons est dédiée à un sultan. L'espace
entre les médaillons du col est décoré d'ornements entrelacés.
Provenance de la mosquée du sultan Hassan. — Haut. 0m45.
Le pied a été refait en bois.
27. — Lampe en verre émaillé, à peu
près analogue à la précédente. Provenance de la
mosquée du sultan Hassan. — Haut. 0m, 42.
28. — Lampe en verre émaillé analogue
aux deux lampes précédentes. Les entrelacs sont plus
compliqués. Entre les fleurons du col, renfermés dans des trilobes,
il y a des oiseaux finement dessinés. Provenance de la mosquée du
sultan Hassan. — Haut. 0m,
40.
Les oiseaux dessinés dans l'attitude du vol peuvent être
remarqués sur plusieurs lampes.
G. — Lampes en verre à ornements en émail avec
inscription sur le col.
29. — Lampe en verre émaillé. Les
lettres de l'inscription du col sont ménagées sur un fond en
émail bleu. L'inscription est au nom de l'émir Silar, mort en 1310.
— Haut. 0m, 25. — En
voici le texte:
Parmi ce qui a été fait pour le tombeau du
77
pauvre esclave de Dieu, qu'il soit loué, Silar,
glaive de la religion, régent de l'empire magnifique, que Dieu
lui pardonne.
L'emir Seif el-Dyn Silar était mamlouck du sultan Kalaoûn. Il a
vècu à l'époque de Mohamed el-Nâsser, ou de grands
troubles politiques secouaient l'Égypte. Silar ayant servi le
sultan Beibars, l'adversaire du sultan Mohamed, fut enfermé par
celui-ci après qu'il eut réussi à s'emparer de nouveau
du trône d'Égypte et condamné à mourir de faim. L'émir
Silar est enterré sous une des coupoles de la mosquée Sangar
el-Gaouli au Caire, que celui-ci fit construire pour son malheureux
ami.
30. — Lampe en verre émaillé. Les fines
écritures des médaillons du col contiennent des titres du
sultan Barkouk; la large inscription du col est un verset du koran,
sa dorure est presque effacée. Le fond de cette inscription ainsi
que les bandes qui entourent les six anses sont en émail bleu.
XIVe siècle. —
Haut. 0m, 37. — (Pl. XI).
Provenance de la mosquée du sultan Barkouk.
L'iaseription tirée du koran que nous trouvons sur les lampes est
toujours le commencement du chap. 24, verset 36.
Dieu est la lumière des cieux et de la
terre. Cette lumière est comme un foyer dans
lequel (se trouve) un flambeau, un flambeau placé dans un
cristal, le cristal pareil à une étoile (brillante).
Sur quelques lampes, comme celles des Nos
32,33,34 et autres, il n'y a que les premiers mots de ce verset;
souvent il est completement reproduit.
78
31. — Lampe en verre émaillé.
L'inscription du col est au nom du sultan el Zâher Abou-Saïd
(Barkouk). Les médaillons sont comme ceux de la lampe précédente
avec laquelle cette lampe a quelque analogie. — XIVe siècle. — Haut. 0m, 37.
Provenance de la mosquée du sultan Barkouk. Le pied est cassé.
32. — Lampe en verre émaillé. Les
inscriptions des médaillons sont aux louanges du sultan. Les
grandes lettres en émail bleu reproduisent un verset du koran.
Elles sont décorées de rinceaux en émail blanc. Le corps est
couvert de motifs de fleurs.
Provenance de la mosquée du sultan Hassan. — Haut, 0m, 41.
33. — Lampe en verre émaillé. Elle a
beaucoup d'analogie avec la lampe précédente. La panse est
couverte d'un réseau en émail bleu. — Haut. 0m, 36.
Même provenance que le No 32.
34. — Lampe en verre émaillé. Le fond
de l'inscription a conservé des traces de dorure. —
Haut. 0, m41.
Provenance de la mosquée du sultan Hassan. La baśe est
endommagée.
35. — Lampe en verre émaillé. La panse
est couverte de fleurs ménagées sur le clair du verre. Les
anses sont entourées de bandes de fleurs en émail rouge, bleu,
blanc, jaune et vert.
Provenance de la mosquée du sultan Hassan. — Haut. 0m, 35. La base manque.
VERRERIE
79
36. — Lampe en verre émaillé.
L'inscription du col est ornée de rinceaux en émail blanc.
Entre les anses, un rosier en émail de diverses couleurs.
Provenance de la mosquée du sultan Hassan. — Haut. 0m, 35.
37. — Lampe en verre émaillé. Les
ornements entre les anses sont renfermés dans un multilobe en
émail blanc.
Sur le col même inscription que sur celui de la lampe No 36. Provenance de la mosquée du
sultan Hassan. — Haut. 0m,
37. Endommagée.
38. — Lampe en verre émaillé. La panse
est couverte d'un réseau en émailbleu dontles champs sont
remplis de fleurs.
Même inscription que celle de la lampe précédente. Provenance de la
mosquée du sultan Hassan. — Haut. 0m, 38. — (Pl. XI).
39. — Lampe en verre émaillé, provenant
de la mosquée du sultan Hassan. — Pl. X).
La panse est ceinturèe de fleurs de lis en émail blanc et
semée d'ornements. Les lettres sont décorées de rinceaux blanes.
— Haut. 0m, 38.
H. — Lampes en verre avec ornements d'émail et
inscriptions sur la panse.
40. — Lampe en verre émaillé, provenant
de la mosquée du sultan Barkouk. Le bord du col est décoré
d'un entrelac en émail bleu rehaussé de lignes rouges. Les lettres
de l'inscription de la panse, au nom du sultan Barkouk, sont formées
80
par des lignes rouges.
XIVe siècle, —
Haut. 0m, 39.
Inscription: Gloire à notre seigneur, le sultan, le roi
illustre Abou Saïd, que Dieu (qu'il soit exalté!) le
secoure.
41. — Panse d'une lampe en verre
émaillé.
Provenance de la mosquée Barkouk. — Haut. 0m, 46. Ce fragment appartenait à une
lampe analogue à la précédente.
42. — Lampe en verre émaillé. Le col et
le bas de la panse sont ornés d'écussons; une des fasces porte
un losange. L'inscription de la panse est au nom de l'émir Aly el
Mârdani, et provient de la mosquée du même nom, au Caire. XIVe siècle. — Haut.
0m, 35.
Inscription: (2)
1 Le manque
après ;
il faudrait
— La même faute orthographique existe sur la lampe
suivante.
L'excellent, le très noble, le sublime, le
garant (du pays) el-Alaï, le défunt émir, Ali
el-Mârdâni.2
2 Rogers Bey a lu: au lieu de . Voir: Bulletin
de l'Institut Egyptien, 1880.
VERRERIE
81
43 — Lampe en verre émaillé.
L'inscription des médaillons ainsi que celle de la panse sont
à la louange du sultan el-Zâher (Barkouk). XIVe siècle. — Haut.
0m, 39.
Trouvée dans la mosquée du sultan Barkouk.
44 — Lampe en verre émaillé.
L'inscription est au nom du sultan Barkouk. Analogue à la
lampe No 43. — Hauteur, 0m, 40.
Même provenance que le No 43.
I. — Lampes en verre avec inscriptions en émail bleu
sur le col et inscriptions ménagées en clair sur fond en émail
bleu.
45. — Lampe en verre émaillé avec
inscription koranique sur le col et note historique sur la
panse. Cette dernière inscription, ainsi que celle
renfermée dans les médaillons, sont au nom du sultan Barkouk.
XIVe siècle. —
Hauteur 0m, 34.
Provenance de la mosquèe du même nom
46. — Lampe en verre émaillé. A peu
près analogue à la précédente. — Haut. 0m34.
Trouvée dans la mosquée du sultan Barkouk.
47. — Idem. — Haut. 0m, 32.
48. — Col d'une lampe en verre émaillé,
analogue au col de la lampe précédente. Les médaillons
contiennent le nom du sultan Barkouk. XIVe
siècle. — Haut. 0m, 25.
Trouvée dans la mosquée fondée par ce sultan.
82
49. — Lampe en verre émaillé.
L'inscription de la panse est une dédicace au sultan Hassan,
fils de Mohamed. XIVe siècle.
— Haut. 0m,39.
Provenance de la mosquée de ce sultan. L'inscription:
Gloire à notre seigneur, le sultan, le roi
victorieux, secoureur de l'état et de la religion, Hassan, fils
de Mohamed. Que sa victoire soit louée!
50-53. — Lampes en verre émaillé.
Analogues à la précédente et de la même provenance:
— 50, Haut. 0m, 40.
— 51, Haut. 0m,3[illeg.], à pied bas. — 52, Haut. 0m, 37. — 53. Haut. 0m, 41.
54. — Lampe en verre à ornements et
inscriptions en divers émaux. L'inscription koranique du col
est en émail bleu, tandis que celle réservée en clair de la panse
relate le nom du sultan Barkouk. XIVe
siècle. — Haut. 0m,
33.
Le pied et un morceau de la panse manquent.
55. — Col d'une lampe en verre portant
une inscription en émail bleu.
Provenance de la mosquée Barkoak. — Diam. 0m, 23.
56. — Lampe (la moitié du col et du pied
manque) en verre émaillé. Elle porte sur la partie inférieure
de la panse des panneaux à jolies arabesques.
Provenance de la mosquée Bar kouk. — Haut. 0m,38.
83
57. — Panse d'une lampe en verre
émaillé, provenant de la mosquée du sultan Barkouk. Analogue à
la précédente. — Haut. 0m,23.
58. — Un grand fragment (panse et pied)
d'une lampe en verre émaillé, provenant de la mosquée Barkouk.
— Haut. 0m, 18.
Analogue à la lampe précédente.
59. — Col d'une lampe en verre émaillé.
L'inscription en bleu est de petite dimension. —
Diam. 0m,24.
Trouvé dans la mosquée du sultan Barkouk.
60. — Lampe en verre richement décorée
de fleurs en émail rouge, blanc, bleu, jaune et vert.
L'inscription à lettres élancées en émail blue est au nom d'un
mamlouk d'un sultan el'Nâsser (probablement el-Nâsser Mohamed). Les
médaillons renferment le blason de ce mamlouk: deux raquettes
de paume adossées. Les panneaux de la panse sont peuplés d'oiseaux.
— Haut. 0,34.
Cette lampe a encore très bien gardé sa dorure et elle
nous donne une idée du bel effet que devaient produire ces lampes
en état de bonne conservation.
L'inscription:
Parmi les œuvres faites pour son
Excellence, le sublime el Seïfi, appartenant au roi
el-Nâsser.
1 Le dernier trait de la lettre devrait être un — Nous avons sans
doute une fáute à relever.
84
K. — Lampes en verre au col décoré d'inscription en
émail bleu enrichie de rinceaux en émail blanc. Les
caractères de l'inscription de la panse sont
réservés en clair sur fond bleu en émail.
61. — Lampe en verre décorée
d'ornements et d'inscriptions. L'inscription du col est
koranique, tandis que celle de la panse est au nom du sultan
Mohamed, fils de Kalaoûn. A observer les perles qui rehaussent les
deux zones et la multitude d'oiseaux qui entourent les médaillons.
Provenance de la mosquée du sultan sus-nommé, XIVe siècle. — Haut. 0m,34.
L'inscription:
Gloire à notre seigneur, le sultan, le roi
victorieux Mohamed, protecteur de l'état et de la
religion.
62. — Lampe en verre émaillé et
richement dorée. L'inscription nomme Taghitmor (ou Taghitimor)
mamlouk de Sâleh. Le blason de ce personnage est répété sur le col
et la panse de la lampe; il consiste au chef dans le signe
hiéroglyphique voulant dire: Roi de la haute et basse
1 Voi[illeg.]
l'intéressante étude de M. Rogers Bey: Le
blason chez les princes musulmans de l'Egypte et de la
Syrie. Séance de l'Institut Egyptien du 24
décembre 1880.
et d'un calice sur une fasce; la base unie. —
Haut 0m, 39.
La panse est endommagée.
L'inscription de la panse:
Pour compte de son Excellence, le noble, le
sublime el Maoulaoui appartenant à el-Malik, l'officier el
Seïfi Tagh-tmor, le secrétaire royal (du sultan) el Sâleh.
63. — Lampe en verre émaillé, décorée
de médaillons et d'inscriptions au nom du sultan Hassan,
provenant de la mosquée fondée par ce sultan. XIVe siècle. — Haut. 0m,41.
64. — Lampe en verre émaillé. Analogue à
la précédente et de la même provenance. — Haut. 0m,38. Le col est cassé.
65. — Lampe en verre émaillé. Les
inscriptions des médaillons de la panse sont au nom du sultan
Hassan. XIVe siècle. —
Haut. 0m,29.
Provenance de la mosquée du sultan Hassan. Le col manque.
66-75. — Lampes en verre émaillé. Le col
est décoré d'inscription koranique en émail bleu enrichie de
rinceaux en émail blanc, tandis que la
86
panse porte une inscription
au nom du sultan Hassan. Elle est ménagée en clair sur un fond
d'émail bleu. — XVIe
siècle.
La fine écriture des médaillons (sur les col et panse) est à la
louange du sultan.
Analogue à la précédente; le col manque. Ces dix lampes proviennent
de la mosquée du sultan Hassan.
76. — Lampe en verre à inscriptions et
ornements en divers émaux. — (PI. XI)
Le texte de l'inscription sur le col est tiré du koran, celle de la
panse est au nom de Cheikhou-el-Nâsseri.
Le texte de cette dernière est le suivant:
Pour l'excellent, très noble, le sublime,
l'officier seigneurial el Seïfi, Cheikhou el Nâsseri
(c'est-à-dire appartenant ou ayant appartenu comme mamlouk au
sultan el-Nâsser.
Les six médaillons portent le blason (rank) de cet
émir; il consiste en une coupe sur une fasce. — Haut.
0m,36.
Donnée par M. A. Rostovitz Bey. — 1886.
87
77-78. — Deux lampes en verre émaillé;
les lettres de l'inscription du col sont dorées sur fond en
émail bleu, celles de la panse au nom du sultan Hassan sont en
émail blanc. XIVe siècle.
Provenance de la mosquée du sultan Hassan.
79. — Lampe en verre émaillé en rouge,
bleu, blanc et vert. L'inscription du col en émail bleu ainsi
que celle de la panse, ménagée en clair sur fond bleu, est décorée
de rinceaux en émail bleu.
Le nom du sultan fait le sujet du texte de la panse; trouvée dans la
mosquée du même nom. XIVe siècle.
— Haut. 0m,37.
80. — Lampe en verre émaillé.
L'inscription interrompue par trois médaillons sur le col en
émail blanc sur fond clair est tirée du koran, elle continue sur la
panse en lettres ménagées en clair sur le fond en émail bleu.
L'étranglement du col a une inscription pareille à cette
dernière. Elle est historique et nous révèle
le nom de l'ordonnateur:
Parmi ce qui a été fait pour l'excellent, le
très noble, le sublime el-Seïfi Kan-bay
el-Djar-kassi (le circassien) nouzâm (ordonnateur) de
l'empire1
1 Titre honorifique conféré au grand
vizir. — Dictionnnaire de Kazimirsky.
Kan-bay a construit une mosquée au Caire dans le quartier'el
Khalifa. La mosquée subsiste, mais a subi plusieurs
reconstructions. Les inscriptions sur les planches en bois
du plafond donnent le nom du constructeur, dans une autre
forme: et non comme sur la lampe: ; mais la présence du blason
qui se répète plusieurs fois sur le plafond et
qui est identique aux blasons de la lampe,
enlève tout doute sur l'identité du
personnage.
88
Les six médaillons portent le blason de cet émir en émail. XVe siècle. — Haut. 0m,28.
81. — Lampe en verre émaillé. Haut. 0m,37.
La grande différence entre cette lampe et toutes les autres de la
collection saute aux yeux à première vue. Cette
différence n'est nullement à l'avantage de cette lampe. Non
seulement les émaux sont sans éclat, mais les ornements ne sont pas
du tout arabes et les lettres sont d'une grande laideur. Les
ornements consistent ou en fleurs à beaucoup de ramifications, ou
en petites palmettes qui décorent les deux ceintures dont une se
pose autour de l'étranglement du col et l'autre immédiatement
au-dessous. L'application de ces ceintures qui se touchent et qui
sont faites de la même manière nous révèle le
peu de sentiment artistique de l'ouvrier. L'inscription est au nom
du sultan Kaïtbaï; mais son texte n'est pas conforme aux formules
habituelles qui indiquent les somptueux titres de ce roi.
L'inscription:
Gloire à notre seigneur, son altesse noble le
sultan possesseur, le très noble roi, le victorieux
Kaïtbaï. Que Dieu éternise son royaume.
89
82. — Lampe en verre émaillé, de la
fabrique Brocard à Paris, achetée en 1886. — Haut. 0m, 31.
83. — Lampe en verre ornée de lignes
en rouge, blane et or. Les boules de la chaîne sont peintes à
l'intérieur de couleur à colle. — Haut. 0m, 25.
84. — Vitrine contenant des fragments
de lampes en verre émaillé. L'inscription des médaillons est
au nom du sultan el-Zâher Barkouk. Trouvée lors de l'exécution des
traveaux de réparations de la dite mosquée, au Caire, en 1892.
85. — Vitrine contenant des fragments
de lampes en verre émaillé. A) Fragments appartenant à la lampe No 74. B) Fragments au nom du sultan Barkouk. C) Fragments analogues aux lampes Nos 13, 14 et 15 de la collection. D) Fragments ressemblant beaucoup aux lampes
Nos 18 et 19. Très
probablement de la même provenance que ces deux lampes.
De la mosquée du sultan Hassan
II. — Écriteaux,
Les pieux musulmans offrent souvent aux mosquées, tombeaux ou santons,
des tablettes en bois, en cuir ou en papier sur lesquelles sont
reproduites en belle écriture des sentences religieuses,
90
des invocations ou des
citations du livre saint. Les pièces formant la collection
du musée présentent des écritures fort soignées, richement
décorées d'ornements. Il y en a même qui contiennent des
aquarelles représentant la Kaaba et ses environs.
Ces tablettes datent des derniers siècles et on ne peut pas
naturellement comparer leurs ornements aux belles enluminures des
korans dont la Bibliothèque Khédiviale est si richement
pourvue.
86-93. — Écriteaux contenant des
invocations à Dieu. Autour d'un croissant en or qui occupe le
milieu il y a les noms des khalifes. La plupart de ces écriteaux sont
décorés d'ornements.
86. — Dans le couronnement, il y a des
fleurs peintes. — Haut. 0m, 75.
87. — En haut, il y a le dessin de la
Kaaba. Fait par Mir Mohamed Tayyib dans l'année 1207 de l'hégire
(1792). — Endommagé. Haut. 0m,92.
88. — Le croissantest peint en bleu.
— Haut. 0m, 71.
89. — Fait par Mohamed Amin Nouri.
— Haut. 0m, 93.
90. — Fait par Omar Agha. — Haut.
0m, 94.
91. — En haut, il y a le dessin de la Kaaba.
— Haut. 0m, 25.
92. — Fait par Moh. Amin, année 1195 de
l'hégire (1780). — Haut. 0m, 67.
93. — Ecrit par Moustapha Zohni Zada,
année 1194 de l'hégire (1780). En haut, il y a le dessin de la
Kaaba. — Haut. 0m, 69.
91
94. — Écriteau fait par Kahalil Châbân en
1230 de l'hégire (1814). Au milieu, une étoile formée par le nom
d'Ali, écrit cinq fois. — Haut. 0,77.
95. — Écriteau, au milieu il y a le nom
d'Ali répété quatre fois, en haut un verset du koran et autour les
noms des quatre khalifes. — Haut. 0m,
63.
96. — Écriteau en caractères
persans contenant des louanges à la mémoire d'un mort. —
Haut. 0m, 48.
97. — Écriteau en caractère
soulous et naskh. Fait par Houssein el-Saïdi ibn Moustapha, année
1215 de l'hégire (1800). — Haut. 0m,
66.
98. — Poésie faite par Ahmed el-Menoufi
el Azhari en 1217 de l'hégire (1802). — Haut. 0m, 72.
99. — Écriteau contenant les mots: Lui est le créateur, l'éternel! Écrit par
Mohamed Amin, an 1206 de l'hégire (1844) — Haut. 0m, 50.
100. — Écriteau portant les noms d'Allah,
de Mohamed et des quatre khalifes. — Haut. 0m, 55.
101. — Écriteau contenant un verset du
koran, daté de l'année 1194 de l'hégire (1780). — Haut. 0m, 44.
102. — Écriteau. Lettres en
caractère soulous, l'encadrement prote des traces de dorure.
— Haut. 0m, 43.
103. — Écriteau. Lettres en couleur
blanche sur fondbleu, faites par Mohamed Noûr el-Dyn. —
Haut. 0m, 53.
104. — Écriteau. Louanges adressées à la
religion musulmane. Lettres dorées sur fond bleu. —
Haut. 0m, 30.
92
105. — Table sur laquelle est dessinée la
Kaaba avec ses environs. Don de Mohamed Agha à la mosquée de
Sayedna el-Houssein, en 1282 de l'hégire (1865). — Haut.
0,70.
106. — Écriteau en tissus. Lettres en
soie blanche sur fond en soie rouge; paroles sacraementales
musulmanes et versets religieux. Provenance de la mosquée de Sayedna
el-Houssein. — Haut. 0m, 75.
— (Pl. XII).
Comme le musée n'a pas une collection des produits textiles, cet objet a
été laissé parmi les écriteaux où il a été classé originalement.
107. — Écriteau sur lequel est inscrit un
verset du koran. — Haut. 0m, 43.
108. — Écriteau en papier doré sur fond
bleu contenant quatre fois le nom de Mohamed en
caractères coufiques. — Haut. 0m, 51.
109. — Écriteau contenant une invocation
à Dieu, et les noms d'Allah, de Mohamed, d'Aboubakr et d'Osman, le
tout en caractères coufiques. — Haut. 0m, 16.
110. — Invocation à Dieu. Les lettres sont
en jolis caractères coufiques appliquées sur cuir. Le
cadre porte une inscription coufique carrée, découpée en papier et
également appliquée. — Haut. 0, m78.
111. — Écriteau au nom du
Prophète. Lettres en caractères coufiques carrés
sur fond blanc; entourées d'ornements. — Haut. 0m, 31.
ÉCRITEAU (TISSU)
93
112. — Écriteau au texte Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Fait par Moustapha ibn Ayyoub, 1207 de l'hégire (1792).
— Haut. 0m, 25.
113. — Photographie d'un écriteau
contenant une poésie en souvenir de la dame Charaf Hânem, en
langue persane. De l'année 1250 de l'hégire (1834). — Haut.
0m, 58.
114. — Écriteau contenant le nom
d'Allah, du khalife Ali, et des anges. — Haut. 0m,38.
115. — Écriteau en langue persane.
Louanges de Houssein (petit-fils du Prophète). Les
lettres sont en caractères soulous. Ecrit par Aly
el-Ouasfi. — Haut. 0m, 56.
116. — Deux vers écrits en
caractères persans faits par Ass'ad Samarkandi, en 1241 de
l'hégire. (1825). Le fond de cette tablette est décoré de fleurs
peintes. — Haut. 0m,43.
117. — Écriteau en caractères
soulous, fait par Moustapha Khoga el-Ayyoubi, 1238 de l'hégire
(1822). — Haut. 0m, 34.
118. — Écriteau. Invocation à Dieu et
un verset découpé en papier blanc sur fond rouge. —
Haut. 0m,33.
119. — Écriteau sur fond bleu et fleurs
peintes, fait par Moustapha. — Haut. 0m, 32.
Êcriteaux à lettres dorées sur fond noir.
120. — Écriteau à lettres dorées,
écrites par
94
Mass'oud el-Rifati, 1226 de
l'hégire, (1811). — Haut. 0m, 27.
121. — Écriteau. Deux vers à la louange
des descendants de Fatma (fille du Prophète).
— Haut. 0m, 22.
122. — Écriteau fait par Abdel-Kérim
Sâlem, 1230 de l'hégire (1814). — Haut. 0m, 20.
123. — Écriteau en langue persane.
— Haut. 0m, 29.
124. — Écriteau en caractères
persans. L'écriture est noire, contournée de lignes bleues, le
fond est doré. Fait par el-Hag Mourâd Bey, chef des
pèlerins pour la Mecque. — Haut. 0m, 23.
125. — Écriteau portant le tourra (nom)
du sultan, un verset adressé au Prophète, et deux
vers en langue persane. — Haut. 0m, 34.
126. — Écriteau en caractères
persans, contenant la phrase; Je me fie à Dieu. — Haut. 0m, 22.
127. — Écriteau imprimé en
caractères soulous, contenant les paroles sacramentales.
1282 de l'hégire (1865). — Haut. 0m, 39.
128. — Ex-voto contenant le nom du
Prophète en caractères soulous, —
Haut 0.m,24.
129. — Ecriteau en cuir portant le nom
d'Allah et du prophète. La bordure est peinte
également d'inscriptions et d'arabesques. — Haut. 0m, 61.
95
III. — Divers.
130. — Lustre en bronze ayant la forme
d'une pyramide octogone à trois étages. Le premier et le
troisième étage sont percés; celui du milieu est plein et
est gravé d'inscriptions.
Provenance de la mosquée el-Kâdi Abd-el-Bâsset, au Caire. —
Haut. 2m, 25, — (Pl. VIII).
131-132. — Deux lustres en bronze, en
forme de pyramide, couverts d'inscriptions et d'ornements gravés.
Provenance de la mosquée de l'épouse du sultan Kaïtbaï à Fayoum.
— XVe siècle. — Haut. 1m,
45.
133. — Lanterne en bois, à forme
hexagonale, peinte et dorée. Trouvée dans la mosquée Saria
el-Guebel, à la citadelle. — Haut. 1m, 10.
134. — Six vitraux en plâtre et verres
coloriés. — Haut. 0m, 60.
— 1m, 27.
Si l'on considère combien l'Égypte est pauvre en bois, l'on ne
peut qu'apprécier davantage le riche emploi qui en a été fait et l'habileté
artistique déployée par les ouvriers qui l'ont travaillé.
Grâce à la sécheresse du climat, le bois a pu jouer, même dans les
constructions, un rôle très important. Les piliers de la mosquée
d'Ibn Touloun qui datent de plus de mille ans ont leurs tirants en
bois et les plu anciennes coupoles en briques contiennent tout un
système de chaînage en bois. Nous pouvons mentionner également
la frise en bois de cette même mosquée qui renferme, sculpté sur les
faces, le koran entier en lettres coufiques.1
1 M. E. K. Corbett Bey dans sa publication:
The life and works of Ahmad ibn Tulun
(Journal of the Asiatic Society) nous enlève
cette illusion que nous eussions aimé conserver. D'après
Corbett Bey, les planches en question i.e. peuvent contenir que
1/17 du koran. Nous profitons de cette occasion pour rectifier une
erreur qui s'est glissée dans l'ouvrage de M. Corbett. Les lettres
ne sont pas découpées en bois et clouées sur la frise
“each letter is cut out in solid wood and fixed on to
the Loard”, comme il le prétend, mais découpées en
relief sur la planche même.
97
Le bois a été plus particulièrement employé pour la construction
des plafonds. La plus ancienne mosquée que nous possédions, celle
d'Ibn Touloun, avait une couverture en bois1
1 Dans les travaux de conservation exécutés
récemment par le Comité des Monuments, on n'a pu conserver qu'une
petite partie de l'ancien plafond.
dont les solives étaient visibles.
Ces solives se composaient d'un tronc de dattier scié en deux et dont les
trois faces visibles étaient recouvertes de planches. L'espace compris
entre les solives était coupé par des traverses qui formaient avec les
solives des caissons peu profonds.
Ce mode de couverture a été employé les premiers temps et il s'est conservé
à travers les plus belles époques jusqu'à nos jours, avec les
modifications amenées par le développement du sentiment artistique. Un
second système de couverture consistait à plafonner les solives
avec des planches, enfin une troisième manière, et
celle-ci était la plus riche, consistait en un plafonnage dont la
surface présentait une composition de stalactites.
Dans aucun des systémes que nous venons de citer les plafonds ne restaient
nus; ils étaient toujours peints, dorés, à ornements sculptés ou, au
moins, modelés en stuc.
Les couvertures n'étaient jamais posées directement sur les murs; il y avait
toujours entre mur
98
et plafond un élément de passage,
comme voussures, stalactites, etc. Ce passage, une nécessité
esthétique, était traité avec la même richesse, la même splendeur que le
plafond lui-même, et il présentait tout ce que l'art arabe pouvait offrir
de mieux au point de vue de la perfection, de la forme et des
couleurs.
Ces couvertures, dont des spécimens d'une rare beauté nous ont été
conservés, n'étaient pas une spécialité des édifices religieux, mais elles
étaient aussi employées dans les constructions profanes. Les quelques
vestiges que l'on retrouve dans les palais et les maisons qui datent de
plusieurs siècles nous le prouvent surabondamment.1
1 Le palais de l'emir Bechtàk, du XIVe siècle, dens la rue el
Nahassyn, la maison de Gamàl el Dyn el Zahabi, du XVIIe siècle, dans le quartier
el Ghoûrieh.
Mais où l'art de travailler le bois s'est développé à un rare degré de
perfection sous tous les rapports, c'est dans la construction des
portes, volets, chaises, pupitres, caisses de korans, tables,
tabourets, banquettes, etc. Ces derniers objects constitutent la
collection, du reste très restrinte, des meubles en usage chez
les Arabes.
Dans le travail des surfaces, on emploie deux systèmes:
l'assemblage ou le bois tourné; les deux modes constituent une spécialité
de la boiserie arabo-égyptienne.
99
Le premier de ces systèmes présente les faces pleines, le second
les faces à jour. Considérons de plus près la
première manière.
I
Déjà, dans les plus anciens morceaux, nous remarquons une tendance à
augmenter le nombre des cadres; ensuite, ils ont été tellement
multipliés que l'on a créé toute une structure de cadres
polygonaux dont les panneaux quelquefois ne dépassent pas un
centimètre de superficie.
Ce qui a porté les Arabes à employer ce système de cadres
multiples, indépendamment de leur amour pour le jeu des lignes, c'est
sans doute le climat, qui demande plus de joints et moins de
surfaces. Et si la cherté de la matière première
n'entrait pas pour une partie dans le calcul de l'artiste, c'est un
heureux hasard qui lui permettait de se servir mème des plus
petits morceaux de bois. Cette dernière considération
trouvera son importance quand nous traiterons des travaux en bois
tourné.
L'ornementation des surfaces est obtenue soit par la sculpture, soit par
l'incrustation, soit par la peinture.
La mosquée d'Ibn Touloun nous présente le plus ancien exemple de
sculpture dans les plafonds des baies de ses portes (No 75 du couloir); vient ensuite la porte
No I du même couloir.
100
Ces sculptures sont en forme de volutes qui pénètrent assez
profondément dans la masse. Dans leurs compositions, elles nous
rappellent les feuillages de l'ornementation byzantine. Ce fait
ressort davantage encore dans la sculpture des pièces
de bois qu'on extrait des tombeaux musulmans qui se trouvent dans
le terrain d'Aïn Sîra, au sud du Caire, et qui datent aussi des
premiers siècles de l'hégire.
De ce que nous devons conclure des sculptures en bois qui se sont
conservées jusqu'à nous et qui datent du Xe
et du XIIe siècle, nous sommes
portés à croire que le même caractère d'ornementation s'est
conservé pendant tout le cours de ces siècles.
Dans le XIIIe siècle, nous observons
une émancipation des formes jusqu'alors usitées: les panneaux
deviennent plus petits, les lignes plus minces et multiformes (Voir les
Nos 49 et 50 de la 4me Salle et le No 46
de la 15me Salle). Le spécimen de ce
dernier (No 46) provient d'un placard de
l'annexe du tombeau du sultan Sâleh Ayyoub (1249 après
J.-C.)
Dans cette mosquée funéraire, nous trouvons un tombeau qui nous
représente déjà le premier exemple d'un travail très avancé.
Les petits panneaux sont groupés dans des étoiles hexagonales dont
la sculpture contient des découpures très fines.
101
Ce que l'on doit plus spécialement observer dans cette sculpture, ce
sont les fruits baccifères qui se retrouvent généralement
dans un grand nombre de travaux en bois du XIIIe siècle (Nos 32, 33 et 62).
Parmi ces objects, il faut remarquer particulièrement la
niche à prière qui a été prise dans la chapelle funéraire de
Sitta Roukaya (No 62). Cette niche nous
présente un développement typique et tout spécial d'ornementation. La
caractéristique nous est donnée par des rinceaux en branches qui
s'échappent d'un vase.
La beauté de la composition sculpturale atteint son plus grand éclat
dans le XIVe siècle, sous le
règne du sultan el-Nâsser, qu'on peut appeler le
siècle de la splendeur des arts en général. Avec lui
concourent à ce développement les membres de sa famille et tous les
dignitaires du pays.
Déjà, dans certains travaux du XIVe
siècle, nous pouvons constater que les panneaux
contiennent des filets de bois de couleur et d'incrustation tout
autres. C'est le cas du tombeau en bois de Sâleh Ayyoub que nous avons
cité; plus tard ces filets redoublent et même tout le champ est en
bois incrusté.
Vers le XVe siècle,
apparaît un autre mode d'incrustation: l'ivoire, dont nous
parlerons à la fin de cette étude.
Les ouvriers cependant ne se sont pas toujours
102
servis de ces moyens pour
obtenir le beau; souvent, il leur suffisait de planches rabotées
pour produire par de simples sculptures des effets vraiment
artistiques. La collection du musée a un nombre assez considérable de
ces produits, sur lesquels les effects sont obtenus au moyen de
sculptures en inscriptions ou en ornements. A cette catégorie
appartient la porte No 5 qui se trouve dans
le couloir.
Les bois qui datent de la domination turque sont travaillés d'une
manière plus simple; cependant la subdivision en petits
panneaux y est maintenue, bien qu'ils soient rarement sculptés ou
qu'ils contiennent tout au plus une inscription. Ce que l'on trouve à
cette époque, ce sont les incrustations en bois et en ivoire auxquelles
on a ajouté l'écaille et la nacre.
Dans le Delta se développe un autre genre de travail qui consistait à
imiter au moyen d'entailles les travaux d'assemblage.
Nous ne terminerons pas la première partie de notre étude sur
le bois sans faire mention de la création singulière du
panneau No 54, Salle No 4, et de la porte No 4, qui se
trouve dans le couloir. Nous rencontrons dans ces deux objects des
sculptures représentant des figures d'hommes et d'animaux. Nous avons
déjà eu l'occasion de nous occuper de cette licence de l'artiste
arabe.
103
II
Nous arrivons maintenant à l'autre particularité de la boiserie arabe:
la représentation des surfaces au moyen de pièces tournées
ou machrabieh.
Dans le pays, on appelle simplement machrabieh tout travail en bois
tourné. Le mot “machrabieh”, qui désigne ce genre
de travail, nous vient de trèsloin et est une forme de
(El - Charb)
action de boire; “machrabieh” veut done dire:
“L'endroit où l'on boit”.1
1 La véritable expression de l'endroit
où l'on serait: machraba, mot qui, avec le temps, s'est
corrompu et est devenu “machrabieh”.
Cette dénomination provient des petites baies en bois tourné qui
s'avancent en dehors et qui sont destinées à recevoir la kolla,
récipient poreux servant à rafraîchir l'eau par courant
d'air (No 3 du couloir.) Il n'y a pas de
doute que cette même dénomination, qui tire son origine des
“petites baies”, ait été employée d'abord pour
désigner la totalité du balcon et ensuite tout travail en bois
tourné et à mailles serrées.2
2 Les petites saillies qui se trouvent
au premier étage des minarets portent aussi la dénomination de
“machrabieh”, très
probablement à cause de leur ressemblance avec les
“machrabah” en question.
Si I'on considère la façon primitive de travailler des
tourneurs arabes, on est porté naturellement
104
à croire que cette industrie
date d'une époque très éloignée; et, s'il ne nous reste pas
de traces de leurs premiers travaux, il faut l'attribuer à la
fragilité extrême du produit. En réalité, nous avons très
peu d'anciens spécimens de cette industrie, nous ne pouvons
guère compter que le grillage qui entoure le tombeau du
sultan Kalaoûn. Les balustres y sont massifs et contiennent
des ornements entaillés. Quant à la finesse de la véritable
machrabieh, il n'en est pas plus question ici que dans les rampes du
minbar de la mosquée d'Ibn Touloun.
Dans cette dernière chaire, cependant, nous trouvons un
grillage à mailles plus serrées avec des nœuds
incrustés.3
3 Ce minbar a été donné parle sultan
Ladjyn. Stanley L. Poole, dans soa ouvrage précité, dit que le
minbar existant aujourd'hui n'est pas l'authentique (page 130).
Cette affirmation n'est pas exacte; l'ossature existe,
seulement les panneaux manquent; mais quel-ques-uns d'entre eux
se trouvent au Kensington Muscum, à Londres.
En 1344, nous trouvons le véritable système de machrabieh
dans la mosquée de l'émir el-Mârdàni. Dans les cloisons qui
séparent le sanctuaire du reste de la mosquée, il y a, parmi
plusieurs qualités de bois tournés, un motif d'hexagones liés
entre eux par de petits morceaux cylindriques formant un des nombreux
systèmes de machrabiehs.
Au commencement du siècle suivant, nous
105
trouvons déjà de
très beaux modèles (rampe du minbar de la mosquée
el-Mouayyed) qui ont atteint du temps de Kaïtbaï le plus haut degré de
perfection dans leurs variations.
A ce propos, nous devons citer le panneau en machrabich placé au-dessus
de la porte du minbar de la mosquée Abou Bakr Mazhar, qui contient
une belle inscription en caractères coufiques.
Naturellement, les machrabiehs ont dû jouer un rôle principal dans les
maisons, où leur présence contribuait à ménager une douce
lumière, à permettre l'accès de la brise et à
faciliter en même temps les regards à l'extérieur, sans que
l'œil indiscret du passant y puisse pénétrer.
On peut juger par la commodité de machrabiehs, combien leur fabrication
a dû être considérable, et elle l'a été effectivement jusqu'à nos
jours. Mais l'introduction des persiennes européennes et l'emploi des
«chichehs», grillages en baguettes superposées,
ont remplacé presque entièrement l'usage de ces gracieuses
boiseries.
Les baies en machrabiehs qui garnissent en grande quantité et sous les
formes les plus variées les façades des maisons, leur donnent un
aspect très décoratif; elles offrent de belles lignes
et, avec les encorbellements, contribuent à les animer et à les
embellir.
Il est tout à fait impossible de décrire ici les différentes
espèces de machrabiehs; les combinaisons
106
les plus variées s'offrent à
nos yeux; tantôt le tout est un produit du tour, tantôt des
morceaux découpés en triangle et en polygone se trouvent combinés
avec des pièces tournées (Pl. XVI). En éliminant les
baguettes de conjonction, on obtient des dessins variés. Quelquefois
c'est en ajoutant de ces baguettes que l'on arrive au même
résultat. De cette manière on produit des inscriptions et
des figures (No 29 de la 7me Salle).
Comme nous l'avons déjà dit, quelquefois les nœuds sont
sculptés ou incrustés d'ivoire ou d'autres matières.
Un autre système de grillage est celui que l'on construit
avec des lattes superposées les unes sur les autres, ordinairement à
angles droits, à une certaine distance. Les jours ainsi obtenus
sont transformés en figures géométriques variées en sciant les
espaces des lattes restées libres.
C'est particulièrement dans le Delta que l'on trouve ces
grillages, dont l'effet est incontestable.
Ce court essai, destiné à initier le lecteur dans la connaissance de la
boiserie arabe, se réfère aux collections des Salles Nos 4, 5 et 7, du couloir et de la
première annexe.
Nous avons déjà mentionné plus haut l'ivoire. Nous nous bornerons à ajouter
que ce produit a été employé avec prédilection par les artistes
arabes, soit pour en faire des panneaux entiers, soit du moins comme
moyen d'incrustation.
Dans le premier cas, il était rarement lisse, le plus souvent il était orné
d'inscriptions ou d'autres sculptures.
L'ivoire jouait déjà dans la seconde moitié du VIIIe siècle un rôle important dans la petite industrie. Nous
le trouvons d'un emploi général à la fin du XVe
siècle.
L'ivoire combiné avec l'ébène, l'étain, le bois rouge, etc.,
formait une mosaïque très fine qui s'employait comme bordure et
comme champ ou même comme couverture de meubles entiers (Nos 57-60 de la 4me
Salle).
Il n'y a pas d'objects complètement en ivoire si ce n'est
quelques rares spécimens disséminés dans
les divers musées d'Europe; cependant il n'y a pas de doute que l'ivoire
ait été un puissant auxiliaire dans l'art arabe, attendu qu'il s'est
toujours trouvé à la portée de l'artiste égyptien.
1. — Fragment de bois, ornements sculptés à
traces de dorure et de pcinture. Provenant du plafond de la mosquée
el-Mârdâni, XIVesiècle. —
Long. 2m,50.
2 — Deux battants d'une porte. Les panneaux
supérieurs et inférieurs en bois tourné, les compartiments du milieu en
petits panneaux assemblés. Ces derniers sont incrustés d'ivoire.
Provenant d'une maison. — Long. 2m, 26.
3. — Bois. Écusson sculpté et doré au nom
(toughra) du sultan Mahmoud, mort en 1255 de l'hégire (1841). Provenant
d'une petite mosquée à Darb el-Asfar, au Caire. — Long. 0m, 66.
4. — Fragment de bois (dessus de koursi)
couvert d'une mosaïque fine en ébène, ivoire et étain.
— Long. 0m,51.
5. — Coffret d'offrandes de mosquée, en
bois incrusté d'ivoire. — Long. 0m,
62.
6. — Deux œufs d'autruche,
inscriptions et ornements gravés. — Haut. 0m, 17.
Ils servaient à orner des lampes dans la mosquée de Sayed el-Badaoui, à
Tantah.
109
7. — Deux plaques en ivoire avec
inscriptions et ornements sculptés, provenant de la mosquée du sultan
Châbân, XIVe siècle. — Long
0m,36.
Le texte incomplet de ces panneaux sert à perpétuer le souvenir de la
construction d'une mosquée (madrassa).
8. — Fragment d'une planche en bois,
revêtue d'une mosaïque fine en ébène, ivoire et
étain.— Long. 0m, 15.
9. — Fragment d'os de chameau portant
inscription en couleur noire.
Long. 0m, 20. Don de M. Philip. 1887.
10. — Corne provenant de la mosquée de
Sayed el-Badaoui à Tantah. — Long. 0m,41.
11. — Serrure (dabba) en bois, incrustée de
nacre. — Long. 0m, 15.
12. — Cassette en bois peinte d'ornements,
provenant de la mosquée Sayedna el-Houssein, au Caire. — Long.
0m, 70.
Cette cassette servait à renfermer les reliques du Prophète qui
sont conservées dans la mosquée susmentionnée.
13. — Écriteau en bois, à lettres en stuc
et dorées, provenant de la mosquée de l'Imâm el-Chafey. En haut le nom
de Dieu, du Porphète, des khalifes et de Hassan et Houssein. Le
milieu est occupé parun verset reproduit deux fois et formant
symétric. En bas, un autre verset. — Haut. 0m, 75.
14. — Six petits panneaux en bois, avec
sculptures d'arabesques. — Long. 0m,
11-0m, 22.
15. — Panneau en bois, inscription sculptée.
110
Après un verset du koran
on lit la date 1175 de I'hégire (1776). — Long. 0m, 37.
Cette pièce et celle du numéro précédent proviennent d'une ville
du Delta.
16. — Panneau en bois, avec inscriptions
sculptées provenant du minbar de la mosquée du sultan Djakmak au
Caire.
En voici le texte:
La construction de cette chaire bénie a été ordonnée par
notre seigneur, le sultan, le roi el-Zaher Mohamed Abou Sayed Djakmak.
Que sa victoire soit exaltée. — Long. 0m, 45.
17. — Plaque à inscriptions du cénotaphe No
21 en commémoration du cheikh Ali el-Bakli, mort en 696 de l'hégire (1296).
— Long. 1m, 07.
18. — Plaque commémorative en bois,
inscriptions sculptées, analogues à celle du No 16. Même
provenance. — Long. 0m, 45.
19. — Plaque commémorative pour le don d'un
pupitre et d'un koran fait par le sultan kaïtbaï. XVe siècle. — Long. 0m, 34.
Inscription:
Ce noble livre et le pupitre ont été légués
111
par notre seigneur, le sultan,
le très noble roi, Aboul-Nasr Kaïtbaï. Que sa gloire soit
exaltée.
20. — Partie d'une plaque commémorative en
bois. incrustée d'inscriptions. La plaque porte la date de 874 de l'hégire
(1469); elle provient de la mosquée du sultan Djakmak. — Long.
0m, 41.
21. — Deux fragments d'un cénotaphe ancien,
en travail d'assemblage. Les panneaux contiennent des inscriptions et des
ornements très finement sculptés. — Long. 0m, 14.
Ces deux intéressants morceaux ont été trouvés engagés dans le cénotaphe
primitif où nous les voyons actuellement, Ils ont été transportés au musée
de la mosquée de l'Imâm el-Chafey.
22. — Porte en bois, à deux battants,
formée de petits panneaux assemblés et incrustés d'ivoire. Provenance
de la mosquée de l'émir Ezbek el-Youssefi, au Caire, XVe siècle. — Long. 1m, 92.
23. — Deux battants d'une porte en bois,
panneaux assemblés et incrustés d'ivoire et d'ébène. Les champs
d'ivoire sont ornés de sculptures. d'arabesques. Provenance de la mosquée
el-Bakri à Haret el-Otoûf, au Caire. — Long. 1m, 71.
Les panneaux du haut de la porte ont été enlevés.
24. — Plaque commémorative d'un minbar
(chaire) de la mosquée de Kadi Yehya Zein el-Dyn, à Boulaq (aujourd'hui
connue sous le nom de Gâma el-Mahkama), du XVe siècle. — Long. 0m, 76.
L'inscription rappelle la restauration de cette mosquée par ordre du sultan
Kaïtbaï et par les soins de Khaouàga Moustapha.
30. — Pièce d'un encadrement en bois
sculpté. — Long. 0m, 60.
31. — Coin composé de stalactites, formé de
morceaux de bois assemblés. — Long. 1m,
45.
32. — Mihrâb en bois, orné de
sculptures. La niche est flanquée de deux colonnes. Ce
mihrâb et la plaque mentionnée au No 34
ont été enlevés à la mosquée el-Azhar, la grande université des
musulmans. Bien que ces deux pièces n'aient pas été trouvées au
même endroit de cette
113
mosquée, il y a beaucoup de
probabilités pour qu'elles aient formé un même objet. — Haut.
1m, 63.
L'emploi du dattier pour former le creux, les lignes simples, le feuillage
sobre d'ornements, indique suffisamment les premiers temps de l'art
arabe.1
1 Voir l'étude de M. Paul Ravaisse: Sur trois mihrâbs en bois sculpté, dans les
mémoires présentés et lus â l'Institut Egyptien.
— Le Caire, 1889.
La table à inscription du No 34 est du
XIIe siècle.
33. — Mihrâb (niche de prière) en
bois, formé de petits panneaux sculptés. L'inscription tirée du koran
est en caractère coufique. Provenance de la mosquée de Sitt
Nefisah. Très probablement du XIIe
siècle.2
2 Voir l'étude précitée de M. P.
Ravaisse.
— Haut. 1m, 92.
Trace d'une mauvaise reparation.
34. — Plaque commémorative en bois sculpté
pour la construction d'un mihrâb (niche de prière) dans la
mosquée el-Azhar. Les inscriptions en caractères coufiques
portent la date 519 de l'hégire (1125) et le nom du sultan fatimite Amer
bi-Ahkâm Allah. — Long. 1m, 22.
Cette plaque formait très probablement une partie
complémentaire du mihràb No. 32.
35-36. — Panneaux en bois perforés et
sculptés. — Long. Cm, 45 et 0m, 49.
37. — Porte secrète en forme
d'armoire. Au milieu, une petite porte aux panneaux incrustés
d'ivoire. Tout autour, des compartiments pour recevoir des vases et autres
objets. — Haut. 1m, 59.
114
38. — Deux panneaux de boiserie, le champ,
en ivoire, est uni et bordé de fines mosaïques. — Long. 0m, 07.
39. — Quatre panneaux en boiserie. Le champ
en mosaïques est entouré de filets en ivoire. — Long. 0m, 05.
40. — Quatorze panneaux de boiserie;
quel-ques-uns sont incrustés d'ivoire, d'autres sont sculptés.
— Long. 6m, 03 - 0m, 11.
41. — Deux petits panneaux en ivoire incrustés
d'ébène. ivoire et bois rouge. — Long. 0m, 04
42. — Trois panneaux en bois incrustés
d'une mosaïque en ivoire et ébène. — Long. 0m, 08.
43. — Fragment d'un vantail de porte.
Travail d'assemblage, à panneaux sculptés ou incrustés d'ivoire.
— Haut. 0m, 84.
44. — Trois plaques d'ivoire, inscriptions
sculptées et enrichies d'ornem ents. — Long. 0m 06.
Le texte des deux grands panneaux se complète:
Le roi el-Nâsser, protecteur de l'État et de la
religion.
La troisième pièce est un fragment.
45. — Quatre plaquettes d'ivoire, avec
ornements sculptés. — Long. 0m, 16.
— (PI. XV).
46. — Six panneaux d'assemblage de
boiserie, incrustés d'ivoire. Champ uni, bordé de filets. —
Long. 0m, 07 à 0m, 10.
115
47. — Solive en bois sculpté et portant des
anneaux en fer, provenant du mausolée du sultan el-Ghoûri. XVIe siècle. — Long. 3m 90
Cette poutre servait à y attacher les chaînes de lampes.
48. — Coffre en bois avec inscriptions
sculptées et de jolies peintures-arabesques. L'intérieur est également
peint. Nous apprenons par I'inscription que ce coffre a été fabriqué par
ordre du très noble sultan Kansoû el-Ghoûri
pour contenir le koran.
Ce coffre appartient à la fin du XVe
siècle ou au commencement du XVIe
siècle. — Long. 0m, 79.
Les pièces de ce coffre sont arbitrairement assemblées.
L'inscription du front est renversée.
49-50. — Trois côtés d'un cénotaphe,
ornements et inscriptions sculptés, provenant d'un tombeau
près de la mosquée de l'Imâm el-Chafey.
Ces pièces se distinguent autant par la beauté des ornements que
par la richesse de leurs inscriptions.
Cette dernière nous apprend que le cénotaphe a été érigé pour:
Hosn el-Dyn Tâleb, fils de Yacoub, — Long.
1m, 80 - 2m, 85.
La date 613 de l'hégire (1216) est inscrite sur le quatrième côté
116
qui se trouve aujourd'hui dans le
South Kensington Museum.1
1 Voir fig. 41 de The art
of the Saracens in Egypt, by Stanley Lane-Poole, 1888.
Le hasard a fait découvrir le cénotaphe d'où proviennent ces
pièces. Il se trouve dans un oratoire, reste d'une mosquée
funéraire, connue sous le nom de sâdât el-Tall a. Ce
cénotaphe a encore conservé l'empreinte du revêtement en bois. Les
dimensions de cette empreinte correspondent exactement aux
pièces susindiquées.
La plaque en marbre, couverte d'une inscription ancienne, scellée à la tête
du cénotaphe, porte le nom du même personnage que nous venons de
mentionner.
II est à remarquer que le bois avait servi à un autre usage avant son emploi
pour ce cénotaphe, car le revers est aussi travaillé. Les
ornements du revers sont dans le style employé du temps d'Ibn Touloun. Ils
sont d'un tel relief que les entailles percent à plusieurs endroits les
sculptures plus récentes de la face.
51. — Deux panneaux à inscriptions
sculptées, portant le nom du sultan Barkouk, XIVe siècle. — Long. 0m 40.
Texte de l'inscription:
Gloire à notre seigneur le roi el-Zâhar
Barkouk. Que sa victoire soit exaltée.
52. — Trois panneaux à ornements sculptés.
Ces panneaux ont été trouvés dans le Delta. — Long. 0m32. Travail d'une époque récente.
53. — Petit panneau à ornements sculptés.
— Long. 0m, 18.
BOISERIES
117
54. — Panneau de plafond provenant de la
baie d'une porte du Maristan el-Mansoûri (sultan Kalaoûn). —
Long. 0m,39.
La pièce est symétrique par rapport aux deux axes. Le milieu est
un champ encadré de doubles bâtons courbes, dont les filets forment
feuillages et arabesques. En haut, dans l'axe, un autre champ renferme deux
oiseaux et dans chacun des rinceaux figure une personne assise. Celle du
côté droit boit à une coupe.
55. — Table (koursi) en bois. Les panneaux
des six côtés sont ou sculptés ou formés de pièces tournées. Le
couronnement consiste en trois raies de stalactites. — Haut.
0m,93.
56. — Koursi en bois à panneaux en
ébène, sculptures d'arabesques. — Haut. 0m,98.
Les panneaux sont bordés de filets en ivoire. Provenant de la mosquée
el-Azhar. (Réparé.)
57-60. — Tables en bois recouvertes de
fines mosaïques en ivoire, étain, ébène et au tres
matières.
57. — Haut. 0m,78.
58 — Trouvée dans la mosquée du sultan el Ghoûri. —
Haut. 1m,11.
59. — Provenant de la mosquée du sultan Châbân. —
Haut. 1m,17. — (PI. XIV).
60. — L'ouverture qui se trouve sur un côté du koursi est
surmontée d'un arc ogival dont les claveaux sont en ébène et en
ivoire. Les reins de cet arc sont ornés de médaillons qui semblent
avoir été placés après coup et contiennent sur une fasce le
losange comme blason. — Haut. 0m,72.
118
61. — Pupitre en bois revêtu de nacre.
— Haut. 1m, 00.
Ce pupitre est très probablement un produit de l'industrie
syrienne, pays où la nacre s'emploie beaucoup.
62. — Niche de prière en bois sculpté
provenant de la chapelle de Sitte Roukâya au Caire.
L'encadrement de cette niche est composé d'une quantité de petits panneaux
entièrement sculptés et disposés en étoiles et en diverses
figures géométriques.
Les dessins de la niche proprement dite présentent une ornementation à peu
près semblable à celle des panneaux de l'encadrement, mais
les listels et les champs sont seulptés sur le vif du même bois.
— Haut. 2m, 10. — (PI. XIII).
Ici il faut constater un fait curieux et rare dans l'ornementation arabe: au
dos de ce monument et sur ses deux côtés, l'ornement de certains
panneaux consiste en un vase d'ou émergent d'élégants rinceaux semés de
fleurs et de fruits.
Roukâya est la fille adoptive du khalife Ali. D après d'autres,
la propre fille du khalife Ali est Fatima. Elle est enterrée à Damas.1
1 Voir P. Ravaisse précédemment cité.
63. — Fauteuil en bois tourné provenant de
la maison wakf el-Arabi au Caire. — Haut. 1m,15.
64. — Battants d'une porte en pièces
de bois assemblés et incrustés d'ivoire et d'ébène,
provenant de la mosquée el-Achraf — Haut. 1m,98. (PI. XIII).
Ces battants sont remarquables parce qu'ils ont les deux faces également
travaillées.
Les pann eaux oblongs du haut et du bas manquent.
EBENISTERIE
119
65. — Coffre-bibliothèque de koran,
en bois, recouvert à l'extérieur et à l'intérieur de mosaïques fines.
Les charnières sont en bronze incrustées d'argent et d'or.
Travail fort remarquable. Le coffre est divisé en trois compartiments,
chaque compartiment en dix rainures pour les trente parties du koran.
— Long. 0m,71. — (PI. XV.)
Ce coffre est de la même provenance que la table décrite sous le No 59. Les motifs de dessins, notamment les petits
arcs, sont communs aux deux objets.
66. — Lustre à base octogonale en bronze
fondu à jour. Dans les compartiments une fleur de lis ou un losange
comme armoirie; sur la couverture en tôle repoussée, le croissant.
— Haut. 1m,90. — (PI.
VI.)
Provenant de la mosquée Serghatmach, mort en 756 de l'hégire (1355).
67. — Neuf vitraux en plâtre découpé et
verres de couleur. — Haut. de 0m,82
à 1m,74.
68-69. — Deux planches en bois, ornées de
sculptures. Les panneaux disposés en dessins géométriques renferment de
jolies arabesques. — Haut. 1m, 90 et
2m,00. Trouvées dans la mosquée el-Mouayyed.
70. — Frises en bois. La surface est
divisée en champs oblongs séparés d'un petit champ en forme d'étoile.
Les premières contiennent en inscription coufique les phrases:
La bénédiction complète et la faveur générale. — Long. 1m,36.
120
71-72. — Planches en bois avec sculptures,
ornements et inscriptions en caractères coufiques tirées du
koran. — Long. 1m,55.
73. — Planche en bois couverte d'arabesques
et d'écritures en sculpture. Le milieu des étoiles est occupé par les mots:
La gloire éternelle. — Long. 1m,77.
74. — Fragment d'une planche en bois,
lettres blanches sur fond rouge, en peinture. — Long. 0m,70.
75. — Planche en bois sculpté, avec
panneaux oblongs et circulaires, entourés de bandes peintes. Dans le
médaillon, la fleur de lis en sculpture dorée; I'inscription en peinture
des grands panneaux est koranique. — Long. 2m,[illeg.]5.
78. — Planche en bois avec ornements et
inscriptions en peinture.
Dans le panneau de gauche, les mots: La gloire éternelle. — Long. 1m,72.
Les traits du panneau de droite ne sont pas des lettres, bien qu'ils
ressemblent au coufique.
77. — Fragment d'une planche en bois avec
ornements en peinture. — Long. 1m,50.
Les No 73 à 77 ont été trouvés dans la mosquée du
sultan el-Mouayyed.
78. — Planche en bois avec inscriptions
sculptées des deux côtés. D'un côté, nous lisons dans
EBENISTERIE. — IVOIRE
121
la seconde ligne (la
première ligne ainsi que le texte de l'autre face sont tirés du koran):
La construction de cette tombe bénie a été ordonnée par
notre seigneur, le sultan, le roi victorieux, secoureur de l'État et de
la religion, Abou Sâdât Farag, fils de Barkouk. Que Dieu le
très haut le secoure. — Long. 1m,63.
Provenant de la mosquée funéraire du sultan Barkouk (1105 à 1410).
79-80. — Fragments de planche sculptés
d'ornements. Trouvés dans la mosquée d'el-Mouayyed. — Long.
0m,70 et 1m,00.
81-82. — Planches à arabesques en
sculpture, provenant d'une solive du plafond de la mosquée
el-Mouayyed. — Long. 1m,16.
83-89. — Sept panneaux en bois sculptés
d'inscriptions en relief provenant de la mosquée funéraire du sultan
Barkouk.
Le texte de l'inscription:
C'est ce qu'a légué notre seigneur, le roi victorieux
Farag, fils de Barkouk. — Long. 0m,72.
90. — Planche sculptée d'ornements. Long. 1m,80.
91-92. — Frises en bois sculptées
d'ornements en creux. — Long. 1m, 10
et 1m,23.
Trouvées dans la mosquée d'el-Mouayyed.
122
93. — Planche en bois, ornée de décorations
géométriques en sculpture. — Long. 2m,
05.
Les pièces décrites sous les No 68, 77,
79, 80, 91, 93 ont été trouvées sur la couverture du sanctuaire de la
mosquée d'el-Mouayyed en 1889, à l'époque des travaux de réparations. Ces
planches ont dû être jetées sur la terrasse pour
boucher quelques défectuosités de la couverture, et il n'y a aucun doute
qu'elles aient jamais fait partie de cette mosquée. Nous sommes plutôt
porté à croire qu'elles proviennent de quelques palais ou maisons, et ce
qui nous le fait supposer, c'est que le texte des phrases qui s'y
répètent se rapporte plutôt à un sujet laïque qu'à un sujet
religieux.
94. — Fragment d'une planche sculptée
d'ornements dans le style des premiers siècles de l'art
arabe, en Égypte. — Long. 0m,57.
Trouvé dans les terrains situés aux environs d'Aïn Sira, au Sud du Caire.
95. — Panneau en bois sculpté d'inscription
au texte suivant:
L'érection de cette tribune bénie fut ordonnée par notre
maître et seigneur, le noble personnage, le sultan, le roi
très-noble, Aboul-Nasr Kaïtbaï. Que Dieu éternise son
royaume et fortifie ses bases.
Le milieu de cette inscription est interrompu par un médaillon qui contient
en trois lignes la phrase aux louanges du sultan. — Long. 2m,43.
Cette planche provient de la tribune qui a été léguée par le sultan Kaïtbaï
à la mosquée funéraire du sultan Barkouk.
MACHRABIÉHS
123
96. — Planche portant l'inscription
suivante en sculpture;
La réfection à neuf (réparation) de cette mosquée fut
ordonnée par notre maître et seigneur, le sultan possesseur, le roi
très noble Aboul-Nasr Kaïtbaï. Que Dieu éternise son
royaume. Amen.
Long. 0m,82. — Cette pièce
provient de la mosquée el-Azhar.
97. — Fragment sculpté d'ornements.
— Long. 1m,03.
1. — Deux battants d'une porte assemblés de
petits panneaux provenant de la Basse-Egypte. Les panneaux du haut et du
bas sont sculptés d'ornements à lignes géométriques. — Haut.
1m,60.
2. — Armoire. La face se divise en frise,
soubassement et portes, composés de petits panneaux en bois dur et en
ivoire. Les panneaux en bois sont sculptés, ceux en ivoire sont incrustés
de diverses matières. Les côtés sont unis. Provenance de la
mosquée el-Azhar. — Haut. 1m,60.
3. — Face d'une armoire assemblée de petits
panneaux, Le haut est percé de deux arcs. — Haut. 1m,74.
4. — Porte en bois à panneaux sculptés et
tournés. — Haut. 1m,52.
5. — Six fragments de planches sculptées en
motifs de fleurs. Trouvés dans l'okâla Sonboul. — Long. 0m,80 — 1m,31.
6. — Fragment d'un encadrement sculpté.
— Long. 0m,60.
10-11. — Deux panneaux en bois sculptés et
perforés; provenant de la mosquée el-Azhar. — Long. 0m, 69.
12. — Bois sculpté. Fronton d'encadrement
d'un minbar. — Long. 0m, 68.
13. — Deux panneaux de porte, travail
d'assemblage. — Long. 0m, 35.
14. — Fragment d'un plafond sculpté
d'ornements. — Long. 0m, 42.
15. — Fragment d'une planche sculptée.
L'inscription se rapporte à une fontaine. — Long. 1m, 35.
16. — Bois. Deux consoles à stalactites; la
base en travail appliqué. Provenant de la maison du Wakf el-Arabi, à
el-Goudarieh, Caire. — Haut. 1m, 60.
17. — Battant de porte. Le panneau du
milieu est sculpté d'ornements géométriques.—Haut. 0m, 72.
18. — Bois. Fragment d'un arc à forme
ogivale. Les reins sont sculptés d'ornements. — Long. 0m, 98.
19. — Porte à deux battants en bois
sculptée d'inscription; provenant de la mosquée de Sidi Ibrahim
el-Bourkaoui, à Dessouk, Basse-Egypte. Haut. 1m, 95.
20. — Porte à deux vantaux assemblés de
petits panneaux et ornée de bronze. Même provenance. — Haut.
1m, 44.
126
21. — Bois. Panneau oblong sculpté et
perforé. provenant de la mosquée el-Azhar. — Long. 0m, 83.
22. — Trois fragments de planches à
ornements sculptés ayant servi de revêtement aux solives.
Provenance de l'okâla Sonboul, en ville. — Long. 0m, 70 — 1m,
35.
23. — Planche sculptée d'un plafond,
trouvée dans le même okâla. — Long. 1m, 06.
24. — Porte formée de petits panneaux
assemblés et sculptés; leur encadrement est également sculpté.
— Haut. 2m, 40.
Provenant de la Khânka (mosquée-couvent) du sultan Beïbars el-Gachankîr.
XIVe siècle.
25. — Côté d'une porte de minbar à
ornements sculptés et incrustée de filets d'ivoire. — Haut.
1m, 76.
26. — Bois. Encadrement d'une porte.
Assemblage de petits panneaux carrés, ornés de fleurs de lis
sculptées. — Haut. 2m, 33.
La sculpture des plates-bandes est surtout intéressante à cause des figures
d'animaux qu'elle représente. Provenance de la
mosquée-couvent du sultan Beïbars. XIVe
siècle.
27. — Côté d'une chaise de lecteur de
koran. Le haut est occupé par une inscription commémorative, portant
la date de 746 de l'hégire (1345). Provenance de la mosquée el-Azhar.
— Haut. 1m, 05.
28. — Panneau central d'un plafond sculpté
et peint, provenant d'une fontaine fondée par le sultan Kaïtbaï, fin
du XVe siècle. — Larg. 1m, 67.
127
Le polylobe du centre contient l'inscription suivante: dans la seconde ligne:
Gloire à notre seigneur, le sultan, le très
noble roi. — Dans la première ligne:
Aboul-Nasr Kaïtbaï. — Et à la
dernière ligne:
Que sa gloire soit exaltée.
29. — Solive à inscriptions sculptées en
relief, aux louanges d'un sultan. — Long 2m, 85.
30. — Linteau de porte gravé d'une
inscription au nom du roi el-Azîz Osmân; date de 574 de l'hégire
(1178).
Provenance de Dessouk, Basse-Egypte. — Long. 2m, 12.
Le nom du sultan écrit surla planche est textuellement le suivant:
La roi el-Aziz Osman, fils de Youssef, fils
d'Ayyoub.
El-Aziz Osman était fils du grand Saladin. Il a régné de 1193 à 1198, époque
de la quatrième croisade.
31. — Porte à petits panneaux assemblés,
provenant de la maison Wakf el-Kasr Ali. Caire. XVIIIe siècle, — Haut. 2m, 00.
32. — Chaise de lecteur de koran à panneaux
pleins, les appuis sont en bois tourné, (réparée). Haut. 1m, 05.
Ces spécimens de consoles sont destinés à supporter dans les coupoles un
châssis ordinairement octogonal, formé de solives servant elles-mêmes à
supporter des lampes.
Le salle No 4 possède une de ces solives
(No 47).
34. — Porte en bois, lames et boutons en
bronze provenant du tombeau de Sidi Ibrahim, à Dessouk, Basse-Égypte.
— Haut. 2m, 17.
35. — Solive en bois de dattier reccouverte
de planches avec traces de peinture, provenant de la mosquée Wakf
el-Tauoâfieh, rue Abou-Taleb, au Caire. — Long. 4m, 20.
36. — Chaise de lecteur de koran avec
champs en bois tourné et assemblés de petits panneaux, incrustés de
fines mosaïques.
Provenance de la mosquée de l'émir Kidjmas el Ishâki, grand écuyer du sultan
Kaïtbaï, XVe siècle. —
Haut. 1m, 36.
37. — Planche en bois. Pièce de
revètement d'une solive. Les ornements sculptés sont peints
en blanc ou dorés, fond bleu. Du plafond de la mosquée du sultan
el-Mouayyed, XVe siècle.
— Long. 1m, 00.
38. — Support de bulbe, du minbar de la
mosquée de Kaoussoûn el-Sâki, XIVe
siècle. — Haut. 0m, 90.
39. — Panneau en bois, les champs sont
ornés d'ornements sculptés.
Provenance de la mosquée el-Azhar. — Long. 0m, 55.
Très probablement du sultan Kaïtbaï, restaurateur de cette
mosquée, XVe siècle.
129
40. — Fragment d'un plafond; sculpture
peinte et dorée. — Long. 0m, 78.
41. — Table forme étoile, panneau des côtés
en bois tourné.
Provenance du tombeau du sultan el-Ghoûri, XVIe siècle. — Cet objet
d'art est fort intéressant à cause de la peinture. Haut. 0m, 50.
42. — Dix vitraux en plâtre découpé et
vitres en couleur. — Haut. 0m, 95 à
1m, 14.
43 - 44. Traverses d'armoire de la petite mosquée
el-Goharieh, construite à l'angle nord-est de la mosquée el-Azhar. Les
panneaux sont incrustés d'ivoire. — Long 1m, 00.
La mosquée fut élevée en l'an 1440 par Gôhar el-Kankabâï. Le
fondateur est enterré sous la coupcle attenant à la mosquée.
45. — Face d'armoire à panneaux décorés
d'arabesques et d'inscriptions sculptées. En haut, de petits arcs découpés
en planches — Haut. 2m, 21.
Phrases de l'inscription: La gloire éternelle. La vie à
son propriétaire. La bénédiction complète. La vie
longue.
46. — Lustres en tôle de laiton richement
gravé au burin, à cent veilleuses, provenant de la mosquée el-Azhar.
— Haut. 1m, 80.
L'inscription indique que ce lustre fut donné «en Wakf»
c'est à dire legs par un mamlouk d'un sultan.
La poterie est une branche tellement élémentaire de l'industrie
céramique, elle embrasse la fabrication de vases et d'ustensiles qui
sont si intimement liés aux besoins journaliers, qu'il est naturel
qu'elle ait eu en Egypte un développement d'une importance
particulière, si l'on tient compte surtout du grand essor
qu'a pris en ce pays la fabrication de produits beaucoup moins
usuels.
On peut aisément affirmer qu'on ne s'est pas arrêté longtemps à la
fabrication de produits élémentaires, mais qu'on s'est au contraire
adonné de bonne heure à la création d'objets revètus de
ce qu'on nomme en termes techniques couvertes.
L'histoire et les nombreux vestiges de vaisselles de terre, que l'on
rencontre ça et là, nous prouvent d'une façon irréfutable que les
Arabes de la vallée du Nil exerçaient sur une grande
131
échelle l'industrie de la
poterie. Pour la preuve historique, nous renvoyons de nouveau le
lecteur au passage suivant du voyageur persan Nassiri Khosrau1
1Sefer Nameh. Ch. Schefer, page 151.
, qui a écrit sur le Caire: « On fabriq e à Misr de
la faïence de toute espèce; elle est si fine et si diaphane
que l'on voit à travers les parois d'un vase la main appliquée a
l'extérieur. On fait des bols, des tasses, des assiettes et d'autres
ustensiles. On les décore avec des couleurs analogues à celles de
l'étoffe appeléc bougalemoun2
2 « L'étoffe appelée bougalemoun était un tissu fabriqué dans
I'lle Tinnis, près de la ville de Thineh, en Egypte; elle
changeait de couleur plusieurs fois par jour, selon la position
qu'on lui donnait. C'est bien là l'une des qualités des
faïences à reflet métallique….»
TH. DECK, la Faïence; Paris, Quantin.
les nuances changent selon la position que l'on donne au
vase». Et plus loin, (page 153), il mentionne encore une
fois cette industrie en parlant des vases en faïence que les
épiciers offraient aux acheteurs pour y mettre la marchandise achetée.
Il est très naturel que l'industrie de la céramique ait eu
chez les Arabes un développement marqué, si I'on considère
les traditions séculaires des anciens Égyptiens, les traces assez
récentes laissées par la civilisation gréco-romaine, ainsi que les
relations intimes qui existaient entre les Arabes
132
et les Persans, qui avaient
transporté, dès le IXe siécle, l'industrie de la faïence en Espagne.
Si l'historien Nassiri Khosrau n'était pas là pour nous raconter ce
qu'il a vu de ses yeux, les considérations émises plus haut suffiraient
pour nous convaincre que cette industrie a dû exister.
En ce qui concerne l'habileté des Arabes dans l'industrie céramique
pendant les siècles suivants, nous en trouvons des preuves
dans les fragments déposés en masse dans les monticules qui
s'élèvent aujourd'hui sur l'emplacement où existait la
ville de Fostât.
Depuis plusieurs années, les couches supérieures de ces décombres sont
utilisées comme engrais dans les jardins de la ville; au cours des
fouilles, la pioche heurte souvent des débris de vases de toutes
sortes, parmi lesquels on en rencontre de fort remarquables.1
1 Ces fragments sont très
recherchés par les amateurs. Nous tenons à signaler
notamment ceux qui se trouvent dans la collection bien connue
de M. le Docteur Fouquet, du Caire.
Nous voulons attirer immédiatement l'attention sur le No 145 qui nous
offre encore, adhérant au fond du vase, le trépied dont on se servait
pour superposer une série d'objets pendant la cuisson. C'est une
preuve assez concluante que nous sommes en présence d'un produit du
pays. Nous en avons une autre preuve dans les nombreux rebuts que l'on rencontre dans les déblais.
133
Nous trouvons ici, comme dans les produits industriels de toute sorte,
des objets médiocres qui devaient être certainement à la portée de
tout le monde, de même que des pièces finement
travaillées dont les dessins sont exécutès avec un soin
extrême.
Ces produits révèlent en même temps le goût des inscriptions
si vif chez les Arabes. La présence de ces textes, à défaut d'une date
précise, n'en constitue par moins un moyen suffisant, la plupart
du temps, pour en déterminer approximativement l'époque.
Gloire à notre Seigneur…
Parmi ce qui a été fait pour…
sont pour nous des formules trop connues pour ne pas les faire
remonter sans hésitation au commencement du XIVe siècle. Et si ces devises n'étaient pas assez
éloquentes, le nombre et la variété des blasons nous démontreraient
d'une manière évidente l'âge auquel ces objets
appartiennent.
Cette reproduction continuelle des blasons qu'on retrouve constamment
dans les poteries, in'amène à cette conclusion que, si l'on
arrivait un jour à leur classement chronologique, on
134
aurait fait un pas important
dans l'histoire de la céramique arabe.
Parmi les fragments recueillis, nous retrouvons les mêmes blasons qui
accompagnent d'autres produits industriels. C'est ainsi que l'on
voit le lion, l'aigle à deux têtes, l'aigle à la
poitrine ouverte, le lis sous ses formes les plus variées, la
coupe, les losanges, etc.
Pour ce qui est de la qualité des poteries, il convient d'observer que
les unes sont ornées de glaçure, tandis que les autres en sont
complètement dépourvues. Ces dernières sont les
poteries cuites proprement dites, composées d'une pâte dure et
ordinairement munies d'estampilles qui indiquent probablement la
capacité du récipient. Les autres, au contraire, les faïences,
constituent une riche série, encore imparfaitement étudiée par les
céramistes, auxquels nous nous faisons un devoir de renvoyer le
visiteur.
Quoiqu'il en soit, il est un point qui nous semble acquis. C'est celui
qui a trait à l'influence exercée par les céramiques
étrangères sur l'industrie indigène. Il est hors
de doute pour tout connaisseur de l'art arabe, que certains dessins qui
se répètent à l'envi sur nombre de vases (V. 135 et
138) n'ont pu être empruntés qu'à l'Extrême
Orient; il en est de même des couleurs. Le céladon,
dont la Chine est, comme on sait, le lieu d'origine, parait avoir
exercé un vif attrait sur les céramistes
135
ègyptiens (V. No 144) à une époque que nous croyons
pouvoir déterminer. Les céladons sont en effet connus dans tout le pays
sous le nom de Ghoûri.1
1 Les céladons authentiques, qui
commencent déjà à n'être plus très rares, sont des
pièces anciennes gardées dans les familles de
génération en génération.
N'est-il pas permis de se demander si ce nom n'est pas le nom
de l'illustre constructeur, qui a doté, comme on sait, le Caire d'un si
grand nombre de b eaux édifices, et qui, de plus, a eu souvent
recours pour la décoration de ses constructions à un emploi si
caractérisé de la céramique? N'y a-t-il là qu'une simple coïncidence,
nous ne le pensons pas.
L'Egypte, nous l'a vons déjà dit, a servi pendant des siècles
d'intermédiaire à tout l'Orient, et ne pouvait manquer de devenir
l'entrepôt naturel de tous ses produits.
Les fragments qui proviennent des vases dont l'émail opaque forme la
glaçure, sont très remarquables. La face extérieure du fond,
celle qui s'est le mieux conservée, porte souvent la marque du
fabricant ou de l'artiste, sous la forme:
Fait par le Caïrote
Fait par le maitre
136
Fait par le Syrien
Fait par le fils du Syrien
ce qui prouverait que le fils a continué l'art de son
père. Les noms que l'on retrouve le plus souvent sont: Ghaïbi et Ghazâl
Ces signatures sont souvent tracées au pinccau avec une verve tout
artistique.
Nous passerons maintenant à l'examen d'une autre catégorie de faïences:
les plaques de revêtement qui ont joué un si grand rôle tant
en Perse qu'en Espagne où on les rencontre à partir de 935.
Le voyageur qui traverse l'Egypte sera surpris de l'emploi si limité que
les Arabes ont fait du revêtement en terre cuite émaillée.
Ce fait est d'autant plus frappant, que ces carreaux céramiques
ont eu en Perse un remarquable développement et que ce pays a exercé
une grande influence sur la marche des industries égyptiennes.
Signalons ici tout d'abord les carreaux de faïence appelés en Egypte
Kichâni, nom qui leur vient de la ville
persane Kichân, dont ils tirent leur origine.
137
Cette exclusion ne serait justifiée, à mon avis, que par le fait que les
constructeurs préféraient le marbre comme revêtement et que cette
matière, très abondante dans le pays ou dans les
pays voisins satisfaisait davantage leur goût artistique, étant
donné aussi que la mosaïque en marbre est un genre d'ornementation plus
riche. La même observation a été faite pour les Romains, dont les
architectes n'employaient pas la faïence dans leurs constructions, bien
qu'elle fût en vogue dans les pays qu'ils avaient conquis, alors
qu'ils se plaisaient souvent à imiter l'architecture et le goût
des pays placés sous leur domination. Th. Deck, à qui j'emprunte cette
remarque, dit que: «c'est à cette exclusion systématique
qu'il faut attribuer le retard si prolongé que la fabrication de
la faïence a subi en Europe».
On peut énumérer facilement les monuments du Caire et de ses environs
dans lesquels la faïence a trouvé son emploi; ce sont: les minarets de
la mosquée du sultan el-Nâsser, à la citadelle (XIVe siècle), le tombeau de l'émir Tachtomar el-Sâki et le
tombeau de Khaouand Baraka. Ces derniers se trouvent dans la nécropole
des sultans mamlouks, généralement connue sous le nom de tombeaux
des Khalifes.
Considérons maintenant de près ces rares spécimens dans
lesquels apparaît en Egypte le revê tement en faïence. Dans
les deux minarets cités
138
plus haut, les carreaux
revêtent les pierres de taille de l'étage supérieur où les formes ne
sont qu'ébauchées à grands traits. Les carreaux sont de couleur
unie, blanche, brune et verte. La coupole du tombeau de l'émir
Tachtomar porte la date de l'année 735 (1334). Les carreaux verts
qui s'y trouvent forment une ceinture dans le tambour de la coupole
même. C'est une autre coupole qui nous fournit le spécimen le plus
intéressant de ces faïences; nous y voyons en effet un bandeau
portant une inscription et dont le rebord supérieur s'accuse par une
gorge couronnée de merlons. Les grands caractères blancs
ressortent nettement du fond vert à deux nuances et rehaussé par
un feuillage en faïence brun foncé. L'ensemble du travail, tel que
lettres, feuillages, etc., se présente comme une mosaïque composée
de morceaux irréguliers dont l'effet, si la comparaison nous est
permise, ressemble à un mur cyclopéen.
Le nom Khaouand Baraka sous lequel ce monument est connu n'est pas le
nom véritable, c'est plutôt un nom donné capricieusement par le
peuple qui ignorait celui du vrai fondateur. 1
1 Ainsi, par exemple, on appelle cheikh
el-Arbaïn une quantité de santons dont on ne connait pas le
véritable possesseur.
A en
139
juger par le
caractère de sa construction et de son ornementation, ce
monument appartient à la même époque que les deux autres.
Ce n'est qu'un siècle et demi plus tard que nous trouvons un
autre monument avec cette même caractéristique. Le visiteur du
musée arabe sera frappé par l'aspect de grandes plaques en faïence
sillonnées de lettres cubitales blanches sur un fond bleu. Ces lettres
s'étendant sur deux assises sont d'une rare beauté; les ornements
qui remplissent par ci par là les vides ont un cachet purement arabe.
Les registres que nous avons consultés à ce sujet nous disent que
ces plaques ont été apportées dans la collection avec différentes
pièces du tombeau du sultan el-Ghoûri; ces registres sont
malheureusement muets sur les parties que ces pièces
revêtaient. Si elles ont appartenu réellement à ce tombeau, elles ne
pouvaient, à mon avis, que former une ceinture semblable à celle
des coupoles que nous venons de décrire. Les recherches que j'ai été
amené à faire m'ont confirmé dans cette supposition. Prisse
d'Avennes1
1 Prisse d'Avennes — L'Art Arabe, p. 123
rappelle que la coupole du sultan el-Ghoûri a grandement
souffert d'un tremblement de terre et qu'on se trouva dans la
nécessité de la démolir.2
2 La coupole actuelle est en bois et a
été construite il y a environ treize ans.
140
En la décrivant, Prisse d'Avennes dit: « qu'elle était
construite en pierre ornée à l'extéricur de carreaux de faïence bleue
comme le minaret, puis d'une inscription formant
ceinture et enfin de petites imitations de fenêtres bleues et
blanches scellées entre les fenêtres du dôme».1
1 Prisse d'Avennes veut sans doute
parler du minaret du collège (madrassa), car le
tombeau lui-même n'a pas de minaret.
Au milieu d'un monceau de faïences mises au rebut, j'ai découvert une
pièce classée sous le No 328 et exposée au-dessus du No 273,
dont elle est le complément, ainsi qu'il est aisé de le voir à la
couleur de la glaçure, à la forme des ornements, et notamment des
lettres de l'inscription.
Ces fragments proviennent, selon toute apparence, d'un de ces médaillons
si fréquents dans. l'architecture des XIVe
et XVe siècles et portant une
inscription laudative au nom d'un sultan. Cenom est ici celui
d'el-Ghoûri.
Nous n'hésitons donc pas à considérer comme un produit national, les
faïences des monuments cités plus haut, ainsi que les carreaux du
tombeau d'el-Ghoûri. Ces faïences locales, il importe de
l'observer, étaient à une ou deux tcintes tout au plus. En pareil cas,
les deux teintes usitées étaient le blanc et le bleu.
En définitive, les Arabes n'ont fait — et nous insistons sur
ce point, — qu'un usage des plus
141
restreints du revêtement en
faïence dans leur architecture. Ce n'est qu'au commencement du
XVIe siècle que ces faïences font
leur apparition et cette innovation concorde de la manière
la plus curieuse avec la conquête du pays par les Turcs,
c'est-à-dire par un peuple dont l'architecture avait pour
caractéristique l'emploi de ce procédé décoratif. La mode fut alors
d'en orner les murs des mosquées, des maisons et surtout de ces
fontaines-écoles (sebil-kouttâb) qui prirent avec le temps une
physionomie de plus en plus turque.
On objectera pourtant qu'il existe au Caire des mosquées d'une date
très-antérieure qui en offrent, elles aussi, de
très-notables spécimens.
Mais c'est là qu'il importe de ne pas se laisser induire en erreur par
les apparences. Un œil un peu exercé n'aura aucune peine à
reconnaître qu'clles ne sontlà qu'une superfétation, et qu'elles
étaient introduites après coup pour satisfaire au goût du
jour.
Prenons comme exemple la mosquée Ak-Sonkour élevée au XIVe siècle, restaurée ensuite en
1653 par lbrahim Agha Mostahafazân et la mosquée de l'émir
Cheykhoû qu'on se plaît ordinairement à citer comme un spécimen des
plus typiques de cette architecture. Pour peu que l'on examine les
carreaux du mihrâb de cette dernière mosquée, on
s'apercevra qu'ils sont entremêlés sans
142
système avec les
restes de mosaïques en marbre et sans aucun souci de l'incompatibilité
dans laquelle se trouvent ces deux procédés décoratifs dont l'un
exclut nécessairement l'autre; de plus, les motifs habituels qui ornent
les carreaux ne sont même pas de style arabe. Quelles que soient
les couleurs employées, qn'elles soient à deux ou à plusieurs tons, la
main-d'œuvre et le goût turcs y sont manifestes.
Prisse d'Avennes, à l'autorité de qui nous aimons à nous référer,
classait ordinairement ces produits céramiques, dont l'emploi s'est
répandu à partir d'une certaine époque, dans tout l'Orient, sous
le nom de faïences de Kutaïa. C'était de cette ville d'Asie Mineure où
l'industrie en était particulièrement florissante, que ces
carreaux rayonnèrent jusqu'à Jérusalem ou
Constantinople, jusqu'au Caire ou Damas, en un mot dans tout le
Levant.
L'Égypte pourtant ne devait pas rester à ce point de vue longtemps
tributaire de l'étranger. Elle s'assimila les procédés tures et sut si
bien leur donner son empreinte, qu'il est impossible de confondre
les faïences à ornements géométriques qu'on remarque dans les
constructions du Delta, et notamment celles de Rosette, avec celles
des mosquées de la période turque, au Caire. Avec le temps, cette
industrie tomba en pleine décadence; l'ornementation comme la
matière perdirent leurs
143
belles qualités (voir notamment
l'un des mihrâbs de la mosquée de Saïda Nefissa, au Caire, qui
porte la date de 1171 de l'hégire). Puis les fours ne tardent pas à
s'éteindre et les faïences qui apparaissent dans les constructions du
commencement de ce siècle portent dans leurs dessins
des motifs naturalistes (No 252), signe évident d'une origine
occidentale.
71. — Grand récipient en terre cuite
émaillée et couverte d'un réseau de lignes. La grande
dimension de cet objet nous indique qu'il a été fait par zones
juxtaposées. — Haut. 0m,91.
229-230. — Deux plaques (dont une
incomplète). Les filets des entrelacs forment autour
des champs une bordure en relief. Travail remarquable.
Ces pièces proviennent de la mosquée de Khochkadam
el-Ahmedi, rue el-Hosr, au Caire.
Nous trouvons des plaques semblables dans la mosquée de l'émir
Cheykhoû, également au Caire. — Ces faïences ressemblent
beaucoup aux produits céramiques de l'Espagne, d'ou elles ont été
très probablemént exporiées. — Long.
0m,06 — 0m. 10.
231-235. — Cinq panneaux formés de
cinquante carreaux. — Le motif représenté consiste
en une fleur sortant d'un vase. — Provenant de la maison
de la dame Nafoussa Gassoussa, au Caire, datant de la fin du
siècle dernier. — Long. 0m, 79.
248-249. — Plaques en faïence. Un
insecte au milieu d'un champ.
250-251. — Carreaux en terre cuite
émaillée. Le feuillage est d'un style naturaliste. Au milieu,
un cyprès.
A ce sujet, on lit dans l'ouvrage de Prisse d'Avennes1
1L'Art arabe. Paris 1877.
que «les écrivains arabes orientaux ne sont pas
d'accord sur le symbolisme du cyprès, qui se voit si
souvent sur les tombeaux, les faïences. les étoffes et les tapis,
surtout en Turquie et en Perse. Les artistes le representent
quelquefois la tête penchée, comme s'il cédait à
150
l'effort du vent. Les
Arabes prétendent que c'est l'arbre auquel le démon a été enchainé
et le considèrent comme le symbole de la liberté. Le
cyprès a été, en Perse, l'emblème de la religion
et représentait l'âme aspirant au ciel.»
252. — Quatre plaques. Les ornements
représentent des fleurs dessinées d'après nature.
Le dessin de ces plaques trahit son origine européenne.
253-271. — Dix-neuf carreaux en faïence
à lettres blanches sur fond bleu.
Les carreaux contiennent les sentences suivantes:
253, 258, 263, 264 et 269:
Il n'y a pas de divinité en dehors de Dieu.
Cette inscription reproduit entièrement avec celle qui se
trouve sur les carreaux suivants, la sentence sacramentelle
musulmane. Ces carreaux sont:
254, 259 et 265:
Mohamed est le prophète de Dieu.
270. — Contient la première phrase, mais
écrite à l'envers, sans doute pour former symétrie.
255,260 et 266: Je me fie à Dieu.
256. 261 et 267:
Victoire de Dieu et conquête prochaine.
257, 262, 268 et 271:
Annonce, ô Mohamed, la bonne nouvelle aux
croyants!
151
272. — Grand panneau ogival formé de
petits carreaux. Dans l'état actuel, il y a quatorze plaques.
Sur chacune d'elles une inscription en lettres blanches entourées
de lignes vertes sur fond bleu. Une bordure à ornements coloriés en
blanc sur fond vert encadre le panneau.
273. — Deux pièces de
faïence, fragments d'un panneau à médaillons. Ornements et
inscriptions en lettres blanches sur fond bleu.
A l'aide des quelques lettres représentées sur ces plaques,
l'inscription peut facilement être complétce. Elle contenait la
phrase habituelle à la louange d'un sultan mamlouk telle que nous
la retrouvons sur des menus objets. (Voir l'observation du No 19, page 73).
274. — Pièce identique à la
plaque inférieure du numéro précédent.
275-292. — Faïence. Dix-huit plaques à
lettres et ornements bleus contournés de lignes blanches sur
fond bleu. Les lettres occupent deux assises.
293-308. — Quarante plaques en faïence
avec une inscription en blanc sur fond bleu. Les lettres
s'étendent sur deux assises de carreaux. Les ornements qui
remplissent ça et là les vides laissés par les lettres, d'un style
pur arabe, trahissent leur origine égyptienne.
Provenant de la coupole (démolie en 1860) du tombeau du sultan
el-Ghoûri, construit en 909 de l'hég. (1503).
309-313. — Plaques en faïence de
couleurs unies.
Fragments de la ceinture et de son couronnement, qui décorent le
dôme du tombeau connu
152
sous le nom de Kobbat
el-Sitte Baraka aux tombeaux des Khalifes. — XIVe siècle.
309. — Fragment de faïence; lettre blanche et feuillage
vert sur fond brun.
310-311. — Fragment du couronnement de la frise.
314-317. — Faïence en couleur unie,
provenant du minaret nord de la mosquée du sultan
Mohamed el-Nâsser à la citadelle. — XIVe siècle.
314. — Couleur verte. (Quatre pièces).
315. — Couleur blanche. (Cinq pièces).
316-317. — Brun foneé et brun clair.
C. — Porcelaines
318. — Fragment d'un récipient en
porcelaine blanche avec feuillage en bleu clair.
Trouvé dans les buttes de décombres ainsi que les poteries
contenues dans l'armoire.
319-322. — Quatre vases céladon.
Trouvés dans la mosquée du sultan Hassan.
Ces porcelaines chinoises en vieux vert de mer sont très
recherchées et très rares. Bien qu'on les nomme dans le
pays «ghoûri», il n'est pas douteux qu'elles
aient une origine étrangère.
Il est à remarquer que le céladon peut parfois se rencontrer sur le
marché du Caire. Des vases et de petits flacons de cette
matière sont souvent vendus par des bedouins, qui
assurent les avoir trouves dans les tombeaux. Cependant le monde
savant se méfie, du reste avec raison, de ces pretendues
trouvailles; car ces porcelaines sont d'une epoque plus récente et
n'ont été placées dans les tombeaux que par les marchands
eux-mêmes.
323. — Vingt-trois perles, émail
bleu.
153
II. — Divers.
324. — Lampe en pierre.
Don de M. le professeur Schwein furth.
325. — Coupe en plâtre.
326. — Plat en carniole. Les bords relevés
et taillés en facettes. Trouvé dans la mosquée du sultan Kalaoûn.
C'est un précieux spécimen de la richesse des objets en cristal et
pierres rares, dont nous entretiennent les historiens orientaux.
10. — Rampe. Les bases et chapiteaux
des balustres sont ornés d'arabesques. — Long. 2m, 30.
11. — Bois tourné. Dans le panneau
supérieur deux figures d'animaux. — Haut. 1m, 54.
12. — Côté de balcon en bois tourné,
avec une petite fenêtre. — Haut. 2m, 74.
155
13. — Devant de balcon en bois tourné avec khôka (petite fenêtre en saillie). — Long.
3m, 00.
14-17. — Bois tournés. — Long.
0m, 53— 0m, 55.
18. — Côté de balcon, bois tourné.
— Haut. 2m, 85.
19. — Côté de balcon en bois tourné,
percé d'une fenêtre. — Haut. 3m,
50.
20. — Grille en bois tourné à gros
nœuds. — Haut. 1m,
95.
21. — Côté de balcon avec socle, travail
rapporté. — Haut. 2m, 09.
22. — Treillis en bois tourné. —
Haut. 1m, 85.
23. — Côté de balcon avec khôka. — Haut. 1m, 93.
24. — Koursi el-Kahf
ou siège pour la lecture du koran. La partie large est
destinée à recevoir le pupitre. — Haut. 1m, 63.
25. — Grillage en bois tourné. Le champ
du milieu représente un minbar (chaire) et
une lampe. — Haut. 1m, 53.
26. — Deux côtés de balcon, bois tourné.
— Haut. 1m, 05.
27. — Grillage de fenêtre à gros
nœuds. — Haut. 1m,
12.
28. — Treillis en bois tourné. —
Long. 0m, 73.
29. — Treillis en bois tourné à noeuds
triangulaires ornés de boutons d'ébène. — Haut.
0m, 43.
30. — Pupitre de koran en bois tourné.
Provenance de la mosquée el-Mouayyed. — Haut. 1m, 20.
156
II. — Treillis en lattes.
31. — Grillage en bois découpé.
32. — Treillis à mailles octogonales.
— Long. 0m, 75.
33. — Treillis à mailles cruciformes.
— Haut. 0m, 93.
34. — Treillis à mailles octogonales et
cruciformes. — Haut. 1m, 00.
35. — Treillis à mailles stelliformes.
— Haut. 1m, 85
36. — Treillis à mailles
śtelliformes et cruciformes. — Haut. 0m, 60.
III. — Portes en bois
37. — Vantaux de doulâb (sorte de placard) ornés d'arceaux dans la
partie supérieure. — Haut. 1m,
70.
38. — Porte; travail d'assemblage.
— Haut. 1m, 61.
39. — Devant de doulâb à cinq portes;
trois motifs de travail d'assemblage. — Long. 3m, 35.
40. — Devant de doulâb, surmonté d'arcs.
— Haut. 1m, 65.
41. — Porte. Motif ondulé. —
Haut. 1m, 07.
42. — Porte. Le motif des panneaux se
compose de carrés et de rectangles à disposition oblique.
— Haut 0m, 95.
43. — Porte. Le motif des panneaux se
compose de carrés et de rectangles à assemblage perpendiculaire.
— Haut. 1m, 00.
157
44. — Porte. Motif en rosace de six mailles.
— Haut. 1m, 80.
45-46. — Devant de doulâb — Motif
de rosace de dix mailles. — Haut. 1m, 76.
47. — Trois devants de placard. Le champ
du milieu à motif hexagonal. — Haut. 1m, 75.
48-49. — Portes de doulâb. Le motif des
panneaux en forme de marches. — Haut. 1m, 08.
50. — Porte de doulâb, Motif rectangulaire.
— Haut. 1m, 08.
51-52. — Porte de doulâb. Motif
hexagonal. — Haut. 1m, 08.
53-54. — Porte de placard. Motif
rectangulaire. — Haut. 1m, 08.
55. — Pupitre de koran, bois découpé en
un seul morceau. Provient de la mosquée el Mouayyed. —
Haut. 1m, 00.
IV. — Lustres en bronze.
56. Lustre cylindrique à six étages. Les panneaux
ajourés sont ornés d'arabesques et de dessins géométriques, à
l'exception de ceux du troisième étage, qui sont formés de
plaques où sont gravées des inscriptions. Ces plaques sont
séparées les unes des autres par des médaillons. L'inscription porte le
nom du sultan Kânsoû el-Ghoûri. Le dôme est surmonté d'un croissant,
le tout recouvert d'ornements gravés et d'inscriptions
158
énumérant les titres du sultan
donateur.
L'inscription des médaillons est ainsi conçue:
Gloire à notre seigneur le sultan, le roi
très noble Kansoû el-Ghoûri. Que sa victoire soit
exaltée. — Haut. 1m, 55.
57. — Lustre de forme prismatique à
douze côtés et six étages. Les côtés sont formés de panneaux
carrés ajourés de dessins géométriques. Dôme surmonté d'un croissant
avec inscription. Provient de la mosquée du sultan Hassan.
L'inscription qui occupe la plus grande partie du dôme, fait
connaître le titre et le nom du donateur. C'est Keissoûn el-Melki el-Nâssiri.
Haut. 1m, 50.
Au troisième étage, tous les deux montants, court
l'inscription suivante:
Fait par le maître Bedr Abou Yâlâ en l'an, mois (?)
trente et sept cents (1329).
Fut achevé (dans) le délai de quatorze jours.
En comparant les lettres de cette dernière phrase avec celles
de la phrase précédente et en tenant compte de la faute commise dans le mot: quatorze, on peut conclure que c'est
159
le maître Bedr, peu versé dans
l'orthographe, qui l'aura ajoutée dans un but facile à comprendre.
58. — Lustre composé de deux parties.
La partie inférieure en forme de plat à douze douilles est reliée
par trois chaînes au dôme qui est ajouré et surmonté du croissant. Des
bras sont attachés en plusieurs endroits pour recevoir des
veilleuses. Haut 2m, 00.
1 Prisse d'Avennes, qui parle dans son
ouvrage de toutes les industries arabes, n'accorde aucune
mention à celle du cuir.
Cette branche si importante de l'industrie arabe n'est représentée que
par un cofire à livres et environ trois cents reliures. 2
2 Toutes les reliures de la collection,
à part quelques échantillons trouvés dans la mosquée Barkouk,
proviennent de la mosquée el-Mouayyed. Elles y étaient
entassées, au milieu de livres, dans une petite chambre
derrière le mur du mihrâb et devaient,
trèsprobablement. faire partie de la
bibliothèque dont le constructeur avait doté la
mosquée.
Ces objets sont intéressants à deux points de vue: ils nous montrent
d'abord à quel degré de perfection était arrivé l'art de la reliure
en Orient; ils s'offrent ensuite à nous comme les
modèles dont s'inspirèrent les ateliers européens
dès le XVe siècle, à la
suite des Italiens, à qui revient l'honneur de les a voir importés.
Les reliures orientales sont à tranche plate et presque toujours munies
d'un rabat aussi ornementé que le reste de la reliure. A l'opposé des
161
reliures européennes, le plat
de la couverture ne dépasse jamais la tranche.1
1 M. Paul Adam (Kunstgewerbeblatt No 5, 1888. Leipzig) dit que le
rabat ne couvre pas le plat, mais que, au contraire, il est
placé au dessous.
Ce mode est encore employé aujourd'hui par les Orientaux;
cependant les considérations suivantes nous portent à ne pas
partager l'opinion émise par cet auteur: Tout d'abord les
ornements du rabat représentent sur le plat exactement la
partie cachée, de manière que la face est
complètement rétablie. (Vitrine A. No 7): ensuite, l'épaisseur assez
considérable du rabat, surtout dans les reliures turques,
empêcherait de l'adapter convenablement audessous du plat.
Dans les livres de moyenne dimension, le rabat est donné en traçant une
ligne qui va d'un tiers du côté jusqu'au centre du plat.
Cette règle n'est appliquée ni aux livres de grande
dimension, ni aux rabats des étuis dans lesquels les livres sont
introduits par le pied. 2
2 Les reliures riches ne pouvaient se
passer de ces sortes d'étuis quand elles atteignaient certaines
dimensions comme dans certains korans; on avait recours à des
coffres en bois richement peints ou sculptés ou recouverts de
métaux finement travaillés.
On trouvera dans la salle IV, sous le No
48, les débris d'un coffre du même genre.
Les reliures dont nous avons à nous occuper ici sont généralement en
maroquin. Comme complément d'ornementation on employait aussi
d'autres matières, divers tissus, la soie, par exemple.
On laissait au cuir sa couleur naturelle et l'on n'en peignait que
certaines parties.
162
Nous diviserons les reliures orientales en quatre groupes:
I. — Les reliures arabes.
II. — Les reliures turques.
III. — Les reliures persanes.
IV. — Les reliures à surface vernie.
§ I. — Reliures arabes.
Cette série, originaire des ateliers égyptiens, est une des plus
riches et des plus variées. Malgré le luxe des arabesques dont le
jeu des lignes et des contours est capricieusement somposé, les
fers employés à cet effet ont toujours été
très-restreints.
Les ornements des plats sont en creux lors même que, dans les
gardes, on a fait emploi du relief. (Pl. XX). En vertu du même
principe basé sur la recherche du contraste, dans les plats,
l'ornement est doré et quelquefois colorié, tandis que le cuir
des gardes conserve sa couleur naturelle.
Un procédé auquel on avait souvent recours consistait à découper un
dessin végétal en l'appliquant sur un fond de soie verte; ensuite
on rehaussait d'or les tiges et feuillages. — Cet or
était placé au préalable sur les contours et pressé au fer
chaud. L'effet ainsi obtenu était très-heureux (Pl. XIX,
No I).
Comme nous le verrons plus tard, ce système d'ornementation
163
se développa chez les
Persans et les Turcs et atteignit une surprenante perfection.
Ce qui en diminue toutefois la valeur, c'est le fait que la
découpure s'effectuait non pas à la main comme chez les Arabes,
mais au moyen de formes.
En ce qui concerne le caractère ornemental des reliures
arabes, nous y retrouvons ces motifs bien caractéristiques que nous
avons admirés dans toutes les branches de leur industrie d'art.
— A l'extérieur on employait de préférence les
figures polygonales et les inscriptions, tandis que les gardes
étaient ornées d'arabesques. Ces dernières sont
très-bien représentées dans la collection du musée. Pour
ce qui est des inscriptions, au contraire, c'est à la
Bibliothèque khédiviale que nous devons nous référer,
car c'est là seulement qu'on y trouvera réunis les spécimens les
plus importants. (Pl. XX).
Nous mentionnerons surtout la couverture du koran de la mosquée de
Gaï el-Youssefi, dont la dernière page contient
certaines phrases qui nous permettent de faire remonter jusqu' au
XIIIe siècle le livre
encore en possession de sa reliure originale.
Les reliures de cette première série ont une grande
importance, en ce sens que c'est précisément celle qui a influé sur
le développement de la reliure en Europe.
Les premières reliures italiennes, les Majoli,
164
les Canevarius, les
Grollier et plus particulièrement les Corvinus, nous le
prouvent suffisamment.1
1 Bien que les reliures appartenant
à la Bibliothèque du roi de Hongrie Mathias
Corvin et qui se trouvent aujourd'hui dans le Musée
national de Budapest datent de la Renaissance, elles ont un
cachet si franchement oriental qu'on les prendrait plutót pour
des ouvrages fabriqués en Orient.
Ces reliures, qui datent du règne même du roi Mathias
Corvin (1458-1490) ont été transportées à Constantinople
avec le reste du butin, lors de l'invasion turque dans le
XVIe siècle et ne
furent rendues à la Hongrie qu'en 1875 par le sultan Abdul
Aziz.
§ II et III. — Reliures turques et persanes.
Avec la domination turque prend fin l'industrie proprement
indigène. Un grand changement s'opère alors
dans la façon et le décor.
Au lieu de se servir du fer dont l'emploi ouvrait un champ vaste à
l'habileté et à la fantaisie de l'artiste, car c'est grâce à ce
procédé que l'on a pu obtenir les plus belles arabesques, on eut
recours à des matrices, dont la valeur
artistique, malgré la beauté des dessins, devait être
nécessairement inférieure.
La conséquence naturelle de cette nouvelle méthode a été l'abandon
du dessin polygonal et de l'arabesque de style proprement arabe. On
y substitua les ornements dont le caractère persan
original se trahit par la prédominance des motifs
naturalistes. Rien n'établit mieux le bien fondé
165
de cette assertion qu'un
volume du koran de la mosquée de Gaï el-Youssefi, déjà signalé et
qui a été écrit en l'an 1176 de l'hég. (1762), très
probablement pour remplacer un volume égaré.—(No 94 de la Bibliothèque
Khédiviale).
Le goût de plus en plus osé pour le relief détermina l'ouvrier à
recourir au moule. Le cuir y était énergiquement comprimé et y
prenait ces saillies très-accusées qui caractérisent les
reliures turques et persanes.
La collection de la société industrielle, à Dusseldorf, nous donne
d'utiles renseignements sur ces moules.1
1 Voir le
“Kunstgewerbeblatt” précité.
Ils étaient en peau de chameau. On prétendait qu'ils
appartenaient à une époque éloignée et que plus tard on se servit
de matrices en métal, ainsi que le prouverait la finesse des
reliefs obtenus dans les reliures les plus récentes. Le hasard m'a
mis en présence de trois moules en cuivre jaune, qui, comme nous
le prouvent les ornements et la disposition des inscriptions,
doivent appartenir à une époque récente, assez éloignée toutefois
pour ne pas être rangée parmi les produits de l'industrie
contemporaine.2
2 Ces moules, de grande valeur pour
l'histoire de la reliure appartiennent à la collection de
M. J. A. Cattaui Bey, du Caire, qui a bien voulu me les
confier pour m'aider dans cette étude.
(Nous donnons à la fig. 3 de la Pl. XIX le dessin d'un de
ces moules.)
166
Lorsque les relieurs persans et tures voulaient obtenir des effets
en profondeur, ils avaient recours à deux épaisseurs de cuir qu'ils
superposaient, non sans avoir au préalable découpé l'épaisseur
supérieure à la demande du motif voulu et de telle façon que ce
motif se trouvât avoir pour champ l'épaisseur inférieure. On
obtenait ainsi des ornements à deux couches du meilleur effet.
Un des exemples les plus intéressants de cette main
d'œuvre nous est fourni par le koran donné en 1032 de
l'hég. (1622) par la princesse Safia, mère du sultan
Mohamed Khân, à la mosquée qu'elle avait fondée au Caire, (no 27 de la Bibl. khéd.). Extérieurement
une large bordure d'inscriptions en vigoureux relief contourne
le milieu et les angles obtenus par le système du
découpage. Les contours conservent la couleur naturelle du cuir,
tandis que le reste de la reliure est orné de dorures de divers
tons. Dans le dernier volume du même koran, les bordures
sont décorées d'ornements et non d'inscriptions. L'extérieur
n'est pas moins délicatement travaillé; la garde entière
est recouverte d'un gracieux réseau d'ornements finement découpés
et dorés. Les champs sont peints en rouge, bleu et noir.
On n'a jamais employé les découpures avec autant de
succès que dans les reliures persanes, véritables
chefs-d'œuvre dont le modelé est d'une netteté
admirable.
167
Comme dans d'autres branches de l'industrie persane, nous trouvons
dans la reliure aussi des figures d'hommes et d'animaux. La reliure
no 56 de la Bibliothèque
khédiviale1
1 Divan Suleiman Ibn el-Souaghi
écrit en 841 de l'hég. (1431).
offre toute sortes de figures d'animaux, notamment des
têtes agencées dans les rinceaux.
§ IV. — Reliures vernies
Ce genre de reliure parait être le procédé le plus moderne. Pour
l'obtenir, l'artisan couchait sur le cuir un enduit analogue au
plâtre. On y peignait des inscriptions, surtout des fleurs
d'après nature et avec leurs plus vives couleurs; on
passait ensuite sur le tout une couche de vernis protectrice. Ce
vernis ne tardait pas à s'oxyder et à prendre une teinte jaunâtre;
mais là où il s'écaille, on voit réapparaître la peinture dans
toute sa fraîcheur.
C'est encoure à la Bibliothèque khédiviale que nous
renvoyons l'amateur curieux des spécimens de ce genre, en lui
signalant le no 32, un koran, qui porte
la date 1205 de l'hég. (1790). Aujourd'hui, l'art de la reliure en
Orient est tombé si bas que c'est tout comme s'il n'existait plus.
Nous avons dit plus haut que les travaux sur
168
cuir exécutés par les
Arabes n'étaient représentés que par des reliures, mais l'Arabe
comme tout oriental est éminemment guerrier et cavalier.
Comment n'en pas conclure que la sellerie dut devenir dans ces
conditions une des industries les plus florissantes.
Malheureusement, il ne nous reste rien à mettre en regard de cette
conjecture si vraisemblable.
RELIURES
GARDE RELIURES DE LA BIBLIOTHÈQUE KHÉDIVIALE
(CAIRE)
1. — Rabat d'une reliure en cuir à
ornements découpés et recouvert d'un tissu vert. Les tiges et les
contours des feuillages sont pressés au fer et rehaussés d'or.
On voit, à quelques gaucheries, que le travail a été fait à la main.
— (PI. XIX).
2. — Plat d'une reliure en cuir. Au milieu,
une rosace formée de lignes géométriques de différentes couleurs
et dont quelques unes sont dorées. — (PI. XIX).
3. — Rabat d'une grande couverture;
ornements pressés. — Long. 0m,
82.
4-5. — Gardes de reliure en cuir
recouvertes de jolies arabesques. Les ornements clairs, dans la
couleur naturelle de la peau, se détachent du fond plus foncé et
pressé.
6. — Plat d'une reliure en cuir couvert
d'ornements géométriques.
170
Au milieu, une rosace à douze mailles. Les motifs d'angle sont formés de
quarts de rosace; les alternances des mailles sont accusées de
points dorés.
7. — Rabat de reliure. Entrelacs formés
d'éléments alternativement cuir et or. Le tout est renfermé dans une
large bordure ayant pour motif des lignes géométriques.
8. — Plat d'une reliure turque (genre
persan) en cuir. Le milieu est occupé par un champ ovale enchassé
en contre-bas, duquel se détachent en relief des feuillages et des
fleurs naturelles. Les bords du plat sont rehaussés de lignes
dorées.
VITRINE B. (contient 204 pièces de
reliures).
9. — Rabat de reliure, conforme à celui qui
est décrit sous le No I.
10. — Plat d'une reliure en cuir
entièrement couvert d'ornements polygonaux.
11. — Caisse-bibliothèque de
koran, en bois, recouverte de cuir. La caisse a son plan hexagonal
divisé en trois compartiments à dix rainures. Les parties restantes du
cuir qui se trouvent sur le corps de la caisse contiennent une
ornementation plutôt sobre. La base, par contre, est bordée d'une jolie
bande richement dorée.
171
Les quelques mots de
l'inscription de cette dernière nous ont conservé le nom de
«Kânsoû» (Kânsoû el-Ghoûri),
l'avant-dernier sultan circassien (1501-1516). La rosace du couvercle
en cuir, repoussé et doré, est d'une composition délicate et
riche.
12. — Etoffe brodée en soie.
13. — Couvre-tombe en drap rouge avec
applications de velours et de soies.
14. — Lustre en cuivre jaune. —
(Pl. VII).
Le lustre consiste en un dôme ajouré en fine dentelle; ce dôme couvre un
plateau à neuf douilles. Parmi les nombreuses inscriptions
travaillées au burin, on relève les titres du sultan
Mohamed el-Nâsser. La fin de l'inscription est ainsi conçue:
…… le sultan, le roi victorieux, le
défunt Mohamed, fils de Kalaoûn, le martyr, le salehi; que
Dieu exalte ses victoires.
1. — Porte en bois à deux battants,
panneaux à ornements et inscriptions coufiques sculptés. L'inscription
est au nom du khalife el-Hâkem bi-Amr Allah, 996-1020 après J.
C. Provenance de la mosquée el-Azhar. — Haut. 3m, 20.
Sur cette ancienne porte, on relève des traces de réparations.
L'ossature semble avoir été complètement renouvelée, ainsi que
quelques uns des panneaux, notamment ceux dont l'ornementation est le
moins fouillée. Non seulement des panneaux ont été renversés lors de leur
remontage, mais encore les champs à inscriptions ont été intervertis.
Ainsi, le vantail droit contient l'inscription qui appartient au vantail
gauche et vice-versa.
Nous lisons:
Notre seigneur le prince des croyants, l'imâm el-Hâkem
bi-Amr Allah. Que les bénédictions de
173
Dieu tombent sur lui, sur sa
vie pure et sur ses descendants.
2. — Face d'un balcon en bois sculpté.
— Long. 2m, 56.
3. — Côté d'un balcon avec petite fenêtre
en saillie. — Haut. 1m, 95.
4. — Porte en bois à deux battants fort
intéressante à cause de ses sculptures représentant des figures
humaines et animales. Les lignes de sculpture. malheureusement effacées,
sont identiques comme caractère et exécution à celles du
panneau No 54 de salle No 4. Provenance de la mosquée du sultan Kalaoûn. —
XIIIe siècle. — Haut.
3m, 83.
5. — Porte en bois sculpté. En haut et en
bas, des inscriptions; au milieu, des ornements. Provenant de la petite
mosquée el-Goharieh, qui fait partie de la mosquée el-Azhar. —
Long. 1m,30. — (Voir No 44 de la page 129).
6. — Grande porte en bois à deux battants
richement sculptés d'ornements géométriques. Provenance de Damiette,
— Haut, 4m, 15.
7. — Porte en bois à deux battants
conservant encore une grande partie de ses bronzes d'applique perforés
et gravés. Provenance de la mosquée de la princesse Tatar el-Hégazieh.
— XIVe siècle. — Haut. 2m,30.
8. — Côté d'un balcon en bois tourné. La
partie inférieure est travaillée à la scie. — Haut 2m,30.
174
9. — Devant de balcon en bois tourné,
surmonté de cinq fenêtres en plâtre découpé. — Haut. 2m,60.
10. — Battant de porte agrémenté de clous.
Provenance du tombeau du sultan el-Ghoûri. — XVIe siècle. — Haut, 2m,95.
11. — Fragment de planche; ornements et
inscriptions sculptés. — Long. 2m,62.
12. — Fragment de planche sculpté,
provenant d'un plafond. — Long. 0m,80.
13. — Treillage en fil de laiton. —
Haut. 0m,97.
14. — Face d'un balcon à trois fenêtres; le
soubassement est en travail d'assemblage, les nœuds sont
cubiques. Ce spécimen de bois tourné est appelé dans le pays
«ma' moûni». — Haut. 1m,75.
15. — Solive sculptée provenant du tombeau
du sultan el-Ghoûri. — XIVe
siècle. — Long. 2m,88.
16. — Planche sculptée avec traces de
dorure. — Long. 2m,80.
17-22. — Planches sculptées; du tombeau du
sultan el-Ghoûri. — Long. 1m, 05
— 2m,80.
23. — Plafond en bois; les dessins
géométriques sont formés de baguettes clouées. — Long. 3m,20.
24-26. — Planches sculptées provenant du
plafond de la mosquée el-Mârdâni. XIVe
siècle. — Long. 1m,60
— 2m,53.
27-34. — Planches sculptées; ornements en
relief. Fragments du plafond de la mosquée
175
du sultan el-Zâher Barkouk fondée
en 1384.
Ces bois ont été déposés dans le musée lors de la réparation de cette
mosquée, en 1891.
35. — Planche sculptée. — Plafond du
tombeau du sultan el-Ghoûri. — Long. 2m,80.
36. — Fragment de chambranle d'une fenêtre
ronde en bois sculpté. — De la mosquée el-Mârdâni. —
Larg. 0m,20.
37. — Deux morceaux de planche;
inscriptions sculptées en grands caractères. — Long.
1m,78.
38. — Vingt-cinq planches ornementées de
sculptures. Du plafond de la mosquée el-Mârdâni. — Long. 1m,50 — 2m,47.
39. — Huit pièces de stalactites en
bois provenant d'un plafond. — Haut. 0m.63.
40. — Deux morceaux d'une frise à ornements
et à inscriptions en plâtre, avec peinture et dorure. — Long.
2m,73.
41. — Porte en bois; petits panneaux
assemblés. — Haut. 1m,90.
42. — Deux battants d'une porte. Les
panneaux sont incrustés d'ivoire. — Haut. 2m,48.
Le milieu du ventail droit est mal réparé.
43-45 — Planches sculptées, provenant du
plafond de la mosquée el-Mârdâni. — 1m,
30 — 2m, 60.
46-47. — Planches sculptées provenant du
tombeau du sultan el-Ghoûri. — Long. 1.19 et 2m, 60.
48. — Face d'un balcon en bois tourné, à
trois fenêtres. — Long. 2m,37.
176
49. — Fragment de planche; inscriptions et
ornements sculptés. — Long. 2m,27.
50. — Battant d'une porte garni de clous
disposés en figures géométriques. — Haut. 2m,95.
Du tombeau du sultan el-Ghoùri.
51. — Face d'un balcon à cinq fenêtres.
— Long. 3m,52.
52. — Côté d'un balcon avec une fenêtre
oblongue; le soubassement est travaillé à la scie. — Haut. 2m,82.
53. — Soubassement de balcon orné de
rosaces en bois tourné ou scié. — Long. 2m,54.
54. — Grille formée de petites pièces
de bois à assemblage géométrique. — Long. 2m,12.
55. — Porte à deux battants ornée de
panneaux sculptés; inscriptions coufiques et naskhis. Les
pièces d'assemblage sont de bois d'espèces diverses.
Du tombeau du sultan Sâleh Nigm el-Dyn ibn Ayoub. XIIIe siècle. — Haut. 4m,35.
56. — Porte formée de petits panneaux
assemblés. — Haut. 2m, 15.
57. — Face d'un balcon. — Long. 2m, 50.
58. — Linteau d'une porte de boutique de
l'O-kâlat Kaïtbaï à Gamâlieh. Les panneaux sont en bois tourné ou
sculpté; inscriptions au nom du sultan Kaïtbaï. — Long. 2m,68.
59. — Côté d'une mchrabieh à petit balcon.
— Haut. 1m,50.
60. — Face de mchrabieh en bois tourné, à
soubassement et à panneaux pleins. — Long 2m,35.
177
61. — Solive sculptée provenant du plafond
du tombeau du sultan el-Ghoûri. — Long. 4m,80.
62. — Porte en bois à deux battants
conservant encore une grande partie de ses appliques en bronze,
provenant de la mosquée de la princesse Tatar el-Hegazieh. —
Haut. 4m,20.
Le haut et le bas des vantaux portaient des panneaux à inscription. Entre
ces deux champs oblongs, il y a un placage consistant en pièces
polygonales perforées et disposées en forme de rosace à douze et neuf
mailles.
63. — Poutre sculptée; inscriptions au nom
du cheikh Mohamed Abd el-Latif. 1178 de l'hég. (1764). —
Long. 3m,82.
64-68. — Panneaux en bois tourné. - Long.0m, 62-1m,22.
70. — Quatre portes en planche; ornements
sculptés. Provenant de l'okâla Sounboul à Bein el-Sourein, démoli en 1884.
— Haut. 1m,40-1m,53.
71. — Linteau d'une porte de boutique de
l'okâla Kaïtbaï. Les panneaux inférieurs sont en bois tourné ou
sculpté; inscriptions au nom de ce sultan. — Long. 2m,57.
72. — Panneau en bois avec inscription
— Long. 1m.
73. — Deux fragments de planche avec
inscriptions en grands caractères. — Long. 0m,70-1m,05.
74. — Cinq fragments de planches à
inscriptions coufiques. Provenant de la frise qui couronne les parois
intérieures de la mosquée d'Ibn Touloun. IXe
siècle. — Long. 1m,00-1m,40.
178
75. — Fragment du plafond de la baie d'une
porte. Mosquée d'Ibn Touloun. — Long. 1m,82.
76. — Pièce de bois provenant de la
rampe d'un minbar de la même mosquée. — Long. 0m,98.
Ce minbar est un don du sultan Ladjyn. — XIVe siècle.
77. — Planche portant des ornements en bois
scié, aux arêtes arrondies. Travail moderne; provenant de la mosquée de
Saïda Zeinab.—Long. 2m,11.
78. — Deux corbeaux en bois. —
Provenant de l'intérieur d'une maison. Travail moderne. —
Long. 4m,63.
79. — Lustre en forme de prisme hexagonal.
Travail moderne. — Haut. 1m,00.
80. — Vase en cuivre jaune. — Haut.
0m, 30.
81. — Lustre en cuivre jaune. Moderne.
— Diam. 0m,25.
82. — Vase en cuivre jaune. — Haut.
6m,70.
83. — Lustre en cuivre jaune à cinq
veilleuses, recouvert d'un dôme ajouré. — Haut. 0m, 55.
84. — Vase en cuivre jaune. — Haut.
0m,70.
85. — Lustre en cuivre jaune. — Le
plateau contient sept ampoules à inscriptions ciselées. Le dôme qui
recouvre le plateau est décoré d'ornements et d'inscriptions. —
Haut. 0m,70.
86. — Lustre en cuivre jaune, en forme de
pyramide hexagonale couronnée d'un bulbe. Le tout est ornementé de dessins
et d'inscriptions à jour. — Haut. 0m,75. (Pl. VII.)
87. — Lustre en cuivre jaune portant un
plateau — Haut. 2m,20.
179
88. — Fauteuil à panneau en bois tourné et
sculpté. — Haut. 1m,50.
89. — Quatre queues d'aronde. Provenant du
minaret de la mosquée Aksounkor en ville. XIVe
siècle. — Long. 0m, 19-0m,37.
90. — Dikkah (banc) en bois tourné et
découpé. — Long. 2m,43.
91-92. — Planches en bois, ornées
d'inscriptions en relief; de la mosquée el-Azhar.
91. — Les lettres sont en grands caractères
92. — Texte de I'inscription:
La réparation de cette mosquée bénie fut ordonnée par
notre maître et seigneur le sultan, le roi très-noble, Abou
el-Nasr Kaïtbaï. Que Dieu conserve son royaume.
93. — Planche sculptée. Le commencement de
I'inscription est tiré du koran, la suite se rapporte à la construction
d'un mihrab exécuté en 753 de l'hég. (1352 après J.C.)
94. — Planche d'inscription relate le don
d'un koran de la part de Badr
Loulou en l'an 858 de l'hég. (1454 après J.C.)
95. — Panneau, L'inscription finement tracée
rappelle l'érection d'une mosquée.
Le local du Musée proprement dit ne suffisant pas à contenir tous les
objets, un grand nombre d'entre eux ont été provisoirement déposés
dans les chambres de l'annexe No I et dans le
kiosque en bois, annexe No II.
Les objets exposés dans l'annexe No I comprennent:
A. — PORTES ET FENÊTRES
a) Portes en bois en travail d'assemblage.
1. — Porte composée de petits panneaux.
Le dessin du milieu est à système hexagonal.
— Haut. 4m,75.
2. — Porte à un vantail.
Système de panneaux. — Haut. 2m, 00.
3. — Analogue au numéro précédent.
4. — Porte à un vantail. Travail
d'assemblage; le centre est occupé par une rosace à douze
mailles. — Long. 0,93, haut. 1.95.
5. — Porte à un vantail.
Système de panneaux. — Haut. 1,85.
181
6. — Vantail de porte en bois,
système de panneaux, au milieu combinaisons hexagonales.
— Larg. 0m64, haut. 2m,25.
7. — Comme le précédent. Les panneaux
du haut et du bas sont en deux morceaux. — Haut. 2m,25.
8. — Porte secrète en forme
d'armoire. — Haut. 1m,90.
b) Portes et fenêtres ornementées de bronze.
9. — Porte en bois à deux battants,
plaquée de cuivre et ornée d'étoiles à huit branches, en
bronze fondu. Provenant de la mosquée Sâleh Telâyeh Abou Rezik.
XIIme siècle. —
Haut. 4m,37. Pl. IX.
10. — Porte en bois à deux battants,
provenant du tombeau de I'Imâm el-Chafey. — Haut. 3m,23.
Analogue au No précédent.
11. — Porte à deux battants. Le milieu a
conservé une partie du placage en bronze. — Haut. 4m,30.
Il est visible que le haut et le bas de la porte étaient recouverts
de panneaux à inscriptions.
12. — Vantail de fenêtre, orné en haut
et en bas de plaques en cuivre encadrées de bronze et
découpées en fleurs de lis. — Haut. 3m,55.
13. — Vantaux de fenêtre, en bois.
Système de panneaux assemblés. Charnières en
bronze gravées. Inscriptions sur le panneau supérieur.
Provenant de la mosquée du sultan Solimân (Saria el-Guebel), à la
Citadelle. XVIe siècle.
— Haut. 2m,25.
182
14. — Vantaux d'une fenêtre.
Comme le numéro précédent et de même provenance. Le fragment du
couvre-joint contient de jolis ornements sculptés.
15. — Vantaux de porte avec fausses
pentures en cuivre. Le haut et le bas du devant sont plaqués
d'une lame, la penture supérieure est encadrée de fleurs en bronze
fondu. — Haut. 3m,25
16. — Vantaux d'une porte en bois
conservant quelques restes d'un encadrement en cuivre jaune
fondu et ajouré. — Haut. 3m,07.
17. — Quatre vantaux de portes en
bois portant encore les restes d'un placage en bronze,
notamment des équerres fondues et percées à jour. Deux des vantaux
ont conservé le heurtoir. — Haut. 3m,17.
18. — Vantail de porte analogue au
numéro précédent. En haut, inscriptions; au milieu, reste
d'une rosace en bronze fondu et perforé. Provenant de la mosquée
el-Mouayyed. — Haut. 3m,44.
c) Portes et fenêtres ornées de bronze
(modernes).
19 23. — Portes en bois à deux vantaux,
plaquées de bronze fondu et percé à jour; encadrement de
qualité analogue. Provenant de la mosquée Sayeda Zeinab, récemment
reconstruite. 19: Haut. 3m, 20.
— 20: Haut. 3m, 20. —
21: Haut. 2m, 28.— 22: Haut.
2m, 58. — 23: Haut. 3m, 05.
183
B. — MEUBLES.
24. — Chaise en bois tourné. Les côtés
inférieurs sont formés de planches découpées en arcs. —
Long. 1m, 70.
25. — Chaise semblable à la précédente.
La moitié du dos est en retrait pour permettre la pose d'un
pupitre en forme de X (Voir ce spécimen de pupitre sous les Nos 28-32). — Long. 1m, 36.
26. — Chaise de lecteur de koran
(Koursi sourat el-Kahf). Joli travail d'assemblage, mais en
mauvais état. — Long. 1m, 55.
27. — Chaise de lecteur de koran; même
système de montage que dans la précédente, incrustée
d'ivoire à face unie ou sculptée sur les côtés. Panneaux en bois
tourné. — Long. 1m, 25.
Ces deux meubles proviennent de mosquées.
28-31. — Pupitres de koran (Koursi
Moushaf). De la mosquée el-Mouayyad. — 28, Haut. 1m, 14. — 29, Haut. 4m12. — 30, Haut. 1m, 00. — 31, Haut. 1m, 00.
32. — Pupitre en bois tourné. Les vides
étaient anciennement aussi garnis de pièces en bois
tourné, dont une seule subsiste. — Haut, 1m, 20.
33. — Minbar (chaire de mosquée).
Riche travail. Les surfaces sont composées de panneaux disposés en
lignes géométriques et incrustés d'ivoire finement sculpté. Les
rampes sont en bois tourné. Les côtés du baldaquin sont traités
avec le plus grand soin.
Ce meuble a beaucoup souffert; il porte des traces de réparation.
184
Provenance de la mosquée fondée
par la Princesse Tatar el-Hegazieh, au XIVe
siècle.
34. — Coffret en bois incrusté d'os et de
nacre. — Long. 0m, 76.
35. — Coffret en bois, incrusté d'os.
Caissons Funéraires.
36. — Caisson en bois (Taboût). Une
inscription sculptée en relief couronne les quatre faces.
Le couvercle manque. Provenant d'une chapelle fupéraire de la rue
Dalli Hussein, au Caire. — Long. 1m,90.
37. — Trois faces d'un caisson pareil au
précédent. — Long. 1m,
26.
C. — OBJETS DIVERS.
38. — Pièce de bois composée de
cinq panneaux; celui du milieu porte une inscription sculptée au
nom du sultan Kaïtbaï. Les panneaux sont en bois tourné aux extrémités.
— Long. 2m,10.
Provenant du tombeau de l'lmâme el-Chafey.
39. — Devant de balcon en bois tourné.
Le milieu est occupé par le reste d'une ouverture flanquée de
fenêtres. Le socle est formé de petits arcs. — Long. 1m,68.
40. — Côté d'un balcon en bois
tourné.— Haut. 1m,86.
Ce spécimen de bois tourné (nœud de cube) est appelé dans le
pays « el-Mamouni ».
41. — Bois. Face d'un meuble composée
de six panneaux; celui du milieu est rempli de colonnettes.
185
42. — Cloison en bois tourné et découpé.
Les panneaux du socle sont sculptés et disposés en arabesques
géométriques. — Long. 4m, 08.
Provenant de la mosquée el-Bakri à Haret el-Otoûf, en ville.
43. — Bois. Soffitte d'une porte. Motif à
trois champs finement sculptés. — Long. 2m, 40.
44. — Stalactites à triple rangée, bois
doré. — Haut. 0m, 40.
45. — Escalier d'un minbar avec ses
rampes. Limon et contre-marches décorées d'arabesques sculptées;
les nœuds cubiques de la rampe, qui est en bois tourné, sont
également ornés d'arabesques.
Provenant de la mosquée Kaoussoûn el-Sâki (en état de ruine.
— XIVe siècle).
46. — Panneau carré en bois sculpté et
ajouré. — Le côté a 0m, 48.
47. — Trois bandes de cuivre rouge
ciselées avec inscriptions. Détachées d'une porte.
48-50. — Fenêtres en plâtre découpé.
48. — Fenêtre à ouverture annulaire. — Long 0m, 84.
1 C'est le nom donné par les gens du
métier aux bases ou aux chapitaux de cette forme à cause de sa
ressemblance avec la kolla ou
gargoulette.
, marbre blanc. — Haut. 0m, 42.
186
52. — Marbre. Base (ou chapiteau) de
colonne de même forme. — Haut. 0m,28.
Cinq côtés seulement de l'octogone sont couverts d'arabesques, ce qui
prouve qu'elle appartenait à une colonne engagée.
53. — Idem. Les coins de la plinthe sont
décorés de feuilles. — Haut. 0m,42.
54. — Chapiteau byzantin d'un feuillage
très refouillé. — Haut. 0m,45.
55. — Bulbe d'un pilier d'angle,
provenant d'une tombe en marbre (Tarkiba). — Haut. 0m,50.
56. — Quarante-deux pièces
fragments de marbre sculpté. — Haut. de 0m,30 à 4m, 20.
57. — Dalle de marbre sculpté, brisée en
deux morceaux. Le champ supérieur porte les mots Le sultan magnifique; dans le champ inférieur,
deux chimères adossées. — Larg. 0m,73.
Cette dalle avec sa face sculptée se trouvait scellée dans le mur à
l'intérieur du tombeau du sultan el-Mouayyad.
58. — Marbre portant quatre poissons
sculptés. — Long. 2m.20.
59. — Douze pièces de pierres
jaunes sculptées. — Long. de 0m,28 à 0m.53.
Les objects classés sous les Nos 56 à 59 ont
été trouvés dans la mosquée du sultan el-Mouayyad (1412
après J.-C.) et transportés au Musée lors des travaux de
restauration entrepris dans cette mosquée, il y a quelques années.
187
60. — Porte à un battant. Panneaux
oblongs; le haut et le bas sont en bronze; au milieu, fragment
d'une rosace également en bronze. (Pl. IX).
Le métal de ce placage est fondu et à ornements à jour.
61. — Parapet à dix panneaux en bois tourné.
La deuxième chambre de l'annexe No I,
ainsi que l'anexe No II contiennent une
grande quantité (plus de mille pièces) de pierres funéraires
— Châhed — provenant en grande partie du cimetière
d'Assouan et de l'ancien cimetière situé au sud du Caire.
Les inscriptions en caractères coufiques qui couvrent ces
pierres leur donnent un très grand intérêt. Elles datent
presque toutes des IIme et IVme siècles de l'hégire.
La plupart d'entr'elles ont été données par la
Direction du Musée égyptien.